Merci à Wado21, deryous50, Racx4400, Elowlie, Akilie, Lijovanchan, MiaoiFuki, Agalys-Erwael et Blackpiece pour vos reviews.

Bienvenue à ceux qui rejoignent l'aventure.

Bonne lecture.


Chapitre 64

Double face

Sanji se pencha pour attraper sa chemise au fond du panier à linge sale. Tandis qu'il se relevait, un éclair douloureux lui traversa le bas du dos et il grimaça avant de prendre une seconde pour souffler. Finalement, il se baissa à nouveau et rassembla ses habits de manière plus douce. Il avait tendance à oublier sa blessure mais celle-ci était toujours présente malgré ses efforts pour se ménager.

Le cuisinier emporta ses vêtements jusqu'à la machine à laver un peu loin dans la salle de bain du Sunny et entreprit de les trier tout en prenant soin de ne pas faire de geste inutile. Il s'agaçait de constater son état en dépit de ses précautions. Même Zoro avait pris conscience de l'étendue de son atteinte et avait modifié son attitude à son égard en conséquence. En effet, c'était bien le sabreur qui avait finalement stoppé son compagnon le soir de leur petite fête en extérieur quelques jours plus tôt. C'est dire l'image qu'il devait renvoyer...

Ayant déposé tous ses habits foncés dans le tambour de la machine, Sanji attrapa la lessive et l'assouplissant pour en verser la juste dose. Alors qu'il refermait le couvercle et lançait le cycle de lavage, il soupira en se remémorant la scène. Il se rappelait que l'atmosphère était montée d'un cran après que le bretteur l'ait attiré contre le mat et comme prévu, il n'avait pas su résister très longtemps. Ils avaient disparu dans leur chambre en un rien de temps et le cuisinier ne sentait plus les élancements de sa colonne vertébrale, uniquement concentré sur le plaisir de la chaire. Jusqu'à ce que Zoro s'immobilise sur le lit au-dessus de lui et le dévisage, les sourcils froncés.

Sanji l'avait interrogé du regard, clairement surpris, mais l'épéiste s'était contenté de rouler sur le côté pour y rester, le souffle court. Comme le blond avait commencé à s'énerver face à son comportement incompréhensible, Zoro avait seulement posé une main sur son dos lorsque le cuisinier s'était retourné vers lui. Sanji n'avait pu s'empêcher de sursauter à ce contact, reprenant soudainement conscience de la réalité de son corps sous la vague d'adrénaline. Ils étaient alors restés quelques secondes à se fixer puis l'escrimeur l'avait attiré vers lui d'une main sur sa nuque et avait déposé ses lèvres sur sa tempe avant de se relever sans un mot.

Le cuisinier en était resté comme deux ronds de flan et il l'avait regardé s'éloigner puis sortir de la chambre avec ahurissement. Encore aujourd'hui, Sanji ne savait pas comment le sabreur avait compris qu'il souffrait réellement puisque lui-même l'avait occulté. Sans doute Zoro avait-il remarqué les sursauts inconscients et la crispation involontaire de ses muscles sous ses doigts, lui qui était si habitué à être attentif aux éléments physiques et corporels.

La machine à laver commença à tourner et le cuisinier rangea précautionneusement le reste de ses vêtements ainsi que les produits, perdu dans ses souvenirs. Instinctivement ce soir-là, lorsque la porte s'était refermée derrière Zoro, son ego avait flambé de colère à l'idée que ce dernier se sente obligé de le prendre ainsi en pitié. Et puis, sa fierté avait reflué lorsque sa raison avait lentement refait surface. Il avait su qu'il ne s'agissait pas de domination ni de provocation de la part de l'escrimeur. Ils avaient tous deux pris la décision de s'investir totalement dans leur relation et Sanji avait noté l'engagement silencieux mais réel de son compagnon depuis leur réconciliation. Celui-ci s'autorisait plus souvent à s'exprimer sur leur attachement et même s'il ne le faisait pas verbalement, ses regards et ses gestes étaient sans équivoque pour le blond. Zoro le laissait davantage approcher et son attitude cette nuit-là avait été sa manière de signifier au cuisinier qu'il comprenait. C'était sa façon de lui dire qu'il cherchait à prendre soin de lui.

Et Sanji avait eu confirmation de ses suppositions depuis trois jours maintenant. Ainsi, le comportement de l'escrimeur envers lui n'avait pas réellement changé hormis qu'il n'avait pas tenté de reprendre leurs ébats et pourtant, lorsque Zoro se couchait à ses côtés le soir, il se contentait de planter un baiser un peu rude sur ses lèvres, ce qui faisait sourire le cuisinier. Etrangement, c'était une des plus belles preuves de son attachement que le blond aurait pu espérer.

Alors bien que frustré sur le moment, Sanji savait que le bretteur avait eu raison de s'arrêter. En effet, cela lui avait permis de découvrir une nouvelle facette de son compagnon et il ne le regrettait pas.


"Elle a l'air ordinaire cette île, fit Franky.

- Parfaitement habituelle", renchérit Brook.

L'équipage au complet était réuni sur le pont avant en ce milieu d'après-midi, le regard fixé sur leur prochaine destination qui se profilait à l'horizon. Une plage de galets longeait la côte et une étendue rocailleuse s'éloignait vers les terres aussi loin que le regard portait. Le ciel couvert et l'absence visible d'animaux achevaient de donner à l'île une impression d'abandon total mais aussi de normalité absolue.

"Pourquoi elle n'est pas répertoriée alors? leur fit remarquer Ussop en fronçant les sourcils. C'est quand même bizarre, non?

- A première vue, elle paraît difficilement habitable compte tenu de ses sols, pointa Robin. Il ne semble pas y avoir beaucoup de végétation.

- On est peut-être du mauvais côté de l'île, suggéra Sanji en tirant sur sa cigarette. Peut-être y a-t-il des installations ailleurs?

- Oui! Peut-être que l'île est très différente de l'autre côté! approuva Chopper.

- Je n'ai aucune idée sur le temps de recharge du Log-Pose, soupira Nami.

- Pas sûr qu'il y ait de quoi faire des réserves, ajouta Zoro en contemplant le paysage désertique.

- Ca sent l'aventure!" s'écria Luffy en se juchant sur la tête de proue, l'air ravi.

En contrebas, sa navigatrice se tourna vers le cuisinier.

"Tu pourras rester sur le bateau, Sanji? Il vaut mieux être prudent et je ne pense pas que marcher trop longtemps soit une bonne idée dans ta situation de toute façon.

- Nami-chérie se fait du souci pour moi! virevolta le blond, transcendé. Ne t'inquiète pas, je vais protéger le bateau et je te servirai un magnifique dîner à ton retour!"

Franky le saisit alors par les épaules pour qu'il cesse de tournoyer.

"Si tu bousilles ton dos, tu pourras pas surveiller mon Sunny alors reste tranquille, grommela-t-il. Je compte sur toi."

Le cuisinier acquiesça béatement, le regard toujours vissé sur la navigatrice qui continuait à organiser leur débarquement sans plus lui porter d'attention.


"Je retire ce que j'ai dit précédemment. En réalité, cette île est extraordinairement lugubre", frissonna Brook.

Après avoir laissé Sanji en charge du bateau, l'équipage avait débarqué sur la terre ferme et s'était enfoncé vers le centre de l'île. Ils marchaient ainsi depuis près de deux heures mais leur environnement n'avait pas changé et le panorama désespérément vide devenait pesant. Tout le monde commençait à craindre qu'ils ne trouvent rien d'intéressant sur ce bout de caillou. De plus, le brouillard commençait également à descendre et la nuit n'allait pas tarder à tomber non plus.

"Si on rentrait? lança soudain Ussop d'une voix enjouée. Je parie que Sanji nous aura préparé un dîner à tomber par terre!

- J'ai hâte de retourner au Sunny, approuva Chopper à ses côtés. Cet endroit n'est pas accueillant du tout.

- On dirait que personne n'a jamais vécu ici, remarqua Robin tandis qu'elle observait l'horizon.

- Rien n'est utilisable, grogna le sabreur.

- Ouais, c'est complètement mort, soupira Franky qui cherchait des matériaux du regard.

- Si on ne trouve rien dans les vingt minutes, on fera demi-tour, décida alors la navigatrice.

- Oh, regardez!"

L'équipage se tourna vers le capitaine qui pointait du doigt quelque chose en hauteur. En plissant les yeux à travers la brume de plus en plus dense, Nami crut distinguer les contours d'un large bâtiment un peu plus loin.

"On dirait… une construction?

- Une énorme construction", ajouta le cyborg en enlevant ses lunettes de soleil pour mieux l'observer.

Intrigués, les amis avancèrent dans la direction de la bâtisse et découvrirent au fur et à mesure un imposant édifice taillé dans la pierre grise de l'île. Ce dernier ressemblait à un large château fort entouré d'un chemin de ronde perché à plusieurs dizaines de mètres et une passerelle disparaissait dans le brouillard pour emmener ses visiteurs en contre haut. Elle semblait être le seul accès possible au bâtiment et Luffy s'y précipita, surexcité.

"On y va! On y va! On y va!

- Tu es sûr que c'est prudent? lui demanda le petit renne, visiblement apeuré. On dirait un château hanté...

- Cet endroit est étrange, approuva Brook. Je sens comme des présences au loin…

- Des présences? Quel genre de présence? Des monstres? Des fantômes?! paniqua le sniper en jetant des coups d'oeil affolés autour de lui.

- Je les ressens moi aussi, fit alors Robin.

- Qu'est-ce que c'est? lui demanda la navigatrice en resserrant la main sur son bâton climatique, mal à l'aise.

- Je ne sais pas, répondit son amie. C'est déconcertant...

- Ca me dit rien qui vaille, marmonna Zoro qui avait attrapé l'un de ses sabres.

- Pitié, allons-nous-en!" pleura Ussop en s'accrochant à son capitaine.

Le garçon au chapeau de paille l'ignora superbement puisqu'il se mit à rire avant de s'élancer vers la passerelle, disparaissant dans la brume en entraînant malgré lui le sniper terrorisé. Le reste de ses amis le suivirent avec méfiance, attentifs aux éventuels bruits, mais le silence était total.

La passerelle était immense et elle grinçait sous leurs poids tandis que le brouillard s'intensifiait au fur et à mesure de leur ascension. Arrivés enfin à l'autre bout, ils constatèrent qu'ils avaient grimpé au sommet du chemin de ronde et qu'un large avancement donnait sur une porte vraisemblablement fermée devant laquelle Luffy trépignait déjà. Son équipage le rejoignit rapidement et ils observèrent davantage le bâtiment autour d'eux.

"C'est gigantesque, remarqua Franky en s'approchant de la roche de l'un des murs. J'ai l'impression que ça date pas d'hier en plus.

- On dirait une ancienne demeure d'époque médiévale, ajouta Brook qui contemplait les minuscules fenêtres visibles çà et là.

- Celui qui vit là est forcément dérangé, renifla Ussop. C'est super glauque ici…"

Soudain, Luffy frappa de toutes ses forces sur le montant de la porte, faisant ainsi sursauter ses amis.

"Hé ho, y a quelqu'un?! lança-t-il à la ronde.

- Mais tais-toi, Luffy! s'alarma le sniper. Imagine qu'il y ait un tueur psychopathe?!"

A cet instant, la lourde porte face à eux s'entrouvrit et les membres de l'équipage reculèrent, à l'exception du capitaine qui tenta de voir à travers l'entrebâillement en sautillant. Finalement, un gros homme vêtu d'un uniforme inconnu en sortit et les détailla rapidement du regard.

"C'est vous qui avez débarqué sur un bateau en forme de tête de fleur géante? leur demanda-t-il sans préambule.

- Il s'agit du Sunny, répondit immédiatement Franky, sur la défensive. Et oui, il est à nous, ça pose un problème?

- Vite, entrez."

L'homme les tira brutalement à l'intérieur et referma la porte derrière eux avec la même précipitation. L'équipage découvrit alors un vaste hall d'entrée assez moderne qui contrastait avec l'apparence austère extérieure. Des écrans de surveillance sur un large bureau jonché de feuilles et de dossiers montraient différentes pièces du château ainsi que de nombreux plans de l'île à intervalles réguliers.

"Qu'est-ce qui se passe? s'enquit Nami, préoccupée par le visage inquiet de l'homme.

- Vous ne connaissez pas l'île? leur demanda ce dernier en se dirigeant vers l'un de ses écrans.

- Non, elle n'est pas répertoriée, répondit la navigatrice. Pourquoi?

- Vous êtes sur l'île Jasper. L'île des prisonniers, leur expliqua alors l'homme en se tournant à nouveau vers eux.

- L'île des prisonniers? répéta Franky. Comment ça?

- Vous avez entendu parler des Îles Célestes?

- Ah, ouais! C'est super là-bas! s'exclama Luffy, les traits illuminés.

- Oui, il parait. Mais tout n'est pas idyllique là-bas, ici comme ailleurs...

- Nous en avons eu un aperçu, acquiesça Robin.

- Il y a des prisonniers des Îles Célestes ici? voulut savoir Chopper.

- Oui, je suis le gardien pour les trois mois à venir encore. Nous procédons à des échanges deux fois par an.

- Vous voulez dire que vous êtes seul?" lui demanda Ussop en fronçant les sourcils.

Comme l'homme approuvait, le canonnier réprima un frisson. Seul pendant six mois à garder des prisonniers, il fallait vraiment être quelqu'un de solide pour ne pas déprimer...

"Quel genre de prisonniers gardez-vous? l'interrogea ensuite Robin.

- La pire espèce", grogna l'homme.

Il se pencha à nouveau vers un écran et le leur désigna.

"Mais ces cellules sont vides! s'étonna Brook.

- Ils se sont échappés? demanda Franky.

- Non, on ne peut simplement pas les voir ni les retenir avec des chaînes, soupira-t-il. Alors tout ce que je peux faire, c'est m'assurer que le moins de gens possible ne débarque. J'ai aperçu votre bateau grâce à la caméra de la pointe sud et je m'apprêtais à venir à votre rencontre.

- Des prisonniers invisibles en liberté! se récrièrent Chopper et Ussop, épouvantés.

- Ce sont les présences que vous avez sentis, comprit Nami en croisant le regard de Brook et de Robin.

- Ce sont eux, approuva le gardien. Quelques personnes sont sensibles à leur aura.

- Qu'est-ce qu'ils ont fait pour être là?" s'enquit Luffy en détaillant les différents écrans.

A ces mots, l'homme soupira encore.

"Ce sont des êtres démoniaques sans attache corporelle qui étaient autrefois confinés dans les Îles Célestes. Un jour malheureusement, ils ont réussi à en sortir et ils ont pris possession de nombreux humains pour commettre les pires crimes. Cela a duré des centaines d'années. Pourtant, il y a deux cent ans, de puissants sorciers ont mis au point un antidote qui empêche les démons de s'approprier des corps mortels. Ainsi, on a pu les capturer mais comme on ne sait pas retourner aux Îles Célestes de manière sûre, on les a parqués ici. Ils ne peuvent pas traverser la mer alors ils errent sur cette île indéfiniment. La seule chose dont il faut s'assurer, c'est qu'ils ne trouvent pas de corps à emprunter pour s'enfuir.

- Alors… Vous restez là pour prévenir ceux qui s'aventurent ici par accident? demanda Chopper, impressionné.

- Je fais partie d'une unité spéciale de la Marine, confirma l'homme avec fierté. C'est une mission secrète qui permet de préserver la population des horreurs de ces monstres!

- C'est vraiment un travail admirable étant donné ses conditions! le loua Brook.

- C'est super cool!" renchérit Luffy à son tour.

L'homme hocha la tête en signe de remerciement avant de fouiller dans un de ses tiroirs.

"Maintenant que je vous ai trouvés, buvez l'antidote, fit-il en leur tendant à chacun une fiole. Ces démons s'approprient vos corps sans que vous ne vous en rendiez compte et ils utilisent votre force sans que vous ne puissiez l'en empêcher. Plus votre puissance est importante, plus vous êtes en danger. Ils sont aussi attirés par le côté sombre d'une vie et de nos jours, qui n'a pas vécu un événement suffisamment traumatisant pour nous faire douter de la limite entre le bien et le mal?"

Les membres de l'équipage acquiescèrent à ces paroles et attrapèrent leur fiole.

"Il nous en faudra aussi une pour Sanji, fit remarquer Nami. Il est resté sur le bateau comme il est blessé alors il devrait être tranquille mais on ne sait jamais."

L'homme approuva et lui donna une autre fiole que la jeune femme confia au médecin.

A ses côtés, Franky avala l'antidote d'une traite et reposa le petit verre sur le bureau avant de brutalement se figer.

"Bordel, où est Zoro?!"

Tout le monde se retourna d'un coup et chercha du regard le sabreur dans la pièce, en vain.

"Il était juste à côté de moi quand on a monté la passerelle! se souvint Chopper.

- Oh, non! Il s'est perdu! s'affola Ussop.

- Quelqu'un d'autre était avec vous? leur demanda le gardien en fronçant les sourcils.

- Oui, notre manieur de sabres", répondit Robin.

L'homme jeta un coup d'oeil à ses écrans et changea plusieurs angles de caméra à l'intérieur et à l'extérieur du bâtiment. Il le repéra alors assez vite et le sniper poussa un soupir de soulagement.

"C'est lui! Il est loin? s'enquit-il.

- Pas vraiment, répondit le gardien.

- Qu'est-ce qu'il fabrique? grogna alors le cyborg. Il n'a pas l'air de s'être rendu compte qu'il s'est perdu.

- Mais il fonce vers le bateau, cet idiot! s'exclama Nami.

- Alors ça, c'est bien Zoro! remarqua Luffy en éclatant de rire.

- Non, regardez."

La voix soudain préoccupée de Robin fit froncer les sourcils de ses compagnons d'équipage et tous se penchèrent vers l'écran. La silhouette de l'escrimeur marchait rapidement dans une direction visiblement bien définie et il ne semblait pas chercher son chemin.

"Regardez, reprit la jeune femme d'une voix blanche. Il n'a pas l'air d'être perdu parce qu'il n'est pas lui-même!

- Il est possédé", souffla le gardien.

A ces mots, Nami plaqua une main sur sa bouche, horrifiée.

"Oh, mon Dieu! Sanji!"


Le cuisinier remua le fond de sa marmite et ajouta une pointe de paprika à son mélange avant de remettre le couvercle pour laisser son contenu mijoter. Il sortit ensuite sur le pont et s'étira agréablement. Malgré le ciel couvert et l'avancée de la nuit, il avait accroché son linge à l'extérieur pour qu'il sèche plus rapidement et il s'y dirigea pour voir si son idée avait été bonne. Arrivé à l'arrière, il testa donc plusieurs de ses habits avant de froncer les sourcils en entendant un bruit sourd en bas. Il repoussa la serviette qui lui bouchait la vue et vit que Zoro avait sauté sur le pont avant. Il jeta ensuite un coup d'oeil à la plage mais ne vit personne d'autre. Intrigué, il décida alors de descendre. Il ne serait pas étonné d'apprendre que cet idiot s'était perdu et qu'il avait retrouvé le Sunny par hasard…


"Putain mais qu'est-ce que tu fous, sabreur de mes deux?"

Sanji contemplait avec étonnement le bretteur alors que ce dernier tentait de relever l'ancre après avoir tranché la corde d'amarrage. Le son de sa voix le fit se tourner lentement vers lui et le cuisinier fronça les sourcils.

"Qu'est-ce que t'as? T'as perdu ta langue?"

L'escrimeur ne répondit pas mais s'approcha, le regard fixé sur son compagnon. Arrivé devant lui, il plaqua voracement ses lèvres sur les siennes et le cuisinier vacilla sous son élan.

"T'es pas bien!" grogna-t-il après l'avoir repoussé.

Il passa la main sur ses lèvres et y vit une traînée de sang.

"Arrête de faire n'importe quoi. Je reviens dans une minute, t'auras intérêt à me dire ce qui se passe, tête de cactus."

En grommelant, il fila vers sa cuisine pour vérifier la cuisson de son plat et soupira de soulagement en constatant qu'il n'avait pas brûlé. Il coupa le feu et ajouta à nouveau un peu de paprika avant de se figer.

"Zoro, qu'est-ce que tu fais?"

Sanji stoppa la main du sabreur sur son torse, les sourcils froncés. Il se retourna, agacé, mais le regard noir et absent de son vis à vis le surprit.

"Tu…"

Le blond sentit sa respiration se bloquer lorsque l'escrimeur le projeta violemment contre le mur adjacent, le faisant grimacer de douleur. Son dos déjà blessé lui envoya une décharge électrique dans tout le corps et il tomba à genoux.

"Merde, t'es pas sérieux!"

Zoro se rapprocha à nouveau et le releva brutalement, toujours muet. Sanji se dégagea alors d'un geste brusque, parfaitement furieux.

"T'es malade ou quoi?! J'te permets pas d-"

L'épéiste se jeta soudain sur ses lèvres et les lui mordit jusqu'au sang. Par réflexe, le cuisinier voulut reculer mais il était déjà contre le mur et il sentit le sang se répandre dans sa bouche tandis que la langue de l'escrimeur semblait s'y mêler avec plaisir. Le blond frissonna. Zoro n'était visiblement pas dans son état normal, il ne s'était jamais montré aussi violent avec lui. Sauvage et brutal oui, mais toujours avec son accord. Et là, il ne l'était pas.

Il le repoussa de toutes ses forces et cracha le sang qui s'était accumulé dans sa bouche.

"Je sais pas ce qui t'arrive, crétin de sabreur, mais tu me parais bien sûr de toi. Où sont les autres?"

L'homme face à lui ne prononçait toujours pas un mot mais il eut un sourire carnassier que le cuisinier connaissait. Celui qu'il adressait à ses proies. Pas à son amant.

"Mais qu'est-ce qui te prends, bon sang?"

Pour toute réponse, Zoro lui décocha un coup de pied dans les chevilles qui le fit s'écrouler, son dos cognant encore douloureusement contre le mur puis le sol et l'assommant à moitié sous une pluie de points scintillants. Il se secoua néanmoins quand il sentit le bretteur arracher les boutons de sa chemise et utiliser son poids pour le maintenir par terre.

L'épéiste dégagea ensuite brutalement le vêtement pour lui mordre violemment le téton gauche et Sanji réprima un cri de douleur. Il lui envoya alors un coup de coude dans le plexus qui lui coupa la respiration. Profitant de son avantage, il tenta de rouler sur le côté mais le bras puissant de Zoro l'en empêcha d'un coup de poing sur la pommette. Étourdi, il resta sonné plusieurs secondes, incapable de faire un geste supplémentaire. La main calleuse du sabreur se mit alors à descendre le long de son torse puis de son ventre, s'aventurant toujours plus bas jusqu'à déboucler sa ceinture.

"Putain, lâche-moi, abruti!"

Le cuisinier se débattit furieusement à nouveau et Zoro lui mit finalement un coup de tête pour le calmer. Désorienté et le sang dégoulinant de son nez et de sa bouche, Sanji tenta de retrouver ses esprits en reprenant son souffle. Il recommença bientôt à gesticuler mais il avait perdu de sa force et Zoro parvenait à le clouer au sol d'une seule main tandis que l'autre commençait à déboutonner son propre pantalon.

La panique envahit le cuisinier une seconde lorsqu'il constata qu'il n'arrivait pas à se dégager. Ses mouvements de plus en plus désordonnés ne le menaient nulle part hormis blesser un peu plus son dos qui frottait sur le sol. Il résolut donc de se calmer pour voir ce qu'allait faire son adversaire. Son adversaire, car il ne s'agissait plus de Zoro désormais, il le savait.

Qu'est-ce qui avait pu se passer pour que le sabreur devienne fou, il n'en avait strictement aucune idée et le plus urgent était de s'en sortir. L'escrimeur avait une force physique redoutable et avec sa blessure, sa seule chance était de le surprendre. Regardant autour de lui, Sanji remarqua que son immobilisme n'avait pas gêné le moins du monde son agresseur qui continuait à le dévisager sans réellement le voir. Encore une confirmation que Zoro n'était plus lui-même.

Les yeux du cuisinier agrippèrent soudain les sabres de l'homme toujours à sa ceinture. Zoro ne s'était même pas servi de ses sabres, c'était impensable. Changeant brutalement de stratégie, Sanji mit toute sa force pour faire rouler le sabreur sur le côté gauche et ainsi libérer sa propre main droite qui fonça vers les lames. Le bretteur tenta de l'en empêcher mais le blond se focalisa pour agripper le fourreau d'une épée du bout des doigts avant de tirer dessus avec la force du désespoir. La lame jaillit et manqua de le transpercer en retombant mais il eut le réflexe de l'attraper et de la pointer sur le cou de son ennemi.

"Recule, crétin", balbutia-t-il en crachant à nouveau du sang.

Le corps de l'escrimeur ne bougea pas au-dessus du sien et il lui sembla même qu'il s'appuyait davantage contre le bout de la lame.

"Arrête, qu'est-ce que tu fous?!"

Le blond le repoussa tant bien que mal pour échapper à son emprise avant de se redresser tout en maintenant au mieux la pointe du katana dans sa direction. A genoux face au sabreur, il était incapable de se relever totalement.

Après quelques instants de silence au milieu de leurs respirations haletantes, Sanji baissa finalement son arme que son bras ne portait plus.

"T'es pas… dans ton état normal, Zoro."

Celui-ci ne paraissait pas l'entendre et il se pencha à nouveau vers lui. Sanji prit alors une grande inspiration pour soulever la lourde épée et la posa contre son ventre pour l'en empêcher.

"M'oblige pas à te tuer, imbécile."

Le bretteur continua de s'incliner en avant et Sanji conserva sa propre pression sur le sabre, l'enfonçant un peu dans son ventre. Stoppant son geste malgré lui en constatant qu'il allait réellement le blesser, le cuisinier sentit ensuite plus qu'il ne vit le sabreur le désarmer d'un geste précis contre son bras affaibli. L'épée lui échappa et roula à plusieurs mètres sous son regard horrifié.

Le cuisinier reporta immédiatement son attention vers l'escrimeur et son coeur fit un bond dans sa cage thoracique lorsqu'il s'aperçut qu'il s'apprêtait à nouveau à se jeter sur lui. Sans réfléchir, il lui envoya un énorme coup de pied dans la poitrine qui le propulsa contre la porte de la cuisine avant de l'arracher de ses gonds, les emportant tous les deux au milieu du pont.

Sanji tenta ensuite de se redresser davantage mais il vacilla. Sa tête lui tournait et son dos ne le portait plus. Il s'écroula sur le sol froid, priant pour que Zoro ou celui qui avait pris possession de son corps ne se relève pas. Il essaya néanmoins de garder les yeux ouverts pour guetter son retour et les cris d'affolement de Nami furent la dernière chose qu'il entendit.

Avec soulagement, il se laissa alors glisser vers l'inconscience. Si Nami était saine et sauve, alors tout allait bien…


Il est bien possible que vous ne vous attendiez pas à un tel chapitre… Et c'est fait exprès. Je ne voulais pas y aller trop fort mais il faut de même qu'on ressente la violence et le choc du moment. Sachez que je ne le fais pas gratuitement ou par hasard, c'est toujours dans l'objectif de faire évoluer leur relation.

En espérant que vous serez au rendez-vous la semaine prochaine!