IV. Sweet Little Lies
Pansy Parkinson laissa échapper un soupir de frustration tandis qu'elle observait la semelle déchirée de sa paire de chaussures. Un trou de trois centimètres s'y était formé – probablement causé par l'usure. Aucun de ses sorts de réparation ne semblaient vouloir fonctionner. Elle grimaça. Les matériaux magiques n'en faisaient qu'à leur tête, et lorsqu'ils refusaient de coopérer, il était inutile d'insister.
Fut un temps, Pansy aurait simplement fait une razzia dans l'une de ses boutiques préférées du Cours Écarlate pour s'offrir une paire de remplacement. En plusieurs couleurs pour complimenter chacune de ses humeurs. Malheureusement, sa situation actuelle ne lui permettait plus de faire des folies lorsqu'il s'agissait de shopping.
Pansy farfouilla frénétiquement dans sa malle à la recherche d'une autre paire. Elle grimaça lorsqu'elle extirpa une paire de bottes usée, dont la lanière ne tenait plus. Elle entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir et s'empressa de remettre les chaussures dans sa malle avant de fermer le clapet d'un geste sec. Millicent émergea dans le dortoir qu'elles partageaient. Ses yeux bleus étaient rougis et son visage pâle arborait un air complètement déconnecté.
« Tu me prêtes ta paire de bottes marrons ? » demanda Pansy à l'attention de son amie. « Les paires que j'ai ne vont pas du tout avec les vêtements que je porte aujourd'hui. »
« Tu as toujours un milliard de paires de chaussures, d'habitude. » commenta Millicent, d'une voix somnolente.
« Elles sont toutes restées au Manoir. Après mon retour des Maldives, cet été, je n'ai pas eu le temps d'emporter tout ce que je voulais avant la rentrée. Ma garde-robe est tellement énorme, je ne peux pas tout emmener. D'ailleurs, je viens de la refaire entièrement. » ajouta Pansy d'un ton dramatique. « Et les elfes font toujours n'importe quoi quand ils font mes bagages. »
Millicent se contenta d'hausser les épaules, visiblement peu intéressée par ses justifications.
« Prends ce que tu veux. » dit-elle en désignant un coin de la pièce.
Pansy se dirigea vers la commode et les malles entreposées près du lit de Millicent. Elle eut un pincement au cœur lorsque ses yeux passèrent sur les sacs en peau de dragon, les chaussures de créateurs parfaitement lustrées et les accessoires scintillants qui composaient la garde-robe de son amie. Elle saisit l'une des boîtes à chaussures et en extirpa une paire de bottes cuissardes en daim aux talons carrés.
Elle frissonna de plaisir lorsqu'elle les enfouit et se posta vers le miroir, observant le résultat avec satisfaction. Immédiatement, toute son anxiété s'évapora, remplacée par une confiance extrême. La journée était tellement meilleure lorsqu'on se sentait bien dans ses vêtements.
Elle jeta un regard bref en direction de Millicent qui fixait un point vide sur le mur, l'air complètement ailleurs. Elle semblait tellement distraite qu'elle ne l'aurait probablement pas remarqué si Pansy avait emprunté sa paire de chaussures sans son autorisation.
« Tu es sûre que ça va ? » demanda Pansy, en levant un sourcil. « Tu es rentrée affreusement tard, hier soir. »
Millicent se tourna vers elle, et d'un geste machinal essuya son nez.
« Il fallait que je finisse ce satané devoir de Sortilèges. » répondit-elle d'un ton un peu trop précipité.
Pansy savait évidemment que son amie mentait – mais pour une fois dans son existence, elle ne fit pas de remarque déplacée. Après tout, elle devait gérer ses propres problèmes. Au fond, elle était ravie que Millicent n'insiste pas pour connaître la raison qui l'obligeait à constamment lui réclamer des affaires.
Millicent disparut de nouveau dans la salle de bain et Pansy en profita pour lui ''emprunter'' une paire de boucles d'oreilles en or rose qui complimentait sa carnation ainsi que son carré plongeant noir.
« Merlin, que tu es mignonne. » se complimenta-t-elle à l'adresse de son reflet avant de quitter le dortoir.
Elle rejoignit Tracey et Daphné dans la Grande Salle. Cette dernière semblait d'excellente humeur. Elle était probablement heureuse d'avoir pu saboter le balai de Weasley aux sélections de Quidditch.
« Que diriez-vous d'aller dîner, dimanche prochain ? » proposa Daphné.
Le weekend, les élèves étaient autorisés à quitter l'enceinte de Poudlard pour se rendre à Pré-Au-Lard, le village le plus proche, accessible à pied à partir de l'école. Avec une autorisation supplémentaire, ils pouvaient même retourner dans leur famille une fois par mois, en dehors des vacances.
« Un dîner. » répéta Pansy, réprimant une grimace. « Pourquoi pas plutôt un brunch ? »
Daphné lui jeta un regard étonné.
« Je fais un nouveau régime, je ne dois plus ingérer de calories après dix-sept heures. » s'empressa d'ajouter Pansy.
« Pourtant, tu as mangé ton dîner normalement, hier. Et les jours d'avant, aussi. » fit remarquer Tracey.
« J'ai commencé aujourd'hui. » répliqua Pansy d'un ton cinglant. « C'est la nouvelle méthode tendance. Toutes les célébrités le font, je l'ai lu dans La Cancanière Plumée. Et puis avec l'élection, il faut bien mettre toutes les chances de son côté. »
« Très bien, peu importe. » coupa Daphné, levant les yeux au plafond.
Merci Salazar, pensa Pansy avec soulagement. Elle avait encore évité une situation problématique. Il devenait tellement épuisant de mentir.
« En parlant de l'élection, j'ai entendu Éloïse Midgen dire à l'une de ses amies qu'elle rêverait d'être élue. » lança Tracey avec un rire.
« Je pense qu'elle aurait toutes ses chances si on élisait Miss Laideron. » argumenta Pansy. « Vous avez vu son acné, ces derniers temps ? Ses boutons ressemblent à des pustules. »
Tracey frissonna de dégoût, puis toucha son propre visage par réflexe, comme si le fait de seulement parler de l'acné extrême de Midgen allait mystérieusement causer le même trouble chez elle.
« Vous êtes tellement mauvaises langues, les filles. » lança Daphné d'une voix doucereuse. « Si Midgen souhaite participer, elle devrait avoir sa chance. Avouez-le, ce serait tellement drôle de la voir s'humilier lamentablement en public. »
« Si nous votons toutes pour elle, ça peut se faire. » fit remarquer Tracey avec un sourire malicieux. « Il faut demander à quelqu'un d'autre de faire la même chose. On sera certaines qu'elle sera prise. »
« Cece, tu me donnes des papillons dans le ventre quand tu parles comme ça. » admit Pansy, faisant mine de brasser de l'air près de son visage, comme si elle avait chaud. « Si j'aimais les filles, je t'emmènerais dans un placard à balai pour t'emballer. »
Tracey parut extrêmement gênée et Pansy éclata de rire.
« Qui va emballer qui ? » interrogea la voix de Millicent, tandis qu'elle prenait place aux côtés de Pansy.
Ses yeux semblaient bien moins rougis que quelques instants auparavant – probablement grâce aux propriétés miraculeuses du maquillage.
« Pansy veut baisouiller avec Tracey. » répondit Daphné d'un ton plat, comme si elle parlait de la météo.
« Génial, je peux participer ? » interrogea Millicent avec enthousiasme.
Tracey lui fit les gros yeux.
« Hey, quoi ? Je veux juste propager de l'amour autour de moi. Quel mal y'a-t-il à ça ? » se plaignit Millicent, faisant la moue.
« Il n'y a pas que l'amour que tu propages, Millie. » fit remarquer Pansy innocemment, tout en observant avec intérêt ses ongles parfaitement vernis. « Tu devrais penser à te faire dépister. J'ai entendu dire que la chlamybille et la dragoncelle génitale faisaient des ravages parmi les jeunes de notre génération. »
Daphné éclata de rire et Millicent montra son majeur à Pansy.
« Je veux juste ton bien, Millie. La santé, c'est primordial. » ajouta Pansy.
« Je vais en cours. Cette conversation a pris un tournant trop outrancier pour moi. Je refuse de parler d'infections sexuellement transmissibles pendant que je mange mon porridge. » grogna Tracey, l'air dépassé. « Je ne sais pas comment je fais pour être amie avec vous. »
« Sans doute parce que nous sommes belles, riches, spirituelles et que tout le monde nous envie dans cette école ? » répondit Pansy sur le ton de l'évidence. « Ça coule de source. »
Tracey leva les yeux au ciel avant d'attraper son sac et s'éloigner. Pansy soupira et laissa son regard balayer la Grande Salle. Presque immédiatement, ses yeux tombèrent sur le nouvel élève de dernière année et elle l'observa avec attention.
Il était plutôt mignon, pour un roux, pensa-t-elle. Cela lui faisait gagner un point sur la liste de Pansy. Toutefois, être le frère de Weaslette lui faisait perdre un point. A part leur couleur de cheveux, d'un rouge sombre et intense, ils ne se ressemblaient pas. D'ailleurs, si on ne le lui avait pas dit, elle n'aurait jamais deviné qu'ils étaient jumeaux. Ron était grand et bien bâti tandis que sa sœur était petite et bien qu'athlétique, avait une silhouette relativement menue.
C'était la première fois qu'elle trouvait un garçon mignon depuis sa rupture avec son ex, Théodore Nott, l'année précédente. D'autre part, les déboires récents de sa famille l'avaient forcée à s'occuper d'autres priorités, un peu plus pressantes que des amourettes d'adolescents.
Théo avait été un petit-ami correct, au début. Rempli de petites attentions. Puis, au fil des mois, il s'était fait distant et Pansy avait piqué une crise de colère monumentale lorsqu'elle avait entendu dire qu'il s'était enfermé dans un placard à balais avec une autre fille. Évidemment, elle l'avait largué immédiatement.
Pour se faire pardonner, il était revenu avec cet adorable collier avec un pendentif en forme de nounours, orné de pierres précieuses et Pansy avait accepté de lui donner une seconde chance. Puis, les fréquentations de Théodore s'étaient faites de plus en plus douteuses et il avait commencé à toucher à des substances illicites. Cela avait été la goutte de trop pour Pansy. Cette fois, ni ses cadeaux hors de prix, ni ses mensonges élaborés n'avaient été suffisants.
Mais tout cela était dans le passé. Pansy était une femme d'action. Elle n'attendait pas que les choses viennent à elle, elle mettait tout en œuvre pour les obtenir. Ses méthodes n'étaient pas des plus justes ni réglos, mais cela lui importait peu.
Elle attendit patiemment l'un des cours qu'ils avaient en commun, la botanique, pour aborder Ron Weasley. Aucune de ses amies ne participaient à ce cours. Daphné aurait sans doute frisé la crise de nerfs en apprenant ce que Pansy s'apprêtait à faire. Son amie aurait probablement utilisé l'un de ces grands mots qu'elle affectionnait tant, tels que ''loyauté'' ou encore ''le Code des filles''.
Ce n'était pas que Pansy n'était pas loyale, loin de là. Il était simplement hors de question qu'elle sacrifie ses propres désirs pour la vendetta personnelle de quelqu'un d'autre. Et après tout, c'était Daphné qui avait un problème avec Weasley, pas elle.
Ron était déjà installé sur l'une des tables hautes de la serre. Pansy constata avec irritation que la place à ses côtés était déjà prise par ce lourdaud de Neville Londubat. Elle s'approcha tout de même de leur table et sans aucune gêne, s'adressa à Londubat :
« J'ai besoin de ta place, tu peux me la laisser, Londubat ? »
Il parut d'abord surpris qu'elle s'adresse à lui sans être désobligeante et de manière plus ou moins polie. Il hocha la tête, balbutiant des paroles incompréhensibles avant de prendre ses affaires et de changer de table, le feu aux joues.
Pansy posa ses affaires sur la table et se tourna vers Ron qui l'observait avec circonspection, visiblement confus.
« Hey. » salua-t-elle, avec un sourire au coin des lèvres. « Je suis Pansy. »
« Ron. » répondit-il, l'air hésitant, comme s'il n'était pas certain de l'attitude à adopter avec elle.
« Alors, comment Poudlard te traite ? » demanda-t-elle, sur le ton des banalités.
« Pas trop mal. » répondit Ron, en haussant les épaules. « J'aimerais pouvoir en dire autant pour ma sœur. »
Elle réprima son envie de lever les yeux au ciel. Elle savait que le sujet Weaslette serait abordé à un moment ou un autre. Barbant, pensa-t-elle.
« Oh tu sais, s'intégrer est un processus parfois long et fastidieux. » répondit-elle avec sarcasme.
« Je sais ce que vous avez fait. » accusa-t-il, la colère audible dans sa voix. « Vous auriez pu la mettre en danger. »
« Je n'ai rien fait à ta sœur. » répliqua Pansy. « Et si je me souviens bien, elle n'avait aucun problème à faire la maligne devant tout le monde pendant la fête. Et maintenant, elle ne peut pas en subir les conséquences ? »
Elle vit le visage de Ron rougir sous l'effet de la colère et son regard s'assombrir. Elle l'observa avec surprise tandis qu'il rangeait rapidement ses affaires. II quitta la table sans un regard supplémentaire dans sa direction pour s'installer à une table plus loin, aux côtés d'Éloïse Midgen.
« Ce fut un succès. » ironisa Pansy.
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Hermione Granger détestait être en retard.
A la fin de son cours d'Arithmancie, elle avait apostrophé le professeur Vector pour une question et, trop absorbée par la conversation, elle n'avait pas remarqué que son cours de Défense contre les Forces du Mal avait débuté quelques minutes plus tôt.
Elle courut à en perdre haleine dans les couloirs de l'école, et en moins de cinq minutes, se retrouva devant la salle où avait lieu son cours. Elle prit une grande inspiration, frappa discrètement contre la porte et actionna la poignée.
A son entrée, tous les regards se tournèrent dans sa direction. Le professeur avait interrompu son discours et l'observa en silence tandis qu'elle entrait dans la pièce.
« Merci de nous faire l'honneur de votre présence. » dit-il d'une voix grave. « Miss ? »
« Granger. Hermione Granger. » répondit Hermione, en rougissant. « Je suis désolée, professeur, je discutais avec le professeur Vector et je n'ai pas vu le temps passer. »
« Gryffondor, c'est ça ? » demanda-t-il en observant son uniforme.
Hermione hocha la tête.
« Allez-vous asseoir, Miss Granger. » demanda-t-il avant de se retourner vers le tableau.
Honteuse, elle s'empressa de rejoindre le premier rang, aux côtés d'Harry. Elle se demanda vaguement pourquoi il ne lui avait pas retiré de points pour son retard, même si elle n'allait pas s'en formaliser. Harry lui lança un regard amusé.
« On se rebelle, Hermione ? » lui chuchota-t-il d'un ton moqueur.
Elle lui donna un coup de genou et il pouffa bêtement. Harry n'était pas un élève particulièrement studieux, et ne s'asseyait habituellement jamais au premier rang. Depuis que le professeur Black avait été mandaté pour honorer le cours, toutefois, Harry semblait avoir gagné une motivation nouvelle. Cela était probablement lié au fait que Sirius Black soit son parrain et un ami proche de ses parents. Hermione n'aurait probablement plus besoin de le harceler constamment pour s'assurer qu'il faisait ses devoirs à temps.
Le sujet du jour semblait être les spectres, un sujet qu'elle maîtrisait bien grâce à ses lectures d'été.
« L'un de vous peut-il me donner les caractéristiques principales des spectres ? » interrogea le professeur Black.
Hermione fut la seule à lever la main. La moitié des élèves était blasée et l'autre moitié observait Black, la bouche ouverte.
« Miss Granger ? » demanda-t-il.
« Il s'agit de manifestation d'esprits frappeurs. Ils n'ont jamais été des humains à proprement parlé. Beaucoup de gens les comparent à tort à des fantômes mais il s'agit davantage d'un phénomène physique engendré par des particules magiques. Elles sont généralement laissées par des restes de magie noire. Cette énergie se regroupe et crée une entité spectrale. Souvent, les spectres sont malfaisants et agressifs. Certains d'entre eux sont assez puissants pour pouvoir se manifester à travers des objets ou des sons. On dit qu'ils s'attachent à des personnes et leur font vivre un calvaire. »
Elle enchaîna :
« Ritika Deshpande fut la première sorcière à capturer l'essence d'un spectre en 1947, totalement par hasard, lors d'une expérience. Elle s'est rendue compte que l'huile de Doxys affecte les spectres. C'est la seule arme qui existe actuellement contre eux. Elle n'est pas suffisante pour les neutraliser – mais assez forte pour les affaiblir et les forcer à s'éloigner et à trouver une autre personne à hanter. »
Avant que le professeur Black ne puisse lui poser une question, elle ajouta :
« Ils se nourrissent des émotions négatives qu'ils causent chez les personnes qu'ils harcèlent comme la paranoïa, l'anxiété ou la peur. Ils sont aussi très présents dans le folklore de certaines cultures moldues où ils sont appelés ''poltergeists''. » acheva-t-elle dans un souffle.
« Vous êtes impressionnante, Miss Granger. » commenta le professeur en ouvrant des yeux surpris, sa bouche s'élargissant lentement pour montrer une rangée de dents parfaites et former un sourire.
Hermione rougit furieusement face au compliment. Pendant le reste du cours, le professeur Black s'adressa presque exclusivement à Hermione. Si bien que la leçon sembla davantage être un dialogue entre les deux qu'un cours auquel assistait une vingtaine d'étudiants. Elle était fascinée par sa connaissance profonde des sujets qu'ils abordaient. Il avait accompli beaucoup de choses étonnantes durant ses années dans les forces de l'ordre et son expertise se ressentait.
Hermione vit des étudiants lui lancer des regards à la fois jaloux et admiratifs tandis qu'ils quittaient la pièce, une fois le cours terminé. Après avoir ramassé ses affaires, elle se dirigea vers le bureau du professeur.
« Professeur, je suis vraiment navrée de mon retard. Ça ne m'arrive jamais et… » commença-t-elle d'un ton désolé.
« Ne vous en faites pas, Miss Granger, vous êtes excusée. D'ailleurs, vous vous êtes largement rattrapée, pendant le cours. » ajouta-t-il en lui adressant un clin d'œil.
Une nouvelle fois, Hermione sentit ses joues se réchauffer.
« Vos connaissances sur le sujet sont très poussées. » commenta-t-il.
« A vrai dire, je me suis renseignée sur le sujet dès l'année dernière en préparation du programme de septième année. » dit-elle avec excitation.
Il parut surpris.
« Sur quels autres sujets vous êtes-vous renseignée ? » demanda-t-il.
« Sur le programme intégral de l'année. » avoua-t-elle, gênée.
Il laissa échapper un rire sonore, sa tête rejetée en arrière et ce son lui provoqua un pincement agréable aux oreilles.
« Le Professeur Dumbledore et moi-même avons discuté de la possibilité d'organiser des cours intensifs de DCFM pour former les futurs apprentis Aurors. Il a suggéré que je sélectionne un étudiant pour pouvoir m'assister. Cela compterait évidemment comme un plus pour les ASPICs. Seriez-vous intéressée, Miss Granger ? » lui demanda-t-il.
« Je…Wow…Je… Oui ! » s'écria-t-elle, agréablement surprise. « J'adorerai vous assister. »
« Excellent, dans ce cas, je vous contacterai dans les prochains jours afin de commencer. » assura-t-il en lui souriant chaudement.
Elle le remercia profusément avant de quitter la pièce, trop excitée pour pouvoir réfléchir correctement.
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« Dix-sept gallions et trois mornilles. »
Millicent Bulstrode écarquilla les yeux lorsqu'elle entendit le montant.
« Dix-sept gallions ? » répéta-t-elle, interloquée. « Tu plaisantes ? Ça coûte au moins cinq gallions de moins, à l'extérieur. »
« Je te rappelle que nous ne sommes pas à l'extérieur mais à Poudlard et que l'offre est limitée. Tu sais à quel point il est risqué pour moi de faire entrer cette marchandise dans l'école ? » interrogea Théodore Nott.
Il jeta des regards méfiants autour de lui.
« Écoute, je te les fais à quinze gallions car tu es une bonne cliente, c'est mon dernier prix. » insista-t-il. « Dépêche-toi, je ne veux pas me faire chopper par Rusard. »
Millicent soupira, l'air dépité. Ce n'était pas comme si elle avait le choix, après tout. Théodore était le seul capable de lui fournir ce qu'elle cherchait.
« Très bien. » accepta-t-elle finalement en lui tendant une petite bourse de gallions à contrecœur.
Théodore compta rapidement le contenu, sans cesser de jeter des regards peu assurés autour d'eux. Les cachots étaient vides. Il sortit une petite besace et la tendit à Millicent qui s'empressa de la cacher dans la poche de sa robe de sorcière.
« Toujours un plaisir de faire affaire avec toi. Prends-les avec parcimonie, mon prochain stock n'arrive que dans deux semaines. » la prévint-il avant de s'éloigner.
Elle se dirigea à son tour dans la salle commune des Serpentard. Il était déjà dix heures du soir passées et la pièce était quasiment vide. Près de l'un des sofas, elle aperçut Daphné en compagnie de son petit-ami, Blaise Zabini, étroitement enlacés. Trop occupés à se bécoter, ils ne la remarquèrent pas lorsqu'elle passa devant eux pour rejoindre l'escalier menant aux dortoirs des filles.
La chambrée qu'elle partageait avec Pansy était vide mais elle pouvait entendre le son de l'eau dans la salle de bain adjacente. Elle se dirigea vers son lit, jeta sa paire de chaussures sur le sol et grimpa sur le lit à baldaquin. Elle tira les rideaux autour de son lit et pointa sa baguette sur l'un d'eux en murmurant Assurdiato.
Elle extirpa ensuite la petite besace de sa poche et l'ouvrit précautionneusement. A l'intérieur se trouvaient trois scarabées miniatures, en apparence immobiles. Elle s'empara de l'un d'eux et avec prudence, le posa sur l'une de ses tempes. Presque immédiatement, elle sentit la petite créature se mouvoir, comme si elle prenait vie. Le scarabée agrippa la peau de sa tempe. Millicent grimaça en sentant une douleur aigue, comme une aiguille qu'on enfonçait dans sa peau.
Millicent s'allongea sur son lit, et ferma les yeux, les bruits de succion lui parvenant aux oreilles. Après plusieurs minutes, le léger picotement qu'elle ressentait au niveau de la tempe s'estompa et elle posa sa main sur le scarabée. L'insecte avait perdu sa couleur dorée et il était désormais gris. Au toucher, l'animal était aussi dur que la pierre. Si elle ne l'avait pas vu bouger quelques instants plus tôt, elle aurait presque cru croire qu'il s'agissait d'un jouet ou d'un objet factice, comme ceux qu'on trouvait dans les boutiques de farces et attrapes.
Elle sentit ses battements de cœur s'accélérer, ses pupilles se dilatèrent et elle se sentit envahie d'un bien-être indescriptible. Toutes les cellules de son corps se détendirent. Bien qu'elle soit allongée sur son lit, elle eut l'étrange impression de planer à quelques mètres du sol.
C'était comme si toutes les pensées négatives de son esprit s'envolaient, remplacées par une euphorie profonde. Elle ferma les yeux et lorsqu'elle les ouvrit de nouveau, son regard tomba sur une pluie d'étoiles.
Elle ouvrit la bouche, fascinée par la scène défilant devant ses yeux. Elle planait, non, elle volait dans les airs. La sensation était des plus grisantes. Les étoiles autour d'elle commencèrent à clignoter et elle tendit la main, tentant de toucher ces merveilles du bout de ses doigts.
Elle aurait voulu rester dans ce monde pour toujours – libérée de son quotidien et de son angoisse perpétuelle.
Comme d'habitude, la chute fut brutale. Elle se sentit tomber dans le vide à une vitesse fulgurante, de nouveau envahie par ces sentiments qu'elle essayait par tous les moyens d'oublier.
Cette angoisse perpétuelle, ce dégoût de soi, cette culpabilité qui ne la quittait plus. Ses yeux s'ouvrirent à nouveau et elle se retrouva dans l'obscurité de son dortoir. Millicent entendit des ronflements provenant du lit de Pansy et elle s'extirpa de son lit avant de diriger vers la salle de bain. Elle vit dans son reflet des yeux rougis et un teint pâle.
Elle savait que la descente serait compliquée. Une partie d'elle voulait arrêter de consommer toutes ces saletés mais elle n'y parvenait pas. Elle ne comptait même plus le nombre de gallions qu'elle avait jeté par les fenêtres pour satisfaire son addiction. Elle ne voyait pas d'autre issue. La réalité était trop difficile à affronter et c'était le seul moyen d'oublier.
Heureusement, cette nuit-là, trop épuisée et encore intoxiquée par les effets des drogues, son sommeil ne fut pas entaché par ses cauchemars.
Destinatrices : ''Puissance Quatre''
Daphné écrit :
J'ai demandé à Blaise de voter pour Éloïse Midgen. Ce qui nous donne cinq votes au total pour elle. Nous sommes certaines qu'elle sera présélectionnée.
Pansy écrit :
Blaise n'est pas dévasté à l'idée de ne pas pouvoir voter pour sa petite-amie ?
Tracey écrit :
La moitié de l'école va probablement voter pour Daphné – je crois qu'elle peut se passer d'un vote.
Daphné écrit :
Il veut simplement rendre sa merveilleuse petite-amie heureuse.
Pansy écrit :
Avoir un petit-ami me manque terriblement. Les cadeaux, les promenades main dans la main, les bécotages dans les placards à balais, les cadeaux, les fleurs, les dîners aux chandelles, les cadeaux, les voyages. Ai-je oublié de mentionner LES CADEAUX ?
Millicent écrit :
Tu es certaine que c'est un petit-ami que tu veux, Pansy ? Pas plutôt un sugar daddy ?
Pansy écrit :
Il n'y a rien de mal à vouloir être chouchoutée et traitée comme la princesse que je suis.
Millicent écrit :
Nous allons laisser une annonce dans la Gazette du Sorcier pour toi. ''Pas la peine de répondre si votre salaire annuel n'est pas au moins à 6 chiffres.''
Daphné écrit :
Connaissant les goûts de Pansy, je dirai plutôt 7 chiffres.
Millicent écrit :
Sérieusement, il y a des avantages à être célibataire. Tu fais ce que tu veux, quand tu veux, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Tu n'as plus à supporter les mensonges, les jalousies, la déprime.
Tracey écrit :
Ni les maladies vénériennes.
Pansy écrit :
On peut vraiment compter sur vous pour remonter le moral. Et oui, Millicent, avant que tu ne poses la question, c'est de l'ironie.
Daphné écrit :
Chut ! Ça va commencer.
Millicent referma son journal, l'air blasé, reportant son attention sur la table des professeurs où McGonagall échangeait des paroles avec le professeur Black. Elle fut surprise par le nombre d'élèves venus à l'annonce des candidates de l'élection Miss Fondatrice. A vue d'œil, plus de la moitié de l'école était présente.
« Il est temps d'annoncer les noms des élèves sélectionnées pour concourir à l'élection Miss Fondatrice de cette année. » déclara McGonagall en se raclant la gorge. « J'invite les élèves sélectionnées à s'installer sur ce banc, près de la table des professeurs. »
Immédiatement, tous les chuchotements excités cessèrent et tous les regards se tournèrent vers la Directrice adjointe. Cette dernière déroula un parchemin.
« La première sélectionnée est Daphné Greengrass de Serpentard. » annonça-t-elle.
Cela ne fut une surprise pour personne. Daphné était l'élève la plus populaire de Poudlard.
« Millicent Bulstrode, Serpentard. »
Millicent ne tiqua pas non plus lorsque son nom fut prononcé. Encore une fois, ce n'était pas une surprise. Elle rejoignit Daphné sur le banc.
« Padma Patil, Serdaigle. Mandy Brocklehurst, Serdaigle. Tracey Davis, Serpentard. » poursuivit McGonagall.
Une à une, les étudiantes sélectionnées se levèrent pour rejoindre les bancs des sélectionnées.
« Ginny Weasley, Gryffondor. »
Millicent observa la nouvelle élève tandis qu'elle quittait la table des Gryffondor et les rejoignait sur le banc, l'air passablement ennuyé. Elle n'était visiblement pas heureuse d'avoir été sélectionnée.
« Pansy Parkinson, Serpentard. Susan Bones, Poufsouffle. Lavande Brown, Gryffondor. Sally-Anne Perks, Poufsouffle. Hermione Granger, Gryffondor. »
Millicent vit Granger sourire avec excitation comme si elle venait de recevoir un Optimal à un devoir.
« Éloïse Midgen, Gryffondor et enfin, Luna Lovegood de Serdaigle. » acheva McGonagall.
Midgen parut réprimer des larmes de bonheur et Lovegood ne sembla pas réaliser qu'on l'appelait. Il fallut que McGonagall répète deux fois son nom et que l'un de ses condisciples lui donne un coup de coude pour qu'elle se lève pour rejoindre le reste des sélectionnées.
« Félicitations à nos treize candidates. » lança McGonagall avec satisfaction, lorsque les derniers applaudissements se firent entendre.
Millicent observa les autres avec curiosité tandis qu'elles se jaugeaient toutes du regard. Certaines semblaient nerveuses, d'autres déterminées. Immédiatement, Millicent sentit que ce ne serait pas une simple compétition bon enfant. Certaines d'entre elles seraient prêtes à tout pour obtenir la couronne. Une chose était toutefois certaine.
A la fin, il n'en resterait qu'une.
