Merci à Wado21, deryous50, Agalys-Erwael, P.Y et little-grumpy pour vos reviews.
Bonne lecture.
Réponse aux reviews anonymes
P.Y: rien ne me fait plus plaisir que cette remarque alors je te remercie infiniment car je vise le réalisme à tout prix!
Chapitre 34
Sous la surface
Le surlendemain, Nami braqua ses jumelles sur l'océan avant de scruter le ciel. Elle reporta ensuite son regard vers une partie de l'équipage sur le pont, à savoir Ussop, Luffy, Franky et Brook.
"Nous sommes dans une zone de courants contraires, il y aura un risque de vagues scélérates toute la journée. Faites bien attention, les prévint-elle.
- On va être secoué, génial!" hurla Luffy en se suspendant à la tête de proue.
La navigatrice leva les yeux au ciel et s'en alla vers la bibliothèque après avoir demandé à Franky de garder la barre. Elle n'avait pas envie de voir leur capitaine tomber à l'eau sans autre excuse que son impatience d'apercevoir les vagues.
Ussop se posta contre le bastingage et sortit ses propres jumelles. Il observa la mer pendant plusieurs minutes avant de pointer le doigt vers le nord.
"J'en vois une!" déclara-t-il avec inquiétude.
Franky se tourna vers la direction indiquée avant de secouer la tête.
"Elle est toute petite. Ce genre de vagues ne fera aucun mal au Sunny.
- Restons tout de même prudents. Les vagues scélérates sont par définition traitresses", remarqua Brook.
Pendant près d'une demi-heure, les amis restèrent donc sur le qui-vive mais le bateau n'était que rarement frappé par de petites secousses et bientôt, les activités reprirent tranquillement. Vers le milieu de la matinée, le médecin sortit du quartier des garçons en tenant une grande boîte entre ses petites pattes. Il s'approcha gaiement de ses compagnons d'équipage et les interpella.
"Luffy, j'ai apporté ta boîte! lui montra-t-il. C'est l'heure!
- Trop cool! s'enthousiasma le capitaine en se précipitant vers lui.
- Chopper, attention!" s'écria alors Ussop en désignant quelque chose derrière lui.
Le pauvre renne tenta de se retourner pour apercevoir la menace mais il était déjà trop tard. Le Sunny fut violemment heurté par une vague haute de deux mètres et Chopper fut projeter contre le bastingage sous le choc. Heureusement, la main élastique de Luffy s'enroula immédiatement autour de son corps et l'empêcha de basculer par-dessus bord tandis que son autre bras les sécurisait au niveau du mât. De son côté, Franky s'agrippa à la barre et Ussop et Brook tentèrent de se retenir l'un à l'autre avant de rouler sur le pont.
Dès que le roulis s'estompa, Chopper ramassa la boîte désormais vide d'insectes qui s'était ouverte en tombant.
"Oh, non, ils se sont échappés! s'exclama-t-il, horrifié.
- Tu rigoles?! s'alarma Ussop. C'est pas vrai, Nami va nous tuer!"
Il se jeta à nouveau dans l'herbe pour cette fois-ci ramasser le maximum d'insectes possible. Brook, Chopper et Luffy l'imitèrent rapidement tandis que Franky vérifiait l'état de la coque. Le capitaine se mit ainsi à poursuivre des fourmis et essaya de les remettre dans la boite mais les petites bêtes courraient partout sur ses mains et ses bras.
"Il faut absolument qu'on les retrouve tous! paniqua le canonnier en déposant un scarabée multicolore et un criquet.
- En plus, la pauvre plante n'aurait plus assez à manger jusqu'à la prochaine île, ajouta le petit médecin avec culpabilité alors qu'il repérait un regroupement de gendarmes.
- Ils ne pourront pas aller bien loin, nous sommes sur un bateau, réfléchit Brook en saisissant deux papillons.
- C'est bien ça le problème, grogna Franky en apportant plusieurs sauterelles. Ils vont ressortir à l'improviste n'importe où."
Soudain, la porte de la bibliothèque s'ouvrit et Nami s'avança pour s'enquérir de l'état du bateau. Le cyborg la rassura immédiatement tandis que ses amis accéléraient leur recherche en espérant que la navigatrice ne viendrait pas s'en assurer elle-même. Heureusement, elle sembla faire confiance à Franky et elle referma la porte derrière elle après leur avoir demandé de continuer à être prudents.
Le petit groupe soufflait de soulagement lorsqu'un juron les fit sursauter.
"Putain de nom de Dieu, qu'est-ce que c'est que ça?!" hurla la voix du cuisinier en bas des marches.
Franky, Luffy, Ussop, Chopper et Brook suivirent son regard dégoûté fixé sur un large papillon de nuit. Aussitôt, le garçon au chapeau de paille se précipita pour l'attraper.
"Il est beau, pas vrai? lui montra-t-il ensuite avec un large sourire.
- Non, il est parfaitement répugnant, répliqua fermement Sanji en déposant ses encas à ses compagnons.
- De la bouffe! hurla le capitaine, les yeux brillants d'excitation.
- Remets d'abord le papillon dans sa boîte, fit Franky. On va avoir suffisamment de mal comme ça à tous les récupérer.
- Quoi, vous les avez perdus? demanda le cuisinier, inquiet.
- Avec la secousse de la vague, la boîte est tombée", lui expliqua Chopper.
Devant la mine interdite du blond, Ussop se méprit.
"Ne t'inquiète pas, on sait que Nami déteste les insectes et on va faire notre maximum pour tous les retrouver au plus vite. Juste… Ne lui dis pas, s'il te plait…"
Sanji réprima un frisson mais se saisit de la confusion de son ami.
"Dépêchez-vous alors. Je ne tolérerai pas que Nami-chérie souffre de votre maladresse.
- C'est comme si c'était fait! lui assura le musicien. Nous avons ramassé tous ceux sur le pont et nous allons maintenant partir en chasse sur le reste du bateau!"
A ces mots, il attrapa une épuisette tandis que Luffy applaudissait, sa part de gâteau plein la bouche. Le cuisinier n'ajouta rien et s'alluma une cigarette pour se donner une contenance. Il ne voulait pas que sa peur des insectes soit découverte alors il haussa ensuite les épaules avant de s'en retourner vers son antre, jetant néanmoins des coups d'oeil anxieux un peu partout autour de lui.
Le pot aux roses fut découvert près de deux heures plus tard alors que l'équipage avait été appelé pour déjeuner. Alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre la cuisine, Nami manqua tomber en découvrant une énorme chenille se traîner sur les marches. Passée la stupeur, elle se saisit d'Ussop qui arrivait à son tour et le frappa avec un balai jusqu'à ce qu'il ramasse la bête et l'ôte de sa vue. Il fut ensuite contraint de lui avouer l'accident de la matinée et la navigatrice exigea qu'il inspecte toute la partie menant à la cuisine.
Aux cris rageurs de sa belle, Sanji avait bien sûr rappliqué et il fut aussi enrôlé pour inspecter la cuisine de fond en comble avant que la jeune femme n'y pénètre. Le cuisinier ravala donc sa peur et lui offrit un grand sourire rassurant tandis qu'il s'exécutait. Heureusement pour lui, il ne trouva qu'une coccinelle et quelques fourmis, ce qui lui permit de s'en débarrasser facilement.
Le repas se déroula dans une ambiance tendue. Le roulis de quelques vagues un peu plus puissantes se faisait toujours ressentir mais ce n'est pas ce qui inquiétait la navigatrice. La jeune femme hésitait visiblement entre l'énervement et l'angoisse et jetait régulièrement des coups d'oeil autour d'elle. Luffy, Ussop, Brook et Chopper tentaient de détendre l'atmosphère en devisant gaiement tandis que Zoro, Robin et Franky mangeaient en silence, créant deux espaces parfaitement distincts autour de la table. De son côté, Sanji n'était pas aussi détendu qu'il voulait le paraître et tout comme Nami, il demeurait lui aussi sur ses gardes sans en avoir l'air.
Avant la fin du repas, l'ambiance s'alourdit encore. En effet, Chopper avait repéré un scarabée et Brook avait ramassé une autre chenille. A chaque trouvaille, Luffy avait pourtant sauté de joie mais il était vite devenu le seul à être réellement ravi. Nami pâlissait à vue d'oeil et Ussop tremblait de peur à l'idée qu'elle ne se mette en colère. Sanji quant à lui serrait les dents en tentant de ne pas grimacer. Après que Franky ait retiré une blatte de la table attirée par la nourriture, Chopper proposa à la jeune femme blême de se reposer dans sa chambre et Robin décida de l'accompagner.
Alors qu'elles s'engageaient dehors, l'archéologue prévint soudain son amie.
"Ne regarde pas à gauche."
Irrémédiablement, la navigatrice se figea et se tourna dans la direction en question avant de hurler de terreur. Aussitôt, le reste de l'équipage déboula à son tour et Sanji observa avec horreur une énorme araignée velue se déplacer au soleil sur le mur de la cuisine. Il sentit ses entrailles se contracter et se mordit la langue pour ne pas hurler à son tour.
"Quelle gigantesque créature! s'écria Brook.
- J'me rappelais pas qu'on avait un truc comme ça", s'étonna Franky.
Sanji frémit de plus belle et jeta un bref coup d'oeil à Zoro qui tournait déjà au coin de la cuisine pour aller se reposer à l'ombre en ignorant royalement les évènements.
Luffy se mit à rire mais Ussop lui mit un coup de coude dans les côtes.
"Va plutôt aider Nami en allant chercher cette araignée, ça te permettra de te faire bien voir pour une fois," lui souffla-t-il.
Son capitaine le contempla une seconde avec des yeux ronds avant de hausser les épaules et de se diriger gaiement vers l'araignée. Arrivé à sa hauteur, il la salua.
"Ca me fait plaisir de te retrouver! Je t'ai cherché partout!
- L-Luffy, s-s'il te plait, bégaya la jeune femme rousse qui s'était réfugiée derrière Robin.
- Pas de problème!"
Il se saisit de la bête avec sa main, ce qui arracha un nouveau cri à la navigatrice avant que Chopper ne lui présente la boîte qu'il avait été cherché. Il la rangea à l'intérieur et se tourna vers elle, ravi.
"Et voilà, elle pourra plus te faire peur!"
Nami le remercia du bout des lèvres, les jambes tremblantes, avant de se diriger vers sa chambre au bras de son amie. Elle était vraisemblablement trop secouée pour penser à s'énerver et Sanji la comprenait. Il avait lui-même les mains moites d'avoir observé ce monstre. Il prit alors une grande inspiration pour se détendre. Il aurait voulu être celui qui volait au secours de la belle navigatrice mais de toute évidence, cela lui aurait demandé un effort surhumain. Tant qu'ils n'auraient pas retrouvé tous les insectes, il ne serait pas tranquille non plus.
La vaisselle détourna un peu les pensées du blond qui croyait voir surgir des silhouettes d'insectes à chaque ombre mouvante du coin des yeux. Lorsqu'il eut fini, il fit couler du café et commençait enfin à penser à autre chose lorsqu'au milieu de ses tasses prêtes à recevoir le liquide brûlant, un mille-pattes se contorsionna. Il fit un bond en arrière et envisagea de prendre ses jambes à son cou avant de se raisonner. Cet insecte était laid et repoussant mais il n'était pas dangereux et il ne pouvait pas se permettre d'appeler l'un de ses compagnons pour qu'il vienne le secourir. Il ne pouvait même pas croire qu'un être si minuscule le terrasse alors qu'il ne reculait devant aucun ennemi, si fort soit-il.
Il était figé ainsi depuis plusieurs minutes dans sa contemplation malsaine, suivant des yeux sans pouvoir s'en empêcher le cheminement du mille-pattes, lorsque la porte de la cuisine s'ouvrit et que le canonnier pénétra dans la pièce.
"Sanji, j'ai réparé le filet de pêche, ça te dirait de le fixer? Sanji?"
Le cuisinier sortit de sa torpeur et se secoua. Plaquant un sourire assuré sur ses lèvres, il hocha vigoureusement la tête.
"Pas de problème.
- Super! s'enthousiasma le tireur d'élite. L'aquarium commence vraiment à se vider."
Le blond approuva et alors qu'Ussop allait s'éloigner, il l'interpella d'une voix qu'il espérait posée.
"Oh, tant que tu es là. Tu peux ramener ce mille-pattes chez lui?"
Ussop suivit son regard sur la table et eut un large sourire.
"Ca se glisse partout ces petites bêtes!"
Il s'approcha et l'attrapa avant de revenir vers le cuisinier devant la porte qui recula instinctivement.
"Bon… Je prépare le café et je te rejoins, esquiva-t-il en fonçant vers la cafetière.
- A tout à l'heure!" lui lança gaiement son ami avant de sortir.
Ussop montra au cuisinier les attaches du filet et la façon dont l'arrimer au Sunny. Franky avait stoppé le bateau pour rendre la tâche plus facile mais les vagues étaient toujours un peu traîtresses. Cependant, Sanji assura au canonnier que ce ne serait pas un problème. Après avoir écouté ses dernières recommandations, le blond s'apprêtait à plonger lorsque le sabreur fit son apparition à ses côtés.
"Bouge-toi, sourcil en vrille.
- Qu'est-ce que tu veux? grinça-t-il. Tu vas devoir attendre mon retour si tu veux boire.
- La ferme et reste pas planté là. J'ai pas de temps à perdre."
A ces mots, il ôta son tee-shirt et déposa ses sabres tandis qu'Ussop lui tendait l'autre bout du filet.
"La tête d'algue vient aussi? comprit le cuisinier avec déception.
- Ce sera plus facile si vous l'accrochez ensemble, approuva le tireur d'élite.
- J'ai pas besoin de toi, grinça pourtant le blond en se tournant vers le concerné. Je suis bien meilleur nageur.
- Tu paries, cuistot du dimanche? gronda l'autre en retour.
- Sans problème, tronche de pelouse! rugit Sanji en plantant son regard dans le sien avec provocation. Je te parie que j'ai le temps d'attacher le bout de mon filet avant même que t'es plongé!
- Tu vas t'étouffer avant de remonter à la surface à cause de l'état de tes poumons, sourcil périmé! répliqua Zoro sur le même ton.
- Euh, les gars, tenta d'intervenir Ussop. Faites aussi attention aux monstres marins, on ne peut pas prévoir leur apparition...
- C'est bon, Ussop, t'inquiète pas. Je m'en occupe."
Sanji se débarrassa de sa chemise et se saisit de son côté du filet avant de dévisager sombrement le sabreur. Zoro attrapa son propre côté et lui rendit son regard. Le défi était lancé et serait relevé.
"Dès que les bouts seront arrimés, relevez le filet pour qu'il puisse se positionner juste en dessous de la surface. Cela devrait suffire à-"
Le canonnier n'eut pas le temps de finir sa phrase que les deux rivaux avaient plongé et il contempla un instant la mer avec surprise avant de hausser les épaules. Même un monstre marin n'oserait pas s'attaquer à eux dans ces conditions.
Sanji ressortit de l'eau quelques minutes plus tard et constata avec satisfaction qu'il était le premier à avoir rejoint la surface. Il se hissa jusqu'à ce que l'eau lui arrive à la taille contre la coque du Sunny et vérifia les nœuds. Lorsque Zoro émergea des flots quelques instants plus tard, il l'accueillit avec un sourire étincelant.
"J'ai gagné, tête de chou.
- C'est ce que tu crois."
Le sabreur se hissa à son tour et le filet remonta, laissant tout juste un peu d'eau le dissimuler pour capturer les poissons qui s'y aventureraient.
"T'es sûr d'avoir fixé correctement le bout?" demanda-t-il ensuite en désignant un côté plus lâche du filet.
Le blond fronça les sourcils et resserra par réflexe le filet.
"Il est parfaitement fix-"
Ces mots moururent sur ses lèvres lorsque celles du bretteur se déposèrent sur les siennes.
"Tricheur, ricana le cuisinier.
- Menteur, répliqua le sabreur avec un sourire narquois.
- Pourquoi? s'étonna-t-il.
- T'as peur de ces foutus insectes."
Sanji se raidit contre le torse du bretteur et fronça les sourcils. Il maudissait cet imbécile d'être si attentif sous ses airs de je-m'en-foutiste. S'il avait bien besoin que quelqu'un le remarque, ce n'était surtout pas lui. Accroché au filet au flanc du Sunny, le blond voulut alors se débattre mais il était coincé.
"J'ai pas peur de ces trucs, bougonna-t-il en désespoir de cause.
- Menteur, répéta l'escrimeur en descendant vers son cou.
- La ferme, crétin."
Malgré son agacement, le corps chaud de l'épéiste contre le sien était agréable. Le soleil brillait mais l'eau était fraîche et le contraste en était saisissant. Il ferma les yeux pour profiter des lèvres douces qui le parcouraient sensuellement. Au moins pendant ce temps-là, il ne pensait pas à ces abominables bestioles...
Sanji soupira. Sa baignade lui avait fait du bien mais sitôt revenu sur le Sunny, sa crainte de croiser d'autres insectes avait resurgi. Il s'était alors résolu à ne pas se laisser impressionner et avait préparé des boissons pour ses amis, dont deux magnifiques cocktails pour faire plaisir aux filles.
Alors qu'il poussait la porte de la cuisine vers l'extérieur, il chercha le sabreur du regard. Après leurs baisers salés, Zoro avait tenté de passer à la vitesse supérieure et le blond avait profité d'une vague un peu plus forte pour lui enfoncer la tête sous l'eau en guise de vengeance. Il s'était ensuite dépêché de remonter tandis que le sabreur était resté accroché au filet pendant de longues minutes. Lorsqu'il était enfin revenu sur le Sunny, l'aura menaçante, le reste de l'équipage s'était prudemment tenu à distance et Sanji n'avait pas bougé de sa cuisine. Non seulement il avait peur de tomber nez à nez avec un nouvel insecte mais en plus, il était vexé que Zoro ait remarqué sa faiblesse et il ne voulait pas le voir pour le moment. Pourtant, sa condition de cuisinier l'y obligeait.
Tandis qu'il marchait vers le quartier des filles pour les servir en premier, Sanji repéra Robin sur son transat non loin des mandariniers et il s'approcha en virevoltant.
"Robin d'amour, je t'ai préparé une boisson délicieusement rafraîchissante à base de pamplemousse rose!"
Il lui tendit le verre et l'archéologue s'en saisit avec un sourire. Il chercha ensuite des yeux l'autre femme de l'équipage et Robin lui indiqua le mât.
"Je crois que notre navigatrice est restée près des garçons pour être en sécurité.
- Que s'est-il passé? s'inquiéta le blond.
- Deux grosses cigales se sont posées sur les vitres de la chambre tout à l'heure et elle ne l'a pas supporté.
- Pauvre Nami-chérie!" se récria le cuisinier.
Après s'être assuré que la jeune femme brune ne manquait de rien, il lui promit d'être à son entière disposition si elle souhaitait être protégée à son tour. Etrangement, Robin le remercia de telle manière que Sanji crut qu'elle avait deviné ses véritables sentiments à propos de ces bestioles et il fila vers le pont avant sans demander son reste.
Arrivé en bas des marches, il repéra rapidement Ussop, Franky, Brook, Chopper et Luffy assis en rond pour jouer aux cartes sur l'herbe. Il remarqua ensuite que Nami s'était endormie contre son capitaine. Visiblement trop effrayée, elle s'était accrochée à lui et ce dernier la tenait de sa main droite contre lui tandis que sa main élastique lui permettait de continuer à jouer tranquillement.
Pourtant, aussitôt qu'il aperçut son cuisinier, ses yeux pétillèrent de joie.
"Le goûter! s'enthousiasma-t-il.
- Ne bouge pas, crétin. Tu vas la réveiller."
Luffy se figea avant de hocher sérieusement la tête. Il étira alors son autre bras jusqu'au plateau du cuisinier pour réclamer son verre. Avec un soupir, Sanji le lui tendit puis passa distribuer leurs boissons aux autres qui le remercièrent. Il déposa finalement sans bruit celui de Nami sur la petite table.
"Vous avez vu d'autres insectes? demanda-t-il.
- Une autre blatte et deux vers, lui apprit Brook.
- On a presque tout récupéré, confirma Ussop en distribuant les cartes.
- Tant mieux", maugréa le blond.
Il les abandonna ensuite pour se diriger vers le sabreur qui ronflait tranquillement contre la porte de l'aquarium et le contempla un instant en silence. Ce n'était pas demain la veille que lui pourrait se réfugier dans ses bras devant leurs amis. En même temps, il n'était pas sûr de le vouloir non plus. Il ne voulait pas céder une once de suprématie au bretteur malgré sa peur mais dans ces moments-là, il se demandait si sentir sa présence auprès de lui pourrait suffire à le rassurer un peu. Une relation normale aurait dû lui donner la possibilité de s'appuyer sur son compagnon dans cette situation. Seulement voilà, son orgueil lui barrait la route. De plus, il était à peu près sûr que Zoro lui reprocherait de s'apitoyer sur son sort s'il lui confiait l'étendue de sa peur.
En soupirant, il lui fila alors un coup de pied dans les côtes pour le réveiller.
"Putain de sourcil en vrille! s'écria le sabreur en se redressant, furieux. Pourquoi t'as fait ça, enfoiré?!
- C'est l'heure de l'hydratation, tête d'algue. T'es en train de te dessécher."
Le sabreur lui arracha le verre des mains avec mauvaise humeur et le descendit d'un trait avant de le lui rebalancer.
"Tire-toi maintenant."
Sanji tourna les talons sans se faire prier. Voilà le genre de conversation qui leur ressemblait davantage. Ils étaient loin de pouvoir s'adresser la parole de manière civilisée alors il pouvait oublier tout ce qui concernait une éventuelle préoccupation de l'un pour l'autre.
"Aaahhhh!"
Sanji fit un bond de deux mètres en arrière et percuta la table de la cuisine. Il perdit l'équilibre et le contenu de sa casserole s'approcha dangereusement des bords. Voulant la rattraper, il se pencha trop vite en avant et trébucha sur les chaises. La sauce s'envola dans les airs et ses pieds s'emmêlèrent, le faisant atterrir par terre à son tour. Lorsqu'il se redressa, il constata que sa préparation était foutue et son pantalon aussi.
C'est cet instant précis que choisit Zoro pour débarquer, toutes lames dehors.
"Qu'est-ce qui se passe?" s'enquit-il, les sourcils froncés.
Sanji sentit ses nerfs le lâcher. Il avait essayé de faire toute la journée comme si de rien n'était et il pensait y être parvenu en voyant l'heure du dîner approcher mais là, il craquait. Il détestait que le bretteur ait débarqué mais il n'avait plus vraiment la force de faire semblant, d'autant qu'il savait que Zoro l'avait percé à jour. Il releva alors les yeux vers l'immense coléoptère bleu et vert qui reposait tranquillement sur le mur au-dessus de son évier.
"Enlève ce truc de là", lui demanda-t-il alors en se relevant.
Le sabreur suivit son regard et baissa ses lames lorsqu'il le repéra.
"Sérieusement, cuistot? bougonna-t-il. J'ai cru que tu te faisais au moins découper avec le cri que t'as poussé.
- La ferme et dégage-le de ma cuisine, face de mousse! s'agaça le blond.
- J'croyais que t'avais pas peur? insista Zoro avec un sourire moqueur.
- Contente-toi de le virer, d'accord?"
Sanji tentait d'essuyer les dégâts sur ses vêtements et le sabreur haussa les épaules. Il s'approcha de l'ennemi et s'en saisit, l'emprisonnant dans sa main puisqu'il n'avait pas la boite à sa disposition. Le voyant faire, le cuisinier faillit faire une nouvelle crise cardiaque.
"Mais le prend pas comme ça, crétin! s'étouffa-t-il.
- Pourquoi? grogna-t-il en se tournant vers lui. Faut bien que j'le sorte!"
Le cuisinier pâlit et recula d'un pas malgré lui.
"T'approche pas de moi, putain!"
Le sourire du sabreur l'inquiéta. Avec horreur, il vit alors ce dernier faire un pas supplémentaire dans sa direction.
"Arrête, le prévint-il d'une voix qu'il espéra ferme.
- Sinon quoi? s'enquit nonchalamment le bretteur en approchant à nouveau.
- Je te demande juste de le remettre dans sa boite, tenta encore le blond.
- Pas envie."
Zoro fit un autre pas en avant et Sanji recula jusqu'à heurter le mur avec son dos. Alors que le sourire de l'escrimeur s'élargissait, le cuisinier sentit la panique l'envahir.
"Supplie-moi."
Sanji le dévisagea une seconde avec stupeur. Le bretteur voyait bien qu'il crevait de peur, ça ne lui suffisait pas? Il voulait en plus l'humilier? Il ne pouvait pas y croire.
"Va te faire foutre", cracha-t-il, les mains tremblantes.
Zoro approcha sa main qui contenait le coléoptère près de son visage et Sanji entendit le battement désordonné des ailes de l'insecte dans sa prison. Son coeur fit un bond dans sa poitrine et il crut qu'il allait s'évanouir. Il se maudit ensuite d'être si faible face à un animal qu'il savait inoffensif à son égard et il maudit plus encore le sabreur de profiter de sa peur. Il planta alors un regard brillant de rage dans le sien.
"T'es qu'un connard, Zoro."
Le sabreur fronça les sourcils. Le cuisinier avait le regard bouillonnant mais la voix hachée. Il l'observa plus attentivement et constata qu'il tremblait. Il abaissa alors sa main.
"Je plaisantais, cuistot.
- C'est ça."
Le blond le repoussa violemment et l'escrimeur trébucha en arrière. Il vit ensuite le cuisinier se diriger vers la porte et s'enfuir de la cuisine, la faisant claquer contre le mur.
La soirée avait permis à la navigatrice de retrouver une certaine quiétude. Ses amis lui avaient assuré que tous les insectes avaient réintégré la boîte et elle commençait à réellement se détendre après toutes ces heures d'angoisse. De plus, elle avait remarqué que l'aquarium avait été rempli et que les vagues n'avaient créé aucun dégât. Elle savoura donc le délicieux repas de leur cuisinier en écoutant le reste de l'équipage débattre de leurs propres peurs.
"Moi, j'ai horreur de tous les monstres! fit Chopper. Et surtout de tous les monstres marins!
- Moi je n'ai pas peur des monstres mais je ne les trouve pas très accueillants", commença Ussop.
Franky éclata de rire.
"T'es le plus gros trouillard que j'ai jamais connu! se moqua-t-il. Dis-nous plutôt de quoi t'as pas peur, ça ira plus vite!"
Tout le monde se mit à rire et le canonnier se renfrogna avant que le cyborg ne tente de le détendre.
"Moi, je déteste les personnes sans style vestimentaire, déclara-t-il en descendant son verre.
- Ce n'est pas une peur ça, constata Nami.
- Elle a raison, grogna le tireur d'élite. Il s'agit de tes goûts, c'est tout.
- Mais non! insista le cyborg. Les vêtements trop larges, par exemple. Eh bien, ils camouflent la personnalité des gens et du coup, on sait pas à quoi s'attendre, c'est flippant!"
Luffy éclata de rire à son tour et Ussop leva les yeux au ciel.
"Pour ma part, j'ai une peur bleue des fantômes et des morts vivants! confia alors Brook en frissonnant.
- C'est vraiment dommage pour toi, lui fit remarquer Zoro d'un air blasé.
- Ca, tu l'as dit! se désola le musicien.
- Et toi, Robin? s'enquit soudain le petit renne. Tu as peur de quelque chose?"
La jeune femme fit mine de réfléchir un instant.
"Je n'aime pas la foule, répondit-elle finalement.
- C'est vrai que les mouvements de foule sont imprévisibles, approuva Nami. Ils peuvent être très dangereux.
- Moi, j'ai peur qu'il n'y ait plus rien à manger!" s'écria soudain le garçon au chapeau de paille avec sérieux.
Ses amis le dévisagèrent une seconde avant d'éclater de rire encore une fois. Sanji s'approcha ensuite et lui tapota l'épaule avant de le resservir en poisson.
"Je ferai toujours de mon mieux pour que ton pire cauchemar ne se réalise pas, capitaine. Tu peux compter sur moi, déclara-t-il solennellement.
- T'es trop génial! hurla Luffy en retour en enfournant sa part.
- Et toi, maître cuisinier? lui demanda alors Robin. Une peur cachée?"
Le blond se mordit les lèvres avant de soupirer.
"Eh bien, j'admets ne pas être fan des insectes moi non plus…
- La peur des insectes est une phobie très courante, fit Chopper.
- Je n'ai pas dit que c'était une phobie, marmonna-t-il. Mais je ne les aime pas, c'est sûr.
- Et toi, Zoro? T'as peur de quoi?" voulut savoir Luffy en se tournant vers le sabreur qui dînait tranquillement.
Celui-ci haussa les épaules et continua à manger.
"Je suis sûre que t'as peur de te perdre et de ne plus jamais retrouver ton chemin, ricana Nami.
- Ou alors qu'on invente un truc qui t'empêcherait de dormir!" se moqua Franky.
Tout le monde se mit à rire à nouveau et le dîner se poursuivit gaiement.
Sanji se dirigea vers l'arrière du bateau et s'alluma une cigarette avant de s'accouder au bastingage. La bonne humeur retrouvée avait donné envie à l'équipage du chapeau de paille de faire la fête et Brook avait sorti son violon. Les notes de musique lui parvenaient agréablement et les rires de ses amis étaient un autre air plaisant à entendre mais le blond n'avait pas le coeur à s'amuser ce soir. Il était toujours sous le coup de l'attitude du sabreur à son égard et avait rapidement eu besoin de s'isoler un peu.
Il passa quelques instants à observer le ciel étoilé ainsi que l'océan assombri avant que des bruits de pas ne le tirent de sa contemplation. Les reconnaissant, il fronça les sourcils.
"Laisse-moi tranquille."
Les bruits de pas cessèrent, preuve que Zoro s'était arrêté à quelques pas.
"Je t'ai dit que je plaisantais", déclara simplement le sabreur.
Le blond se retourna brutalement, le foudroyant du regard. Toute sa furie lui revenait lorsque l'escrimeur évoquait cet épisode aussi tranquillement.
"Et t'as pas vu que j'plaisantais pas, moi?! lui cracha-t-il.
- J'pensais pas que t'avais si peur, répondit le bretteur.
- Putain, la ferme!"
Le cuisinier se retourna violemment vers le large, parfaitement ulcéré. Oui, il avait peur des insectes de manière irrépressible et il se sentait tellement stupide à ce triste constat. De montrer une faiblesse. De devoir l'admettre. Que Zoro en profite sciemment.
"Pourquoi tu réagis comme ça? lui demanda soudain l'épéiste en se rapprochant. On a tous nos peurs."
Sanji tira plus fortement sur sa cigarette. Oui, tout le monde avait un point faible mais pas le grand manieur de sabres que rien ne semblait arrêter ni même effrayer. Et cette différence entre eux lui faisait mal. Il n'y avait rien de pire que de constater qu'il se sentait inférieur au sabreur. Sauf peut-être le fait de constater que cela révélait une autre peur en lui. Celle de penser que Zoro ne le trouvait pas à la hauteur.
"Ca t'amuse de me rabaisser, pas vrai? grinça-t-il alors à son égard.
- Qu'est-ce que tu racontes? Si j'avais su, je l'aurais pas fait, j'te dis, se renfrogna le bretteur.
- Bien sûr, ricana le blond. Pourquoi le grand Roronoa Zoro aurait-il laissé passer l'occasion de démontrer au monde entier qu'il n'a peur de rien, lui?"
A ces mots, le sabreur empoigna le cuisinier par l'épaule et le retourna brutalement avant de plonger son regard sombre dans le sien.
"C'est quoi ton problème, sourcil en vrille? gronda-t-il. Tu veux que j'te raconte mes pires cauchemars pour que tu puisses en profiter, c'est ça? Tu te sentirais mieux si tu pouvais me le faire payer?"
Sanji tenta de se dégager, le regard fuyant. Au fond de lui, il était en colère mais surtout contre lui-même. Il savait que Zoro n'avait pas voulu le rabaisser de manière délibérée, sa réaction l'avait prouvée. Sa fierté n'avait simplement pas supporté de se retrouver si affaiblie devant lui.
"Mais non, crétin. C'est juste que… ce que t'as fait… c'était humiliant", marmonna-t-il finalement.
Il soupira et termina sa cigarette avant de la jeter. Lorsqu'il releva les yeux, le regard du sabreur était toujours rivé sur lui.
"Je suis désolé."
Sanji secoua la tête, gêné par la sincérité de sa déclaration.
"Je sais, c'est bon. N'en parlons plus, d'accord?"
Zoro l'attira alors contre lui dans une étreinte brutale. Sous le choc, le cuisinier ne remarqua pas tout de suite qu'il avait repris la parole.
"Moi aussi j'ai peur parfois. C'est juste que ma peur ne réside pas dans ce genre de choses comme les insectes ou la foule."
Il se dégagea un peu et planta son regard dans celui du blond qui l'écoutait avec étonnement. Il soupira avant de secouer la tête.
"Ma seule peur, c'est de ne pas tenir la promesse que je me suis faite et que j'ai faite à Kuina. De ne pas devenir le meilleur sabreur du monde."
Il recula ensuite d'un pas et Sanji vit son regard se perdre dans le lointain.
"Le reste n'a aucune importance."
Il reporta ensuite son attention vers la silhouette du cuisinier et celui-ci se sentit frissonner.
"Reviens maintenant. Luffy se demande où t'es passé."
L'escrimeur quitta le pont et le blond le suivit des yeux, encore sous l'effet de son contact et de ses paroles. Il se sentait à la fois rassuré mais aussi étonnamment contrarié. Alors que le vent se levait, Sanji ressentit alors à nouveau la distance qui le séparait encore du sabreur.
"Le reste n'a aucune importance."
Il savait que Zoro s'était confié à lui et en cela, c'était définitivement une avancée entre eux. Il savait également que l'épéiste faisait référence à ses peurs à cet instant mais malgré tout, cette phrase résonnait étrangement en lui. Bien qu'il refuse de se l'avouer, l'attitude du sabreur pouvait le frustrer à sa manière de paraître parfois insaisissable et hors de sa portée.
Sanji soupira. La patience qu'il avait promise à l'escrimeur était une qualité qu'il ne possédait pas. Il espéra alors avoir la force de s'y tenir.
Ce chapitre oscille entre pas mal d'émotions et j'ai voulu le terminer par une demi-teinte, à l'image de la relation qui se développe. A la fois les bons et les mauvais côtés au gré des situations…
J'espère que vous appréciez le cheminement.
A bientôt.
