Merci pour les mises en alerte/favori. Une pensée particulière à Wado21, MiaoiFuki et LolaKawaii pour vos reviews.

Bonne lecture.


Chapitre 23

Exercices de style

Zoro grogna. La douleur à son épaule gauche était de plus en plus lancinante et il soupira en déposant son haltère. Il ne pouvait plus reculer, il fallait qu'il le dise à Chopper. Le sabreur était parfaitement furieux contre lui-même. Non seulement il avait été touché par un éclat de bois lors de leur dernière bataille mais en plus, il avait vraisemblablement une blessure plus importante encore qui ne passait pas depuis ce jour. Il se sentait vraiment ridicule et particulièrement faible de s'être fait avoir de la sorte.

L'escrimeur jeta un coup d'oeil par les fenêtres de la vigie et constata que le calme régnait sur Grand Line pour l'instant. Leur prochaine destination ne serait pas en vue avant une dizaine de jours selon Nami et le climat ne s'était pas encore stabilisé.

La dernière île qu'ils avaient quitté deux jours plus tôt n'avait pas été un séjour très agréable. Elle était concentrée en une masse d'habitations et de centres d'affaire bétonnés qui rendaient l'atmosphère peu amène et étouffante. Ils y étaient restés uniquement pour refaire leurs réserves de nourriture et de plantes, et le temps que Chopper traîne le cuisinier chez l'un de ses confrères pour s'assurer que son diagnostic avait été le bon. Evidemment, c'était bien le cas mais le petit renne en était sorti rassuré et Sanji avait été contraint de continuer à avaler ses médicaments sans possibilité de protester pour éliminer définitivement la toxine de son corps.

Tandis qu'il soupirait à nouveau, Zoro se dirigea vers l'infirmerie et frappa à la porte quelques minutes plus tard. Le petit renne lui ouvrit immédiatement.

"Je peux faire quelque chose pour toi, Zoro? lui demanda-t-il gentiment.

- J'ai mal à l'épaule gauche."

Chopper grimaça et lui fit signe de s'asseoir sur le lit.

"Depuis combien de temps? s'enquit-il en attrapant ses instruments.

- Depuis qu'on s'est battu contre ces pirates qui nous ont attaqués."

Le médecin tiqua.

"Tu plaisantes, j'espère? Ca fait des jours et je t'ai vu porter des poids énormes pas plus tard qu'hier. En plus, tu ne m'en as pas parlé quand j'ai examiné ton bras!

- Je pensais que ça passerait avec un peu d'exercice.

- Zoro…"

Chopper observa tout d'abord le bras de l'épéiste qui avait reçu un éclat de bois. La cicatrisation était belle et toute trace disparaîtrait bientôt totalement. Il fit ensuite bouger l'épaule endommagée et ne manqua pas la petite grimace du sabreur selon les mouvements.

"Tu es tombé sur le côté gauche? lui demanda-t-il ensuite en relevant le tee-shirt de son patient pour l'examiner davantage.

- Non. J'ai fait un mouvement et j'ai senti une petite douleur. Depuis, dès que je sollicite mon épaule, ça lance à nouveau de plus en plus.

- Tu as des ecchymoses…

- Ah bon?

- Oui, elles sont dans ton dos le long des muscles dorsaux."

Chopper examina ensuite la symétrie des épaules du bretteur et soupira.

"Tu as une déchirure musculaire assez importante. Comme tu as continué à forcer, j'imagine que ton corps a compensé et tu as une légère luxation antérieure de l'épaule gauche.

- Ah.

- Je t'avais dit de faire attention, Zoro, lui reprocha alors le petit renne. Ton corps a été extrêmement fragilisé à Thriller Bark et tu vas mettre des mois à t'en remettre totalement. Si tu continues comme ça, tu ne vas jamais récupérer!"

Le sabreur se renfrogna et laissa le médecin appliquer du froid sur son muscle pendant plusieurs minutes, ce qui le détendit un peu. Le renne repositionna ensuite correctement son épaule et l'escrimeur serra les dents bien qu'il se sente immédiatement soulagé. Chopper lui fixa ensuite une écharpe d'immobilisation pour maintenir à la fois son épaule et prévenir les mouvements de son muscle dorsal.

"Pas d'entrainement, déclara fermement le médecin. Le muscle doit se reposer pour guérir. Si tu as mal, il faut mettre de la glace. Il n'y a rien d'autre à faire.

- Combien de temps? s'enquit l'épéiste, bougon.

- Une à deux semaines."

Zoro soupira lourdement avant de se lever et de quitter la pièce. Chopper le regarda s'éloigner en secouant la tête. Il savait que le sabreur aurait du mal à rester tranquille et il allait devoir le surveiller.


Le petit renne ne pensait pas si bien dire lorsqu'il croisa son patient trois jours plus tard sur le pont.

"Zoro! Où est ton écharpe d'immobilisation?!"

Chopper bondit à ses côtés, les yeux étincelants de colère.

"J'aurais dû la fixer pour que tu ne puisses pas l'enlever mais je t'ai fait confiance! lui rappela-t-il avec sévérité.

- J'avais plus mal donc j'l'ai enlevée, répondit l'escrimeur en haussant les épaules.

- Tu n'as pas fait de sport, j'espère?!"

Zoro réfléchit une seconde.

"Non, non. Ca me gênait juste pour… quelque chose. Mais de toute façon, j'avais moins mal."

Chopper soupira.

"Peu importe, ça ne fait que trois jours, tu dois garder ton écharpe! reprit-il, intransigeant. Viens à l'infirmerie, je vais te la remettre.

- C'est pas la peine, j'te dis, fit l'escrimeur en s'éloignant. Et puis ça me dérange...

- Evidemment, c'est fait pour que tes muscles soient immobilisés! insista Chopper en s'élançant derrière son patient.

- Chopper, lâche-moi, grogna Zoro qui traînait maintenant le petit renne à ses pieds.

- Pas question! s'accrocha le médecin. Tes muscles doivent être préservés! Il faut que tu te reposes et c'est mon devoir de médecin de te soigner!

- Tu peux pas m'filer un truc pour que ça aille plus vite?

- Je peux te donner des poches de glace mais il faut surtout que tu arrêtes d'utiliser ton épaule ou tu prends le risque de voir ta luxation récidiver et alors il faudra probablement une opération chirurgicale!"

Le sabreur s'immobilisa enfin et se renfrogna. Il ne voulait pas perdre encore plus de temps avec une blessure plus importante.

"D'accord..."

Le petit renne se releva et l'entraîna vers l'infirmerie, ravi. Une fois à l'intérieur, il fixa de nouveau l'écharpe d'immobilisation et tendit un gel refroidissant au sabreur pour qu'il s'en applique en cas de besoin.

"Une bonne alimentation t'aidera aussi à récupérer plus vite, ajouta le médecin.

- Comment ça? J'croyais que le cuistot faisait déjà attention à l'équilibre alimentaire? s'étonna l'escrimeur.

- Oui mais on peut renforcer certains groupes d'aliment pour accélérer la guérison dans ton cas. Il faudrait voir avec Sanji. Il est totalement remis maintenant alors ça ne devrait pas lui prendre trop de temps.

- Laisse tomber. Il voudra jamais faire un truc particulier pour moi et il est hors de question que j'le lui demande de toute façon, balaya le bretteur.

- Je vais lui dire qu'il s'agit d'un avis médical!" décida Chopper.

Le petit médecin se dirigea alors vers la cuisine et Zoro le suivit en soupirant.


"Sanji, il faudrait que Zoro ait un régime spécial pendant quelques jours, lui expliqua le renne en pénétrant dans la cuisine.

- Un régime spécial? grogna le cuisinier en se tournant vers les arrivants. Qu'est-ce qu'il a encore, cet emmerdeur?

- Il s'agit de sa luxation de l'épaule et de sa déchirure musculaire, répondit Chopper d'un ton professionnel. Une nutrition adaptée pourra aider à le guérir plus rapidement.

- C'est parce que t'es pas capable de te tenir tranquille cinq minutes, hein? comprit le blond en fixant l'escrimeur d'un air mauvais. Et maintenant, c'est à moi de compenser ton imbécilité congénitale! Tu crois que j'ai pas assez de boulot comme ça?!

- J't'ai rien demandé, cuistot du dimanche! répliqua le sabreur, furieux. C'est Chopper qui veut absolument me soigner!

- Évidemment, c'est un médecin, espèce d'idiot! Et toi, t'es le pire des patients!

- Sanji, s'il te plait, c'est vraiment important", l'implora soudain Chopper.

Le renne lui offrit ses yeux les plus suppliants et le blond ne put s'empêcher de le trouver adorable. Adouci, il replaça son mégot entre ses lèvres.

"D'accord, Chopper, je vais faire un menu spécial tête d'algue pendant quelques temps. Je vais privilégier les fibres et les protéines.

- Il ne faut pas non plus trop baisser le nombre de calories. Zoro a une masse musculaire très importante et sa dépense énergétique, même sans activité, demeure très élevée.

- OK. Donc viande blanche, poisson, protéine végétale, légume et fruits?

- Parfait, merci, Sanji! Zoro pourra t'aider si tu ve-

- Alors ça, c'est hors de question, le coupa brutalement le cuisinier. Il va me faire perdre du temps, ce crétin.

- Et j'veux pas en passer encore plus avec ce sourcil vrillé, renchérit le sabreur sur le même ton.

- D'accord, soupira le renne en haussant les épaules. Mais ça t'aurait contraint à rester un peu tranquille, Zoro. Ce serait dommage de tout gâcher.

- C'est clair que t'as pas intérêt à bouger une oreille si j'me fais chier avec tout ça", grinça le blond.

Chopper se dirigea alors vers la porte pour prendre congé avant de se retourner et de fixer ses deux amis très sérieusement.

"Une dernière chose. J'ai dit à Zoro de ne faire aucune activité physique impliquant son épaule et ça veut dire aucune. C'est pas parce que c'est pas un entraînement que les muscles ne sont pas sollicités et si l'épaule est re-déboitée trop vite, je l'immobiliserais complètement.

- Quoi? protesta le sabreur. Mais-

- Et je demanderais à Luffy de te l'ordonner, le menaça le petit renne. Je vous fais confiance à tous les deux", conclut-il en sortant.


Sanji et Zoro entendirent la porte se refermer derrière le renne avec soulagement, le rouge aux joues.

"Putain, tête d'algue, c'était vachement humiliant de se faire faire la leçon par Chopper, constata le blond après quelques secondes de silence.

- Si tu m'avais pas sauté dessus hier soir aussi, grommela l'épéiste.

- Non mais je rêve! C'est toi qui a débarqué comme un animal en rut dans ma cuisine! s'indigna le cuisinier. En plus, t'avais enlevé ton écharpe, j'ai cru que t'étais guéri!

- Pourquoi j'allais m'encombrer d'ce truc alors que tu m'as dit que t'étais, je cite, "tellement chaud que même si Luffy débarquait pour sa viande, on continuerait à baiser sauvagement"?"

Rouge comme une brique, Sanji le frappa sur son épaule meurtrie.

"Evidemment, crétin! J'étais enfin en état de faire quelque chose depuis ce putain d'empoisonnement!"

Zoro lui répondit par un sourire moqueur au souvenir de leur soirée et le blond soupira avant de désigner une chaise à son compagnon.

"Bon. Pose tes fesses ici et restes-y.

- Pourquoi? s'étonna le bretteur.

- Tu vas tenir combien de temps sans me sauter dessus ni t'entraîner? ricana le cuisinier à son tour. Tu veux pas faire au plus vite?"

Le sabreur contempla la chaise un instant avant de s'y asseoir avec détermination.

"Chopper pense que d'ici une semaine ou deux, je serai remis.

- Hé bah on a de la chance parce que normalement, il faut un bon mois."

L'escrimeur hocha gravement la tête et regarda Sanji reprendre le rinçage de ses légumes.

"Et j'fais quoi, moi? lui lança-t-il ensuite.

- J'imagine que l'alcool n'est pas recommandé alors prends de l'eau, ça te changera. L'hydratation est indispensable à une bonne récupération de toute façon, répliqua le blond en haussant les épaules.

- Si tu le dis."

Zoro attrapa un verre et une bouteille d'eau. Il but lentement mais au bout du troisième verre, il soupira. L'eau n'avait pas aussi bon goût que son saké et il s'ennuyait toujours autant.

"Donne-moi un truc à couper, demanda-t-il soudain au cuisinier.

- A couper?

- Ouais, c'est le truc pour lequel je devrais être le plus doué."

Sanji grimaça et contempla ses légumes.

"D'accord, fais-moi une julienne, décida-t-il. Mais pas de sabre!"

Il lui déposa deux couteaux et les légumes sur la table avant de se détourner pour vider des poissons. Zoro ramassa tous les légumes et l'un des couteaux avant de l'examiner attentivement.

"Oh, cuistot.

- Hm?

- C'est quoi une julienne?"

Le blond soupira longuement. Il avait pourtant dit à Chopper que le sabreur ne lui ferait pas gagner de temps...

"Ce sont de petits bâtonnets."

Zoro regarda attentivement les légumes en face de lui. Il utilisa sa main gauche contrainte par l'écharpe pour coincer une aubergine et leva son couteau, prêt à la tronçonner.

"Putain, tête d'algue, fais pas ça!"

Sanji lui arracha le couteau des mains, furieux.

"Tu vas découper la table avec ta force de primate si tu te tiens comme ça! Et puis, c'est quoi ce couteau? J't'en ai mis deux, c'est pas pour rien! J'vais te montrer…"

Le cuisinier prit une carotte.

"D'abord, tu la pèles. Ensuite tu fais des petits tronçons et tu découpes les bords pour avoir une assise stable et esthétique. Maintenant, tu prends l'autre couteau, tu fais des tranches les plus petites possibles, tu les superposes… Et voilà!"

Sanji avait illustré chacune de ses paroles par la réalisation de son geste et il passa ses ustensiles au sabreur avec un sourire. Celui-ci l'avait observé avec concentration. Cette histoire de découpe était un peu tordue et trop pleine de manières à son goût mais il s'agissait de trancher au final donc il pouvait le faire.

Comme le blond s'éloignait, il positionna tous ses légumes les uns derrière les autres pour gagner du temps et abattit sa lame à la vitesse de l'éclair. Quelques instants plus tard, il observa son résultat, satisfait.

"C'est fait."

Sanji jeta un coup d'oeil curieux à ses légumes et se mordit les lèvres.

"Quoi? C'est pas si mal! lui montra le sabreur.

- Le problème, c'est pas la découpe, tête de gazon", soupira-t-il.

Zoro contempla ses bâtonnets en fronçant les sourcils.

"T'as oublié de les éplucher, idiot! lui montra le blond.

- Ah… Ouais. Pas grave.

- Pas grave?! Dans ce cas, ce sera toi qui les bouffera! s'emporta-t-il alors. C'est bon, fais-toi cuire des nouilles pour ton repas, j'ajouterai du poisson et ensuite, débarrasse le plancher. J'irai plus vite tout seul.

- J'peux avoir du riz à la place?

- Non, j'ai prévu des nouilles avec un bouillon.

- J'voudrais du riz", marmonna l'escrimeur.

Le cuisinier se tourna vers lui et le contempla un instant, intrigué.

"Qu'est-ce qui te prend, tête de cactus? Depuis quand tu te montres aussi pénible sur la nourriture?"

Zoro se renfrogna et croisa les bras. Sanji leva alors les yeux au ciel.

"Je sais que c'est dur pour toi de ne pas bouger mais prends ton mal en patience. J'te ferai des boulettes de riz ce soir, d'accord?"

Comme le sabreur retrouvait le sourire, le blond eut pitié de son compagnon.

"Laisse tomber les nouilles et va faire une sieste. Je sais que t'es bon à ça."

L'escrimeur approuva et sortit de la cuisine en direction de la pelouse ensoleillée du Sunny.


Trois autres jours s'étaient longuement étirés pour le bretteur de l'équipage. L'absence d'activité était un véritable calvaire, d'autant que tout le monde s'occupait tranquillement autour de lui. Tous avaient supposé qu'il profiterait de son repos forcé pour augmenter ses heures de sommeil et cela aurait sûrement été le cas en temps normal mais cette fois, Zoro était contrarié.

Chopper attribuait son air grognon à ses consignes et s'était plusieurs fois excusé tout en maintenant pourtant ses ordres. Pour l'occuper, Luffy lui avait montré comment pêcher mais l'escrimeur s'était tellement ennuyé qu'il avait préféré renoncer. Pour couronner le tout, Sanji s'était montré ferme et ils n'avaient rien fait qui aurait pu le détendre de quelque manière que ce soit...

Retiré dans la vigie, Zoro s'était rabattu sur la méditation ce matin-là mais ça ne suffisait pas. Son corps avait besoin d'exercice. Surtout lorsqu'il le sentait s'affaiblir par rapport à son état habituel. Dans la sécurité de son cerveau, le bretteur avait fini par se l'avouer. Il s'inquiétait. Son corps ne lui avait jamais fait défaut jusqu'ici et il ne comprenait pas pourquoi sa résistance semblait diminuée depuis quelques temps.

Après deux heures de concentration, il voulut changer d'activité en espérant s'alléger l'esprit. Il se releva donc et attrapa ses sabres afin de les nettoyer tant bien que mal malgré son bras immobilisé.

Quelques minutes plus tard, il entendit la trappe d'accès s'ouvrir et aperçut Sanji déposer brutalement une assiette devant lui. Le blond avait l'air de mauvaise humeur.

"T'es pas venu manger, tronche de cactus, lui reprocha le cuisinier. Tu crois peut-être que j'suis à ton service et que j'vais venir te servir à domicile à chaque fois?!

- Pourquoi tu l'as fait alors? répliqua le sabreur de manière toute aussi agressive, omettant de dire qu'il avait tout simplement oublié l'heure du repas.

- J'me farcis des repas exprès pour toi, crétin, je vais pas les gâcher en plus!"

Zoro haussa les épaules et continua son activité sans faire un geste vers l'assiette.

"Ouais bah t'aurais pas dû. J'peux manger comme tout le monde, pas la peine d'te prendre la tête."

Sanji fronça les sourcils devant son manque de répartie.

"Mais qu'est-ce qui t'arrives, tête d'algue? T'es encore plus bizarre que d'habitude depuis quelques jours", lui fit-il remarquer avec exaspération.

Zoro haussa à nouveau les épaules mais sembla se renfrogner un peu plus.

"Me dis pas que c'est ta blessure qui te met dans cet état, poursuivit le blond. Dans quelques jours tu pourras à nouveau te faire aussi mal que tu le souhaites, tu sais?

- Justement, bougonna alors l'épéiste.

- Justement quoi? insista le cuisinier que l'attitude du sabreur intriguait.

- J'arrête pas de me faire mal ces derniers temps", marmonna-t-il du bout des lèvres.

Sanji le dévisagea avec incrédulité un instant avant de lever les yeux au ciel.

"Evidemment, tête de cactus! T'as vu comment tu traites ton corps? C'est même un miracle que tu sois encore debout!"

Le cuisinier allait planter là ce stupide sabreur pour retourner à ses affaires lorsqu'il remarqua sa posture plus renfermée et moins fière que d'habitude. Il s'immobilisa et le détailla plus attentivement. Zoro avait les épaules basses et malgré le soin évident qu'il portait à ses armes en toute circonstance, son regard paraissait préoccupé tandis qu'il les nettoyait. Sanji eut alors l'impression de percevoir la véritable mesure de l'atteinte de son moral. Zoro chérissait son corps, il était le prolongement de ses lames et un instrument indispensable à la poursuite de son rêve.

Le blond prit alors le temps de s'allumer une cigarette et se tourna lentement vers l'escrimeur qui n'avait pas quitté des yeux ses épées.

"Chopper a dit que tu mettrais du temps à te remettre de Thriller Bark, il faut juste que tu sois patient. Ton état n'est que passager, fit-il ensuite en soufflant sa fumée.

- Et si ça l'est pas ?" grogna le bretteur dont le regard était toujours rivé sur ses sabres.

Sanji sembla réfléchir quelques secondes avant de lui sourire même si Zoro ne pouvait pas le voir.

"Si c'est pas le cas, je sais que tu trouveras une solution, tête d'algue. Je connais personne d'aussi stupidement borné que toi quand il s'agit d'être le meilleur alors j'ai pas de doute que tu y arriveras."

Sur ce, le cuisinier s'éclipsa tranquillement et le sabreur releva enfin les yeux vers sa silhouette désormais absente, laissant ses paroles lui mettre un peu de baume au coeur malgré lui.


Le lendemain, Sanji apporta des boissons à ses amis en milieu d'après-midi et il trouva Brook et Zoro sur le pont, visiblement occupés à se battre à l'épée l'un contre l'autre. Le cuisinier voulut immédiatement protester. Il ne se tapait pas des menus particuliers ainsi qu'une restriction d'activité sexuelle pour que le sabreur gâche tout dès qu'il avait le dos tourné!

"Tête d'algue, t'es sérieux?! aboya-t-il en s'approchant. Tu te rappelles de ce que Chopper a dit ou ta mémoire est plus courte que celle des poissons rouges?!

- La ferme, sourcil en vrille, répliqua le concerné tout en parant un coup du musicien. Tu vois bien que je respecte ses consignes.

- Tu respectes ses consignes? répéta le blond en déposant brutalement ses verres non loin des combattants. Tu te fous de moi ou quoi, abruti?!"

Zoro et Brook mirent fin à leur combat et le squelette s'approcha pour prendre un verre, terriblement essoufflé.

"Sois tranquille, mon ami, il s'agit d'un simple entraînement pour lui, lui assura-t-il ensuite en s'essuyant le visage.

- J'ai gardé mon écharpe, ajouta le sabreur en la lui montrant. Avec une seule lame pour parfaire mes techniques Ittoryu.

- Je suis pas sûr que Chopper approuverait, marmonna tout de même le blond.

- Peu importe. J'ai trouvé une solution."

Le sabreur adressa un regard brillant de détermination au cuisinier pour lui rappeler ses paroles de la veille avant de vider son verre d'un trait. Celui-ci soupira. Dire que c'était lui qui lui avait donné cette idée...

Le musicien se laissa alors tomber par terre pour reprendre son souffle.

"Un seul sabre et un bras immobilisé, et je suis déjà au bord du malaise, se lamenta-t-il. Sanji, je ne sais pas comment tu fais pour lui tenir tête avec ses trois épées…"

Ce dernier haussa les épaules.

"Il est prévisible.

- N'importe quoi! protesta immédiatement l'escrimeur. J'te prends quand tu veux, cuistot de pacotille!

- Avec plaisir, tronche de pelouse, mais je crois me souvenir qu'il faut d'abord que tu te rétablisses, non?"

Le cuisinier appuya sa réponse à double-sens d'un sourire suggestif et Zoro écarquilla les yeux. Il jeta ensuite un coup d'oeil au squelette affalé au sol qui ne semblait pas avoir compris leur véritable échange avant de redresser la tête, une lueur de défi au fond des yeux.

"J'y compte bien. Et le plus tôt sera le mieux."

Sanji hocha la tête tout en lui rendant son regard et reprit les verres avant de s'en retourner vers sa cuisine, le sourire aux lèvres. Finalement, il était ravi que l'escrimeur ait repris du poil de la bête.


Quatre jours plus tard, Sanji reposa son torchon après la vaisselle du dîner. Il jeta un coup d'oeil à l'horloge de la cuisine et esquissa un sourire. Il était enfin temps de retrouver le sabreur.

La veille, Chopper l'avait autorisé à enlever son écharpe et depuis, Zoro n'avait rien trouvé de mieux que de s'enfermer à la vigie pour s'entraîner sans relâche. Le soir venu, le blond avait été agacé de constater que son compagnon ne comptait pas descendre et que visiblement, le perfectionnement de son corps lui importait plus que tout le reste. Cependant, il n'était pas venu lui faire une scène pour autant. Comme si l'escrimeur avait besoin de savoir que sa frustration était à son maximum…

Pourtant ce soir, Sanji était bien décidé à exiger ne serait-ce que des remerciements pour tous les efforts qu'il avait fourni. Il se dirigea donc rapidement vers leur chambre et apprécia d'y trouver le sabreur. Malheureusement, son enthousiasme fut douché par sa grimace lorsqu'il le vit faire rouler son épaule gauche.

"J'croyais que t'avais plus mal? attaqua-t-il en fronçant les sourcils.

- J'ai un peu forcé tout à l'heure, grogna l'escrimeur. Comme Chopper m'a autorisé à reprendre l'entraînement, j'ai voulu rattraper mon retard.

- Putain mais c'est pas vrai, tu vas pas recommencer! s'énerva le cuisinier. Après tous les efforts que j'ai faits!

- Ne lui dis pas, marmonna le sabreur. J'ai pas envie qu'il m'engueule encore."

Pour se calmer, Sanji s'empara brutalement du gel refroidissant déposé sur l'étagère que le petit renne avait donné au bretteur.

"Tourne-toi. Je vais t'en mettre."

L'épéiste fronça les sourcils et le blond agita le flacon devant ses yeux, furieux.

"T'as intérêt à traiter ça tout de suite parce qu'il est hors de question que je sois encore pénalisé à cause de tes conneries, c'est clair?!"

Le bretteur eut un sourire suffisant en retour.

"Cuistot obsédé."

Sanji haussa les épaules.

"Sabreur boiteux."

Répondant à sa provocation, Zoro voulut s'approcher du cuisinier mais celui-ci lui brandit à nouveau le gel sous le nez. Le blond était peut-être dépendant de ses hormones à l'heure actuelle mais il avait toujours plus de jugeote que son compagnon et il savait que ne pas traiter tout de suite le problème l'envenimerait dans le futur. Et il préférait encore différer son activité de quelques minutes plutôt que de quelques jours.

Devant son intransigeance, l'escrimeur soupira avant d'acquiescer. Il tourna le dos au cuisinier et retira son tee-shirt. Sanji déposa alors une bonne quantité de gel au creux de sa main et l'appliqua sur l'omoplate gauche du sabreur qui tressaillit.

"C'est froid", confirma le chef avec un sourire moqueur.

Zoro baragouina quelque chose d'inintelligible et le cuisinier massa son épaule pour faire pénétrer la substance. Les muscles de l'escrimeur étaient tendus sous ses doigts et Sanji fronça les sourcils. Il utilisa alors sa deuxième main pour masser son épaule droite et Zoro grogna.

"Qu'est-ce que tu fais?

- Je crois que tes muscles sont contractés à gauche. Je voudrais comparer."

Après quelques instants, le blond secoua la tête.

"L'autre côté est aussi tendu mais moins. Tu devrais vraiment faire attention.

- Ouais, ouais..."

Sanji poursuivit ses gestes encore quelques minutes en faisant jouer ses doigts le long des épaules et des omoplates de son compagnon d'équipage. Il sentait le sabreur se détendre au fur et à mesure et le cuisinier prit soudain conscience de la peau bronzée et fine qui courrait sous ses mains. Il accentua alors certains mouvements en ralentissant tout en étendant le périmètre de son massage. Maintenant que son devoir était fait, rien ne l'empêchait d'emmener le sabreur là où il le souhaitait… D'ailleurs de son côté, ce dernier ne bronchait pas et profitait visiblement de la sensation sur ses muscles.

"Ca va mieux?" s'enquit le cuisinier au bout d'un moment.

Zoro fit rouler à nouveau ses épaules comme le blond avait cessé ses mouvements avant de s'étirer.

"Le froid semble efficace."

Sanji fit la moue. L'escrimeur n'avait pas l'air d'avoir conscience que son massage était également censé lui donner d'autres envies...

Ne désespérant pas, le blond le poussa alors vers le lit et s'installa sur ses reins mais Zoro se tendit, se retournant à moitié.

"J'peux savoir c'qui te prend encore?

- La ferme, tête d'algue. Profite."

Le cuisinier le repoussa sur le lit et attrapa de nouveau le gel avant de l'étaler sur le dos du bretteur dont la peau frémit. Il recommença alors son massage en partant cette fois de la base de sa nuque vers ses épaules, ses omoplates, et en suivant ensuite toute sa colonne vertébrale jusqu'à ses hanches.

Le gel faisait glisser ses mains sur sa peau et le sabreur poussa un petit soupir de contentement tout en fermant les yeux. Ravi, Sanji fit rouler la peau sous ses doigts pendant de longues minutes, prenant bien soin de laisser ses mains s'attarder dans le creux des reins de l'épéiste avant de progressivement réduire l'intensité de son massage jusqu'à ne déposer que de légères caresses tout le long de son dos.

Lorsqu'il s'écarta enfin, le sourire aux lèvres, il s'attendait à ce que Zoro se rue immédiatement sur lui mais celui-ci ne bougea pas. Sanji fronça alors les sourcils en constatant que le sabreur s'était endormi et il leva les yeux au ciel. Finalement, il ne sut pas s'il devait se sentir vexé ou au contraire heureux du fait que la tête d'algue se soit endormie car cela prouvait au moins que son massage l'avait suffisamment relaxé.

Il contempla le corps du sabreur dont la respiration soulevait régulièrement son torse et hésita sur la conduite à tenir. Il pouvait réveiller Zoro et prendre les choses en main mais son air paisible l'en empêcha. Malgré tout, il n'avait pas non plus envie de regagner son lit dans le quartier des garçons et préférait rester ici pour profiter de la tranquillité de la chambre.

Sanji soupira. La seule fois où Zoro et lui avaient dormi ensemble sans avoir profité l'un de l'autre remontait à la dernière attaque que l'équipage avait subie lorsqu'il se remettait de son intoxication. Il avait voulu sentir sa présence imposante contre lui sans trop savoir pourquoi et son attitude de fatigue extrême l'avait empêché de trop réfléchir à ses actes. Il ne savait pas exactement ce que le sabreur en avait pensé mais il se rappelait qu'il ne l'avait pas repoussé pour autant.

Sanji haussa finalement les épaules et se redressa pour se déshabiller. Zoro s'était laissé faire cette nuit-là alors s'il se réveillait et n'appréciait pas sa présence, il pourrait toujours s'en aller.

Lorsqu'il se glissa entre les draps après avoir éteint la lumière, l'escrimeur grogna à ses côtés. A moitié réveillé, il se souleva légèrement et chercha à se glisser dans le lit à son tour. Amusé, Sanji l'observa se débattre avec le reste de ses vêtements et s'écrouler sur son oreiller sitôt après y être parvenu.

"C'était un massage à peine potable, sourcil en vrille", marmonna-t-il, déjà rendormi.

Le blond sourit et se tourna de son côté du lit. Il savait très bien que le sabreur n'en pensait pas un mot. Cette agréable certitude en tête, le cuisinier s'endormit tranquillement au son de la respiration de son compagnon.


Je vous souhaite à tous d'excellentes fêtes de fin d'année, que 2017 vous apporte la volonté de réaliser tous vos rêves!

Pour nos deux héros, nouvelle année sera synonyme de nouvelle perspective concernant leur relation dès le prochain chapitre (c'était pas fait exprès mais ça tombe bien)!

A très vite :)