POV Shinigamis

Parc de Karakura, à quatre centaines de mètres d'altitude, orientation vers le Nord.

Ce fut sur ces indications qu'une grande porte aux apparences du shôji traditionnel japonais s'ouvrit au beau milieu d'un firmament bleu ciel décoré d'un harmonieux attroupement de nuages ni trop ni pas assez nombreux. Une énorme porte malgré tout invisible aux yeux du commun des mortels qui s'ouvrait sur le monde et sur le passage des quatre olibrius qui avaient été envoyés en mission de renforts dans le Monde des Humains.

Shunsui Kyôraku, Jûshirô Ukitake, Byakuya Kuchiki, Sajin Komamura. Quatre Capitaines envoyés par le Commandant Général afin de contrer les gêneurs de ce Monde et tirer les deux sinistrés de leurs griffes.

Ils sortirent tous les quatre en même temps de cette gigantesque ouverture et balayèrent du regard la forêt urbaine sur laquelle ils venaient de poser le pied.

La Senkaimon se referma ensuite et Shunsui posa les mains sur son dos pour se l'étirer en arrière, tout en soupirant et bâillant.

« Si un jour on m'avait dit qu'on nous enverrait prêter main forte au jeune Kurosaki et au Capitaine Hitsugaya… ! » soupira-t-il.

« Tu n'y aurais pas cru, c'est ça ? » devina Jûshirô.

« Ben pour dire vrai je suis curieux de savoir quelle est la véritable nature du danger. »

« Où alors tu aurais préféré rester sur ton toit à te la couler douce en roupillant la bulle au nez ou te remplissant de ton délicieux saké ? » Shunsui s'esclaffa.

« Haha, l'énorme stéréotype étiqueté à ma réputation ! »

Byakuya s'avança ensuite, les yeux fermés, et leur glissa sans bougea la tête, ni se retourner, les mots suivants : « Messieurs… l'heure n'est plus aux tergiversations ni aux boutades, et encore moins aux euphories. Nous sommes en mission et nous devons l'accomplir. Deux vie en dépendent, ne l'oubliez pas. »

« Il a raison ! » renchérit Sajin en les regardant sérieusement.

Ce sur quoi Jûshirô esquissa un sourire gêné en se passant la main dans les cheveux. « Oui, nous en sommes désolés… »

« Bon… il ne nous manque plus qu'à décider de ce que nous faisons. Cherchons-nous séparément, ou en groupe – ce qui serait fort dangereux et très peu recommandable – et à quels endroits ? »

« Nous sommes quatre, » fit remarquer Jûshirô, « je vous propose donc d'en tirer profit pour mener nos recherches à partir d'un point cardinal de la vile pour chacun d'entre nous. »

« Vous oubliez que le reiatsu des deux séquestrés sont considérables, nous n'aurons pas vraiment besoin de beaucoup chercher pour les trouver, » objecta Shunsui.

« Admettons que nous les trouvions facilement grâce à cela… » répondit Byakuya, « mais dans ce cas, ne regretterez-vous pas de ne pas avoir appris à différencier leur énergie de celle de leurs ravisseurs ? »

« Nous avons vécu ensemble des siècles durant. Pour remettre en cause le fait de reconnaître nos énergies respectives ? » Byakuya dirigea son regard de glace sur le sien.

« Il s'agit de distinguer deux seules énergies parmi tant d'autres. Deux énergies au milieu d'une nuée de sources aussi considérables que les leurs. Les reconnaître, je n'en doute pas un instant. Les distinguer de leurs ravisseurs afin de pouvoir analyser la situation, je suis moins confiant. »

« Voulez-vous que nous en parlions après avoir localisé la cible ? » suggéra Jûshirô. « Nous nous attardons et l'ennemi a sans doute déjà senti notre pression spirituelle. »

« Sans parler de Kurosaki et le Capitaine Hitsugaya qui ont dû énumérer nos noms lorsqu'ils nous ont sentis… » Ironisa Komamura, faisant rire légèrement ses collègues – sauf Byakuya –

« Le Commandant nous a apposé une limite, donc je doute qu'ils aient déjà réussi à déceler notre présence ici, » rappela Byakuya. « Nous avons encore du temps jusqu'à ce qu'on vienne nous-même à leur rencontre. »

« C'est juste, oui, l'appuya le Capitaine carnassier en les parcourant tous du regard l'un après l'autre. » Il s'écoula encore quelques petites secondes de silence avant que la conversation ne soit relancée.

« Bon, voilà ce que je vous propose, » fit enfin Shunsui sur un ton sérieux, « nous cherchons tous, et si l'un de nous parvient à localiser la cible, le communicateur du grand-père devra faire le boulot qui est attendu de lui. »

« Le Commandant veut que l'on s'en serve pour lui faire un rapport horaire… »

« Je suis au courant, mais tu crois vraiment qu'on va mettre une heure pour les localiser ? »

Jûshirô le regarda longuement sans répondre, puis capitula et leva la main en fermant les yeux.

« Soit. Mais alors après cela, qui ira jouer les éclaireurs ? » Le Capitaine de la 8e lui fit un clin d'œil.

« Ça, c'est hors-plan, mon vieil ami. Allez, au travail ! »

L'ambiance à Karakura était peut-être entre tendue et détendue du côté des soldats élégants, mais au Seireitei, les gardiens de la paix se sentaient bien moins joviaux encore.

Dans les bâtiments de la 10e division, Rangiku Matsumoto était assise dans son canapé, perdue dans des pensées sombres en songeant à son supérieur hiérarchique qui n'était toujours pas revenu de son expédition…

On avait encore apporté des dossiers à faire, mais elle n'avait pas beaucoup le cœur à s'en occuper, d'autant plus qu'habituellement, c'était le jeune garçon qui le faisait pendant qu'elle se saoulait avec ses bouteilles. Elle commença à fermer doucement les yeux en se demandant si elle pouvait aller s'entretenir avec Yamamoto ou bien s'il était préférable de garder confiance et léger faire les choses… lorsque l'on toqua à la porte.

Elle rouvrit les yeux, releva la tête et regarda vers la porte avant de se lever elle-même pour aller ouvrir à son visiteur.

Derrière la porte qu'elle fit pivoter sur ses gonds se trouvait Momo Hinamori, les mains jointes contre la poitrine et le visage teint de l'inquiétude qui la rongeait.

« Entre ! »lui dit-elle tout simplement.

La jeune fille entra dans la loge de sa collègue et avança de quelques pas avant de s'arrêter et se retourner pour voir la Vice-Capitaine refermer la porte.

« Vous n'avez toujours aucune nouvelle de Tôshirô… ? » s'enquit-elle timidement et craintivement à la fois.

Rangiku fit non de la tête en fermant à nouveau les yeux et retourna s'installer dans le creux de son fauteuil.

« J'étais justement en train de me demander si je devais ou non aller en discuter avec grand-père Yamamoto » lui confia-t-elle.

« Je pense qu'il faudrait le faire… ! » lui affirma Momo. « J'ai le mauvais pressentiment que quelque chose va mal tourner dans sa mission, ça fait trop longtemps qu'il est là-bas à chasser des Hollows… ! »

« Mais tu connais Yamamoto… » Argua-t-elle. « Il va mal le prendre s'il sent que nous voulons le forcer à nous livrer quelconque renseignement ou bien à nous envoyer vérifier par nous-mêmes s'il se porte bien. »

« Mais non, je sais qu'il peut être un minimum compréhensif ! »

« Moi je sais – ou plutôt pense – surtout que la raison pour laquelle Hitsugaya est retenu là-bas, c'est pour une raison plus recherchée que ça. Je ne sais pas ce que c'est exactement et je ne pense pas arriver à le savoir de sitôt, mais ce qui est sûr, c'est que c'est bien là. »

« Et le Général ne veut pas en parler ? »

« Je ne sais pas… ce n'est jamais facile de savoir ce qu'il pense, de toute façon… »

« Je suis convaincue qu'il faudrait aller l'entretenir ! » fit Momo avec force et en serrant le poing.

Rangiku poussa un profond soupir et réfléchit pendant un moment, laissant Momo dans l'attente… puis se releva enfin et regarda sa collègue spirituelle dans les yeux, tout en se dirigeant vers la porte.

« Si c'est ce que tu veux. On y va. »

« Oui ! » fit-elle en souriant légèrement.

Rangiku rouvrit donc la porte et elles se dirigèrent toutes deux en marchant vers la loge du meneur des guerriers divins.

Du côté des Shinigamis, les recherches étaient menées avec beaucoup de concentration.

Shunsui avait pris le point cardinal Nord de la ville Jûshirô s'était occupé du Sud Byakuya se chargeait de l'Est et enfin Sajin sondait l'Ouest.

Chacun avait repéré l'énergie spirituelle des deux victimes, mais il s'agissait maintenant de les dissocier de la masse d'énergies inconnues afin de les localiser plus précisément dans l'endroit où ils se trouvaient.

Ils y parvinrent au bout de quelques minutes de sondage des alentours et finirent par déduire leur position géographique au Nord de la ville. Shunsui, dès lors qu'il avait été certain de sa trouvaille, leur avait envoyé à tous son message oral via le communicateur et leur avait demandé de le rejoindre à l'endroit-même où ils s'étaient quittés. Tous rejoignirent le point de rendez-vous comme une seule masse, respectant parfaitement la notion de ponctualité, et interrogèrent Shunsui du regard.

« Ils sont là-bas » leur révéla-t-il sans tergiversation et en pointant du doigt l'endroit qu'il pensait être le lieu de détention des deux soldats prisonniers.

« Où, exactement ? » lui demanda Sajin.

À cette question, le Capitaine de la 8e lança du bout de son index l'éclair blanc caractéristique de la première technique du Hadô qui atteignit précisément l'endroit qu'il visait. « Là. » Les autres déglutirent.

« Avec ça, je pense qu'ils nous ont repérés, » fit Jûshirô. « Ton geste équivaut à une déclaration de guerre, il faut aller à leur rencontre, maintenant ! »

Shunsui sourit. D'un air sérieux, déterminé… « Je n'ai rien déclenché » dit-il. « La guerre est déclarée depuis beaucoup plus de temps. »

Sa réplique tendit encore un peu plus les visages de ses collègues et réussit même à dessiner des rides sur les ailes du nez de Byakuya. « Je vais m'y rendre en éclaireur. Ne bougez qu'à mon signal. » « Shunsui… ! » Commença Jûshirô, avant de s'interrompre.

Son ami avait déjà disparu.

Au Seireitei, les deux jeunes femmes étaient arrivées à destination et toquèrent à la porte du Capitaine-Commandant. Elles attendirent quelques minutes avec anxiété que celui-ci leur ouvre, puis cela finit par arriver. Après un certain moment d'attente durant lequel elles avaient fini par se demander si elles ne feraient pas mieux de rebrousser chemin… suite à quoi elles s'étaient dit que c'était ce qui énervait le doyen.

Lorsque la porte s'ouvrit, elles virent ce vieux visage plein de sagesse apparaître devant le leur, déformé par l'inquiétude et ne surent comment lancer la conversation, surtout sur le sujet qu'elles désiraient.

« Capitaine Commandant… » Commença timidement Rangiku.

« Oui ? Qu'y a-t-il ? »

« Eh bien… nous voudrions savoir… Auriez-vous des nouvelles du Capitaine Hitsugaya, s'il-vous-plaît… ? »

Le visage du grand-père ne perdit rien de sa sagesse, mais elles sentirent bien qu'elles venaient d'avoir ébranlé la sérénité qu'il voulait leur afficher.

« Non, navré, je n'en ai pas. Revenez plus tard et remettez-vous à vos tâches, s'il-vous-plaît. »

« Attendez ! » s'exclama Momo en retenant la porte. « Ne pouvez-vous pas nous dire au moins s'il va bien et si sa mission est ou non un succès ? Ou alors nous y envoyer pour le vérifier, ou… »

Yamamoto lui lança un regard perçant sous ses grands sourcils broussailleux, ce qui la figea et la calma en un instant.

« Je ne peux rien vous dire. Remettez-vous à votre travail. Je ne vous le demanderai pas une troisième fois. » Et il ferma la porte.

Les deux jeunes femmes haussèrent les épaules et, s'échangeant un regard, rebroussèrent chemin en direction de la loge de Rangiku. Yamamoto, quant à lui, retournait au fond de la salle, l'air sinistre. Comment dire à ces deux femmes qu'en effet, il y avait des nouvelles… ?

Que Hitsugaya et Ichigo étaient retenus par un ennemi encore inconnu et qu'il avait envoyé quatre Capitaines en renfort… ?

Du côté de Karakura, dans la planque où les deux malheureux devaient être séquestrés par leur « harem », une harmonieuse tempête de pétales de fleurs fit son apparition au milieu de la pièce.

Ces pétales de cerisier tourbillonnèrent, gagnèrent en vitesse et en densité, se condensèrent, jusqu'à devenir plus compacts…

… s'évanouir très doucement autour de la personne de Shunsui Kyôraku, arborant son plus beau sourire et sa main droite logée dans son Shihakushô ouvert jusqu'à la moitié du torse, traversé ainsi par son avant-bras.

« Bien le bonjour, Mesdames et Messieurs ! » lança-t-il. « Vous vous demandez sûrement qui je suis… mais moi je suis venu vous demander de bien vouloir gentiment nous remettre ces deux pauvres innocents qui ne vous ont rien demandé… »

À l'extérieur, les trois collègues du Capitaine de la 8e attendaient patiemment le signal de Shunsui la sueur coulant sur la tempe, déglutissant, et leurs sens mis en alarme – excepté le Capitaine Kuchiki –.