Un grand merci à Wado21, little-grumpy, P.Y, MiaoiFuki et Typone Lady pour vos reviews qui me permettent de me rassurer.

Merci également pour les mises en alerte/favori.

Bonne lecture.

P.Y: je suis ravie que Luffy te semble crédible, la ressemblance avec les personnages originaux m'importe beaucoup!


Chapitre 28

Changement de cap

Chopper examina ses plantes avec attention. Elles avaient toutes poussées avec rapidité comme l'avait promis le vendeur qui l'avait renseigné avec Brook sur la dernière île et les plus hautes atteignaient déjà les deux mètres. Avec curiosité, il tourna les pages de son encyclopédie pour repérer les différentes variétés qui lui étaient inconnues. Plusieurs d'entre elles possédaient des vertus médicinales et il avait hâte de les utiliser.

Il s'arrêta devant une grande fleur d'environ 1m50. Possédant une longue tige unique dépourvue de feuilles, sa tête consistait en une énorme boule verte avachie. Intrigué, il feuilleta son livre à nouveau.

"Qu'est-ce que tu fais, Chopper? s'enquit Ussop en s'approchant.

- Je ne trouve pas le nom de cette plante, lui montra le petit renne. Pourtant, le marchand m'a assuré qu'elles étaient toutes répertoriées…"

Le tireur d'élite la détailla à son tour et fronça les sourcils.

"C'est étrange. Cette forme est caractéristique des-

- Hé! Regardez ce que Sanji m'a donné!"

Luffy déboula auprès de ses amis en agitant une brochette de viande qu'il engloutit d'un coup.

"Il te l'a vraiment donnée?" s'étonna Ussop.

Le capitaine hocha vigoureusement la tête.

"Il teste des nouvelles recettes, il voulait mon avis et c'est tr- Hé!"

La tête de la fleur inconnue s'était largement ouverte en deux et elle aspira brutalement le capitaine élastique dont la moitié du corps disparut à l'intérieur de son corps. Ses deux compagnons hurlèrent d'effroi avant de se précipiter pour tirer leur ami mais la fleur tenait bon.

"Rends-nous notre capitaine, espèce de grosse boule baveuse! lui hurla Ussop en tirant de toutes ses forces.

- Que se passe-t-il? demanda Brook qui avait accouru avec Franky.

- La plante a mangé Luffy! leur montra Chopper. Elle ne veut pas le lâcher!

- Ca me revient maintenant, c'est sûrement une plante carnivore! se rappela soudain Ussop.

- Une plante carnivore?! répéta le musicien, horrifié. Luffy!"

Franky et Brook agrippèrent à leur tour le corps du capitaine dont les pieds s'agitaient mais la fleur semblait plus forte qu'elle n'y paraissait.

"J'ai une idée!" fit soudain le cyborg.

Il abattit alors son énorme poing sur la boule verte qui lui servait de tête, ce qui eut pour effet de la faire recracher sa proie qui roula au sol, dégoulinant de bave végétale.

"Ca va, Luffy? lui demanda Chopper avec appréhension.

- Elle a cru que j'étais de la viande, c'était trop marrant! rigola le concerné assis par terre.

- Techniquement, tu es de la viande, lui fit remarquer Brook. Moi par contre, je n'ai même plus ma peau sur mes os!

- Tu devrais aller prendre une douche, Luffy, les interrompit Ussop avec inquiétude. Les sucs gastriques des plantes carnivores sont redoutables et ils sont en train de te digérer!"

Les vêtements du capitaine partaient en effet lentement en lambeau et Franky jeta un coup d'oeil à la plante qui avait retrouvé son air avachi.

"Elle crève la dalle votre fleur, constata-t-il. Si vous prenez des plantes carnivores, faut les nourrir, les gars.

- Je ne pensais pas que c'était une plante carnivore, je la voulais parce qu'elle était jolie! s'excusa le petit médecin.

- Les plantes sont les reines de la manipulation, Chopper", soupira le tireur d'élite tandis que Luffy tapotait gentiment la tête de la plante affamée.


Sanji sortit de la cuisine, son plateau chargé de cocktails en tout genre. Le temps était plutôt dégagé et un rafraîchissement coloré était toujours apprécié sous le soleil. Il déposa ceux de Nami et de Robin au milieu de son tourbillon d'amour habituel puis se dirigea vers les garçons rassemblés autour de leur petit jardin.

Il dévisagea longuement Luffy lorsque celui-ci lui demanda solennellement de préparer un encas pour la fleur à ses côtés avant qu'Ussop ne lui révèle que la plante carnivore n'avait probablement rien eu à manger depuis des jours. Il finit par s'éloigner en promettant à son capitaine de penser à elle lors du prochain repas. Même s'il ne s'agissait que d'une plante, il refusait qu'elle meurt de faim sur ce bateau et en sa présence.

Sanji termina sa tournée par le pont avant pour apporter son verre à Zoro. Même si la compagnie de l'escrimeur lui était insupportable ces derniers jours, son devoir de cuisinier lui imposait de continuer à le nourrir comme les autres. Lorsqu'il s'approcha, il apprécia donc que le sabreur soit occupé à s'entraîner au maniement de ses lames et qu'il lui tourne le dos. Sans perdre un instant, il déposa le verre à distance raisonnable pour ne pas prendre le risque qu'il soit renversé et s'éloigna.

Sur le point de pousser la porte de sa cuisine, Sanji se tourna pourtant à nouveau vers l'épéiste en contrebas et l'observa quelques instants. Sa silhouette à contre-jour semblait danser au milieu du tournoiement de ses lames. Ses gestes rapides et précis tranchaient l'air en un ballet harmonieux, faisant scintiller le métal sous la lumière vive. Le sabreur n'avait pas besoin de se situer dans son environnement et il avait fermé les yeux, laissant son instinct et sa nature profonde s'exprimer à travers ses sabres.

Le cuisinier remarqua alors qu'il n'en utilisait que deux et que le troisième reposait contre le mat du Sunny. Sanji reconnut à sa blancheur le Wadô Ichimonji. Le sabre étincelait au soleil, l'obligeant presque à détourner le regard.

Le cuisinier frissonna soudain malgré la chaleur ambiante. Ses sabres. Ce sabre. Ils représentaient tout pour Zoro. Toute sa vie. Toute sa volonté. Toute la place.

Sanji se sentit brutalement de trop face à ce spectacle presque intime d'un homme au milieu de son univers et il battit en retraite vers sa cuisine. Il ne voulait pas être le témoin indiscret d'une relation dont il ne faisait pas partie.


"Elle a vraiment faim! s'extasia Luffy en jetant un énième bout de viande à la plante carnivore qui l'avala d'un coup.

- J'en reviens pas que Sanji lui ait préparé un repas rien que pour elle, marmonna Ussop qui respectait une distance de sécurité à quelques pas.

- D'ailleurs, pourquoi tu manges sa part? s'enquit Franky en s'adressant à son capitaine.

- On partage! lui montra le garçon au chapeau de paille en engloutissant plusieurs morceaux à son tour. Comme ça, je suis sûr que c'est bon pour elle!

- Elle a l'air d'apprécier en tout cas, constata Chopper.

- C'est étonnant cette capacité à faire se dissoudre ses proies à une telle vitesse, remarqua ensuite Brook tandis qu'un bout de viande fondait sous leurs yeux.

- Ca fait froid dans le dos, bougonna le tireur d'élite.

- Allez, attrape!"

Luffy agita un morceau de viande au-dessus de la plante qui s'étira au maximum pour l'atteindre, sans succès.

"Allez, fais un effort! l'encouragea-t-il en riant. Tu y es presque!"

Après quelques essais supplémentaires infructueux, la plante changea brutalement de stratégie et se saisit de l'assiette du capitaine à sa portée avant de la gober totalement. Tout d'abord incrédule, Luffy la dévisagea ensuite d'un air furieux.

"On avait dit qu'on partageait, t'exagères! Rends-moi ma viande!

- Luffy, c'était sa part", soupira Ussop.

Le capitaine n'en fit qu'à sa tête et tenta de frapper la tête de la fleur qui répondit en lui balançant ses sucs gastriques au visage. Ses amis s'écartèrent brusquement et Luffy se retrouva couvert de mucus pour la deuxième fois de la journée.

"Tu vas me rendre ma viande!" hurla-t-il en se jetant sur elle, ignorant l'acide qui rongeait sa peau.

La plante ouvrit alors largement la mâchoire avant de se propulser en avant. Elle referma ensuite sa cosse d'un coup sec, avalant à nouveau à moitié le capitaine qui se débattit comme un beau diable.

"On va pas faire ça toute la journée", grogna le cyborg en assénant un coup de poing à la fleur.

Celle-ci ne put s'empêcher de relâcher sa mâchoire et Luffy glissa au sol avant de la menacer du poing.

"T'auras plus rien si c'est comme ça! lui lança-t-il. J'te donnerais plus ce que Sanji préparera, j'garderais tout pour moi!"

La plante sembla le dévisager à son tour et le garçon au chapeau de paille la défia du regard.

"Luffy, laisse-la tranquille, intervint gentiment Chopper. Et va te laver, tes habits sont en train de fondre…"


Zoro souffla longuement. Il avait regagné la vigie pour sa sieste peu après son entraînement mais il s'était réveillé après quelques instants dans un état de confusion anormal et il avait fait quelques pas pour se détendre. D'habitude, il dormait d'un sommeil de plomb et en toutes circonstances mais cet après-midi, tous les évènements des jours précédents liés à la suggestion du cuisinier lui revenaient en mémoire pour mieux se fracasser dans son cerveau. Et tous leurs moments depuis qu'ils avaient engagé cette relation particulière s'entrechoquaient, se mêlant aux sentiments contradictoires qu'il ressentait. La veille, il avait cru prendre une décision raisonnable le concernant mais le chaos qui régnait en lui à cet instant le fit sincèrement douter.

Finalement, il se laissa retomber sur le sol et soupira, vaincu par la spirale de ses émotions.

Oui, il appréciait l'impertinence du blond. D'accord, il admirait peut-être le soin particulier qu'il mettait dans tout ce qu'il faisait. Il était même possible qu'il recherche leurs combats incessants car ces moments excitaient autant son instinct de combattant que ses sens enivrés de son adversaire. Sans aucun doute, il s'extasiait sur son corps fin, souple et musclé à chaque occasion. Lorsque ses jambes tournoyaient en tentant de l'atteindre, lorsqu'il enfonçait ses mains dans ses poches avec nonchalance, lorsque sa mèche de cheveux blonds revenait couvrir son oeil en toute circonstance…

Le bretteur grimaça. Il n'avait jamais remarqué à quel point il pouvait être pathétique quand il pensait au cuistot et à ses manies horripilantes qui étaient devenues bien malgré lui des fantaisies pleines de charme. Zoro hésita alors sincèrement à se frapper la tête contre le mur de la vigie.

Etait-il possible que sa manière de voir le cuisinier ait évolué sans sa permission? S'était-il trahi d'une quelconque façon pour que Sanji le remarque et que Franky lui en fasse la réflexion la veille? A cette pensée, Zoro serra les dents. Bien sûr que ça avait dû être le cas. Il savait le cuistot aussi intransigeant que lui concernant ses principes et là, il n'avait pas seulement fait part du changement de ses sentiments, il lui avait proposé d'entamer un nouveau chapitre à leur relation. Comment imaginer qu'il ait osé lui suggérer une telle chose s'il n'avait pas perçu ne serait-ce qu'une possibilité de réponse affirmative à sa question? D'où sa colère probable lorsqu'il n'avait rien répondu d'ailleurs, réalisa-t-il.

Les paroles du cyborg revinrent alors le heurter à leur tour.

"Depuis quand tu flippes comme ça?"

Depuis quand, le sabreur se le demanda. Car l'ingénieur avait raison, il était pétrifié. Médusé par la facilité avec laquelle le cuisinier s'était imposé dans sa vie jusqu'à se rendre indispensable. Sidéré par son absence totale de méfiance envers l'évolution de leur relation qu'il n'avait pas vue venir. Qu'il n'aurait même jamais interrogée si Sanji ne lui avait pas révélé ses propres sentiments. S'il ne lui avait pas mis la réalité en face.

Le bretteur souffla pour se calmer. Les sensations qu'il éprouvait lorsqu'il pensait au cuistot étaient attrayantes mais elles le déroutaient aussi. Objectivement, il ne voulait pas spécialement se priver de la perspective d'expérimenter un peu plus car il faisait confiance à son compagnon d'équipage mais… Ce qu'il ressentait lui était totalement inconnu.

Et maintenant qu'il était conscient de leur existence, la dangerosité de ces émotions lui apparaissait au grand jour. Au milieu de la tentation, elles demeuraient traitresses. La preuve, il ne les avait même pas senties s'installer en lui!

Son objectif vint alors se rappeler à lui avec la force des années et des sacrifices endurés. Il ne pouvait pas dévier du chemin qu'il s'était tracé.

"C'est ça d'avoir mal au ventre, c'est plein de nouvelles aventures et d'obstacles à surmonter!"

Zoro ne remercia pas son capitaine pour cette phrase qui ne lui apportait aucun réconfort.


"Les insectes sont la nourriture idéale des plantes carnivores. Ici, elle sera dans son élément", fit Chopper en refermant son livre.

Avec l'aide d'Ussop, Franky, Brook et Luffy, le renne avait déplacé la plante près des mandariniers. A cet endroit, elle protégeait les précieux fruits de la navigatrice et elle avait arrêté de tenter d'avaler le capitaine de l'équipage au chapeau de paille dès qu'elle en avait l'occasion.

"C'est vachement cool! approuva Luffy. Et Nami est super contente d'utiliser une méthode naturelle pour éloigner les insectes de ses arbres!

- Sans compter qu'elle sera capable de faire peur aux oiseaux qui viennent manger les graines, ajouta Ussop.

- A table!" fit soudain la voix de Sanji depuis la cuisine.

Luffy fut le premier à s'élancer, non sans adresser une dernière promesse à la plante.

"Si tu fais bien ton travail, j'demanderais à Sanji de me donner quelque chose pour toi!"


Sanji replaça son torchon sur le comptoir de la cuisine. Il avait nettoyé toute la vaisselle. Il l'avait même essuyée et rangée. Sa table était étincelante, ses plans de travail brillaient et le sol avait été balayé. Il avait fait tout ce qui était humainement possible. Il ne pouvait plus reculer.

En soupirant, le blond sortit de sa cuisine et inspira l'air frais du large pour se donner du courage. Il descendit les escaliers et aperçut rapidement la silhouette de l'épéiste assise contre le bastingage du bateau. Le soleil s'était couché quelques temps auparavant et il devait méditer. Le silence était total autour d'eux et il supposa que les autres avaient déjà regagné leurs chambres hormis Chopper qui était de garde et avait décidé de s'installer dans la bibliothèque pour étudier en même temps.

Le cuisinier alluma une cigarette avant d'observer Zoro quelques instants. Il avait bien réfléchi. Il savait ce qu'il voulait et ce qu'il était prêt à offrir. Mais pas à n'importe quel prix. Il allait sans doute avoir mal mais il savait qu'il valait mieux se couper un bras pour arrêter une hémorragie que se vider entièrement de son sang. Il avait même décidé qu'il n'en voudrait pas au sabreur car il ne pouvait exiger de lui ce qu'il ne pouvait pas lui donner. Oui, il aurait mal mais il survivrait. Personne ne l'avait forcé à en arriver là et il devait assumer ce qu'il ressentait, pour le meilleur et pour le pire.

C'est ainsi que pour son propre bien et celui de Zoro, il devait clarifier les choses ce soir. Il en avait plus que marre d'attendre que le sabreur ait "réfléchi", si tant est qu'il en ait réellement l'intention un jour. Malgré ses efforts, l'ambiance était demeurée tendue entre eux et il n'avait tout simplement plus de patience à présent. Même s'il devait admettre que Zoro ne le provoquait pas plus que d'habitude, lui avait envie de l'encastrer dans un mur à chaque fois qu'il l'apercevait. Finalement, le sabreur avait eu raison lorsqu'il lui avait dit que mettre des mots sur ce qu'il se passait était plus de son domaine que du sien.

Alors ce soir, il allait mettre des mots sur leur relation. Et en finir.

"Nami a dit que la prochaine île sera bientôt en vue, lança-t-il en guise de préambule en venant s'accouder aux côtés de l'épéiste assis par terre.

- Tant mieux."

Sanji soupira. Il était certain que Zoro sentait qu'il voulait lui parler mais celui-ci ne faisait rien pour lui faciliter la tâche. Le cuisinier lui jeta alors un coup d'oeil rapide. Le sabreur avait ouvert les yeux et observait ses sabres avec attention grâce à l'éclat de la lune et des étoiles. Finalement, cette image raffermit sa décision et il se tourna complètement vers lui.

"Faut qu'on parle."

L'épéiste le fixa quelques secondes puis haussa les épaules avant de se relever. Il arrivait au bout de son propre délai et il était presque sûr que sa décision était la bonne alors autant s'y mettre tout de suite.

"Si tu veux."

Face à lui, le blond leva les yeux au ciel.

"Tu pourrais faire un effort pour paraître intéressé!

- Je le suis, répliqua sèchement le sabreur. Je t'ai dit que j'avais besoin de temps pour réfléchir et t'es insupportable depuis. T'ouvres à peine la bouche, sauf pour m'en coller une ou m'insulter! Alors je sais que tu veux en parler, j'ai fait le maximum de mon côté et je t'écoute! Qu'est-ce que tu veux de plus?!

- C'est ta faute, face de gazon! Tu me mets les nerfs à cran avec ton besoin de réfléchir à des trucs évidents!" riposta Sanji sur le même ton, sentant qu'ils étaient de nouveau à l'aune d'une énième bagarre à la manière dont Zoro serrait ses sabres.

Il leva cependant une main en l'air en signe de reddition tandis qu'il tirait de l'autre sur sa cigarette.

"OK, c'est bon."

Il prit une grande inspiration.

"Cette histoire de relation entre nous."

Le sabreur hocha la tête.

"Je crois que ce serait mieux de ne pas essayer finalement."

Zoro fronça les sourcils. Il avait pourtant cru comprendre que c'était lui le plus hésitant des deux à ce propos.

"Te méprends pas, rien n'a changé de mon côté mais il y a une variable que j'avais pas considéré jusque-là et qui classe l'affaire, souffla le blond en expirant la fumée.

- Laquelle?"

Sanji désigna d'un coup de menton les trois sabres qui reposaient à nouveau sur les hanches de l'épéiste et celui-ci suivit son regard, incertain.

"Je peux pas lutter contre ça, fit le cuisinier le plus naturellement du monde.

- Tu crois que tu seras un obstacle à mon rêve? s'enquit le sabreur avec intérêt.

- C'est pas moi qui suis l'obstacle. C'est ton rêve qui nous sépare.

- Hein?"

Zoro était totalement perdu. Sanji avait balayé d'un revers de la main sa plus grande crainte, celle qu'il avait mis des jours à analyser et à comprendre mais il se passait encore autre chose qu'il ignorait!

"Qu'est-ce que tu racontes, cuistot de malheur? grogna-t-il.

- Kuina.

- Quoi, Kuina? répéta le sabreur, incrédule.

- Tu te rends compte de la place que tu lui as donnée? reprit tranquillement le cuisinier. Parce que moi, oui. Et je peux pas lutter contre elle.

- Mais qu'est-ce qu-

- Moi, mon rêve, c'est seulement de voir un océan même s'il est légendaire, le coupa le blond. Mais toi… Le rêve de ta vie, c'est le sien! Tu as promis à son père de réaliser son rêve! Tu es prêt à mourir pour ça. A mourir pour elle. On ne gagne pas contre un fantôme, murmura-t-il finalement en regardant s'éteindre sa cigarette consumée.

- Bordel mais c'est quoi le rapport? s'agaça le bretteur. J'comprends rien!"

Sanji soupira bruyamment avant de braquer son regard dans le sien.

"T'as jamais fait ton deuil, crétin, t'as basé toute ta vie sur cette promesse. T'es amoureux d'un souvenir et moi, je serai jamais à la hauteur."

Le sabreur écarquilla les yeux.

"Attends… T'es jaloux de Kuina? résuma-t-il, ébahi.

- Je ne suis pas jaloux d'elle, elle est morte, abruti! s'impatienta le cuisinier. Je te dis juste que ce qui vous lie est trop fort pour permettre à quoi que ce soit d'autre d'avoir une place dans ta vie. Essaye de suivre, bon sang!

- Si, t'es jaloux, insista Zoro, son sourire narquois revenu au coin des lèvres. Putain, t'es vraiment trop con."

Furieux, Sanji s'apprêtait à lui envoyer un coup de pied monumental pour lui rappeler le minimum de respect auquel il avait droit lorsque les lèvres du sabreur vinrent s'écraser contre les siennes.

"Je préfère quand tu réfléchis moins", grogna l'épéiste contre la bouche du cuisinier qui se figea de surprise.

Celui-ci le repoussa ensuite brutalement et le fusilla du regard. De son côté, le sabreur croisa les bras avant de le contempler tranquillement.

"Kuina était ma meilleure amie. Elle et moi avions le même rêve et on s'est fait une promesse, c'est tout. Qu'elle soit en vie ou qu'elle soit morte, je deviendrai le meilleur sabreur du monde et ça, t'y peux rien."

Sanji le dévisagea en silence et Zoro poursuivit en le fixant droit dans les yeux.

"Tout ça n'a rien à voir avec elle, ni avec toi d'ailleurs. La seule question à laquelle je devais répondre, c'est celle de savoir si je pourrais atteindre mon but malgré cette relation."

Le cuisinier fronça les sourcils, comprenant lentement la logique de l'homme qui lui faisait face.

"Et donc... T'as décidé quelque chose finalement?" marmonna-t-il après quelques instants.

Pour toute réponse, Zoro repartit à l'assaut de ses lèvres et cette fois, Sanji n'eut pas le courage ni l'envie de le repousser. Il avait envie de croire qu'il s'agissait de la réponse du sabreur. Une réponse positive pour lui. Cependant, un affreux doute lui comprimait toujours la poitrine et l'empêchait de pleinement profiter de l'instant présent.

Il recula alors pour reprendre ses esprits et Zoro fut surpris de le trouver si sérieux.

"Quoi encore? lui lança-t-il sans ménagement.

- Zoro..."

Le sabreur observa sans un mot Sanji sortir nerveusement une nouvelle cigarette de son paquet. Lorsque la flamme vacillante de son briquet apparut et que les ombres se dessinèrent sur son visage, il comprit que le blond s'apprêtait à se livrer totalement et il se prépara à faire de même. Il savait que la conversation n'était pas finie et qu'ils n'avaient pas encore abordé le coeur du sujet. Il n'y échapperait pas.

Sanji tira une longue bouffée de sa cigarette avant de planter fermement son regard dans le sien.

"Je te l'ai dit, je ne pourrai plus me contenter d'une relation épisodique basée uniquement sur une attirance physique. Ca ne m'intéresse plus de partager ton pieu au gré de tes envies et de tes humeurs sans contrepartie affective. C'est peut-être stupide pour toi mais c'est comme ça. Je veux que ça soit réciproque et exclusif et si ça peut pas être le cas, je préfère ne rien avoir du tout.

- Je sais et j'veux pas."

Le coeur de Sanji manqua un battement. Alors ça y est, il avait sa réponse. Nette, rapide, tranchante. Comme une lame. Il avait beau avoir entamé cette conversation en pensant lui-même coupé court à cet espoir, les explications du sabreur avaient rouvert une brèche malgré lui et son refus n'en était que plus douloureux.

Avec toute la volonté dont il était capable, il recula d'un pas pour se soustraire à son regard pesant.

"D'accord. On en restera là, alors", murmura-t-il.

Il allait s'éloigner lorsque Zoro l'attrapa brutalement par le bras, mal à l'aise.

"Non, t'as pas compris, grommela-t-il tandis que le rouge lui montait aux joues. Je sais ce que tu veux et j'suis d'accord. J'veux pas être un… truc épisodique."

Le coeur du cuisinier manqua un nouveau battement mais cette fois-ci, il avait du mal à y croire.

"Je t'ai dit que j'allais réfléchir à tout ça et c'est ce que j'ai fait, reprit le sabreur avec plus d'assurance en relâchant sa prise sur le bras du blond. Je sens bien qu'il y a quelque chose de différent entre nous par rapport au début de notre arrangement et il est hors de question que je renonce simplement parce que ce truc est bizarre."

Sanji fronça les sourcils. Il avait tout entendu mais il n'était pas certain d'avoir suivi la logique du bretteur.

"Qu'est-ce que tu essayes de me dire, tête d'algue?"

A sa plus grande surprise, Zoro eut alors un sourire étincelant de provocation.

"Que tu es un défi. Et que je ne recule devant aucun défi."

La respiration du blond s'emballa un instant et il retira la cigarette du coin de sa bouche, contemplant le sabreur avec attention sous la lueur faible de la lune. S'il avait bien compris, il venait d'obtenir ce qui s'apparentait le plus à une déclaration de sa part. Zoro considérait que ses nouveaux sentiments étaient un challenge à relever et Sanji apprécia sa vision. Il n'avait aucun doute pour lui-même que cette décision allait remettre en cause nombre d'éléments de sa vie.

"T'es bien sûr de savoir dans quoi tu t'engages? s'enquit-il tout de même avec méfiance. Ca implique un minimum d'attachement l'un pour l'autre et t'as pas intérêt à utiliser ça juste pour qu'on couche ensemble.

- J'suis pas stupide, se renfrogna Zoro. Par contre, faut qu'on soit clair. Hors de question que tu te mettes à faire ou à attendre des trucs de débile avec ton romantisme à la con. J'suis pas une nana, pigé?

- J'y comptais pas de toute façon, répondit le cuisinier du tac au tac.

- Je te ferai pas de déclaration d'amour et c'est même pas la peine de penser à me tenir la main! ajouta-t-il en croisant les bras d'un air menaçant.

- C'est bien ce que je craignais."

Devant les traits tendus du bretteur, Sanji se détendit totalement et éclata de rire. Cette soirée ne s'était pas déroulée comme il l'avait prévu et il l'appréciait d'autant plus.

"T'inquiète pas, je compte pas te changer, tête d'algue. C'est comme ça que je te préfère."

Le sabreur le toisa encore un instant. Il allait aborder le point qui lui tenait le plus à coeur, celui sur lequel il ne voulait revenir à aucun prix.

"Mon rêve passera toujours en premier.

- Je sais. Le mien aussi."

Zoro hocha la tête, finalement peu surpris par le fait que le blond partage son avis à ce sujet. Un instant paisible s'écoula ensuite entre eux pendant lequel leurs regards scellèrent leurs mots. Enfin, l'escrimeur reprit la parole, plus déterminé que jamais.

"Bon. C'est bon, alors?

- Comment ça?

- On est d'accord?

- Je crois, oui.

- Parfait."

Sans attendre une seconde de plus, le sabreur attira brutalement le cuisinier à lui et l'embrassa avec avidité, lui laissant à peine la possibilité de respirer. D'abord surpris, celui-ci ne se priva pas de répondre rapidement avec la même impatience. Leurs souffles se mélangèrent ainsi de longues minutes, leurs langues se caressant et se redécouvrant de manière délicieuse tandis que leurs mains rapprochaient le corps de l'autre au plus près.

"C'est qu'elle est en manque la tête de mousse, le taquina le blond en se décalant enfin, la respiration haletante.

- La ferme, grogna le sabreur d'une voix rauque.

- Sérieusement, t'as parlé à qui pour arriver à un tel raisonnement? lui demanda-t-il tandis que l'épéiste descendait vers son cou.

- Sérieusement, tu veux pas la fermer cinq minutes?"

Sanji appliqua son ordre à la lettre pour une fois et il répondit au sabreur par un baiser enflammé. Sa peau sous ses doigts lui avait manqué. Sa rudesse et son appétit à son égard aussi.

Au bout d'un temps qu'il ne sut quantifier, Zoro l'entraîna sans ménagement vers leur lieu réservé et le cuisinier se mit à protester. Pour la forme.

"Tu peux pas être un plus doux? bougonna-t-il en sentant la porte de la chambre s'écraser dans son dos après qu'elle se soit refermée derrière eux.

- Ne me fais pas croire que tu n'as pas attendu ça depuis des jours, ricana le sabreur en se concentrant pour ouvrir sa chemise sans la déchirer.

- Crétin de bretteur."

L'insulte avait été lancée mais le ton n'y était pas et Sanji se laissa rapidement happer par les caresses et les baisers de son amant. Il savait que leurs retrouvailles seraient particulières. Ils venaient de franchir une étape importante dans leur relation et leurs sentiments alimenteraient le feu qui les dévorait.


J'espère vraiment que cet aboutissement vous a plu. J'ai peaufiné la scène finale à de nombreuses reprises avant d'en être suffisamment satisfaite alors surtout, dites-moi ce que vous en avez pensé ^^

Ceci n'est pas la fin de mon histoire. Nous en sommes à… la moitié. Oui, j'ai encore plein de défis à leur faire relever alors avis aux amateurs...