Merci à Wado21, Luma-az, MiaoiFuki, Akilie, deryous50, Racx4400, Elowlie, Mikashita98 et Kuroshine pour vos reviews.
Merci pour vos mises en alerte/favori.
Bonne lecture.
Chapitre 65
Face à face
"Sanji, est-ce que ça va?"
Les grands yeux de Chopper le détaillèrent attentivement tandis que le blond papillonnait pour s'habituer à la lumière de l'infirmerie du Sunny.
"Merde, mon dos… J'ai l'impression qu'un rouleau compresseur m'est passé sur le corps…"
Le médecin hocha la tête et l'aida à se mettre sur le côté.
"Est-ce que tu as mal? s'enquit-il. Je peux te refaire une piqure de morphine si tu veux.
- Ce serait bien, Chopper…"
Le petit renne attrapa une seringue et passa derrière son patient.
"Tu devrais aller mieux maintenant, fit-il ensuite. On t'a installé sur un matelas d'eau pour que ce soit plus confortable."
Le blond remarqua effectivement la surface mouvante sous son corps et il tenta de bouger pour la tester davantage mais le médecin l'en empêcha. Il prit alors conscience d'un tiraillement au niveau de sa pommette ainsi que de la sécheresse de ses lèvres et il se passa une main sur le visage.
"J'ai été dans les vapes combien de temps? marmonna-t-il.
- Une douzaine d'heures. Le soleil vient de se lever."
Sanji soupira et Chopper examina son dos.
"De quoi ça a l'air? demanda le cuisinier.
- J'ai bien cru qu'il faudrait que je t'opère mais finalement, en replaçant les vertèbres supérieures, la pression s'est relâchée sur le reste de la colonne", lui expliqua son ami. Par contre, tes cervicales ont comprimé les nerfs un moment alors il est possible que tu aies des migraines ou des vertiges pendant plusieurs jours."
Il attrapa ensuite un onguent et massa consciencieusement la zone douloureuse, ce qui permit au blond de se détendre.
"Je crois pas que je puisse me lever tout de suite, grommela Sanji dans son oreiller.
- Tu pourras te redresser quand la morphine fera effet mais pendant deux ou trois jours, tu ne pourras pas marcher, lui confirma le médecin. En réalité, tu t'en sors bien."
Il termina de faire pénétrer la pommade puis attrapa des bandages qu'il enroula autour du corps de son patient du mieux possible malgré sa position. Finalement, le cuisinier put se retourner et il se réinstalla précautionneusement sur le dos.
"Où est Zoro? s'enquit-il brusquement.
- Dans la vigie, répondit le petit renne en se lavant les mains.
- Est-ce qu'il va bien? Il est devenu complètement fou...
- Eh bien, il a été difficile à maîtriser et Luffy a fini par l'assommer avec l'un de ses haltères, soupira-t-il.
- Qu'est-ce qui lui a pris?
- Cette île est en réalité une prison et les occupants sont des esprits démoniaques d'une Île Céleste, lui expliqua Chopper. Ils prennent les corps des voyageurs pour pouvoir s'échapper. Comme ils sont dépossédés d'enveloppe corporelle, s'ils en trouvent une, ils sèment à nouveau la terreur en se nourrissant de la force de leur hôte.
- Je vois, grimaça le blond. Ca explique pas mal de trucs… Comment vous l'avez su?
- Le gardien de l'île nous a prévenu et nous a donné un antidote pour empêcher la possession. Malheureusement, Zoro s'est égaré avant de le rencontrer et on s'est aperçu trop tard de son absence…"
A ces mots, Sanji ne put s'empêcher de rire.
"Cette tête d'algue, j'en étais sûr! Je savais qu'il ne pouvait pas être revenu tout seul sur le bateau...
- Les démons auraient pu s'approprier ton corps mais je pense qu'avec ta blessure, Zoro était le candidat le plus évident, reprit Chopper en accrochant une nouvelle perfusion au bras du cuisinier.
- Crétins d'esprits, bougonna alors le blond en se redressant tant bien que mal. C'est pas parce que la tête de mousse peut retrouver le sens de l'orientation qu'il sera moins stupide...
- Comme tout démon, ils sont attirés par la force physique mais ils se nourrissent des pulsions de leur hôte, poursuivit Chopper. Il veut et il prend, sans considération de bien ou de mal et c'est pour ça que… Enfin, je pense que c'est pour ça que Zoro a essayé de t'attaquer de cette manière…"
Le silence se fit quelques instants dans l'infirmerie avant que Sanji ne soupire.
"Je savais que c'était pas lui. Il n'a pas touché à ses sabres pour m'attaquer.
- Le gardien nous a dit que l'esprit contrôle les corps comme une marionnette, approuva le renne. C'est pour ça qu'il a pu maîtriser la direction de son hôte mais qu'il ne savait pas comment manier les épées de Zoro qui demandent une technique indispensable."
Le petit renne vérifia encore la tension du cuisinier puis traita l'estafilade rouge ornant sa main droite puis celle de son front et le silence reprit place entre eux.
"Il va mieux? demanda finalement le blond.
- Oui, je vous ai fait boire l'antidote à tous les deux. Le démon a quitté son corps", le rassura le médecin.
Chopper fit ensuite une pause et secoua la tête tout en rangeant ses médicaments.
"Il est juste… un peu chamboulé.
- Ca se comprend, fit Sanji.
- Il s'en veut beaucoup, ajouta le petit renne, l'air triste. Il s'est enfermé à la vigie et ne veut pas en sortir pour l'instant...
- Pourquoi? s'étonna le cuisinier. Tu m'as bien dit que ce n'était pas de sa faute?
- Oui, c'est ce qu'on lui a dit…"
Le médecin eut un soupir avant de se diriger vers la porte.
"Repose-toi. Je viendrais te revoir d'ici quelques temps."
"Sanji?"
La voix du canonnier se fit entendre à travers l'entrebâillement de la porte de l'infirmerie et le cuisinier releva la tête de son livre. Il s'était rendormi une petite heure après le départ de Chopper et à son réveil, la morphine avait fait effet, lui permettant de se redresser en position assise.
"Est-ce qu'on peut entrer? demanda encore la voix du sniper.
- Pas de problème, Ussop."
La porte s'ouvrit et Franky, Brook, Luffy, Nami et Robin investirent la petite pièce derrière leur ami.
"Comment vas-tu, cher cuisinier? s'enquit l'archéologue tandis que tout le monde se massait autour de son lit.
- Oh, j'ai déjà été mieux, Robin d'amour, admit le blond. Mais la morphine fait des merveilles, je me sens déjà plus en forme que tout à l'heure, ajouta-t-il avec un sourire.
- Il faut que tu prennes soin de toi, affirma Brook. Tu sais, tu nous as fait une belle frayeur!
- Ouais. Tu baignais dans ton sang quand on t'a trouvé, se souvint Franky avant de se faire reprendre par un coup d'oeil noir de la part de Nami.
- Pas de problème, Franky. Je sais de quoi j'ai l'air, je me suis regardé dans un miroir, grimaça le cuisinier.
- Sanji, j'ai faim! gémit soudain Luffy au pied de son lit.
- Je regrette, Capitaine, je ne pourrai pas assurer mon rôle aujourd'hui mais dès que je pourrais poser un pied par terre, je me rattraperai", lui assura-t-il.
Le garçon au chapeau de paille hocha vivement la tête mais Nami fronça les sourcils.
"Tu devrais prendre le temps de te reposer, Sanji, ne t'en fais pas pour la cuisine. On se relayera.
- L'important est que ton dos guérisse au plus vite, renchérit Ussop. Chopper nous a dit que tu pourrais recommencer à marcher d'ici quelques jours alors en attendant, on va s'organiser.
- J'avais mis un rôti de veau à décongeler hier, approuva le cuisinier. Il y a aussi des carottes, des oignons et des pommes de terre dans la réserve.
- Je sais éplucher les oignons! s'écria Luffy en se remémorant son atelier cuisine plusieurs semaines auparavant.
- Je vais faire un planning pour que chacun participe", décida solennellement le canonnier.
A cet instant, Chopper pénétra dans l'infirmerie.
"Il faut laisser Sanji se reposer maintenant, leur demanda-t-il. Il a besoin de dormir."
L'équipage acquiesça et chacun fit un signe de tête au blond avant de filer vers la sortie. Alors que la navigatrice allait s'éloigner à son tour, Sanji l'interpella.
"Nami-chérie, je voudrais te demander un service…"
La jeune femme l'interrogea du regard et le cuisinier se redressa un peu contre ses oreillers.
"Si tu croises la tête d'algue, est-ce que tu pourras lui dire qu'il peut passer, s'il te plait?
- Je lui dirai.
- Merci…"
Nami hocha la tête, un petit sourire compréhensif aux lèvres, puis rejoignit ses amis à l'extérieur.
Sanji se redressa lentement dans son lit. Son dos le lançait à nouveau mais il n'en pouvait plus de rester immobile. Depuis ce matin, il n'avait fait que somnoler et lire, un rythme de vie dont il n'avait absolument pas l'habitude. Heureusement, une partie de l'équipage était revenue lui changer les idées après le dîner et il avait eu droit au récit détaillé de la préparation du repas par Luffy et Ussop. Il craignait d'ailleurs à présent de découvrir l'état de sa cuisine mais la bonne volonté de ses amis l'empêchait de leur en vouloir.
Cependant, maintenant que la nuit était tombée, il n'y avait plus aucun bruit sur le bateau et il s'ennuyait à mourir. De plus, Zoro n'était pas venu le voir. Le cuisinier savait que Nami lui avait passé le message mais apparemment, le sabreur était toujours enfermé dans la vigie et n'en était même pas sorti pour manger de toute la journée.
Le cuisinier arracha la perfusion de son bras et du sang dégoulina un peu sur sa peau claire. Chopper était venu lui en remettre une nouvelle il y a peu de temps mais tant pis.
Il se releva doucement et posa précautionneusement ses pieds au sol. Le Sunny était calme et voguait sans bruit. Le blond attrapa alors sa chemise mais ne la boutonna pas pour s'épargner le frottement du tissu sur sa peau endolorie. Pour compenser, il enfila tout de même sa veste avant de mettre ses chaussures.
Sanji sortit avec précaution de l'infirmerie. Dehors, le vent était frais et il remarqua immédiatement que Franky avait déjà retapé la balustrade. Il inspira avec satisfaction quelques goulées d'air puis marcha lentement vers sa cuisine. Lorsqu'il y pénétra, il constata qu'elle était à peu près en ordre mais aussi que le mobilier avait été également réparé au niveau du comptoir gauche. Etrangement, il ne se souvenait pas qu'ils l'aient abîmé. Il avait dû être bien trop occupé à essayer de s'en sortir... Une tâche sombre sur le sol attira ensuite son attention. Du sang. Son sang.
Sanji eut un frisson en parcourant la pièce du regard. Tous ses souvenirs lui revenaient précisément en mémoire et il secoua la tête pour s'en débarrasser. Pas étonnant que la tête d'algue ne veuille plus le voir… Pourtant, il fallait bien qu'ils mettent les choses au clair.
Il se dirigea donc vers la vigie et y grimpa en serrant les dents avant d'ouvrir la petite trappe et de se glisser à l'intérieur. L'effort couvrit son front de sueur et il prit le temps de refouler la douleur lancinante de son dos avant de chercher son compagnon du regard. Celui-ci était tourné vers la fenêtre, probablement de garde, et n'avait pas bougé à son entrée.
"Zoro…"
L'homme en question sursauta comme s'il venait d'être tiré du sommeil et pivota brutalement vers lui.
"C'est toi? Qu'est-ce que tu fais là? s'enquit-il, les sourcils froncés.
- C'est moi, répondit tranquillement le blond.
- Mais… Chopper a dit que tu allais rester encore plusieurs jours à l'infirmerie?
- Surprise."
Zoro ne répliqua pas. Il était sous le choc à la vue de son compagnon. Sanji était dans un état lamentable : il avait une pommette déformée par un bleu, les lèvres striées de rouge et une égratignure au front encore sanguinolente. Un pansement à sa main droite dissimulait à peine une longue coupure et sa chemise entrouverte laissait deviner de multiples bandages sur tout le haut de son corps. Et tout ça parce que...
"Alors, tête d'algue, tu te caches? lui demanda le cuisinier d'un ton léger, le sortant ainsi de ses pensées.
- Je… Laisse-moi tranquille.
- Comment ça? J'suis cloué au lit et tu viens pas me voir, faut bien que j'y fasse quelque chose."
Sanji chercha son paquet de cigarettes dans sa poche mais le petit renne avait dû le lui confisquer et il soupira bruyamment. De son côté, le sabreur se passa une main dans les cheveux et le blond secoua la tête. Son malaise était visible à des kilomètres à la ronde.
"C'était pas ta faute."
A ces mots, Zoro le foudroya du regard et Sanji fronça les sourcils. Quoi, l'entendre de sa propre bouche n'était pas suffisant?
"C'est quoi ton problème, face de mousse? s'enquit-il en approchant, les sourcils froncés.
- Laisse tomber…
- Oh non, tu me l'as déjà fait ce coup-là alors tu vas t'expliquer tout de suite, répliqua le blond. J'suis pas d'humeur à attendre, j'ai pas mes clopes et mon dos me fait un mal de chien."
Le cuisinier croisa les bras face au bretteur et plongea ses yeux inquisiteurs dans les siens pour le sommer de s'exécuter. Ce dernier se renfrogna avant de soupirer puis de hausser les épaules, ne sachant visiblement pas quelle posture adopter.
Sanji ne relâcha pas la pression de son regard et il vit finalement son compagnon craquer. Ses yeux se remplirent de colère avant que des doutes et des craintes ne viennent s'y mêler, le laissant parfaitement démuni.
Devant son émoi, le blond consentit finalement à capituler et il détourna lui-même les yeux, sensible à son tourment. Zoro n'était pas prêt. Il était encore sous le coup de ses émotions et il avait besoin de digérer ce qu'il s'était passé. Sanji déposa alors ses mains autour de son visage pour l'attirer à lui et déposa doucement ses lèvres endolories contre les siennes.
"C'était pas ta faute."
Il recula ensuite et se dirigea vers la trappe, laissant l'indécision danser dans les yeux de l'escrimeur.
Zoro grignota du bout des lèvres son dernier morceau de pain. Aux premières lueurs de l'aube, il avait senti la faim le tenailler avant de se rendre compte qu'il n'avait presque rien mangé depuis plus de vingt-quatre heures. Il ne voulait pas croiser ses compagnons d'équipage alors il s'était glissé dans la cuisine sans attendre qu'ils se réveillent en espérant trouver quelque chose. Il s'était alors rendu compte qu'une assiette l'attendait sagement sur la table et il s'était demandé un instant qui avait bien pu penser à lui laisser une part. Finalement, il avait haussé les épaules et s'était enfermé à nouveau à la vigie, cette fois-ci avec son assiette. Son corps était affamé mais il avait tout de même eu du mal à avaler son repas. Non seulement parce que la nourriture n'était pas aussi bonne que d'habitude mais aussi parce que la culpabilité le dévorait encore tout entier.
Le sabreur repoussa son assiette enfin vide et soupira, laissant son regard se perdre parmi les larges baies vitrées qui entouraient la salle d'observation. Ce lieu avait toujours été synonyme de bien-être et de repos pour lui mais depuis deux jours, même cet espace ne parvenait pas à lui faire prendre du recul.
Les images de ses propres actes qu'il n'avait pas su empêcher ne le quittaient pas. Constater son impossibilité à se maîtriser avait été insupportable. Il s'était vu projeter le blond contre le mur de sa cuisine tout en sachant qu'il était déjà blessé. Il avait observé le sang qui avait dégouliné de son nez et la douleur qui avait envahi ses traits. Il avait senti ses propres mains frapper le visage de son compagnon puis s'approprier son corps violemment. Et surtout, il avait vu son regard. Perdu, confus, horrifié. Il avait tout vu et tout ressenti. Mais il n'avait pas su l'arrêter.
Zoro se passa une main tremblante sur le visage. Même à son corps défendant, il avait failli causer des dommages irréversibles au cuisinier, que ce soit au niveau de sa blessure ou parce qu'il avait été sur le point de lui en infliger une autre. Et que Sanji soit venu lui en parler presque tranquillement la veille avait achevé de le déstabiliser.
Le sabreur assumait toujours ses actes sans ciller et aujourd'hui comme hier, il s'y était préparé. Il s'était attendu à voir la réprobation et la déception dans le regard de ses compagnons d'équipage. Mais étrangement, personne ne faisait mine de lui en vouloir ou même de s'étonner du comportement qu'il avait eu.
Lorsqu'il s'était réveillé seul dans la vigie la veille, il avait paniqué. Qu'avait-il fait? Comment allait Sanji? Et les autres? Les avaient-ils blessés aussi sans s'en rendre compte? Et puis Chopper était venu vérifier que l'antidote avait fonctionné et l'avait rassuré quant à l'état du cuisinier. Il l'avait ensuite laissé se reposer tout en lui assurant qu'il n'avait pas à s'en vouloir pour ce qu'il s'était passé. Zoro avait mis ses paroles sur le compte de la personnalité du médecin. Après tout, le petit renne tenait énormément à ses amis et ne supportait pas de les voir se déchirer. Il devait donc essayer d'arrondir les angles...
Et pourtant, personne ne lui avait fait la moindre remarque à ce sujet depuis maintenant près de vingt-quatre heures. Franky et Ussop avaient essayé de venir le voir pour s'enquérir de son état et Brook et Luffy l'avaient prévenu au moment des repas. Déboussolé par leurs attitudes, il n'avait pas bougé. Pas même lorsque Nami était montée pour lui apprendre que le blond s'était réveillé et qu'il pouvait le voir. Comme s'il pouvait faire face au cuistot tranquillement et balayer ce qu'il s'était passé d'un revers de la main...
"Qu'est-ce que tu fais, Zoro?"
Le sabreur sursauta et contempla la tête de son capitaine dépassant de la trappe. Luffy arborait une mine sérieuse inhabituelle et le bretteur avala lentement sa salive tout en se sentant soulagé. Enfin. Il pouvait toujours compter sur le garçon au chapeau de paille pour prendre les décisions qui s'imposaient.
Tandis que ce dernier pénétrait entièrement dans la vigie, Zoro se releva pour lui faire face.
"Je t'attendais, Capitaine.
- Ah bon? s'étonna-t-il.
- J'accepterai ta décision quelle qu'elle soit, continua le sabreur d'une voix neutre.
- Ma décision?
- Concernant ce que j'ai fait au cuistot et à-
- Ah oui, c'est le démon qui est rentré dans ton corps, ça!" l'interrompit Luffy.
Voyant le visage fermé de l'escrimeur, le garçon au chapeau de paille eut un immense sourire.
"Hé, arrête de t'en faire! Personne ne t'en veut! Tu sais, on s'inquiète tous que tu restes ici! Sanji ne comprend pas pourquoi tu vas pas le voir!"
Zoro dévisagea son capitaine une seconde, sidéré.
"Je ne peux pas simplement aller le voir, répliqua-t-il ensuite sombrement. Je pourrai plus jamais le regarder en face."
Luffy pencha alors la tête sur le côté pour détailler le bretteur, surpris.
"Mais puisque j'te dis que personne ne t'en veut! répéta-t-il. Sanji a pas l'air de t'en vouloir non plus, je t'assure!"
A ces mots, la culpabilité du sabreur se mua en colère. Tout le monde avait-il donc perdu la tête ou étaient-ils tous victimes d'une amnésie générale?!
"Eh bien, il devrait! Vous devriez tous m'en vouloir! cracha-t-il avec hargne. J'ai blessé un de mes compagnons d'équipage et vous êtes tous là à faire comme s'il ne s'était rien passé!"
Le garçon au chapeau de paille contempla intensément son sabreur en retour, lui laissant la possibilité de continuer à déverser sa rage. Cependant, devant son silence et son souffle court, il planta finalement son regard implacable dans le sien.
"Je sais très bien que t'aurais jamais fait ça de ton plein gré, Zoro, répliqua-t-il d'une voix calme. T'as même pas besoin de le dire, tu fais partie de mon équipage et tu es mon second. Si t'as besoin de t'en vouloir, c'est toi que ça regarde mais sache qu'ici, tout le monde te fait confiance, que ça te plaise ou non."
Luffy enfonça alors son chapeau sur sa tête et fit demi-tour en direction de la sortie sans se retourner. Zoro entendit ensuite la trappe se refermer derrière lui et il resta un long moment à la dévisager, sous le choc.
Zoro s'était assis parmi les mandariniers qui surplombaient la cuisine et ses jambes pendaient dans le vide au-dessus de la porte. Il entendait le reste de l'équipage rire et discuter au milieu du bruit des couverts. Il savait que Sanji avait préparé le dîner ce soir. C'était la première fois qu'il avait pu s'occuper du repas depuis que le sabreur l'avait attaqué quatre jours auparavant. Malheureusement, il ne pouvait pas encore le superviser comme il en avait l'habitude et il était reparti se coucher à l'infirmerie sitôt ses préparations terminées, la station debout plus de quelques minutes lui étant toujours assez douloureuse.
Le sabreur contempla la pile d'assiettes sales à ses côtés déposée dans la terre du jardin. Depuis sa conversation avec Luffy deux jours plus tôt, il était resté enfermé à la vigie et personne n'était venu le déranger. Cependant, il trouvait régulièrement une assiette remplie sur le sol lorsqu'il se réveillait ou terminait son entraînement. Zoro avait donc passé du temps en tête à tête avec lui-même, digérant les paroles de son capitaine et essayant d'avancer malgré la culpabilité qui le prenait à la gorge.
Et puis finalement, il s'était décidé à sortir tout en sachant qu'à cette heure-là, tout le monde serait occupé à dîner. Il s'était alors installé non loin d'eux pour se baigner à distance dans cette atmosphère joyeuse qu'il avait appris à apprécier sans même s'en rendre compte. Il avait la chance d'avoir rencontré un équipage formidable. Des compagnons qui tissaient avec lui des liens indéfectibles faits de confiance, de pardon et de compréhension. Ils lui conservaient sa place à leurs côtés parce qu'ils faisaient partie du même équipage, de la même communauté. De la même famille.
Ses amis l'attendaient. C'était à lui de revenir vers eux et il le ferait. Mais tout d'abord, il fallait qu'il voit Sanji et qu'il soit franc envers lui. Si sa relation avec ses compagnons d'équipage était limpide à travers l'amitié et la fraternité qu'ils se portaient, celle qu'il partageait avec le cuisinier de l'équipage avait quelque chose de particulier.
C'est une relation à deux et c'est à deux qu'on résout les problèmes qui y sont liés.
Sa relation avec le blond méritait qu'il prenne la peine de lui parler de sa douleur et de sa culpabilité à son égard comme il l'avait fait avec Luffy concernant leurs amis. Il ne voulait pas que cet incident gâche ce qu'ils bâtissaient si soigneusement. Ils se l'étaient promis.
La discussion allait bon train parmi les membres du Thousand Sunny et les rires fusèrent lorsque Luffy s'étrangla après avoir volé une boulette de viande à Ussop qui l'avait bourrée de piment. Soudain, la porte de la cuisine s'ouvrit et les bavardages s'interrompirent brutalement lorsque le sabreur traversa la pièce pour déposer sa pile d'assiettes sales dans l'évier.
Zoro se tourna ensuite vers eux et se passa une main dans les cheveux, mal à l'aise.
"Merci pour… ça."
Les sourires détendirent immédiatement les visages autour de lui et Franky fit claquer bruyamment sa bouteille de cola sur la table.
"Y a pas de quoi, mon pote!
- Veux-tu te joindre à nous? lui demanda Brook en désignant sa place vide.
- Ouais… Plus tard, fit-il en haussant maladroitement les épaules. Faut que j'aille voir le cuistot."
Tout le monde approuva d'un hochement de tête et chacun replongea ensuite vers son assiette tandis que les conversations reprenaient le plus simplement du monde.
Lorsque la porte se referma derrière l'escrimeur, Luffy attrapa discrètement son assiette et l'engloutit d'un coup, un immense sourire aux lèvres.
"T'inquiète pas, Zoro, on vous dérangera pas!" lui cria-t-il.
Sanji vit l'escrimeur passer le pas de la porte, prendre le tabouret de Chopper et s'asseoir à côté du lit sans un mot. Il se redressa sur son matelas et l'interrogea du regard. Ils ne s'étaient pas revus depuis qu'il était monté à la vigie et ses amis lui avaient appris que le bretteur continuaient de passer ses journées enfermé alors le cuisinier avait craint un moment que Zoro ne continue de l'éviter pendant un long moment.
"Je voulais te violer. Et je pense qu'après, je t'aurais tué."
Le blond haussa un sourcil.
"Je suis désolé, ajouta le sabreur en baissant les yeux.
- Tu crois vraiment que c'est ce qui s'est passé? répliqua sèchement le cuisinier.
- Je sais que j'étais pas maître de mon corps mais le démon s'est nourri de moi et de ma personnalité. Il s'est servi de mon désir pour toi et je voulais te violer…"
A ces mots, Sanji déposa son livre de recettes sur sa petite table de chevet avec agacement.
"Rappelle-moi un détail, tu m'as déjà violé auparavant?
- Bien sûr que non, grommela l'escrimeur en relevant les yeux vers le blond, les sourcils froncés.
- T'as déjà voulu le faire?
- Non!
- Alors je t'interdis de dire que tu voulais me violer ou me tuer, imbécile. C'est un démon qui a pris possession de toi, pas un ange de la charité."
Le silence retomba brutalement et s'étira ensuite durant de longues minutes, Zoro se perdant dans la contemplation du mur, les yeux dans le vague, et Sanji l'air contrarié.
"En plus, tête d'algue, j'te signale que je t'ai mis une raclée et que tu m'as pas touché."
Le sabreur reporta à nouveau son attention vers le cuisinier avant d'approcher lentement sa main de son visage. Ses doigts effleurèrent sa joue encore bleuie, n'osant pas le toucher.
"T'as vu dans quel état tu es…"
Le blond plaqua alors sa main hésitante contre sa joue et l'escrimeur se tendit.
"J't'aurais jamais laissé faire, crétin de sabreur. Même si j'étais blessé, t'as pas fait le poids."
Zoro esquissa un sourire à ses paroles et ses doigts s'autorisèrent à caresser doucement sa peau pâle.
"J'aurais jamais cru souhaiter un jour que tu aies le dessus sur moi, cuistot...
- T'inquiète pas. Ce sera pas la dernière."
Le bretteur attira finalement le visage de son compagnon vers le sien avant d'embrasser doucement ses lèvres. Il bougea lentement et s'imprégna de son odeur et de son contact pendant de longues minutes, les yeux fermés.
"J'suis pas cassé, tête de cactus, marmonna finalement le blond contre sa bouche. Tu vas me faire languir pendant combien de temps encore?"
La voix moqueuse du cuisinier était teintée d'une note rauque qui ne trompa pas son amant. Zoro fit alors jouer sa langue contre ses lèvres et il fut aussitôt aspiré dans un ballet envoûtant, perdant le fil du temps et savourant le moment. Sanji se montra plus entreprenant encore et passa rapidement ses mains le long du torse du sabreur avant de les faufiler sous son tee-shirt. Il caressait avec avidité ses abdominaux lorsqu'une aspérité sur sa peau le fit soudainement redescendre sur terre et il rouvrit les yeux, rompant le baiser.
"Je t'ai blessé, se rappela-t-il en grimaçant. Est-ce que…"
Zoro secoua négativement la tête.
"Tu t'es servi du Kitetsu et ce sabre m'a choisi, il ne me fait pas de mal."
Le cuisinier voulut s'en assurer par lui-même et il remonta légèrement le tee-shirt de l'escrimeur sur son ventre. La blessure était déjà bien cicatrisée et semblait plus petite que ce dont il se souvenait. Il constata alors que le sabre avait repris sa place aux hanches de l'épéiste et il laissa son doigt en caresser la garde avec un sourire.
"C'est drôlement pratique, apprécia-t-il en remettant le vêtement en place.
- Ca ne fait pas la différence lorsque ce n'est pas vraiment moi pourtant...
- Hé, tête d'algue, c'est qu'un fichu morceau de métal. Lui en demande pas trop."
Il vit le sabreur froncer les sourcils et sourit, satisfait de le voir réagir ainsi.
"J'm'en veux quand même, soupira alors le bretteur, le regard fuyant à nouveau.
- Ca passera. Embrasse-moi."
Zoro hésita une seconde et le blond passa sa main derrière sa nuque pour l'attirer à lui. Lorsque leurs regards se croisèrent, le sabreur remarqua la lueur calme et déterminée au fond des yeux de son compagnon et il ferma les siens, laissant son engagement précédent effacer ses derniers doutes. Sanji lui montrait le chemin à suivre, il n'avait pas le droit de le repousser.
Il se saisit alors de la main du cuisinier sur sa nuque pour la serrer entre ses doigts avant de déposer ses épées grâce à son autre main sur le sol. Il se pencha ensuite vers lui et partit à l'assaut de sa bouche de manière plus fiévreuse tout en faisant attention de ne pas s'appuyer sur lui pour préserver son dos lorsqu'il le fit basculer sur le matelas d'eau. Contre son torse, Sanji agrippa ses épaules pour mieux lui répondre et ferma les yeux à son tour.
De petits coups à la porte les interrompirent quelques minutes plus tard et ils se séparèrent le souffle court tandis que Chopper entrait sur la pointe des pieds.
"Je dois changer les bandages de Sanji", s'excusa-t-il.
Le sabreur hocha la tête et ramassa ses sabres avant de s'éloigner vers la sortie, ne lâchant pas des yeux son amant qui lui renvoyait le même regard troublé par le désir que le sien.
Le renne demanda alors à son patient de se retourner afin qu'il lui applique de la crème puis de nouveaux pansements. Ayant terminé sa tâche, il le contempla avec satisfaction.
"Tu vas pouvoir te lever de plus en plus souvent alors on débutera des étirements dès demain pour soutenir ta colonne", lui apprit-il.
Comme le blond ne lui répondait pas, le regard toujours perdu dans l'observation de la porte désormais close, le médecin soupira gentiment.
"Je te déconseille les sollicitations trop intenses de tes vertèbres et de tes muscles pendant encore quelques jours mais ne t'inquiète pas, tu devrais pouvoir rapidement reprendre toutes tes activités."
Sanji remarqua qu'un sourire étirait ses lèvres tandis qu'il sentait le matelas d'eau bouger agréablement sous lui comme il reprenait sa position d'origine. En attendant sa guérison totale, il allait pouvoir proposer au sabreur toutes sortes de nouveaux jeux...
Bienvenue dans la psychologie de notre cher sabreur ;)
J'espère que ce chapitre vous a paru crédible.
Je voulais que la culpabilité ne touche pas seulement sa relation avec Sanji mais aussi celle qu'il entretient avec tout l'équipage, qu'on voit les liens qu'il a développés avec eux. Il me semble que j'ai moins tendance à développer ce côté-là avec Zoro qu'avec Sanji de par sa personnalité...
