Merci à Fleur d'Ange et MinnieMey pour vos commentaires, ils sont très motivants ! :)

XI. Kindness is weakness

Lundi matin, lorsque les premiers étudiants pénétrèrent dans le grand hall, ils aperçurent un large panneau suspendu près de l'entrée de la Grande Salle. Encadré par un ornement mordoré, le tableau affichait le visage de chacune des candidates à l'élection de Miss Fondatrice, suivi par un nombre.

« Un classement. » s'exclama Pansy avec surprise, tandis qu'elles arrivaient à leur tour au niveau des portes.

Sans aucune gêne, elle bouscula les élèves lui barrant le chemin afin de se frayer une place face au tableau, ignorant les exclamations de protestation qui suivirent son passage brutal.

En première position, se trouvait Daphné Greengrass avec un score de 195 points, suivie de près par Mandy Brocklehurst puis de Millicent Bulstrode.

« Je suis en sixième position derrière cette truie de Lavande Brown, comment est-ce possible ? » s'exclama Pansy avec fureur. « C'est l'humiliation totale. »

« Ça pourrait être pire. Tu pourrais être derrière Granger ou pire, Lovegood. » relativisa Tracey pour la consoler.

« Je ne savais pas qu'ils avaient instauré un classement et des points. Ils n'en n'ont jamais parlé. » reprit Pansy, visiblement ennuyée.

« Ils en ont parlé, mais tu n'écoutais rien Pansy. » répondit Daphné en levant les yeux au ciel.

« Les juges attribuent des points après chacune des étapes principales de l'élection. » expliqua Tracey. « En dehors des épreuves, ils nous observent et nous jugent constamment. On peut gagner ou perdre des points en fonction de notre comportement et de nos actions. »

Pansy fut encore plus désagréable qu'à l'accoutumée pendant la matinée et n'eut de cesse de critiquer Lavande Brown. Tracey la vit lancer des Avada Kedavra dans sa direction pendant le cours de Potions tandis que Brown travaillait en binôme avec Ron Weasley. Tracey entendit les termes ''traînée…morue…gourgandine'' sortir de la bouche de Pansy tout au long de la leçon.

« Vous avez entendu la nouvelle ? » demanda soudainement Pansy Parkinson, en fin d'après-midi, le visage surexcité. « Le sponsor de Miss Fondatrice vient de rajouter un prix à l'élection. Ils vont accorder un an de de potions Epilvite à la gagnante et cinq mille gallions ! »

Tracey, qui habituellement ne se serait pas formalisée de sa huitième place dans le classement derrière Ginny Weasley, écarquilla les yeux. Cinq mille gallions, pensa-t-elle avec excitation. Il s'agissait d'une somme colossale, qui pourrait l'aider dans ses rêves d'indépendance.

Le weekend qui venait de s'achever avait été compliqué et Tracey avait commencé à ressentir la pression familiale. A l'approche de son anniversaire, son père avait de nouveau mentionné son potentiel mariage. Il avait ensuite insisté pour que Tracey assisteà une fête réunissant la diaspora caribéenne du Royaume-Uni. Selon lui, elle y ferait peut-être des rencontres intéressantes.

Tracey s'était efforcée de rester discrète pendant toute la soirée en s'installant à une table isolée tandis que les invités socialisaient avec animation. Elle avait toutefois été forcée d'entretenir la conversation avec les prétendants que lui présenta son père. Elle avait cru devenir folle lorsque l'un deux, un bellâtre nommé Joaquim, avait passé près d'une demi-heure à se vanter sur les richesses de sa famille, propriétaire de l'élevage de boursouflets le plus important d'Europe.

L'insistance de son père à l'idée de la voir mariée la rendait anxieuse. Le lendemain de l'annonce du classement, elle redoubla d'efforts en travaillant sur son devoir de Métamorphose. Elle devait mettre toutes les chances de son côté pour obtenir ses ASPICs avec brio.

La présence du tableau d'honneur provoqua un engouement nouveau à propos de l'élection. Le lendemain, Mandy Brocklehurst surprit toute l'école en réapparaissant dans la Grande Salle. Elle avait disparu après le maléfice qui avait donné à son front une taille disproportionnée et peu flatteuse. Un mot particulièrement vulgaire y avait été inscrit à l'encre indélébile de scournaille.

Lors du petit déjeuner, elle se présenta à la table de Serdaigle, un sourire rayonnant sur le visage. Visiblement, l'infirmière avait réussi à rendre à son front sa taille normale. Mandy arborait désormais une nouvelle coupe de cheveux. Une frange tendance lui couvrait intégralement le front, ainsi que le mot douteux au passage.

Sa réapparition (ou renaissance, selon Pansy) sembla rendre Daphné furieuse. Mandy était toujours en seconde position, et leur différence de points était minime. Même si elle ne fit pas de remarque pour éviter de s'attirer les foudres de Daphné, Tracey dut saluer l'ingéniosité de Mandy. Elle avait tourné la situation à son avantage et il fallait l'avouer, elle était particulièrement mignonne avec sa nouvelle coiffure.

Apparemment, Mandy dénonça son ex-meilleure amie Padma Patil car le visage de cette dernière fut grisé du classement et son nombre de points descendit rapidement jusqu'à afficher un zéro rouge. Selon les bruits de couloirs, McGonagall avait convoqué Patil dans son bureau en début de journée. Elle fut éliminée de la compétition, sous le prétexte d'un ''comportement inadmissible démontrant un manque de fair-play évident, indigne d'une Miss Fondatrice potentielle''

« Manque de fair-play ? » répéta Millicent avec amusement. « Personne ne joue fair-play dans ce concours. »

« Non, mais les autres sont assez intelligentes pour ne pas se faire chopper. » argumenta Pansy sur le ton de l'évidence.

Elle sembla guillerette toute la matinée en réalisant qu'elle venait de gagner une place dans le classement. Elle occupait désormais la cinquième place.

« Je vous retrouve tout à l'heure. » lança Tracey à l'attention de ses amis, tandis qu'elle se dirigeait vers la bibliothèque.

Elle y retrouva Luna Lovegood, affublée de ses lunettes grotesques, occupée à lire un journal à l'envers. Elle adressa un grand sourire lorsque Tracey arriva à sa hauteur.

« J'ai nettoyé la table. » annonça fièrement Luna.

Tracey ouvrit les yeux, légèrement surprise par l'attention. Elle jeta un regard méfiant à la chaise et constata qu'elle semblait passablement propre. Elle s'y installa, observant la table avec suspicion, à la quête de poussière éventuelle.

« Je me suis lavée les cheveux, aussi. » annonça Luna avec enthousiasme.

« Hmmm… cool ? » répondit Tracey, décontenancée par son attitude.

« J'ai quasiment fini notre problématique et notre axe de développement pour le projet. » acheva Luna.

« Ça sera prêt pour la semaine prochaine ? La première présentation devant la prof. »

Lovegood hocha la tête vigoureusement.

« Je pensais aussi qu'on pourrait aller aux archives de Pré-au-Lard, à la prochaine sortie. » proposa Lovegood.

Passer une sortie à Pré-au-Lard en compagnie de Luna Lovegood à farfouiller dans des archives poussiéreuses lui paraissait totalement déprimant. Elle pouvait déjà imaginer les regards médusés des élèves qui les croiseraient ensemble en public, à l'extérieur de Poudlard. Ses amies se ficheraient ouvertement d'elle pendant des semaines.

D'un autre côté, elle commençait à étouffer en présence de ses amies. Daphné semblait encore plus sur les nerfs que d'habitude depuis qu'elle avait appris qu'Astoria, sa demi-sœur, intègrerait l'école sous peu. D'autre part, pour une raison obscure, Pansy trouvait toujours des excuses grotesques pour éviter les sorties avec ses amies pendant le weekend. Quant à Millicent, son comportement devenait chaque jour un peu plus irrationnel et Tracey avait parfois l'impression de parler à des personnalités différentes lorsqu'elle interagissait avec son amie.

Il était évident que Millicent était parfois sous l'effet de quelque chose. Toutefois, à l'instar du reste de ses amies, Tracey préférait feindre l'ignorance. Les signes devenaient néanmoins de plus en plus visibles.

Finalement, passer la prochaine sortie à Pré-au Lard à fouiner dans ces archives avec Lovegood ne lui paraissait pas aussi horrible. Elle ferait simplement en sorte qu'elles n'arrivent pas en même temps.

« C'est bientôt ton anniversaire. » annonça Daphné, à l'attention de Tracey.

Elles étaient toutes installées dans la salle commune de Serpentard, face à la cheminée.

« Les filles et moi voulons organiser une soirée pour l'occasion. » poursuivit Daphné.

« Ça va être grandiose, la fête du mois. » annonça Pansy avec excitation.

« Des costumes, des masques, beaucoup d'alcool. » ajouta Millicent, enthousiasmée.

Tracey émit un rire nerveux.

« J'imagine que je n'ai pas le choix. » dit-elle. « Mais par pitié pas de costumes ni de masques. »

« J'ai déjà loué le District pour la soirée et les animations sont quasiment prêtes. » annonça Daphné d'un ton satisfait. « Il ne manque plus qu'à choisir la liste des invités. »

Tracey ne s'en formalisa pas. Elle était habituée à cette attitude de la part de sa meilleure amie. Même si la fête était en son honneur, Daphné, comme d'habitude, prendrait totalement le contrôle des opérations. Si Tracey avait compris une chose avec sa meilleure amie, c'était qu'il ne fallait pas s'opposer à son besoin de tout contrôler. Daphné adorait organiser des évènements. Ses fêtes étaient toujours extravagantes et tous les élèves de l'école rêvaient d'assister à l'une d'entre elles.

« J'ai décidé d'être un peu ouverte, au sujet des invités. » déclara Daphné.

« Daphné Greengrass qui organise un événement ouvert à tous et pas du tout select ? » demanda Pansy, choquée. « Où va le monde ? »

Daphné haussa les épaules.

« Cece, ça signifie qu'on pourra même inviter ta nouvelle best friend, Lovegood. » se moqua Pansy.

Tracey leva les yeux au ciel.

« Pourquoi tu veux inviter tout le monde ? » demanda Millicent d'un ton étonné, en direction de Daphné.

« J'ai l'impression qu'il va se passer des choses à cette soirée, et je veux être certaine que tout le monde puisse en être témoin. » lança Daphné d'un ton mystérieux.

« Ça semble terriblement excitant. » commenta Pansy qui semblait trépigner d'impatience.

Daphné la gratifia d'un rictus amusé.

« Quand est-ce qu'Aguicheuse arrive, déjà ? Depuis que Weasley est hors-circuit, je m'ennuie terriblement. J'ai besoin d'une nouvelle proie à tyranniser. » demanda Pansy de son éternel ton dramatique.

Aguicheuse était l'un des nombreux surnoms que Pansy attribuait à Astoria, la demi-sœur de Daphné.

Depuis les évènements avec l'ex de Daphné, Malfoy, le nom d'Astoria avait été proscrit. Il s'agissait presque d'un blasphème de le prononcer. Pansy, grâce à son imagination fournie, avait commencé à lui attribuer des surnoms passifs agressifs pour remonter le moral de Daphné après le scandale qui avait éclaté. Évidemment, Tracey et Millicent avaient suivi le mouvement.

« Je n'arrive pas à croire qu'Aïoli ait essayé de draguer Blaise. » lança Millicent en secouant la tête.

« Ça n'a rien d'étonnant. » commenta Pansy, l'air sombre. « Acné est une prostituée légendaire. Il parait qu'elle a même son trottoir attribué sur l'Allée des Embrumes. »

« Comment être une gourgandine en 101 leçons. Un livre d'images illustré par Abomination Greengrass. » lança Tracey, s'attirant les rires sonores de Pansy et Millicent.

« Elle ne mérite même pas de porter ce nom de famille. Elle et sa mère sont une disgrâce à notre héritage. » cracha Daphné.

« Ne t'inquiète pas Daphné. Nous allons réserver une rentrée digne de ce nom à Abcès. » assura Pansy en se frottant les mains d'un geste exagéré, comme si elle se préparait à remplir une mission particulièrement stimulante.

Sa remarque réussit à arracher un sourire à Daphné et elle sembla de meilleure humeur pendant le reste de la soirée.

/

Ginny Weasley se redressa difficilement, laissant échapper un long soupir de frustration. Elle était allongée dans l'un des lits de l'infirmerie et ne l'avait pas quitté depuis qu'on l'y avait transportée en urgence, après sa chute à Pré-au-Lard, intervenue près d'une semaine plus tôt. Elle était fatiguée d'être enfermée dans cette pièce impersonnelle qui empestait un mélange de désinfectant et de potions médicamenteuses.

Elle ressentait le besoin pressant d'être active et de se défouler mais son état – et l'infirmière - ne lui avaient pas laissé la possibilité de quitter l'endroit.

Lorsqu'elle était revenue à elle après sa chute, elle avait de nouveau fait une crise de panique en apercevant ces visages effrayants à son chevet, penchés sur son visage, comme s'ils essayaient de communiquer avec elle. Elle avait senti des liens se serrer autour de ses bras, probablement pour la maintenir immobile. Elle avait finalement senti qu'on lui faisait ingurgiter une potion au goût désagréable. Après quelques secondes, ses propres hurlements avaient cessé de lui parvenir aux oreilles et elle avait lentement sombré dans l'inconscience. Les jours suivants, le même manège s'était répété. A chaque fois qu'elle sortait de son sommeil artificiel, et qu'une personne se trouvait à son chevet, elle voyait ces visages émaciés et effrayés.

Finalement, le phénomène avait commencé à s'atténuer. Progressivement, les visages étaient redevenus normaux et familiers. Le premier visage qu'elle reconnut fut celui de Ron. Elle se jeta dans ses bras, en larmes, épuisée par le traumatisme des derniers jours.

« Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. » sanglota-t-elle bruyamment, des larmes épaisses coulant sous ses yeux gonflés de cernes.

« Ginny… Tu as des hallucinations. » répondit Ron, l'observant avec une inquiétude non dissimulée. « Ils pensent que tu as pris quelque chose. »

« Quelque chose… » répéta Ginny, sans comprendre. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Quelque chose d'illégal. » répondit Ron en baissant la voix, pour ne pas se faire entendre de Mandy Brocklehurst, installée sur le lit adjacent, à quelques mètres de celui de Ginny.

« Quoi ? » s'exclama Ginny à voix haute, s'attirant le regard curieux de Mandy. « C'est n'importe quoi ! »

« L'infirmière m'a posé tout un tas de questions sur toi. » répondit Ron. « Et sincèrement, Ginny, avec ton dossier, ils ont de grosses suspicions. Ils savent que tu as été renvoyée de notre ancienne école. Ce ne serait pas étonnant que tu touches à des choses. »

« Mais c'est complètement faux ! » hurla Ginny avec colère.

« Ne parle pas aussi fort, Ginny. » plaida Ron. « Je sais que c'est faux, je te dis juste ce qu'ils croient probablement. »

Ginny laissa échapper un soupir frustré et commença à se mordre les lèvres, incapable de dissimuler sa nervosité.

« Et je suis supposée faire quoi, maintenant ? » demanda-t-elle.

Son cerveau était exténué après les derniers jours qu'elle venait de vivre et elle ne parvenait pas à réfléchir correctement.

« J'ai surpris une partie de leur conversation, tout à l'heure. » indiqua Ron à voix basse.

Il sortit une paire d'Oreilles à Rallonge, une invention de Fred et George, qui permettait d'écouter aux portes en toute indiscrétion.

« Ils vont faire des tests pour vérifier si tu n'as pas ingéré des substances douteuses. » l'informa Ron, d'un ton grave.

« Ce n'est pas le cas. » assura Ginny d'une voix confiante.

« Tu es sûre que ce type ne t'a rien donné ? Celui avec qui tu es allée au rencard ? Ce Malfoy. » insista Ron.

Ginny ouvrit de grands yeux outrés.

« Absolument pas, Ronald. » répliqua-t-elle avec véhémence, indignée par ses accusations.

« Tu ne le connais pas et c'est un Serpentard. » rappela son frère.

« Tu es dans cette école depuis un mois et tu as déjà des préjugés stupides sur les maisons ? » répliqua Ginny d'un ton cinglant.

« C'était juste une piste. Il s'est visiblement passé quelque chose, sinon tu ne serais pas dans cet état ! »

« Ce n'est pas lui et je…Oh Merlin ! » s'exclama Ginny, comme frappée d'une illumination soudaine.

« Quoi ? » demanda Ron sans comprendre.

« Ce sont elles. » répondit Ginny, le teint pâle.

« Elles ? »

« Les Quatre. Elles ont quelque chose à voir là-dedans, c'est évident. Rappelle-toi de ce que m'a dit cette peste de Greengrass. Qu'elle comptait me détruire. »

Ron ne répondit pas immédiatement.

« C'est évident, comment je n'ai pas pu y penser toute de suite ? » continua Ginny. « Elle était furieuse à l'idée que j'aille à Pré-au-Lard avec son ex. »

Ginny pesta pendant de longues minutes suivant ces paroles, affublant Daphné Greengrass et ses amies d'injures particulièrement vulgaires.

« Si Maman entendait le vocabulaire coloré que tu es en train d'utiliser. » fit remarquer Ron avec moquerie.

« Oh Merlin, maman et papa ! Ils vont m'enterrer vivante. Est-ce qu'on les a déjà prévenus ? » demanda Ginny, horrifiée.

« Ils savent que tu as fait une chute à pré-au-lard et qu'on t'a emmenée à l'infirmerie. Les profs n'ont probablement pas parlé de leurs suspicions, sinon tu peux être sûre que maman aurait déjà débarqué. Ils ne diront rien tant qu'ils n'auront pas encore de preuves. »

Ginny jura bruyamment.

« Les vieux vont me dépecer. » geignit-elle.

« Maman m'a écrit. Elle voulait savoir ce qu'il se passait et je lui ai dit qu'il n'y avait rien de grave. Mais s'ils font des tests et qu'ils trouvent quelque chose, ils vont prévenir les vieux. Et je ne pourrais rien pour toi, Gin. » dit-il d'une voix grave. « Repose en paix. Content d'avoir été ton frère pendant ces dix-sept dernières années, c'était cool. »

Ginny lui lança son oreiller à la figure, loin de trouver sa plaisanterie amusante.

L'après-midi même, Madame Pomfresh, l'infirmière de l'école, prétexta devoir faire des tests de routine sur Ginny. Elle insista pour que cette dernière lui procure un échantillon d'urine. Ginny ne ferma pas les yeux le reste de la nuit, angoissée par les résultats éventuels de l'analyse.

Le lendemain, Ginny fut surprise de recevoir la visite de Draco Malfoy. Étrangement, elle fut heureuse de le revoir après tous ces jours déprimants passés en quarantaine.

« Rassure-moi, tu ne vas pas encore te comporter comme une patiente de l'aile psychiatrique de Sainte-Mangouste, cette fois ? » demanda-t-il avec sarcasme.

Ginny rougit, embarrassée. Le jour de leur rencard, elle avait complètement perdu la tête à cause de ses hallucinations.

« Tu sais, quand tu disais que tu étais l'ex-un peu tarée, je ne t'ai pas pris au sérieux. Je n'ai plus aucun doute à ce sujet. » déclara-t-il avec moquerie.

Ginny laissa échapper un rire nerveux suite à sa remarque. La sensation fut des plus étranges – cela faisait des jours qu'elle n'avait pas ri. Cela lui fit toutefois le plus grand bien.

« Pourtant tu es encore là. » répliqua Ginny d'un ton taquin, l'air entendu.

« Mon côté masochiste, probablement. » répondit Draco, le plus sérieusement du monde. « Comme tu te sens ? »

« Un peu mieux. Mais les profs croient que je suis droguée. » annonça-t-elle d'un ton dramatique.

« Ce n'est pas le cas ? » demanda Draco, faussement surpris. « En général, quand on voit des choses qui ne sont pas là, ça veut dire deux choses. Ou tu as besoin d'un lit à Sainte Mangouste ou tu as un peu exagéré sur les doses. »

Ginny lui jeta un regard noir, même si elle savait qu'il plaisantait.

« Ils vont faire des tests pour vérifier si je n'ai pas ingéré des substances illégales. » poursuivit-elle avec un soupir agacé.

« Ils ne vont rien trouver. » répondit Draco d'une voix distraite.

Ginny leva un sourcil étonné.

« Qu'est-ce qui te rend si sûr ? » interrogea-t-elle.

« Pansy Parkinson et son clapet inarrêtable. Les Quatre t'ont ensorcelée pour que tu te comportes ainsi. » répondit Draco.

« J'en étais certaine. Je savais que ces garces étaient mêlées à ça. » murmura Ginny entre ses dents serrées.

Elle fronça ensuite les sourcils.

« Comment se fait-il que les profs ne soient pas au courant si elle le raconte à tout le monde ? » demanda Ginny.

« Elle en a parlé dans la salle de commune, il n'y avait que quelques Serpentard présents. Et personne n'est assez stupide pour le répéter. Ce serait dénoncer les Quatre d'une certaine manière. Les conséquences seraient fâcheuses. » expliqua-t-il.

« Et toi ? Je croyais que tu comptais m'aider ? » accusa Ginny.

« Techniquement, ce n'est pas ce que j'ai dit. » rappela Draco.

« Arrête de jouer sur les mots. »

« Je suis un Serpentard, c'est ce qu'on fait de mieux. » répliqua-t-il avec morgue.

Il s'attira un regard blasé de la part de Ginny.

« Laisse-moi t'expliquer comment les choses fonctionnent dans notre maison. Dénoncer quelqu'un auprès des profs est considéré comme de la trahison. A Serpentard, une balance est la pire chose que quelqu'un puisse être. Enfin, la deuxième plutôt. » rectifia Draco après un court moment de réflexion.

« Quelle est la première ? » demanda Ginny avec curiosité.

« Un Né-Moldu. » répondit Draco d'un ton factuel.

Sa réponse provoqua un malaise dans l'estomac de Ginny. Elle secoua la tête, tentant de réprimer le souvenir qui tentait de s'insinuer dans son esprit.

« C'est…horrible. » commenta-t-elle finalement, après quelques instants d'hésitation.

Il haussa les épaules, visiblement peu affecté.

« Je suis déçu que nous n'ayons pas terminé notre rendez-vous. » commenta-t-il, changeant complètement de sujet.

« Tu as de drôle de priorités Malfoy. » dit-elle.

« Où est le mal à poursuivre activement l'objet de mes désirs ? » s'enquit-il avec sérieux.

Ginny sentit ses oreilles prendre une couleur rougeâtre. Draco Malfoy avait un talent évident pour la mettre dans l'embarras. Il avait parfois cette façon dramatique de s'exprimer. Il semblait sortir de l'un de ces classiques de la littérature romantique telle que Romana et Julius, Les Hauts d'Azkaban ou encore Raison et Scrutoscopes dont raffolait Molly, la mère de Ginny.

« Décidément, tu ne vas pas abandonner. » répondit-elle d'un ton qui se voulait détaché.

« Ce n'est pas mon genre. Crois-moi, tu le ne regretterais pas si tu me laissais une chance, Ginevra. » ajouta-t-il avec amusement. « On formerait le couple le plus populaire de Poudlard. On nous inventerait même un nom de couple ridicule comme Drinny ou Graco. »

Ginny éclata de rire.

« Graco ? Quelle horreur, je crois que je préfère Drinny, et de loin. » déclara Ginny.

« Tu vois, tu n'es pas réfractaire. » la taquina-t-il.

Il s'attira un nouveau regard hostile de la part de la jeune fille.

« Plus sérieusement, je vais honorer ma part du marché. Tu as accepté mon rendez-vous, alors c'est mon tour de te donner les informations que tu cherches. » annonça Draco.

Le lendemain, Pomfresh annonça à Ginny que tout était en ordre et qu'elle pourrait sortir de l'infirmerie le jour même. Ginny réprima un soupir de soulagement. Ils n'avaient probablement rien trouvé de douteux dans son organisme. Cela signifiait qu'elle avait de peu échappé à un scandale auprès de ses parents.

Lorsque Ginny Weasley quitta finalement l'infirmerie, en début d'après-midi, son premier réflexe fut de se rendre dans le Parc. Elle emprunta un balai dans la réserve et s'envola dans les airs. Elle avait besoin de se défouler après les derniers jours passés cloîtrée dans un lit d'hôpital. Elle fit plusieurs tours de terrain, ressassant les paroles de Draco, la veille.

Commence par Pansy Parkinson, lui avait-il conseillé. Ce sera la plus facile à persuader.

Au début, Ginny s'était montrée réticente. Après tout, Pansy Parkinson lui semblait toute aussi dangereuse que Daphné Greengrass. Si elle avait suivi son instinct, elle se serait probablement dirigée vers la plus discrète de leur bande, Tracey Davis.

« Tracey est extrêmement loyale envers Daphné, et elle est moins influençable qu'elle en a l'air. » avait assuré Draco. « Pansy, elle, pensera à ses intérêts en premier pour se protéger. »

Puis il lui avait révélé la faiblesse de Pansy Parkinson. Apparemment, son père avait perdu toute la richesse familiale suite à des opérations douteuses impliquant blanchiment d'argent, détournement de fonds et évasion fiscale. Draco était au courant car Pius Parkinson était un ancien client de Machinations Malforescentes, l'entreprise de son père, spécialisée en conseils financiers.

« Ils ont tout perdu et il est endetté jusqu'au cou. Il a même essayé d'emprunter de l'argent à mon père. » avait indiqué Draco. « Il a frôlé Azkaban. »

Pansy Parkinson vivait donc une double vie, faisant croire à tous qu'elle était une héritière pleine aux as. L'information était probablement assez grave pour pouvoir faire redescendre Pansy de son piédestal et la remettre à sa place. Ginny ne put toutefois s'empêcher d'éprouver une certaine réticence à l'idée de révéler un secret familial de cette ampleur au reste de l'école. Premièrement, cela la mettait au même niveau que les Quatre - une peste sans cœur et sans scrupules, prête à porter des coups sous la ceinture pour atteindre ses objectifs.

Ensuite, cela montrait aussi qu'elle n'avait rien appris des événements de l'année passée. Elle avait agi sans penser aux conséquences et celles-ci s'étaient révélées très lourdes. Qu'aurait-elle donné pour retourner dans le passé et faire des choix différents ? Cela aurait évité une tragédie. Elle accéléra sur son balai tandis que le vent lui frappait le visage, s'efforçant de penser à autre chose.

Alors qu'elle s'était décidée à ne pas révéler le vilain petit secret de Pansy Parkinson, un évènement lui fit changer d'avis. Lorsqu'elle quitta le stade de Quidditch et qu'elle traversa le parc, Ginny faillit s'étouffer en voyant son frère en compagnie de Pansy Parkinson. Elle réalisa que cette dernière flirtait avec son frère. A la vue de l'expression appréciative de Ron, il ne semblait pas s'en formaliser.

Une partie d'elle fulminait de l'intérieur et elle dut faire preuve de toute sa maîtrise d'elle-même pour réprimer son envie pressante d'aller mettre un terme à la conversation. Se connaissant parfaitement, elle savait que la situation avait de grandes chances de dégénérer. Elle aurait probablement envoyé les deux à l'infirmerie après une attaque vicieuse de Chauve-Furie. Ginny fulmina pendant tout le chemin menant jusqu'à la salle commune de Gryffondor. Comment Ron pouvait-il sympathiser avec l'ennemi ?

« Ginny ! Tu es de retour, comment tu te sens ? » demanda Harry Potter, la première personne qu'elle croisa en passant le trou du portrait.

Ginny répondit par un murmure inaudible, lui adressant à peine un regard, puis se dirigea vers l'un des sofas. Elle croisa également Hermione Granger. Ginny s'apprêta à l'envoyer paître de manière un peu abrupte, n'ayant pas l'énergie pour ses jacasseries habituelles au sujet des devoirs. A sa grande surprise, Hermione la salua à peine, visiblement préoccupée par d'autres sujets.

Une heure plus tard, Ron passa à son tour le trou du portrait, et il se dirigea vers le sofa où Ginny était installée, arborant un air joyeux qui l'agaça au plus haut point.

« Hey Gin. » héla-t-il.

« Bonsoir, traître. » répondit-elle d'une voix glaciale.

Ron sembla surpris.

« Où étais-tu ? » demanda Ginny.

« En cours. » répondit-il, visiblement surpris par son hostilité.

« Et après ça ? Il y a disons, une demi-heure ? »

« Je ne vois pas où tu veux en venir, Gi… » commença-t-il.

« Je n'arrive pas à croire que tu puisses mentir sans aucun complexe à ta propre sœur. » accusa-t-elle avec fureur. « Je t'ai vu avec cette diablesse de Parkinson, ne le nie pas. »

Les joues de Ron prirent une couleur écarlate. Il commença à bredouiller des justifications incohérentes.

« Je ne sais pas comment tu peux encore penser que tu peux me mentir. Je lis pratiquement dans ton cerveau, Ronniekins. » ajouta-t-elle avec ironie.

Elle avait volontairement mentionné le nom que ses frères utilisaient pour taquiner Ron et qu'il détestait cordialement.

« C'était une simple conversation, je ne faisais rien de mal. » dit-il.

« Pourquoi avoir une conversation avec une fille qui me hait et qui essaie de me détruire ? » demanda-t-elle comme s'il venait de dire quelque chose particulièrement idiot.

« C'est Greengrass qui te déteste, pas Pansy. » rappela Ron.

« Pansy ? » répéta Ginny, avec un rire sans joie. « Tu l'appelles Pansy, maintenant ? Où suis-je ? Dans la quatrième dimension ? »

« Écoute Ginny, je sais que vous avez vos différends – mais elle n'est pas aussi horrible qu'elle en a l'air. » assura-t-il.

« Merlin… Elle t'a lobotomisé le cerveau ? Tu es sous l'effet de l'Imperium ? »

Ginny esquissa un geste vers Ron pour vérifier la température de son front.

« Tu dois être sous l'effet d'un philtre d'amour. Attends que j'attrape cette peste dans un couloir, elle va en voir de toutes les couleurs. » assura-t-elle d'une voix menaçante.

Les Quatre l'avaient déjà ensorcelée pour lui provoquer des hallucinations. Elles n'auraient aucun scrupule à faire avaler à Ron un philtre d'amour afin d'atteindre Ginny.

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait ressenti de la culpabilité à l'idée de révéler les secrets de Parkinson. Cette garce était allée trop loin.

« Je dois te rappeler ce qu'elles m'ont fait ? » dit Ginny, l'air blessé.

« Tu ne sais pas si ce sont elles. » rappela Ron en fronçant les sourcils. « Et elle n'est pas aussi horrible que tu le penses. »

Ginny voulut lui révéler la vérité au sujet des Quatre et de leur attaque à distance mais elle resta silencieuse, trop surprise par la réaction de son frère. Pourquoi défendait-il Parkinson avec autant de véhémence ? Il ne savait probablement pas que cette fille était une menteuse chronique.

« Tu sais que ta chère Pansy est une vilaine menteuse ? Elle fait croire à toute l'école qu'elle croule sous les gallions alors que c'est loin d'être le cas. » répliqua Ginny.

« Je suis au courant. » répondit Ron d'une voix calme.

« Quoi ? » répondit Ginny, abasourdie. « Tu le savais déjà ? »

« Elle me l'a dit. Elle a beaucoup de problèmes, Ginny. Pour une fois dans ta vie, essaye de montrer un peu d'empathie. » répondit Ron avec froideur.

Ginny n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. Pourquoi Pansy Parkinson aurait-elle révélé à son frère un secret de cette teneur ? Ce nouvel élément et la manière dont Ron défendait Parkinson lui provoquèrent un sentiment de malaise. Elle n'aimait pas ce qui se tramait entre les deux.

« Arrête un peu de constamment vouloir te mettre dans les problèmes. On vient d'arriver ici et tu n'as pas manqué une seule occasion pour te faire remarquer. Tu n'es pas le centre du monde, Gin. » accusa-t-il, contrarié.

Elle observa Ron avec incrédulité, stupéfaite par son soudain emportement. Elle était toujours celle qui faisait des scandales, d'habitude. Ron se releva et se dirigea vers les escaliers menant aux dortoirs, sans lui accorder un regard. Ginny jura. Décidemment, ces filles allaient lui bousiller l'existence.

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Pansy Parkinson observa Albus Dumbledore, l'air ennuyé. Elle regrettait presque sa décision d'être venue dans son bureau. Son désespoir était tel, toutefois, qu'elle se résolut à rester silencieuse et à écouter le long discours du Directeur sur l'égalité des chances et l'importance d'encourager l'éducation parmi toutes les couches sociales.

Sa fierté avait pris un coup lorsqu'elle avait expliqué à Dumbledore sa situation financière désastreuse. Elle lui avait avoué ne plus pouvoir payer les frais de scolarité. Il l'avait écoutée patiemment, et même si elle avait volontairement omis ses activités extracurriculaires au Flamant Rose, elle était persuadée qu'il s'en doutait.

Ce vieux dérangé de Dumbledore lui avait toujours fichu la frousse – lorsqu'il vous regardait, il donnait l'impression de lire votre à travers votre âme. Flippant, pensa Pansy. Finalement, après une heure de discours interminable, il prononça finalement les mots qu'elle souhaitait entendre.

« …et nous serions ravi de vous accorder une bourse pour terminer votre éducation à Poudlard. » dit-il.

Une vague de soulagement parcourut Pansy. Elle lui aurait probablement sauté au cou pour l'étreindre s'il n'avait pas au moins trois cents ans de plus qu'elle. Dégueu, pensa-t-elle avec une grimace.

Elle écouta à peine lorsqu'il lui passa en revue les détails et les conditions de la bourse, imaginant déjà le meilleur moyen d'annoncer sa démission à Madame Ursula, sa patronne au Flamant Rose.

Elle s'imaginait entrer dans son bureau empestant l'odeur de cerises et lui jeter des gallions à la figure, avant d'insulter copieusement ses clients et de quitter l'endroit, la tête haute. Pansy ricana toute seule en imaginant la scène.

« Merci, professeur. Je regrette de vous avoir appelé un vieux fou casse-pieds pendant toutes ces années. » dit-elle avec enthousiasme.

Derrière ses lunettes en demi-lune, les yeux bleus de Dumbledore affichèrent une lueur médusée.

« J'accepte vos excuses, Miss Parkinson. » répondit-il toutefois avec amusement. « Bonne soirée. »

Pansy quitta son bureau, aux anges. La chance lui souriait enfin pour la première fois depuis des mois. Elle se dirigea vers les couloirs, et se retint même d'insulter de troll stupide un deuxième année quand il la bouscula.

A l'intersection d'un couloir, son cœur rata un battement lorsqu'elle croisa une élève, sortant de nulle part.

« Merlin, tu m'as fichu la frousse. Tu ne peux pas regarder où tu marches ? » demanda-t-elle, excédée.

Elle reconnut Ginny Weasley, le visage plus pâle qu'à l'accoutumée. Cette dernière la regardait fixement. C'était la première fois que Pansy la voyait depuis son séjour de plusieurs jours à l'infirmerie. De longues cernes étaient apparentes sur son visage et elle semblait épuisée. Pourtant, la lueur sombre dans ses yeux rendit Pansy nerveuse.

« Weaslette, enfin sortie de l'asile ? » demanda-t-elle d'une voix moqueuse, en l'observant avec hauteur. « Tu fais peur. Pas assez de gallions pour t'acheter de l'anti cernes ? »

Ginny ne répondit pas, arborant toujours cet air mystérieux. Pansy lui jeta un regard impérieux avant de s'éloigner.

« Malade mentale. » commenta-t-elle, dans sa barbe.

Après quelques secondes de marche, elle se rendit compte qu'elle entendait des bruits de pas derrière elle. Elle se retourna et constata que Ginny Weasley la suivait.

« Weaslette, je rêve où tu es en train de me suivre ? » interrogea-t-elle avec surprise.

Cette fille aimait vraiment les problèmes, il n'y avait pas d'autres explications. Elle devait ressentir une sorte de plaisir dérangé à se faire maltraiter.

« Non, je ne te donnerai pas d'autographe, chérie. » ironisa Pansy.

« Je sais que vous m'avez envoyée à l'infirmerie. Je suis au courant de votre petit manège. » déclara Ginny d'une voix rauque, parlant pour la première fois.

« Et si tu ne veux pas y retourner, je te conseille de passer ton chemin, Weasley. » menaça Pansy.

« Je sais qui tu es vraiment, Parkinson. » déclara Ginny d'une voix tranquille, ignorant les menaces de Pansy.

Pansy leva un sourcil interrogateur, confuse.

« Tu peux faire semblant devant les autres, mais je connais ton petit secret. » assura Ginny.

Immédiatement, Pansy se tendit.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » déclara-t-elle d'une voix qui se voulait décontractée.

« Ton père est endetté, vous n'avez plus une noise en banque et tu mens à toute l'école à ce sujet. Y compris à tes amies. » déclara Ginny d'un ton plat.

Pansy sentit son visage se décomposer en entendant les paroles de Weasley. Elle sentit son cœur battre à toute allure dans sa poitrine, tandis que la panique l'envahissait. Ce moment qu'elle avait redouté pendant des mois était enfin arrivé. Elle allait être démasquée. Ces mois difficiles et les choses horribles qu'elle avait dû endurer pour ne pas se retrouver dans cette situation n'avaient servi à rien.

Que ferait Weasley avec cette information ? La question est stupide. Elle irait probablement se venger des choses que Pansy et les autres lui avaient infligée depuis son arrivée.

Mais comment pouvait-elle être au courant de son secret ? La réponse frappa Pansy en plein visage comme une traînée de lumière.

« Ton frère te l'a dit. » dit-elle, répondant à voix haute à la question qu'elle n'avait pas formulé.

Comment Pansy avait-elle pu être aussi imprudente ? Dans son moment de faiblesse et de détresse, elle lui avait fait part de ses problèmes personnels. Il avait été tellement stupide de sa part de croire que Ron Weasley ne répéterait pas ses secrets à sa sœur. Cette dernière possédait désormais les munitions pour la détruire.

Une partie d'elle-même – stupide et naïve sans aucun doute - pensait que ce type l'appréciait, même si leur relation avait démarré du mauvais pied. Il s'était montré si préoccupé ce soir-là, dans cette allée sombre de Pré-au-Lard.

« Non, Ron n'a rien avoir là-dedans. » répondit Ginny d'une voix froide. « D'ailleurs tu devrais le remercier. C'est grâce à lui que je ne révèle pas ton petit secret à toute l'école sur-le-champ. Surtout après ce que toi et tes copines m'ont fait. »

Pansy ouvrit de grands yeux suspicieux. Ron ne l'avait pas dénoncée auprès de sa sœur ? Cela n'avait plus d'importance. Ginny Weasley était au courant.

« Pour une raison qui m'échappe totalement, Ron semble t'apprécier au point de te défendre. » ajouta Ginny avec dégout.

« Qui ne m'apprécierait pas, je suis hilarante et ultra mignonne. » répondit Pansy, sans pouvoir s'en empêcher.

Ginny lui jeta un regard blasé.

« Hum qui ne t'apprécie pas ? Je ne sais pas… Peut-être quatre-vingt pour cent de cette école ? » tenta Ginny avec sarcasme.

« Ça signifie que vingt pour cent de l'école m'adore. » répondit Pansy du tac au tac, avec satisfaction.

« Merlin, tu es insupportable Parkinson. » lança Ginny, secouant la tête avec lassitude.

« Merci pour le compliment, Weasley. »

« Arrête de me prendre pour une idiote. Je sais ce que tu es en train de faire. Tu essaies de dévier du sujet principal. »

Pansy haussa les épaules, démasquée.

« Si tu ne comptes pas me dénoncer au reste de l'école, pourquoi tu es ici ? » demanda-t-elle avec méfiance.

Un sourire mutin apparut sur les lèvres de Ginny.

« Pour te proposer un petit marché. » dit-t-elle.

« Quel marché ? » questionna Pansy avec méfiance.

« J'accepte de garder ton petit secret pour moi si tu me donnes des informations sur tes copines. » proposa Ginny.

Pansy grimaça, sentant la nervosité la parcourir de nouveau. Jusqu'à où serait-elle prête à aller pour protéger ses intérêts et s'assurer que la Weaslette ferme son clapet ?

Très loin, pensa-t-elle.

L'idée de vendre ses amies pour se protéger était déchirante. Celle d'être la risée de l'école et tomber dans l'impopularité était toutefois pire.

« Félicitations Weasley, je ne savais pas que tu avais ça en toi, je suis impressionnée. C'est dommage, tu aurais été une belle addition dans notre groupe. » déclara Pansy.

« Plutôt mourir. Alors, ta réponse ? »

Pansy garda le silence pendant de longues minutes, pesant le pour et le contre de la proposition. Finalement, elle lança :

« J'accepte, si tu ne m'empêche pas de fréquenter ton frère. » dit-elle.

Les yeux de Ginny se plissèrent et elle observa Pansy avec circonspection, semblant réfléchir à la condition.

« Très bien. Je n'ai pas le pouvoir de lui dire ce qu'il peut faire ou non. Mais si tu fais un seul coup de travers à mon frère, je te donne en pâture au calmar géant. C'est clair ? »

« Très clair. » assura Pansy.

« Et Ron ne doit rien savoir de notre marché. » ajouta Ginny.

« Marché conclu, Weasley. » répondit Pansy.