Merci à Melaanie10, Akilie,deryous50, Wado21, Racx4400, AnimeExpression et Guest pour vos reviews.

Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.

Bonne lecture.

Réponse aux reviews anonymes:

Guest: Je te remercie pour ton enthousiasme et j'espère que la suite continuera à te plaire ^^


Chapitre 56

Me laisse pas m'en aller

Ussop ajusta son lance-pierres et en testa la flexibilité consciencieusement. Le soleil était haut dans le ciel en cette matinée et il s'était installé à l'avant pour bricoler tranquillement. Depuis qu'il avait changé les élastiques de son outil, toute sa précision avait été modifiée et il devait réapprendre à maîtriser son arme.

Soudain, il entendit un bruit métallique se répercuter dans toute la balustrade du Sunny et il leva instinctivement les yeux vers Zoro non loin de lui : son haltère venait de lui échapper. Il fronça les sourcils et s'approcha de quelques pas.

"Hé, Zoro, ça va? lui demanda-t-il en le voyant au bord de l'évanouissement contre la rambarde.

- Ouais.

- Bah on dirait pas, marmonna son ami tandis qu'il le détaillait des yeux.

- J'te dis que tout baigne alors va voir ailleurs", répliqua sèchement l'épéiste qui luttait pour reprendre son souffle.

Le sniper étouffa un soupir agacé. Cet entêté s'acharnait encore à repousser ses limites et ce n'était pas la dernière semaine écoulée pourtant ponctuée d'arrêts forcés à l'infirmerie qui le faisait baisser de régime. A ce rythme, son compagnon d'équipage allait s'écrouler avant le déjeuner, réalisa-t-il avec lassitude. Secouant la tête, Ussop décida de changer de méthode.

"Luffy, tu trouves que Zoro va bien?" lança-t-il nonchalamment au capitaine qui passait par là.

Le garçon au chapeau de paille s'approcha d'un pas joyeux et se pencha vers son second, plus pâle que jamais.

"T'es tout blanc, t'es malade? T'as le mal de mer? s'enquit-il avec curiosité.

- J'vais bien, grinça l'escrimeur contre la rambarde.

- T'es sûr? T'as pas faim?

- Monsieur a fait trop d'efforts sous le soleil et maintenant il tient à peine debout mais il joue les gros bras, râla Ussop derrière eux.

- C'est vrai, Zoro?"

Le bretteur ne savait plus où donner de la tête devant ce flot de paroles et les questions stupides de Luffy.

"J'ai juste un peu chaud, ça va passer, grogna-t-il.

- J'vais chercher Chopper", grommela le canonnier en s'éloignant.


Le petit renne avait fait installer Zoro à l'infirmerie avec l'aide de Luffy. Il l'avait ausculté à peine une minute avant de soupirer lourdement.

"C'est la troisième fois en une semaine que tu atterris ici, Zoro. Il faut que tu prennes davantage soin de ton corps.

- Qu'est-ce que j'ai? maugréa le sabreur.

- T'as pris un bon coup de chaud cette fois, lui expliqua le médecin. Il va falloir te ménager et boire beaucoup d'eau.

- J'me sens bien", marmonna-t-il en tentant de se relever.

Cette fois-ci, son ami sortit de ses gonds.

"Tu es au bord de la déshydratation! lui rappela-t-il sévèrement. Interdiction de sortir jusqu'à ce soir et pas d'exercice!

- Ca va pas? Pas question!" s'énerva l'escrimeur à son tour.

A leurs côtés, Luffy intervint en posant sa main sur l'épaule de son second.

"Tu vas rester te reposer comme Chopper a dit, décida-t-il.

- Mais qu'est-ce que je vais foutre pendant tout ce temps? s'agaça l'épéiste avec mauvaise humeur.

- Tu n'as qu'à dormir, suggéra le renne.

- Ou réfléchir, ajouta Luffy.

- Ca te va bien de dire ça! s'indigna le bretteur.

- En tout cas, tu restes ici, conclut Chopper. Je vais te ramener de l'eau."

Le médecin sortit de l'infirmerie et la mâchoire de Zoro se contracta sous l'effet de sa frustration.

"J'ai un entraînement à terminer…

- Tu le termineras après, répondit tranquillement Luffy.

- Je n'ai pas le temps, j'ai besoin de devenir plus fort, répéta l'escrimeur.

- Mihawk a dit qu'il t'attendrait, pourquoi t'es si pressé?" lui demanda alors le garçon au chapeau de paille.

Le sabreur se sentit légèrement embarrassé par la question mais il décida néanmoins de rester le plus honnête possible puisqu'il s'agissait de son capitaine.

"J'ai baissé mon niveau d'exigence dernièrement et je dois développer mon mental."

Luffy haussa les épaules en retour.

"En tout cas, t'as même plus le temps pour te battre avec Sanji et ça l'énerve, lui fit-il remarquer en jouant avec une potion de Chopper.

- Ca n'a rien à voir, grommela le bretteur en se renfrognant. Et puis ça ne l'ennuie pas, il s'en fiche."

Son capitaine reposa la potion et secoua la tête.

"Tu m'as dit toi-même que je devais prendre soin de Nami tous les jours sinon quelqu'un d'autre s'en occuperait mieux que moi alors tu devrais y faire attention, insista-t-il.

- Ouais, c'est ça, j'y penserai, marmonna sombrement Zoro.

- Super! s'enthousiasma le garçon au chapeau de paille qui n'avait pas perçu son ironie. J'avais bien dit à Nami qu'on était une famille et de toute façon, moi je vous fais confiance!"

Le sabreur le dévisagea, l'oeil vide. Chopper rouvrit la porte à ce moment-là et déposa un énorme tonneau d'eau devant son patient.

"Je surveillerai que tu boives régulièrement", le prévint-il d'un ton menaçant.

Zoro soupira et prit un verre qu'il dégusta lentement. Luffy bondit alors sur ses pieds, visiblement ravi.

"Je vous laisse, amusez-vous bien!"


"L'île suivante ne sera pas en vue avant plusieurs jours, est-ce que les réserves tiendront? demanda Nami au cuisinier pendant le dîner.

- Aucun problème, Nami-chérie, répondit le blond en déposant une assiette à Robin qui le remercia.

- C'est une bonne chose, il faut vraiment anticiper, fit la rousse. Notre prochaine destination a mauvaise réputation alors je ne sais pas dans quelle mesure nous pourrons faire le plein.

- Mauvaise réputation?" s'enquit le cyborg en vidant son verre de cola.

La navigatrice hocha la tête.

"L'île est présentée comme une destination de débauche et un repaire de hors la loi, expliqua-t-elle en se resservant en salade.

- De hors la loi?! se récria Brook.

- De débauche?! fit Ussop en écho.

- Ne paniquez pas, poursuivit tranquillement la jeune femme. Je suis sûre que ce n'est qu'une façade pour dissuader les pirates qui passent par-là de les attaquer. Ils doivent être dans les petits trafics sans grande envergure.

- Et sur quoi tu te bases?" lui demanda Franky.

Nami haussa les épaules.

"Les avis de recherche montent jusqu'à 80 millions de berrys mais la plupart sont des escrocs et des arnaqueurs notoires. Je suis certaine qu'ils font gonfler leurs primes auprès de la Marine pour se donner de l'importance. Ca ne m'étonnerait pas non plus que certains officiers acceptent des pots-de-vin en échange de ce service."

Les mâchoires du squelette et du sniper se décrochèrent autour de la table mais la navigatrice fit abstraction de leurs visages terrifiés.

"Il est vrai que tu es une experte dans ce domaine, nota Robin en buvant délicatement une gorgée de thé. Je pense que nous pouvons nous fier à ton jugement.

- Dans cette éventualité, je négocierai tous nos achats mais il faudra se préparer à se rationner, approuva son amie. Pas question de payer leurs marchandises à des prix exorbitants!

- Avec des primes pareilles, ils doivent égorger les touristes à tour de bras pour récupérer leurs porte-monnaie! s'épouvanta le sniper.

- Ca va être trop marrant!" s'enthousiasma Luffy en avalant sa dernière bouchée de purée.

La discussion sur le sujet étant close, Nami passa au suivant tandis que Sanji se battait à présent contre son capitaine pour préserver les deux assiettes qu'il avait mises de côté. En effet, Zoro était toujours confiné à l'infirmerie et Chopper avait tenu à rester avec lui pour le surveiller.

"Qui est de garde cette nuit? voulut savoir la navigatrice.

- Moi, fit Ussop en fronçant les sourcils. Pourquoi?

- Il va sûrement pleuvoir. Bonne chance."

Le canonnier laissa tomber sa tête sur la table et Luffy en profita pour lui subtiliser son éclair au chocolat.


Zoro contemplait pensivement le plafond de l'infirmerie. Non loin de lui, Chopper pilait des herbes dans un bol et faisait chauffer ses préparations avec attention. Ils avaient mangé en tête à tête dans un silence presque religieux un peu plus tôt. Le petit renne avait continué à lui lancer des regards sévères et le sabreur s'était recouché rapidement, hésitant entre lassitude et gêne.

Coincé sur son lit, les paroles de son capitaine tournait désormais en boucle dans sa tête. Ses entraînements devenaient ridicules à force de s'imposer autant d'efforts et il savait bien que le corps ne gagnait pas en puissance ni en performance lorsque les limites étaient trop souvent dépassées sans qu'il n'ait le temps de se reposer.

Le sabreur soupira. Au fond de lui, il savait pourquoi il s'imposait un tel rythme : épuiser son corps lui permettait de faire abstraction de son mental et lui donnait ainsi l'illusion de contrôler encore la situation. Mais Zoro ne maîtrisait plus rien.

Tout avait dérapé depuis qu'il avait préféré mettre un terme à son rapprochement avec le blond. Il avait pourtant cru sincèrement qu'il s'agissait de sa meilleure chance de poursuivre son rêve mais quelque part, entre son désir de ne pas perdre de vue son objectif et la distraction que semblait représenter cette relation, il avait dû se tromper.

Car depuis ce jour, tout était plus compliqué. Ses entrainements piétinaient, le sommeil le fuyait, sa méditation demeurait superficielle et il ne parvenait pas inverser la tendance. Cette relation lui avait causé nombre de troubles jusqu'ici mais c'était pire encore maintenant qu'elle n'existait plus. Les liens si particuliers qu'ils avaient créé étaient douloureusement absents et lui rappelait une sensation dont il n'avait jamais eu tout à fait conscience auparavant : la solitude. Même si le bretteur tenait à s'isoler régulièrement pour se concentrer, la présence du cuisinier à ses côtés avait rempli agréablement ses moments de détente ces derniers mois. L'entendre bavasser à tout bout de champ l'avait bercé, lui voir son sourire démesuré l'avait amusé, le regarder prendre du plaisir avec lui l'avait exalté.

Depuis ce jour, il n'avait plus rien. Ni relation ni progression. Depuis ce jour où il n'avait pas pris soin de son compagnon d'équipage. Et il fallait bien qu'il se l'avoue à présent : il le regrettait. Ce soir-là, trop obnubilé par ses propres considérations, il avait balancé celles du cuistot et avait claqué la porte sans un mot.
Sans un mot. C'était bien ça le fond du problème. Priver Sanji d'explication était la pire chose qu'il aurait pu lui infliger. Pourtant, le blond lui avait bien dit que cet acte était précieux pour lui et même pour leur relation. Ils avaient tous les deux convenu de faire des efforts pour se faire confiance mutuellement et le cuisinier avait tenu sa parole depuis leur dernière dispute à ce sujet. Leur relation s'était vraiment améliorée et lui avait claqué la porte sans lui dire pourquoi en retour.

Le sabreur ferma les yeux une seconde. Il avait suffisamment reproché au cuistot de nier ses propres désirs au début de leur rapprochement et il avait honte d'en être là lui aussi aujourd'hui. Il ne pouvait pas lutter contre ce qu'il ressentait de cette façon, il avait constaté son échec. Il fallait qu'il relève la tête et qu'il accepte que ces émotions fassent partie de lui. Il devait les analyser et les intégrer à son esprit, à son entraînement. Ainsi, il poursuivrait sa quête de connaissances et de développement personnel, indispensables prérequis à son objectif final.

Zoro s'obligea à respirer profondément. Maintenant qu'il visualisait le problème dans son ensemble et qu'il reconnaissait ses faiblesses, il savait ce qui lui restait à faire. Il ne savait pas exactement de quelle manière il parviendrait à maîtriser ses sentiments pour qu'ils ne l'envahissent pas totalement mais ce dont il était sûr, c'était que se priver de sa relation avec le cuistot n'allait pas l'aider. Au contraire, il n'était à présent même plus capable de mener à bien un simple entrainement. Il était pourtant décidé à surmonter cette entrave parce qu'il voulait devenir le meilleur. Il voulait vaincre Mihawk.

Le sabreur avait néanmoins un obstacle de taille à franchir avant de faire face à nouveau à son démon personnel : son attitude indigne envers le cuisinier de l'équipage le privait désormais de toute considération de sa part. Le blond ne lui opposait plus que son mépris à longueur de temps et il savait qu'il l'avait mérité. Il avait déshonoré ce qu'ils avaient partagé. Maintenant qu'il se rendait compte de son erreur, comment pouvait-il y remédier? Etait-elle seulement rattrapable?

L'escrimeur soupira à nouveau. Luffy avait raison. C'était comme s'il avait brisé une de ses lames et il n'était pas dit qu'il puisse un jour la réparer.

Soudain, Zoro se releva et ajusta ses sabres à sa taille. Quand une lame se brisait, il fallait recoller les morceaux et même si elle conservait une marque, un bon escrimeur pouvait continuer à la manier avec précaution. Il devait donc essayer de réparer Sanji par ses explications, c'était bien le minimum qu'il puisse faire. Ensuite, il verrait s'il pouvait encore le convaincre de lui pardonner malgré sa cicatrice.

L'épéiste savait qu'il parviendrait plus facilement à être en accord avec lui-même si le blond le considérait avec respect mais il l'avait sacrifié au profit de sa progression. Il espérait donc simplement dans un premier temps que reconnaître son erreur lui permettrait de prouver ses nouvelles intentions. S'il retrouvait un peu d'estime de sa part de cette manière, il était prêt à se battre, à l'écouter déverser sa colère sans broncher et même à s'excuser autant de fois que nécessaire.

Oui, Zoro était décidé à se laver de son indignité et il savait qu'il allait devoir mettre son orgueil de côté en vue de son objectif. Il était responsable de ses propres malheurs alors il serait l'artisan de sa renaissance. Il allait se montrer honnête même s'il frémissait à la perspective de confier ce qu'il se passait en lui.

Le sabreur prit une grande inspiration pour tenter de raffermir son assurance. Il était temps qu'il se montre à nouveau à la hauteur de son futur destin.


Chopper sursauta lorsqu'il entendit la porte de l'infirmerie claquer. Il tourna la tête et constata que Zoro avait pris la poudre d'escampette. Il regarda l'horloge. Le bretteur s'était tenu tranquille presque toute la journée, il s'était correctement hydraté et ses dernières constantes étaient bonnes. Rassuré, le petit renne reprit ses mélanges en se concentrant.


Sanji se releva lentement. Le sommeil le fuyait et il avait besoin de bouger alors il monta à la salle d'observation pour remplacer Ussop de son tour de garde. Trop heureux et ne cherchant pas à comprendre, celui-ci s'empressa de redescendre, volant littéralement à la perspective de retrouver son lit si rapidement.

Le cuisinier laissa ensuite son regard se perdre dans la mer noire qu'il dominait tout en tirant sur sa cigarette. Ses barrières s'affaiblissaient. Le déni qui l'avait si bien protégé quelques jours encore auparavant s'estompait et la douleur refaisait surface en lui de plus en plus souvent. Il se sentait toujours affreusement trahi et la blessure était plus douloureuse encore que la rupture elle-même. Elle empoisonnait littéralement toutes ses pensées, lui rappelant que la confiance en Zoro qu'il avait perdu, il devait cependant la lui conserver en tant que membre de l'équipage.

C'était un dilemme impossible. Il redoutait le jour où un puissant ennemi les attaquerait à nouveau. Pourrait-il encore s'en remettre à lui? Pourrait-il lui confier la vie de leurs amis? Il n'en était plus certain… Inconsciemment, son esprit se méfiait dorénavant de l'escrimeur et c'était la raison pour laquelle il ne s'était pas reposé sur lui lors de la dernière attaque qu'ils avaient subi. Il avait voulu protéger Chopper puis Ussop en oubliant que Zoro était là. Parce qu'il n'avait plus confiance.

Sanji tourna nonchalamment la tête au son de la trappe dans son dos. Il cessa totalement de respirer pendant une seconde en reconnaissant son visiteur mais reprit bien vite son attitude précédente en soufflant longuement la fumée de sa cigarette.

"Je remplace Ussop. Chopper a dit que tu resterais à l'infirmerie cette nuit et il va sans doute pleuvoir mais si t'es de retour, je te laisse la place."

Il s'engageait vers la sortie lorsque Zoro l'arrêta.

"Non, c'est bon... Je te cherchais justement."

Sanji se figea avant de se tourner légèrement vers lui, les sourcils froncés.

"Pourquoi?"

A ces mots, le sabreur planta son regard dans le sien.

"Je viens m'excuser."

Le blond sentit ses yeux s'écarquiller tandis qu'il assimilait lentement ses paroles puis il se tourna totalement vers l'escrimeur, incrédule.

"Ne me dis pas que tu veux parler maintenant? J'ai arrêté d'espérer, tu sais", lui fit-il savoir placidement.

Le cuisinier tira ensuite sur sa cigarette, toisant l'escrimeur avec application.

"Sanji… Je suis désolé.

- Tu es désolé?"

Le blond se rapprocha jusqu'à lui faire face, se composant l'expression la plus neutre possible. Pourtant, l'entendre évoquer ce sujet lui rendait de son éloquence et fissurait un peu plus ses barrières. Libérant sa colère.

"J'en ai rien à foutre de tes excuses, siffla-t-il. Tout ce que je te demandais, c'était d'être honnête mais tu t'es défilé. J'aurais jamais cru penser ça un jour mais t'es un putain de lâche, Roronoa Zoro."

Le cuisinier se détourna brutalement et s'apprêtait à sortir de la vigie lorsque le sabreur le retint par le bras. Le sang de Sanji ne fit qu'un tour et il lui décolla un magistral coup de pied qui envoya Zoro percuter le mur du fond.

"T'as perdu le droit de me toucher, faut que tu t'en souviennes", murmura le blond d'un air sombre.

L'épéiste se releva lentement avant de se rapprocher à nouveau.

"Je suis désolé. Je sais que t'as le droit de savoir alors je suis venu te le dire."

Sanji sentit son souffle s'accélérer et il tira plus fort sur sa cigarette. Est-ce qu'il voulait vraiment l'entendre cette explication? Elle arrivait bien tard mais au moins, elle pourrait peut-être permettre au sabreur de continuer à le regarder dans les yeux.

Ce dernier soupira face à lui, visiblement mal à l'aise.

"Je pouvais plus...

- Pourquoi? ne put s'empêcher de demander le cuisinier.

- Les choses ont changé, c'est plus ce que j'avais imaginé."

Sanji souffla longuement et la fumée s'échappa en volutes autour de lui.

"T'aurais dû me le dire.

- Je sais. Je suis désolé."

Le cuisinier tourna les talons en direction de la trappe mais le sabreur l'interpella à nouveau.

"Attends, je su-

- Ouais, t'es désolé, ironisa le blond qui s'était immobilisé sans pour autant lui faire face. J'ai compris. Tu peux retourner dormir la conscience tranquille maintenant.

- J'peux plus dormir."

Le cuisinier se tourna finalement vers lui, amer.

"Qu'est-ce que tu cherches en me balançant ça maintenant? T'attends que je te pardonne?

- Oui."

Sanji écarquilla les yeux devant tant de naïveté.

"Ben tu manques pas d'air!" s'insurgea-t-il.

Zoro s'approcha alors d'un pas, toujours déterminé.

"Je veux que tu me pardonnes et que tu me donnes une autre chance. Je veux qu'on reparte à zéro toi et moi."

Sanji le dévisagea à nouveau, bouche bée, avant que la colère dormante qu'il tentait d'étouffer depuis près d'un mois ne s'abatte sur lui comme une lame de fond.

"Tu te prends pour qui?! Tu m'as délibérément repoussé, tu l'as nié et après t'es parti sans un mot! Tu te crois si irrésistible que tu peux me traiter comme une de tes conquêtes d'un soir?! J'suis pas un putain d'objet que tu peux utiliser quand ça te chante!

- Je t'ai jamais traité comme un objet", grogna Zoro en grimaçant sous l'avalanche de reproches.

Le sabreur n'avait jamais été un fin stratège. Il savait qu'il avait abordé ce sujet beaucoup trop vite mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Il avait compris qu'il s'était trompé et leur relation lui manquait alors il avait seulement voulu faire comprendre son point de vue au blond face à lui mais ce n'était définitivement pas la réponse qu'il avait espérée.

"T'as fait pire que me traiter comme un objet! s'étrangla le cuisinier face à lui. Tu aurais dû te montrer honnête mais tu t'es foutu de ma gueule! C'est quoi ton problème? T'as rencontré quelqu'un d'autre?

- Dis pas de connerie, gronda le sabreur.

- Alors quoi?! Tu t'es lassé, c'est ça? A moins que tu m'aies mené en bateau depuis le début?!

- Mais non, je savais pas quoi faire, c'est tout! J'étais dépassé!

- J'te dis que j'en ai rien à foutre de tes excuses!" hurla finalement le blond.

Il lui balança un coup de poing monumental que Zoro reçut en pleine tête. Le sabreur trébucha en arrière avant de rétablir son équilibre et de le dévisager, blême de stupeur. Jamais le cuisinier n'utilisait ses mains. Pourtant, à quelques pas, la haine flambait dans son unique oeil visible et il ne semblait pas avoir eu conscience de son geste.

Ne sachant que faire d'autre, Zoro s'empara de ses sabres en un éclair et contra l'attaque suivante qui venait plus logiquement des pieds du cuistot. Il tenta de le frapper à son tour mais Sanji l'esquiva et le repoussa à nouveau. Le bretteur se baissa promptement puis le déséquilibra d'un coup de sabre qui lui frôla la joue. Au comble de la fureur, le blond se jeta en avant et fit tomber Zoro d'un coup de pied dans les jambes.

A terre, deux des sabres de l'homme aux cheveux verts lui échappèrent mais il garda le Wadô en main et empêcha le cuisinier de s'approcher plus près tout en se relevant souplement.

Les deux hommes se fusillèrent du regard, le souffle court. Leur combat n'avait pas duré plus de deux minutes mais ils haletaient, les émotions gonflant leurs respirations plus que les coups.

"Je veux une deuxième chance, répéta Zoro d'une voix ferme.

- Ca marche pas comme ça, répliqua froidement le blond.

- Je sais que je t'ai blessé mais faut que tu me laisses t'expliquer!"

Le sabreur ne savait plus quoi dire pour retenir son compagnon d'équipage et son ton en devenait presque implorant. Sanji hésita.

"Et pourquoi je le ferais? s'agaça-t-il finalement.

- Parce que je te le demande.

- Et quand est-ce que tu as répondu à mes demandes à moi? lui rappela sèchement le cuisinier. Qui me dit que tu ne cherches pas à m'embrouiller un peu plus? Peut-être que tu te sers encore de moi comme tu l'as fait depuis le début! finit-il par cracher.

- Arrête ça, gronda l'escrimeur. Tu as le droit d'être en colère contre moi et je t'ai peut-être manqué de respect mais j'me suis jamais servi de toi et tout ce que j'ai fait lorsqu'on était dans cette relation a toujours été sincère.

- Eh bien sache que c'est pas l'impression que j'ai", rétorqua le blond en plantant son regard dans le sien.

Zoro rangea le Wadô dans son fourreau d'un geste sec en secouant la tête. Il fallait qu'il trouve une solution.

"Qu'est-ce que je peux faire alors? lui demanda-t-il, prêt à lui prouver sa bonne foi.

- Rien. Je veux plus rien à voir à faire avec toi, répondit sombrement le cuisinier.

- Mais…

- Zoro, non!"

Sanji tenta brutalement de reprendre son souffle qui s'emballait sous l'effet de ses émotions.

"J'veux pas t'entendre, murmura-t-il, la gorge soudain serrée. J'peux pas. Pas maintenant.

- Quand?

- J'en sais rien. Peut-être jamais."

Le sabreur sentit une sourde inquiétude lui nouer le ventre à la vue de la brusque sensibilité du blond face à lui. Il avait vu Sanji passer par toute la palette des émotions possibles depuis qu'il avait rejoint l'équipage et si la passion le caractérisait dans tout ce qu'il faisait, il la déclinait aussi bien en termes de fureur, de joie ou d'empathie. Mais jamais encore il n'avait observé cette douleur dans ses yeux.

"T'as aucune idée de ce que tu m'as fait, poursuivit le cuisinier d'une voix blanche.

- Je sais que je suis parti sans rien te dire, j'aurais pas dû", tenta une nouvelle fois de s'excuser l'escrimeur.

Sanji secoua la tête, presque amusé.

"Les ruptures, ça fait mal mais c'est pas ce que tu m'as fait de pire."

Zoro fronça les sourcils. Il ne s'attendait pas à ça et l'angoisse qui lui serrait les entrailles un peu plus tôt doubla de volume.

"Qu'est-ce que… j'ai fait?" murmura-t-il nerveusement.

Le blond le considéra une seconde avant de secouer doucement la tête.

"T'as brisé la confiance que j'avais en toi, tête d'algue, souffla-t-il. Maintenant quand je te regarde, j'vois plus un membre de l'équipage. Je vois un traître. Voilà ce que tu m'as fait."

Le coeur de l'escrimeur loupa un battement. Ils ne pouvaient pas en être arrivés là… Zoro sentit sa maigre assurance s'effriter davantage encore. C'était plus que son couple qu'il fallait réparer, c'était toute leur relation depuis le premier jour!

Il releva pourtant la tête pour affronter le regard du cuisinier, résolu. S'il devait s'en vouloir le reste de sa vie, il ne le ferait pas avant d'avoir tout tenté.

"Sanji, dis-moi ce que je peux faire. S'il te plait."

Le cuisinier lui jeta un bref coup d'oeil tandis que son émotion refluait. Il y avait bien une chose qu'il voulait savoir depuis le premier jour.

"Quand j'ai commencé à te poser des questions, tu m'as dit sur l'île des marmottes que je n'avais pas à me reprocher quoi que ce soit. C'est vrai?

- C'est vrai, répondit le sabreur en baissant les yeux. C'est moi."

Sanji haussa un sourcil avant de se mordre la lèvre inférieure. Etrangement, il se sentait mieux de lui avoir confié l'étendue de sa blessure.

"Dis-moi ce qui t'es réellement arrivé, Zoro. Ensuite, on verra bien s'il reste quelque chose à sauver."

Le blond le transperçait du regard et le bretteur prit une grande inspiration. Il était au pied du mur. S'il voulait avoir une chance de réhabilitation un jour aux yeux du cuisinier, il n'avait pas le choix.

"D'accord."

Zoro ramassa ses deux derniers sabres et se cala contre un mur, mal à l'aise. Sanji de son côté ne le quittait pas des yeux, une nouvelle cigarette rougeoyante ayant remplacé celle perdue pendant la bataille.

"Je t'écoute."

L'épéiste grimaça puis se passa une main dans les cheveux.

"Viens à l'aquarium, souffla-t-il finalement.

- C'est quoi ton nouveau délire? se crispa aussitôt le blond.

- Je t'ai dit que je parlerai alors je vais le faire, lui assura Zoro. C'est juste… pas ici. Je veux être sûr qu'on ne sera pas dérangé."

Le cuisinier fronça les sourcils puis haussa les épaules. Il descendit ensuite réveiller Ussop qui pleurnicha devant le changement d'avis de son ami avant de se diriger vers l'aquarium.


Sanji pénétra dans la petite pièce aux fauteuils rouges et observa les poissons nager sereinement autour d'eux. Zoro s'était assis au fond, ses sabres déposés non loin de lui, éclairés par la lumière bleutée de l'aquarium. Le blond choisit un siège à quelques mètres et lui fit signe qu'il pouvait commencer son explication.

"En réalité, je sais pas vraiment ce qui m'a pris, commença l'escrimeur. Un matin, je me suis réveillé et ça m'a pris à la gorge. Comme si j'pouvais plus respirer."

Le cuisinier fit de son mieux pour se composer un visage neutre. Il ne voulait pas que le sabreur voit à quel point il était suspendu à ses lèvres.

"Je sais que je t'ai fait du mal et je le regrette, reprit Zoro en soupirant. Je ne voulais pas mais je ne m'en suis même pas rendu compte… C'était plus fort que moi."

La tête d'algue avait vraiment l'air de s'en vouloir et Sanji grogna. Ca aurait été plus simple si Zoro était venu avec son air de vainqueur pour se moquer de ses sentiments et lui affirmer qu'il s'était foutu de lui. Mais non, il fallait qu'il ait l'air sincère…

"Quel est le rapport avec ce qui s'est passé? s'enquit-il pourtant froidement.

- Aucun. Enfin, si."

Le blond secoua la tête avec agacement.

"Va falloir être plus clair si tu veux qu'on avance."

Zoro passa une main absente dans ses cheveux comme pour y chercher l'inspiration et le cuisinier lui laissa quelques instants. Il devait bien reconnaître que sa propre colère était en train de retomber et il se prit soudain à espérer que le comportement de l'escrimeur ne soit effectivement qu'un malentendu qu'ils pourraient dépasser.

"C'était trop et j'avais l'impression de plus gérer quoi que ce soit, murmura finalement le sabreur.

- Trop quoi?

- Trop de sensation, trop d'émotion. Trop d'attachement."

Sanji le dévisagea sans un mot. Ce qu'il disait avait à la fois du sens, et en même temps aucun.

"Où était le problème? C'est pourtant le principe quand on est dans une relation… exclusive."

Il n'avait pas osé dire amoureuse car il s'agissait d'un terme vraiment trop irréel pour le prononcer à cet instant et même s'il lui était arrivé de se l'avouer à demi-mots quelques temps auparavant, il n'avait jamais été prêt à le faire devant son compagnon.

"C'était la première fois pour moi, répondit doucement l'épéiste. Je sais que j'étais d'accord pour ce lien entre nous mais c'est devenu différent. Et... "

Zoro soupira lourdement, le regard fuyant, et Sanji fronça les sourcils.

"Et quoi? s'impatienta-t-il.

- Ca m'fout une putain de trouille, tu peux pas savoir", admit-il alors, les dents serrées.

Cette fois, Sanji se rapprocha de l'homme aux cheveux verts, clairement intrigué.

"J'comprends pas. De quoi t'as eu peur? Qu'est-ce qui était différent?"

Zoro haussa mollement les épaules, définitivement mortifié.

"Toi. Moi. J'avais rien demandé mais j'avais l'impression que tout était comme multiplié par dix entre nous ces derniers temps. Et j'savais pas quoi faire de tout ça..."

Sanji se tut quelques secondes, sous le choc. Il laissa ensuite ses paroles l'envelopper et le réchauffer sans même le vouloir.

Le blond reprit ensuite doucement sa respiration. Malgré l'engouement qui l'avait saisi une minute auparavant, la réalité le rattrapait de plein fouet.

"Moi aussi je m'étais vraiment attaché à toi, tête d'algue, lui avoua-t-il finalement. Et même si je comprends que ça ait pu t'angoisser, ce n'était pas si grave puisqu'on était dans le même bateau…"

A ses côtés, Zoro secoua la tête. Il cherchait visiblement encore à analyser ce qu'il s'était passé et son regard se fit pensif.

"J'sais pas, j'y ai pas fait attention sur le coup mais il y a eu la fois avec cette fille dans le bar…"

Sanji fronça les sourcils. Il se rappelait effectivement que Zoro avait failli jeter l'éponge ce soir-là. Sans doute était-ce là le premier signal d'alarme que l'escrimeur avait ressenti.

"Et la fois où ces types vous ont enlevés avec Nami et que t'as été blessé, j'ai failli perdre les pédales, reprit sombrement le sabreur. Et puis…"

Il soupira longuement à nouveau mais s'obligea à poursuivre.

"Sur l'île avec les mômes que t'as voulu nourrir, c'est là que je me suis rendu compte que quelque chose avait changé. J'te voyais sourire auprès des gamins et ça me retournait l'estomac comme si j'étais pas foutu de piger que tu faisais que distribuer de la bouffe. J'ai essayé de faire abstraction mais les jours d'après ont été insoutenables. J'étais de plus en plus souvent envahi par cette sensation bizarre…"

Zoro laissa son regard obstinément braqué sur l'aquarium, bien trop mal à l'aise pour faire face au blond.

"J'me sentais totalement à la merci de ces émotions que j'arrivais pas à contrôler. Je te regardais et c'était comme un raz-de-marée. Je voulais que tu restes avec moi, que tu ne regardes que moi…"

Sanji ferma les yeux une seconde, le souffle coupé. Il comprenait tout à présent. C'était si simple et si... stupide.

"Tu sais ce que ça veut dire, tête d'algue? murmura-t-il après quelques instants de silence. Tu sais ce que t'es en train de me dire?"

Ce dernier sembla s'enfoncer encore un peu plus dans le fauteuil, le rouge aux joues.

"Ouais, ouais, je sais. Je sais maintenant…"

Le calme se fit dans la pièce et Zoro bougea finalement sur son siège.

"C'était tellement gênant et… j'ai paniqué, admit-il rageusement en tournant enfin ses yeux vers le cuisinier. Ca m'envahissait et j'étais déconcentré pendant mes entrainements. J'avais l'impression que tu me dépossédais de mon objectif sans même t'en apercevoir alors comme on avait décidé que notre rêve passerait toujours en premier, j'ai pris une décision…"

Sanji laissa à nouveau le silence s'étendre quelques instants avant de soupirer doucement.

"J'avais remarqué que c'était plus intense entre nous. J'en ai juste profité sans réfléchir, ça me paraissait naturel. J'aurais jamais imaginé que ça te fouterait la trouille…

- Je me suis dit que j'allais essayer de mettre un peu de distance entre nous, poursuivit l'épéiste, déterminé à aller au bout de sa confession. J'voulais rien faire de précis, c'était histoire de respirer un peu, de comprendre ce qui m'arrivait et de reprendre le contrôle. Je pensais juste qu'au bout de quelque temps, tout rentrerait dans l'ordre...

- T'aurais dû m'en parler, j'aurais compris, souffla le blond. Si tu m'avais expliqué que tu voulais un peu d'espace, j'aurais pas pu refuser. Même si j'avais eu de la peine, au moins je ne me serais pas senti aussi rejeté et humilié...

- Je sais, murmura le sabreur. Je sais que les mots sont importants pour toi mais… Je voyais pas comment t'en parler sans passer pour un parfait idiot. Je savais pas comment réagir face à ces sentiments étranges que tu faisais naître en moi. Je t'en ai voulu et j'm'en voulais aussi de ne pas mieux me maîtriser. J'ai cru que j'allais perdre le seul but que je me suis jamais fixé alors quand tu m'as foutu dehors, je me suis dit que c'était ma chance de reprendre une vie normale.

- Ouais…"

Sanji tira lentement sur sa cigarette. Lui aussi avait ressenti cette sensation de confusion au début de leur relation et il avait dû ouvrir les yeux et accepter ce qu'il ressentait pour s'en débarrasser. Si le problème de cet imbécile était qu'il découvrait ses sentiments et ne savait pas comment se comporter face à eux, ils n'auraient jamais fini de se disputer autour d'un sujet aussi sensible.

"Et qu'est-ce qui a changé ce soir, une révélation? Tu as réussi à caser tes sentiments quelque part où ils ne te dérangent pas?"

Le cuisinier avait parlé d'une voix sourde.

"J'ai essayé et je me suis beaucoup entraîné mais ça ne donne rien, reconnut le bretteur avec amertume. La vérité, c'est que j'aime pas être si dépendant de ces trucs mais j'arrive pas à les ignorer non plus. Et ça me gonfle.

- Tu peux m'expliquer pourquoi tu voudrais qu'on remette ça alors? grinça le blond.

- Parce que je peux pas lutter contre eux de cette manière, ça me réussit pas. Alors je veux au moins en profiter."

Sanji eut un sourire en coin.

"C'est la déclaration la plus nulle que j'ai jamais entendue.

- C'est pas une déclaration! s'empourpra immédiatement l'épéiste.

- C'est bien ce que je disais…"

Le cuisinier poussa ensuite un soupir avant de terminer sa cigarette et de l'écraser dans le cendrier posé sur le bar. Dans la foulée, il s'en alluma une autre.

"En gros, tu veux le beurre et l'argent du beurre..."

Zoro haussa les épaules. Il n'était pas sûr que cette expression sied parfaitement à ses pensées.

"J'veux juste qu'on reprenne à zéro. Je vais m'entrainer pour ne plus me laisser dépasser.

- C'est pas un adversaire que tu pourras blesser avec tes sabres, Zoro, s'agaça le blond. Qu'est-ce qui t'empêchera de réagir différemment de la dernière fois, hein?

- Je veux que ça se passe différemment, affirma le sabreur d'un air déterminé. J'ai été surpris mais je suis prêt maintenant.

- T'y arriveras pas, tête d'algue."

Zoro le dévisagea, clairement surpris, et Sanji tira sur sa cigarette avec application.

"On ne gagne pas contre ses sentiments. On apprend seulement à les reconnaître et à vivre avec."

Comme l'escrimeur le fixait avec incompréhension, il précisa sa pensée.

"Toi, tu veux récupérer notre ancienne relation, celle où tes sentiments n'étaient pas encore suffisamment forts pour te perturber. Mais elle n'existe plus cette relation. Tu l'as dit toi-même, ça a changé, on a changé. On pourra pas revenir en arrière. C'est comme quand toute cette histoire a commencé, ajouta-t-il. J'voulais oublier ce qu'on avait fait mais tu m'as fait remarquer que c'était pas possible et t'avais raison. C'est la même chose aujourd'hui."

Ne lui laissant pas le temps de répliquer, Sanji planta durement son regard dans le sien. Il fallait que Zoro comprenne.

"C'est pas un combat comme tu en as l'habitude, tête d'algue, et je ne suis pas un outil que tu peux utiliser pour devenir le meilleur sabreur du monde. Cette relation pourra peut-être t'aider mais ça ne doit pas être son but. Il est même probable qu'elle te rajoute plus de difficultés que prévu. Et surtout, si tu continues à changer d'avis tous les jours à ce sujet, tu peux être certain que tu n'atteindras pas ton objectif et que cette relation ne marchera jamais."

Le sabreur fronça les sourcils. Il se rendait compte ce soir à quel point leurs sentiments puisaient leurs racines au plus profond de leurs êtres et avec quelle aisance ils pouvaient détruire tout ce qu'ils avaient patiemment bâti. Il sentait également que Sanji maîtrisait davantage le sujet que lui alors il avait envie de lui faire confiance mais ce qu'il lui promettait était loin d'être alléchant.

"Y a aucun avantage alors? On est juste condamné à les subir?" lui demanda-t-il.

Le cuisinier écrasa sa cigarette.

"Il y a des avantages. A la hauteur des inconvénients.

- Comment tu le sais?"

Sanji se raidit avant d'attraper son paquet de cigarettes, le regard lointain.

"Je me suis longtemps contenté de romans et de poèmes qui décrivaient assez bien le truc et puis je l'ai expérimenté. Avec toi, tête d'algue. La sensation idiote d'être invincible parce c'était moi que t'avais choisi parmi tous les autres. La joie dégoulinante quand tu me faisais l'honneur de parler au lieu de tout garder pour toi. L'envie stupide de partager cette relation pour toujours… jusqu'à ce que tu me jettes dans l'océan lesté d'un poids."

Le bretteur se contenta de le détailler durant de longues secondes en retour et le blond secoua la tête, gêné.

"Ce que je veux dire c'est que… Ce que tu ressentais et qui t'a fait paniquer peut te donner des ailes. Mais faut d'abord accepter de passer par tous ces pics émotionnels et c'est pas toujours plaisant, ça j'te le garantis. On se sent forcément vulnérable à certains moments..."

Zoro considéra la réponse avec attention tandis que le cuisinier faisait jaillir la flamme de son briquet à nouveau.

"Ca vaut le coup?" lui demanda alors le sabreur.

Sanji prit le temps d'inspirer longuement sur sa nouvelle cigarette et de souffler sa fumée avant de rencontrer le regard de son compagnon d'équipage.

"J'aurais eu tendance à dire oui avant mais pour être honnête, aujourd'hui, j'en sais foutrement rien", avoua-t-il placidement.

Quelques minutes silencieuses s'écoulèrent lentement. L'esprit du cuisinier fonctionnait à toute allure alors qu'il tirait sur sa cigarette. Il n'arrivait pas à croire qu'il devisait si tranquillement sur un possible nouvel avenir commun avec l'escrimeur alors qu'il l'avait tant fait souffrir. Pourtant, il sentait que Zoro était sincère dans sa démarche. Il était paumé et il réagissait comme l'huître qu'il avait toujours été : en se repliant sur lui-même.

"Dans tous les cas, il faudrait qu'on puisse se faire confiance pour que ça fonctionne alors on devrait prendre le temps d'y réfléchir, murmura-t-il finalement en se levant.

- D'accord."

Le blond se dirigea vers la porte avant de se retourner une dernière fois vers son compagnon d'équipage.

"C'est pas une décision à la légère, Zoro, lui lança-t-il d'une voix ferme. Ni pour toi ni pour moi. Qu'on décide ou non de le faire, faudra s'y tenir. Si on arrête, ça veut dire qu'on passe à autre chose sur tous les plans. Si on s'y colle, faudra sacrément s'accrocher car ça risque de déménager."

L'épéiste ancra calmement son regard dans le sien et hocha la tête en signe d'assentiment. Il était prêt à prendre toutes les décisions qui s'imposeraient pour être en accord avec lui-même et ainsi être à la hauteur de son rêve.


Je suis plutôt satisfaite de la manière dont la dernière scène est tournée mais j'espère surtout qu'elle vous a convaincue…

J'ai hésité à couper ce chapitre en deux au vu de sa longueur mais je me suis dit qu'il y avait encore suffisamment de suspens à venir XD