Merci à 3-Fairy-Shugo-Dramione-3, deryous50, Guest, Wado21, MiaoiFuki, P.Y, Pauline et Rineca et little-grumpy pour vos reviews.
Bonne lecture.
Réponses aux reviews anonymes
Guest: ravie que tu commences à apprécier le couple Luffy/Nami, j'avoue que je les trouve vraiment mimis tous les deux ^^
P.Y: Zoro a été naïf. Franchement, s'embarquer contre Nami dans une histoire d'argent? Il ne fait pas le poids XD
Chapitre 33
Gentleman
Le lendemain matin, Sanji ouvrit lentement les yeux. Il s'aperçut qu'il était de retour dans sa chambre alors qu'il se souvenait avoir atterri sur les immenses canapés de l'aquarium la veille mais il se doutait que l'alcool et la fatigue y étaient pour quelque chose. A ses côtés, l'épéiste dormait encore et le soleil était visiblement déjà haut à l'extérieur. Pour une fois, il avait profité d'une grasse matinée. Ravi, il s'étira agréablement.
Le cuisinier se tourna ensuite vers le sabreur paisiblement endormi qui lui faisait face et le contempla d'un air songeur pendant plusieurs minutes. Les jours suivants leur décision quant à leur nouvelle relation avaient été chaotiques et il n'avait pas eu le loisir de réfléchir aux implications concrètes de leur choix. Et donc, il prenait seulement conscience à présent du millier d'interrogations qui l'accompagnaient. Rien que ce matin, dans ce lit, il ne savait pas comment se comporter envers le bretteur.
Reconnaître un attachement mutuel était une chose, la décliner au quotidien en était une autre. Tous les attendus d'une relation ordinaire lui semblaient incongrus lorsqu'il s'imaginait les réaliser avec Zoro. S'offrir de petits présents? Le blond ne se voyait absolument pas apporter des fleurs à l'épéiste ni même en recevoir de sa part. Se tenir la main? Le sabreur avait été clair à ce sujet, il ne voulait pas en entendre parler. S'embrasser devant leurs compagnons d'équipage? Au mieux, il aurait droit à un baiser en cachette. Lui trouver un surnom moins médisant que ceux qu'il employait actuellement? Pas question, il aimait trop l'insulter!
Sanji soupira. Comment allaient-ils vivre leur relation si rien ne changeait entre eux, hormis les mots qu'ils avaient échangés?
Finalement, il avisa ce qu'il savait le mieux faire : la cuisine. Au moment des repas, il pouvait toujours s'employer à lui démontrer une attention particulière. Cette idée lui sembla un bon début et, enthousiaste, il secoua doucement le sabreur face à lui.
"Tu veux quoi pour le petit déjeuner, tête de pelouse?"
Le blond guetta la réaction du bretteur. Ils n'étaient que tous les deux ce matin alors il pouvait lui préparer tout ce qu'il voulait et en profiter en tête à tête. C'était une occasion suffisamment rare pour qu'il s'en saisisse immédiatement. Malheureusement, Zoro grommela quelque chose d'incompréhensible dans son oreiller avant de se remettre à ronfler lourdement.
Déçu, Sanji le secoua cette fois sans ménagement.
"Dis-moi ce que tu veux manger ou j'te fais bouffer tes sabres, abruti!"
Il se fit ensuite la remarque que la menace n'était peut-être pas le meilleur moyen de faire émerger une atmosphère propice à l'expression de leurs sentiments. En même temps, parler sur ce ton à Zoro lui était naturel et ne semblait pas dénoté.
"M'en fous, fais c'que tu veux", grogna alors le concerné, lui démontrant qu'il avait raison de ne pas s'en faire à ce sujet.
Le cuisinier plissa les yeux un instant avant de se lever.
"T'as intérêt à te ramener dans vingt minutes parce que je vais te faire le meilleur petit dej' de ta vie, face de chou.".
Il lui sembla que l'épéiste s'était légèrement redressé à ses paroles mais il n'y prêta pas davantage attention et se dirigea vers la porte aussitôt ses habits attrapés.
Sanji dévisagea fermement l'escrimeur lorsque celui-ci passa la porte de la cuisine à l'heure dite. Il l'attendait de pied ferme. Il avait élaboré une tactique précise et s'était motivé à la perspective de ce nouveau challenge. Il avait tout préparé dans les moindres détails pour que le repas envoit le sabreur au septième ciel.
Fier de sa stratégie, il ôta son mégot de sa bouche et lui fit signe de s'asseoir avec un sourire confiant.
"Boulettes de riz, omelette et bouillon de légumes."
Les yeux de Zoro s'écarquillèrent en prenant place à table et il attrapa le premier plat que lui tendait Sanji avec avidité. Le blond apporta ensuite les autres assiettes puis finit par s'asseoir face à lui pour grignoter un peu.
Après quelques instants de silence, le cuisinier jeta un coup d'oeil au bretteur bien trop occupé à engloutir le contenu de son assiette pour le regarder en retour. Faisant abstraction de ses terribles manières, le blond se racla la gorge.
"Alors… bien dormi?"
Sanji retint un soupir devant la vacuité de sa propre question mais Zoro ne sembla pas s'en formaliser.
"Ouais. T'étais pas obligé de me réveiller si tôt par contre.
- Si tôt? Il est dix heures passées!" s'offusqua le cuisinier.
Le sabreur haussa les épaules et continua d'avaler goulûment le reste de ses boulettes de riz cuites à la perfection.
"T'aimes bien? se risqua alors son compagnon d'équipage.
- C'est pas mauvais. T'as mis ton sel magique?
- Non, pas cette fois. Je n'en mets pas tout le temps, c'est pour les grandes occasions.
- Dommage. Ca aurait été meilleur."
Le cuisinier fronça les sourcils et envisagea de décocher une taloche bien méritée au sabreur inconscient. Pourtant, il fut pris de vitesse par sa question suivante.
"C'est pour quoi ce festin, cuistot? C'est pas mon anniversaire."
Le blond leva les yeux au ciel. Il aurait dû se douter que le sabreur ne comprendrait pas. Il remarquait que le repas était différent mais il n'était pas fichu de faire la moindre connexion dans sa tête d'algue vide.
"A ton avis? grinça-t-il. J'ai pas le droit de bien te traiter pour une fois?"
Zoro le scruta un instant avec méfiance avant d'enfourner une énorme part d'omelette dans sa bouche.
"Si mais te connaissant, ça doit cacher quelque chose."
Tentant sa chance, le cuisinier planta alors son regard dans celui de l'escrimeur comme pour l'inciter à poursuivre sa réflexion et ainsi lui faire deviner sa véritable intention. Malheureusement, il n'en fut rien.
"En même temps, j'peux pas savoir c'qui s'passe dans une tête de sourcil vrillé. Ca doit encore être un truc totalement inutile", conclut-il en haussant les épaules.
Cette fois, Sanji vit rouge.
"Enfoiré, je fais ça pour toi, tu le vois pas?! Tu pourrais te contenter de dire merci au moins!"
Zoro avala sa bouchée de riz et l'arrosa d'une grande gorgée de bouillon.
"D'accord. Merci."
Le bretteur retourna à son repas sans plus lui accorder d'attention et Sanji le dévisagea d'un oeil vide. Cette tentative de conversation était tout simplement lamentable. Zoro et lui étaient à mille lieux de pouvoir profiter agréablement de la compagnie de l'autre et encore moins de manière romantique.
Les assiettes aussitôt vidées, le sabreur les repoussa et se releva. Sanji le regarda ensuite quitter la pièce d'un air éteint, maudissant sa propre propension à se donner du mal pour ceux qui ne le méritaient pas. Pourtant, la porte à peine refermée, l'épéiste la rouvrit vivement et repassa la tête à l'intérieur, provoquant en lui une lueur d'espoir.
"T'as pas une bouteille à me passer? Je vais m'entrainer et il va faire chaud."
Zoro ne comprit pas pourquoi il se prenait la bouteille en pleine figure, ni pourquoi le cuistot avait soudain l'air aussi furieux.
Comme prévu, le reste de l'équipage revint peu de temps après dans un joyeux brouhaha. Aussitôt, l'agitation habituelle reprit ses droits et le sabreur cessa son entraînement un instant pour ne pas se prendre Luffy, Ussop et Brook qui courraient partout. Il attrapa donc ses sabres et entreprit de les nettoyer avec attention au pied du mât. Robin, Franky et Chopper partirent de leur côté examiner les plantes du petit médecin et notamment la plante carnivore qui n'avait rien eu à manger depuis deux jours. Quant à Nami, elle voulut s'installer pour lire le journal quand une tornade blonde fonça vers elle.
"Nami-chérie, tu es absolument radieuse! Puis-je t'offrir quelque chose à boire?!
- Il est vrai que je me sens particulièrement de bonne humeur! approuva la navigatrice dans un sourire éblouissant. Le fait d'avoir gagné ce concours et que Zoro paye la soirée d'hier m'a vraiment remonté le moral!"
Elle chercha alors des yeux le sabreur et lui fit un petit signe ravi pendant que celui-ci serrait les dents en gardant les yeux obstinément rivé sur ses lames.
"Je veux bien un jus de mandarines, s'il te plaît", reprit-elle ensuite à l'adresse du cuisinier.
- Tout de suite, ma princesse!"
"Zoro, j'peux te demander un truc?"
Ussop avait délaissé ses deux amis qui riaient comme des fous un peu plus loin et s'était avancé vers le bretteur toujours concentré sur ses sabres. Celui-ci haussa les épaules sans le regarder.
"Si tu veux.
- Pourquoi tu laisses ton petit ami roucouler aux pieds de Nami?
- Mon quoi?" gronda l'homme en braquant un regard meurtrier sur lui.
Le tireur d'élite recula d'un pas, regrettant immédiatement ses paroles.
"Sanji. Pourquoi tu laisses Sanji se pâmer devant elle? reformula-t-il prudemment.
- J'm'en fous.
- C'est bizarre, poursuivit Ussop en regardant le cuisinier danser autour de la navigatrice.
- Qu'est-ce que tu veux que j'te dise? Cette fille a la manipulation dans le sang et l'autre débile croit qu'elle l'apprécie vraiment.
- Ouais mais quand même... T'es pas jaloux?
- Et pourquoi j'le serai? s'agaça le sabreur.
- Je croyais que… Enfin, que vous…
- Je sais pas à quoi tu pensais mais visiblement, tu t'es trompé, le coupa l'épéiste.
- Ah… Vous êtes un couple libre, c'est ça?"
Zoro fronça les sourcils. Quelle question idiote! Bien sûr qu'il était libre, dans sa relation avec le cuistot ou ailleurs, il l'avait toujours été et ça ne changerait jamais.
"Évidemment! répliqua-t-il donc avec assurance.
- Je comprends mieux, réfléchit le tireur d'élite. Mais je ne pensais pas que Luffy et Nami étaient aussi dans ce cas. On croit connaître les gens et..."
Il s'éloigna et Zoro haussa les épaules à nouveau. Il n'avait pas compris sa dernière remarque mais il s'en fichait.
Avant de poursuivre son nettoyage, il jeta tout de même un coup d'oeil à Nami et à Sanji et comprit pourquoi Ussop l'avait interpellé. Le blond virevoltait autour de la navigatrice, déposant un coussin sur sa chaise et lui offrant un verre, lui présentant le journal et l'invitant à s'asseoir avant de s'enquérir de ce qu'elle désirait d'autre avec force cris d'amour et coeurs roses dans tous les sens.
Zoro grimaça. C'était écoeurant. Et à dire vrai, c'était étrange. Le cuisinier se comportait toujours de cette manière auprès de toutes les femmes qu'ils croisaient, et notamment envers Nami encore plus qu'envers Robin car celle-ci avait au moins la décence de ne pas trop en profiter. Pourquoi se cramponnait-il à cette harpie aussi fort? Zoro n'avait jamais pris en compte cette effervescence auprès des femmes de l'équipage malgré sa décision concernant leur nouvelle relation. Ils connaissaient Robin et Nami et elles rembarraient le cuistot à chaque fois que nécessaire. Néanmoins, son attitude l'intriguait à cet instant. Il faudrait qu'il lui pose la question au moins...
Le repas du midi se déroula comme à son habitude au milieu des cris de stupeur dûs aux vols de nourriture et des conversations enjouées. Sanji n'avait pas encore utilisé sa nouvelle épice et bien qu'il en meurt d'envie, il était prêt à la sacrifier si Nami décidait de la vendre. Pour son bonheur, absolument rien ne l'empêcherait de faire tout ce qu'elle jugerait nécessaire.
Etant donné que le Log-Pose allait finir de se recharger en fin de journée, il fut décidé d'utiliser le temps qu'il leur restait pour refaire des provisions. Zoro fut désigné pour accompagner Franky chercher du cola, Brook et Sanji pour faire les courses alimentaires et Chopper, Luffy et Ussop souhaitèrent partir en quête d'insectes pour la plante carnivore affamée. De leur côté, Nami et Robin décidèrent de rester sur le Sunny pour que la navigatrice fasse les comptes.
Alors que l'équipage avait quitté la table et que Sanji allait s'attaquer à la vaisselle, le sabreur repassa le pas de la porte de la cuisine.
"Franky veut terminer une réparation avant de partir, j'ai le temps pour un verre."
Sanji envisagea de le renvoyer dehors à coups de pied car il lui en voulait toujours pour son attitude désinvolte du matin puis il se ravisa. D'une part, il n'avait pas envie que le sabreur sache qu'il s'était donné tant de mal pour lui et d'autre part, voir le visage rayonnant de Nami depuis son retour sur le Sunny lui mettait du baume au coeur. Il haussa alors les épaules et lui fit signe qu'il pouvait se servir.
Zoro s'empara donc d'un verre et s'assit à table tandis que le blond fouillait sa réserve.
"Dis donc, cuistot, on se demandait quelque chose avec Ussop ce matin, fit nonchalamment le bretteur en l'observant.
- Quoi? s'enquit Sanji en lui tendant sa bouteille.
- Pourquoi t'as besoin de te traîner aux pieds de toutes les gonzesses qui passent? T'as pas de fierté?"
Malgré toute sa bonne volonté de ne pas initier de bagarre, le cuisinier sentit son sang ne faire qu'un tour et il envoya sa jambe vers la tête du sabreur qui l'esquiva facilement, le sourire aux lèvres.
"Sujet sensible, on dirait, ricana ce dernier.
- Pourquoi t'as besoin de leur manquer de respect? s'agaça Sanji en le fusillant du regard.
- J'leur manque pas de respect, au contraire. J'les traite comme les autres parce que justement, elles ont pas besoin de ta pitié, expliqua posément l'épéiste.
- Je ne les considère pas comme inférieures, lui fit remarquer le blond. Regarde, Nami-chérie! Tellement belle quand elle est d'aussi bonne humeur! Et Robin d'amour, si forte que sa prime dépasse celle de la plupart des hommes!"
Zoro leva les yeux au ciel devant tant d'enthousiasme.
"Alors c'est quoi ton délire?
- C'est pas évident, tête d'algue? s'impatienta-t-il. Les femmes sont des êtres raffinés, elles ne devraient pas avoir à souffrir de la faim ou de la chaleur! Elles sont faites pour être adorées et je suis là pour les servir. Point.
- C'est n'importe quoi, résuma Zoro, totalement blasé.
- J'te demande pas ton avis. Ca m'aurait étonné que tu y comprennes quoi que ce soit de toute façon, balaya le blond en cherchant une cigarette.
- Et moi, ça m'aurait étonné que tu piges que tu te ridiculises et qu'elles profitent de toi, grogna le sabreur en croisant les bras.
- Je m'en fiche, fit le cuisinier en haussant les épaules. Les vraies femmes dignes de ce nom savent reconnaître mes valeurs et mes principes.
- C'est pas le cas de Nami...
- Ne dis pas n'importe quoi! aboya Sanji, parfaitement furieux. Nami est l'une des femmes les plus intelligentes de Grand Line!"
Le bretteur soupira bruyamment. Cette conversation était stérile.
"Donc même si t'as rien en retour, tu vas continuer à te plier en quatre à chacun de leur désir?
- C'est ça, approuva le cuisinier en allumant sa cigarette. Ca te pose un problème?
- Non. C'est juste débile."
Sanji secoua la tête, navré.
"Tu préférerais peut-être que je te traite comme elles, c'est ça? le provoqua-t-il alors. T'es jaloux?
- Si tu fais ça, je te coupe en deux, le menaça sérieusement Zoro.
- Bon alors de quoi tu te plains? ricana le blond en le toisant du regard. Allez, va, ne t'inquiète pas. Tu restes mon préféré, ajouta-t-il avec provocation.
- Je m'inquiète pas! se braqua immédiatement l'escrimeur.
- Mais oui, bien sûr, se moqua Sanji.
- J'te dis que je m'inqu-
- D'accord, j'te crois mais maintenant, dégage! le coupa-t-il brusquement. J'ai des cocktails à préparer pour Nami et Robin avant d'aller faire les courses!
- Putain de taré," grommela le sabreur en embarquant la bouteille avec lui.
Sanji le regarda prendre la porte en tirant sur sa cigarette avec application. Le fait que Zoro se défende si vivement lui démontrait qu'il n'était pas prêt d'admettre ses sentiments. Tant pis, il s'était tout de même bien amusé à le provoquer.
Zoro bailla. Il était loin de son quota journalier obligatoire de sommeil et son organisme le lui rappelait cruellement. Il n'avait pas pu faire de sieste après son entrainement du matin ni après le déjeuner alors que la digestion se faisait lourdement ressentir. Le cyborg avait terminé sa réparation rapidement et il avait été obligé d'ingurgiter le reste de sa bouteille au pas de course tandis qu'il se faisait entraîner vers la ville.
En regardant à travers la vitrine du magasin, l'escrimeur vit Franky négocier le prix des tonneaux de cola. Il sentit alors ses paupières s'alourdir un peu plus et il se félicita d'être resté dehors. Non seulement l'air frais lui faisait du bien mais il n'avait en plus aucune envie de palabrer avec le marchand dans sa boutique étriquée. Comme Franky semblait toujours en grande discussion, il décida de s'asseoir contre le mur du magasin et ferma les yeux.
"Hé, le dormeur, j'me doute que t'étais bien occupé cette nuit mais faut se bouger."
Zoro ouvrit un oeil, grognon, et constata que le cyborg était maintenant sorti du magasin. Pourtant, il aurait juré n'avoir fermé les yeux que depuis quelques secondes...
"Tu peux pas te débrouiller tout seul? marmonna-t-il en s'étirant.
- J'voudrais bien mais si j'te paume, ça va nous retarder et le cola n'attend pas. Faut pas qu'il reste à la chaleur trop longtemps."
Le sabreur se releva en pestant et Franky lui décocha un clin d'oeil en se saisissant des tonneaux à ses côtés.
"Allez, je sais ce que c'est qu'être amoureux! On a toujours envie d'être avec l'autre et il doit t'épuiser la nuit le p'tit cuistot mais faut quand même que tu sois opérationnel la journée!"
Zoro se figea, les doigts à quelques centimètres de ses tonneaux. Il contempla avec stupeur le visage moqueur du charpentier et sentit ses joues le brûler.
"J'ai pas envie d'être collé à l'autre crétin tout le temps! s'offusqua-t-il alors. Et puis j'te signale que j'ai toujours beaucoup dormi! T'étais là ou ta cervelle a grillé, tas de ferraille?!"
Perdant son sourire, Franky le dévisagea avant de soupirer.
"Bonjour l'ambiance... Vous vous êtes encore disputés ou quoi?"
Le bretteur l'ignora pour éviter d'avoir envie de lui balancer un coup de poing et il attrapa quatre tonneaux avant de s'enfoncer dans la foule. Le cyborg secoua la tête et grommela quelque chose à propos des couples trop susceptibles. Il se hâta ensuite de rejoindre l'épéiste qui menaçait déjà de se perdre.
Lorsque Sanji repassa par le pont pour ranger ses dernières courses, il constata que Franky et Ussop chargeaient le cola dans la salle des machines et il s'approcha pour leur donner un coup de main. Le poids des tonneaux faisait visiblement souffrir le tireur d'élite et lorsque le cuisinier s'en empara, il soupira de soulagement.
"Au fait, il est parti se rendormir l'autre caractériel? lui demanda alors Franky en calant fermement les tonneaux dans leur emplacement.
- Qui ça? s'enquit Sanji en aidant Ussop à en déplacer deux autres.
- Le type qui te sert de mec. Putain, il était remonté tout à l'heure! Je lui ai juste fait une petite blague sur vos occupations et il a pété un câble!
- Ah bon?
- Ca m'étonne pas, grommela alors Ussop. Moi, il m'a carrément envoyé un regard de la mort parce que je t'ai appelé son petit ami.
- Ca lui réussit pas d'être amoureux, constata le cyborg en secouant la tête. Quelle tristesse quand même...
- Bof, on sait jamais ce qui se passe dans sa tête d'algue, résuma Sanji en haussant les épaules.
- C'est comme Luffy, soupira le canonnier. Il n'arrête pas de harceler Nami pour lui montrer les insectes qu'on a attrapés pour la plante. Il ne comprend pas que ça lui fait peur...
- Quelle horreur, grimaça Sanji. Je déteste les insectes...
- C'est clair que c'est pas comme ça qu'il va gagner des points auprès d'elle, approuva Franky. Elle l'a carrément menacé de le faire tomber à l'eau s'il continuait et j'pense qu'elle le fera. Cette fille ne plaisante pas."
Le tireur d'élite secoua la tête devant la bêtise de certains de ses amis et les garçons terminèrent de ranger les énormes tonneaux avant de se préparer à lever l'ancre.
L'équipage avait repris la mer après le dîner. Luffy avait également nourri sa plante et avait enfermé le reste de ses insectes dans une boîte devant l'hystérie croissante de Nami. Il avait néanmoins décidé de garder ses nouveaux amis dans le quartier des garçons et Sanji n'avait jamais été aussi heureux d'avoir sa propre chambre.
C'est ainsi que lorsqu'il pénétra dans la pièce un peu plus tard, Zoro somnolait déjà sur le lit, uniquement vêtu de son pantalon. Le sabreur avait été grognon toute la soirée et le blond soupçonnait le manque de sommeil d'y être pour quelque chose. En effet, il n'avait pas pu récupérer après les achats de cola puisque Luffy avait fait hurler de peur la navigatrice à intervalles réguliers, réveillant à chaque fois le bretteur au bord de la crise cardiaque.
Le cuisinier ôta sa veste et son paquet de cigarettes glissa au sol. Il le ramassa alors pour le contempler distraitement. Etrangement, son premier engagement avec la tête d'algue était celui-ci. Ne plus fumer dans leur chambre. Un premier pas vers une cohabitation et une prise en compte mutuelle d'un espace à partager. Ici, il ne s'agissait pas de mots mais la signification n'en était pas moins forte de sa part étant donné sa dépendance à la nicotine.
Sanji se tourna ensuite vers le sabreur. Il avait repensé aux paroles de Franky et d'Ussop et à ses propres interrogations. Il se demandait maintenant jusqu'à quel point Zoro assumait leur nouvelle relation et s'ils parviendraient à la faire vivre de cette manière. Il s'assit sur le lit et se mit à fixer l'épéiste.
"Ca va être ça notre vie maintenant, tête d'algue?"
Le sabreur grogna et entrouvrit les yeux.
"Hein?
- J'te demandais si ça allait être ça notre vie maintenant."
Zoro cligna plusieurs fois des yeux, totalement perdu. Il ne comprenait rien à la question du cuistot. La seule réflexion qu'il se fit était qu'il devait être maudit pour que le sort s'acharne à ce point afin de le maintenir éveillé à tout prix. Il se passa une main lasse sur le visage et soupira.
"Qu'est-ce que tu racontes encore…
- Rien qu'aujourd'hui, t'as menacé Ussop et agressé Franky quand ils ont évoqué notre relation", lui expliqua le blond. Alors je me demande si on va passer le reste de notre vie à nier ce qu'on éprouve l'un pour l'autre devant les autres et même lorsqu'on est seul."
Zoro leva les yeux au ciel. Les deux pauvres petits avaient dû venir pleurer auprès du cuistot et maintenant, ça lui déclenchait une nouvelle crise existentielle. Génial.
"Arrête de dramatiser. J'aime pas quand ils insinuent qu'on batifole comme des tourtereaux, c'est tout, grommela-t-il. C'est juste… dégradant.
- Utiliser le mot "petit ami", c'est batifoler et dégradant selon toi? insista Sanji avec perplexité.
- Ca l'est, répliqua fermement le sabreur.
- Donc si l'équipage est au courant qu'on baise dans tous les coins, ça te dérange pas mais si l'un d'eux fait référence à nos sentiments, ça te met mal à l'aise?" résuma le cuisinier.
Le bretteur prit un temps pour réfléchir avant de hocher doucement la tête. Effectivement, dit comme ça, Sanji pouvait avoir des doutes sur la qualité de leur relation. Pourtant, il ne s'était jamais autant dévoilé envers quiconque et il espéra donc que le cuistot ne s'énerve pas trop car il ne pouvait rien y faire. Il marchait déjà sur un fil en ce qui concernait son engagement et il apprenait à le gérer au jour le jour.
"Je ne sais pas comment je dois interpréter tout ça, soupira alors son compagnon. Je veux dire, on est censé être passé à une autre étape mais en réalité, rien n'a changé. Et puis, j'ai tenté de faire bouger les choses à ma manière ce matin mais j'ai bien vu que c'était pas une réussite...
- Ce matin? s'étonna le sabreur.
- Ouais. Le petit-dej'."
Zoro tourna la tête pour le dévisager. Alors c'était ça la raison cachée de ce festin matinal? Il avait voulu lui faire plaisir pour lui démontrer qu'il tenait à leur relation? Bon sang, ce genre de choses lui échappait totalement. En plus, il était prêt à parier que Sanji avait mis toute son âme dans cette attention. Est-ce que le blond allait se mettre à attendre de lui des actes de ce type? Est-ce qu'il en était seulement capable?
"Arrête de paniquer, imbécile, intervint alors le concerné en le sortant de ses pensées. J'avais simplement pensé qu'on pouvait partager un moment tranquille tous les deux, c'est tout. Pas de quoi se prendre la tête, c'est pas si grave.
- Bien sûr que si, répliqua le sabreur. Je sais que c'est important pour toi."
Sanji esquissa un petit sourire avant de secouer doucement la tête. Au moins le bretteur avait-il compris ça. Il réalisa alors que sa propre attitude résultait de cette relation tellement improbable : il avait envie de se sentir rassuré. Pourtant, il savait aussi que Zoro n'était pas à l'aise avec les démonstrations affectives et apparemment, cela s'appliquait même aux termes décrivant leur relation.
Finalement, il déposa sa tête sur le torse de l'escrimeur et le sentit se tendre. Le cuisinier demeura néanmoins silencieux, lui laissant le temps de s'habituer à son contact. Il avait confiance en Zoro et celui-ci s'était clairement avancé en terrain inconnu pour lui alors il devait se montrer patient. Ils devaient se donner le temps de créer de nouvelles habitudes. Ils devaient laisser les choses évoluer tranquillement. Les conversations maladroites et les comportements trop réfléchis ne leur correspondaient pas alors ils avanceraient à leur manière et trouveraient le meilleur chemin. Leur chemin.
"Je me fiche de ce que les autres pensent, on fera ça à notre rythme", murmura-t-il alors en déposant un baiser au niveau de sa cicatrice.
Zoro relâcha progressivement sa respiration et finit par déposer sa main droite sur les cheveux du cuisinier qui s'était réinstallé contre son torse. Il ne savait pas ce qui se tramait dans sa tête blonde la plupart du temps mais ce soir, il savait que le cuistot se mettait en retrait pour lui offrir l'espace dont il avait besoin et il lui en était reconnaissant.
Il passa ensuite machinalement sa main à travers les mèches qui glissèrent entre ses doigts. Ses sentiments étaient encore fugaces et flous mais dans ces moments-là, il sentait qu'ils se renforçaient et il apprenait de plus en plus à en profiter.
La moindre avancée peut devenir un obstacle.
Ce n'est pas pour le plaisir de les contrarier mais je crois vraiment que chaque étape amène son lot de nouveaux défis à surmonter.
Ne vous inquiétez pas, ils n'en sortiront - probablement - que plus forts :D
