Merci à one-piece-95, Wado21, Mileminia, Racx4400, deryous50, Akilie, Elowlie, Lijovanchan et Mikashita98 pour vos reviews.
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Bonne lecture.
Chapitre 62
La prunelle de ses yeux
Sanji soupira avant d'envoyer un coup de pied dans le ventre du gros marchand qui avait essayé de l'arnaquer. Lui faire croire que son sabre était un faux, franchement... L'homme s'écrasa lourdement dans les étagères du fond de sa boutique et le cuisinier ramassa son bien sur le comptoir, le laissant à moitié assommé au milieu de ses affaires.
Le blond sortit dans la rue et se retrouva à nouveau au milieu des passants qui faisaient leurs courses au soleil déjà haut dans le ciel en ce début de matinée. Il s'alluma une cigarette et tira longuement dessus tout en réfléchissant à sa prochaine destination. Il avait déjà vu trois ateliers. Le propriétaire du premier avait essayé de lui voler purement et simplement le sabre au vu de sa valeur, un autre venait donc de tenter de le rouler et le précédent n'avait tout simplement pas remarqué l'exception de la lame, voulant la traiter comme une arme ordinaire.
Sanji poursuivit tranquillement sa marche à travers la ville. Lorsqu'il avait ouvert les yeux aux premières lueurs de l'aube, il avait constaté avec surprise que Zoro était déjà en train de se préparer. Et s'il ne se rappelait pas avoir déjà vu le sabreur se lever aussi tôt, il ne se souvenait pas non plus d'avoir contemplé Luffy engloutir son repas aussi promptement, laissant ses amis terminer tranquillement tandis qu'il filait dehors. Chopper avait passé une nuit assez agitée selon les filles et le capitaine et son second ne voulaient pas perdre une seconde.
Le cuisinier ne les avait même pas entendus partir. Après avoir aidé l'aubergiste à ramasser la vaisselle, il était monté dans sa chambre et Zoro était sorti de la salle de bain au même moment. Lorsqu'il en était ressorti à son tour, l'escrimeur s'était évaporé. Seul son sabre blanc était toujours déposé sur le bureau, bien en évidence, et le blond avait compris le message. Il s'en était saisi délicatement et s'était dirigé dehors pour sa propre mission.
Arrivé devant un nouvel établi de forgeron, Sanji jeta un coup d'oeil par la fenêtre. Un vieux bonhomme aux cheveux gris donnait des coups de marteau sur une enclume dans une petite arrière salle, l'air concentré. Le cuisinier décida de tenter sa chance et il poussa la porte puis déposa directement son bien sur le comptoir. L'homme stoppa ses gestes et le dévisagea depuis son établi tandis que Sanji retirait la cigarette du coin de ses lèvres.
"Tu peux réparer ça?"
Le forgeron grogna quelque chose d'incompréhensible avant de se débarrasser de son marteau et de s'approcher péniblement. Il se saisit de l'épée et ouvrit le fourreau d'un geste sûr. Son regard s'agrandit alors en découvrant la lame et il reporta brutalement son attention vers le blond qui lui faisait face.
"Où est-ce que t'as eu ça, petit? Pour sûr, t'es pas un escrimeur.
- T'occupes, pépé. Tu peux la réparer ou pas?
- Ben…"
Le vieil homme l'examina minutieusement sous les reflets de la lumière avant de soupirer.
"Elle est pas mal amochée et les fissures sont profondes. Faire ça à une si belle pièce… On va voir…"
Il allait s'éloigner avec le sabre lorsque le cuisinier stoppa son mouvement, agrippant à nouveau l'arme et écrasant son mégot dans le cendrier.
"Si tu peux pas, t'y touches pas.
- Et tu feras quoi? Chanter une prière en espérant qu'elle se régénère toute seule? rétorqua le vieux. Plus t'attends, moins t'auras de chance de la récupérer en bon état."
Sanji retira sa main, plus confiant. Le forgeron avait l'air de savoir ce qu'il racontait. Il s'installa alors contre le mur face au comptoir et s'alluma une nouvelle cigarette.
"Tu comptes rester là tout le temps? s'étonna l'homme.
- Ouais."
Le vieux haussa les épaules et bougonna contre la stupidité de la jeunesse. Il disparut ensuite dans son coin atelier avec le sabre et Sanji tira un peu plus fort sur son mégot. Pourvu que ce type puisse le réparer…
Zoro avançait en silence sur le chemin caillouteux qu'il avait parcouru la veille. Heureusement, le sentier était pratiquement le seul qui existait à travers les collines et il avait donc toutes les chances de mener son capitaine à l'endroit voulu. A ses côtés, Luffy étudiait avec attention le dessin de l'algraé qu'ils devaient trouver au plus tôt. Ussop lui avait dessiné un modèle à partir du manuscrit du petit renne et à chaque nouvelle fleur qu'il rencontrait, il vérifiait qu'il ne s'agissait pas d'elle.
"Je crois que leur cabane n'est plus très loin, fit le sabreur au bout d'un moment.
- Super!" s'exclama le garçon au chapeau de paille, l'oeil luisant d'anticipation.
L'escrimeur jeta un regard incertain autour de lui. Malgré son assurance, il ne reconnaissait pas vraiment l'endroit. Tout se ressemblait au milieu de ces arbres, de ces pierres et de ses herbes folles. Et puis… Et puis il n'était pas le meilleur concernant le repérage dans l'espace et il en était bien conscient malgré toute la mauvaise foi dont il pouvait faire preuve. Il n'était pas stupide. C'était même Chopper qui s'était occupé de leur itinéraire alors qu'il était blessé pour le trajet du retour...
"Je ne suis pas sûr", admit-il finalement, contrarié.
Luffy le dévisagea une seconde avant de hausser les épaules.
"On va bien finir par trouver. De toute façon, l'important c'est la fleur!"
Zoro hocha la tête et tenta de se focaliser sur cet objectif. Cela ne l'empêcha pourtant pas de se trouver une nouvelle fois inutile et il essaya de refouler le sentiment d'impuissance qui le prenait à la gorge. Chopper allait mal et même s'il n'en était pas responsable, son état actuel était aussi dû au fait qu'il avait décidé d'aller chercher son sabre. Et qu'il avait ainsi perdu du temps. Parce qu'il avait fait ce choix. Et parce qu'il s'était perdu avant de retrouver Chopper...
"Elle est toute jaune, une vingtaine de centimètres de haut et une tige rugueuse!"
Luffy le tira de ses pensées en relisant la feuille d'Ussop et Zoro se concentra de plus belle. Il devait se racheter. Il devait trouver cette fleur au plus vite.
Une vingtaine de minutes plus tard, le garçon au chapeau de paille repéra la cabane devenue branlante des voleurs en haut d'une bifurcation et il s'y précipita. Zoro le suivit d'un pas plus lent, reconnaissant le bois vieilli des murs et les herbes hautes qui l'envahissaient presque. Il savait que les trois individus ne s'y trouveraient pas. L'attaque qu'il avait lancée pour récupérer son sabre avait effrayé les hommes et fragilisé considérablement la charpente. Cette planque était désormais trop abîmée pour qu'ils s'y réfugient et ils devaient probablement être loin aujourd'hui.
"Regarde, Zoro!"
Le sabreur s'approcha et sentit son coeur se serrer en découvrant dans un coin l'étau et l'enclume qui avaient tenté de réduire son épée en poussières. L'immense foyer rugissant qui servait la veille était à présent entièrement éteint mais l'odeur de bois brûlé et de métal étaient encore présents dans l'air.
"Ils faisaient cuire quoi là-dedans? se demanda Luffy en examinant des objets à moitié fondu abandonnés par terre.
- Ce sont des revendeurs de métaux, répondit mécaniquement son second. Ils volent des objets précieux puis les font fondre afin de récupérer la valeur sans se faire repérer.
- Ah."
Le garçon au chapeau de paille ramassa une vieille montre à gousset en or qui n'avait pas eue le temps de passer dans le four. Il l'ouvrit et y découvrit la photo d'une femme, de son mari et de leur petite fille. Son regard se voila.
"C'est pour ça que tu n'as que deux sabres aujourd'hui, Zoro?"
Le bretteur se redressa imperceptiblement et tomba sur les yeux nimbés de colère de son capitaine à quelques pas. Il savait ce que cette interrogation signifiait réellement. Luffy avait deviné ce qu'il s'était passé mais il attendait sa confirmation.
"Ils ont abîmé le Wadô, reconnut-il. Profondément. Le cuistot va voir ce qu'il peut faire en ville..."
Luffy hocha lentement la tête avant de reposer précautionneusement la montre à gousset sur le bureau bancal contre un mur.
"Allons chercher cette fleur. Ensuite, on leur fera leur fête!"
"La fleur! Regarde, c'est elle!"
Luffy pointa du doigt avec excitation une belle fleur solitaire aux lourds pétales jaunes non loin du bord du chemin. Comme le capitaine se précipitait vers elle, le sabreur vérifia le dessin que le garçon au chapeau de paille lui avait donné un peu plus tôt.
"On dirait bien que c'est ça", confirma-t-il.
Luffy la déterra le plus doucement possible avant de la déposer dans le sachet que le petit médecin lui avait donné. Il la rangea ensuite dans sa poche, un sourire étincelant aux lèvres.
"Chopper va aller beaucoup mieux maintenant!"
Zoro hocha la tête, souriant à son tour. Ils n'avaient pas trouvé les voleurs mais ils avaient mis la main sur l'essentiel et c'était suffisant.
Après être ressortis de la cabane, le capitaine et son second avaient poursuivi l'unique chemin et ils avaient presque fait le tour de l'île au fil des heures puisqu'ils apercevaient désormais en contrebas le village par lequel ils arrivaient de l'autre côté.
"On n'a qu'à traverser par la ville, on ira plus vite!"
Le sabreur approuva et ils se remirent en route rapidement. Pourtant, alors qu'ils arrivaient à l'orée des habitations, Zoro se stoppa brutalement. Il arracha ensuite une affiche collée sur un mur et Luffy se pencha vers lui avec curiosité.
"Qui c'est? lui demanda-t-il en désignant les trois hommes sur l'avis de recherche dont la prime s'élevait au total à trente millions de berrys.
- Ce sont eux", gronda le sabreur.
Le garçon au chapeau de paille prit alors le morceau de papier dans ses mains et fixa ses nouveaux ennemis avec détermination.
"Il faut ramener la fleur à Chopper mais on reviendra."
Il fourra l'affiche dans sa poche et ils reprirent leur marche.
Quelques minutes plus tard, alors qu'ils tournaient au coin d'une rue étroite et mal famée, Zoro s'immobilisa à nouveau, la main sur ses sabres. Luffy lui lança un regard interrogatif et son second lui indiqua sa cible.
Au fond de la rue, une taverne offrait quelques places en extérieur à ses clients et trois d'entre eux attirèrent immédiatement l'attention du capitaine. Le hasard avait bien fait les choses et les trois voleurs paressaient paisiblement devant eux. Le cliquetis des sabres de l'escrimeur leur fit relever la tête et ils le reconnurent en un éclair. Tremblants de peur, ils abandonnèrent leurs verres et leurs affaires pour détaler sous le regard inquisiteur du reste des clients et des promeneurs.
Zoro saisit immédiatement ses deux lames pour foncer à leur poursuite mais Luffy le devança.
"Gum-Gum Stamp!"
La jambe du garçon au chapeau de paille s'étira et son pied atterrit dans la figure du grand blond qui courait devant, lui laissant l'empreinte de sa sandale sur le visage. Ses deux autres compagnons subirent le même traitement une seconde plus tard et tous s'écroulèrent sur le pavé de la rue, du sang giclant de leur bouche.
Le capitaine se rapprocha de ses ennemis déjà terrassés, le souffle court et l'oeil brillant de rage tandis que le reste des badauds se tenaient prudemment à l'écart devant ce soudain règlement de compte.
A quelques pas derrière lui, Zoro rengaina ses sabres. Même s'il aurait aimé se charger d'eux lui-même, il était à cet instant reconnaissant envers son capitaine. Luffy ne tolérait pas qu'on s'en prenne à ses amis et il avait conscience de l'importance de ses sabres pour son second. Ainsi, il le considérait probablement blessé au même titre que Chopper et il voulait s'occuper en personne de leur faire regretter leur geste.
"O-on est désolé! balbutia le blond en se tassant sur lui-même à l'approche du pirate.
- On-on savait pas ce qu'on faisait, ajouta le gros brun, visiblement apeuré.
- On le refera plus, j'vous le jure! supplia le troisième.
- Vous n'êtes que des ordures! cracha le garçon au chapeau de paille au-dessus d'eux, blême de fureur. Vous n'avez pas le droit de voler les biens des gens pour les détruire, ce sont leurs trésors!"
Les coupables tremblèrent de plus belle devant ces paroles avant de couiner de peur. Luffy avait en effet enroulé l'un de ses bras élastiques autour d'eux et il enfonça dans la bouche du grand brun qui hoquetait leur avis de recherche. Prenant de l'élan, il les lança ensuite violemment en avant et les hommes s'envolèrent dans le ciel.
En guise d'atterrissage, ils traversèrent le toit de la base Marine à quelques centaines de mètres de là et s'écrasèrent directement au sol. Les officiers alertés par le bruit les encerclèrent immédiatement avant de les reconnaître grâce à l'avis de recherche que l'homme avait recraché. Satisfaits, ils trainèrent alors les voleurs hagards dans la cellule la plus proche.
Sanji observa pour la millième fois le fourreau du Wadô Ichimonji. Il l'avait tellement tourné et retourné dans tous les sens depuis des heures qu'il avait l'impression que son image resterait gravée à jamais dans sa mémoire. Sa ligne éclatante de blancheur, ses dorures, ses finitions délicates.
C'était tout ce qu'il pouvait faire malheureusement. Le dévorer des yeux en priant de toutes ses forces pour que l'épée retrouve sa moitié au plus vite. Il n'avait pas le droit à l'erreur. S'il ramenait la lame détruite, il n'était pas sûr que Zoro lui pardonne. Et même si c'était le cas, le pire serait de voir le sabreur se briser au même titre qu'elle.
Il ne voulait même pas l'envisager. Les épées de l'escrimeur étaient sans conteste ce qui comptait le plus pour lui et celle-ci avait une valeur au-delà du simple attachement sentimental. La volonté et la présence de Kuina flottaient autour de cette lame, reliant le sabreur à son rêve et à leur promesse.
Sanji frissonna. Il savait que Zoro vaincrait Mihawk un jour ou l'autre. Sa seule incertitude concernait la présence du Wadô à ses côtés ce jour-là à présent...
"Bon..."
Le blond sursauta et leva son seul oeil visible vers le vieux forgeron qui était enfin réapparu, redoutant ses paroles. Le type était resté des heures dans son arrière salle sans lui donner la moindre nouvelle...
"C'est un sabre qui en a vu de belles."
Le cuisinier ne répondit pas et s'approcha rapidement du comptoir pour le récupérer.
"T'as de quoi payer, j'espère? grogna le vieux lorsqu'il fut devant lui.
- Fais voir."
Il lui tendit le sabre et Sanji l'examina avidement. A première vue, les fissures étaient moins visibles et la lame avait été aiguisée mais il était loin d'être expert dans le domaine. La seule chose qu'il pouvait certifier, c'est qu'elle était en un seul morceau.
"Faut que je la ramène à son propriétaire pour savoir si t'as fait du bon boulot.
- Quoi? s'indigna l'homme.
- T'as ma parole que tu seras payé à la hauteur de ton travail mais je ne peux pas en juger moi-même comme tu l'avais remarqué.
- T'as pas intérêt à me rouler, mon gars! Parce que j'te préviens, membre d'un équipage de pirates ou pas, j'vous dénonce à la première patrouille si t'es pas revenu d'ici ce soir!"
Le cuisinier dévisagea son interlocuteur avec stupeur. Comment l'homme l'avait-il reconnu alors que tous ses amis n'étaient même pas descendus en ville?
"Tu crois vraiment que ce genre de lame court les rues? rétorqua le forgeron sur le ton de l'évidence en constatant son trouble. La Marine publie régulièrement un rappel des armes utilisées par les pirates pour les récupérer et celle-là, j'peux te dire qu'elle en fait partie. L'équipage du chapeau de paille, si j'me souviens bien."
Sanji soupira et rangea le Wadô dans son fourreau.
"Pas la peine de t'exciter, le vieux. On sera là d'ici ce soir."
Lorsque Sanji pénétra dans le petit jardin de l'auberge, il constata que tous ses compagnons étaient rassemblés autour du petit renne. Celui-ci prenait un peu le soleil en cette fin de journée et l'atmosphère semblait joyeuse autour de lui. Le blond en déduisit que Luffy et Zoro étaient parvenus à récupérer la fleur et il en fut soulagé.
"Comment ça va, Chopper? s'enquit-il doucement en arrivant à sa hauteur.
- Beaucoup mieux depuis que j'ai pu prendre ma potion, sourit le médecin en se tournant vers lui sur sa petite chaise.
- Il doit encore se reposer, intervint Nami en lui faisant signe de ne pas s'agiter.
- Les effets du poison se dissipent mais elles épuisent le corps, expliqua Robin.
- Ussop et moi sommes chargés des infusions! lui montra Brook en désignant une théière. Chopper doit en prendre très régulièrement pendant deux jours encore.
- Et ce truc a l'air dégoûtant, lui souffla le sniper en grimaçant.
- C'est très amer mais très efficace, répondit le médecin d'un ton professionnel.
- Je suis vraiment content que tu ailles mieux, Chopper, ajouta le cuisinier. Tu nous as fait peur, tu sais…
- Ne t'inquiète pas, c'était plus impressionnant que réellement dangereux!"
Sanji eut un sourire devant l'envie évidente de son compagnon de le rassurer puis il le délaissa pour se tourner vers les trois derniers membres d'équipage à quelques pas.
"Et ces types? fit-il en approchant. Vous les avez eus?
- Luffy leur a collés une torgnole et les a déposés directement chez la Marine! lui raconta fièrement le cyborg.
- Je vois. Ca mérite une petite fête, tu ne trouves pas, Capitaine?" lui proposa alors son cuisinier.
A ces mots, les yeux du garçon au chapeau de paille s'illuminèrent.
"Une fête, génial! Qu'est-ce qu'on mange?!
- Laisse-moi y réfléchir. J'ai quelque chose à faire avant."
Le blond se tourna finalement vers l'épéiste et lui désigna son sabre du regard qu'il tenait dans sa main. Le bretteur sembla l'interroger muettement en retour et Sanji lui fit signe de le suivre.
Arrivé dans leur petite chambre, Sanji tendit sans un mot son sabre à son compagnon, le coeur battant à tout rompre malgré lui. Il s'éloigna ensuite vers la fenêtre pour s'occuper le temps de l'examen nécessaire.
Il se plongea dans l'observation de l'environnement extérieur et entendit Zoro dégager la lame de son fourreau avec un bruit caractéristique. Le silence s'étendit ensuite dans la pièce et le cuisinier oublia bien vite de se concentrer sur le paysage. N'y tenant plus, il finit par se retourner mais l'épéiste lui tournait le dos et Sanji n'arrivait pas à voir sa réaction. Se mordant les lèvres, il dut attendre un long moment avant que le bretteur ne range enfin son sabre et le fixe à sa hanche auprès des deux autres.
"Pas mal.
- Tu vas pouvoir l'utiliser?" voulut savoir le blond.
Il vit Zoro se figer une seconde avant qu'il ne se retourne enfin vers lui.
"Oui. Je pense que ça ira."
Le cuisinier ne put s'empêcher de respirer un peu plus facilement et il lui envoya un sourire provocateur pour masquer sa précédente appréhension.
"Évidemment. Maintenant, faut aller le payer."
Zoro pénétra dans l'atelier d'un pas assuré et le vieux forgeron eut un sourire en le voyant s'approcher, le blond à ses côtés.
"C'est toi l'escrimeur, y a pas de doute. Satisfait?
- T'as fait du bon boulot, répondit le sabreur.
- J'te conseille d'en prendre davantage soin à l'avenir, l'avertit alors le vieil homme. C'est une très belle lame, elle mérite plus de considération.
- J'ai de l'argent mais pas assez, le coupa Zoro en vidant ses poches.
- Pas grave, pouffa l'autre. J'ai dit ça parce que j'étais curieux de savoir à qui elle appartenait. Et puis, avoir l'occasion de travailler sur cette qualité, c'est pas tous les jours.
- C'est pour ça que j'ai emmenés les deux autres."
Le vieux forgeron le regarda déposer avec une curiosité non feinte ses deux autres lames sur le comptoir. Il les observa ensuite en une attitude d'appréciation respectueuse avant de finalement effleurer le Sandai Kitetsu.
"C'est un choix dangereux mais ça doit te convenir si t'es toujours debout. Ca fait longtemps?
- Un bon moment, approuva l'escrimeur.
- Etonnant."
Il détourna son attention du sabre et attrapa Shuusui dont il examina le fourreau avec attention. Il en retira ensuite l'épée et observa pendant plusieurs minutes les reflets de la lame noire, visiblement admiratif. Finalement, il hocha la tête et rangea l'épée avant de les rendre au bretteur.
"Tu dois être un très bon sabreur pour posséder une telle lame, fit-il.
- Elle reste difficile à manipuler, répondit honnêtement Zoro.
- On a rarement l'occasion de voir quelqu'un se balader avec de telles oeuvres d'art, reprit le vieux. Trois en plus. Enfin, drôle d'association. Technique à trois sabres?"
Sanji les écouta parler un moment sans comprendre un traître mot. Finalement, il abandonna et s'éloigna pour fumer distraitement sa cigarette, le regard perdu à la fenêtre.
"On y va, fit soudain Zoro dans son dos.
- Tu l'as payé? s'enquit le blond en se retournant.
- C'est pas autant que j'espérais mais j'ai eu droit à une compensation", approuva le vieux derrière eux.
Zoro salua le vieux forgeron et ils se dirigèrent rapidement vers la sortie.
Une fois dehors, le cuisinier interrogea son compagnon du regard.
"C'est quoi la compensation dont il parlait? lui demanda-t-il.
- Les deux autres sabres.
- C'est une compensation, ça? s'étonna-t-il.
- Un vrai connaisseur est honoré lorsqu'il peut observer parmi les meilleures épées du monde.
- Oh. Evidemment."
Sanji reporta son mégot à ses lèvres et ils s'engagèrent tranquillement vers le chemin du retour.
La fête battait son plein. L'équipage avait décidé de réinvestir le Sunny pour célébrer la guérison du petit médecin et la créativité du cuisinier pour l'occasion les émerveilla. Chopper croulait sous les douceurs et les gourmandises sucrées tandis que les autres se régalaient des poissons pêchés la veille et relevés subtilement par le sel de l'Aqua Laguna. Luffy eut même la surprise de se voir présenter un cuissot de chevreuil juteux et il en bava littéralement sur la table et le sol malgré le regard courroucé de sa navigatrice.
La nuit s'étira ensuite au rythme du violon de Brook et des danses de Franky qui entraina les filles sur le pont. Même Chopper se dandinait sur sa chaise mais il était encore trop faible pour participer réellement. Ainsi, lorsque l'épuisement le gagna, ses compagnons décidèrent de clore les festivités et Ussop le déposa dans son lit avant que chacun ne regagne sa chambre.
De son côté, le cuisinier lava et rangea sa vaisselle rapidement, impatient lui aussi de retrouver son lit après les émotions de la journée.
Lorsqu'il y pénétra quelques instants plus tard, il vit que le sabreur avait déposé ses trois sabres sur leurs emplacements et qu'il les observait intensément, assis sur le lit. Le blond ôta ses chaussures, sa veste et sa chemise, les rangeant soigneusement avant de se glisser dans le dos de son compagnon. Il noua alors ses bras autour de son ventre et déposa son menton sur son épaule gauche, observant à son tour les trois épées.
"Les voir à leur place a quelque chose de réconfortant, murmura-t-il après une minute silencieuse.
- Merci."
Sanji eut un sourire avant de déposer ses lèvres au coin de la bouche de son amant.
"De rien."
Zoro l'attrapa alors par la taille pour l'asseoir sur ses genoux avant de prendre entièrement possession de ses lèvres, ses bras se refermant possessivement le long de sa nuque puis de son dos. Sanji lui rendit son baiser avec fougue et l'aida à enlever son tee-shirt avant de poursuivre leur étreinte pendant de longues minutes.
Lorsqu'il se redressa finalement pour reprendre son souffle, il se mit à contempler son compagnon d'un regard profond.
"Qu'est-ce qu'il y a? murmura le sabreur d'une voix rauque.
- Est-ce que je n'ai pas le droit de simplement te regarder?" le taquina le blond.
Zoro fronça les sourcils.
"Pourquoi tu ferais ça?
- Et pourquoi pas?
- C'est bizarre", fit le sabreur en haussant les épaules.
Sanji laissa alors sa main droite s'aventurer parmi les mèches vertes de son compagnon d'un air pensif et Zoro s'étonna de son geste. Cependant, il ne chercha pas pour autant à s'en dégager et il se mit lui-même à caresser distraitement son dos nu.
"J'ai réalisé quelque chose, reprit soudain le cuisinier.
- Quoi?
- J'ai repensé à ces bains de mer qu'on a dû traverser et je ne suis pas jaloux des filles qui peuvent te regarder.
- Ca t'angoisse au point que tu dois me le repréciser, cuistot? lui fit remarquer l'épéiste avec un sourire moqueur.
- Non, sérieusement. Ce n'est pas d'elles dont je me sens jaloux."
A ces mots, Zoro stoppa ses gestes le long de son dos et plongea son regard dans le sien, intrigué.
"Tu veux dire que t'es jaloux des mecs? s'enquit-il avec étonnement. Comme dans ce club?
- Non."
Le sabreur fronça les sourcils et Sanji se retourna légèrement pour lui désigner du menton quelque chose derrière lui.
"Je crois que ça m'arrive d'être jaloux d'eux parfois."
Zoro se décala et son regard tomba sur ses trois épées. Il reporta alors son attention sur le cuisinier qui le fixait sans le voir, ses mains jouant à nouveau dans ses cheveux.
"Pourquoi tu serais jaloux de mes sabres? grogna finalement le bretteur. Ca n'a aucun sens ce que tu racontes, cuistot."
Sanji eut un doux sourire tout en se reconcentrant sur son compagnon.
"Au départ, j'ai cru qu'il s'agissait de Kuina mais en réalité, c'est de cet art dont tu es tellement proche que je m'inquiète un peu. Comme lorsque j'ai cru que tu ne t'engagerais pas dans cette relation car ton objectif était trop important ou la fois où tu as parlé avec l'officier Tashigi…"
Le sabreur fronça encore les sourcils en signe d'incompréhension et Sanji déposa un léger baiser sur ses lèvres.
"Tu sais, ces lames font tellement partie de toi et de ta vie, tu les chéris plus que tout et elles t'accompagneront jusqu'à la fin quoi qu'il arrive. Alors oui, parfois je suis jaloux de tes sabres…"
Zoro dévisagea longuement son compagnon avant de soupirer et de se laisser tomber sur le matelas en arrière, entraînant le cuisinier contre son torse d'un bras autour de ses épaules.
"T'es tellement compliqué, foutu sourcil en vrille. Y a que toi pour penser des trucs pareils…"
Contre sa peau chaude, Sanji leva les yeux au ciel.
"Je sais, crétin. Pas la peine de me le rappeler...
- Ne change pas", murmura alors le sabreur tandis que le sommeil lui faisait fermer les paupières.
Le cuisinier sentit ses yeux s'écarquiller et il voulut se redresser mais les mains du bretteur caressaient à nouveau mollement son dos et il se prit à sourire.
Il ferma les yeux à son tour et se laissa emporter par la douceur du moment.
Les sabres de Zoro sont si précieux pour lui… Je trouve sa relation avec eux tout à fait unique et intéressante, touchante. Sanji l'a compris. Et même s'il n'a pas à se sentir menacé, il a bien conscience des liens si particuliers qui unissent Zoro et ses lames à son rêve….
