Merci à Wado21, deryous50, PY et Typone Lady pour vos reviews.

Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.

Bonne lecture.

Réponses aux reviews anonymes

PY: ravie que tu retrouves le caractère de Luffy, j'espère qu'il en sera de même dans ce chapitre :)


Chapitre 40

La pluie et le beau temps

"C'est une île tout à fait étonnante, expliqua Robin. Elle concentre sur quelques dizaines de kilomètres carrés les quatre climats existants sur Grand Line."

Après cinq jours de navigation à une vitesse soutenue pour être sûr d'échapper à la Marine, l'équipage du chapeau de paille avait repéré une petite île déserte aux particularités climatiques inattendues. La jeune femme l'avait rapidement identifiée comme l'île des quatre temps et elle avait apporté le livre qui traitait du sujet pour le montrer à ses amis pendant le déjeuner. En effet, cette terre était également riche en vestiges historiques et l'archéologue était aussi intéressée que Nami à l'idée de pouvoir explorer largement leur prochaine destination.

"Les quatre climats en même temps? s'étonna Zoro en avalant une bouchée de pain. Comment c'est possible?

- Non, en réalité, l'île est divisée en quatre territoires distincts, répondit la jeune femme. Sur chaque coin de terre, l'un des climats est présent.

- C'est pas commun, remarqua Ussop en vérifiant que Luffy ne lui volait pas son dessert. C'est la première fois que j'entends parler d'un truc pareil!

- Oui, c'est exceptionnel, leur apprit la navigatrice. C'est pour cette raison que nous voulons absolument rester sur cette île le temps nécessaire. Le Log-Pose se rechargera rapidement selon nos informations mais nous voudrions être sur place suffisamment longtemps pour en tirer le maximum d'information.

- Nami-chérie et Robin d'amour, j'adore vous voir si heureuses et déterminées! batifola Sanji en leur apportant une tasse de thé.

- Alors c'est décidé, on va rester quelques jours! s'exclama Luffy avant d'engouffrer deux beignets dans sa bouche avec enthousiasme. Robin fera ses fouilles et Nami étudiera le temps!

- D'un point de vue pratique, je suggère qu'on accoste du côté du climat estival, proposa alors Brook. Ce devrait être plus agréable.

- Je suis d'accord, approuva Franky terminant son verre de cola. Un petit barbecue au soleil pourrait être le bienvenu pour se détendre.

- Je suis pour le barbecue! hurla aussitôt le capitaine, surexcité.

- J'ai hâte de faire une pause après tout ce stress!" ajouta Chopper, ravi.

Ainsi, tandis que chacun appréciait la perspective de quelques jours plus calmes à travers des discussions enjouées, le reste du repas fut vite avalé pour qu'ils puissent débarquer au plus vite.


Nami, Robin, Franky et Brook s'étaient dirigés sitôt à terre vers la partie automnale de l'île car l'archéologue pensait y trouver l'un des sites dont son livre parlait. Le vent soufflait sans discontinuer depuis qu'ils avaient pénétré ce climat et bientôt, des gouttes de pluie s'écrasèrent au sol.

Brook sortit un parapluie et abrita Nami qui cartographiait précisément les reliefs autour d'eux. A quelques pas, Robin rabattit sa capuche sur sa tête et avec l'aide de Franky, elle épousseta les contours d'une petite maison ensevelie sous le sable et la poussière.

"Cet abri remonte sûrement au temps où l'île était encore habitée, fit la jeune femme après quelques minutes de travail silencieux.

- Pourquoi plus personne n'est ici à ton avis? lui demanda alors l'ingénieur.

- Selon les recherches que j'ai menées, le temps était équivalent sur toute l'île à cette époque. Quelque chose a déclenché un changement et la théorie la plus courante est que la variabilité du climat sur un si petit espace n'a pas permis aux habitants de s'adapter.

- Tu espères en apprendre davantage en étudiant ces vestiges? s'enquit Brook.

- Oui, j'aimerais comprendre l'origine du mouvement de la population. En étudiant leurs habitats et les objets restés sur place, j'espère découvrir avec quels moyens ils ont essayé de s'adapter à l'environnement.

- Le mieux serait que j'arrive à déterminer si ces différents climats se sont déclenchés à cause de cette île ou si c'est le temps qui a créé cet espace si particulier, ajouta Nami tout en continuant à dessiner.

- En effet, cela me permettrait d'avancer beaucoup plus largement dans la compréhension des évènements qui se sont déroulés", approuva son amie.

La navigatrice hocha la tête et sortit ensuite son baromètre tout en se protégeant des bourrasques de vent.

"Dans tous les cas, il faudra faire le tour de l'île pour que je prenne en compte toutes les données possibles.

- J'ai hâte de découvrir les parties plus clémentes de cet endroit! se plaignit ensuite le musicien en tentant tant bien que mal de conserver son parapluie en main.

- Tu m'étonnes, marmonna le cyborg qui peinait à détacher le sable mouillé des décombres de la maison. Ce serait quand même mieux si on pouvait faire tout ça dans un endroit plus sympa...

- N'oubliez pas que si nous faisons une grande découverte, nous pourrons en tirer un profit considérable, leur rappela Nami avec conviction. Cela devrait vous suffire à garder le sourire."

A cet instant, un brusque coup de vent les fit frissonner tandis que Brook se mettait à courir derrière son parapluie pour le rattraper.


Du côté estival de l'île, le reste de l'équipage prenait du bon temps. En prévision du barbecue promis pour le soir-même, le blond avait commencé à préparer des quartiers de viandes goûteuses, des saucisses parfumées et des sauces variées pour ses amis. Il s'était ensuite attaqué à une montagne de pommes de terre pour servir des frites en accompagnement sans oublier une salade et des fruits pour compléter plus légèrement le repas.

En milieu d'après-midi cependant, il n'oublia pas de rafraîchir ses compagnons et prépara quelques boissons avant de quitter le Sunny en direction de la plage. Il sauta donc du pont et atterrit souplement sur le sable, ses verres sur son plateau parfaitement stabilisés.

Il se dirigea d'abord vers le bord de mer et déposa deux verres à Ussop et à Luffy installés dans une petite piscine gonflable et qui barbotaient en riant. Il remonta ensuite vers les premiers arbres bordant la terre où Zoro avait élu domicile pour se reposer à l'ombre du soleil.

Tandis que le blond approchait, il remarqua que le sabreur n'était pas le seul à profiter d'une sieste et que Chopper dormait à poings fermés dans ses bras. Le cuisinier prit alors le temps de les observer un moment, un sourire aux lèvres.

Le petit renne pelotonné contre l'escrimeur était terriblement attendrissant et le tableau tout simplement adorable. Il ne pouvait donc pas se permettre de réveiller la tête d'algue comme il en avait l'habitude au risque de déranger leur médecin.

Sanji approcha et frôla de sa main les cheveux verts de son compagnon qui ouvrit immédiatement un oeil.

"Je te laisse ton verre ici, chuchota le blond en le posant à quelques pas. Je mets celui de Chopper de l'autre côté, ne le renverse pas."

Zoro hocha imperceptiblement la tête avant de refermer les yeux et le cuisinier s'éloigna tranquillement.


Nami, Robin, Brook et Franky revinrent peu avant l'heure du dîner et ils se dirigèrent vers le Sunny pour se sécher et passer des vêtements secs après de longues heures passées dans le vent froid et humide. Chopper, Ussop et Luffy participèrent donc à la construction d'un barbecue et au ramassage du bois tandis que le cuisinier enrôlait le sabreur pour porter les immenses plats jusque sur la table que le blond avait dressé au bord de la plage. Au bout du quatrième aller-retour, il ne restait que la glacière contenant les boissons et Sanji la donna à l'épéiste avant de lui emboîter le pas pour retrouver leurs amis.

Alors qu'ils marchaient en silence, Sanji se saisit soudain de la main libre du bretteur pour y glisser la sienne. A ce contact inattendu, Zoro sursauta et son premier réflexe fut de tenter de se dégager mais le cuisinier resserra sa prise.

"Détends-toi, tête d'algue, fit-il en tirant sur son mégot de manière ostensible. Ce n'est que ma main.

- Pourquoi tu fais ça? grogna le sabreur en essayant à nouveau de s'esquiver, le rouge aux joues.

- Comment ça? se renfrogna le blond. T'as tenu Chopper contre toi tout l'après-midi, j'ai bien le droit de te tenir la main, non?

- Mais c'est pas pareil, espèce de cuistot pervers!" grommela Zoro en parvenant enfin à se dégager.

A ces mots, Sanji s'immobilisa, à mi-chemin entre le Sunny et leur table de pique-nique, pour le contempler avec amertume.

"Ouais. C'est sûr que c'est plus facile de dormir avec ton ami dans tes bras plutôt que d'offrir un geste tendre à celui qui partage ta vie."

L'escrimeur le dévisagea, à la fois intrigué et choqué, et le blond eut un moment de surprise en réalisant ses propres paroles. Il secoua alors la tête, gêné.

"Fais pas attention, tête d'algue, marmonna-t-il ensuite. J'ai pas réfléchi, c'est tout..."

Le cuisinier l'abandonna rapidement pour aider Ussop à disposer le bois pour le barbecue et le sabreur le suivit des yeux avant de reprendre sa route à son tour, indécis par rapport à ce qu'il venait de se passer. Il avait eu l'impression que le cuistot était sérieux sur le moment mais puisqu'il avait finalement presque formulé des excuses… Son attitude était étrange mais Zoro décida de ne pas s'y attarder davantage et il rejoignit finalement le reste de l'équipage.


Après un copieux repas et lorsque le ventre de Luffy ne fut plus qu'un immense ballon, les pirates au chapeau de paille s'éparpillèrent un peu sur la plage. Sanji, Brook, Chopper et Ussop décidèrent d'entamer une partie de poker et puisqu'ils n'avaient pas d'argent à parier, il fut décidé que les perdants devaient boire une gorgée d'alcool à chaque fois, à l'exception de Chopper qui devait avaler une part de sucrerie. Zoro refusa de se joindre à la partie et préféra retourner contre un arbre en lisière de forêt pour boire sa propre bouteille sans avoir à la partager. De leur côté, Robin et Franky s'installèrent pour examiner les photos qu'avaient prises l'archéologue de leur premier site afin d'y annoter leurs propres observations.

Un peu plus loin, la navigatrice n'avait pas pu s'empêcher de commencer à cartographier cette partie de l'île et elle griffonnait depuis déjà plusieurs minutes. Après un moment, elle se leva et fit quelques pas, le nez en l'air. Elle scruta attentivement les étoiles puis hocha la tête et précisa sa carte d'un coup de crayon précis.

"Je peux voir ta carte, Nami?" lui demanda soudain Luffy derrière son épaule.

La jeune femme sursauta légèrement avant de se retourner.

"Si tu veux mais elle n'est pas finie, le prévint-elle.

- C'est pas grave!" affirma joyeusement le capitaine.

Nami hocha la tête puis lui attrapa la main et le ramena près du feu. Ils s'assirent autour du foyer et elle lui présenta sa carte principale, visiblement enjouée.

"J'ai fait un premier brouillon à partir des données cartographiques du livre de Robin. Ensuite, j'ai étudié le côté nord qui correspond au climat automnal et on a eu le temps de faire une petite partie du côté est, celui qui a un climat printanier. J'ai l'impression que la géographie est directement lié au climat mais je n'arrive pas à déterminer lequel a entraîné l'autre…"

Elle mordilla son crayon et tapota un point sur la carte pour le lui montrer.

"J'en apprendrai sûrement davantage en examinant les deux autres côtés. Robin a dit que cette île a été habitée à une époque et il faudrait qu'on parvienne à comprendre si la modification du climat a chassé les locaux de leur terre ou s'il s'agit d'autre chose.

- Et ça, c'est quoi? lui demanda Luffy en désignant une croix sur le dessin.

- Oh, c'est le site qu'a trouvé Robin. Elle pense qu'il y en a d'autres et elle souhaite que je les note pour étudier si leur position géographique a une signification particulière.

- C'est cool!" s'exclama Luffy.

Nami approuva, l'air rêveur.

"Même si je n'arrive pas à déterminer précisément l'origine entre le climat et la géographie, ces données sont extrêmement intéressantes. Grand Line regorge de particularités insolites et j'ai vraiment hâte de les connaître toutes…"

Elle se tut ensuite pour contempler le garçon au chapeau de paille qui la scrutait de ses grands yeux noirs curieux.

"Je sais, je parle beaucoup, admit-elle avec un petit sourire d'excuse. Je ne voulais pas t'embêter avec toutes ses explications mais je suis tellement excitée par toutes ces nouvelles caractéristiques météorologiques..."

Luffy secoua fermement la tête pour l'arrêter, un grand sourire aux lèvres.

"C'est pas ça, je voulais juste que tu me parles de ce qui te rend si heureuse!"

La navigatrice rougit sous son regard si sincère et le capitaine poursuivit avec enthousiasme.

"Et je me suis même lavé les mains avant de te demander!"

A ces mots, Nami eut un sourire amusé.

"T'as regardé la liste, pas vrai? s'enquit-elle.

- Oui! Je voulais être sûr de pas tâcher la carte cette fois! approuva fièrement Luffy.

- Tu as bien fait", murmura alors la jeune femme en se penchant vers lui.

Elle jeta ensuite un coup d'oeil aux alentours avant de se rapprocher encore.

"Tu sais, je me sens vraiment bien ce soir et nous sommes à l'abri des regards…"

Luffy ouvrit alors de grands yeux, croyant comprendre la suggestion de la navigatrice.

"Oh! Tu crois que je pe-

- Oui. Ne pose pas la question."

Nami ferma les yeux et déposa ses lèvres sur celles de son capitaine. Ce dernier l'attira bientôt contre lui en retour et lui rendit son baiser. Profitant de ce moment de douceur et de concentration de la part du garçon au chapeau de paille, la navigatrice approfondit rapidement leur échange, l'entrainant dans un ballet de baisers enflammés.


"Prenez une chambre", rigola soudain Franky en passant devant eux quelques temps plus tard.

Intrigué, Luffy se détourna des lèvres de la navigatrice pour l'interroger.

"Pour quoi faire?" s'enquit-il avec curiosité.

Nami passa alors une main autour de son cou pour rediriger son attention vers elle.

"Ne fais pas attention à lui, il est jaloux.

- Jal-?"

Le capitaine n'eut pas le temps d'en demander davantage car la jeune femme avait de nouveau plaqué sa bouche contre la sienne et il oublia le cyborg en un instant. Celui-ci haussa les épaules et poursuivit sa route vers le sabreur toujours assis contre son arbre. Il lui déposa une nouvelle bière et le second le remercia. L'ingénieur repartit ensuite en sens inverse pour retourner auprès de Robin.


Avec l'avancée de la nuit, Ussop, Sanji, Chopper et Brook avaient franchement ralenti la cadence de leur jeu. Le petit renne avait le ventre douloureux à force d'engloutir les sucreries et les autres sentaient clairement les effets de l'alcool se démultiplier dans leurs corps au fur et à mesure des minutes.

"Ussop?" demanda Sanji en tentant de garder les idées claires.

Celui-ci jeta un coup d'oeil à la fois confus et angoissé à son jeu avant de secouer la tête.

"Je me couche… Dans les deux sens du terme.

- A la tienne d'abord", lui rappela le blond en lui passant son gage.

Le canonnier soupira puis attrapa la bouteille d'une main résignée et en but une longue rasade. Il ferma ensuite les yeux pour empêcher la terre de tourner tandis qu'il sentait son estomac protester.

"Brook, t'as quelque chose? s'enquit ensuite le cuisinier.

- Une paire", lui montra le squelette.

Sanji secoua la tête.

"Désolé."

Il montra son brelan d'as et le musicien grimaça avant de se saisir de la bouteille.

"Chopper? demanda enfin le blond.

- Je… je crois que j'ai quelque chose.

- Fais voir."

Le petit renne déposa toutes ses cartes et Sanji soupira à son tour.

"T'as une couleur, grommela-t-il. Tu remportes la manche.

- Super..."

Bien que ravi de sa victoire, le médecin papillonna des yeux avant de s'endormir dans le sable, un sourire aux lèvres. Sanji prit alors la bouteille des mains de Brook qui s'écroula sur le sol. Le blond hésita quelques secondes en se demandant si leur ami n'était pas tombé dans un coma éthylique mais finalement, le squelette se mit à ronfler lourdement et il se tranquillisa. A cet instant, Ussop se précipita vers le Sunny et le cuisinier supposa que les énormes quantités de nourriture à présent largement imbibées d'alcool avaient finalement décidé de ne pas rester dans son estomac. Tandis qu'il haussait les épaules, Sanji but une nouvelle lampée à cause de sa propre défaite. Les joues rougies et les paupières lourdes de sommeil, il chercha pourtant des yeux les autres membres de l'équipage.

Auprès du feu, Nami et Luffy s'étaient endormis l'un contre l'autre et un peu plus loin, Robin et Franky continuaient à discuter doucement autour des croquis de la jeune femme. Finalement, le cuisinier avisa le sabreur toujours occupé à boire à l'orée de la forêt, le regard rivé sur l'océan. Se redressant sur ses jambes chancelantes, Sanji décida alors de le rejoindre.


Alors qu'il buvait avec délectation une petite gorgée de bière, Zoro vit le blond débouler devant lui. Visiblement éméché s'il en jugeait par son regard trouble et sa tenue débraillée, il allait lui demander ce qu'il voulait lorsque ce dernier s'installa d'autorité entre ses jambes. Sanji voulut ensuite remuer pour caler son dos contre le torse du sabreur mais ce faisant, il le bouscula et ce dernier renversa la moitié de sa boisson.

"Putain, fais gaffe", grommela le sabreur en le repoussant.

C'est ainsi que le cuisinier se retrouva assis dans le sable aux côtés de l'escrimeur et qu'il soupira lourdement. Finalement, le blond prit le parti de planter son regard dans celui de Zoro qui le contempla d'un air interrogateur.

"Je vais te faire une liste, tête d'algue, fit-il sérieusement.

- Une liste? Une liste de quoi? s'étonna Zoro.

- De ce que j'aime et de ce dont j'ai besoin. Comme ça, tu sauras quoi faire et je serai toujours heureux."

Le bretteur écarquilla les yeux.

"Tu délires ou quoi, cuistot?

- Ca marche pour Luffy et Nami alors pourquoi pas pour nous? s'offusqua Sanji en lui montrant les deux amoureux endormis paisiblement dans les bras l'un de l'autre.

- J'me fou-

- Numéro un. Je veux changer de place."

En ricanant, il se glissa à nouveau entre ses jambes et Zoro déplaça d'un geste précis sa bouteille pour ne pas perdre l'autre moitié de son contenu. Après l'avoir sécurisée, il leva les yeux au ciel devant le sourire niais du blond qui avait appuyé sa tête contre son épaule gauche tout en appuyant largement son dos contre son torse.

"Numéro deux. Je veux un siège accueillant."

Le cuisinier prit la main gauche du sabreur et l'enroula autour de sa taille. Il soupira ensuite d'aise et se lova un peu plus dans ses bras.

"Numéro tr-

- Numéro trois, je veux que tu la fermes, soupira son compagnon avec lassitude.

- Mais c'est ma liste! s'indigna Sanji en le fusillant du regard.

- Et moi, j'te dis qu'il faut que tu te taises si tu veux garder ton siège."

Le blond se renfrogna mais se tut quelques instants car il ne voulait pas perdre la chaleur de l'escrimeur. Zoro eut alors un sourire satisfait et avala une autre gorgée de bière. Il allait fermer les yeux pour se détendre quand Sanji reprit encore la parole, à son plus grand désespoir.

"Numéro trois. Je veux que tu complimentes ma nourriture quand tu l'aimes."

L'épéiste grogna mais le cuisinier ne captait pas ces signes trop discrets qui échappaient à sa perception embrouillée.

"Numéro quatre. Je veux que tu m'embrasses devant tout le monde."

Zoro reposa sa bouteille dans le sable et secoua la tête avant de soupirer.

"Numéro cinq. Je veux que tu me laisses te faire l'amour et que tu y prennes du plaisir."

Cette fois-ci, le sabreur sursauta avant de lui attraper le bras.

"Ca suffit maintenant avec ta liste. J'ai compris, gronda-t-il.

- Numéro six. Je v-"

L'escrimeur plaqua sa main sur sa bouche pour l'empêcher de poursuivre et Sanji tenta de remuer mais il était trop confus pour pouvoir lutter efficacement. Après quelques secondes à se débattre mollement, il cessa de bouger et ferma les yeux avant de glisser vers le sommeil contre le corps chaud de son compagnon. Le sabreur desserra doucement sa main et la tête du cuisinier glissa alors dans le creux de son épaule.

Zoro laissa ses doigts frôler la peau de sa nuque quelques instants d'un air absent avant que son regard ne se perde dans la mer. Les sons de leur petite soirée s'étaient atténués autour de lui et il soupira imperceptiblement. Il connaissait assez bien Sanji maintenant pour savoir que ses demandes n'étaient pas anodines et qu'il avait abordé cette histoire de liste parce que l'alcool l'avait suffisamment désinhibé. Jamais le blond n'aurait osé lui demander sciemment de telles choses mais il n'en demeurait pas moins que le bretteur était persuadé que ces souhaits étaient le reflet de ses souhaits les plus ardents. Pourtant, ils avaient eu une conversation importante et le sabreur avait engagé de réels efforts pour lui démontrer qu'il s'impliquait lui aussi. Il ne comprenait pas pourquoi Sanji en voulait encore plus.

Zoro attrapa sa bouteille et en savoura les dernières gouttes. Comment leur relation était-elle censée fonctionner dans ces conditions? Il avait cru avoir franchi une étape importante mais il se rendait compte ce soir que cette avancée n'était que superficielle. En réalité, le blond camouflait ses envies et ses désirs et il n'était pas vraiment heureux de la situation, même s'il essayait de s'en convaincre. Ce que Zoro ne comprenait pas, c'est ce que le cuistot désirait réellement à travers cette relation. Il lui semblait que Sanji recherchait quelque chose d'absolu et de total et qu'en cela, il exigeait toujours plus de leur lien alors que lui-même commençait tout juste à l'appréhender et à l'apprécier.

L'escrimeur reposa enfin sa bouteille désormais vide à ses côtés avant de jeter un coup d'oeil à son compagnon paisiblement endormi contre lui. Il s'était investi dans cette relation parce qu'elle avait l'attrait d'un défi à ses yeux mais aujourd'hui, il se posait des questions. Ces étranges sensations qui le liaient au cuisinier étaient déroutantes. Elles l'impliquaient à un degré tel que chaque émotion pouvait s'en trouver démultiplier et leur compréhension bouleversée. Il ne voulait pas être le jouet de ses sentiments ni Sanji celui des siens.

Et pourtant, ce soir, il sentait que leur relation évoluait en terrain inconnu. Un terrain où le blond avait soif de reconnaissance et où lui-même n'était plus réellement maître de ce qu'ils créaient. Un terrain glissant.


Je ne sais pas si je suis claire mais j'essaye de faire passer quelque chose de complexe, à savoir le besoin inconditionnel que l'on peut ressentir à "posséder" l'autre au-delà d'une jalousie classique. Bien sûr, ce n'est pas pour rien qu'on ressent ce genre de choses et j'expliquerai pourquoi je pense que Sanji peut en être victime. Rendez-vous au prochain chapitre pour le développement de cette situation de manière plus explicite et… explosive!