Merci à Fleur d'Ange pour sa review et Polka60 pour sa correction de ce chapitre ! Bonne lecture -
V. No shame in my game
Dans la vie, il y avait deux catégories d'individus. Ceux qui savaient se créer des opportunités et s'en saisir et ceux qui les attendaient passivement. Daphné Greengrass faisait partie de la première catégorie.
La réussite n'était pas une question de chance ni de hasard, c'était une mentalité. Daphné avait appris rapidement qu'elle n'obtiendrait rien en étant passive.
Lorsqu'elle se levait le matin, prête à affronter une nouvelle journée, elle se persuadait que l'avenir lui appartenait et qu'elle obtiendrait tout ce qu'elle désirait si allait le chercher agressivement.
Sans l'ombre d'un doute, Daphné avait hérité de cette attitude par son père, Georgius Greengrass, un magnat des affaires, à la tête d'un vaste empire immobilier et d'une fortune toute aussi impressionnante. D'autre part, il n'était probablement pas un hasard que l'animal représenté sur les armoiries familiales des Greengrass soit un requin. Un animal puissant et agressif, faisant régner la loi et la terreur sur son milieu naturel. Dès son plus jeune âge, Daphné avait été élevée avec cette mentalité : écraser les autres pour arriver à ses fins.
Daphné était l'ainée de la famille et un jour, ce serait à son tour de contrôler le patrimoine familial et de continuer à faire prospérer ce que les Greengrass avaient bâti durant des générations entières. Son père était clair, toutefois : il était primordial qu'elle soit digne de cet héritage. Cela signifiait qu'elle devait être meilleure que les autres, dans tout ce qu'elle entreprenait.
Daphné avait grandi avec cette pression continuelle et une peur adjacente, celle de ne pas être à la hauteur des attentes de son père. Alors, pour être certaine de mettre toutes les chances de son côté, elle avait appris à forcer le destin. Elle avait de la concurrence ? Pourquoi essayer de la battre, quand elle pouvait tout simplement s'en débarrasser ? Cela l'avait menée à sa deuxième leçon de vie.
Tout le monde avait un prix.
Pour la plupart des humains, ce prix était relativement simple. Il s'agissait généralement de motivations monétaires : de l'argent, des objets de marque, ou encore les balais et les gadgets magiques de dernier cri. Par exemple, il ne lui avait fallu que trente gallions pour persuader Ritchie Coote de trafiquer le balai qu'il donnerait à Ginny Weasley pendant les sélections de Gryffondor.
Daphné avait aussi appris que parfois, le prix en question n'était pas uniquement de l'argent.
Certains avaient soif de reconnaissance, d'autres d'attention ou encore d'affection. Pour d'autres, il s'agissait d'un coup de main ou d'une faveur, la liste était longue. Lorsqu'elle parvenait à trouver ce qui motivait ses pairs, il devenait ainsi facile de les manipuler.
La troisième leçon de vie était plus complexe. Semer en avance les graines pour en récolter les fruits dans le futur. Parfois, les résultats étaient obtenus à court terme – mais dans d'autres cas, il fallait patienter longuement pour un retour sur investissement. Cela signifiait que la capacité à se projeter dans l'avenir était primordiale. Il fallait planifier, évaluer les risques, jauger les résultats éventuels. Daphné ne faisait rien gratuitement. Les faveurs qu'elle accordait étaient des moyens d'obtenir d'autres faveurs en échange.
Ce fut grâce à l'une de ses faveurs qu'elle se planta devant Archie Urquhart, un élève de sixième année de Serpentard, dans la salle commune.
« Tu te souviens lorsque je t'ai surpris dans le dortoir des filles, il y a deux ans ? Tu avais réussi à contrer les sortilèges à l'entrée. » rappela Daphné d'une voix moqueuse. « Je t'ai pris en flagrant délit en train d'espionner les filles à travers le trou des serrures des dortoirs. »
Le visage d'Urquhart devint rouge, et il parut mal à l'aise. Il jeta un regard gêné autour d'eux, comme pour s'assurer que personne n'avait entendu les paroles de Daphné.
« Je parie que les profs prendraient ça très au sérieux. Encore plus si certains parents d'élèves l'apprenaient. J'imagine que la Direction n'aurait pas d'autres choix que de te renvoyer. Après tout, il en va de la réputation de l'école. » ajouta-t-elle avec flegme, en croisant les jambes, jouant distraitement avec l'un des coussins du sofa. « Surtout s'ils savaient qui tu espionnais. »
Elle soupira longuement, et posa ses yeux sombres sur le visage d'Urquhart qui affichait une nervosité évidente.
« Dans ma bonté exceptionnelle, j'ai accepté de ne pas te dénoncer. » continua-t-elle d'une voix fluette.
Elle fit ensuite mine de réfléchir.
« Et si je me souviens bien, tu as un dis que tu me revaudrais ça, un jour. Il semblerait que ce jour soit arrivé. » dit-elle avec un sourire satisfait.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il d'une voix résignée.
« Ta mère travaille au Département des Enseignements Magiques. » déclara Daphné d'un ton factuel.
Urquhart hocha la tête.
« Cela signifie qu'elle a probablement accès aux dossiers des élèves du Royaume-Uni. » continua Daphné. « Je veux que tu me procures le dossier de quelqu'un. »
« Qui ça ? » interrogea Urquhart
« Ginevra Weasley. La nouvelle élève qui a été transférée ici. »
« Mais c'est impossible. Ce sont des dossiers confidentiels et je n'ai aucun moyen d'avoir accès à… » commença-t-il à protester.
« Je m'en contrefous, Urquhart. Sers-toi de ton imagination. » coupa-t-elle d'une voix glaciale. « Je veux tout savoir sur elle. Tu as un mois, ne me déçois pas. Sinon, tout le monde saura quel genre de pervers dérangé tu es vraiment. »
Daphné vit la peur apparaître dans les yeux d'Urquhart. Après lui avoir lancé dernier regard impérieux, elle quitta la salle commune, se dirigeant vers les escaliers menant aux dortoirs des garçons. Elle longea le long couloir en direction des chambres des élèves de dernière année. Arrivée devant l'une des portes, elle tapota deux secondes mais n'attendit pas la réponse pour entrer.
La chambrée était vide mais elle entendait le bruit de l'eau provenant de la salle de bain et elle se dirigea vers l'un des deux lits. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit, laissant apparaître son petit ami, torse nu, ne portant qu'une serviette autour de la taille. Elle observa Blaise d'un air rêveur tandis qu'un sourire se fendait sur son visage séduisant. Il était la définition de la perfection, avec son torse parfaitement dessiné, sa peau sombre, ses yeux cuivrés et les fossettes adorables qui apparaissaient lorsqu'il souriait. Être aussi mignon aurait dû être illégal.
Sa perfection ne s'arrêtait pas uniquement à son physique de dieu grec. Il était intelligent, cultivé, spirituel, de bonne famille et il la traitait comme une véritable princesse. Sans surprise, ils formaient le couple phare de Poudlard. Cela faisait seulement quelques mois qu'ils sortaient ensemble mais Daphné était déjà éperdument amoureuse. Jamais elle ne s'était sentie aussi comprise par un garçon. Évidemment, elle ne lui avait pas avoué ses sentiments. Elle attendait qu'il le dise en premier. Elle avait sa fierté, après tout. Elle ne voulait pas passer pour une bécasse désespérée.
En quelques fractions de secondes, Blaise traversa la pièce et se retrouva à ses côtés, l'embrassant langoureusement. Elle le laissa l'allonger sur le lit et elle entoura sa nuque de ses bras, tandis que ses lèvres s'écrasaient passionnément contre les siennes.
Elle ne repoussa pas sa main lorsqu'il la glissa sous son chemisier, et qu'il caressa sa poitrine à travers son soutien-gorge. Elle s'était promis de ne pas aller plus loin avant au moins six mois et tant que ces trois petits mots qu'elle attendait patiemment n'avaient pas été prononcés. Après tout, elle aimait se faire désirer et Blaise devait la mériter.
Daphné le repoussa fermement lorsqu'il esquissa un geste pour retirer les agrafes de son soutien-gorge. Elle n'avait pas de problème à le laisser la peloter un petit peu. Mais il était tellement appétissant que lui résister devenait compliqué et elle devait garder le contrôle de la situation.
« Stop. » dit-elle d'une voix ferme, plus pour elle-même que pour Blaise.
Blaise s'arrêta sans rechigner, un sourire amusé au coin des lèvres. Il était habitué aux refus de Daphné et même s'il tentait toujours sa chance, il n'insistait jamais lorsqu'elle le repoussait. Daphné remit de l'ordre à sa longue chevelure brune et reboutonna son chemisier.
« Nous étions supposés avoir une conversation sérieuse. » dit-elle.
Il leva les mains, arborant un air innocent. Les yeux de Daphné s'attardèrent sur son torse bien dessiné et elle oublia momentanément ce qu'elle souhaitait lui dire.
« Tu peux t'habiller, Blaise ? » demanda-t-elle finalement, ennuyée.
Avec un rire sonore, il se releva et se dirigea en direction d'une commode. Il en extirpa un t-shirt blanc et le revêtit.
« Tu avais quelque chose à m'annoncer ? » interrogea-t-il avec curiosité.
« Mon père veut te rencontrer. » déclara-t-elle de but-en-blanc, observant avec attention sa réaction. « Il m'a demandé de t'inviter à dîner au Manoir, dans trois semaines. »
« Très bien. » répondit Blaise d'une voix tranquille, visiblement peu stressé à l'idée.
Elle espérait que son père apprécierait Blaise même si ses réactions étaient parfois difficiles à prévoir. Il avait toujours été extrêmement exigeant avec elle et elle savait que le choix de son petit-ami n'échapperait pas à cette règle.
« Tu n'es pas nerveux ? » demanda-t-elle en arquant un sourcil, surprise par son flegme. « Papa n'est pas une partie de plaisir. »
La rencontre avec son ex petit-ami avait été un véritable fiasco et elle redoutait un peu la réaction de son père.
« Non. » dit-il d'une voix assurée, l'air parfaitement à l'aise. « Et pour dire la vérité, je suis impatient de le rencontrer. »
Une lueur surprise traversa les yeux de Daphné.
« Et je suis certain qu'il m'appréciera. » poursuivit Blaise d'une voix confiante. « Surtout lorsqu'il verra à quel point j'aime sa fille. »
Il avait enfin prononcé ces mots tant attendus, pensa-t-elle tandis qu'une vague de plaisir et de satisfaction l'envahissait aux paroles de son petit-ami. Elle se pencha sur lui pour capturer une nouvelle fois ses lèvres.
Elle secoua sa baguette en direction de la porte du dortoir, pour s'assurer qu'elle était fermée à clef et elle se tourna vers son petit-ami. Elle lui adressa un regard mutin, tandis qu'elle s'agenouillait devant lui et qu'elle esquissait un geste pour lui retirer son boxer.
Certes, elle s'était promis d'attendre six mois avant le bouquet final. Mais cela ne signifiait pas qu'elle ne pouvait pas lui accorder quelques aperçus en attendant.
/
Ginny observa son assiette tandis qu'elle écrasait les pommes de terre qui remplissaient son plat, l'air distrait. Elle écoutait d'une oreille peu attentive le discours d'Hermione qui parlait des dizaines d'initiatives qu'elle mettrait en place dans l'école si elle devenait la nouvelle Miss Fondatrice. Depuis les présélections de la semaine précédente, elle ne semblait qu'avoir ce sujet à la bouche.
« Qu'est-ce que tu en penses ? » demanda soudainement Hermione, la sortant de sa torpeur.
« Hum...excellente idée ? » tenta Ginny, espérant que cela répondrait à la question d'Hermione.
Hermione était tellement absorbée dans son discours qu'elle ne sembla pas remarquer que Ginny ne l'écoutait plus depuis au moins une demi-heure. Elle sembla même se satisfaire de la réponse de Ginny.
« Et toi ? As-tu commencé à réfléchir à ton programme de campagne ? » interrogea Hermione, avec sérieux.
Ginny secoua la tête et réprima une grimace lorsqu'Hermione lui adressa un regard sévère à la suite de sa réponse. L'annonce de sa sélection parmi les candidates à l'élection était apparue comme une véritable surprise. Elle n'était pas certaine de qui aurait pu voter pour elle mais cela n'avait pas d'importance. Toute cette affaire était juste une nuisance supplémentaire.
Elle s'était jurée de faire profil bas dans cette école et de se fondre dans la masse. Jusqu'ici, ses tentatives avaient échoué lamentablement. Elle s'était fait des ennemies, n'avait pas pu intégrer l'équipe de Quidditch et elle concourrait désormais contre son gré dans cette élection stupide. Et pour combler le tout, elle était forcée d'écouter Hermione Granger à longueur de journée déblatérer sur le sujet.
Elle fut soulagée de voir Hermione se précipiter pour ranger ses affaires afin de rejoindre son cours d'Étude de Moldus. Ginny se leva à son tour et quitta la table des Gryffondor. Elle se dirigea vers les larges portes qui donnaient accès au Parc de Poudlard. Elle avait une heure libre avant son prochain cours.
Il faisait chaud pour un mois de septembre et elle s'approcha du lac, s'installant sur un banc face à l'extrémité de l'eau. Elle farfouilla ensuite dans son sac, extirpant une enveloppe en papier kraft sur lequel son nom était inscrit.
Elle déchira négligemment la partie supérieure de l'enveloppe et parcourut des yeux le contenu du parchemin. Il s'agissait d'une énième lettre de sa mère qui voulait s'assurer que son intégration dans l'école se passait bien et qu'elle se comportait convenablement.
Ginny leva les yeux au ciel. Pour Molly, sa mère, toutes les occasions étaient bonnes pour vérifier qu'elle ne s'attirait pas des problèmes. Ginny se mordit nerveusement la lèvre. Pouvait-elle réellement lui en vouloir après les évènements de l'année précédente ?
Changer d'école ne serait pas suffisant pour effacer les dégâts que Ginny avait causé autour d'elle. Et même si personne ici n'était au courant, cela ne signifiait pas qu'elle pouvait noyer sa culpabilité.
Ginny savait pertinemment que sa mère avait demandé à Ron de garder un œil sur elle. Lorsqu'il avait reçu son propre courrier le matin même et qu'elle l'avait interrogé sur le contenu de sa lettre, il était devenu rouge et avait balbutié une réponse incompréhensible. Ronald mentait affreusement mal et elle le connaissait tellement bien qu'il était difficile de lui cacher quoi que ce soit.
Une voix derrière elle la fit sursauter et elle froissa le parchemin dans son poing serré avant de le fourrer sans cérémonie dans sa poche.
« Je suis déçu que tu n'aies pas intégré l'équipe de Gryffondor. Je me faisais une joie de te voir prendre une défaite écrasante contre Serpentard. » entendit-elle.
Elle se retourna et reconnut le type qui l'avait accostée près du panneau d'affichage la semaine précédente, lorsqu'elle s'était inscrite aux sélections.
« Tu es venu remuer le couteau dans la plaie ? » demanda-t-elle d'une voix acerbe.
« Un peu. » admit-il avec un demi-sourire.
Il s'approcha du banc et s'installa aux côtés de Ginny, sous le regard apeuré de cette dernière.
« Qu'est-ce que tu fiches ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
« Je m'assoies sur un banc, ça ne se voit pas ? » répliqua-t-il sur le ton de l'évidence, comme si elle avait posé une question particulièrement stupide.
« Pourquoi ce banc ? » insista-t-elle avec frustration.
« Parce que c'est le banc que j'utilise depuis ces six dernières années et qu'il est habituellement vide. » dit-il.
Merlin, qu'il était agaçant. Quelque chose chez lui l'irritait profondément même si elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Il arborait cet air clamant « Je réponds simplement à tes questions stupides parce que j'ai le temps. » comme s'il se sentait supérieur et particulièrement spirituel.
« Enfin, j'imagine que les élections de Miss t'intéressent davantage que le Quidditch. C'est drôle, je n'aurais jamais pensé que c'était ton genre. » ajouta-t-il.
« Et qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? » demanda-t-elle d'un ton sec.
« Généralement, les filles qui se présentent sont un peu plus… soignées. » commenta-t-il en désignant son allure d'un signe de la tête.
Elle baissa le regard sur ses vêtements. Elle portait une salopette noire striée qu'elle avait revêtu sur un t-shirt blanc bien trop large pour elle. Ce dernier avait appartenu à Ron. Des bottes militaires noires complétaient sa tenue. Elle n'allait probablement pas faire la couverture d'un magazine de mode avec son accoutrement, mais au moins, il était confortable.
« …et moins agressives. » ajouta-t-il après quelques secondes de réflexion.
« Je n'ai pas demandé à être sélectionnée pour cette élection stupide. » se justifia-t-elle immédiatement, piquée au vif. « C'est ridicule. »
« Je ne peux pas te contredire sur ce point. » affirma-t-il.
« Et d'ailleurs pourquoi ils ne choisissent pas un Roi du Bal ? Pourquoi ce genre de bêtises est réservé aux filles ? » poursuivit-elle, l'air irrité.
« C'était le cas avant, mais ils se sont rendus compte que les garçons ne prenaient pas ça avec autant de sérieux que les filles, alors ils ont arrêté. » expliqua-t-il d'une voix amusée.
Sa remarque tira un sourire à Ginny.
« Tu n'as pas perdu de temps pour te faire remarquer. Tu as un vrai talent pour choisir des ennemis. » dit-il d'une voix tranquille, observant la surface du lac au loin. « Tu n'aurais pas pu faire mieux. »
Elle se mordit la lèvre. Il avait sans doute entendu ses déboires récents avec les Quatre.
« Je vois que les nouvelles vont vite. » commenta Ginny en grimaçant.
« Pas besoin d'un réseau de cheminées ou de hiboux pour transmettre des nouvelles quand il existe un moyen de communication aussi efficace du nom de Pansy Parkinson. » dit-il d'un ton sarcastique.
Cette fois, son commentaire provoqua un rire sonore de la part de Ginny. Même si elle ne voulait pas l'avouer parce qu'il l'agaçait, sa remarque avait été particulièrement drôle.
« Tu devrais sourire plus souvent, Ginevra. » dit-il, semblant sincère. « Ça te va bien. »
Elle lui jeta un regard estomaqué, surprise par ses paroles. Était-ce un compliment ?
« Tu ressemblerais moins à une chauve furie fâchée. » ajouta-t-il avec un rictus.
Elle leva les yeux au ciel. Elle aurait dû se douter que la suite serait insultante.
« Ginny. » dit-elle.
« Tu sais comment tu t'appelles, bravo. » dit-il d'une voix sarcastique.
« Je veux qu'on m'appelle Ginny, pas Ginevra. » rectifia-t-elle. « D'ailleurs, je ne sais même ton nom. Si on continue de discuter encore dix minutes, ça va devenir un peu bizarre. »
« Draco Malfoy. » répondit-il. « Et qu'est-ce qui te fait penser que j'ai encore envie de te parler pendant dix minutes ? »
« Pour commencer tu m'as abordé, Malfoy. Ensuite, tu es assis sur mon banc. » répliqua Ginny.
« C'était mon banc pendant les six dernières années. » rappela Draco.
Elle laissa échapper une exclamation de frustration. Cette conversation devenait tellement puérile.
« Tu te crois vraiment malin, n'est-ce pas ? » grinça-t-elle entre ses dents, irritée. « Tu as vraiment réponse à tout, hein ? »
Il était tellement irritant. Jamais elle n'avait connu quelqu'un capable de la faire sortir de ses gonds en si peu de temps. Et le pire dans la situation était qu'il semblait se délecter des réactions qu'il provoquait chez elle.
« Hey, j'ai dit que j'allais remuer le couteau dans la plaie, n'est-ce pas ? » dit-il.
« Bien joué. Tu veux un Chocogrenouille ? » demanda-t-elle en levant les yeux au ciel, l'air revêche.
Le rictus de Draco s'élargit davantage – si c'était possible.
« Si tu mets autant d'énergie à être désagréable que dans cette élection, tu vas l'emporter haut la main. » assura-t-il.
« Comme si ça m'intéressait. »
« Peut-être que ça ne t'intéresse pas. Mais ça intéresse les Quatre. » déclara Draco.
Elle lui jeta un regard confus, ne comprenant pas où il voulait en venir.
« Elles ont saboté tes chances d'entrer dans l'équipe. » répondit-il en haussant les épaules. « Pourquoi ne pas leur rendre la monnaie de leur gallion ? A ton avis, comment réagirait Daphné Greengrass si elle perdait cette élection contre toi ? »
« Elle serait enragée. » répondit-elle lentement,
« Exactement. » dit Draco en hochant la tête, l'air entendu.
Il se releva alors.
« Tes dix minutes sont écoulées. » déclara-t-il. « A plus tard, Ginevra. »
Elle l'observa tandis qu'il s'éloignait en direction du château. Puis, lorsqu'elle reporta son attention sur le lac, elle réalisa que l'idée de Draco Malfoy n'était pas absurde.
Elle n'était pas certaine de pouvoir gagner cette élection pour prendre sa revanche sur les Quatre. Elle pouvait cependant faire de tout son possible pour les faire perdre.
Destinatrices : ''Les Quatre Fantastiques''
Pansy écrit :
Je viens d'entendre les mecs jouer à ce jeu stupide qui consiste à noter les filles.
Tracey écrit :
Ils sont tellement lourds. Comme si les femmes ne pouvaient pas être considérées autrement que comme des bouts de viande.
Pansy écrit :
Ce n'est pas le vrai problème ici, Cece. Figurez-vous qu'Ils ont donné un ''Désolant'' à Éloïse Midgen, ce que je trouve complètement aberrant. Si Midgen n'est pas un ''Troll'' avéré, alors je ne sais pas où va le monde. Même Lovegood est devant elle.
Millicent écrit :
En toute objectivité, Lovegood n'est pas si laide. Elle pourrait même être présentable avec un peu de maquillage.
Pansy écrit :
Wow Millie… Je n'arrive pas à croire que tu sais épeler ''objectivité'' !
Tracey écrit :
Pansy – 2, Millicent 0.
Daphné écrit
Personnellement, je donnerais aussi un ''T'' à Lovegood. ''T'' comme ''Tragique''
Millicent écrit :
Et les autres notes ?
Pansy écrit :
Daphné n'a eu que des ''Optimaux''
Millicent écrit :
Évidemment, pourquoi je pose la question ?
Pansy écrit :
Mandy Brocklehurst a eu un mélange honorable d'Optimaux et d'Efforts Exceptionnels.
Tracey écrit :
Pas étonnant. Tous les mecs bavent sur elle depuis que sa paire d'obus a poussé en quatrième année.
Pansy écrit :
Ils deviennent de plus en plus gros chaque année, je commence à me demander s'ils sont naturels.
Daphné écrit :
Vu comme ils pendent, j'aurais tendance à dire que oui.
Pansy écrit :
Enfin bref, le cours a commencé et ils ont été forcés de de se taire. Mais détail intéressant, Draco Malfoy a donné un ''Optimal'' à la Weaslette.
Daphné écrit :
Tu plaisantes ?!
Tracey écrit :
C'est vrai qu'elle est plutôt mignonne.
Daphné écrit :
La ferme, Tracey.
Millicent écrit :
On dirait que quelqu'un est jalouse…
Daphné écrit :
Absolument pas. Malfoy et moi, c'est du passé. Mais je n'aime pas qu'on joue avec mes restes.
Pansy écrit :
Quel irrespect de la part de Weasley. On dirait de la provocation.
Daphné écrit :
Visiblement, la leçon n'a pas été suffisante. Je vais devoir en remettre une couche. Je…
Tracey n'eut pas l'occasion de lire la suite de la phrase car elle sentit une tape légère sur son épaule et elle ferma son journal d'un coup sec. Elle leva les yeux vers Luna Lovegood qui l'observait, l'air contemplatif.
« Oui ? » demanda Tracey.
« Est-ce que tu as le temps de travailler sur notre projet ? » interrogea Lovegood.
« Je croyais qu'on s'était mises d'accord. Tu fais tout le travail, et mes amies et moi te fichons la paix pendant le reste de l'année. C'était le marché. » rappela Tracey d'un ton las.
« Je sais mais il faut quand même que tu connaisses le projet dans les grandes lignes au cas où le professeur Babbling t'interroge sur l'avancement. » déclara Lovegood.
Tracey détestait l'avouer mais les paroles de Lovegood faisaient sens. Il fallait qu'elle puisse au moins donner l'impression de savoir de quoi elles allaient parler. Elle ne pouvait pas se permettre d'échouer une matière aux ASPICs. Ces notes seraient décisives pour son avenir et les plans d'indépendance qu'elle fomentait pour pouvoir quitter le joug familial.
« Très bien. » céda-t-elle.
« J'ai un peu de temps libre, tu veux y aller maintenant ? La bibliothèque n'est pas très fréquentée, à cette heure-ci. » indiqua Lovegood.
« Oui, peu importe » répondit Tracey d'un ton ennuyé, impatiente d'en finir le plus rapidement possible.
Lovegood lui adressa un sourire et la suivit dans les escaliers. Sur le chemin, elle croisa son petit frère Fitzroy, en compagnie de sa bande d'amis stupides. Elle le vit la pointer du doigt en riant bruyamment tandis qu'ils passaient devant elle et Lovegood.
« C'est ta nouvelle meilleure amie, Cece ? » demanda Fitzroy d'un ton moqueur tandis que ses acolytes ricanaient derrière. « Attention, tu risques de devenir timbrée toi aussi. »
Son frère, du haut de ses quatorze ans, était l'archétype de l'adolescent insupportable. Il se pavanait dans l'école avec son groupe de cancres, profitant de toutes les occasions pour faire des bêtises dans l'établissement.
Même si Tracey et Fitzroy s'agaçaient mutuellement, et qu'ils ne rataient aucune occasion de se lancer des piques lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs, ils avaient un marché mutuel. Ils restaient silencieux sur les frasques de l'autre lorsqu'ils étaient de retour chez leurs parents. Leur père était un homme strict et il n'aurait pas été content à l'idée d'avoir enfanté un cancre et une peste.
« Quand est-ce que tu vas enfin te décider de te jeter de la tour d'Astronomie et mourir ? » rétorqua Tracey d'un ton irrité à l'attention de son frère.
« Vous n'êtes pas très sympathique l'un envers l'autre. » remarqua Lovegood d'une voix étonnée.
Elles venaient d'atteindre l'entrée de la bibliothèque.
« J'ai toujours voulu avoir un frère ou une sœur. » poursuivit Lovegood, d'un ton rêveur.
« Crois-moi, si tu avais un frère comme le mien, tu aurais un autre discours » assura sombrement Tracey.
Elle remarqua une table libre isolée, au fond de la pièce et s'y dirigea, Lovegood sur ses talons. Comme à son habitude, elle procéda à son rituel de nettoyage sur la table et la chaise.
« Tu essayes de faire fuir les nargoles ? » demanda Lovegood.
« Les nargoles n'existent pas, Lovegood. Tu sais ce qui existe ? Les germes et les bactéries. » répliqua Tracey, l'air incommodé.
Elle détestait cordialement la bibliothèque. L'endroit était rempli de livres et étagères poussiéreux. Il s'agissait d'un nid à microbes. Elle s'efforçait toujours de ne pas flâner auprès des étagères car cela générait une anxiété profonde chez elle.
« Oh tu sais, certains microbes sont bons pour la santé. Cela fortifie ton organisme. » assura Luna.
« Peut-on s'y mettre ? » coupa Tracey.
Lovegood acquiesça et elle disparut dans les étagères pour aller chercher des grimoires de Runes anciennes. Elle fut de retour quelques minutes plus tard, les bras remplis d'une demi-douzaine d'ouvrages gigantesques, tous paraissant aussi vieux que Merlin lui-même.
« Fais attention en posant ces livres sur la table. Tu vas envoyer de la poussière partout. » prévint Tracey, en reculant légèrement sa chaise, sur le qui-vive.
Lovegood posa les livres sur la table d'un geste lent et précautionneux. Pendant l'heure suivante, elle parcourut la montagne de grimoires accumulés, prenant des notes sur son parchemin de temps à autres. Tracey, de son côté, alterna entre son devoir de Métamorphoses et la lecture de Sorcière-Hebdo.
Étrangement, la séance ne fut pas aussi désagréable qu'elle l'aurait imaginé. Évidemment, Luna Lovegood était juste bizarre et à plusieurs reprises elle fit des commentaires totalement insensés. Elle confessa par exemple à Tracey qu'elle ne s'était pas lavée les cheveux depuis deux semaines. Pour se justifier, elle expliqua une histoire totalement farfelue impliquant des insectes invisibles et des eaux polluées mais Tracey l'écoutait à peine.
« Tu avais vraiment besoin de me dire ça ? » demanda Tracey, nauséeuse. « Maintenant je ne vais pas arriver à penser à autre chose. » dit-elle en observant la longue chevelure négligée de Lovegood.
Elle fut ravie lorsque Lovegood prétendit avoir terminé et elle s'empressa de quitter la bibliothèque, adressant à peine un regard à Lovegood à sa sortie.
Le lendemain, elle se retrouva en compagnie de ses amies dans un restaurant huppé de Pré-au-Lard, appelé Mi- Citrouille Mi-Raisin. Elles affectionnaient particulièrement l'endroit et elles avaient pris l'habitude de le fréquenter depuis l'année dernière, quand elles avaient à tour de rôle atteint leur majorité.
Sortir dîner ou prendre le brunch à Pré-au-Lard étaient tellement plus amusant depuis qu'elles pouvaient boire de l'alcool en toute légalité. Pendant ce temps-là, le reste de l'école s'entassaient dans des endroits peu selects tels que les Trois Balais ou encore le Salon de Thé de Madame Pieddodu.
On les installa dans un petit salon privé, décoré de manière à donner l'illusion d'un jardin à l'aspect féérique, pendant une journée d'été.
Malgré le cadre superbe dans lequel elles se trouvaient, le brunch fut des plus mouvementés, loin de l'après-midi détente qu'avait promis Daphné. Millicent arriva en retard l'air terreux et distrait, prétextant une retenue de dernière minute. Même si Daphné ne fit pas de commentaires, elle ne sembla pas satisfaite de la réponse de Millie. Tracey remarqua que Daphné resta assez froide et distante avec leur amie pendant le reste du brunch.
Quant à Pansy, elle parut assez agitée pendant le repas pour une raison obscure. Elle alimentait généralement la moitié de la conversation, mais elle ne cessa de jeter des regards à sa montre. Elle resta aussi hésitante devant le menu du restaurant pendant des lustres.
« Pansy, tu n'es pas en train de choisir le prénom de ton rejeton, tu sais ? » commenta Daphné.
Pansy refermera le menu d'un geste ferme, esquissant un sourire que Tracey trouva un peu forcé. Bien rapidement, la conversation se tourna ensuite vers le sujet du moment : l'élection de Miss Fondatrice.
« Évidemment, je pense vraiment que nous avons toutes nos chances égales pour remporter le titre. Et sachez que peu importe l'issue finale, cela ne changera absolument rien à notre amitié. » assura Daphné, en sirotant son Mimosa.
Tracey écouta avec scepticisme le discours de Daphné. Tout le monde savait que Daphné était la grande favorite de l'élection, y compris la principale concernée. Elle connaissait sa meilleure amie sur le bout des doigts. Elle savait donc à quel point cette dernière était compétitive. Elle savait aussi que ni Pansy, ni Millicent ne s'effaceraient devant Daphné pour la laisser remporter le titre.
Quant à Tracey, même si elle adorait sa meilleure amie, elle ne laisserait pas passer sa propre chance de remporter le concours. C'était son avenir qui était en jeu. Daphné, elle, n'avait pas de véritable raison de gagner, à part peut-être pour caresser son égo surdimensionné.
« Écoutez-là, elle parle déjà comme une vraie Miss. » répliqua Pansy d'une voix moqueuse. « Arrête ton char, Daphné. On sait toutes que ce sera une vraie boucherie. »
« Nous devrions faire un pacte. » lança soudainement Millicent, sortant de son état léthargique.
C'est la première fois qu'elle intervenait dans la conversation depuis qu'elle avait rejoint la tablée. L'heure précédente, elle avait paru se remettre d'une gueule de bois terrible.
Toutes les autres se tournèrent vers elles, l'air curieux.
« Pas de coups fourrés entre nous quatre, on la joue à la loyale. » expliqua Millicent. « Pour les autres, en revanche, le champ est libre. »
« Ça semble plutôt juste. » commenta Tracey en observant l'assiette que la serveuse venait de poser devant elle.
Elle vérifia avec attention la cuisson de chacun des aliments. Manger à l'extérieur était toujours un supplice. Tout causait son anxiété : les tables, les sièges, les couverts, la propreté personnelle des employés.
Elle était habituée à l'endroit et avait acquis à la longue une certaine confiance, ce qui lui permettait de continuer à le fréquenter.
« Je vous adore, mais je vais vous écraser. » prévint Pansy en sirotant innocemment son Triton Citronné.
« J'aimerais bien voir ça. » répliqua Tracey.
« Il faudra d'abord me passer sur le corps. » assura Millicent.
« Que la meilleure gagne. » acheva Daphné.
« Salazar, il y a des cheveux dans mon plat. » s'écria soudainement Pansy d'une voix tonitruante, s'attirant des regards dans tout le restaurant. « Juste LA, regardez ! »
Tracey observa l'assiette de Pansy et remarqua effectivement qu'une longue mèche de cheveux blonde s'y trouvait.
« Je suis confuse. » dit une serveuse qui s'était approchée de leur table après le hurlement de Pansy. « Cela n'est jamais arrivé dans notre établi…. »
« Je m'en fiche ! C'est inadmissible ! Comment osez-vous servir des choses pareilles à vos clients ? » poursuivit Pansy d'un ton outré.
La serveuse observait Pansy, l'air un peu paniqué, se confondant en justifications et en excuses qui furent noyées sous les exclamations dramatiques de Pansy.
« Je veux parler à votre responsable, immédiatement ! » quémanda Pansy, furieuse.
Un homme chauve à l'allure guindée rejoignit la serveuse pour s'enquérir de la situation. Après dix minutes de plaintes sonores de la part de Pansy, le responsable promit de lui offrir le repas et lui proposa un bon d'achat d'une valeur de trente gallions pour sa prochaine visite. Finalement, la colère Pansy sembla s'apaiser et le manager ainsi que la serveuse affichèrent des airs soulagés.
Tracey, elle, repoussa son assiette, l'air écœurée. Mi- Citrouille Mi-Raisin était définitivement rayé de sa liste.
Fin du Chapitre
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A bientôt pour la suite,
Fearless
