Merci à Wado21, Cha28499, Mikashita98, deryous50 et Typone Lady pour vos reviews.

Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.

Bonne lecture.


Chapitre 47

Choix d'avenir

Aussitôt arrivé devant le blond, Chopper se saisit de sa main droite pour l'examiner. Sanji grimaça et eut le réflexe de vouloir la retirer mais le médecin conserva fermement sa prise.

"Il y a trop de sang, je ne vois rien, fit-il ensuite en sortant un spray de son sac à dos.

- Ca peut attendre, tenta alors le cuisinier qui voyait ses amis continuer la bataille autour d'eux.

- Tu plaisantes? gronda le petit renne. Il faut s'en occuper tout de suite!"

Pour appuyer ses paroles, Chopper prit sa forme humaine et balança son ami sur son épaule avant de courir pour se mettre à l'abri contre un mur du bâtiment. Nami les suivit et proposa au médecin de s'assurer qu'ils soient tranquilles, ce qu'il accepta.

Sanji tenta de protester en la voyant faire tournoyer son bâton climatique et Chopper le déposa au sol. Le cuisinier voulut alors se redresser pour demander à la navigatrice de faire attention quand la terre vacilla brutalement sous ses pieds. Le renne le rattrapa d'une main sûre et l'assit par terre d'autorité.

"Ne t'inquiète pas, ça va aller.

- Qu-qu'est-ce qui m'arrive? balbutia le blond.

- Les mains sont des parties extrêmement sensibles et irriguées, lui expliqua Chopper en vaporisant sa solution sur le membre blessé. Avec le stress, tu as ignoré la blessure mais maintenant, ton corps commence à réagir. Il faut arrêter l'hémorragie et protéger les chaires."

Après avoir sommairement nettoyé la plaie, il sortit un long bandage et s'appliqua à le fixer suffisamment fort sans pour autant couper le reste de la circulation. Il releva ensuite les yeux vers son patient qui avait considérablement pâli.

"Ecoute-moi bien, Sanji. Je vais toucher chacun de tes doigts. Quand tu le sentiras, tu le bougeras en retour.

- D-d'accord."

Chopper commença par son pouce et Sanji répondit aussitôt bien que grimaçant de douleur. L'index lui fit à peu près le même effet et il serra les dents. Il eut alors l'impression que ses deux doigts suivants étaient engourdis et il eut du mal à discerner le toucher du médecin mais il parvint à les bouger quand même. Il n'eut enfin aucun problème à ressentir et à bouger son auriculaire.

Son test terminé, le médecin fronça les sourcils et Sanji sentit son coeur louper un battement.

"Dis-moi, Chopper. Je veux savoir, murmura-t-il d'une voix blanche.

- Ce n'est pas la peine de trop t'inquiéter, le rassura-t-il. Tes tendons et tes muscles ont l'air de fonctionner à peu près correctement. La seule inconnue est l'état des nerfs. L'anatomie de la main est complexe alors je ne serai certain qu'une fois que je pourrai te recoudre."

Le cuisinier reposa sa tête contre le mur pour prendre de grandes inspirations et ainsi calmer sa respiration un peu trop rapide.

Il releva ensuite les yeux vers le champ de bataille et chercha ses amis du regard tandis que Chopper s'affairait à ajuster son bandage autour de sa main. Les membres de l'équipage du chapeau de paille étaient visiblement en train de remporter la partie. Il y avait encore quelques rabatteurs reconnaissables à leurs habits noirs et les derniers gardes avaient déserté le bâtiment pour leur porter assistance ou s'étaient enfuis en pressentant que le combat n'allait pas tourner en leur faveur. Le gros des troupes gisait de toute façon déjà un peu partout sur l'immense jardin de la propriété.

Le cuisinier sourit en observant ses compagnons. Ussop avait lancé des billes fumigènes et Brook en profitait pour surprendre leurs ennemis tandis que Franky les canardait avec son bras mitraillette. Robin lançait ses multiples bras autour du cou des assaillants qui essayaient de s'enfuir et Nami les foudroyait sur place grâce à son arme. Non loin d'elles, Luffy évitait agilement les tirs de plusieurs hommes et les assommait à coups de poings surpuissants avec une détermination qui ne faiblissait pas.

Sanji repéra enfin le dernier membre de l'équipage qui se tenait un peu à l'écart du groupe et il fronça soudain les sourcils. A cet instant, le sabreur relevait lentement la tête, un sourire carnassier aux lèvres. Ses trois sabres autour de lui scintillaient du sang de ses adversaires tandis que ses vêtements et sa peau en étaient zébrés jusqu'à son bandana, lui donnant un air terrifiant sous l'éclat de la lune. Les derniers rabatteurs reculèrent devant son expression démoniaque et il s'approcha d'un pas, visiblement ravi d'inspirer autant de frayeur. Il fondit ensuite sur eux et Sanji n'eut pas le temps de percevoir son mouvement, trop rapide. Lorsqu'il reporta son regard à l'endroit où se trouvaient précédemment les hommes en noir, il ne put que constater qu'ils s'étaient tous écroulés sans un cri et que Zoro les dévisageait en silence, le sang goûtant au sol depuis ses sabres.

"Sanji, viens. Il faut y aller."

Le sortant de ses pensées, Chopper aida le cuisinier à se remettre debout. Autour d'eux, tout le monde se regroupait rapidement.

"Il faut retourner au Sunny pour que je referme sa plaie, expliqua le petit renne au capitaine en désignant le blond à ses côtés.

- OK, on rentre", approuva Luffy.

Robin, Ussop, Franky, Nami et Brook se mirent en route vers la grille principale et Chopper ramassa ses affaires éparpillées. Luffy chercha alors des yeux son second qui ne les avait pas encore rejoint et se tourna dans sa direction quand il l'aperçut.

"Hé, Zoro, on y va!" lui cria-t-il.

Comme le sabreur ne répondait pas, il fronça les sourcils en l'observant davantage.

"Zoro?"

Le ton sérieux du capitaine fit relever les yeux au cuisinier qui suivit son regard vers la silhouette de l'escrimeur. Au milieu des corps désormais presque tous immobiles, il s'était penché sur un rabatteur largement blessé qu'il dominait de toute sa hauteur. L'un de ses sabres s'était approché de sa tête et semblait tracer une ligne imaginaire au niveau de sa gorge.

Sanji se redressa et se tourna vers Luffy qui observait la scène d'un air grave.

"J'm'en occupe."

Chopper voulut protester mais le garçon au chapeau de paille hocha la tête.

"D'accord, on vous attendra au Sunny."

Le blond hocha la tête à son tour puis se dirigea vers le sabreur. Ses jambes semblaient le soutenir davantage mais sa main commençait à le faire souffrir. Néanmoins, il s'approcha d'un pas égal de son compagnon.


Lorsqu'il arriva à proximité de lui, il constata que Zoro pressait son sabre contre la gorge de l'homme et qu'une lueur indéchiffrable obscurcissait ses yeux. Le bretteur n'avait pas enlevé son bandana et le cuisinier comprit que la bataille n'était pas terminée pour lui.

"Qu'est-ce que tu fais? lui demanda-t-il tranquillement dans son dos.

- Je finis le boulot, répliqua l'escrimeur d'une voix sourde.

- Il est à terre. C'est plus une menace."

Zoro ne répliqua ni ne bougea et le cuisinier fit quelques pas supplémentaires pour se retrouver à sa hauteur. Il s'alluma ensuite une cigarette et prit le temps de tirer une bouffée avant de se pencher vers l'homme agonisant dont la bouche dégoulinait déjà de sang au milieu de sa respiration laborieuse.

"Si ça se trouve, il va crever tout seul, lui fit-il remarquer.

- Qu'est-ce qu'on en sait?

- Il n'en vaut pas la peine, Zoro.

- J'm'en fous!"

Sentant la colère dans sa voix, Sanji tira une nouvelle fois sur sa cigarette tout en haussant les épaules avec nonchalance. Il savait que prendre le bretteur frontalement sur le sujet ne servirait à rien.

"Si tu veux que le titre de prochain meilleur sabreur du monde soit associé à celui de tueur fou, c'est ton choix", répondit-il finalement.

A ces mots, il vit son compagnon tressaillir mais cela ne l'empêcha pas d'appuyer sa lame un peu plus fort contre la jugulaire de l'homme, lui arrachant un gémissement de douleur. Sanji n'intervint pas et inspira fortement sur son mégot. C'était à Zoro de choisir. C'était à lui de savoir où il voulait placer la limite de ses actes. Il avait le pouvoir de tuer grâce à ses sabres et il devait décider ce qu'il voulait faire de son aptitude et en assumer les conséquences.

C'était un choix personnel. Un choix qui déterminerait tout le reste de sa vie.

Zoro leva soudain son sabre et l'éclat de la lune vint frapper la lame brillante. Le tranchant du métal retomba alors violemment et s'enfonça dans le sol à quelques millimètres de la tête du rabatteur qui eut un gargouillis effrayé. Sanji contempla la scène tout en soufflant sa fumée pendant de longues secondes, le silence venant les envelopper entièrement.

Finalement, le sabreur arracha son épée de la terre avant de la remettre dans son fourreau d'un geste sec et de tourner brutalement les talons. Sanji resta quant à lui quelques instants supplémentaires à dévisager l'homme qui avait à moitié tourner de l'oeil tandis qu'il finissait posément sa cigarette. Enfin, il se détourna à son tour et suivit le bretteur qui s'éloignait parmi les corps étendus.


"Alors, Sanji?"

Nami attendait anxieusement son ami qui venait de sortir de l'infirmerie en compagnie du petit renne. Elle avait elle-même un bandage à la cheville suite à sa chute dans l'allée le soir de leur enlèvement mais pour une fois, elle se fichait pas mal de son sort.

La nuit était déjà bien avancée et pourtant, personne n'avait voulu se coucher avant de connaître l'état du blond. Franky tenait le gouvernail et le Sunny avançait doucement pour remonter le long de l'archipel. Zoro s'était assis contre le mât et le reste de l'équipage s'était regroupé instantanément en voyant la porte de l'infirmerie s'ouvrir.

"J'ai eu de la chance, aucun nerf touché", leur apprit alors le blond avec un grand sourire.

Tandis que ses amis éructaient de joie, Nami souffla de soulagement.

"Je te remercie de ce que tu as fait mais ne prends plus ce genre de risques à l'avenir, le rabroua-t-elle gentiment. Je ne veux pas porter ce poids sur la conscience.

- Je serai toujours ton chevalier servant, Nami-chérie, je n'y peux rien!" se dandina son ami.

La jeune femme secoua la tête en souriant tandis qu'Ussop avisait son large pansement qui enveloppait presque toute sa main droite.

"Ca va pas te gêner pour cuisiner? s'enquit-il.

- On pourrait se relayer pour t'aider, ajouta Brook.

- Non, ne vous inquiétez pas. Aucun problème de ce côté-là, leur assura-t-il.

- Génial! hurla Luffy, au comble du bonheur. Sanji, j'ai faim!

- Il faudra quand même que tu te ménages, intervint Chopper. Un des muscles a été un peu abimé et ta sensibilité sur deux doigts risque d'être moins importante pendant quelques jours.

- Es-tu sûr que nous ne pouvons pas t'offrir notre assistance pendant quelques temps, maître cuisinier? lui demanda alors Robin.

- Ce serait plus prudent, Sanji, approuva la navigatrice.

- Oh, mes princesses, vous êtes si attentionnées! tourbillonna le blond. Si vous m'accordez votre compagnie pour le petit encas que je vais préparer, je serai l'homme le plus heureux du monde!"

Nami et Robin acceptèrent et le cuisinier manqua de se liquéfier sur place. Plaçant chacun de ses bras sur leurs épaules, il les entraina ensuite vers son antre avant de s'y enfermer avec elles.

Ses autres amis redescendirent alors vers le pont, heureux de la tournure des évènements.

"Quand il se comporte comme ça, on est sûr qu'il va bien, fit remarquer Ussop en souriant.

- L'amour guérit de tous les maux", soupira béatement Brook.


Robin, Nami et Sanji apportèrent rapidement leurs assiettes aux membres de l'équipage regroupés sur le pont avant. Franky quitta alors le gouvernail et vint s'asseoir près du cuisinier en croquant dans son sandwich.

"J'ai cru comprendre que ta main allait s'en sortir super bien! s'enthousiasma-t-il.

- Oui, Chopper a fait un travail formidable, lui montra le blond.

- La ferme, je n'ai pas besoin que tu me fasses ce genre de compliments!" lui reprocha vivement le petit renne en rougissant à quelques pas.

Non loin d'eux, Luffy éclata de rire et chacun se restaura le coeur léger après cette aventure.

Au milieu des conversations enjouées et tandis qu'il finissait de manger, Sanji laissa soudain son regard s'attarder sur le sabreur contre le mât qui avait à peine touché à son assiette. Il avait surpris son regard attentif sur lui lorsque Franky lui avait demandé des nouvelles de sa blessure et il était certain que Zoro les avait entendus. Néanmoins, il demeurait silencieux et visiblement préoccupé. Sans doute ressassait-il encore ce qui s'était passé durant le combat et avait-il besoin d'y réfléchir seul.

C'est pourquoi le cuisinier ne chercha pas à le provoquer pour le faire réagir pendant le reste du repas et qu'il le laissa s'enfermer à la vigie pour la nuit.


Le lendemain en début de soirée, alors que le Thousand Sunny dépassait la dernière île de l'archipel San Marsoni, Luffy se mit soudain à hurler en pointant son doigt vers la côte.

"Un parc d'attractions! Je veux y aller!"

Ses amis se regroupèrent autour de lui sur la gauche du bateau et admirèrent les lumières colorées qui scintillaient dans la pénombre au sommet d'une large falaise de rochers émoussés par le ressac.

"Ca a l'air super! s'exclama Franky.

- Je suis sûr qu'il y a des marchands de barbes à papa! s'enthousiasma Chopper.

- La vue doit être magnifique depuis la grande roue, remarqua Robin en observant l'immense machine illuminée.

- Et moi, je veux faire des auto tamponneuses! lança Brook avec excitation.

- Je vais faire un carton aux jeux de tirs! ajouta Ussop de son côté en se frottant les mains.

- C'est vrai qu'un peu de détente ne ferait pas de mal, approuva Sanji.

- On peut, Nami? S'teu plait?! la supplia alors Luffy en se tournant brutalement vers elle.

- Cet archipel ne m'a pour l'instant laissé que d'affreux souvenirs alors autant s'amuser un peu, répondit la jeune femme en hochant positivement la tête.

- Hourra!

- Cap sur le parc!" se réjouit le cyborg en donnant un large coup de barre à bâbord.


"Oh, non! Pas le train fantôme! se récria le musicien de l'équipage.

- Mais ça va être trop marrant! lui assura son capitaine avant de se précipiter pour rejoindre Franky qui faisait déjà la queue.

- Brook, ne me laisse pas seul avec ces deux dégénérés, le supplia Ussop en désignant Franky et Luffy qui tourbillonnaient autour de l'attraction.

- Hé, je suis là! s'indigna alors Chopper. J'ai dit à Luffy que j'irai moi aussi!

- Chopper, plus on sera nombreux, plus ce sera facile, lui expliqua le sniper sur le ton de l'évidence. Crois-en mon en expérience, il ne faut pas rester seul dans ces cas-là!

- Je regrette mais je préfère profiter d'une attraction plus sereine, déclina pourtant le squelette.

- Bon, décidez-vous, soupira Nami. On va pas en débattre toute la nuit…"

Affolé à l'idée de voir disparaître son garde du corps, Ussop attrapa brusquement le bras du sabreur à ses côtés.

"OK, on prend Zoro alors!

- Oui, on prend Zoro! renchérit Chopper en agrippant son autre bras. Il va nous protéger!"

Le cuisinier étouffa un rire en voyant la tête du sabreur qui n'avait pas l'air d'adhérer à la proposition. Zoro n'avait pas décroché un mot de la soirée et son air renfermé ne s'était pas adouci de la journée. Si le blond n'avait pas manqué de remarquer son attitude toujours distante depuis la veille, la navigatrice elle l'ignora totalement.

"Parfait. A tout à l'heure, conclut-elle en tournant les talons.

- Amusez-vous bien," les encouragea Robin avec un petit sourire.

Sanji et Brook leur emboitèrent rapidement le pas en direction de la grande roue. L'atmosphère du parc était festive et la bonne humeur ambiante incitait tout l'équipage à mettre définitivement derrière eux les derniers évènements.


La lente avancée de l'immense roue permettait à ses visiteurs de se délecter de la vue à 360 degrés du parc et de l'océan au pied des falaises. Le spectacle était magnifique et les quatre amis ne manquèrent pas de s'extasier à chaque instant tout en se désignant des endroits les uns aux autres à travers leur petite nacelle transparente.

Sanji repéra alors un chemin sinueux s'écartant du parc et menant au bord des falaises un peu à l'écart. Il remarqua ensuite une petite étendue d'herbe jusqu'à une barrière de bois qui devait elle aussi offrir une vue à couper le souffle sur Grand Line.

Cet instant suspendu au-dessus du sol lui faisait prendre de la hauteur non seulement sur le paysage mais aussi sur ce qu'il venait de traverser et il jeta un coup d'oeil inconscient à sa main droite avant que ses pensées ne le ramènent au bretteur. Zoro s'était tenu à l'écart du groupe ces dernières heures et bien qu'il ne lui en veuille pas, le cuisinier aurait aimé trouvé un moyen de l'apaiser. De son point de vue, l'escrimeur avait fait face à un tournant et il avait agi de la meilleure manière qui soit en s'écartant de la tentation de faire justice lui-même. Pour autant, l'épéiste ne donnait pas l'impression d'en être satisfait et il ne comprenait pas pourquoi. Néanmoins, Sanji avait confiance en lui et il ne doutait pas qu'il viendrait à bout de cette épreuve comme il l'avait fait de toutes les autres.

La roue redéposa bientôt ses passagers au sol et les quatre amis retrouvèrent leurs compagnons d'équipage non loin de l'endroit où ils les avaient quittés. Sanji eut alors un sourire en voyant les visages livides de Chopper et d'Ussop. Entre eux, Zoro se tenait parfaitement immobile et visiblement indifférent à leur état. A quelques pas enfin, Franky et Luffy commentaient l'attraction avec excitation, manifestement partant pour refaire un tour.

"Qu'est-ce qu'on fait maintenant? lança le blond à la ronde en s'allumant une cigarette.

- On refait du train fantôme! hurla aussitôt Luffy.

- Sans façon, bredouilla Ussop.

- On passe notre tour, ajouta Chopper, les jambes tremblantes.

- Et si on faisait les montagnes russes?! proposa alors le cyborg.

- Alors là je suis partant! s'enthousiasma Brook. J'adore avoir l'estomac à l'envers!

- Il voulait pas faire le train fantôme et il a hâte de dévaler des montagnes russes? marmonna Ussop à Chopper. C'est n'importe quoi...

- Luffy, tu ne veux pas faire quelque chose de plus calme? intervint soudain la navigatrice.

- Quelque chose de plus calme? répéta le capitaine comme s'il ne connaissait pas ce mot.

- Oui, regarde. J'aimerais bien faire ça."

Elle lui tendit la brochure du parc et lui pointa une attraction tandis que Franky et Ussop se rapprochaient pour lire avec lui.

"Une balade sur une barque en forme de cygne? lut le charpentier, surpris.

- Un itinéraire tout en douceur pour découvrir la nurserie des animaux de l'île?" s'étonna à son tour le sniper.

Franky et lui se jetèrent ensuite un coup d'oeil entendu pendant que Nami attendait avec espoir la réponse du capitaine de l'équipage.

"Non, j'ai pas envie de faire ça!"

Luffy enfonça son chapeau sur sa tête et se tourna vers le reste de ses amis.

"En avant pour les montagnes russes!

- Euh Luffy, tu es sûr que tu ne veux pas faire cette balade avec Nami? tenta Ussop avec nervosité.

- Ouais, tu veux pas voir des animaux super intéressants? insista Franky. Avec des bébés cygnes trop mignons où tu pourras passer plein de temps avec ta copine?

- Mais non, c'est bon! leur assura-il avec conviction. Je préfère les montagnes russes!"

Il commença alors à s'éloigner gaiement vers l'attraction tandis que le cyborg et le canonnier jetaient un regard désolé à la jeune femme rousse face à eux qui tentait de refouler sa colère.

"C'est gentil d'avoir essayé, soupira-t-elle finalement. Viens, Robin. Allons voir ces bébés animaux, j'ai besoin de me remonter le moral…"

L'archéologue hocha la tête avant de la suivre et Brook et Franky rejoignirent le capitaine un peu plus loin. Ussop et Chopper proposèrent ensuite au cuisinier et au sabreur de les accompagner sur le stand de tirs et Sanji allait leur emboîter le pas lorsqu'il remarqua à nouveau le regard absent de son compagnon. Il déclina donc leur proposition en soufflant rapidement sa fumée.

"On a un truc à voir avec Zoro. On vous rejoindra."

Les deux amis acquiescèrent avant de s'éloigner à leur tour et Sanji posa doucement sa main sur le bras du sabreur qui sursauta, reportant brusquement son attention vers lui.

"Où sont les autres? s'étonna-t-il en découvrant qu'ils étaient seuls.

- Viens, tête d'algue", éluda le blond.

Zoro l'interrogea du regard et le cuisinier lui désigna les falaises un peu plus loin. Fronçant les sourcils, le bretteur le suivit néanmoins en direction d'un petit chemin de terre menant aux grands rochers surplombant la mer.


Arrivés non loin du précipice, Sanji s'appuya sur la barrière en bois délimitant l'accès au bord et Zoro l'imita rapidement. Ils observèrent pendant quelques instants le paysage, celui enjoué et lumineux du parc sur leur gauche et celui majestueux et silencieux de la mer sur leur droite.

Après plusieurs minutes silencieuses, Zoro remarqua qu'il se détendait dans cet environnement préservé du bruit et de la foule et il secoua la tête. Nul doute que le cuistot avait perçu sa tension intérieure et que c'était pour cette raison qu'il l'avait entraîné à l'écart. Il avait évidemment remarqué son besoin d'isolement depuis la veille. Le sabreur soupira alors en se remémorant les événements qui avaient entraîné son attitude de repli. Il avait passé une bonne partie de la nuit à osciller entre colère contre lui-même et gratitude à ce sujet.

Il avait d'abord été furieux de constater qu'il avait commis une erreur grossière. En effet, croyant échapper à ses émotions, il s'était en réalité laissé dévorer par la colère et bien que cela lui ait permis de gagner en puissance et de repousser ses sentiments, il avait failli être embarqué par la même occasion sur un terrain dangereux. C'est ainsi que ce soir-là, tandis que ses lames s'abattaient sur ses ennemis et les tranchaient d'un simple geste, il s'était effacé jusqu'à ne faire plus qu'un avec ses armes. Jusqu'à se couper du reste du monde.

Le sang appelait le sang et le métal rougit lui avait donné l'impression d'être hors d'atteinte de tout ce qu'il ne pouvait pas maîtriser. Le moment passé, il avait cependant vite déchanté. Les émotions l'avaient en réalité abusé et avaient joué leur rôle de traîtresses : le sabreur de l'équipage du chapeau de paille était passé à un cheveu de la catastrophe et si le cuisinier ne l'avait pas sorti de sa transe, il savait qu'il ne serait plus le même aujourd'hui. Hier, il avait perdu le contrôle.

En contrepartie, lorsque ce matin le soleil avait chassé les brumes de la nuit, il avait dans le même temps apporté au bretteur un étrange sentiment de satisfaction qui se mêlait plus ou moins fortement à sa déception. En effet, Zoro savourait aussi plus que jamais le bonheur d'être auprès de ses compagnons d'aventure, tous en vie et en sécurité. La vie qu'ils avaient choisi n'était pas sans risque et ils l'avaient tous accepté mais depuis la veille, il était vraiment reconnaissant de pouvoir encore profiter de sa chance. C'était également pour cette raison qu'il s'en voulait davantage encore de s'être laissé emporter.

Alors, ce soir Zoro ne savait pas exactement comment il pourrait s'assurer de ne pas répéter la même erreur. Il avait donc logiquement décidé d'appliquer la méthode qu'il connaissait le mieux : il allait s'entraîner encore et encore. Jusqu'à la perfection du geste. Jusqu'à la maîtrise totale de son mental.

Le sabreur reporta son regard sur le blond qui fumait paisiblement à ses côtés et il remarqua sa main blessée appuyée légèrement sur la rambarde de bois. Pris d'une impulsion, il s'en saisit doucement pour l'examiner et entre ses doigts, il sentit Sanji sursauter mais ce n'était visiblement pas à cause de la douleur car il l'interrogea simplement du regard.

Soudain gêné, Zoro baissa les yeux.

"Chopper a dit que tu te remettais bien", marmonna-t-il pour retrouver une contenance.

En réponse, le cuisinier défit son bandage, lui révélant ainsi une longue et fine estafilade qui traversait la paume de sa main droite. Elle était encore rouge et boursouflée mais le petit médecin avait assuré que la cicatrice deviendrait minime au fil du temps. Zoro traça alors du bout des doigts sa blessure, l'observant minutieusement avant de rendre sa main au cuisinier, le regard toujours fuyant.

"Et toi, qu'est-ce qui t'es arrivé? lui demanda ensuite le blond avec curiosité. Quand la balle de ce type t'a touché, j'avais l'impression que tu pouvais plus bouger.

- Une balle paralysante, soupira le bretteur en relevant enfin la tête. Elle s'est littéralement fichée juste au-dessus de mon estomac et Chopper a dû l'aspirer.

- Je peux voir?"

Zoro hocha la tête et souleva son tee-shirt. Sanji effleura alors la nouvelle cicatrice en train de se former sur le torse de son amant. Il la caressa lentement avant de reporter son attention vers sa propre blessure.

"C'est ma première cicatrice de guerre et j'peux te dire que j'suis pas prêt d'en vouloir une autre, grogna-t-il. Evidemment, j'ai pas regretté une seconde ce que j'ai fait car j'aurais préféré mourir que de laisser blesser Nami-chérie mais pendant un instant, je me suis demandé ce qui m'arriverait si je ne pouvais plus cuisiner et crois-moi, c'est l'un des pires trucs que j'peux imaginer...

- Moi aussi, répondit pensivement le sabreur à ses côtés.

- Tu plaisantes, face de mousse, s'amusa le blond. Toi, tu exposes tes cicatrices comme des trophées!"

Le sabreur se raidit en réalisant ses paroles et il se renfrogna.

"J'parlais pas de ça", maugréa-t-il finalement.

Sanji voulut l'interroger du regard mais les yeux de son compagnon demeuraient obstinément fixés sur le large. Il eut ensuite un doux sourire en comprenant ce que le sabreur lui avait révélé malgré lui.

Comprenant qu'il venait de se faire démasquer, ce dernier tenta de se rattraper, le rouge aux joues.

"Tes mains sont ton outil de travail, c'est pour ça, grommela-t-il en haussant maladroitement les épaules.

- Ouais, je sais."

Le cuisinier décida de ne pas insister. Il savait que Zoro nierait tout sentiment d'inquiétude qu'il aurait pu avoir et lui-même en ferait autant s'il venait à l'interroger sur le moment où le sabreur était tombé à genoux sous l'impact de la balle.

Pour autant, rien ne l'empêchait de lui faire passer le véritable message d'une autre manière et il se tourna vers le sabreur qui s'était remis à observer la mer en silence. Le lieu où ils se trouvaient était désert et Sanji attira son compagnon à lui avant de se pencher pour déposer un simple baiser sur ses lèvres, voulant à la fois l'apaiser de ses derniers tourments et profiter de ce moment d'intimité. Il sentit alors le sabreur réagir étrangement puisqu'il le pressa contre lui un peu plus fort que d'habitude en retour, et le blond se laissa porter par ses bras puissants autour de lui.

Lorsqu'il s'écarta à regret de son corps chaud pour l'observer après quelques instants d'étreinte silencieuse, il constata que Zoro le maintenait plus près de lui qu'il n'aurait cru. Ses yeux à quelques centimètres des siens ne semblaient plus vouloir les quitter à présent et le cuisinier frissonna.

Ce moment était d'une intensité incroyable totalement imprévue et Sanji n'y résista pas. Il déposa ses mains de chaque côté du visage de l'escrimeur avant de fermer les yeux et de l'embrasser le plus tendrement possible, laissant sa fougue ordinaire se fondre en une vague de douceur qu'il tenta de lui communiquer. Il savait que ce n'était pas dans leurs habitudes mais ce soir, le cuisinier avait l'impression de pouvoir s'y aventurer et à son plus grand plaisir, il sentit Zoro lui répondre de la même manière.

Sanji se laissa alors emporter par ses sens et savoura la caresse presque tremblante de leurs lèvres et le toucher délicat de leurs langues. Ces baisers-là n'étaient pas sauvages ou impulsifs comme ils pouvaient souvent l'être entre eux. Ceux-là étaient au contraire plein de retenue, comme se délectant simplement de la présence de l'autre.

Leur étreinte se prolongea ainsi quelques minutes avant qu'ils ne se séparent à nouveau, échangeant un regard profond.

Le souffle rendu court par l'émotion, Sanji se détacha du corps contre le sien puis plaça une cigarette au coin de ses lèvres, le regard lointain. Les mots n'étaient pas utiles pour exprimer ce qu'ils ressentaient aujourd'hui et il tenta de graver dans sa mémoire cette sensation de complicité qui lui avait trop rapidement échappé.

"On devrait retourner en bas, le parc ne va pas tarder à fermer", murmura-t-il finalement.

Le sabreur approuva doucement, visiblement toujours sous le coup de leur échange lui aussi, et Sanji se força à se mettre en route pour ne pas être tenté de reprendre là où ils s'étaient arrêtés.

Le voyant s'éloigner, Zoro lui emboîta alors le pas de manière un peu plus tranquille que lorsqu'il était monté.


Tout est bien qui finit bien… pour l'instant ;-)

Le prochain chapitre fera la part belle à Nami et à Luffy alors changement d'ambiance en perspective!