Merci à Akilie, Guest, MiaoiFuki, Racx4400, Wado21, deryous50, Arya Cahill, Mikashita98, AnimeExpression, Line Aibu, Avelannaa et Elowlie pour vos reviews.

Merci pour les mises en alerte/favori.

Bonne lecture.

Réponses aux reviews anonymes:

Guest: C'est vrai que j'ai mis le paquet sur les émotions, il le fallait étant donné le contexte! Je vais essayer de maintenir la barre aussi haute maintenant :)

Line Aibu: Merci beaucoup de m'avoir donné ton avis! Maintenant que tu as trouvé comment reviewer, j'espère avoir de tes nouvelles prochainement pour savoir si l'aventure continue à te plaire!


Chapitre 57

Donne-moi le temps

"Pas si fort, Luffy! toussa Ussop. Je t'ai dit de faire semblant...

- Désolé!"

Le sniper prit de grandes inspirations pour retrouver son souffle. Toujours angoissé à l'idée de leur prochaine destination peuplée selon Nami de détrousseurs sanguinaires, il avait demandé à son capitaine de feindre une attaque afin d'être prêt à se défendre d'ici-là. Chopper et Brook avaient eux aussi demandé à s'entraîner et finalement, Franky avait rejoint Luffy dans le rôle des agresseurs. Ils s'étaient alors tous installés sur le pont avant pour la première simulation.

Le garçon au chapeau de paille venait donc de se jeter sur son ami au long nez pour lui réclamer son portefeuille et Ussop n'avait pas eu le temps de réagir qu'il s'était retrouvé vidé de la moindre parcelle d'air quand le capitaine avait atterri sur son estomac.

"La bourse ou la vie?!" s'écria soudain le cyborg, une partie du visage cachée sous un foulard.

Chopper et Brook hurlèrent de terreur devant l'apparition qui avait bondi devant eux. Trop absorbés par les mésaventures d'Ussop, ils avaient totalement oublié de rester sur leurs gardes. Ils jetèrent alors tous leurs effets personnels sans demander leur reste, blêmes de peur.

Franky retira son masque et secoua la tête.

"Faudra vachement vous entraîner, nota-t-il en leur rendant leurs affaires.

- Il faut dire que tu étais particulièrement terrifiant dans ce rôle, répondit le squelette en rangeant un monocle quelques instants plus tard.

- Chaud devant! Attaque des balles mutantes!"

En riant, Luffy lança une balle de basket à toute allure sur Brook qui se baissa dans un cri étranglé. Le capitaine visa ensuite ses trois compagnons en même temps et son stock de balles fonça à la manière de boulets de canon sur leurs cibles. C'est ainsi que rapidement, ses amis hurlèrent en coeur sans discontinuer tout en essayant par tous les moyens d'éviter les balles lancés à une vitesse meurtrière.

Les tirs surpuissants se décalèrent ainsi au fur et à mesure de leur fuite désordonnée et bientôt, une balle fila en direction du sabreur juché sur la tête de proue. Se relevant à peine, le sniper voulut lui crier de se décaler et Chopper se précipita en avant.

"Zoro, attention!"

L'escrimeur tourna nonchalamment la tête et les yeux du renne s'agrandirent de terreur en voyant la balle foncer vers lui. Cependant, Zoro l'attrapa d'un simple geste de la main.

"C'est ce que tu cherchais? demanda-t-il au médecin tout essoufflé devant lui.

- Zoro a vaincu les balles mutantes ! s'écria Luffy en déboulant à son tour, ravi.

- Qu'est-ce que tu fais?" s'enquit alors le cyborg qui s'était lui aussi approché.

L'escrimeur haussa les épaules.

"Rien de spécial."

Il leur rendit la balle et Chopper lui adressa soudain un sourire lumineux.

"Je suis vraiment très fier de toi, Zoro! le complimenta-t-il. Ca fait trois jours que tu as nettement réduit tes séances d'entraînement!"

Ce dernier hocha vaguement la tête avant de soupirer, visiblement embarrassé.

"A propos de ça, marmonna-t-il. Je voulais te dire, Chopper… Désolé de m'être emporté la dernière fois…"

A ces mots, les yeux du petit renne se remplirent de larmes et il lui sauta dans les bras.

"Moi aussi, Zoro, je suis désolé de ne pas t'avoir écouté! J'aurais dû essayer de mieux te comprendre, je sais que ton entrainement est très important pour toi…"

Chopper éclata en sanglots contre son épaule et Zoro lui tapota gentiment le dos.

"Tu as bien fait, Chopper, j'avais besoin que tu hausses le ton. Ca m'a permis de réfléchir."

Le médecin s'essuya les yeux, rassuré, et Luffy se planta devant eux.

"On reprend le jeu? s'enquit-il avec impatience.

- Veux-tu participer? proposa alors le musicien au bretteur.

- On s'entraîne quand on rencontrera les habitants de la prochaine île, lui expliqua Chopper en sautant de nouveau sur le pont. Nami a dit que leurs primes s'élèvent jusqu'à 80 millions de berrys et qu'ils nous voleront tout notre argent!

- Je ne sais pas si Zoro a réellement besoin de se préparer alors si c'est pour qu'il rejoigne Luffy et Franky, ce sera comme une escouade de la mort, remarqua Ussop en soupirant. On aura aucune chance."

A ces mots, Luffy bondit sur ses pieds devant ses amis rassemblés autour de la figure de proue, un énorme sourire aux lèvres.

"Attaque des voleurs-tornade!"

Le capitaine prit une immense inspiration qui gonfla son ventre jusqu'à l'éclatement. La seconde d'après, il expulsa tout l'air en un gigantesque souffle qui courba le mât du Sunny et fit s'envoler Ussop, Brook, Chopper et Franky contre le mur de la cuisine ou de la bibliothèque.

"Je suis dans ton équipe, Luffy!" hurla le cyborg au milieu des airs.


Zoro esquissa un sourire en voyant le garçon au chapeau s'élancer en riant vers ses amis qui s'étaient écrasés un peu partout sur le Sunny. Il se repositionna ensuite contre la tête de proue et reporta son regard sur l'océan. Le ciel était bleu et le soleil plutôt chaud depuis la veille. Le climat tendait à se stabiliser sur un versant printanier et agréable.

L'épéiste ferma tranquillement les yeux. Depuis sa discussion avec le cuistot trois jours auparavant, il était vrai qu'il se sentait plus calme. Il avait poursuivi son entraînement tout en le modérant et en s'accordant de longues périodes de repos où il ne faisait que contempler le ciel ou somnoler au rythme du roulis des vagues.

Il ne ressentait plus d'urgence à affûter ses réflexes et à accroître encore sa force physique. Bien sûr, il ne négligerait pas ces éléments dans le futur mais il savait néanmoins qu'il avait besoin de laisser le temps à son organisme de récupérer de ces dernières semaines harassantes qu'il s'était imposé. Aujourd'hui, il se sentait presque apaisé. Presque. Bien que leur conversation lui ait permis d'éclaircir ses idées, elle avait cependant soulevé d'autres questions cruciales concernant son avenir. Leur avenir.

Le sabreur était en réalité plongé dans une intense remise en question depuis ces trois derniers jours.

Tout d'abord, il était conscient qu'il avait échoué face au défi qu'il s'était lui-même lancé. Il avait sous-estimé la puissance du lien qu'il avait développé à travers sa relation avec le cuisinier et celui-ci l'avait jeté en terrain inconnu. Et au lieu d'analyser son environnement et de faire face à son nouvel adversaire calmement, il avait reculé et l'avait laissé le dévorer. Deux fois. La première fois lorsqu'il avait tenté de repousser les nouvelles émotions qu'il ressentait et la deuxième fois lorsqu'il s'était dérobé face au cuistot. Trop obnubilé par ses propres considérations, il avait laissé la peur l'envahir et il s'était comporté comme le pire des hommes. Il avait manqué de respect à un compagnon d'équipage. Zoro se sentait ainsi particulièrement mortifié.

Ensuite, il avait cru qu'en se maîtrisant davantage, il pourrait venir à bout de ses démons mais le blond lui avait bien fait comprendre qu'il ne sortirait pas vainqueur d'un combat contre ses propres ressentis. Et ses mots avaient clairement fait écho en lui: il était évident qu'il ne parviendrait jamais à vaincre Mihawk s'il n'assumait pas entièrement tout ce qui le définissait. Son objectif était tel qu'il ne souffrirait aucun écart, aucune imperfection. Il devait parfaitement se connaître afin que chaque parcelle de son être devienne une force et qu'aucune faiblesse ne soit laissée à l'avantage de l'ennemi. A la moindre faute, il serait condamné à rester à jamais à mi-chemin de son idéal et il s'en voudrait pour le reste de sa vie de ne pas avoir su dépasser l'obstacle. Sa prochaine décision serait donc déterminante.

Enfin, il savait désormais la force que leurs sentiments pouvaient offrir. Ils avaient pour l'instant expérimenté le versant le plus sombre, les laissant devenir aussi forts et dévastateurs qu'un ouragan. Mais il y avait également ce côté étincelant dont le cuistot lui avait parlé. Celui qui pouvait peut-être lui donner l'avantage décisif.

Qui d'autre que Sanji pourrait le lui apporter? Qui d'autre avait cette manière de le regarder qui l'agaçait affreusement tout en lui transmettant un souffle supplémentaire, celui qui réveillait ses instincts pour qu'il se dépasse?

Et puis, s'il parvenait à faire la part des choses entre ses émotions et son objectif, le bretteur savait qu'il serait tout simplement plus heureux. Heureux de pouvoir profiter à la fois des fruits de son travail et d'une relation unique.

Zoro toucha alors instinctivement la garde de ses trois épées en un geste protecteur. Peut-être.

Peut-être qu'il pouvait à la fois conserver son ambition et apprendre à aimer. Sans trahir son objectif ni la promesse qu'il avait faite.

Peut-être.


Sanji souleva une autre panière de pains et la déposa à ses pieds tout en faisant attention de ne pas renverser les dizaines de boîtes déposées tout autour de lui dans la réserve. Le blond avait tenu à rassurer la navigatrice qui s'inquiétait de pouvoir faire des achats à des prix raisonnables sur la prochaine île. Il avait donc résolu en attendant la fin de la cuisson de son rôti de lui faire un état détaillé de leurs provisions afin qu'elle puisse décider au mieux de l'organisation à venir.

Le cuisinier se prit à sourire. Nami et Robin avaient toujours occupé ses premières pensées, même ces dernières semaines. Il devait cependant reconnaître que cela faisait un moment qu'il n'avait pas ressenti cette exaltation pourtant caractéristique à l'idée de faire plaisir à ses princesses.

Sanji se hissa ensuite sur la pointe des pieds et compta trois autres cageots de pommes de terre ainsi que deux de carottes qu'il nota en vitesse sur son calepin avant de se remettre à la tâche. Depuis trois jours, son esprit fonctionnait à toute allure mais il n'était pas épuisé pour autant. Il débordait même littéralement d'énergie qu'il canalisait en s'astreignant à des recettes parmi les plus délicates qu'il connaisse. C'est ainsi qu'il avait successivement servi des ravioles de homard aux truffes noires, des ris de veau aux morilles et une boule au chocolat ciselée en forme de fleurs entrelacées et au coulis de mandarine au cours des jours précédents à ses amis. Leur ravissement ne lui avait pas échappé non plus et le carpaccio de Saint Jacques préparé pour l'entrée du déjeuner en attestait.

Sa concentration ne l'empêchait pas de réfléchir au marché qu'il avait lui-même proposé au sabreur. Quelque part, il ne savait pas s'il devait se réjouir ou s'inquiéter d'avoir eu un tel geste. Il était encore trop souvent partagé entre l'euphorie du moment et l'angoisse sourde qui lui rappelait la réalité des dernières semaines qu'il avait vécues.

Une nouvelle fois, il se demandait pourquoi. Pourquoi hésitait-il alors qu'il s'agissait de s'investir dans une relation qui l'avait déjà broyé en si peu de temps? Pourquoi l'espoir était-il aussi intense lorsqu'il imaginait le sabreur se laisser porter par ses sentiments? Pourquoi était-il attiré par quelqu'un d'aussi différent de lui?

Sanji pensait avoir découvert une explication tandis qu'il replaçait les lourds bocaux de cornichons et d'oignons sur l'étagère. En réalité, Zoro et lui étaient plus semblables qu'ils n'en avaient l'air. Ils possédaient la même détermination, la même persévérance, le même point d'honneur à appliquer leurs principes jusqu'au bout. Jusqu'à en perdre la vie s'il le fallait. Peut-être que Zoro l'énervait parce qu'il lui ressemblait finalement. Et pour la même raison, peut-être était-ce pour cela qu'il lui plaisait.

Mais pourrait-il encore s'exposer comme il l'avait fait face à un homme qui détenait le pouvoir de briser toutes ses attentes en quelques secondes? Jusqu'où était-il prêt à aller pour retrouver les sensations qu'il avait cru perdues?

Le cuisinier rangea finalement un énième sac de riz et soupira. Concernant certaines interrogations, il n'avait pas encore de réponse.


Le soleil commençait à décliner lentement sur Grand Line au milieu d'un ciel toujours bleu azur. L'équipage était sorti sur le pont pour profiter de l'air doux du large et Sanji s'était accoudé un peu à l'écart afin de savourer une cigarette sans gêner ses amis. Du coin de l'oeil, il vit soudain la silhouette de l'épéiste s'approcher dans sa direction et il se raidit instantanément. Il savait ce qui l'amenait.

Cela faisait maintenant cinq jours depuis cette fameuse discussion et il avait surpris le regard inquisiteur de l'escrimeur à plusieurs reprises sur lui. A chaque fois, le cuisinier lui avait fait comprendre qu'il n'était pas parvenu à une conclusion satisfaisante et Zoro n'avait pas insisté.

Pourtant, en cet fin d'après-midi, Sanji prit une grande inspiration lorsque le bretteur s'accouda à ses côtés en silence, lui laissant le choix de s'éloigner ou non.

Il ne bougea pas. Il était prêt. Il était temps.

"Bon…"

Zoro le contempla, guettant ses premiers mots. Il fallait avouer que ce genre de conversation ne rendait pas bavard et le blond soupira après quelques instants de silence.

"Tu sais ce que c'est notre problème, tête d'algue? lui demanda-t-il soudain tandis que l'autre secouait négativement la tête. On a tous les deux trop de fierté..."

Le sabreur haussa les épaules avec fatalisme, bien obligé d'en convenir. Sanji attrapa alors son paquet de cigarettes mais n'en prit pas, se contentant de le faire tourner entre ses doigts et le silence retomba.

Zoro bougea maladroitement. Il n'aimait pas lorsque le cuisinier ne savait plus quoi dire, c'était mauvais signe. Alors, autant par impatience que pour s'en débarrasser, il prit la parole.

"J'ai bien réfléchi. Je suis prêt pour ce nouveau défi."

Il savait que Sanji l'avait entendu mais aucun signe particulier ne put lui faire deviner sa réaction. Comme pour prolonger l'attente, le blond sortit enfin une de ses cigarettes et l'alluma lentement.

"Je…"

Le cuisinier grimaça. Les mots lui brûlaient les lèvres. Il avait tellement conscience de leur poids qu'il se demandait comment l'escrimeur pouvait les avoir alignés aussi facilement.

"Si tu me brises à nouveau le coeur, j'te ferais la peau", murmura-t-il finalement en fixant l'océan qui brillait sous le soleil couchant.

Ce n'était pas exactement ce qu'il avait voulu dire mais ça avait le mérite d'être clair. Tout du moins pour lui.

"Ca veut dire que t'es d'accord aussi?" lui demanda pourtant le sabreur en fronçant les sourcils.

Sanji leva les yeux au ciel avant de croiser enfin son regard et de soupirer.

"Ouais. Ca veut dire que je suis d'accord aussi..."

L'épéiste le fixa alors d'un air moqueur.

"C'est la déclaration la plus nulle que j'ai jamais entendue.

- Ta gueule, crétin."

Sanji alluma enfin sa cigarette puis se tourna pour appuyer son dos contre la balustrade, tentant de cacher sa nervosité qu'il refoulait depuis plusieurs heures déjà. Depuis qu'il avait arrêté sa décision et qu'il menaçait à chaque instant de changer d'avis avant de revenir à sa position précédente;

Il observa alors leurs compagnons d'équipage vaquer à leurs occupations habituelles un peu plus loin tout en profitant de sa cigarette. Ussop, Brook, Franky et Luffy avaient entamé une partie de cartes. Nami montrait à Chopper quelque chose sur un plan. Robin lisait un livre à la lumière du soleil déclinant. Et lui venait de sceller son destin avec celui d'une tête d'algue.

En un instant, sa vie avait basculé. Comme le jour où il avait décidé de rejoindre l'équipage du chapeau de paille. Une seconde, et il avait infléchi le cours de sa vie.

Au milieu de ce décor ordinaire, le cuisinier laissa alors l'intensité du moment l'envelopper tout entier quelques instants avant que sa puissance ne reflue doucement. Ensuite, il put reporter plus sereinement son attention sur le bretteur qui l'observait silencieusement.

"Je sais que c'est pas facile mais si on veut que ça marche, il faudra trouver un minimum d'équilibre, affirma-t-il en tirant sur son mégot. Le but, c'est pas qu'on soit malheureux mais qu'on se fasse suffisamment confiance pour profiter de ce que ce genre de sentiments peut nous offrir."

Zoro planta alors son regard dans le sien comme pour évaluer ce que le blond était prêt à faire comme sacrifice pour lui et combien lui-même aurait à donner pour le rencontrer à mi-chemin. En prononçant ces quelques mots ce soir, il avait donné sa parole de tout tenter pour faire vivre cette relation alors il le ferait mais il n'oubliait pas que Sanji partait d'un peu plus loin. Sa confiance dans le sabreur avait été ébranlée et ce serait à lui d'en faire un peu plus au début.

"Putain d'équilibre, grogna-t-il finalement en reportant son regard vers le large.

- Tu l'as dit, répondit le cuisinier, le sourire aux lèvres.

- Ca a été intérêt de valoir le coup…

- Il paraît."

Les deux hommes restèrent silencieux encore quelques minutes, prenant pleinement conscience de l'engagement tacite qu'ils venaient d'échanger. Sanji sentait son assurance lui revenir et il inspira profondément sur sa cigarette déjà presque entièrement consumée.

"Puisqu'on est à la recherche d'équilibre, écoute-moi bien, tête d'algue, reprit-il ensuite en le fixant dans les yeux. J'me fiche que t'aies la trouille à ce sujet ou quoi que ce soit d'autre comme connerie. La seule chose que j'te demande, c'est de ne pas te renfermer sur toi-même parce que sinon, je peux pas t'aider. Compris?"

A ces mots, Zoro se sentit rougir de honte et ne put s'empêcher de baisser la tête. Sanji secoua alors la sienne avant de jeter son mégot par-dessus bord.
"Ne fais pas cette tête-là, on en a parlé. C'est une relation à deux et c'est à deux qu'on résout les problèmes qui y sont liés. Tout le monde a besoin des autres à un moment donné de toute façon. Même le grand Roronoa Zoro, le futur meilleur sabreur du monde."

Le sabreur en question releva brutalement les yeux. A deux… Si Sanji disait vrai, il avait une véritable chance d'apprendre à assumer ses sentiments, une chance de ne pas se laisser envahir et d'en tirer une force supplémentaire. Pour devenir le meilleur sabreur du monde.

Un frisson le parcourut et cette sensation lui rappela la manière dont Luffy lui avait dit sentir son rêve se renforcer à l'évocation de sa relation avec Nami. Il n'avait pas vraiment saisi son sens sur le coup mais aujourd'hui, il comprenait mieux ce que son capitaine avait voulu dire. A cet instant, il ne sentait pas son objectif menacé par son attachement pour le blond mais plutôt poussé vers de nouveaux horizons.

"J'm'en souviendrai."

Sanji approuva d'un air satisfait et Zoro se rapprocha imperceptiblement de lui. Il avait envie de l'embrasser passionnément tout d'un coup mais il se doutait que ce n'était pas le plus adapté dans l'immédiat. Pourtant, il avait envie de le serrer dans ses bras jusqu'à l'étouffer et comme le blond haussait les sourcils en souriant d'un air moqueur, il comprit qu'il venait de se trahir. Heureusement pour lui, le cuisinier prit les choses en main. Il ne voulait pas faire de faux pas aussi vite.

"On va faire ça à ma façon, lui proposa-t-il. En douceur."

Intrigué, l'épéiste sentit les mains du cuisinier se déposer agréablement autour de sa nuque et leurs corps se frôler en se rapprochant. Il vit ensuite le blond hésiter une seconde avant de déposer lentement ses lèvres sur les siennes.

Zoro ferma instinctivement les yeux. Le toucher du cuisinier était aussi léger qu'un souffle mais il lui communiqua pourtant de profonds frissons. Il se força alors à ne pas plaquer son corps contre le sien mais ses bras se refermèrent tout de même suffisamment fort autour de lui pour que leurs corps entrent entièrement en contact et il accentua le baiser sans s'en rendre compte. Sa langue demanda l'accès à sa bouche et lorsqu'il l'obtint, il se retrouva délicieusement inondé par toutes les sensations qu'il avait tenté d'ignorer durant des semaines. Il se laissa emporter par leurs retrouvailles et oublia qu'ils étaient sur le pont à quelques pas de leurs camarades. Rien d'autre ne comptait que cette perception incroyable et il en profita de longues secondes, se pressant de plus en plus contre l'autre corps jusqu'à ce que Sanji ne reprenne enfin sa respiration, les séparant doucement.

Le sabreur cligna des yeux. Il était d'accord pour la douceur si elle avait si bon goût mais il pressentait aussi que malgré sa surface calme, elle pouvait déclencher des tempêtes et il serra les dents lorsque le cuistot préféra le contempler plutôt que de reprendre leur étreinte.

"On devrait pas se presser, lui souffla le blond quelques secondes plus tard. J'ai encore le dîner à préparer et ensuite... on verra."

Zoro relâcha la pression de ses bras autour du corps du cuisinier et son coeur encore étourdi de sensation se reconcentra sur le moment présent. Sanji était nerveux et il le comprenait. Malgré son propre désir, il était conscient que ce rapprochement physique était rapide. Le cuisinier n'était pas prêt à franchir cette étape pour l'instant alors il attendrait.

"Je passerai plus tard."

Le blond acquiesça avant de s'éclipser en direction de sa cuisine et Zoro observa sa silhouette jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans son antre. Se retournant à son tour, il allait s'engager vers la vigie lorsqu'il tomba sur les regards excités de ses compagnons tous fixés sur lui à l'exception de Robin et de Luffy. Il leva alors les yeux au ciel et passa devant eux sans en tenir compte.


Lorsqu'il redescendit pour aller dîner deux heures plus tard, il constata qu'Ussop, Franky et Brook le dévisageaient à nouveau avec un grand sourire à son passage. Agacé, il fronça les sourcils et s'apprêtait à les rembarrer lorsque le cyborg s'avança vers lui.

"On est tous super content pour vous! s'enthousiasma ce dernier en passant un bras autour de ses épaules.

- J'vous avais bien dit de ne pas vous en faire pour eux! mentit fièrement Ussop.

- J'ai composé une chanson en votre honneur! ajouta Brook en sortant son violon.

- Les gars, laissez-le tranquille, intervint alors Nami depuis le seuil de l'escalier. Il a pas besoin de vos commentaires et Sanji nous attend, on devrait y aller."

Les trois amis hochèrent la tête avant de filer vers la cuisine et pour la première fois depuis bien longtemps, Zoro se sentit vraiment reconnaissant envers la navigatrice de l'équipage. Celle-ci esquissa un sourire pour lui montrer qu'elle avait compris lorsqu'il arriva à sa hauteur.

"J'imagine que vous en aurez de nouveau l'utilité."

Elle lui tendit la petite clé de la chambre, les yeux pétillants, et le sabreur la remercia d'un signe de tête avant qu'ils ne se dirigent à leur tour vers la cuisine.


J'ai essayé de faire un effet de miroir dans les introspections de Zoro et de Sanji pour montrer que leur décision d'aujourd'hui renvoie à celle qu'ils ont prise lorsqu'ils ont engagé cette aventure purement physique entre eux : ce n'est pas forcément la même intensité mais c'est la même importance, c'est un tournant. Les rôles sont également inversés car c'est Zoro qui se remet en question cette fois et Sanji s'autorise simplement à avoir confiance en eux.

Je voulais montrer de cette manière qu'ils ont parcouru le chemin en sens inverse mais je ne sais pas si c'est très clair…!