Merci à Eckstein, Wado21, Guest, little-grumpy, MiaoiFuki, Typone Lady et P.Y pour vos reviews.
Bonne lecture.
Réponses aux reviews anonymes
Guest: Sanji te remercie pour ce soutien dont il a bien besoin XD
P.Y: ce n'est pas gagné mais tout n'est pas perdu :)
Chapitre 27
A fleur de peau
"Hé, pourquoi vous êtes tous partis? Qu'est-ce qui se passe?" demanda Luffy en rejoignant Ussop, Franky, Chopper et Brook sur le pont.
Le tireur d'élite lui désigna alors Zoro et Sanji d'un coup de menton.
"Ils se battent encore, c'est pas croyable, soupira-t-il.
- C'est déjà la troisième fois ce matin", ajouta le petit renne avec inquiétude.
Depuis que l'équipage avait repris la mer après le petit-déjeuner le matin même, les deux ennemis du Sunny enchainaient les bagarres sans discontinuer et leurs amis commençaient à soupçonner l'existence d'un motif plus important que celui de leurs simples disputes habituelles. A l'inverse, le capitaine au chapeau de paille haussa les épaules.
"Un peu de rivalité, ça maintient en forme!
- Ouais mais là c'est plus de la rivalité, nota Franky en s'écartant pour ne pas se prendre le sabreur qui voltigeait dans les airs. C'est carrément de la haine.
- Et ils ont détruit la table de la cuisine, fit le musicien.
- Oh. Vous croyez qu'il faudrait les séparer? leur demanda Luffy en évitant à son tour que Sanji ne lui rentre dedans.
- Ce serait peut-être pas mal, approuva le cyborg.
- D'habitude, c'est Nami qui s'en charge mais elle range les nouveaux livres qu'elles ont achetés avec Robin et elle a dit de pas la déranger", se rappela le capitaine en se baissant pour éviter un coup de sabre.
Brook s'avança alors d'un pas résolu.
"Chers amis, la violence ne résout rien. Il serait plus sage de-"
Un coup de pied de Sanji destiné au sabreur l'envoya s'écraser contre le mât et le squelette mit quelques secondes à se remettre debout, sonné.
"Hé, faut vous calmer maintenant!" intervint Franky à son tour en se dirigeant vers les deux chiffonniers.
Une épée de Zoro frôla sa chemise et le charpentier du navire bondit en arrière pour éviter de se faire découper.
"Ils ne nous entendent pas, ils sont déchaînés, grimaça Chopper.
- Tant pis pour eux, laissons-les s'écharper. De toute façon, Nami va les tuer en voyant l'état du bateau", grogna Ussop avec fatalisme.
Le reste de l'équipage approuva en soupirant et chacun retourna à des activités plus tranquilles.
Pendant le déjeuner, l'ambiance n'alla pas en s'arrangeant. Pourtant, en sortant de la bibliothèque, la navigatrice avait séparé le cuisinier et le sabreur à coups de tonneau lancés en pleine tête et elle s'était ensuite assurée que Sanji reste enfermé dans la cuisine et Zoro dans la vigie le reste du temps. Comme la table était brisée et que Franky n'avait pas encore pu la réparer, l'équipage se serrait autour du comptoir ou sur le canapé pour manger. Tandis que le cuisinier commençait à disposer les plats, le cyborg attrapa sa bouteille de cola dans le frigo.
"Hé, qu'est-ce que tu crois faire là?" l'apostropha Sanji.
L'ingénieur lui agita la bouteille sous le nez.
"Je prends mon cola. Pourquoi, c'est quoi le problème?
- Le problème c'est que tout le monde se sert dans cette cuisine comme si c'était un moulin et que la moitié des choses disparaisse!" s'énerva le blond.
Franky s'assit en grognant et Brook tenta de lancer une conversation plus légère pour dissiper la tension dans la pièce.
"Il existe une île sur Grand Line dont chaque objet du quotidien émet des notes de musique. C'est l'île de la mélopée!
- Tu veux dire que tous les objets font du bruit? s'étonna Ussop.
- Les gens n'utilisent pas la langue orale pour communiquer, approuva le squelette. Ils utilisent les objets pour obtenir des sons et ainsi se faire comprendre!
- Pas évident quand on maitrise pas le solfège, remarqua Franky.
- C'est un apprentissage relativement rapide, je t'assure.
- Est-ce que la viande fait de la musique aussi là-bas? s'enquit Luffy avec intérêt.
- Ma foi, je sais pas mais si c'est le cas, chaque aliment a alors sa propre mélodie!
- C'est génial! s'écria le capitaine. J'parie que le gigot a une super musique!
- Et les bouteilles? demanda alors le bretteur.
- De la même manière, chacune d'entre elles doit avoir un son unique! approuva Brook.
- Ca permettrait de te repérer plus vite quand tu crois pouvoir les descendre en douce, intervint alors le cuisinier avec mépris. Quoi que te passer un collier à breloque aurait le même effet, ajouta-t-il avec un sourire venimeux.
- Si tu savais faire ton boulot, je serais pas obligé de me restreindre, répliqua le sabreur sur le même ton.
- Et si ça tenait qu'à moi, tu mettrais plus jamais les pieds ici, que ce soit dans ma réserve ou dans ma cuisine! siffla le blond.
- Heureusement que ta tête de sourcil en vrille ne sera jamais capitaine alors. Je préfèrerai changer d'équipage si c'était le cas, ricana l'épéiste.
- Heureusement pour toi en effet car je t'aurais déjà abandonné en pleine mer et tu serais mort de faim avant d'avoir pu retrouver ton chemin!"
Leur échange jeta un froid parmi l'assistance. Le dédain et la haine qui transparaissaient dans les paroles du cuisinier étaient encore plus perceptible qu'à l'accoutumée et ils ne se rappelaient pas avoir entendu Sanji menacer quelqu'un de le priver de nourriture. Au contraire, il était prêt à se dévouer même auprès de ses pires ennemis à ce sujet.
Le visage fermé, Zoro le dévisagea longuement avant de se lever sans un mot. Il sortit ensuite de la cuisine et la porte claqua derrière lui, faisant sursauter les autres membres de l'équipage. Sanji eut un sourire satisfait et reprit son service comme si de rien n'était.
"Sanji, t'es sûr que ça va? l'interrogea Nami avec méfiance.
- Mais oui, Nami-chérie! papillonna le cuisinier. Tu es si douce de t'inquiéter pour moi!"
La navigatrice regarda son ami virevolter dans la pièce et lui déposer sa tasse de thé. Elle était restée exprès un peu plus longtemps que d'habitude pour pouvoir l'interroger. Elle ne savait pas ce qui se tramait mais elle avait vite compris que le Sunny ne retrouverait jamais son niveau minimum de calme tant qu'elle n'aurait pas tiré au clair cette histoire. Finalement, elle soupira et prit un tabouret au niveau du comptoir.
"Assieds-toi."
Le blond ne put qu'obéir même s'il sentait que la conversation n'allait pas lui plaire. Il ne pouvait rien refuser à sa déesse rousse.
"Qu'est-ce qui se passe? lui demanda-t-elle avec détermination.
- De quoi parles-tu, ma b-
- Bon sang, Sanji! Tu es complètement sur les nerfs et tu agresses tout le monde! Sans compter tes bagarres avec Zoro qui n'en finissent plus! Ca ne t'ai jamais arrivé à ce point depuis qu'on se connaît alors ne dis pas qu'il n'y a rien! Si tu as un problème, l'équipage a un problème et je veux savoir ce qu'il en est!"
Le cuisinier baissa les yeux. Si sa navigatrice amenait de tels arguments, qui était-il pour refuser?
"Juste… une petite prise de tête avec la tête d'algue," avoua-t-il alors du bout des lèvres.
Nami le dévisagea, incrédule.
"Une simple dispute qui te met dans cet état? Tu te fous de moi?!"
Sanji écarquilla les yeux.
"Nami-chérie, jamais je ne m-"
La rousse l'interrompit d'un geste de la main, exaspérée.
"Vous avez intérêt à régler votre problème et fissa, j'en ai ma claque de vous deux!" gronda-t-elle.
Elle fixa ensuite son ami avec sévérité mais le cuisinier était visiblement accablé et elle leva les yeux au ciel. Après quelques secondes, elle secoua finalement la tête.
"Ecoute, j'imagine bien que ce n'est pas facile avec cet idiot mais il faut que vous appreniez à communiquer autrement que par des coups!
- Cette tête de brocolis ne sait même pas répondre à une simple question! plaida le blond. Comment j'peux communiquer avec ça?!"
Nami haussa les épaules.
"N'oublie pas que Zoro est un homme des cavernes, il ne doit pas avoir plus de dix mots pour exprimer tout ce qu'il ressent. Il faut que tu prennes ça en compte."
Sanji braqua ses yeux dans ceux de la navigatrice, transi d'amour. En deux phrases, Nami avait parfaitement résumé la situation.
"Tu es tellement intelligente, Nami-chérie!"
La jeune femme eut un sourire amusé avant de se relever.
"Je compte sur vous pour régler rapidement votre problème, conclut-elle en emportant sa tasse.
- Je ne te décevrai pas, fais-moi confiance!" lui promit le cuisinier, totalement sous son charme.
Après l'altercation avec le cuistot pendant le repas, Zoro était monté à la vigie et s'y était enfermé. Il n'avait pas l'habitude de battre en retraite lors de leurs confrontations mais les paroles cruelles du blond lui avaient rappelé le pétrin dans lequel il était fourré depuis la veille. Il savait que ce dernier n'avait pas digéré leur conversation mais il ne comprenait pas pourquoi il lui en voulait autant. Il s'était pourtant montré honnête malgré la soudaineté de sa révélation et il lui avait même promis d'y réfléchir sérieusement. Alors pourquoi se comportait-il comme s'il l'avait blessé de la pire des manières?
Le sabreur soupira. Il entendait maintenant les éclats de rire de ses amis sur le pont et il se demanda si Sanji riait avec eux depuis qu'il n'était plus là. Finalement, il se résolut à profiter de ce temps pour tenir sa promesse et se concentrer sur ce que lui avait demandé le cuisinier. Mais comment était-il censé faire un choix dans ce domaine? A partir de quels éléments? Il était tenté d'utiliser des faits et des arguments rationnels. Cela allait à l'encontre de ses décisions instinctuelles mais ce domaine méritait qu'il y réfléchisse logiquement. Par exemple, il pouvait faire une liste.
Pour, leurs petits jeux ne le lassaient pas.
Contre, il passait la moitié de son temps à détester le comportement du blond et à avoir envie de le frapper.
Pour, le cuisinier serait obligé d'assumer ce qu'il ressentait face aux filles.
Contre, il allait devoir supporter ses prises de tête continuelles pour des détails.
Pour, Sanji ne lui ferait pas payer sa décision et ne lui rendrait pas la vie impossible.
Contre, il n'avait pas envie de se soumettre à ce cuistot pathétique.
Le sabreur grimaça. L'idée de la liste n'était pas mauvaise mais elle occultait le véritable enjeu de ce qu'avait proposé le cuisinier. Et ça, c'était vraiment la partie la plus difficile. Il n'était peut-être pas aussi intelligent que Robin mais il n'était pas bête non plus et il savait ce que le blond avait en tête en parlant de véritable relation. Ca voulait dire admettre qu'il se passait quelque chose entre eux. Quelque chose qui dépassait leur rivalité habituelle et leurs ébats passionnés. Quelque chose de plus profond. De plus fragile aussi.
Il s'agissait d'être sincère et Zoro prit le temps de réfléchir. Ressentait-il quoi que ce soit de différent pour le blond par rapport aux mois précédents?
Assis en tailleur, Zoro ferma les yeux pour se concentrer totalement. La question était définitivement ardue alors il décida de commencer par le plus simple : ce qui n'avait pas changé. Aisément, le sabreur constata qu'il y avait toujours cet agacement et cette envie de se mesurer à lui. Et puis, cet élan de compétition à chaque nouvel adversaire qu'ils affrontaient ne les avait pas quitté. Tout cela était habituel.
De nouveau… De nouveau, il y avait cette attirance physique indéniable dont les conséquences étaient plus qu'agréables. Et aussi cette légère sensation enivrante quand ses yeux rencontraient les siens au détour du bateau. Comme si dans l'anticipation de ce qu'il pourrait se passer, le cuisinier et lui étaient connectés à un niveau indescriptible. Surtout, il y avait cette compréhension mutuelle qui se renforçait et la joie de constater que le cuistot ne se résignait jamais, qu'il avait le même goût du défi que lui. Et depuis deux jours, il y avait également cette pointe de regret à l'idée que leur arrangement puisse s'arrêter.
Est-ce que c'était suffisant pour être qualifié de sentiments comme l'entendait Sanji? Il n'en avait aucune idée. En tout cas, il s'agissait d'émotions nouvelles et qui ne concernaient personne d'autre que le blond.
Le sabreur soupira mais continua à dérouler le fil de ses pensées, contrarié. Pourquoi avait-il fallu que le cuistot commence à se poser des questions? Et comment avait-il fait pour en arriver à la conclusion que ce qu'il ressentait valait la peine de se mettre à nu devant lui?
Pour sûr, il aurait pu rire de ce qu'il lui avait dit mais imaginer que Sanji ait eu le courage nécessaire pour lui en parler - parce qu'il s'agissait indéniablement de courage au vu de leur personnalité - lui apprenait deux choses essentielles. Un, le blond ne pouvait pas vivre sans être en accord avec ses sentiments et il était certain de faire une croix sur leur relation charnelle s'il ne pouvait pas ou ne voulait pas que leur attachement soit réciproque. Deux, ses sentiments devaient être suffisamment forts pour avoir pris le pas sur son angoisse existentielle des dernières semaines et il avait accepté le fait d'être attiré par un homme. Pourtant, il continuait son manège auprès des filles de l'équipage mais cela devait certainement être un trait de personnalité qu'il ne pourrait jamais renier maintenant.
Ces éléments n'étaient pas à prendre à la légère et encore une fois, Zoro s'étonna de la rapidité avec laquelle Sanji pouvait analyser et mettre en mots des émotions aussi diffuses et dérangeantes.
L'escrimeur rouvrit les yeux. Il devait reconnaître qu'il y avait bien quelques petites choses différentes concernant sa manière de voir le cuisinier mais valaient-elles la peine d'être prises en compte? Pour ce qu'il en comprenait, elles paraissaient être des éléments bien incertains au milieu des forces souveraines de sa vie et semblaient définitivement frêles comparées à sa détermination pour son objectif final, à son amour du combat ou à l'importance de son honneur.
L'attachement inévitable lié à ce genre de relation n'était-il pas une entrave à ses objectifs et à son rêve? Le cuistot n'allait-il pas le dévier de sa trajectoire avec cette histoire? Tout cela valait-il vraiment la peine de prendre un risque quelconque pour un résultat qu'il n'avait aucun moyen de connaître? Cette relation le rendrait forcément plus vulnérable puisque dépendant d'une variable qu'il ne maîtriserait pas…
Finalement, Zoro ramassa ses sabres et se dirigea vers la sortie, certain d'avoir éclairci ses idées mais loin d'avoir pris une décision.
La nuit était en train de tomber sur le Sunny et l'équipage profitait des dernières lueurs du jour pour vaquer à ses occupations à l'extérieur. Robin et Chopper examinaient les fleurs de la précédente île tandis que Brook sirotait une tasse de thé non loin d'eux. Ussop et Franky bricolaient dans leurs ateliers et des coups de marteaux et de scie se faisaient entendre à intervalles réguliers. A l'arrière du bateau, Nami pointait son doigt vers l'horizon pour montrer quelque chose au capitaine et ce dernier lui répondait avec excitation. Le sabreur avait quant à lui déjà regagné la vigie pour son tour de garde.
Après avoir terminé ses propres corvées, Sanji dépassa ses camarades et s'arrêta devant la porte de sa chambre. De leur chambre. Depuis presque deux jours, il avait ignoré cette pièce de toutes ses forces mais ce soir, il avait envie d'y retourner. Pour la contempler. Pour espérer. Pour se faire mal.
Il poussa la porte du bout des doigts et constata que rien n'avait bougé. Zoro n'y avait pas mis les pieds non plus malgré qu'il ne l'ait pas fermée à clé. Il fit un pas dans la pièce et s'alluma une cigarette pour se donner une contenance. Qu'est-ce qu'il foutait là, bon sang? A part remuer le couteau dans la plaie, ça ne lui apportait rien.
Ici, leurs souvenirs s'étalaient et la mélancolie le prit brusquement. Est-ce qu'il n'aurait pas mieux fait de ne rien dire et de continuer à profiter de ce qu'il avait? Est-ce que le sabreur n'aurait pas fini par lui retourner ses sentiments tout seul au fur et à mesure?
Le cuisinier secoua la tête. Il se sentait pitoyable d'en arriver à croiser les doigts et à s'en remettre entièrement à un autre quant à son futur. La vérité était que Zoro n'aurait jamais évolué par l'opération du Saint-Esprit et lui serait demeuré prisonnier de son espoir jusqu'à ce que l'un d'eux finisse par tout bazarder. Il savait qu'il avait fait ce qu'il fallait mais ça ne l'empêchait pas de souffrir.
"Qu'est-ce que tu fous, sourcil en vrille?"
Sanji sursauta et se reprit instantanément, cachant sa tristesse derrière un masque de colère.
"Et toi, tête de cactus?!
- C'est ma chambre aussi, j'te signale. J'viens chercher mes affaires."
Le blond sentit sa respiration se bloquer dans sa poitrine. Il venait chercher ses affaires, pourquoi? Parce que…
"Tu t'es enfin décidé alors, ricana-t-il pour dissimuler son malaise. T'aurais pu faire passer le message autrement mais j'peux pas trop en demander à une tête d'ahuri pareille…
- Qu'est-ce que tu peux être con quand tu t'y mets, fit le sabreur avec lassitude. J'viens chercher mes affaires parce qu'elles sont toutes ici et que ça fait deux jours que j'mets les mêmes sous-vêtements, c'est tout.
- T'es vraiment dégueulasse."
L'épéiste haussa les épaules et le bouscula pour entrer. Il attrapa ses vêtements en un clin d'oeil et repassa la porte en sens inverse. Il allait dépasser le cuisinier lorsque celui-ci lui barra le passage d'une main ferme sur son torse.
"Zoro, donne-moi ta putain de réponse, murmura-t-il d'une voix blanche.
- Oh, lâche-moi avec ça, grogna l'escrimeur en tentant de se dégager.
- Mais merde, réponds-moi!"
Surpris, le sabreur dévisagea le blond dont la fureur flambait dans son unique oeil bleu visible.
"T'es marrant, toi! Tu crois que ce genre de choses, ça se décide en une minute?! s'énerva-t-il à son tour.
- Oui et c'est pour ça que j'veux savoir! Fais ta putain de méditation que tu m'avais si bien conseillée et décide-toi!
- C'est pas parce que je sais méditer que toutes les réponses du monde me viennent! C'est toi le plus doué de nous deux avec les mots alors fous-moi la paix quelques jours pour que j'y réfléchisse tranquillement!"
Sanji s'obligea à prendre de grandes inspirations. Depuis sa conversation avec Nami cet après-midi, il avait reconsidéré la question. Il savait que Zoro ne fonctionnait pas comme lui et peut-être l'algue avait-elle vraiment besoin de temps pour se rendre compte de ce qu'il se passait dans sa propre tête. Au début de leur nouvelle relation, il avait lui-même été totalement perdu.
"D'accord mais t'as intérêt à te grouiller, décida-t-il, les dents serrées.
- Pourquoi t'es si pressé?
- Parce que je me suis dévoilé et qu'il est hors de question que tu joues avec mes sentiments pendant des jours avant de me les renvoyer à la figure!"
Zoro le considéra attentivement et plongea son regard dans le sien.
"J'abuserai pas."
Le blond haussa les épaules comme s'il ne le croyait pas et souffla la fumée de sa cigarette qui s'éleva dans le ciel au-dessus d'eux.
"De toute façon, j'attendrai pas indéfiniment. Il y a plein d'autres algues dans l'océan, et des moins stupides."
Le battant de la porte de la chambre claqua lorsque Sanji la referma d'un coup sec avant de s'en aller et Zoro grimaça.
Il allait vraiment devoir prendre cette décision.
"Alors, Zoro, ça va pas avec Sanji?
- Hm?
- Vous vous parlez plus et vous faites plus ces trucs que Nami veut pas que je vois.
- Euh, ouais..."
Les joues rouges, le sabreur détourna lentement le regard de son capitaine pour replonger dans la contemplation de l'océan. Il s'était installé sur le ponton avant dès la fin du petit déjeuner pour réfléchir à nouveau à son dilemme. Cependant, plus il tournait les mots dans sa tête et pesait le pour et le contre, plus il s'embrouillait.
"C'est juste... compliqué, ajouta-t-il ensuite.
- Pourquoi? s'enquit le jeune homme le plus innocent du monde.
- Parce que… j'sais pas, murmura finalement le sabreur. C'est comme ça entre lui et moi. Ca l'a toujours été.
- Ah."
Luffy s'assit à côté de son ami et balança ses pieds dans le vide au-dessus de la mer.
"Nami dit que c'est parce que vous savez pas vous écouter et que vous faites que vous battre mais moi je trouve ça marrant!"
Zoro reporta son regard vers lui et observa son visage rieur profiter de la vitesse et des éclaboussures d'eau.
"T'as pas hésité avant de t'engager avec Nami dans cette nouvelle relation?" lui demanda-t-il tout à trac.
Le jeune homme réfléchit une seconde avant de secouer fermement la tête.
"Non.
- Pourquoi? s'enquit-il avec intérêt.
- Parce que j'en avais envie", répondit tranquillement le capitaine.
Zoro retomba dans le silence, déçu.
"Quand je suis avec elle, je ressens tout un tas de trucs bizarres et rigolos, poursuivit le garçon au chapeau de paille en riant. Alors j'ai pas envie que ça s'arrête!
- Je vois ce que tu veux dire, soupira le sabreur. Mais ça signifie aussi que vous avez des obligations l'un envers l'autre maintenant. Ca t'embête pas?
- Des obligations? s'étonna Luffy. J'vois pas de quoi tu parles."
Le sabreur lui jeta un coup d'oeil intrigué.
"Tu sais ce que ça veut dire partager une relation avec quelqu'un au moins?
- Absolument! répondit fièrement le capitaine. Ca veut dire que ce que je ressens quand je la regarde, elle ressent la même chose pour moi et que c'est rien qu'à nous!
- Ouais. Et donc t'as pas peur que… ça t'empêche d'atteindre ton objectif de devenir le roi des pirates?
- Pourquoi Nami ferait ça? lui demanda Luffy avec effarement.
- Non, je dis pas qu'elle le voudrait mais sans le faire exprès. Elle a son objectif, toi le tien et ça pourrait te déconcentrer ou des trucs comme ça, non?"
Le capitaine se mit à réfléchir avant de décocher un énorme sourire à son second.
"Au contraire, ça me met la patate! J'ai encore plus envie d'y arriver!" s'écria-t-il en se relevant d'un bond.
Le bretteur le suivit du regard avec étonnement.
"Ah bon?
- Ouais! T'imagines, je vais devenir le roi des pirates, on va sillonner Grand Line et elle pourra faire toutes les cartes de la planète avec moi! On sera les plus heureux du monde!"
Zoro regarda son capitaine improviser une danse de la victoire à ses côtés, sidéré. Luffy avait une manière de voir les choses tout à fait hors du commun. Et ce serait sans doute pour cette raison qu'il deviendrait effectivement le roi des pirates compris le sabreur avec un sourire.
"Tu devrais pas t'en faire pour Sanji, lui aussi a son objectif, reprit Luffy en riant. Il est vraiment balèze, en plus! T'as vu la raclée qu'il a mis à ces pirates qui s'en prenaient à Robin la dernière fois?"
Le sabreur se renfrogna.
"J'me fous que ce crétin sache se défendre, grommela-t-il. C'est juste que je me pose des questions, c'est tout.
- Comme quoi?"
Le capitaine se rassit près de lui tout en volant d'une main élastique quelques gâteaux au pauvre Chopper qui passait par là et le fixa de ses grands yeux noirs curieux. Zoro soupira, mal à l'aise. Il doutait franchement que Luffy comprenne quoi que ce soit à ses tourments mais il avait une telle confiance en son capitaine qu'il était bien la seule personne à qui il pouvait en parler, même s'il n'y connaissait visiblement rien.
"Je m'attendais pas vraiment à me poser ce type de question un jour mais il se trouve que je ne sais pas si continuer notre "relation" est une bonne idée...
- Ah bon? Mais vous aviez l'air d'être content!
- Ouais mais c'était un arrangement spécial et maintenant, il voudrait que ce soit un peu comme toi et Nami, un engagement plus important. Quel idiot, pourquoi a-t-il eu besoin de tout gâcher? grogna-t-il ensuite. Comme si j'allais hésiter entre lui et mon rêve...
- Ah ouais! La vache, t'as raison! s'exclama le garçon au chapeau de paille avant de froncer les sourcils. Mais pourquoi Sanji viendrait t'empêcher de devenir le meilleur sabreur du monde, j'ai pas compris?
- Ben, ce genre de truc, ça demande du boulot et moi j'veux pas perdre de temps. Il parle beaucoup trop et il faudra que je l'écoute au moins de temps en temps. Et puis, il voudra sûrement qu'on fasse des trucs ensemble et ça, c'est hors de question. Imagine si ce genre de choses se répète et que mon entraînement s'en ressent? Ce type me déconcentre...
- J'comprends, faut que tu te donnes tous les moyens d'y arriver, approuva Luffy.
- Exactement, fit le sabreur.
- C'est ça d'avoir mal au ventre, c'est plein de nouvelles aventures et d'obstacles à surmonter! s'écria ensuite le garçon au chapeau de paille d'un air ravi.
- J'ai pas dit que j'avais ma-
- Mais dans ce cas-là, c'est super! le coupa-t-il, débordant d'enthousiasme. Ca veut dire que quand Sanji aura trouvé All Blue et que tu auras battu Mihawk, il montera son restaurant là-bas et ceux qui voudront devenir le meilleur sabreur du monde devront vous trouver avant de tenter leur chance! C'est vraiment trop la classe!"
A ce moment-là, Luffy repéra Chopper qui avait obtenu de nouvelles sucreries et il s'élança derrière lui. Entendant son capitaine le poursuivre, celui-ci s'enfuit en hurlant et Zoro se passa une main sur le visage.
Il n'était pas sûr que sa conversation avec Luffy l'ait aidé et il se laissa tomber contre le mât. Il avait définitivement besoin de dormir.
Deux autres jours s'étaient écoulés. Le sabreur avait pris soin de maintenir une certaine distance avec le cuisinier et celui-ci semblait avoir adopté la même stratégie à son égard. Aucune nouvelle bagarre n'avait donc éclaté, à la plus grande satisfaction de la navigatrice. Cependant, lorsqu'ils se croisaient ou se trouvaient réunis pendant les repas, les provocations ne pouvaient s'empêcher de fuser et la tension se trouvait irrémédiablement explosive dès qu'ils étaient dans la même pièce. Tout l'équipage avait fini par comprendre que leur relation impliquait désormais des pugilats à la hauteur de leur étrange attachement et ils restaient tous prudemment en retrait dès que leurs interactions menaçaient de déborder. A l'exception notable de Nami qui les rappelait à l'ordre d'un simple regard.
Bien que le cuistot et lui n'en aient pas reparlé, Zoro sentait que le blond atteignait sa limite concernant la petite trêve qu'il lui avait accordé et lui n'avait toujours pas de réponse concrète à lui apporter. Pourtant, il n'avait pas ménagé sa peine et tout en poursuivant son entraînement, il s'était aménagé des pauses pour tenter de prendre la meilleure décision possible. Mais ce soir, il était fatigué et énervé par ses réflexions qui ne le menaient nulle part et il avait ressenti le besoin de s'alléger l'esprit avec une bonne bouteille.
Cependant, arrivé devant l'endroit fatidique, Zoro suspendit son geste sur la poignée de la porte de cuisine. Devait-il se comporter comme d'habitude et prendre le risque d'une nouvelle confrontation avec le cuistot alors qu'il n'avait pas encore de réponse à lui donner ou devait-il éviter de le croiser afin de gagner encore un peu de temps? Finalement, il haussa les épaules et entra avec assurance. Il allait juste prendre de quoi boire et il filerait sans laisser le temps au cuistot de lui chercher des noises.
"Tiens, le roi de la végétation est là."
Sanji se tenait contre le plan de travail à quelques mètres, un sourire narquois aux lèvres, et le sabreur retint un soupir d'agacement.
"Je viens juste prendre une bouteille, le prévint-il d'un ton neutre.
- Mais je t'en prie, je sais que les algues ont besoin d'un milieu aquatique pour fonctionner."
Zoro ne put s'empêcher de montrer les dents face à cette nouvelle provocation et il n'en fallut pas davantage à Sanji pour continuer de plus belle.
"Dis-moi, Sa Majesté. Quand tu auras fini d'épuiser mes réserves, est-ce que tu seras suffisamment hydraté pour pouvoir réfléchir ou tu préfères que je t'envoie directement dans l'océan voir tes congénères?"
L'escrimeur sentit une veine palpiter à sa tempe. Il n'allait pas se laisser gentiment insulter non plus. Il faisait des efforts mais il avait des limites et sa fierté ne lui permettait pas beaucoup d'écarts.
"Arrête ça, gronda-t-il.
- Quoi, j'ai touché juste? s'enquit le blond avec un sourire acide. Ou t'es tellement stupide que tu es imperméable à la réflexion et aux sentiments?
- Sanji, ferme-la maintenant!"
L'éclat de voix du sabreur calma une seconde le cuisinier avant qu'il n'enflamme toute la tension de la pièce. Sentant le changement d'atmosphère, Zoro posa la main sur la garde de ses épées.
"Je la ferme si je veux, enfoiré! hurla le blond. T'es dans ma cuisine alors tu suis mes règles et si t'es pas content, tu prends tes putains de sabres et tu dégages!"
Zoro se tendit à l'extrême avant d'abaisser sa main. Il en avait vraiment marre. Il sortit de la cuisine en coup de vent et entendit Sanji vociférer dans son dos.
Le cuistot était totalement sur les nerfs et sa propre frustration atteignait des sommets. Tout ça à cause de leur conversation dont il n'arrivait pas à attendre l'issue! Il avait envie de le secouer et de lui mettre son poing en plein visage, non pas à cause de leur tendance naturelle à se battre mais pour le réveiller et lui faire prendre conscience de son attitude stupide. S'il croyait que ça l'incitait à avoir envie de démarrer cette nouvelle relation avec lui! Cette relation, elle l'emmerdait déjà et elle n'avait même pas encore commencé!
Le sabreur s'immobilisa finalement contre le flanc droit du Sunny et contempla sombrement la mer pour se calmer. Il se donna alors jusqu'au lendemain soir pour régler cette histoire. Passé ce délai, s'il n'avait pas eu de révélation, il l'enverrait se faire voir. S'il devait absolument trancher, il prendrait le moins de risque possible.
"Putain, mec. Quand vous vous engueulez, vous faites pas semblant! Je vous ai entendu depuis l'autre bout du Sunny", fit le cyborg derrière lui.
Le sabreur ne répliqua pas. Il ne se sentait pas souvent d'humeur bavarde, et ce soir encore moins que d'habitude.
"Une fois, Kiwi s'est engueulée avec son copain toute la nuit et elle l'a quittée. Elle a pleuré toutes les larmes de son corps pendant deux semaines. C'était le truc le plus triste que j'ai jamais vu…"
Zoro grinça des dents.
"T'en fais pas, Franky. Y a pas de risque que j'me mette à chialer, surtout pour ce crétin de cuistot.
- Merde, si tu lui parles comme ça, c'est sûr que vous allez jamais vous réconcilier! lui reprocha le charpentier.
- Peut-être que j'ai pas envie qu'on se réconcilie."
L'ingénieur secoua la tête et s'accouda à ses côtés.
"Faut faire des efforts, les gars! Vous savez pas faire de compromis?
- Franky, tu sais pas de quoi tu parles, bougonna Zoro en se tassant un peu plus sur lui-même.
- Oh, tu sais, l'amour ça me conn-
- Putain, vous me faites tous chier avec ça! s'emporta soudain le sabreur. On n'est pas ensemble, tu piges?!
- Hein?
- Notre arrangement parlait pas de sentiments! C'était juste un putain de plan cul alors arrêtez de nous considérer comme un couple parce qu'on l'est pas! Si ce crétin veut autre chose, c'est pas mon problème!"
Le cyborg le dévisagea un instant avant de ricaner.
"Et tu veux me faire croire que rien n'a changé pour toi depuis ce temps-là, c'est ça? Si c'était que ça, tu serais pas en train de te rendre malade, tu serais juste passé à autre chose.
- J'me rends pas malade!"
Zoro s'en voulait d'avoir exposé leur vie privée de cette manière mais le cuistot l'avait déjà tellement énervé qu'il en avait perdu le peu de calme qui lui restait.
"Tu sais ce qu'on dit dans ces cas-là? poursuivit tranquillement Franky. Faut savoir ravaler sa fierté et se montrer honnête envers soi-même.
- Faudrait déjà que je sache ce que je veux alors", grinça Zoro, totalement désabusé.
L'ingénieur secoua la tête, un sourire au coin des lèvres.
"Tu ressembles un peu à Luffy sur les bords, lui fit-il remarquer.
- Et quand est-ce que j't'ai demandé ton avis, Franky? répliqua sèchement l'escrimeur.
- Ecoute, Zoro, ça vaut toujours le coup de créer un super lien comme celui-là, ajouta-t-il comme s'il s'agissait d'une évidence. Tu devrais foncer et prendre des risques!
- C'est à moi que tu dis ça? lui fit remarquer l'escrimeur, blasé.
- Je parle pas d'un risque physique, je parle d'un risque émotionnel, lui expliqua-t-il patiemment. Je sais que c'est pas ton truc mais ça fait partie de la vie aussi les sentiments et t'es un être humain alors t'y échapperas pas.
- J'en ai rien à foutre de ces conneries de sentiments, marmonna le bretteur. J'ai un objectif à atteindre, moi.
- Bordel mais t'es un homme ou quoi, Roronoa?! s'agaça soudain le cyborg. Depuis quand tu flippes comme ça?"
Zoro leva les yeux au ciel et se reconcentra sur les flots, mettant ainsi un terme à la conversation. Franky comprit le message et haussa les épaules.
"Faut tout vous expliquer, bon sang," bougonna-t-il en s'éloignant.
J'ai failli couper ce chapitre en deux car il est dense et je ne voulais pas que ce soit un simple enchaînement de faits et puis finalement…
Vous avez enfin eu la version de Zoro et j'espère qu'elle vous parait crédible. J'ai personnellement adoré écrire la scène entre lui et Luffy car l'idée d'avoir le capitaine en conseiller naïf était irrésistible! De plus, je défends fermement l'idée que Luffy est souvent bien plus intelligent qu'on ne le croit et qu'il distribue des vérités sous ses allures d'ahuri...
Dans le prochain chapitre, le suspens prendra fin et la confrontation tant attendue sera au rendez-vous :)
