Merci à Wado21, MiaoiFuki, Melaanie10, deryous50, Avelannaa, Lulu, Agalys-Erwael, Mikashita98, AnimeExpression et Racx4400 pour vos reviews.

Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.

Bonne lecture.

Réponse aux reviews anonymes:

Lulu: je suis bien consciente que je pousse le personnage de Zoro assez loin mais je pense vraiment qu'étant donné sa personnalité, c'est ainsi qu'il réagirait face à un problème qui le dépasse, qui plus est d'ordre intime. Sanji est plus démonstratif et il a effectivement beaucoup évolué puisqu'au départ, c'était lui qui se trouvait dépassé mais n'oublie pas que Zoro a fait quelques efforts lui aussi pour faire fonctionner leur relation. C'est également un parti pris de ma part de faire monter le suspens en n'explicitant pas encore totalement son raisonnement. Si tu as encore un peu de patience, tu verras qu'il va apprendre de son expérience. Je l'ai juste beaucoup poussé car il me semble qu'il en faut énormément pour qu'il fende l'armure. Au plaisir d'avoir de tes nouvelles!


Chapitre 55

Clair-obscur

Sanji se baissa souplement et la lame de son adversaire le manqua de plusieurs centimètres. Se redressant aussitôt, le cuisinier lui envoya un coup de pied dans le ventre suffisamment puissant pour qu'il le renvoie jusque sur son propre navire. Le blond resserra ensuite les dents sur son mégot, irrité.

Un petit navire de la Marine les avait attaqués un peu plus tôt ce matin. Leur commandant n'avait pas un grade très élevé et il ne possédait pas plus d'une cinquantaine d'officiers mais il avait tout de même tenu à les lancer contre l'équipage du chapeau de paille. Il se rendait probablement compte à présent de son erreur tandis que ses hommes s'envolaient en tous sens mais il était trop tard. Ce combat était presque une partie de plaisir et une distraction bienvenue pour l'équipage qui voguait sans accroc depuis près de deux semaines.

Non loin de lui sur le pont, Luffy riait comme un fou tandis qu'il poursuivait deux officiers terrifiés sur le bateau, Franky ponctuait chacune de ses attaques par une pose ridicule, Zoro s'amusait à faire reculer ses ennemis en faisant tournoyer ses lames de manière menaçante et Brook les faisait mourir de peur uniquement de par son apparence.

Robin, Nami, Chopper et Ussop se montraient quant à eux plus sérieux : l'archéologue se saisissait des officiers à sa portée grâce à ses multiples mains et Nami les électrocutait rapidement. A leur côté, Ussop lançait des cris de guerre en bombardant ses adversaires de billes fumigènes et explosives pendant que Chopper, sous sa forme humaine, les assommait sans perdre un instant.

Sanji soupira lorsqu'il se baissa à nouveau pour éviter un tir, ennuyé. Ces officiers n'avaient que leur courage pour toute arme et bien que cela soit honorable, le cuisinier était davantage préoccupé par sa tarte aux mirabelles encore au four que par leurs tentatives désespérées de les faire prisonniers. Décidant de mettre un terme à cette mascarade, il bondit en avant et en assomma quatre d'un coup avant de tirer nonchalamment sur sa cigarette. Il ne fallait pas qu'il oublie de mettre un peu de piment pour la sauce de Robin et de Franky ni de sortir la salade suffisamment tôt afin qu'elle ne soit pas glacée au moment du repas...

Le blond para une nouvelle attaque dans sa direction en l'arrêtant de sa seule jambe droite, ne daignant même pas bouger davantage. Pourtant, un bruit de bottes se fit entendre à quelques pas et il se tourna rapidement, les sourcils froncés. Il eut alors tout juste le temps de voir le commandant en chef lever une lourde hache dans le dos du médecin de bord occupé à repousser trois officiers qui encerclaient Ussop.

Sans réfléchir, Sanji s'élança vers eux, furieux. Il s'apprêtait à pulvériser le lâche qui attaquait le petit renne par derrière lorsque la hache en question fut stoppée par deux lames acérées. Le commandant brutalement stoppé dans son élan grogna et le sourire du sabreur face à lui s'accentua, prêt à engager le combat.

Sanji s'immobilisa net, soudain indécis. Que devait-il faire? Zoro se chargerait facilement de ce Marine alors il n'avait pas vraiment de raison de rester là. Pourtant, la logique aurait voulu qu'il se positionne de l'autre côté de son compagnon d'équipage pour lui garantir une certaine sécurité tout en aidant Ussop et Chopper qui peinaient à repousser leurs propres adversaires.

Chassant ses incertitudes, il balaya les officiers restant autour d'eux, et le sniper et le médecin le remercièrent du regard tandis qu'ils reprenaient leurs souffles. A cet instant, une lame s'abattit à quelques centimètres des cheveux d'Ussop et ce dernier hurla. Le cuisinier se précipita et s'apprêtait à débarrasser son ami de la nouvelle menace lorsqu'il remarqua qu'il s'agissait en réalité d'un sabre de l'épéiste qui avait arrêté un tir dans la direction du canonnier.

Sanji secoua la tête et entreprit de prendre une grande inspiration. Il fallait qu'il se ressaisisse. Il ne pouvait pas se ruer sur ses compagnons d'équipage parce qu'il n'était pas suffisamment attentif à son environnement. Ce manque de concentration pouvait coûter cher à chacun d'entre eux.
Jetant sa cigarette, le blond se positionna auprès de Nami et de Robin pour mettre au tapis leurs derniers assaillants. Plus vite ils seraient débarrassés de cette gêne, plus vite il pourrait s'occuper de son repas.


Comme prévu, le combat s'était rapidement terminé et les perdants avaient regagné leur bateau en clopinant pour rejoindre leur chef largement ensanglanté par la lame du bretteur de l'équipage. Ils avaient ensuite mis les voiles sous le regard déçu du capitaine au chapeau de paille et Sanji avait repris ses préparations.

Il n'avait pas été long à appeler ses compagnons et tous profitait à présent d'un repas bien mérité. Les conversations allaient bon train et les appétits étaient visiblement creusés après ces dépenses énergétiques imprévues.

"Sanji, il reste du pain? demanda la navigatrice.

- Bien sûr, ma douce. Sers-toi."

Le cuisinier lui tendit la panière et Nami en prit un morceau.

"J'me fais du souci pour la Marine, fit Franky à ses côtés. Ils attaquent sans réfléchir des équipages bien plus forts qu'eux. Ils vont jamais réussir comme ça!

- Arrête de t'inquiéter pour des ennemis, soupira le sniper. Tant pis pour eux s'ils sont stupides.

- Il ne faut jamais sous-estimer un adversaire, ajouta Chopper. Même la plus insignifiante attaque peut être mortelle si on n'y prend pas garde!"

Tout en écoutant d'une oreille la conversation, Sanji slaloma parmi ses amis et déposa sa salade puis resservit son capitaine avant qu'il ne s'attaque à l'assiette de ses camarades. Il repartit ensuite vers le four pour s'assurer que sa tarte était encore chaude.

"Y a plus de bouteille, grogna alors Zoro qui cherchait des yeux sa boisson.

- Peut-être qu'ils ne savaient pas qu'il s'agissait de l'équipage du chapeau de paille, suggéra Brook.

- Dans ce cas-là, ils seraient vraiment stupides, grommela Ussop en terminant sa part de gratin. Y a qu'à regarder le pavillon quand même…"

Devant son comptoir, le blond occupé à découper son dessert ne bougeait pas et le sabreur réitéra donc sa remarque en haussant le ton.

"Hé, cuistot! Où sont les bouteilles?"

Sanji l'entendit enfin et il déposa rapidement son couteau avant de fouiller dans sa réserve. Il attrapa ensuite une bouteille et la lui lança distraitement pour pouvoir reprendre sa tâche au plus vite.

Zoro contempla sa nouvelle bouteille d'un air morne. Le cuistot s'était trompé et lui avait refilé une bouteille de vin blanc au lieu de son saké habituel. Il suivit alors du regard ses gestes concentrés et lorsqu'il apporta la tarte quelques instants plus tard, l'épéiste s'arrangea pour boire ostensiblement au goulot dans le but de lui faire payer son étourderie. Il savait que le blond détestait ça.

Celui-ci le dévisagea une seconde en le voyant faire et le sabreur commençait à sourire victorieusement lorsque le cuisinier lui coupa le sifflet en lui déposant simplement un verre avant de repartir pour servir leurs amis. Zoro serra les dents et plongea dans son assiette. Il ne remarqua pas le silence soudain assourdissant dans la pièce, à l'exception des coups de fourchettes enthousiastes de Luffy, ni les coups d'oeil curieux ou inquiets de ses compagnons d'équipage entre eux autour de la table.

Le dernier bout de tarte avalé, Nami déposa délicatement sa serviette sur la table.

"Merci pour ce repas, Sanji, c'était délicieux. Zoro, tu l'aides à débarrasser.

- Quoi? Pourquoi moi?! s'indigna le concerné.

- Parce que je te dis de le faire, répliqua tranquillement la navigatrice.

- Je suis ravi que le repas ait été à ton goût, Nami-chérie! Mais en ce qui concerne la vaisselle, ce n'est pas la peine, lui montra alors le cuisinier. J'ai déjà commencé à nettoyer les plats et…

- Zoro t'aidera à débarrasser, point final", le coupa-t-elle.

Sanji s'inclina devant sa décision et repartit vers son évier. La jeune femme se leva ensuite rapidement et lança un regard appuyé à ses autres compagnons.

"On y va."

Bien que certains de ses amis lui jettent un coup d'oeil intrigué, son air revêche les dissuada de questionner davantage ses intentions et l'escrimeur fronça les sourcils en voyant tout le monde se ruer vers la sortie, Franky entraînant Luffy dans son sillage pendant qu'il finissait de lécher le plat. Haussant les épaules, il se leva à son tour et commença à empiler les assiettes.

La corvée s'effectua en silence mais sans animosité. Tandis qu'il finissait de ranger, Zoro attrapa à nouveau sa bouteille, bien décidé cette fois à exiger une explication.

"Tu m'as filé une bouteille de vin tout à l'heure. C'est quoi ton problème, sourcil en vrille?"

Le blond releva la tête de sa vaisselle et se retourna pour contempler la bouteille que le bretteur lui agitait sous le nez. Il secoua finalement la tête.

"J'ai pas fait gaffe.

- T'es à côté de tes pompes en ce moment, constata le sabreur. Si tu crois que j'ai pas remarqué que t'as failli me confondre avec un des Marines tout à l'heure...

- J'ai dit que j'avais pas fait attention, n'en fais pas tout un plat", répondit simplement le cuisinier en reprenant sa vaisselle.

Zoro resta bêtement planté derrière lui, sa bouteille à la main, tandis que Sanji rinçait les assiettes.

"Tu veux autre chose? lui demanda le cuisinier après un instant.

- Euh… non."

Satisfait, Sanji poursuivit sa tâche et il entendit la porte se refermer derrière l'escrimeur quelques secondes plus tard. Il termina sa vaisselle, la sécha et nettoya la table presque sereinement.

Il n'en revenait pas de pouvoir converser aussi normalement avec le sabreur de l'équipage aujourd'hui. Les premiers jours avaient été un tourment effroyable et le blond avait cru un instant qu'il allait y perdre sa santé mentale mais son esprit avait fini par trouver un compromis : il avait purement et simplement enfermé toute émotion concernant le bretteur dans un coin de sa tête et le cuisinier avait recommencé à respirer un peu plus légèrement.

Sanji ne put s'empêcher de soupirer malgré tout tandis qu'il se débarrassait de son tablier. Il sentait bien les regards interrogatifs de ses compagnons d'équipage sur lui et il avait même conscience de paraître un peu détaché et ailleurs mais il n'y pouvait rien. Il savait qu'il était loin d'avoir digéré quoi que ce soit et son attitude renvoyait davantage à un mécanisme de défense qu'à sa capacité de dépasser les évènements. Tant pis. Pour l'instant, il s'en contentait largement car il ne se sentait pas prêt à rouvrir la porte au flot de sentiments contenus en lui.


Nami vit le sabreur foncer vers la vigie puis entendit la trappe se refermer bruyamment derrière lui. Elle secoua alors la tête, dépitée. A ses côtés, Ussop avait également suivi la silhouette de l'escrimeur des yeux et il fronça les sourcils.

"Ils sont vraiment bizarres tous les deux en ce moment," marmonna-t-il.

Le reste de l'équipage emmené par Nami était descendu sur le pont et s'y reposait tranquillement, hormis Luffy qui s'était mis à chasser des papillons.

"Ils sont presque civilisés l'un envers l'autre et bizarrement, ça me fout les jetons, reprit le sniper. Ca leur ressemble pas.

- C'est clair, approuva le cyborg qui tenait le gouvernail. C'est trop calme.

- Ils ont dû se disputer, soupira Chopper qui s'était assis dans l'herbe verte. Et ils sont tellement fâchés qu'ils s'ignorent…

- Ils ne s'ignorent pas vraiment, ils sont même très courtois l'un envers l'autre et c'est le plus désarmant, nota Brook.

- Ouais… Ils se sont sûrement endormis un soir et l'un a voulu tuer l'autre dans son sommeil, affirma soudain le canonnier. Du coup, ils ont pris leurs distances."

Il s'attira alors une série de regards blasés.

"Sérieusement? C'est ça que tu imagines? lui demanda Franky.

- C'est plausible, les gars! s'entêta le tireur d'élite. Vous avez vu comment ils se regardent la plupart du temps?

- Je pense qu'il s'agit d'un malentendu, expliqua le petit renne. C'est souvent comme ça dans les histoires de couple.

- Tu crois vraiment qu'ils ont une vie de couple au sens normal du terme? lui fit remarquer Ussop, désabusé. Ils se tapent dessus, Sanji flirte avec tout ce qui a une forme féminine et Zoro fait une tête d'assassin dès qu'on évoque leur relation. Ils sont peut-être même pas vraiment ensemble en réalité!

- Ils ont une manière atypique de communiquer mais leurs sentiments n'en sont pas moins forts, intervint doucement l'archéologue qui lisait un livre aux côtés de Chopper.

- De toute façon, ils doivent être vraiment tordus pour autant alterner entre amour et haine, soupira le sniper. Probablement des carences affectives dans leurs enfances...

- En attendant, ils ne font plus rien du tout maintenant, leur rappela tristement Chopper. Ils ne se battent même plus et c'est vraiment inquiétant...

- Ils se prennent la tête tous les quatre matins, c'est peut-être une dispute de plus", suggéra Franky en haussant les épaules.

A ces mots, la navigatrice baissa les yeux. Elle n'avait pas encore parlé à ses compagnons de l'étrange découverte qu'elle avait faite en rentrant de leur dernière escale deux semaines auparavant.

"C'est plus que ça, soupira-t-elle finalement. Ils… Ils m'ont rendu la clé de leur chambre."

La nouvelle fit l'effet d'une douche froide à ses amis. Ussop la dévisagea, bouche bée, tandis que les yeux de Chopper se remplirent instantanément de larmes.

"Merde, c'est vrai que c'était vraiment bizarre mais je pensais pas qu'ils en étaient arrivés là, grimaça Franky après quelques instants. Ils sont jamais d'accord sur rien, qu'est-ce qui a bien pu se passer cette fois?

- Le coeur a ses raisons que la raison elle-même ignore", répondit laconiquement Brook.

Ussop se mordit les lèvres. Ses deux compagnons d'équipage lui apparaissaient comme des ovnis mais pour autant, il ne voulait pas se résigner. Il ne pouvait pas croire que cette relation incongrue se termine de cette manière. Elle était tellement improbable qu'elle méritait forcément qu'on s'y attarde un peu.

"On peut peut-être les réconcilier, proposa-t-il, incertain.

- A ta place, je m'en mêlerai pas, le dissuada le cyborg en soupirant.

- Mais ils ne peuvent pas rester comme ça, insista le petit renne que l'intervention d'Ussop avait redonné espoir. Ils ne sont même plus eux-mêmes!

- Franky a raison, ce sont leurs histoires", intervint Nami à son tour.

Le sniper se tourna brutalement vers elle, ne l'entendant pas de cette oreille.

"J'te signale que c'est en grande partie grâce à eux si t'es toujours avec Luffy! pointa-t-il. Sanji a imaginé le repas et Zoro a parlé à Luffy! D'accord, ils sont bizarres tous les deux et les savoir ensemble est carrément flippant mais on peut quand même leur renvoyer l'ascenseur! C'est leur bonheur avant tout!" déclama-t-il avec ferveur.

Nami secoua la tête.

"Je ne suis pas contre l'idée en elle-même, Ussop. Crois-moi, je voudrais bien les aider, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai dit à Zoro de débarrasser mais visiblement, ça n'a rien donné.

- Oh…

- Regarde-les, ils n'ont rien à voir avec Luffy et moi, soupira-t-elle à nouveau.

- C'est vrai, constata le médecin d'un air triste. Je ne vois pas ce qu'on peut faire...

- Ils vont sûrement finir par se réconcilier tout seuls, fit alors le squelette d'un ton léger. La jeunesse est fougueuse mais elle ne manque pas de bon sens!

- Peut-être, approuva la navigatrice. Mais ils sont tellement butés…

- Robin, t'as une idée sur la marche à suivre? lui demanda Franky en se tournant vers elle.

- Non, je rejoins l'avis de notre musicien, répondit l'archéologue en tournant une page de son livre. Nos amis sont fiers et ils n'accepteraient pas que l'on s'immisce dans leur vie privée."

Le silence retomba mollement sur l'assistance et Nami décida finalement de secouer l'équipage.

"Faisons-leur confiance, ils parviendront bien à trouver un terrain d'entente tôt ou tard quel que ce soit le statut de leur relation. Pour l'instant, il vaut mieux les laisser tranquille, on ne ferait qu'aggraver les choses. Comportons-nous comme d'habitude et laissons-leur le temps."

Ses amis acquiescèrent lentement et le groupe se dispersa enfin à ses occupations.


Le sabreur envoya rouler son haltère qui craquela le plancher de la salle d'observation et il grimaça. Merde, Franky allait encore en faire une maladie...

Il ramassa le poids et l'installa précautionneusement avant de s'y appuyer pour s'asseoir. Il soupira ensuite en essuyant la sueur qui perlait sur son front d'un geste de la main, frustré. Il n'avançait pas du point de vue concentration. Son entraînement physique était satisfaisant mais le calme lié à la méditation se délitait trop rapidement et il n'arrivait pas à visualiser ses techniques de combat plus de quelques secondes. Il avait pourtant redoublé d'efforts ces derniers jours.

A ce triste constat, il soupira lourdement. Il commençait à réellement se faire du souci : le sommeil avait commencé à le fuir, chose ô combien improbable depuis qu'il était né, et lors de ces longues heures, allongé seul dans la nuit, son esprit tourbillonnait en tous sens. Il en venait presque à remettre en cause sa dernière décision dont semblait avoir découlé tous ses nouveaux problèmes. Heureusement, aux premières lueurs de l'aube, sa raison reprenait le dessus.

Soudain, l'escrimeur se releva, terriblement en colère. Il savait à qui il devait son état de nerfs perpétuel qui l'empêchait de se focaliser totalement sur ses objectifs : à cet enfoiré de cuistot qui ne lui décochait plus un mot ni un regard depuis des jours.

Au départ, son attitude l'avait arrangé car il avait craint des scènes interminables de sa part et passé le soulagement, il avait naturellement imaginé que leur ancienne rivalité allait refaire son apparition entre eux. Et il avait attendu cet instant avec impatience, pressé d'en venir aux coups pour enfin échanger quelque chose, déverser leurs ressentiments respectifs et reprendre leur vie là où ils l'avaient laissé quelques mois auparavant.

Mais depuis qu'il avait quitté la chambre, le blond affichait en permanence une attitude indifférente à son égard. Il ne répondait pas à ses provocations et le sabreur avait la nette impression que ce n'était pas parce qu'il se contenait mais plutôt parce qu'il n'en avait strictement rien à faire. Il avait simplement rayé Zoro de sa vie depuis ce jour.

Tant mieux, aurait-il dû penser. Malheureusement, les choses n'étant jamais aussi simples, Zoro avait de plus en plus de mal à croiser le cuisinier sans avoir envie de lui hurler que tout était de sa faute s'ils en étaient là. Pourtant, il savait bien que ce n'était pas tout à fait le cas.

Le bretteur serra les dents. Il ne pouvait pas revenir sur sa décision, ça n'aurait aucun sens. Il avait choisi de claquer la porte pour une bonne raison alors il devait s'y tenir. S'il ne tenait pas ses résolutions, quelle chance avait-il de devenir un jour le meilleur?

Déterminé, il reprit ses haltères et s'imposa une nouvelle série d'exercices. 10 000 pour commencer.


Ce soir-là, Nami tapotait son stylo sur sa carte d'un air songeur. Installée à son bureau, cela faisait plus d'une dizaine de minutes qu'elle n'avait rien tracé. A son plus grand désespoir et malgré son propre discours un peu plus tôt, elle était préoccupée par l'attitude du cuisinier et de l'escrimeur. Elle savait que ce n'était pas ses affaires et par-dessus tout, elle se fichait bien de l'état de leur relation jusqu'ici entre leurs incessantes bagarres et leurs nuits infernales qui l'énervaient plus qu'autre chose. Mais depuis quelques jours, ce n'était plus de la colère ou de l'indifférence qu'elle ressentait mais bien de la tristesse. Tristesse de voir Sanji se murer dans le silence alors qu'il était d'habitude si prompt à animer le Sunny ou à se proposer de l'aider. Tristesse de constater que Zoro était encore plus taciturne qu'avant et qu'il passait son temps enfermé à cause de ses entraînements trop intensifs. Tristesse enfin de ne plus les entendre renverser le mobilier et dévaster le Sunny à tout bout de champ. Quoiqu'elle en dise, l'ambiance n'était plus la même et elle devait reconnaître que leurs présences bruyantes participaient à l'atmosphère particulière et si chaleureuse de l'équipage.

Tout le monde était touché à présent. Pendant le dîner, elle avait même dû donner un coup de pied sous la table à Ussop pour qu'il cesse de dévisager Zoro et elle avait cru que Chopper allait fondre en larmes quand Sanji avait ignoré une remarque du sabreur. Elle ne pensait pas que l'équipage en viendrait à se diviser en prenant partie pour l'un ou l'autre mais pour autant, elle n'avait pas souvenir d'un climat aussi morose entre eux depuis le début de leur voyage.

La navigatrice soupira et ouvrit le tiroir de son bureau. A l'intérieur, une parure de rubis rougeoyants scintillait. Elle la caressa du bout des doigts avant de refermer doucement le compartiment du meuble. Évidemment, elle savait que le risque d'une relation dans l'équipage était principalement la rupture. La rupture du couple mais aussi la rupture de l'esprit d'équipe. Elle-même s'était engagée dans ce jeu dangereux avec le capitaine et elle craignait que cela ne se révèle dévastateur sur le long terme.

"Nami, viens voir! Y a encore des étoiles filantes!"

La jeune femme releva les yeux et constata que Luffy l'attendait sur le pas de la porte, surexcité. Comme d'habitude. Comme s'il était imperméable à l'atmosphère pesante qui s'était installée sur le Sunny.

"J'arrive."

Elle rangea son matériel lentement et sortit sur le pont rejoindre le garçon au chapeau de paille.

"T'as vu? Y en a encore plus que la dernière fois!" lui montra-t-il en tendant sa main vers le ciel.

- Oui, c'est la saison de l'année, répondit-elle. Cela va durer trois nuits.

- C'est trop cool!"

Sur le pont, seul Franky bricolait encore. Zoro était de garde et les autres n'étaient nulle part en vue, peut-être déjà couchés ou dans la bibliothèque.

"Tu veux qu'on aille sur le toit comme la dernière fois?!" lui demanda alors le capitaine, les yeux brillants d'excitation.

La navigatrice ne put s'empêcher de sourire devant son enthousiasme.

"J'en serai ravie."

Luffy passa immédiatement le bras autour de sa taille et les éleva d'un coup de gum-gum pour les déposer sur le toit de la salle d'observation, au plus près de la voûte céleste. Ils s'allongèrent et contemplèrent les objets brillants de lumière éphémère qui striaient le ciel dégagé. Le spectacle était magnifique.

Pourtant, après quelques minutes, le garçon au chapeau de paille tourna la tête vers sa navigatrice.

"T'as l'air triste, Nami", fit-il en l'observant avec curiosité.

La jeune femme secoua doucement la tête.

"Ne fais pas attention. Je suis juste un peu inquiète pour Zoro et Sanji, c'est tout...

- Ah bon, pourquoi?" s'enquit-il en se redressant.

Nami se redressa à son tour avant de hausser mollement les épaules.

"Tu sais bien… Ils ne se parlent plus. Sanji est devenu totalement indifférent à ce qui l'entoure et Zoro passe son temps à repousser les limites de son corps. Et puis, ils m'ont rendu la clé de leur chambre...

- C'est pas grave, ils sont juste fâchés! Ca leur arrive tout le temps! lui fit remarquer Luffy.

- Peut-être mais en tout cas, j'ai remarqué que ça pèse vraiment sur l'ambiance de l'équipage...

- Ca va leur passer, insista le garçon au chapeau de paille, visiblement pas inquiet.

- Mais et si ça ne leur passe pas? souffla alors la navigatrice. S'ils conservent cette attitude et que ça change les choses entre eux? Entre nous?

- Rien ne changera. Quoi qu'il se passe, on restera tous ensemble!" répliqua fermement le capitaine.

Nami laissa échapper un petit soupir, les yeux perdus dans les eaux sombres de la mer.

"Imagine si ça nous arrive un jour, souffla-t-elle ensuite. Il faut voir les choses en face, c'est un risque qu'on a pris…

- Quel risque? s'étonna Luffy.

- Celui de changer nos relations.

- C'est une sacrée chance, oui!" s'exclama alors le jeune homme en riant.

La navigatrice reporta son regard vers lui, manifestement surprise.

"Tu crois?

- Bien sûr! Les liens sont encore plus forts! Je voulais le meilleur équipage pour devenir le Roi des Pirates et maintenant, on est une vraie famille!" lui expliqua-t-il sur le ton de l'évidence.

Nami se mit à sourire devant la détermination et la simplicité de sa déclaration. La manière dont Luffy voyait les choses était naturelle, logique, inébranlable.

"J'espère que tu as raison, murmura-t-elle alors en appuyant sa tête contre son épaule.

- Tu verras, répondit le capitaine avec confiance. Rien ne pourra nous séparer!"


Je fais ici référence au moment où Nami a fait un pari avec Zoro et où l'équipage croit que Nami a dévergondé le capitaine alors qu'ils ont simplement regardé les étoiles :)

Plus sérieusement, j'aime Luffy car il semble toujours savoir comment réagir face à la détresse de ses amis. Il a aussi une vision du futur qui se révèle souvent juste. Pour une fois, c'est grâce à lui que l'ambiance s'apaise alors rendons-lui hommage!

Roulement de tambour, le prochain chapitre sera celui tant attendu de l'explication entre nos deux héros...