Merci à deryous50, Wado21 et PY pour vos reviews.
Merci pour vos mises en alerte/favori.
Bonne lecture.
Réponses aux reviews anonymes:
PY: je trouve que Tashigi est un personnage très intéressant, je voulais donc lui réserver un petit passage dans ma fic :)
Chapitre 39
Entre nous
Le sergent Tashigi observait l'océan sous le soleil éclatant du matin. Elle demeurait concentrée sur le spectacle des vagues scintillantes pour essayer d'oublier le fait qu'elle était entourée de pirates.
Elle fit ensuite quelques pas pour descendre sur le pont et s'appuya contre le bastingage du Thousand Sunny. Elle tenait enfin sur ses jambes et le drôle de médecin de l'équipage l'avait autorisée à marcher un peu. Son ventre était encore douloureux et elle avait gagné une belle cicatrice mais elle était obligée de reconnaître que le petit renne l'avait vraisemblablement sauvée d'une morte certaine. Et par extension, l'équipage du chapeau de paille tout entier même si l'un d'entre eux était à l'origine de ses blessures.
Elle soupira en se remémorant ces trois derniers jours. Elle avait d'abord été totalement paniqué en se rendant compte qu'elle se trouvait sur le bateau du chapeau de paille et elle avait été persuadé que les pires tortures allaient lui être infligées mais étrangement, ils l'avaient laissée se rétablir. Un peu plus tard, le médecin lui avait expliqué qu'ils avaient été obligé de prendre le large pour s'échapper mais qu'ils comptaient la déposer sur la prochaine île que le Log-Pose leur indiquait à quelques jours de croisière.
Interloquée, elle avait pensé à un piège pour endormir sa méfiance mais elle avait vite constaté que personne ne semblait vraiment faire attention à sa présence et le renne partait sans même fermer la porte de l'infirmerie. Cependant, la navigatrice avait tout de même eu la précaution de lui confisquer son épée jusqu'à ce qu'elle débarque et l'officier Tashigi se sentait totalement vulnérable sans son arme.
Finalement, elle s'était mise à observer le plus minutieusement possible la pièce où elle reposait tout en cherchant des indices sur l'équipage. Le moindre détail pouvait s'avérer précieux et elle voulait profiter de sa position unique pour faire un rapport complet à son colonel si elle avait une chance de le revoir un jour. Malheureusement, elle s'était vite rendue compte que l'infirmerie était tout à fait ordinaire et n'abritait rien d'autres que des décoctions, crèmes ou pilules.
Il lui avait donc fallu trois jours pour se lever mais aujourd'hui enfin, elle respirait avec délice l'air frais du large depuis près de deux heures et elle ne s'en lassait pas. Au fond d'elle, elle était toujours peu convaincue des véritables intentions des pirates. Elle ne pouvait pas croire qu'ils aient tout simplement décidé de lui sauver la vie à elle, un officier gradé de la Marine, sans contrepartie.
Elle inspira profondément. Les membres de l'équipage du chapeau de paille lui fichait la trouille. Elle les connaissait tous en théorie mais les voir déambuler devant elle donnait un autre sens à la réalité. Ils n'étaient pas que des avis de recherche ou des combattants impitoyables. Ils étaient tous parfaitement fous et elle avait l'impression qu'ils pouvaient s'entretuer à chaque instant.
A cette pensée, son regard se braqua vers la rousse qui bronzait au soleil. Tashigi avait presque cru qu'elle était le véritable capitaine du bateau à l'entendre hurler ses ordres et menacer les autres. A côté d'elle, l'archéologue Nico Robin lisait un livre d'un air grave. Celle-là valait des dizaines de millions de berrys dès son plus jeune âge et elle frissonna en imaginant ce qu'elle pouvait faire. Un peu plus loin, un squelette et un cyborg réparaient une partie du pont. Ils étaient les recrues les plus récentes et elle les connaissait moins bien. Elle préféra donc tenter d'ignorer ce qu'ils faisaient là.
Le capitaine des chapeaux de paille était sans conteste le plus étrange. Il passait la moitié de son temps à rire et l'autre à supplier pour avoir à manger. C'est ainsi que le cuisinier s'opposait continuellement à son insistance à l'aide de coups de pied qui laissaient le jeune homme défiguré. Finalement, elle avait décidé que les êtres les plus normaux sur ce bateau étaient leur tireur d'élite et leur médecin, même s'il s'agissait d'un trouillard et d'un renne qui pouvait parler. A cet instant, elle constata que le sabreur manquait à l'appel et elle fronça les sourcils avant de l'apercevoir un peu plus loin, endormi comme une souche, ce qui occupait visiblement la moitié de ses journées.
"A table!"
Aussitôt, le capitaine se propulsa avec ses mains en direction de la cuisine et passa devant elle en trombe. Elle recula instinctivement dans l'ombre et observa les autres le suivre plus ou moins rapidement. Elle se réfugia ensuite prudemment à l'infirmerie. Personne n'avait fait attention à elle depuis qu'elle était sortie et elle ne voulait pas que ça change. Qui sait quelle idée tordue ils pourraient bien avoir…
"Génial, tout le monde croit qu'on l'a kidnappée!" s'agaça Nami en balançant le journal sur la table.
Franky attrapa alors le papier et le lut à haute voix.
"L'équipage du chapeau de paille s'est une fois de plus illustré par son arrogance et son inconscience en enlevant il y a quelques jours le Sergent Tashigi, officier méritante de la Marine évoluant sous le commandement du Colonel Smoker. Ce dernier n'a voulu répondre à aucun commentaire concernant les raisons de son enlèvement par le célèbre équipage pirate. Aucune demande de rançon officielle n'a pour l'instant été révélée. Il n'est pas impossible que cet acte soit directement en lien avec les évènements d'Alabasta durant lesquels les membres de l'équipage s'étaient déjà trouvés en présence des officiers en question. S'agit-il d'une vengeance ou d'un acte délibéré envers cet officier? Toute la Marine est dorénavant en alerte et le Gouvernement Mondial a ordonné le quadrillage de la zone d'enlèvement. Plus d'informations à venir dans notre prochaine édition."
Il soupira en reposant l'article tandis qu'à ses côtés, Ussop avait considérablement pâli.
"C'est affreux, toute la Marine est à nos trousses! paniqua le canonnier.
- Qu'est-ce qu'on va faire? Qu'est-ce qu'on va faire?! renchérit Chopper, terrorisé.
- C'est incroyable les hypothèses qu'ils peuvent dégager de si peu d'éléments, constata Brook. Pourquoi en tirent-ils tout de suite les pires scénarios?
- Parce que ça fait vendre, grogna Sanji en déposant les assiettes.
- Smoker sait très bien que ce n'était pas prémédité, c'est lui qui nous a trouvés sur cette île. Ils devaient probablement nous avoir aperçus au large, fit remarquer Robin.
- Peu importe, bougonna Nami. Le fait est que son enlèvement, prémédité ou non, paraît très probable d'un point de vue extérieur.
- Quand est-ce qu'elle sera guérie? demanda Zoro. Qu'on puisse la débarquer avant d'avoir plus de problèmes.
- D'ici deux ou trois jours, elle devrait être suffisamment remise, affirma le petit renne.
- Combien de temps jusqu'à la prochaine île? s'enquit alors Franky.
- Trois ou quatre jours, soupira Nami. Est-ce qu'on ne pourrait pas tout simplement la laisser tout de suite dans un canot de sauvetage avec suffisamment de nourriture? proposa-t-elle ensuite. C'est un cas d'urgence, là!
- Abandonner quelqu'un en mer est déjà très dangereux mais sur Grand Line, c'est la promettre à une mort certaine", répondit le musicien.
Le silence se fit autour de la table jusqu'à ce que la jeune femme rousse ne tourne la tête vers le capitaine qui s'empiffrait comme si de rien n'était.
"Luffy! Tu nous écoutes au moins?! aboya-t-elle. C'est la vie de ton équipage qui est en jeu! La Marine va nous traquer jusqu'à ce que l'un d'eux nous repère!"
Le garçon au chapeau de paille releva enfin la tête puis haussa les épaules.
"Elle va être guérie en même temps qu'on abordera la prochaine île alors ça ira.
- Ouais, c'est ça, ça ira! ironisa sa navigatrice. Et si ça va pas justement?!
- Il faudrait faire en sorte d'arriver là-bas plus vite", grommela Zoro.
Nami attrapa un des petits pains que Sanji lui proposait et pointa un doigt vers le sabreur.
"Tu as parfaitement raison, Zoro. Tu vas me retendre les voiles immédiatement et je veux un rapport de notre direction toutes les deux heures pour être sûre qu'on ne dévie pas de la trajectoire", ajouta-t-elle ensuite à l'adresse des autres.
Ses amis approuvèrent et, cette décision prise, chacun attaqua enfin sa part avec appétit. De son côté, Zoro soupira mais se leva pour exécuter l'ordre de la navigatrice, non sans emporter son assiette. Il avait autant envie qu'elle de se débarrasser de leur invitée surprise au plus vite mais il ne voulait pas que son repas disparaisse malgré tout.
Le soir venu, Tashigi se glissa à nouveau à l'extérieur. Le tireur d'élite lui avait apporté à manger peu avant et avait même proposé qu'elle les rejoigne à table, ce qu'elle avait poliment décliné. Cette situation était déjà bien assez perturbante et elle n'avait pas envie de se mêler davantage à eux. D'autant qu'elle sentait que la navigatrice lui avait lancé des regards suspicieux lorsqu'elle s'était trouvée sur le pont durant l'après-midi. Elle se sentait terriblement impuissante à partager cet espace réduit avec des ennemis de longue date et elle se repassait le fil des événements depuis son réveil. Smoker et elle avaient filé l'équipage du chapeau de paille depuis qu'une vague de brouillard épais s'était abattue sur la mer. Ils étaient tombés sur eux par hasard ce jour-là mais le colonel Smoker avait décidé d'utiliser la situation à leur avantage. Ils savaient que le bateau des pirates pouvait se révéler extrêmement rapide et dangereux alors ils avaient préféré les suivre jusqu'à la prochaine île. Tout devait ensuite se passer très vite en jouant sur l'effet de surprise mais comme elle l'avait constaté dès qu'elle avait repris connaissance, ça ne s'était pas déroulé comme ils l'avaient prévu.
Tashigi fronça les sourcils, agacée. En plus de leur tentative ratée pour faire arrêter l'équipage, elle se sentait personnellement humiliée de n'avoir pas réussi à prendre sa revanche sur le sabreur. Pour couronner le tout, ce dernier s'était comporté en véritable goujat auprès d'elle. Non seulement elle avait dû le supplier pour qu'il lui accorde un combat digne de ce nom mais il l'avait ensuite battue à plate couture puis avait laissé le cuisinier l'a ramenée pour la soigner. Et maintenant, l'équipage tout entier la considérait comme quantité négligeable au point que personne ne semblait se soucier d'elle. Ca n'avait pas de sens et elle n'appréciait pas d'être traitée de la sorte. Elle ne voulait pas qu'on lui fasse de cadeau. Elle voulait qu'on lui reconnaisse une valeur à la hauteur de ses mérites.
La jeune femme serra les dents avant de s'asseoir précautionneusement contre la balustrade dans l'ombre de la figure de proue pour ménager son ventre. Quelques instants plus tard cependant, elle sursauta quand une main élastique se hissa d'un bond sur la tête de proue.
"On a une super vue d'ici, tu devrais venir!"
L'officier de la Marine dévisagea le capitaine qui se penchait dangereusement en avant. Elle se releva subitement et malgré la douleur due à son mouvement trop rapide, elle mit ses poings sur ses hanches.
"Pourquoi m'avez-vous sauvée?" exigea-t-elle de savoir, clairement énervée.
Luffy se redressa pour la regarder, étonné, avant de sauter à ses côtés.
"Ben t'allais mourir, c'est pour ça, lui expliqua-t-il sur le ton de l'évidence.
- Mais je suis votre ennemie! lui rappela-t-elle vivement. Mon unique but est de vous traquer et de vous faire enfermer à Impel Down!"
Le garçon au chapeau de paille se gratta la tête.
"C'est vrai mais-
- Je suis donc si faible que vous avez pitié de moi?! s'emporta-t-elle. Parce que si c'est pour cette raison que je suis encore en vie, je ne supporterais pas ce déshonneur!"
Luffy agita précipitamment ses mains devant lui.
"Mais non, mais non! C'est juste que Sanji t'a ramenée et j'ai rien contre toi, tu fais ton boulot de Marine, c'est tout!"
Tashigi le scruta intensément pendant de longues secondes, essayant de lire en lui ses véritables intentions tandis qu'il soutenait son regard tranquillement. Finalement, il eut un immense sourire à son adresse.
"C'est fou ce que tu ressembles à Zoro des fois!"
La jeune femme recula comme si le garçon l'avait frappée.
"Je refuse d'être comparée à votre sabreur! Il est indigne de porter les épées qu'il garde en sa possession! Et puis il m'a humiliée en me ramenant ici, il a eu pitié de moi! cracha-t-elle avec mépris. Il aurait dû m'achever ou me laisser mourir!"
A ces mots, le regard de Luffy se modifia et devint brutalement sérieux.
"Des fois, épargner un rival n'est pas de la pitié."
Tashigi fronça les sourcils et le jeune homme poursuivit fermement.
"C'est même lui reconnaître une certaine valeur et lui donner la chance de pouvoir s'améliorer. C'est le respecter en tant qu'adversaire."
La jeune femme écarquilla les yeux et resta muette de stupeur quelques instants, le discours du capitaine venant faire vaciller sa colère en même temps que ses convictions.
"Je… Je n'ai jamais envisagé ça sous cet angle, balbutia-t-elle finalement. J'imaginais qu-qu'il ne pensait pas que je le mérite…
- Tu sais, Zoro considère qu'il apprend de chacun de ses combats. Si tu es une bonne épéiste, il voudra de nouveau se mesurer à toi."
Luffy conserva l'intensité de son regard dans celui de l'officier et Tashigi finit par baisser les yeux, gênée.
"Je pense que tu devrais le remercier au lieu de lui en vouloir", conclut-il résolument.
La jeune femme prit quelques secondes pour laisser ses émotions refluer sous le choc de ces dernières paroles. Elle passait son temps à s'entraîner et à suivre les ordres de son colonel dans l'espoir de toujours s'améliorer. Elle avait eu l'impression que tous ses sacrifices avaient été en vain depuis son dernier combat contre l'escrimeur de l'équipage mais en réalité, peut-être était-elle sur la bonne voie. Dans tous les cas, elle devait redoubler d'efforts et ne pas s'apitoyer sur son sort. Elle releva alors les yeux vers le large et refoula ses yeux brillants de larmes d'un air déterminé.
"Je le ferai. Je le ferai et la prochaine fois, je le vaincrai."
Elle ne remarqua pas le sourire du garçon au chapeau de paille tandis qu'il s'éloignait tranquillement.
Deux autres jours s'écoulèrent lentement pour le sergent Tashigi ainsi que pour les pirates au chapeau de paille. La jeune femme avait fini par comprendre que la Marine la recherchait en pensant qu'elle avait été faite prisonnière et elle avait proposé de contacter ses supérieurs mais l'équipage avait fini par refuser. Jusqu'ici, ils avaient réussi à échapper à la traque et ils ne voulaient pas prendre le risque de se faire repérer. L'officier allait débarquer le lendemain et leurs vies à tous reprendraient un cours normal à partir de cet instant. Ils l'attendaient donc tous avec impatience.
Lors de sa dernière soirée à bord, Tashigi se posta comme d'habitude à l'ombre de la figure de proue pour admirer la mer. Elle entendait les pirates rire et discuter derrière elle mais elle avait appris à en faire abstraction.
"Tenez, vos médicaments."
La jeune femme se retourna et aperçut le petit médecin lui tendre deux potions.
"Merci beaucoup."
Tashigi les avala et Chopper se tourna vers le garçon au chapeau de paille qui approchait pour s'installer à son endroit favori.
"Brook a décidé de faire une soirée karaoké, tu viens? lui demanda-t-il.
- Et comment! s'exclama aussitôt Luffy. C'est trop génial!"
Il fit un brusque demi-tour et traversa le bateau en courant en direction de l'arrière.
"Vous voulez venir? s'enquit ensuite le renne d'un air timide en se tournant à nouveau vers la jeune femme.
- Je vous remercie mais je préfère rester ici", fit l'officier, également gênée.
Chopper acquiesça et se dirigea à son tour vers la poupe du Sunny d'où elle pouvait déjà entendre des cris et des exclamations de joie.
Elle tourna son regard vers le large et se perdit dans la contemplation des flots. Décidément, elle avait débarqué dans un univers bien étrange. Elle avait beau traqué cet équipage depuis un bon moment, elle ne l'avait jamais vu sous ce jour, dans l'intimité de leur vie quotidienne, et sa conversation avec le capitaine lui avait donné à réfléchir.
Elle se remémora alors le récit du colonel Smoker lorsqu'il avait passé quelques heures enfermé avec eux dans l'antre de Crocodile à Alabasta. Il lui avait raconté avec quelle déconcertante obstination Luffy et son équipage avaient tenté de tenir tête au Grand Corsaire. Et alors qu'ils auraient pu laisser leur ennemi se noyer, le capitaine avait ordonné à son second de le sauver. C'était ce qui avait mélangé et rebattu les cartes pour elle et son colonel. C'était en partie ce qui les avaient placés en marge de la Marine officielle aujourd'hui. Ils traquaient toujours l'équipage du chapeau de paille au nom de la Marine mais ils avaient appris à ne plus avoir confiance en leurs instances aussi aveuglément qu'autrefois. Tout n'était pas noir ou blanc, bien ou mal. Tout était question de nuances et sa situation actuelle le démontrait encore une fois.
Tashigi releva soudain les yeux en entendant le cuisinier et le sabreur s'approcher par l'autre côté du pont. Elle les avait déjà vus se battre au moins une dizaine de fois depuis son arrivée, à chaque fois stoppés par leur navigatrice ulcérée. Ils étaient vraisemblablement plus calmes ce soir et pouvaient discuter normalement.
Leur présence lui rappela qu'elle avait été témoin d'une autre bizarrerie de l'équipage lorsque le cuisinier lui avait apporté un cocktail la veille. Elle en était restée parfaitement abasourdie jusqu'à ce que le médecin ne débarque en courant en lui interdisant de le boire, l'alcool étant prohibé pendant son rétablissement. Le cuisinier avait alors réitéré quelques instants plus tard et lui avait servi une boisson aux couleurs rosées garantie pur jus de fruits.
Devant son insistance, elle avait pris le verre d'une main tremblante et il était resté planté à guetter sa réaction jusqu'à ce qu'elle lui adresse un sourire maladroit. D'ailleurs, il était vrai que son cocktail était délicieux et elle l'avait terminé avec plaisir bien que légèrement inquiète devant son sourire démesuré. Elle avait bien remarqué que le blond traitait les deux femmes à bord comme des princesses mais elle pensait qu'il s'agissait là d'habitudes dues à leur présence dans l'équipage, pas que cela s'adresserait également à elle...
Tandis qu'elle émergeait de son souvenir, elle constata que les deux hommes s'étaient vraiment rapprochés et elle rougit en constatant qu'ils ne l'avaient probablement pas vue étant donné leur nouvelle occupation. Elle se releva sans bruit et s'éclipsa le plus vite possible malgré sa blessure.
Quel équipage invraisemblable...
Le lendemain matin, Tashigi resserra sa prise sur son épée qu'elle venait de récupérer en fixant les contours de l'île qui se dessinaient enfin. Elle avait tellement hâte de débarquer.
"Nous approchons de l'île par son côté le plus désert et il devrait y avoir une journée de marche alors j'ai préparé une collation."
Elle tourna la tête et vit Sanji s'accouder à ses côtés le plus naturellement du monde puis lui tendre un petit sac.
"Il n'y a pas de base Marine ici mais les habitants ont sans doute des escargophones", ajouta-t-il.
Tashigi hocha lentement la tête.
"Merci pour tout", bredouilla-t-elle ensuite maladroitement.
Elle n'était pas à l'aise en leur présence mais elle n'oubliait pas qu'elle leur devait la vie.
"J'espère que votre combat en valait la peine, fit le blond en allumant une cigarette.
- Oui. D'ailleurs, je voudrais le voir."
Sanji s'étonna devant sa soudaine vigueur et il lui désigna le mât d'un geste du menton.
"Il est là-bas."
La jeune femme se dirigea immédiatement vers l'épéiste d'un pas déterminé et le cuisinier tira lentement sur sa cigarette en la regardant s'éloigner. Il la vit tenter d'entamer une conversation avec Zoro qui ne semblait pas vouloir lui faciliter la tâche mais il le vit bientôt s'animer et une véritable discussion sembla s'engager, à sa plus grande surprise. Tashigi était restée à l'écart durant ses cinq jours de traversée, adressant à peine la parole aux membres de l'équipage. Etant donné les circonstances, ça n'avait étonné personne mais la voir engager naturellement la conversation avec le sabreur d'habitude si avare en mots le laissa songeur.
Le blond se demanda un instant ce qu'elle pouvait bien lui dire qui l'intéressait autant et il ressentit une petite pointe de jalousie à les voir soudainement si proches. Ils parlaient probablement de leur passion commune. Nul doute alors qu'ils avaient des points communs à échanger...
Sanji décida de repartir vers sa cuisine. Il n'avait pas envie de les dévisager si ouvertement ni même d'entendre des bribes de leur conversation. Il préféra s'occuper l'esprit et entama sa préparation du repas de midi avec concentration.
"Est-ce que ça va aller? s'enquit Chopper, inquiet pour sa patiente.
- Ne vous en faites pas. Je me sens bien", le rassura-t-elle.
Le Sunny s'était stabilisé à quelques encablures de la plage et tout le monde s'était rassemblé pour assister au départ du sergent.
"J'informerai mes officiers supérieurs qu'il ne s'agissait pas d'un enlèvement, vous avez ma parole", leur assura-t-elle.
L'équipage hocha la tête et elle les dévisagea ensuite avec détermination.
"Je vous suis reconnaissante de ce que vous avez fait mais je préfère vous prévenir, je continuerai à vous poursuivre de toutes mes forces. Tout ça ne changera rien à ma volonté de vous faire arrêter et emprisonner.
- Je m'en doutais, ronchonna Nami dans son coin. Ca ne nous a apporté aucun bénéfice...
- Et je vaincrai votre sabreur, ajouta fermement la jeune femme. Je récupérerai le Wadô Ichimonji.
- On t'attendra", lui assura le capitaine avec défi.
Tashigi hocha la tête à son tour et sauta agilement sur la plage. Elle ne jeta pas un regard en arrière et s'éloigna vers la forêt environnante, son sabre à la taille.
Le reste de la journée s'étira plus paisiblement. Nami avait rapidement redéployé les voiles pour s'éloigner et le Sunny filait encore à bonne allure sous le soleil qui déclinait lentement dans la mer. Le stress commençait à retomber parmi l'équipage qui avait vécu ces derniers jours dans la crainte perpétuelle d'être abordé par la Marine et la fatigue s'était faite ressentir de bonne heure.
Sanji retrouva donc sa chambre dès qu'il en eut l'occasion et il constata que le bretteur somnolait déjà sur le lit. Il déposa sa veste et retira ses chaussures avant de s'asseoir sur le matelas et de se tourner vers lui.
"Qu'est-ce qu'elle t'a dit ce matin, tête d'algue? lui demanda-t-il avec curiosité.
- Hm? Rien…"
Le cuisinier fronça les sourcils.
"Quoi, c'était un truc de sabreur?
- Ouais.
- Et alors, pourquoi tu me le dis pas? J'peux pas comprendre?" grinça-t-il en se penchant un peu plus vers lui.
Zoro tourna la tête vers son compagnon et soupira.
"Mais qu'est-ce que ça peut te faire? T'en as rien à foutre de tout ça de toute façon."
Sanji reprit sa position initiale pour déboutonner sa chemise avec des gestes agacés. Il n'allait pas lui dire qu'il s'était senti exclu de leur petite conversation ni même peut-être jaloux de leur soudaine complicité.
"J'ai envie de savoir, c'est tout."
Bien que le blond lui tourne le dos, Zoro leva les yeux au ciel.
"Putain, vous êtes bien les mêmes tous les deux. Vous voulez toujours tout savoir..."
Sanji se raidit mais s'obligea à respirer calmement. Voilà qu'il les comparait maintenant… Il n'appréciait vraiment pas la tournure de cette discussion. A la fois aussi furieux contre lui-même que contre l'escrimeur, il termina de se déshabiller en serrant les dents.
"Laisse tomber", répondit-il finalement d'une voix sourde après avoir éteint la lumière.
Zoro était satisfait de cette réponse et il n'avait pas perçu la colère sous-jacente de son amant. Lorsqu'il commença à l'embrasser sitôt le blond sous les draps, il fut donc surpris de se voir violemment repoussé.
"Qu'est-ce que t'as encore? s'agaça-t-il en voyant ses yeux étincelants de fureur face à lui.
- T'as qu'à faire marcher tes neurones, sabreur de mes deux!"
Zoro mit plusieurs secondes avant de comprendre que le cuisinier n'avait pas fini de ruminer le fait qu'il ne lui ait pas parlé de sa conversation avec Tashigi.
"Putain mais pourquoi tu veux autant savoir? s'enquit-il, incrédule.
- Pour rien!" répliqua Sanji avec agressivité tout en réalisant qu'il était de moins en moins crédible dans son exigence.
Son compagnon le dévisagea alors, désabusé.
"Tu fais une crise de nerfs pour "rien"?
- Je voulais juste savoir comme ça mais en fait, c'est toi qui ne veux rien me dire! C'est toi qui m'énerve avec vos trucs de sabreur!"
Zoro observa avec étonnement le blond repousser les draps, attraper ses affaires et se relever avant de claquer la porte. Il hésita un instant à le suivre. Il n'était pas responsable des sautes d'humeur incompréhensibles du cuistot mais d'un autre côté, Sanji lui avait bien fait comprendre quelques jours plus tôt à quel point il tenait à leurs conversations qui lui paraissaient si anodines. Même s'il ne comprenait pas vraiment comment, le cuisinier lui avait prouvé que les paroles pouvaient contenir bien plus qu'il ne l'imaginait et peut-être cela faisait-il partie également de cette histoire.
Il se releva donc à son tour en soupirant et sortit de la chambre après avoir passé un tee-shirt. Il n'eut pas loin à aller, trouvant Sanji en train de fumer sa cigarette contre la balustrade du ponton avant.
"Elle m'a parlé des onze épées légendaires, fit-il dans son dos en croisant les bras. Elle m'a dit que l'un de ces sabres a été perdu il y a bien longtemps. Elle pense savoir où il pourrait être.
- Et elle te l'a dit comme ça? J'croyais qu'elle voulait récupérer le tien? répondit le blond d'une voix égale.
- Je lui ai offert un combat digne. Elle voulait me remercier.
- Évidemment."
Le cuisinier souffla sa fumée vers les étoiles, demeurant obstinément le dos tourné à son compagnon.
"Alors? s'enquit ensuite le sabreur.
- Alors quoi?
- Qu'est-ce que t'en déduis?"
Sanji se tourna vers lui, intrigué.
"Comment ça ce que j'en déduis?
- Bah tu voulais savoir et tu m'as dit que les mots étaient importants pour toi, que ça te permettait de comprendre des choses invisibles. Alors qu'est-ce que ça t'a permis de comprendre?"
Le bretteur était on ne peut plus sérieux et Sanji eut alors un sourire désabusé.
"Ca m'a appris que je suis un pauvre crétin", admit-il en tirant sur son mégot.
Zoro leva un sourcil interrogateur et le blond secoua la tête.
"Je me suis senti mis à l'écart de te voir si éloquent auprès d'elle, tête de cactus. C'est aussi bête que ça..."
L'épéiste n'eut pas un rire narquois comme Sanji aurait pu s'y attendre et il continua de fumer sa cigarette en silence. Le rouge lui brûlait certainement les joues mais Zoro avait pris au sérieux leur dernière conversation et il avait voulu lui rendre la pareille en se montrant honnête.
"C'était bien une histoire de mots, soupira enfin le bretteur, déconcerté.
- Ouais."
Après quelques instants, le cuisinier reporta la cigarette à ses lèvres et rendit son regard à l'escrimeur qui le contemplait.
"Pour être tout à fait honnête, tête d'algue, y a aussi que… t'as l'air bizarre quand elle est là. Comme si tu la fuyais ou quelque chose comme ça."
Zoro se renfrogna immédiatement et le blond le fixa, intrigué.
"Qu'est-ce qu'il y a, tu la trouves nulle? Elle s'est bien défendue pourtant."
Le sabreur grinça des dents et resserra ses bras sur son torse en un réflexe défensif mais le cuisinier lui fit signe de s'expliquer.
"Ca va, elle se débrouille. C'est juste que… elle m'énerve, grogna-t-il alors.
- Elle t'énerve? Mais pourquoi?
- Cette fille, elle…"
Zoro soupira et Sanji termina sa cigarette avant de jeter son mégot par-dessus bord.
"Elle quoi? insista-t-il.
- Elle ressemble à Kuina", maugréa finalement l'escrimeur.
Perplexe, le blond le dévisagea quelques instants.
"A ce point-là?
- Sans ses lunettes, elle lui ressemble comme deux gouttes d'eau! A croire que c'est sa soeur ou un truc comme ça, s'agaça l'épéiste. La première fois que je l'ai vue, j'ai cru que c'était son fantôme!
- Oh. Je comprends mieux ton attitude…"
L'escrimeur baissa soudain les yeux, comme dépassé.
"Je sais que c'est pas elle mais c'est trop… étrange. Elles ont le même caractère, la même technique au sabre, le même physique...
- La vie joue parfois de drôles de tours, approuva le cuisinier.
- Putain, tu l'as dit..."
Zoro soupira à nouveau avant de s'accouder aux côtés du cuisinier au bastingage.
"Peut-être que Kuina serait devenue officier de la Marine, suggéra Sanji après quelques instants.
- Je sais pas, fit le bretteur d'un air songeur. Elle voulait devenir la meilleure alors elle se serait peut-être engagée mais elle avait un tel caractère, j'crois pas qu'ils l'auraient gardée...
- Alors elle serait certainement en mer à bord d'un équipage concurrent à vouloir affronter Mihawk à tout prix, imagina son compagnon. Vous ne feriez que vous défier à chaque fois qu'on croiserait sa route et-
- Peu importe," le coupa soudain le sabreur.
Sanji lui jeta un coup d'oeil surpris et le regard de l'épéiste se fit plus dur.
"Elle n'est plus là de toute façon, ça n'arrivera jamais."
Le blond se sentit alors un peu coupable de le lui avoir rappelé et il secoua la tête.
"T'as raison, tête d'algue, ça sert à rien…"
L'escrimeur eut alors un sourire joueur.
"J'aime bien quand tu dis que j'ai raison…"
Sanji le lui accorda volontiers et l'attira contre lui dans un baiser passionné. Il avait été idiot de se sentir exclu de ce que Zoro partageait avec Tashigi. Lui avait aussi son domaine réservé auprès du sabreur et il n'aurait pour rien au monde voulu échanger leurs places à cet instant.
J'aurais pu embarquer l'équipage dans des histoires plus longues avec la Marine mais ce n'était pas mon but. Je réserve d'autres aventures à nos amis. J'espère néanmoins que la présence de Tashigi parmi eux vous a plu!
