Merci à deryous50, Lou-chan, Wado21, Pauline et Rineca, Chacha28499, PY, little-grumpy et MiaoiFuki pour vos reviews.

Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.

Bonne lecture.

Réponses aux reviews anonymes:

Lou-chan: mince, moi qui me disais justement que j'allais faire des heureux en écrivant un petit lemon, toi ça te frustre encore plus XD J'en fais pour qu'ils aient une signification dans l'histoire et c'est vrai qu'au début, il y en avait plus car c'était un peu leur seul lien… Courage, il y en aura d'autres ;)

Chacha28499: Je suis très touchée par ton commentaire ^^ Notamment par le fait que tu retrouves bien les personnages et que tu aies pris le temps de me donner ton avis alors que tu ne le fais pas souvent, ça me fait vraiment plaisir! Je ne lis pas grand-chose en ce moment et hors ZoSan, je t'encourage évidemment à lire mon histoire Kid/Law… Plus sérieusement, je te conseille les histoires de maggiepiece (si tu lis l'anglais) et Once Upon A Time de Typone Lady sur Ace et Sabo. J'ai la chance d'être sa bêta et pour avoir plusieurs chapitres d'avance, je peux t'assurer que complexité et originalité sont au rendez-vous.

PY: je suis toujours très touchée par tes commentaires, je te remercie de prendre le temps à chaque fois de me donner ton avis :)


Chapitre 37

Du bon usage de la langue

La semaine qui s'écoula vit le cuisinier de l'équipage autorisé à utiliser sa nouvelle épice. Radieux, il s'enferma une bonne partie du temps dans son antre pour revisiter ses recettes rendues inédites grâce à cet ingrédient rare. Les appréciations furent unanimes et ravirent le blond qui s'empressa de décliner toutes les variantes possibles pour apprendre à connaître le sarma et ses propriétés. Cette épice sublimait ses plats pour en révéler les arômes et, associée au sel de l'Aqua Laguna, le résultat était proche de la perfection. De fait, Sanji ne se lassait pas d'observer l'orgasme culinaire qu'éprouvaient ses amis à chaque bouchée et il comptait bien se surpasser encore.

Cependant, au bout du sixième jour, Nami décréta qu'il en avait suffisamment utilisé et qu'elle gardait le restant du sachet pour le vendre et s'assurer des jours confortables pour la suite de leur voyage. Malgré sa déception, le cuisinier était bien incapable de s'opposer à sa volonté et ce fut donc Luffy qui s'en chargea. Révolté à l'idée de ne plus se régaler, le capitaine harcela sa navigatrice et pleurnicha tant et si bien qu'elle finit par lui proposer de lui apporter des arguments valables s'il voulait voir sa requête satisfaite. Le capitaine s'était alors précipité dehors avec enthousiasme et personne n'avait eu envie de lui demander ce qu'il préparait.

Ce matin-là, Sanji dosait avec précaution les quelques grammes de sarma qui lui restaient encore. Il en saupoudra sur le poulet qui frémissait déjà au milieu de l'huile d'olive et des herbes. Le délicieux parfum de l'épice se fit immédiatement ressentir et le blond sourit avant de remettre le poulet à rôtir au four. Il rangea ensuite amoureusement les dernières traces de son ingrédient suprême. Encore un repas et il n'aurait peut-être plus jamais l'occasion de travailler cet ingrédient...

Après avoir sélectionné ses plus beaux fruits pour en faire une salade pour le dessert, il s'attaqua à leur découpe jusqu'à ce que le jus d'une mangue ne tache à la fois son tablier mais aussi le col de sa chemise. Connaissant les risques de son métier à cet égard, le cuisinier termina sa préparation et la mit au frais avant de se diriger vers la salle de bain pour changer de vêtement.


Arrivé devant le miroir, il ôta sa veste puis sa chemise avant d'en passer une propre sur ses épaules. Il allait se détourner pour mettre l'habit sali dans le panier à linge lorsque le sabreur entra. Visiblement essoufflé par son entraînement, Zoro retira son tee-shirt et s'aspergea la tête d'eau froide avant de remarquer la présence du blond qui l'observait un peu plus loin, sa chemise toujours ouverte sur son torse blanc.

"Tu prends une douche, cuistot?" lui demanda l'épéiste avec intérêt.

Ce dernier secoua la tête.

"J'ai juste changé de chemise.

- Dommage."

L'escrimeur attrapa une serviette pour s'essuyer sommairement et lorsqu'il releva les yeux pour s'observer dans le miroir en pied, Sanji était derrière lui. Il l'interrogea du regard à travers la surface réfléchissante et le blond appuya son menton sur son épaule droite d'un air pensif tout en passant ses bras autour de sa taille.

"Il ne me reste quasiment plus de sarma et je voudrais que le dernier repas pour lequel je pourrais l'utiliser soit exceptionnel mais je n'arrive pas à me décider…"

Zoro manifesta sa propre ignorance en haussant légèrement les épaules et Sanji se mit à l'observer distraitement dans le miroir tandis que le sabreur s'essuyait plus précisément avant de se frotter énergiquement les cheveux, faisant teinter ses trois boucles d'oreille.

"D'où elles viennent, tête d'algue?" s'enquit alors le cuisinier en les observant.

Celui-ci haussa à nouveau les épaules.

"J'étais encore à East Blue.

- Tu étais jeune?

- Ouais… Quatorze ou quinze ans, je sais plus.

- Et pourquoi trois à l'oreille gauche et aucune de l'autre côté? Qu'est-ce que ça veut dire?"

Le bretteur secoua la tête avant de l'écarter pour repasser son tee-shirt.

"Pourquoi tu poses toujours des questions étranges?" lui demanda-t-il à son tour.

Les épaules de Sanji s'affaissèrent. Cela faisait près d'une semaine qu'il n'avait rien réclamé au sabreur après leur dernière discussion houleuse et là, il orientait simplement la conversation vers un sujet un peu plus personnel et Zoro le rembarrait déjà.

"J'avais l'impression que t'avais pas envie de causer les autres fois non plus, lui fit-il remarquer de manière sarcastique. Alors quand est-ce qu'on peut parler, hein? Dis-moi pour que je réserve une date qui te convienne."

Zoro retint un long soupir. Il n'avait pas réfléchi avant de répondre et il s'en mordait déjà les doigts.

"J'veux bien parler. Juste pas tout le temps, tenta-t-il de se défendre pour se rattraper.

- Laisse tomber, l'interrompit Sanji en se dirigeant vers sa veste abandonnée à quelques pas. On a déjà eu cette conversation des milliers de fois, on va pas recommencer.

- C'est pas le moment, c'est tout, grogna l'escrimeur en croisant les bras d'un air buté. Arrête de tout amplifier."

Le cuisinier se retourna brutalement vers lui, le fusillant du regard.

"Ah oui et c'est quand le moment?! Ca fait une semaine que j'me force à la fermer parce que j'pensais que tu ferais des efforts! rugit-il.

- J'en fais, bougonna l'épéiste, soudain mal à l'aise. J'y réfléchis...

- Cite-moi une fois où tu m'as parlé de toi-même alors? le défia le blond. D'un truc personnel, d'un truc important. Pas de me demander où sont les bouteilles!"

Zoro réfléchit un moment avant de hausser les épaules.

"J'sais plus, moi…

- Eh bien c'est normal, c'est parce qu'il n'y en a pas! tonna son compagnon, furieux.

- Et alors? maugréa le bretteur, agacé à son tour. J'suis pas obligé de déballer ma vie à ce que je sache!

- Déballer ta vie? s'offusqua le cuisinier. Alors c'est comme ça que tu vois les choses quand tu discutes avec quelqu'un? Avec moi?!

- Avec quelqu'un qui pose plein de questions tout le temps, oui!"

Sanji dévisagea le sabreur d'un air interdit pendant quelques secondes avant de clore les derniers mètres pour se saisir de sa veste. Dès qu'il mit la main dessus, il se dirigea vers la sortie à grands pas sans lui accorder le moindre regard supplémentaire et le silence résonna dans la salle de bain après qu'il eut claqué la porte derrière lui.

Cette fois, Zoro ne retint pas son soupir. Il savait qu'il s'y était mal pris. Le cuistot s'était efforcé de le laisser tranquille ces derniers jours et là, il aurait pu aller dans son sens mais il n'avait tout simplement pas eu envie de répondre à des questions dont il ne percevait pas l'intérêt. Il n'avait pas pensé que cette discussion pourrait virer à un tel drame et pourtant, avec le recul, il aurait dû s'en douter.

Le bretteur balança négligemment sa serviette sur le bord de la baignoire et se dirigea à son tour vers la porte pour reprendre son entrainement. Il avait décidé de laisser passer quelques heures pour que le blond se calme. Il irait se rattraper ensuite.


"Cette jupe a des motifs plus originaux mais j'aime moins la couleur, lui montra Nami.

- Associée à ce débardeur, je pense que le résultat est plus élégant", approuva Robin.

Les deux jeunes femmes de l'équipage s'étaient installées dans l'aquarium autour d'une table pour étudier avec attention les dernières tendances en matière de mode. Cela faisait trop longtemps qu'elles n'avaient pas eu le temps de refaire leurs garde-robes et dès la prochaine île, elles comptaient bien dévaliser les magasins.

"Nami, j'ai fait une pétition! s'écria soudain Luffy en débarquant.

- Sans blague?"

La navigatrice releva la tête et dévisagea le capitaine un instant avant de lui arracher la feuille qu'il agitait sous son nez. Avec Robin, elle se pencha vers le bout de papier.

"Des signatures contre la vente du sarma, lut l'archéologue avec intérêt.

- Pourquoi est-ce qu'il y a dix noms alors que nous sommes neuf et que tout le monde n'a pas signé? nota Nami avec lassitude.

- C'est simple! lui expliqua Luffy avec excitation. Brook, Ussop et moi, on a signé. Ussop a aussi signé pour Sniper King puisqu'il a dit qu'il a une procuration! Franky compte pour deux parce qu'il est à moitié cyborg et Chopper pour trois avec ses transformations! On n'a pas compté celles avec les Rumble Ball, il trouvait que c'était pas loyal.

- C'est vraiment honnête de sa part, grinça la navigatrice.

- Et cette empreinte? l'interrogea Robin en lui montrant une tache de boue.

- C'est la plante carnivore! s'exclama le capitaine avec un grand sourire.

- Elle a signé la pétition elle aussi? Comment c'est possible? grogna Nami.

- Elle adore la viande alors avec l'épice de Sanji, elle aime encore plus! insista le garçon au chapeau de paille. Au fait, tu veux signer, Robin?!"

La navigatrice attrapa le stylo que tendait le capitaine et l'archéologue eut un petit rire.

"Sanji a refusé de signer et Zoro dormait trop profondément, on n'a pas pu le réveiller, continua-t-il en reprenant sa feuille.

- C'est très impressionnant, convint la jeune femme brune.

- Tu vois, il faut garder le sarma! pointa de plus belle Luffy en se tournant vers sa navigatrice.

- Tu as fait signer une plante et à t'entendre, la moitié de l'équipage a des personnalités multiples, s'agaça cette dernière. Ta pétition n'a aucune valeur.

- Mais la majorité a parlé! lui montra le capitaine. On veut manger les plats de Sanji avec le sarma, c'est trop bon!

- Et depuis quand on fonctionne en démocratie sur ce bateau? aboya la navigatrice. Quand tu as une idée stupide en tête, tu n'écoutes personne et tout le monde se retrouve embarqué dans tes histoires!

- Mais Nami, s'il te plait! supplia le garçon au chapeau de paille.

- Dois-je te rappeler que c'est moi qui fait les comptes? insista-t-elle sévèrement. Je pense que mon avis devrait primer sur celui des autres!"

Luffy lui offrit ses yeux les plus tristes et larmoyants, et la jeune femme finit par lever les siens au ciel, exaspérée.

"Donne-moi ça, je vais étudier ta proposition avec Robin.

- Génial!"

Le capitaine lui tendit sa feuille avant de repartir en courant et Nami observa à nouveau la pétition en soupirant. Elle se tourna ensuite vers son amie.

"Tu crois qu'il faudrait garder cette épice? lui demanda-t-elle.

- Il faut avouer qu'elle est particulièrement savoureuse, répondit l'archéologue.

- Moi aussi je la trouve délicieuse mais c'est également un excellent moyen d'avoir une réserve au cas où l'argent viendrait à manquer, pointa la jeune femme.

- Peut-être peut-on en garder seulement une petite quantité? proposa Robin. Etant donné sa rareté, je ne doute pas qu'elle se négociera toujours très bien."

La navigatrice prit le temps de réfléchir avant de hocher la tête.

"Tu as raison… Et puis, ça fera plaisir à tout le monde. Je vais en conserver seulement une petite partie et Sanji pourra utiliser le restant."

L'archéologue approuva avec un sourire avant de reprendre leur magazine.


Zoro se força à rejoindre la cuisine. Le déjeuner s'était déroulé dans une atmosphère ordinaire, hormis le fait que Sanji l'ignorait et ne lui avait pas adressé la parole. Quelque temps auparavant, il aurait apprécié la tournure des évènements et serait simplement passé à autre chose mais maintenant, il connaissait le sens caché de l'attitude du cuistot. Quand il ne parlait pas, cela ne voulait pas dire qu'il n'y pensait plus mais qu'au contraire, sa colère était encore bien présente. Ce comportement le dépassait totalement mais encore une fois, il s'agissait de ce sourcil en vrille et personne n'était plus compliqué que lui. Il avait donc attendu encore un peu avant de lui parler mais à présent, l'après-midi était bien entamé et il fallait bien qu'il s'y mette. Il avait même réfléchi à une conversation pour lui montrer qu'il regrettait son attitude.

Il tourna la poignée de la porte et pénétra dans la cuisine. Le cuistot rinçait des légumes pour le dîner et ne fit pas un geste pour lui signifier qu'il avait perçu sa présence.

"Je peux avoir à boire?" demanda le sabreur.

En réponse, Sanji se contenta de s'essuyer les mains et de lui attraper un verre sans se retourner. Méfiant, l'épéiste se dirigea prudemment vers la table sans pour autant s'asseoir.

"Je me disais que tu pourrais faire un barbecue avec le restant de ton épice. J'ai remarqué que la viande était meilleure avec..."

Le blond se contenta de hausser les épaules avant de partir vers sa réserve de bouteilles et Zoro fronça les sourcils. Est-ce que le cuistot n'avait pas saisi sa tentative de réconciliation? Ne sachant comment continuer, il finit par soupirer.

"Qu'est-ce que tu fous, sourcil en vrille?"

Sanji lui balança sa bouteille avant de planter son regard dans le sien.

"J'te sers. Un problème?

- Pourquoi t'es comme ça?

- Comme quoi? répéta placidement le cuisinier.

- Comme… ça! se renfrogna l'escrimeur. Bizarre.

- Comprend pas", fit le blond en haussant les épaules à nouveau avant de reprendre son activité précédente.

Zoro sentit la tension envahir son corps. Visiblement, le cuistot demeurait bel et bien braqué et il ne voyait qu'une seule chose à faire.

"Je t'écoute, décida-t-il en s'asseyant posément autour de la table.

- J'ai rien à dire", répliqua l'autre homme depuis son évier.

Le bretteur perdit un peu de sa patience et tapa du poing sur la table. Il n'avait pas envie de se prêter plus longtemps à cette mascarade.

"Pose tes fesses sur cette chaise et parle! rugit-il.

- Désolé, pas envie de déballer ma vie."

Zoro sentit sa mâchoire se contracter. Comme il l'avait deviné, le cuistot ressassait sa colère mais plutôt que de se saisir de l'opportunité qu'il lui tendait, il préférait ajouter de l'huile sur le feu. Le sabreur s'efforça de demeurer calme malgré tout. Sanji lui faisait payer son comportement du matin et il pouvait le comprendre. Il essaya donc de reprendre une attitude plus conciliante.

"Faut qu'on en discute et tu le sais.

- Pour quoi faire? On n'est pas bien comme ça? lui demanda le blond en se tournant vers lui, un faux sourire plaqué sur les lèvres. A ne pas se parler. C'est le rêve pour toi, non?"

L'épéiste secoua la tête et raffermit sa volonté.

"J'ai pas dit que je voulais pas qu'on parle, j'ai dit pas tout le temps. Y a une différence quand même."

A ces mots, Sanji reposa violemment son torchon et le fusilla du regard.

"Sauf qu'en réalité, tu ne dis rien de toi-même et j'vais pas passer ma vie à quémander! Si t'as pas envie de partager ça avec moi, tant pis. J'm'en remettrais."

Le ton de son compagnon démentait parfaitement ses paroles et Zoro soupira à nouveau. C'était à lui de faire le premier pas, il s'y était préparé. Il fallait qu'il le fasse même s'il ne comprenait pas pourquoi ça semblait si important pour Sanji.

"C'est bon, j'ai compris. Tu veux savoir d'où viennent mes trois boucles d'oreilles? céda-t-il.

- Non, répliqua fermement le cuisinier.

- Quoi? Mais j'croyais que tu voulais savoir! s'exclama-t-il, interdit.

- Plus envie."

Le sabreur se releva brutalement, furieux et humilié à la fois.

"Putain mais à quoi ça sert que j'me fasse chier avec tout ça alors?! ragea-t-il. J'fais un effort et tu m'envoies chier! Va te faire foutre avec tes histoires à la con!"

Il traversa la cuisine en furie et claqua la porte derrière lui, laissant ainsi le cuisinier seul avec ses légumes.


Sanji termina sa cigarette accoudé à la balustrade du premier étage après avoir découpé ses dernières courgettes. Après sa nouvelle altercation avec Zoro, il reconnaissait qu'il était allé un peu loin dans la démonstration mais la tension qu'il avait réprimée en lui depuis des jours et la rancoeur de ce matin avaient fait flamber sa colère. A présent, ils étaient vraiment en froid et il s'en voulait de ne pas avoir saisi l'ouverture que le sabreur lui avait présentée. Il savait qu'il aurait dû interpréter les paroles de Zoro comme des excuses mais ça avait été plus fort que lui.

Il se ralluma une cigarette avec mauvaise humeur. Si la tête d'algue se décidait à se confier un peu, il n'allait pas gâcher bêtement l'occasion. Ils devaient tous les deux s'y mettre pour apprendre à s'entendre et à créer des liens mais pour l'instant, il semblerait qu'il avait laissé passer son tour et que c'était maintenant à lui de faire le premier pas.

Le blond grimaça en soufflant sa fumée. Il avait intérêt à trouver sans attendre un moyen de faire comprendre à l'escrimeur l'importance de partager quelques moments de qualité entre eux pour ne plus s'abaisser ainsi. Comme ces dernières heures venaient de le lui prouver, demander quelque chose au sabreur qu'il ne comprenait pas n'avait aucun intérêt car même si Zoro s'y pliait, il ne percevait pas son caractère essentiel et cela resterait une contrariété entre eux.

Finalement, Sanji reporta son regard vers la porte de cuisine et l'observa un instant avant d'éteindre prestement son mégot. Il venait d'avoir une idée pour se réconcilier avec la tronche de pelouse.


"Tête d'algue."

Zoro se tourna lentement vers le cuisinier, ses sabres prêts à servir. Il s'était isolé à l'arrière du bateau pour digérer les derniers évènements mais il semblait que le blond revenait déjà à la charge et il ne comptait pas se laisser faire.

"Du calme. Je viens en paix", fit alors son compagnon.

L'escrimeur ne sembla pas lui accorder le bénéfice du doute et il grogna.

"Qu'est-ce que tu veux, cuistot du dimanche?"

Sanji grimaça mais accepta sa répartie à la mesure de la sienne.

"Maintenant qu'on est quitte sur ce sujet, faut qu'on résolve le suivant. Il faut qu'on parle. Vraiment.

- Et si j'ai pas envie? rétorqua le sabreur avec provocation.

- Hé bien, ce serait dommage. J'ai justement préparé ton plat préféré avec le restant du sarma. Je pensais qu'on pourrait manger tranquillement tout en discutant...

- Tu m'as pris pour Luffy? le coupa-t-il avec dédain.

- Je t'ai aussi mis de côté la meilleure bouteille de saké de la réserve", ajouta nonchalamment le blond.

Zoro hésita une seconde.

"Enfoiré."

Le cuisinier sourit et l'invita à passer devant lui en direction de la cuisine. Jusqu'ici, il ne s'en sortait pas si mal.


Sanji grignota un peu, laissant la majorité du plat au sabreur qui mangeait silencieusement en lui jetant parfois de petits coups d'oeil comme pour le surveiller. Le riz parfumé au sarma accompagné de tranches de poisson cru était tout simplement à tomber à la renverse mais Zoro ne faisait pas mine de vouloir le lui dire et il se contenta de le voir descendre les énormes quantités qu'il avait préparées.

"Comment t'as fait pour qu'on soit si tranquille? remarqua soudain l'épéiste. C'est l'heure de la bouffe et personne se pointe.

- J'ai payé Ussop et Chopper pour qu'ils occupent Luffy pendant une heure, lui avoua le blond. Les autres se fichent d'attendre un peu plus.

- Impressionnant, convint Zoro en attrapant la bouteille.

- Et ça m'coûte cher alors j'aimerais que ça vaille le coup, grimaça-t-il.

- Bon. Je t'écoute alors.

- J'étais vraiment en colère quand t'as refusé de me répondre ce matin," attaqua franchement le cuisinier.

Le sabreur se tendit et Sanji décida de l'apaiser immédiatement. Ils devaient absolument régler cette affaire ce soir.

"Ce n'était cependant pas une raison pour me comporter comme je l'ai fait tout à l'heure. Je sais que tu as voulu rattraper le coup."

Zoro observa longuement le blond de l'autre côté de la table.

"C'est clair que t'aurais pas dû, grogna-t-il. Mais je sais que tu m'as demandé des efforts sur le sujet alors..."

Sanji approuva avant de prendre une petite inspiration. Ils rentraient dans la partie la plus difficile à présent.

"Pour être honnête, j'ai parfois l'impression que tu me tiens volontairement à l'écart de ta vie, fit le cuisinier en haussant les épaules pour paraître désinvolte.

- J'te tiens pas à l'écart, répliqua le bretteur. C'est juste ma façon de fonctionner et tu le sais très bien."

Sanji hocha la tête.

"D'accord mais j'aimerais bien avoir l'impression de partager un peu plus que ton pieu des fois, tu vois?"

Le sabreur se laissa aller contre le dossier de sa chaise et soupira.

"Ouais... Ca parait logique puisqu'on s'est mis d'accord pour… tout ça.

- Exactement."

Un petit silence s'étira entre eux. Ils étaient toujours un peu mal à l'aise et Zoro se passa une main dans les cheveux dans un geste embarrassé.

"Mes trois boucles d'oreille représentent mes épées. C'est un symbole de ma technique à trois sabres.

- Un symbole? s'enquit Sanji avec intérêt.

- Ouais… Au départ, je n'utilisais que deux sabres et puis quand j'ai récupéré celui de Kuina, j'ai décidé d'apprendre à maîtriser le Santôryû. Mon maître m'a souvent parlé de l'importance de l'équilibre des forces de la nature et comme je porte mes sabres à droite, j'ai trouvé mieux de porter les pendentifs à gauche."

Le blond demeura quelques instants silencieux et Zoro fronça les sourcils.

"C'est une très belle histoire, tête d'algue, admit finalement le cuisinier avec un sourire.

- Ah bon?"

Zoro se sentit rougir et Sanji accentua son sourire.

"C'est même très mignon.

- N'importe quoi, s'empourpra le sabreur. Arrête tes conneries...

- Si tu veux savoir, je t-

- Sanji! J'ai faim!"

Le cuisinier tourna la tête vers la porte, désabusé.

"Désolé, on n'a pas pu le retenir plus longtemps, s'excusa Chopper, essoufflé derrière lui.

- Ouais, on a tout tenté mais ce type est un vrai goinfre! se lamenta le canonnier.

- Tant pis, fit le blond en soupirant.

- Hé, attends! Pourquoi vous avez déjà mangé tous les deux?! C'est pas juste! s'écria Luffy en découvrant les plats sur la table et les assiettes vides.

- Mais quel crétin! s'exclama Ussop. Tu vois pas que tu viens de les interrompre en plein dîner d'amoureux?!"

Luffy ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes pendant qu'Ussop continuait de lui expliquer ses torts et que Zoro se tassait sur sa chaise.

"C'était pas tout à fait ça, tempéra Sanji qui ne voulait pas voir tous ses efforts réduits à néant. On en a juste profité pour manger un peu…

- C'est pas vrai! Me dites pas que Luffy a interrompu la soirée de Zoro et Sanji! intervint alors la navigatrice depuis le seuil de la porte.

- Et si! Il en loupe pas une!" lui confirma Ussop.

Elle s'avança dans la pièce à son tour, suivie par le reste de l'équipage.

"Mais j'savais pas! bougonna le capitaine. Personne me l'a dit!

- Et à ton avis, pourquoi on te l'a pas dit, imbécile? râla la rousse.

- Ecoutez, c'est pas si grave, les apaisa Sanji. On avait fini...

- Non, Sanji, il faut qu'il comprenne! poursuivit le canonnier, inconscient de ce que la discussion provoquait chez le sabreur.

- Oui, c'était une très belle attention et il a tout gâché, se désola Brook avec compassion. Je suis vraiment triste pour vous…

- Moi aussi je veux un diner d'amoureux! bouda soudain le garçon au chapeau de paille. Ca avait l'air trop bon!

- Ben ça alors, t'es gonflé! s'exclama Franky.

- On verra si Sanji veut bien nous en préparer un quand tu te seras excusé! ajouta Nami en lui envoyant un coup de poing bien senti sur la tête.

- Pardon, Sanji. Je suis désolé, Zoro", s'excusa platement le capitaine en courbant la tête devant ses amis.

Zoro se leva, rouge comme une brique, et Robin s'écarta doucement de la porte pour le laisser s'enfuir. A peine dehors, le blond le rattrapa et le retint un instant.

"Ne fais pas attention à eux, je leur ai dit que je voulais te parler seul un moment, c'est tout. On pourra terminer notre discussion tout à l'heure. Je t'attendrai."

Il s'échappa tout aussi vite pour superviser le repas de l'équipage et le bretteur rejoignit la salle d'observation pour reprendre ses esprits.


Le cuisinier prit son temps pour ranger la cuisine et la nettoyer. Il avait donné rendez-vous au sabreur et nul doute qu'il savait que le lieu de rencontre était leur chambre mais il n'était pas sûr que Zoro vienne. Leur conversation n'était plus aussi tendue quand ils avaient été interrompu mais ils n'étaient pas vraiment réconciliés non plus et après ce qu'il avait entendu, il pouvait imaginer que l'épéiste préférerait s'isoler un moment… Bon sang! Parfois, ses compagnons d'équipage étaient de véritables boulets! Aucune diplomatie, aucune finesse. Mais un grand coeur et une bonne volonté évidente.

Sanji eut un sourire. Pour se faire pardonner, Luffy avait annoncé au cuisinier qu'il avait obtenu de la part de Nami l'autorisation de continuer à utiliser le sarma pour ses plats. Tout le monde avait applaudi cette décision et la navigatrice n'avait prélevé qu'un petit sachet de l'épice, laissant le blond comblé et des idées de recette plein la tête.

C'était donc décidé. Il rattraperait la bourde de Luffy et ensuite, il lui préparerait à lui et à Nami un somptueux dîner en amoureux aux chandelles dont ils se souviendraient toute leur vie!

Après avoir laissé sa cuisine immaculée, Sanji s'alluma une cigarette sur le pont. Le fond de l'air était froid et il était prêt à parier que la prochaine île serait de climat hivernal. Remontant le col de sa veste, il vit que seul Franky était encore dehors, occupé à repeindre la balustrade blanche. Le blond lui adressa un petit signe de la tête que le cyborg lui rendit et il entendit ensuite les éclats de rire de Chopper, Brook et Luffy dans le quartier des garçons, probablement occupés à un nouveau jeu. Il jeta enfin un coup d'oeil vers la salle d'observation mais il était impossible de distinguer à cette distance si le sabreur s'y trouvait ou non.

Finalement, il finit sa cigarette et se dirigea vers la chambre, retrouvant avec bonheur un peu de chaleur quand il referma la porte dans son dos. Comme prévu, Zoro n'était pas là mais il ne voulait pas se décourager. Au pire, il irait lui parler le lendemain matin quand il serait sorti de sa cachette.

Sanji s'installa sur le lit et attrapa son dernier livre de recettes ainsi que son crayon sur la petite étagère de son côté. La perspective de pouvoir à nouveau parfumer ses plats de sarma avait réveillé sa créativité et il se plongea dans leur rédaction avec un plaisir non dissimulé.


Le cuisinier en était à sa quatrième page noircie quand un courant d'air glacé le fit frissonner. Il releva les yeux et sourit. Le bretteur avait sa tête des mauvais jours mais il était venu quand même. Il lui fit une place en silence sur le lit et rangea son livre en attendant qu'il s'installe. Zoro déposa ses sabres sur leur emplacement au mur et vint s'asseoir au bord du lit, tournant ainsi le dos au blond.

"Je t'assure que je leur ai rien dit de tel, fit Sanji derrière lui.

- J'te crois."

Le cuisinier eut soudain envie de se jeter sur lui. Son dos musclé et ses cheveux en bataille à cause du vent le rendaient incroyablement désirable à cet instant.

"J't'ai déjà dit des trucs personnels sans que tu me poses la question. J't'ai parlé de mes sabres et de Kuina. En plus, on était même pas encore dans cette relation à ce moment-là", lui assena brutalement le sabreur.

Sanji sortit de ses pensées déplacées et se figea. Comment avait-il pu oublier que Zoro s'était confié sur ce sujet si important? Il maudit alors son caractère impulsif et impatient.

"Tu dis que j'fais pas d'efforts mais toi non plus t'en fais pas, lui reprocha à nouveau l'escrimeur. Tout ce que je fais, ça te convient jamais."

Le blond accusa le coup quelques secondes avant de soupirer.

"Je sais… Il faut qu'on y mette du nôtre tous les deux…"

Ils restèrent quelques instants silencieux et l'épéiste ne se retourna pas, visiblement toujours contrarié. Pour sa part, le cuisinier se sentait brusquement nerveux. La remarque de Zoro avait soulevé un point important et dorénavant, il savait ce qu'il devait lui dire pour lui faire comprendre l'importance de sa demande mais cela supposait qu'il paraisse vulnérable et il hésita. Il avait l'impression d'avoir déjà trop de fois rendu les armes face au sabreur lorsqu'il s'agissait de leurs sentiments.

Il observa le profil fermé de son compagnon et cette image lui rappela celle qu'il avait affrontée juste avant que le bretteur ne le surprenne en acceptant de démarrer cette nouvelle relation avec lui. Peut-être ce soir n'était-il pas si différent.

"En fait… Je pose beaucoup de questions parce que c'est ma façon de me sentir un peu plus proche de toi", tenta-t-il prudemment.

Le sabreur haussa les épaules, peu convaincu.

"Je ne vois pas pourquoi tu t'y attaches autant. C'est très facile de mentir."

Sanji secoua la tête avant de poursuivre tout en s'asseyant à ses côtés sur le lit.

"Bien sûr que ce n'est pas la preuve absolue mais… La parole permet de faire passer des émotions et les mots qu'on choisit plutôt que d'autres peuvent donner beaucoup plus d'information qu'on ne le croit.

- Comme quoi? voulut savoir le bretteur.

- Comme lorsque tu m'as parlé de Kuina et de tes sabres justement."

Zoro fronça les sourcils et le blond sentit son coeur battre un peu plus vite dans sa poitrine.

"Si tu veux, je vais te dire ce que j'ai ressenti à ce moment-là , reprit-il le plus calmement possible. Je vais te montrer en quoi quelques mots peuvent tout changer. En quoi ils ont tout changé pour moi."

L'escrimeur sentit au ton de sa voix que le moment était solennel et chargé d'émotion et il tourna enfin la tête vers lui pour l'interroger du regard.

"Pourquoi? lui demanda-t-il. T'es pas obligé de-

- Parce que ça compte pour moi et qu'on doit faire des efforts tous les deux, lui rappela son compagnon en déposant une main sur son torse pour l'arrêter. Je veux que tu ressentes ce que ça peut créer comme sensation. Je veux que tu comprennes pourquoi. Ca ne sert à rien de te demander de le faire si tu n'en saisis pas le sens."

Le sabreur le dévisagea un instant avant de se tourner complètement vers lui. Il s'installa en tailleur sur le matelas et se concentra sur le cuisinier qui lui fit face à son tour. Zoro remarqua alors que le blond prenait soin d'éviter son regard autant que possible. Il était visiblement nerveux.

"Je t'écoute."

A ces mots, Sanji sentit la tension l'envahir à nouveau mais il chassa son anxiété d'une brève inspiration. Il n'était plus temps de réfléchir. Il avait choisi de se jeter à l'eau.

"Quand tu m'as parlé de Kuina et de tes sabres, je crois que c'est là que j'ai commencé à comprendre que ce que je ressentais avait évolué. C'est grâce à tes mots", commença-t-il.

Zoro continua de l'observer attentivement et il poursuivit.

"Ce dont tu m'as parlé était intime et personnel. Tu as été sincère et tu m'as parlé de ce qui compte le plus pour toi. Tu l'as fait sans que je ne te demande rien, tu m'as juste invité à partager ton histoire."

Le cuisinier se remémora cette soirée et eut soudain un sourire nostalgique.

"Ce soir-là, je me suis senti proche de toi, Zoro. Comme si tu m'avais laissé approcher un peu plus près, juste par tes mots. Je me suis senti important pour toi et je crois… que ça m'a touché."

Zoro ne bougea pas mais le blond utilisa sa mèche de cheveux pour se dérober un peu plus à son regard.

"A partir de ce moment-là, j'ai commencé à envisager les choses autrement. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite mais dès cet instant en réalité, j'ai voulu en savoir davantage. Je t'ai demandé de m'en dire plus sur Kuina et quand tu m'as répondu, ça n'a fait que confirmer mes impressions. Je voulais… que tu me fasses confiance. Que tu me regardes différemment toi aussi. Je voulais être spécial. Comme tu l'étais devenu pour moi. Tout ça… à cause de ce que tu m'as dit ce soir-là."

Sanji releva enfin la tête pour jauger de la réaction du sabreur qui semblait ne pas vouloir bouger. Le cuisinier se racla alors maladroitement la gorge et commença à s'agiter anxieusement. Le silence était effrayant et son malaise grandissait à chaque seconde.

Finalement, Zoro reprit la parole.

"J'm'en suis pas rendu compte, répondit-il sincèrement. C'est vrai que si j'te l'ai dit, c'est parce que ça me semblait naturel et… je sais pas, j'avais envie de te le dire. Je pensais pas que tu en déduirais tout ça, j'ai juste… C'est venu tout seul."

- Est-ce que je me suis trompé ce soir-là, Zoro? murmura alors le blond. Est-ce que tu l'as dit sans réfléchir comme tu aurais pu le faire auprès de n'importe qui? Est-ce que ça n'avait aucune signification particulière et que j'ai… voulu y voir quelque chose qui n'y était pas?"

Le sabreur le dévisagea de longues secondes avec étonnement, prenant seulement conscience aujourd'hui du cheminement de son compagnon et de la profondeur de ses doutes. Il ne s'était pas rendu compte de la portée de ses mots ce jour-là mais il était certain de savoir pourquoi il l'avait fait. Sanji avait pourtant été le plus rapide à en interpréter la véritable signification entre eux et quelque part, ça ne l'étonnait pas. Sa sensibilité exacerbée lui permettait sans doute de traduire plus vite les émotions sous-jacentes aux discours. Il plongea donc son regard serein dans celui troublé de son compagnon.

"J'ai parlé à Luffy de ma promesse et chacun ici peut me demander l'histoire de mes sabres mais personne d'autre que toi ne connaît l'étendue de mon dévouement envers eux ni l'intensité de ce qui me lie au sabre de Kuina. Je ne l'aurais dit à personne d'autre parce qu'ils n'auraient pas compris ce que ça signifie réellement pour moi."

Sanji se retint de se mordre la lèvre sous l'émotion qui jaillissait en lui et il attrapa la nuque de l'escrimeur pour reposer sa tête dans le creux de son cou, les mains tremblantes.

"Je sais que tout est naturel pour toi, que tu ne fais rien au hasard mais… Il fallait que je sois sûr, lui souffla-t-il d'une voix un peu hachée. Je veux continuer à tisser ce lien avec toi, Zoro. Je sais que ce ne sera pas le cas tous les jours mais juste de temps en temps…"

L'escrimeur déposa l'une de ses mains autour de son dos et appuya son menton sur son épaule pour les rapprocher d'un air songeur.

"Et donc c'est pour ça qu'il faut que je réponde à tes questions bizarres, comprit-il alors. Parce que tu devines des trucs même si c'est pas ce que j'ai dit."

Contre lui, Sanji eut un petit rire.

"C'est exactement ça, tête d'algue. Parfois, il faut que tu répondes à mes questions idiotes pour que je sois sûr d'être toujours spécial pour toi."

Le silence retomba et Zoro maintint le cuisinier contre lui tandis que ce dernier profitait de son étreinte pour s'apaiser.

"C'est étrange, marmonna finalement le bretteur.

- Pourquoi? s'enquit le blond en se redressant un peu pour pouvoir le regarder.

- Ces mots qui transmettent autre chose… Ca me rappelle la fois où je m'étais blessé à l'épaule et que Chopper m'avait interdit de bouger. Je me souviens que tu m'as dit que je trouverais forcément une solution. Et je me souviens que ça m'avait fait une drôle de sensation. Comme si… ça m'avait réchauffé quelque part."

Sanji eut un doux sourire.

"C'est ça le pouvoir des mots, face de mousse. Ils ont bien plus de puissance qu'on ne le croit.

- Il semblerait", approuva lentement l'épéiste.

Le cuisinier contempla encore une fois son compagnon qui semblait à nouveau perdu dans ses pensées. Il n'osa pas troubler sa réflexion et voulut s'installer contre lui pour se coucher lorsque la main ferme du sabreur se referma sur son avant-bras.

"Tu restes ici," gronda son propriétaire, à présent les yeux rivés sur lui.

- Je ne comptais pas aller bien loin", lui fit-il remarquer avec amusement.

Le bretteur passa une de ses mains derrière sa nuque, frôlant au passage les cheveux blonds tout en maintenant la pression de son regard dans le sien. Il l'observa quelques instants en silence et Sanji profita simplement de sa présence enivrante tout autour de lui. Finalement, le regard de l'escrimeur se fit plus dur et le cuisinier s'en étonna.

"Putain de mots qui me donnent envie de te faire crier comme personne n'a osé le faire avant", marmonna alors le sabreur d'une voix sourde.

Le blond éclata de rire mais Zoro était déjà passé à la seconde partie de son plan. Il le rapprocha brutalement pour l'embrasser à pleine bouche et Sanji sentit son désir se réveiller en un instant pour lui répondre de la même manière : affamé. Il attira le visage de l'escrimeur au plus près du sien tandis que ce dernier l'entourait de ses bras dans une étreinte possessive et le faisait retomber contre lui sur le lit. Leurs langues se trouvèrent et se repoussèrent pendant de longues minutes pour prendre violemment possession de la bouche de l'autre. Leurs mains se refermèrent sur leurs corps et froissèrent leurs vêtements avant de les repousser pour mieux envahir leurs peaux au milieu des soupirs de plaisir.

"Tu sais que t'es doué à ta façon sur le sujet? fit soudain remarquer malicieusement Sanji à son amant quand ils se séparèrent quelques secondes, hors d'haleine.

- Comment ça? souffla le sabreur dont les yeux s'étaient embrasés.

- T'es plutôt doué avec ta langue", lui murmura alors son compagnon.

Zoro eut un sourire carnassier avant de replonger vers celle du cuisinier. Ce dernier avait beau l'avoir bien pendue, elle n'allait pas lui servir à faire de longs discours ce soir.


La scène finale m'a donné du fil à retordre et je l'ai encore modifiée en grande partie hier, c'est pour vous dire… En espérant que vous avez apprécié.

Pour le prochain chapitre, un peu d'action en perspective!