Merci à Wado21, deryous50, Arya Cahill et Typone Lady pour vos reviews.
Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.
Bonne lecture.
Chapitre 45
A demi-mot
Zoro se dirigea vers le cuisinier appuyé pensivement contre la balustrade du pont avant tandis que le reste de l'équipage était encore en train de petit déjeuner dans la cuisine. L'archipel de San Marsoni n'était vraisemblablement plus très loin mais il s'agissait du quatrième jour de navigation depuis qu'ils avaient quitté l'île Eloi et que Ace était reparti. Sanji n'avait donc plus de cigarettes depuis la veille et il en souffrait atrocement. En réalité, se restreindre à une cigarette par jour n'avait fait qu'entretenir sa dépendance. Chopper avait d'ailleurs suggéré que le blond n'en prenne aucune jusqu'à son arrivée sur l'île pour éviter de revivre le manque aussi durement à chaque fois mais le cuisinier n'avait pas été capable de résister sachant qu'il lui en restait.
Arrivé à sa hauteur, le sabreur s'accouda à ses côtés.
"Est-ce que ça a été? lui demanda le blond en se tournant vers lui, inquiet.
- Evidemment que ça a été, sourcil en vrille, répliqua calmement le bretteur. C'était un petit dej."
Sanji soupira. Incapable de rester enfermé trop longtemps, il avait tout préparé avant de laisser ses camarades se restaurer sans lui. Il s'agissait des dernières heures qu'il avait à supporter mais son corps n'en pouvait plus. Entre ses insomnies, son manque de concentration et son irritabilité, l'envie de fumer envahissait tout son être.
"Putain, je suis dans un état lamentable, s'agaça-t-il.
- C'est clair."
Le cuisinier grinça des dents. Qu'était-il censé faire pour occuper les minutes les plus longues de sa vie avant leur arrivée?
"Robin a sauvé une assiette de Luffy car Chopper dit qu'il faut que tu manges, ajouta alors son compagnon. Et il s'excuse encore de ne pas avoir de patch de nicotine.
- Je lui ai dit cent fois que je ne lui en voulais pas, soupira à nouveau le blond. Et je n'ai pas faim. Tout ce que j'veux, c'est f-
- Je sais, tu veux fumer, le coupa tranquillement. l'escrimeur Tu le répètes même dans ton sommeil quand t'arrives à dormir."
Sanji secoua la tête avec lassitude et remarqua que ses mains se remettaient à trembler. Contrarié, il les serra l'une contre l'autre dans l'espoir de les calmer, en vain.
"Putain de merde, j'en ai marre!" s'emporta-t-il soudain contre lui-même.
La main droite de Zoro attrapa paisiblement les siennes et les pressa en un geste rassurant.
"Du calme, cuistot. C'est bientôt fini."
Le blond dévisagea l'escrimeur avant de contempler leurs mains unies puis de revenir à Zoro. Le sabreur ne le regardait pas, profitant simplement de l'air frais du large, et Sanji prit une grande inspiration pour se détendre à son tour. Il se força à relâcher chacun de ses muscles et tenta de s'apaiser en fermant les yeux et en respirant l'air salé de la mer qu'il aimait tant, se baignant dans l'aura sereine de l'épéiste qui l'entourait.
Après quelques instants, il remarqua avec soulagement que ses mains avaient enfin cessé de trembler et il reporta son attention vers son compagnon. Cette fois-ci, Zoro lui rendit son regard et le blond eut un sourire en constatant que sa main chaude enveloppait encore les siennes. Certes, il ne se sentait toujours pas au meilleur de sa forme mais le geste du sabeur à son égard valait bien quelques heures de tourment.
Lorsque les côtes de l'archipel se dessinèrent deux heures plus tard à l'horizon, Nami rassembla tous les membres de l'équipage sur le pont pour les briefer.
"On refait nos réserves et on se rejoint ensuite pour déjeuner sur le Sunny, décida-t-elle. Ca me laissera le temps de connaître le temps de recharge du Log-Pose et de voir si les prix sont abordables. Le climat est printanier, on devrait pouvoir profiter des lieux. Je voudrais également savoir si notre article concernant l'île des quatre temps a bien été reçu par le comité scientifique", termina-t-elle en se tournant vers Chopper et Robin.
Tandis que tout le monde acquiesçait puis se répartissait les tâches, il fut accordé au blond de se préoccuper uniquement de ce qui le rongeait. Au comble de la gratitude, celui-ci tourbillonna de plus belle auprès des filles jusqu'à ce que Franky ne manoeuvre le Sunny vers un emplacement dans le port de l'île principale de l'archipel. A partir de cet instant-là, même Luffy ne fut pas assez rapide pour débarquer avant son cuisinier et ce dernier s'évanouit dans la ville en un éclair pendant que ses amis commentaient les abords agréables de l'île.
Lorsque Sanji ressortit du bureau de tabac dont il venait de dévaliser tout le stock, il déposa brutalement ses sacs au sol puis déballa son paquet avec émotion avant d'allumer son bien le plus précieux. Fermant les yeux, il inspira profondément sur son mégot et crut qu'il allait pleurer de joie. Plus jamais, jamais, jamais il ne serait à court de cigarettes, il se le promit. Plus jamais.
Il rouvrit les yeux après quelques secondes supplémentaires, encore euphorique, et son regard se stabilisa lentement sur la devanture devant lui face au bureau de tabac. Il fronça alors les sourcils et s'approcha tout en continuant à tirer vigoureusement sur sa cigarette pour mieux examiner ce qu'il avait repéré.
"J'le crois pas..."
Le cuisinier releva brièvement la tête pour savoir quel type de magasin offrait la possibilité d'acheter ce petit miracle et il grimaça en comprenant où il se trouvait. Pourtant, il se pencha rapidement à nouveau contre la vitrine tandis que ses yeux se teintaient progressivement de colère en observant le reste de la devanture.
"J'vais lui faire bouffer ses putain de sabres à cet enfoiré!"
Il termina sa cigarette, attrapa ses sacs et poussa fermement la porte du magasin. Il se dirigea ensuite immédiatement vers ce qu'il avait aperçu et se saisit du petit flacon, le retournant dans tous les sens pour le détailler pendant un long moment.
"Je peux vous aider? lui demanda un homme d'une trentaine d'années à l'air sympathique.
- Ouais. C'est quoi ça?" lui lança sans ménagement le blond, toujours aussi énervé.
L'homme jeta un coup d'oeil à l'objet.
"Du lubrifiant, répondit-il ensuite aimablement. Spécial p-
- Et à combien ça se vend? le coupa le cuisinier.
- Celui-ci coûte 50 berrys mais selon la quantité et les ingrédients, ça peut aller du simple au double.
- Nom de Dieu, je vais le réduire en miettes…"
Le vendeur lui adressa un petit sourire interrogateur bien que son client soit trop occupé à grommeler entre ses dents.
"Auriez-vous besoin d'autre chose?" tenta-t-il tout de même.
Sanji releva brutalement les yeux et s'apprêtait à décliner avant de se raviser. Maintenant qu'il détenait une information aussi importante, il était hors de question qu'il laisse passer sa chance d'en découvrir davantage, et tant pis s'il fallait pour cela poser des questions embarrassantes à un inconnu. Après tout, il s'agissait de son métier.
"Vous n'auriez pas un… livre? Ou un truc explicatif sur… Enfin, vous savez.
- Bien sûr, répondit le vendeur avec un sourire professionnel. Nous avons beaucoup de livres sur différents sujets alors ça dépend de ce que vous cherchez.
- La base, répliqua le blond en haussant les épaules.
- D'accord, suivez-moi."
Il le mena dans un rayon au fond du magasin et s'effaça pour le laisser passer.
"Vous avez ici toutes sortes d'ouvrages, lui montra-t-il. Sur la gauche, les livres conventionnels explicatifs, les livres jeux et les grands livres illustrés tels que le Kama Sutra. Vous avez également à droite la littérature érotique, que ce soit hétérosexuelle ou homosexuelle.
- C'est vraiment grand ici, remarqua alors le cuisinier en jetant un coup d'oeil au-delà du rayonnage, impressionné.
- Nous avons plusieurs fournisseurs, approuva l'homme. Tous les grands thèmes sont disponibles : lingerie, cosmétiques, jeux, livres, et bien sûr sex-toys. Tous les modèles, formes, coul-
- Je vais me contenter des livres", le coupa alors le blond.
Le vendeur hocha la tête, compréhensif, et s'éloigna pendant que Sanji fronçait les sourcils devant l'étalage. Jamais il n'aurait cru qu'il puisse y avoir tant de livres sur le sujet... Il savait bien que ce genre de boutiques existait mais il n'avait jamais pris la peine de passer le pas de la porte de l'une d'entre elles, bien trop persuadé que la gente féminine n'avait besoin que de douceur et de romantisme pour être comblée.
Ça, c'était donc avant. Avant qu'il ne se rende compte que son propre compagnon ne correspondait à aucun de ces critères et qu'il devenait vraisemblablement urgent de s'informer de son propre côté.
Après avoir passé en revue plusieurs rayonnages dont les titres l'intriguèrent ou le repoussèrent, Sanji attrapa un petit livre de poche censé expliquer les incontournables en matière de relation entre hommes, que ce soit sur le plan anatomique et scientifique, sentimental ou sexuel. Il tourna alors les pages pour se faire une idée de son contenu, parcourant rapidement les titres à la recherche des essentiels qu'il ignorerait.
Il s'arrêta subitement lorsqu'il lut l'en-tête du chapitre qu'il avait atteint : le traumatisme anorectal. Tandis qu'il parcourait la page en diagonal, le blond sentit ses yeux s'exorbiter et sa colère redoubler.
Il referma brusquement le livre et se dirigea à grands pas vers le comptoir où le vendeur saluait un autre client. En chemin, il s'arrêta néanmoins devant le stock ahurissant de lubrifiants rangés méthodiquement devant lui et il se pencha pour les examiner : spécial sex-toy, hydratant, à base d'eau, sous ferme de gel ou de gélule, à effet chaud ou au contraire froid, à la noix de coco ou à la vanille. Définitivement perdu, il se contenta donc de garder celui qu'il avait déjà en main et qui lui semblait suffisamment ordinaire.
Il déposa finalement ses achats devant le vendeur qui l'avait conseillé un peu plus tôt et celui-ci lui jeta un regard inquiet devant son attitude fermée.
"Vous n'avez pas trouvé ce que vous cherchiez? s'enquit-il.
- Oh si, j'ai tout ce qu'il me faut, le détrompa le cuisinier, toujours aussi furieux. Et j'en connais un qui va regretter que je sois passé par là…"
L'homme rangea soigneusement ses produits et lui tendit le sac après avoir reçu l'argent, compatissant intérieurement pour celui qui ferait sans aucun doute les frais de la colère du blond.
"Zoro, reste une minute. J'ai à te parler."
C'était la fin du déjeuner et le reste de l'équipage tourna un regard curieux vers le sabreur, se demandant bien ce qu'il avait pu faire. En effet, au ton du cuisinier, chacun avait compris que la conversation s'apprêtait à être sportive et ils s'éclipsèrent tous rapidement. Franky tapota même le dos de l'escrimeur en un geste d'encouragement avant de fermer la porte derrière lui, les laissant seuls.
"Rassieds-toi."
Le bretteur leva des yeux suspicieux vers le blond. Sa voix basse et sourde ne lui disait rien qui vaille. Il croisa donc fermement les bras sur sa poitrine et le jaugea du regard.
"Pourquoi?
- Parce que tu vas avoir de la lecture."
A ces mots, Sanji jeta un petit bouquin devant lui sur la table et l'épéiste haussa les sourcils.
"De la lecture?" s'étonna-t-il.
Il prit le livre pour en lire le titre avant de relever brutalement les yeux, stupéfait et amusé à la fois.
"Qu'est-ce que c'est que ça, espèce de cuistot pervers? ricana-t-il.
- Mais ça, c'est rien, commença le blond de manière ironique. C'est juste la description de tout ce qui aurait pu m'arriver et de tout ce que tu aurais dû me dire!
- Comment ça?"
Sanji lui balança alors la bouteille de lubrifiant qu'il avait acheté un peu plus tôt, rouge de colère.
"Comment t'as pu oublier de me parler de ça, abruti de face de pelouse?!"
Zoro dévisagea la bouteille entre ses mains et lut attentivement l'étiquette avant de hocher lentement la tête.
"C'est pas bête ce truc, approuva-t-il. Ca évite d'utiliser la salive, il y en a jamais assez et ça glisse pas très bien…"
Sanji crut qu'il allait faire une attaque devant la nonchalance du bretteur et il s'énerva de plus belle. Il se saisit du livre resté sur la table, l'ouvrit à la bonne page et le lui fourra sous le nez.
"Tu sais ce que j'ai risqué à chaque fois, triple crétin?!" hurla-t-il à nouveau.
Zoro ajusta sa vue et parcourut les lignes des yeux.
"Les lésions dues à certaines pratiques sexuelles telles que la pénétration anale - ou sodomie - peuvent aller de simples plaies cutanées, à des déchirures du canal anal jusqu'à des ruptures du sphincter interne. L'usage d'une lubrification adaptée est donc très fortement recommandée."
Le sabreur fronça les sourcils avant de virer le livre.
"C'est dégueulasse ton truc, grogna-t-il.
- Nom de Dieu, Zoro, pourquoi tu m'as pas dit que ça existait?! reprit le blond, désespéré. Je comptais sur toi dans ce domaine puisque tu m'as dit que c'était pas ta première fois! Est-ce que t'as la moindre petite idée de la douleur que c'est avec ta délicatesse inexistante?!"
L'escrimeur dévisagea son compagnon, embêté. Il avait cru être celui qui détenait le plus d'information à ce sujet mais visiblement, ce n'était pas le cas.
"J'savais pas, avoua-t-il enfin. J'veux dire, j'en ai jamais utilisé avant et ils ont jamais dit que c'était obligatoire pour le faire alors… Mais t'as raison, ça sera beaucoup mieux avec, c'est sûr..."
Sanji s'assit lourdement sur l'une des chaises, anéanti, et Zoro le fixa.
"T'aurais pu le savoir toi aussi, lui reprocha-t-il alors. C'est toi le type qui se vante à tout bout de champ de tout savoir sur l'amour!
- L'amour c'est pas le sexe, répliqua le cuisinier en allumant une précieuse cigarette. Et puis, je suis spécialiste de l'amour concernant les femmes. Pas les hommes et pas les têtes d'algue!"
Zoro leva les yeux au ciel avant de se figer et de lui jeter un coup d'oeil amusé.
"Où t'as trouvé tout ça, cuistot? J'croyais que t'étais allé chercher des cigarettes, lui fit-il remarquer avec un petit sourire.
- Je suis allé acheter des cigarettes, abruti. Et je suis passé devant cette boutique. Le vendeur a dû me prendre pour un putain de débutant vu ce que je lui ai demandé…
- Il y a des boutiques pour ça?" s'étonna le sabreur.
Le blond soupira un peu plus et souffla sa fumée.
"Evidemment qu'il y a des boutiques spécialisées en matière de sexe, tronche de gazon. T'es aussi naïf que Luffy ou quoi?
- Qu'est-ce qu'ils vendent?" s'enquit à nouveau son compagnon, intrigué.
Sanji haussa les épaules.
"Des bouquins, des gadgets, toutes sortes de lubrifiants…
- Intéressant."
Le cuisinier lui reprit alors la bouteille avant de la contempler à son tour.
"Et comment que c'est intéressant, grinça-t-il en la remettant dans sa poche. On y trouve ces trucs à moins de 100 berrys alors tâche de t'en souvenir.
- Qu'est-ce qu'ils ont comme gadget?"
Sanji le dévisagea un instant avant de secouer fermement la tête et de lui remettre le livre devant les yeux.
"C'est hors de question tant que tu ne sauras pas parfaitement tout ce qu'ils disent là-dedans", décréta-t-il.
Zoro se renfrogna et feuilleta à nouveau les pages. Il s'étonna alors en lisant un passage et la montra au cuisinier qui avait commencé à débarrasser.
"Tu pourrais tester ça."
Sanji jeta un coup d'oeil à l'encart en question avant de lever les yeux au ciel.
"C'est stupide, commenta-t-il en empilant d'autres assiettes.
- Ils disent que c'est inoubliable, contra le sabreur avec un sourire carnassier.
- Bof, ça n'a pas l'air exceptionnel, fit le blond en haussant les épaules.
- Il y a même plusieurs goûts! insista le bretteur. Cerise, fraise et pomme.
- Je n'aime pas jouer avec la nourriture, grimaça Sanji.
- C'est pas d'la bouffe, c'est des bonbons pour sexe oral, lui montra-t-il à nouveau. "Des bonbons qui crépitent dans la bouche pour une gâterie pimentée."
A ces mots, Zoro éclata de rire et Sanji soupira.
"Je sais pas si c'était une bonne idée ce livre finalement…"
Le soir venu, l'équipage se retrouva dans une taverne bien remplie pour profiter d'un dîner enthousiaste. Nami avait décidé qu'une virée nocturne était envisageable au vu de l'état de leurs finances et tout le monde s'en était réjoui. L'ambiance était donc détendue et les plats ainsi que les boissons disparaissaient très vite au milieu des conversations enjouées. La navigatrice se leva pourtant de table au bout d'un moment après avoir emprunté son petit escargophone portable à Franky.
"Qu'est-ce que tu fais, Nami? lui demanda Brook en la voyant se diriger vers la porte.
- Je vais rappeler le comité de publication, fit la jeune femme. Je n'ai pas encore réussi à les joindre et je veux être sûre qu'on sera publié dans l'édition du mois prochain.
- Oh, oui! s'enthousiasma Chopper. L'édition du mois prochain est consacrée aux plus grands spécialistes scientifiques de Grand Line, ce serait vraiment génial d'avoir notre article à côté des leurs!"
A ses côtés, Robin hocha la tête avec un sourire et resservit le petit renne en lait sucré tandis que celui-ci se dandinait sur son siège. Nami sortit dans l'arrière-cour pour être au calme et les discussions se poursuivirent joyeusement.
Au bout d'un moment cependant, le blond fila vers les toilettes, les nombreux verres de thé qu'il avait bu commençant à lui peser. Pourtant, lorsqu'il revint vers la tablée bruyante autour de laquelle ses amis conversaient, il avait encore envie d'en commander un car la boisson se mariait parfaitement avec le saumon mariné qu'il dégustait.
Il allait se rasseoir entre Ussop et Luffy lorsqu'il fronça soudain les sourcils, intrigué.
"Nami-chérie n'est pas encore revenue?" s'enquit-il.
Le canonnier jeta un coup d'oeil autour de la table avant de hausser les épaules.
"Pas encore, répondit-il. Sans doute qu'elle est en attente avec le comité ou qu'elle essaye de négocier quelque chose avec eux… Ouais, ça m'étonnerait pas", conclut-il en terminant son assiette.
Sanji ne répliqua pas mais braqua son regard vers la porte une seconde. Il ne serait pas tranquille tant qu'il aurait le moindre doute au sujet de la sécurité de la jeune femme alors il attrapa sa veste et se dirigea vers la sortie à son tour.
"Je vais voir où elle en est."
Ussop hocha vaguement la tête en réponse et le cuisinier s'éloigna.
Le blond s'alluma une cigarette aussitôt le pas de la porte franchi et observa son environnement à la recherche de sa déesse rousse. Il entendit alors un cri strident dans la ruelle adjacente et son sang ne fit qu'un tour. Il laissa tomber son mégot à terre et se précipita vers la voix de la navigatrice, déjà prêt à en découdre.
Lorsqu'il débarqua dans la rue sombre et mal éclairée, il vit un homme aux vêtements noirs portant un emblème doré et au visage caché par un large chapeau se pencher vers Nami qui était tombée à terre. La jeune femme avait visiblement essayé de se défendre et son bâton climatique gisait par terre à quelques mètres tandis qu'elle était tombée au sol, se tenant douloureusement la cheville. Comme l'homme allait la saisir, elle tenta de le repousser de toutes ses forces, apeurée.
"Bas les pattes, espèce de dégueulasse!" intervint Sanji en lui balançant un énorme coup de pied dans le ventre.
L'homme suffoqua et s'effondra rapidement au sol. Furieux, le cuisinier allait lui écraser la tête pour avoir osé s'attaquer à sa belle lorsque celle-ci tenta de le prévenir.
"Sanji, attention!"
Le jeune homme se retourna vers elle mais ne put éviter la balle de l'autre homme tapi dans l'ombre qui l'avait visé avec son revolver. Le projectile l'atteignit à la cuisse droite et Nami poussa un cri épouvanté. Le blond écarquilla les yeux et porta instinctivement la main sur sa jambe. Lorsqu'il l'en retira, ses doigts étaient maculés de sang et il les dévisagea, comme dans un état second.
A côté de lui, Nami plaqua une main sur sa bouche, horrifiée.
"Mon Dieu, Sanji! Tu es blessé!
- Ne t'inquiète pas, Nami-chérie, je n'ai rien senti", voulut la rassurer le cuisinier en se préparant à frapper son nouvel adversaire.
Il serra les dents pour ne pas montrer la douleur qui l'assaillait par vague et se promit de faire payer au centuple cet enfoiré. Il tenta ensuite de prendre appui sur sa jambe gauche pour se préparer à attaquer mais même de cette manière, la tension dans sa cuisse droite était insupportable et il ne put s'empêcher de grimacer.
"J'reconnais les gars doués au corps à corps, ricana l'homme en s'avançant un peu dans la lumière vacillante de la rue. Je sais bien que t'aurais été le meilleur à ce jeu-là alors on va jouer au mien."
Il tira à nouveau dans la direction du cuisinier mais cette fois, ce dernier l'évita et réussit à lui envoyer un coup de pied qui le fit reculer. Agacé, l'homme changea soudain d'arme et le blond se prépara à éviter le coup suivant lorsque son ennemi changea de cible.
Avec horreur, Sanji voulut se précipiter pour protéger la navigatrice mais sa cuisse l'empêchait d'être aussi vif que d'habitude et une fléchette atteignit la jeune femme dans le bras gauche. Nami eut un petit cri et arracha l'objet d'un geste sec mais le mal était fait. Le cuisinier s'élança vers elle et eut tout juste le temps de se jeter à terre pour rattrapper le corps de la navigatrice désormais évanouie tandis que la douleur issue de sa blessure explosait de toute part.
"Enfoiré, qu'est-ce que tu lui as fait? ragea-t-il à l'adresse de l'homme tout en reprenant son souffle.
- Elle va juste faire une petite sieste, j'ai besoin qu'elle se tienne tranquille, s'amusa ce dernier.
- J'te laisserai pas faire, tu peux toujours rêver!" cracha-t-il en retour.
Sanji se remit péniblement sur ses jambes et se prépara à exterminer son adversaire. Il crut alors que sa vision se troublait lorsque six autres hommes tout de noir vêtus eux aussi apparurent dans la ruelle et vinrent se positionner aux côtés de son attaquant, un sourire mauvais aux lèvres. Le blond prit une inspiration et tenta de contrôler les tremblements qui commençaient à agiter sa jambe droite: il perdait beaucoup trop de sang. Il enleva rapidement sa veste et en déchira une partie pour se faire un garrot. La pression lui fit du bien et il se redressa, les yeux lançant des éclairs.
Il bondit sans attendre sur ses ennemis qui eurent du mal à l'éviter mais malgré tout, au vu de leur nombre et de l'état du blond, Sanji se rendit vite compte qu'il perdait du terrain. Alors, lorsqu'une barre de fer frappa sa jambe blessée, il sut qu'il n'allait pas s'en sortir seul. Sa vision se troubla une seconde et il vacilla. Ce fut suffisant pour ne pas voir venir un nouveau coup qui l'obligea à mettre un genou à terre, submergé par la douleur.
Comme une réponse à sa prière, il entendit alors Luffy se jeter dans la bataille à coups de Gum-Gum explosifs et ses ennemis furent instantanément attirés vers ce nouveau trouble-fête. Sanji souffla doucement pour se relever. Sa jambe droite toute entière le lançait atrocement mais il s'inquiétait surtout pour Nami qui ne bougeait toujours pas et il fit quelques pas tremblants jusqu'à s'agenouiller auprès d'elle. Il entendit ensuite les déclics si particuliers des sabres de Zoro et il comprit que son compagnon était entré à son tour dans la bataille. Les hommes se battaient plutôt bien mais ils ne faisaient pas le poids contre les deux hommes les plus forts de l'équipage au chapeau de paille et le blond sut que tout serait bientôt fini.
Brusquement cependant, un homme à la stature imposante se détacha du groupe, une étrange arme à la main qu'il pointa sur Zoro. Comme au ralenti, Sanji vit la balle atteindre sa cible au niveau de l'abdomen, pliant en deux le sabreur dans un cri muet. Horrifié, il le regarda ensuite s'écrouler à terre tandis que l'homme rechargeait son arme et visait à présent Luffy qui accourait, ses multiples poings prêts à l'écraser.
Ni le capitaine ni son cuisinier ne s'imaginèrent un seul instant que la recharge contenait autre chose que des balles ordinaires mais lorsqu'elles atteignirent le chapeau de paille au niveau de la poitrine, le projectile en granit marin stoppa son avancée en lui coupant le souffle. Une dizaine de balles supplémentaires le frappèrent encore et Luffy termina sa course sur le sol, incapable de se relever.
Le gros homme s'approcha alors de Sanji qui serra les poings, prêt à se battre à nouveau. Pourtant, à sa grande surprise, l'homme se baissa vers la navigatrice et la souleva aisément, la balançant sur son épaule.
"La touche pas, gros taré!"
L'homme le toisa une seconde avant de sourire à nouveau et de lui balancer un coup de poing dans le ventre qui le jeta à terre. Il appuya ensuite du pied sur sa blessure à la jambe, le faisant hurler sous le poids de la souffrance. Autour de lui, les autres hommes se redressaient, les blessés aidant les autres.
"Qu'est-ce qu'on fait, patron?"
Sanji tourna la tête vers son propre capitaine et le vit gémir de rage tandis qu'il se traînait sur le sol pour les rejoindre. Un peu plus loin, Zoro ne bougeait pas d'un millimètre et son coeur se serra. Il tenta alors de reprendre le contrôle de son corps pour faire face à son adversaire mais avant qu'il n'ait pu faire un geste, ce dernier se pencha vers lui.
"On va prendre aussi celui-là, ce sera un bonus."
A ces mots, Sanji sentit une douleur lui vriller l'arrière du crâne et il sombra.
J'espère que le suspense est à son comble car nos héros vont devoir se battre pour se sortir de cette galère!
MiaoiFuki, je sais que tu as particulièrement attendu cette fin de chapitre qui inaugure une nouvelle facette de la relation entre Zoro et Sanji alors j'espère qu'il te plait et surtout, que tu aimeras le suivant.
A la semaine prochaine!
