Merci à Wado21, MiaoiFuki, Pauline et Rineca, deryous50, Rosy-lisa, Guest, Arya Cahill et Mikashita98 pour vos reviews.

Bonne lecture.

Réponses aux reviews anonymes:

Rosy-lisa: je ne suis pas fumeuse mais les symptômes sont tellement connus que j'ai pu imaginer son calvaire ^^ Ravie que ça t'ai plu!

Guest: question stress et interrogation sur la suite des évènements, tu vas encore être servi(e) dans celui-là!


Chapitre 46

La peur au ventre

"C'est hors de question, ne me touchez pas!"

Sanji ouvrit les yeux et tourna la tête vers la source du bruit sur sa droite. Il était certain qu'il s'agissait de la voix de Nami mais il ne la voyait pas.

"Laissez-moi!"

Un bruit de lutte se fit entendre ainsi qu'un cri d'homme étouffé tandis que le blond bondissait sur ses pieds. Il constata alors qu'il se trouvait dans une cellule bétonnée dont les barreaux donnaient sur un couloir et il s'y précipita.

"Lâchez-la, bande de dégénérés! hurla-t-il en les secouant.

- Sanji? demanda la voix pleine d'espoir de la navigatrice sur sa droite.

- Tout va bien, Nami-chérie? s'enquit immédiatement le cuisinier bien qu'il ne la voit pas.

- Non, ça ne va pas! vociféra la jeune femme. Ces crétins veulent absolument que je- Hé! Non, arrêtez! Sanji!

- Nami?!"

Le cuisinier secoua les barreaux de sa prison de toutes ses forces mais le métal ne bougea pas entre ses doigts.

"Laissez-la tranquille!" hurla-t-il de plus belle.

Il tenta ensuite de mettre un coup de pied dans la serrure mais le lourd grillage ne fit que grincer.

"Sanji, au secours! Arrêtez!

- J'arrive, Nami-chérie!"

Le blond observa le mur sur sa droite qui le séparait de la navigatrice. Il prit une grande inspiration et fonça vers lui.

"Diable Jambe!"

Le pied enflammé du cuisinier s'abattit avec force sur le mur en pierres qui se fissura avant de voler en éclats. Sanji atterrit alors dans la cellule de Nami qui profita de l'effet de surprise pour se dégager de l'emprise de deux hommes. Elle les repoussa violemment et courut se réfugier derrière son ami.

"Mais comment t'as fait pour démolir le mur, toi?! lança l'un des hommes, interloqué par la présence du blond.

Tout va bien, Nami-chérie? lui demanda Sanji en ignorant royalement la question qui lui était posée.

- O-oui, ça va, fit la jeune femme en reprenant son souffle.

- Bien."

Sanji dévisagea posément ses deux adversaires et fouilla dans sa poche de pantalon pour s'allumer une cigarette avant de reporter son regard sur eux, les flammes dansant à présent dans ses yeux.

"Je vais vous réduire en bouillie pour avoir tenté de blesser cette femme", les prévint-il d'une voix basse en soufflant sa fumée.

Les deux hommes se jetèrent un coup d'oeil avant de contempler le mur brisé puis le visage furieux de leur opposant. Alors, sans réfléchir davantage, ils se précipitèrent vers la porte et la refermèrent brutalement derrière eux.

"Revenez ici, bande de lâches! s'indigna le cuisinier en se précipitant vers eux jusqu'aux barreaux.

- On reviendra avec des renforts pour le transfert de ce soir et cette fois-ci, tu feras moins le malin! lui lança l'un des hommes d'un air supérieur.

- Ouais, on doit bien traiter la marchandise mais rien n'interdit de l'assommer! ajouta l'autre avec amusement. Quand tu seras dans les vapes, on en fera ce qu'on voudra de ta copine!"

Ils s'éloignèrent ensuite en ricanant et le blond se tourna vers la navigatrice, les sourcils froncés.

"Est-ce qu'ils t'ont fait du mal, Nami-chérie? Qu'est-ce qu'ils voulaient?

- Non, ils ne m'ont rien fait. Ils voulaient que je mette ça", soupira-t-elle en lui montrant une robe écrue par terre.

Sanji s'empara du vêtement et l'examina, perplexe.

"Est-ce que tu sais pourquoi?

- Oui, grommela-t-elle. Je crois que c'est la tenue officielle pour les esclaves à vendre.

- Les esclaves à vendre?! s'étrangla le cuisinier.

- Regarde, fit la jeune femme en désignant un emblème doré cousu dessus. Je suis presque certaine qu'il s'agit là du signe de reconnaissance de la Maison aux Esclaves de la région. Ces hommes en noir qui nous ont enlevés devaient être des rabatteurs et maintenant, leurs copains nous ont parqués ici. Ils vont certainement essayer de nous vendre...

- Je ne les laisserai pas t'approcher, Nami-chérie, tu as ma parole!" lui assura fermement le blond, le regard brillant de colère.

La jeune femme le dévisagea alors étrangement, soudain sidérée.

"Sanji, ta cuisse!"

Le cuisinier porta instinctivement la main à sa blessure avant d'écarquiller les yeux en sentant un bandage en-dessous de son pantalon. Le bout de sa veste lui ayant servi à se faire un garrot avait disparu et il ne lui restait que sa chemise légèrement abîmée.

"Ils m'ont soigné! s'exclama-t-il. Mais pourquoi faire une chose pareille, ça n'a pas de sens!

- C'est parce que tu es sûrement à vendre toi aussi, en déduisit la navigatrice en soupirant.

- Ah. Eh bien… J'imagine que c'est un mal pour un bien", marmonna-t-il alors.

La jeune femme rousse fit ensuite quelques pas dans sa cellule, soucieuse, tandis que Sanji s'examinait et constatait que si sa jambe avait été bien soignée, ce n'était pas vraiment le cas de son ventre puisqu'il gardait un large hématome violacé et douloureux suite au coup qu'il avait reçu.

"Bien, réfléchissons, fit Nami après quelques instants. Ces types ont parlé d'un transfert ce soir alors nous avons jusque-là pour nous enfuir…"

Elle jeta un coup d'oeil par la petite ouverture qui donnait sur l'extérieur en haut de sa cellule et qui leur diffusait un minimum de lumière.

"Il fait à peine jour et avec un peu de chance, Luffy et les autres vont nous retrouver bientôt. Zoro et lui ont été un peu blessé mais..."

Elle baissa soudainement les yeux et Sanji se mordit les lèvres, comprenant son trouble. La dernière image dont il se souvenait concernant leur capitaine n'était pas glorieuse mais il connaissait sa détermination sans faille et nul doute qu'il s'était relevé à l'heure qu'il était. Le cuisinier appliquait exactement le même raisonnement lorsqu'il pensait au sabreur, à la différence que ce dernier ne bougeait plus du tout lorsqu'il s'était écroulé.

Chassant l'anxiété qui l'étreignait malgré lui à cette idée, il se tourna vers la jeune femme qui se mordait nerveusement les lèvres à son tour.

"Ces deux crétins ne sont pas des mauviettes mais on va quand même devoir prendre les choses en main, décida-t-il. Hormis Robin d'amour, ils sont tous infoutus de réfléchir alors on va pas rester à les attendre."

Nami releva alors la tête et approuva fermement, visiblement réconfortée par ses paroles.

"Tu as raison, on va devoir se bouger!"


Robin accentua le trait de son dessin et le présenta au bretteur.

"Comme ça? lui demanda-t-elle.

- Ouais, ils étaient tous en noir. Et celui que le cuistot a assommé avait même un chapeau bizarre."

L'archéologue hocha la tête et reprit son crayon. Ils s'étaient installés sur le pont sitôt que Zoro avait pu se relever aux premiers rayons du soleil pour qu'il lui décrive leurs assaillants.

La jeune femme avait découvert le sabreur et son capitaine dans la ruelle peu de temps après le départ des hommes qui avaient enlevé Sanji et Nami. Ussop avait ramassé le bâton climatique de la navigatrice tandis que Chopper avait examiné les blessés immédiatement. Ayant jugé qu'ils pouvaient être transportés, Franky avait déposé Luffy dans l'infirmerie du Sunny pour que Chopper puisse extraire les balles en granit marin de sa peau élastique. La tâche avait duré un bon moment et à présent encore, le petit renne l'examinait pour vérifier que des fragments n'avaient pas pénétré dans son corps et ses organes. Quant à Zoro, victime d'une balle paralysante, il avait progressivement retrouvé l'usage de son corps au cours de la nuit une fois que leur médecin l'avait ôtée de son thorax.

"Un autre signe particulier?" s'enquit Robin après quelques instants de silence.

L'épéiste ne répondit pas et elle tourna la tête vers lui. Zoro avait le regard fixé sur la ville en contre haut dans une attitude à la fois pensive et absente.

"Aurais-tu remarqué quelque chose d'autre sur la tenue de ces hommes? répéta-t-elle tranquillement pour le sortir de ses pensées.

- Hm…"

L'escrimeur prit le temps de réfléchir.

"Quand je suis arrivé, le cuistot faisait face à l'un de ces hommes et il dégoulinait de sang. J'voyais pas bien le type…"

Le sabreur fronça alors les sourcils pour se concentrer sur ses souvenirs.

"Je crois… J'crois qu'il avait un truc brillant sur sa veste. J'l'ai remarqué quand il s'est penché vers Nami, ça a fait comme un jeu de lumière à cause du réverbère dans la rue."

Robin approuva avant d'ajouter le détail sur son portrait-robot. Elle se saisit ensuite des livres qu'elle avait apportés et s'apprêtait à les feuilleter quand elle surprit à nouveau le regard songeur du sabreur sur la ville.

"Je suis sûre qu'on peut les retrouver, affirma-t-elle. Ces hommes étaient tous habillés de manière semblable, ils sont sûrement connus sur l'archipel."

Zoro hocha lentement la tête, les yeux toujours rivés sur les bâtiments gris qui émergeaient de la brume matinale.

"Et je suis certaine que notre chef cuisinier va bien malgré ses blessures, ajouta-t-elle paisiblement. Sa plus grande préoccupation sera de protéger notre navigatrice et pour cela, il est capable de surmonter tous les obstacles."

A ces mots, l'escrimeur esquissa un sourire à ses côtés.

"Ouais. Ca c'est sûr…"

Souriante à son tour, Robin plongea dans ses livres et pendant quelques minutes, on n'entendit plus que le bruit des pages et du vent dans les voiles du Sunny pourtant refermées. Finalement, elle pointa son crayon sur une image pour la montrer à son compagnon d'équipage silencieux.

"Leurs tenues traditionnelles suggèrent qu'il s'agit d'une bande locale bien que le signe présent sur leurs vestes indique plus vraisemblablement des vendeurs d'esclaves, expliqua-t-elle en se référant à l'emblème que le sabreur avait aperçu.

- Des vendeurs d'esclaves?"

Robin et Zoro se retournèrent vers la voix du capitaine de l'équipage qui sortait de l'infirmerie et se dirigeait vers eux. Arrivé à leur hauteur, celui-ci désigna son second du menton.

"Comment tu te sens, Zoro?

- Ca fait un mal de chien mais c'est rien comparé à ce qu'ils ressentiront quand je leur mettrai la main dessus, répliqua ce dernier d'un air sombre.

- Est-ce que tu sais où ils pourraient être, Robin? lui demanda ensuite Luffy en se tournant vers elle.

- Non, mais je sais comment le savoir, répondit la jeune femme.

- Comment? voulut savoir son capitaine avec intérêt.

- En retournant aux abords de la taverne. Il est fort probable que ces individus repèrent leurs proies aux endroits de passage et d'affluence et ils vont certainement y revenir.

- C'est une super idée! approuva Luffy que l'anticipation d'une revanche ravissait.

- Je vais en faire de la charpie", ajouta Zoro d'un air carnassier.

Les deux amis échangèrent un regard entendu tandis que Brook, Ussop, Chopper et Franky les rejoignaient. Ils leur racontèrent immédiatement leur découverte et leur plan qui déclenchèrent l'enthousiasme général avant que Robin ne les interrompe calmement.

"Je vous suggère de rester sur le bateau tant que je n'aurais pas repéré leurs quartiers, fit-elle en s'adressant à Luffy et à Zoro.

- Pourquoi? Pas question! protesta le sabreur.

- Ouais, on va leur faire leur fête! s'écria Luffy à son tour.

- Ils connaissent vos visages, leur rappela l'archéologue. Vous risquez seulement de les faire paniquer s'ils s'aperçoivent que vous les poursuivez. Nami et Sanji sont probablement toujours en vie mais plus le temps passe, plus les risques qu'ils soient envoyés vers des propriétaires peu scrupuleux grandit. Et qui sait ce que ces hommes pourraient faire s'ils s'aperçoivent qu'ils appartiennent à un équipage pirate connu. Ils pourraient les remettre à la Marine pour récupérer leurs primes ou pire, les tuer pour s'en débarrasser."

La description froide de la réalité coupa le sifflet de ses deux amis ainsi qu'au reste de l'équipage et Luffy fronça les sourcils.

"T'as raison, approuva-t-il au bout d'une minute. On te fait confiance, tu trouveras où ils les ont emmenés!

- Tu es sûr, Luffy? insista son second. Si on est déjà sur place, on peut gagner du temps.

- Non, Robin nous préviendra dès qu'elle les aura trouvés."

La jeune femme face à lui acquiesça et Brook voulut intervenir.

"Je peux venir avec toi, proposa-t-il à l'archéologue. Ils ne m'ont jamais vu, je n'ai donc rien à craindre!

- Très bien, accepta Robin. Pendant ce temps-là, j'aurais besoin que quelqu'un recherche les plans de la ville pour connaître l'agencement de leur lieu sitôt que nous les aurons repérés.

- Je m'en occupe! offrit Ussop. Je peux facilement m'introduire à la mairie ou à la bibliothèque pour trouver ces cadastres, tu peux compter sur moi!

- Et moi, je vais refaire les réserves de bouffe et de cola en attendant, décida Franky. Si on doit décamper après les avoir récupérés, autant qu'on soit paré.

- Je t'accompagne! lança aussitôt le petit renne à ses côtés. Je vais m'assurer que tous nos stocks médicaux sont pleins quand ils rentreront!

- Super, rendez-vous sur place dès que Robin nous donnera le signal!" conclut le capitaine avec enthousiasme.

A ces mots, le canonnier fourra son lance-pierres dans son sac, Franky et Chopper partirent vérifier l'état des réserves et Brook rejoignit Robin qui l'attendait déjà près de l'échelle pour descendre.

"Bonne chance!" leur cria Luffy.

Ses deux compagnons d'équipage lui firent un signe de la main depuis le ponton du port avant de se diriger vers la ville et de disparaître rapidement de sa vue.


"Ca va beaucoup mieux, je vous remercie!" fit Nami avec un grand sourire.

Les gardes hochèrent la tête et la jeune femme attendit qu'ils aient disparu pour se tourner vers le blond qui avait réintégré sa cellule malgré le mur détruit.

"OK, cette fois je pense que c'est bon, chuchota-t-elle à son intention. On est au troisième étage au milieu d'un bâtiment plutôt grand. Nous sommes au fond de l'aile droite et il y a peu de prisonniers. Les premier et deuxième étages sont beaucoup plus fournis."

Elle fit une pause pour s'assurer que le cuisinier l'écoutait. La navigatrice avait prétexté toute la journée les excuses les plus diverses pour pouvoir repérer les lieux. Elle avait ainsi demandé à aller deux fois aux toilettes, avait simulé une crise d'asthme pour respirer dehors et enfin, avait demandé à essayer une nouvelle robe pour être prête pour le transfert du soir et ils avaient fini par la mener à la lingerie devant ses rejets incessants quant à la forme ou à la couleur des vêtements.

"Le rez-de-chaussée est l'endroit le plus dangereux, reprit-elle. J'ai aperçu une cinquantaine de gardes et une dizaine de ces types en noir rien qu'en traversant le grand hall principal. En plus, il me semble qu'ils en attendent d'autres pour effectuer leur transfert."

A ces mots, Nami soupira.

"Il faudra être prudents, ces hommes sont dangereux, Sanji. Les gardes n'ont pas l'air d'être tous bien entraînés mais ils sont armés et les rabatteurs peuvent se révéler redoutables, on en a eu la preuve… La bonne nouvelle, c'est qu'un grand parc borde l'avant et l'arrière du bâtiment et on pourra sans doute utiliser les arbres pour se dissimuler.

- Bien joué, Nami-chérie, répondit le cuisinier à voix basse. Avec ces informations, on va pouvoir dégager en prenant le moins de risques possibles.

- Oui, il ne faut pas tarder, confirma la jeune femme en jetant un coup d'oeil à sa petite fenêtre. Dans une heure, la nuit sera tombée mais on ne peut pas se permettre de trop attendre. Si le transfert se déclenche, on aura plus de mal à leur échapper."

Sanji hocha la tête et tira sur sa cigarette.

"On va attendre quelques minutes que les gardes finissent leur ronde des étages et ensuite, on se tire d'ici", fit-il.

Il observa ensuite le couloir désert et lugubre par-delà les grilles de sa prison. Le plus dur serait de sortir de leurs cellules en faisant le moins de bruit possible. Ce qui était impossible puisqu'il allait devoir fracasser à nouveau les murs…

Tant pis. Ils avaient également prévu de libérer le maximum de prisonniers à l'étage avec eux car en plus de leur offrir une chance de s'enfuir, cela ajouterait à la confusion et augmenterait leur possibilité de fuite.

"On va sortir d'ici, Nami-chérie. Je te le garantis."


"Regarde, je suis sûre qu'il s'agit d'un des hommes que m'a décrits Zoro."

Discrètement abritée derrière la large carte des menus de la taverne avec le musicien de l'équipage, Robin lui désigna un homme habillé en noir qui semblait scanner la salle du regard et elle baissa les yeux pour ne pas se faire remarquer. Lorsqu'elle les releva après qu'il se soit avancé de quelques pas, un éclat brillant sur sa veste lui confirma ses impressions.

De son côté, Brook fit mine de touiller son thé dans sa tasse désormais vide puisqu'ils étaient là depuis plusieurs heures et le détailla rapidement.

"Je crois qu'il a repéré les deux jeunes filles à la table de gauche, lui souffla-t-il ensuite.

- Oui, c'est que je pense aussi."

L'homme s'assit non loin des jeunes filles en question et commanda un bière, faisant mine d'attendre quelqu'un. Cependant, dès que les deux amies se dirigèrent vers la sortie, il paya immédiatement avant de leur emboîter le pas.

"Allons-y, décida l'archéologue en se relevant à son tour. Dès qu'il les aura attrapées, il nous mènera tout droit à ses complices.

- Il existe de tels prédateurs dans ce monde", frissonna Brook en déposant quelques berrys pour leurs consommations.

Il se hâta ensuite de rejoindre la jeune femme qui franchissait le pas de la porte.


A bout de souffle, le sabreur s'octroya une minute de récupération sur le pont du bateau pendant laquelle il s'assit sur l'herbe fraîche du pont. Il s'était rarement imposé un tel rythme, soulevant des poids, enchaînant les exercices et les mouvements avec ses trois sabres pour s'occuper. Le haut de son corps était toujours un peu douloureux et engourdi mais il se releva dès que sa respiration se stabilisa un peu, prêt à poursuivre ses efforts.

"Tu devrais te reposer, lui lança alors Luffy en engloutissant une nouvelle pomme.

- T'inquiète pas pour ça."

Le capitaine haussa les épaules et croqua dans un autre fruit avant de s'asseoir non loin de lui.

"Comme tu veux mais Chopper a dit que le poison paralysant était toujours présent dans ton sang donc si tu te ménages pas, il y a des risques que les effets se manifestent encore."

Le sabreur grimaça avant de stopper ses gestes, ne voulant pas prendre de risque pour la bataille à venir. Franky et Chopper étaient rentrés depuis un bon moment déjà et ils s'étaient attelés à préparer le Sunny pour un départ certainement imminent. Luffy était allé leur tenir compagnie quelques instants et de son côté, l'escrimeur n'avait rien trouvé de mieux à faire que de s'échauffer. Échauffement qui s'était transformé en véritable entraînement olympique sans même qu'il s'en aperçoive.

Zoro se laissa finalement tomber aux côtés de son capitaine parmi l'herbe verte et respira lentement pour reprendre un souffle totalement régulier. Lorsqu'il y parvint, il prit le temps d'observer le ciel qui se parait des atours de la nuit.

Le sabreur soupira et ferma les yeux, tentant de calmer le tourbillon de pensées qui ne le quittait pas depuis le début d'après-midi. Il ne laissait jamais ses actions être guidées par ses émotions et il avait depuis longtemps compris que la vengeance était le pire fléau d'un combattant digne de ce nom. Il avait appris depuis sa prime jeunesse qu'elle entravait le jugement et faussait les décisions de ceux qui y succombaient. Il s'en était donc toujours sagement écarté mais aujourd'hui, il avait du mal à départager ses émotions de son besoin de concentration pour le combat qu'il s'apprêtait à livrer.

L'affront qu'il avait subi en se faisant lâchement attaqué le contrariait et le fait de ne pas avoir pu parer cette attaque le décevait. Il avait déjà ressenti cette colère contre les autres et contre lui-même et en général, il parvenait à la mettre de côté pour se focaliser sur son adversaire. Il avait plus de difficultés à le faire lorsque la vie de ses amis était en jeu mais il y parvenait en se concentrant sur la perspective du combat qui l'attendait à chaque fois. Car Zoro aimait se battre. Il aimait ne faire qu'un avec ses lames et se confronter à un opposant suffisamment fort qui l'obligeait à se surpasser. Il aimait ressentir l'âpreté et la dangerosité des coups de son adversaire car la moindre erreur d'inattention de sa part signifiait également sa perte. Zoro ne se sentait jamais aussi vivant que lorsqu'il livrait un combat titanesque.

Mais depuis hier soir, sa colère et sa déception se mêlaient à une autre émotion qu'il avait presque oublié : la peur. La peur de s'affaiblir parce qu'il craignait de perdre le lien qu'il avait créé avec Sanji si celui-ci ne s'en sortait pas.

La peur était aussi traîtresse que la vengeance et il avait appris à la maîtriser plus jeune lorsque ses combats le jetaient entre les bras de personnes bien plus expérimentées que lui. Et il avait toujours réussi à la contrôler en se concentrant sur ses lames, en les ressentant pour qu'elles deviennent le prolongement de son corps et qu'elles frappent son ennemi comme tel. Il n'avait jamais eu beaucoup d'amis mais il avait toujours fait en sorte de leur venir en aide en cas de besoin et ce lien d'amitié ne l'avait jamais paralysé. Il l'avait simplement motivé davantage encore.

C'est pourquoi sa peur d'aujourd'hui était irrationnelle. Parce qu'elle lui susurrait que le cuisinier n'allait peut-être pas s'en sortir vivant et que Nami se retrouverait alors vendue comme simple esclave. Pourtant, il savait que Sanji était plus que capable de se défendre, il en était le témoin chaque jour.

Zoro ne comprenait pas ce sentiment qui semblait avoir éclos en lui à la seconde où il avait compris qu'il ne pouvait rien faire lorsque Sanji et Nami avaient été enlevés. Le sabreur détestait cette émotion. Elle était ridicule étant donné le contexte et donc, elle était humiliante.

Finalement, il rouvrit les yeux et observa le regard confiant de son capitaine posé sur lui.

"T'en fais pas. Robin et Brook vont les trouver et ensuite, on ira leur exploser leurs sales faces. Ils vont regretter de s'être attaqués à l'équipage du chapeau de paille!"

Zoro hocha doucement la tête. Luffy avait les yeux brillants de détermination mais son regard était sombre et nimbé de colère. Le capitaine détestait qu'on s'en prenne à ses amis. Cela le mettait dans une rage folle qui ne s'apaisait qu'après sa victoire sur son adversaire. Son état d'esprit l'apaisa un peu. Lui aussi pouvait se retrouver dans cette envie de remettre les choses à leur juste place en utilisant ses poings. Ou plutôt ses lames.

A cet instant, l'escargophone du Sunny retentit et Luffy l'attrapa vivement.

"Allô, ici le futur Roi des Pirates, qui est à l'appareil? s'enquit-il joyeusement.

- Ici, Brook! répondit la voix du squelette. Nous avons suivi les hommes jusqu'au nord de l'île. Leur quartier général est un bâtiment de trois étages non loin de la mer, vous ne pourrez pas le manquer. Nous avons déjà demandé à Ussop de nous récupérer les plans.

- C'est parfait, on arrive!" s'exclama Luffy en raccrochant.

Il bondit ensuite au niveau de l'infirmerie pour prévenir ses amis.

"Ca y est, on y va! s'écria-t-il. Ils les ont trouvés!

- Super! s'enthousiasma le cyborg en s'élançant vers le gouvernail. Ca va déménager, accrochez-vous!

- Sanji, Nami! On arrive!" lança le petit renne, ivre de joie.

En bas, le sabreur braqua son regard sur la mer tout en vérifiant la présence de ses épées à sa hanche. Il se sentait étrangement calme à présent.


Lorsque les occupants du Sunny débarquèrent, Ussop avait rejoint Brook et Robin qui étudiaient les plans à quelques pas de la propriété des vendeurs d'esclaves, dissimulés par un large tronc d'arbre en bordure du chemin.

"C'est un bâtiment assez vieux construit en pierres de taille, expliqua l'archéologue aux nouveaux venus. Il n'y a pas de souterrain mais un garage à l'arrière du parc boisé.

- Il y a un large hall d'entrée où sont probablement regroupés la plupart de nos ennemis, ajouta Brook. Les étages doivent être réservés aux prisonniers. Au vu de leur configuration, je pense qu'il s'agit de cellules.

- On n'a pas le choix, faut entrer en force, constata Franky.

- Des gardes armés surveillent l'extérieur au niveau de la grille principale, fit Ussop en retirant ses jumelles. Et il faut s'attendre à ce qu'il y en ait encore plus dans le bâtiment…

- Faites attention à leurs tirs, les avertit Chopper. Que l'on soit possesseurs ou non d'un fruit du démon, ils peuvent nous faire du mal à tous!"

A ces mots, Zoro ajusta son bandana sur sa tête avant de faire glisser ses lames hors de leurs fourreaux. Il coinça ensuite le Wadô entre ses dents et lança un regard brillant d'excitation à la grille.

"Qu'est-ce qu'on attend alors? demanda-t-il avec sourire déterminé.

- On y va!" hurla Luffy en réponse tandis qu'il se précipitait vers les premiers gardes en lançant ses poings en avant.

Derrière lui, tous ses amis se ruèrent à sa suite, bien décidés à récupérer les deux membres de leur équipage.


"Qu'est-ce que c'est que ça, tu entends?" souffla Nami au blond.

Ils s'étaient réfugiés dans le renfoncement du plus large couloir du rez-de-chaussée. La pagaille était indescriptible depuis qu'ils avaient forcé le passage du troisième étage et libéré des dizaines d'autres prisonniers. Devant cette opportunité inespérée, certains s'étaient enfuis sans demander leur reste mais d'autres avaient investi les étages inférieurs et les gardes peinaient à les contenir malgré leurs armes. Les rabatteurs quant à eux étaient particulièrement retors et bien qu'il s'agisse de leur gagne-pain, ils n'hésitaient pas à blesser gravement leurs proies pour pouvoir les remettre en cage. Ils hurlaient d'ailleurs aux gardes que la priorité était d'attraper le plus de prisonniers possible pour le transfert qui devait bientôt avoir lieu. Ils ne voulaient visiblement pas mécontenter leurs futurs clients.

Sanji avait entraîné la navigatrice au bas des escaliers sans trop de peine mais arrivés au rez-de-chaussée, leurs ennemis étaient beaucoup plus nombreux et il ne voulait pas prendre le pari de foncer au risque de blesser sa déesse rousse. Un immense hall transformé en champ de bataille les séparait encore de la liberté mais plus il attendait, plus les lieux se vidaient car les prisonniers s'échappaient ou étaient assommés. Ils avaient donc moins de chances de passer inaperçus le temps passant.

"On dirait qu'il y a du bruit dehors, approuva le cuisinier après avoir tendu l'oreille à son tour.

- C'est notre chance, ils vont être attirés vers l'extérieur!" jubila Nami.

Sanji hocha la tête, espérant qu'elle avait raison. Non loin d'eux, des tirs résonnèrent et un corps s'écroula. Il recula alors instinctivement encore un peu plus dans l'ombre, protégeant la navigatrice de son corps d'éventuels tirs.

Il tenta ensuite de jeter un coup d'oeil par la fenêtre mais l'obscurité et le vacarme ambiant ne lui permettait pas de savoir ce qu'il se passait.

Il était en train de peser à nouveau le pour et le contre de traverser le grand hall à toute vitesse lorsqu'un rabatteur se planta devant lui, un sourire malsain aux lèvres.

"Alors comme ça, on se planque? constata-t-il. Vous allez réintégrer vos cellules tout de suite!"

Il brandit son pistolet pour les obliger à sortir de leur cachette et Nami se cacha un peu plus derrière le dos du blond, tremblante de peur.

"Tu ferais mieux de baisser ton arme, tu effrayes les dames, lui fit alors remarquer calmement le cuisinier.

- J'effraye les dames? ricana-t-il. Oh, quel dommage! J'vais peut-être la ranger alors!

- Ce serait mieux, en effet.

- C'est ç-"

Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Sanji lui balança un violent coup de pied dans l'estomac qui repoussa son adversaire jusqu'à l'autre bout du hall, créant la surprise et la stupeur autour d'eux. Voyant l'attention qu'il avait attiré, le blond grimaça.

"Changement de tactique, Nami-chérie. Je vais devoir courir.

- Tu vas devoir courir? paniqua la navigatrice. Mais, et moi?!

- Permettez, mademoiselle."

A ces mots, Sanji fit élégamment basculer la jeune femme dans ses bras avant de s'élancer vers la sortie sans un regard en arrière. Nami s'accrocha de toutes ses forces à son cou pour conserver son équilibre et ferma les yeux en entendant les tirs siffler autour d'elle.

Le cuisinier dut faire plusieurs brusques virages et il se serait volontiers arrêté pour mettre une raclée à ces enflures si la sécurité de la navigatrice ne primait pas avant tout pour lui. Lorsqu'il atteignit enfin la porte principale, il préféra bifurquer et fit voler en éclat la large verrière d'un coup de pied. Dans son élan, ils traversèrent la vitre et le cuisinier atterrit souplement parmi les débris de verre sur l'herbe du parc, la navigatrice solidement sécurisée dans ses bras.

Alors qu'ils s'assuraient de ne pas être blessé, les deux amis remarquèrent bientôt que le reste de l'équipage avait investi le parc et qu'ils étaient tous occupés à se battre contre le reste de leurs opposants. Sanji engloba la scène du regard et constata que tous ses compagnons étaient concentrés sur leur tâche. Il entendit ainsi le bruit des flammes que soufflaient Franky, vit les billes d'Ussop s'écraser au sol, repéra les craquement des os que Robin tordaient, le cri vengeur de Chopper, les remarques déconcertantes de Brook à l'un de ses adversaires mais aussi le bruissement des lames du sabreur qui tranchaient tout ce qui passait à sa portée ainsi que le bruit des poings de Luffy s'abattant sur ses ennemis. Il soupira alors de soulagement sans en avoir conscience. Ils étaient tous sains et saufs.

"Ohé, Nami, Sanji! les interpella le squelette à quelques pas.

- C'est génial, vous êtes là! s'écria Luffy pendant qu'il abattait son immense poing sur un groupe d'hommes.

- Comment allez-vous? Vous n'êtes pas blessés? leur cria Chopper un peu plus loin.

- Tout va bien! lui répondit Nami, folle de joie à son tour.

- C'est super cool!" s'enthousiasma Franky en utilisant son bras mitraillette.

La navigatrice fit un grand geste de la main à Robin qui leur souriait tout en étranglant un autre homme à ses pieds. La jeune femme sauta ensuite hors des bras du cuisinier quand Ussop lui lança son bâton climatique et elle se prépara à se battre à son tour.


Zoro avait tout de suite aperçu la navigatrice et le cuisinier lorsqu'ils avaient traversé la verrière et son coeur s'était contracté étrangement à cet instant. Il avait aussi immédiatement repéré que le blond s'appuyait largement sur sa cuisse blessée sans paraître en souffrir, ce qui était définitivement rassurant. Cependant, son sentiment de soulagement n'avait fait que décupler la danse macabre dans laquelle il s'était engagé depuis leur arrivée. Les corps s'amoncelant autour de lui le rassuraient. Il était toujours capable de pulvériser ses ennemis d'un seul coup de sabre et il avait trouvé dans cet exécutoire un moyen de contenir à la fois sa colère, sa déception mais aussi sa peur.

Pendant une brève seconde, son regard croisa celui du cuisinier posé sur lui et il crut y lire une interrogation muette mais ce dernier se détourna rapidement pour parer une attaque dans sa direction.

De son côté, l'épéiste se redressa pour jauger ses prochains adversaires et eut un rictus carnassier à leur approche. Il s'élança en un tournoiement de lames et rien n'aurait pu le détourner du plaisir qu'il prenait à ressentir le tranchant de ses épées lorsque celles-ci s'enfonçaient dans son adversaire si ce n'est le cri d'effroi que poussa soudain la navigatrice.

Suspendant ses gestes, il releva brutalement la tête et remarqua qu'elle fixait la main du cuisinier déposée sur son ventre. Incrédule, il sut alors pourquoi la jeune femme semblait si effrayée : la main de Sanji ruisselait de sang sur sa robe écrue. Cet idiot avait certainement tenté de dévier une balle destinée à la jeune femme à mains nues, réalisa-t-il avec effarement. La navigatrice l'avait aussi compris puisqu'elle le fixait, désespérée.

"Oh, non! Non, Sanji!"

L'escrimeur vit le blond repousser calmement un autre garde qui fonçait vers eux et l'assommer d'un coup de pied. Il en profita lui-même pour repousser un homme en noir qui tentait de profiter de sa distraction puis reporta son attention vers le duo un peu plus loin. Nami ne pouvait détacher ses yeux du sang qui coulait maintenant au sol.

"S-Sanji, je s-suis désolée, balbutia-t-elle en tentant de saisir sa main.

- Ca va aller, Nami-chérie, lui répondit-il en écartant un nouveau garde d'un coup de genou.

- Mais non, regarde ta main! s'épouvanta-t-elle. Sanji, c'est ta main!

- Ne t'en fais pas et va te mettre à l'abri."

La jeune femme lui tourna brusquement le dos, les yeux emplis de larmes.

"Chopper, viens vite!"

Son cri de détresse incita instantanément les autres membres de l'équipage à se tourner dans sa direction et tous frémirent en voyant la main sanguinolente de leur cuisinier qui continuait à se battre sans relâche.

"Sanji! s'écria le capitaine. Chopper, vas-y!"

Il étala la rangée d'hommes qui séparait le médecin du blond et celui-ci se mit à courir vers son ami.

A quelques pas, Zoro sentit de nouveau la présence de ses adversaires dans son dos et il se retourna brutalement. Ses trois sabres déchirèrent aisément la chaire de cinq d'entre eux et le sang gicla tout autour de lui. Les corps s'écroulèrent dans un bruit sourd, s'ajoutant aux autres sur l'herbe tâchée, et Zoro essuya sommairement le sang qui gouttait de ses lames jusque sur ses mains.

Les gardes restants le dévisagèrent avec terreur avant de reculer, créant un vide autour du sabreur qui continuait de les fixer froidement. Sans émotion.


Je ne comptais pas couper ce chapitre au coeur de l'action mais au final, il s'avère qu'il était vraiment trop long et donc disproportionné par rapport aux précédents. Alors j'ai préféré prendre mon temps plutôt que de le raccourcir.

A la semaine prochaine pour la conclusion de cette aventure!