Ce n'était absolument pas ce que j'avais prévu d'écrire au départ. Mais je suis tombée entre temps sur le texte de Misty écrit dans le cadre des Nuits du Fof sur le thème « Doudou ». Et donc j'ai allègrement osé piquer ce thème car j'ai flashé dessus. J'ai aussi essayé de rédiger en une heure pour respecter les règles du jeu. J'espère que vous saurez me pardonner, car, en plus, il sort du cadre A + M…
Parce que lire est un miracle
Histoire 4
Quand viennent les nuits
Le soir était là, la nuit tombait. Gabriel Agreste, après une journée professionnellement dense, se sentait fourbu. Comme à son habitude il n'en avait rien laissé transparaître, jusqu'à présent. Après le repas, il avait demandé à Adrien de monter dans sa chambre. Il voulait que son fils soit en forme pour être performant le lendemain à l'école puis lors de sa séance photo. Nathalie était rentrée chez elle. Le garde du corps avait pris ses quartiers pour la nuit. Le silence régnait désormais en maître dans la demeure.
Gabriel Agreste était dans ses appartements : une immense suite parentale avec salle de bain attenante. Sa femme avait souhaité, à l'époque, y faire installer une baignoire. Elle aimait se prélasser et l'entrainait parfois avec elle, en riant. Aujourd'hui, seule la douche servait : rapide et efficace.
Gabriel Agreste se regarda dans la glace. Maintenant qu'il était seul, le masque se fissurait. La fatigue commençait à se lire sur son visage et dans ses yeux. Il soupira et déboucha le tube de dentifrice. Une hygiène dentaire impeccable était de mise dans le domaine de la mode. Il programma le minuteur pour trois minutes de brossage. Trois longues minutes durant lesquelles il se forçait à rester bien droit devant le miroir et à ne pas réfléchir. Mais les pensées commençaient à venir. Il savait qu'il ne pouvait pas lutter. Tous les soirs, au moment où le soleil tirait sa révérence, il se sentait envahi par une profonde tristesse, un accablement latent. Emilie, sa femme, lui manquait terriblement. Et cette absence était beaucoup plus marquée à ce moment-là de la journée. Lorsqu'il se retrouvait dans ce lieu qui symbolisait toute leur intimité.
Une fois la brosse à dent reposée, Gabriel Agreste se lava méticuleusement le visage. Puis il se dévêtit et enfila prestement le pyjama qui l'attendait, soigneusement plié, sur un petit meuble réservé à cet effet. Il mit ses vêtements à l'envers, pris le temps de bien refermer tous les boutons. Il savait combien le lavage pouvait abîmer le linge et ce n'était pas envisageable pour lui de négliger cet aspect des choses. Une fois le couvercle de la corbeille de linge rabaissé, il enfila ses chaussons et se dirigea vers la chambre. Le lit king size le narguait. Le drap et la couverture parfaitement bordés. Pas un pli ne se voyait. Un lit, grand, très grand mais vide, très vide depuis qu'Emilie n'était plus là. Il se sentait d'ailleurs toujours incapable de traverser la ligne imaginaire qui séparait les deux côtés du lit et dormait donc uniquement à droite. Il n'avait pas non plus pu se résigner à vider la table de chevet de sa compagne. Il avait toujours ce fol espoir qu'elle reviendrait et voulait tout laisser intact. Mais cet espoir, diminuait, inexorablement, de jour à jour. Et la difficulté à trouver le sommeil, de manière symétriquement opposée, augmentait graduellement.
Gabriel tourna la tête vers la gauche du lit et ses yeux se posèrent sur la lampe d'Emilie. Elle n'aimait pas particulièrement le noir et il devait la relancer plusieurs fois en levant les yeux aux ciels pour qu'elle éteigne la lumière dans un grand éclat de rire. Aujourd'hui c'est lui qui n'aimait plus le noir car trop de fantômes venaient le hanter lorsque l'obscurité prenait place. Il vit également la peluche qui trônait sur la table de nuit à côté d'un livre. Un gros ours blanc avec de grands yeux tout doux. Il avait toujours trouvé puéril d'avoir une peluche dans la chambre. Il avait d'ailleurs été vigilant à ce que son fils ne conserve pas d'objet transitionnel – de « doudou » - plus longtemps que nécessaire à son développement. Mais sa femme avait toujours tenu à conserver cet animal poilu à ses côtés et il n'avait pu que céder face à deux paires d'yeux implorants : ceux de sa femme et ceux de la peluche qu'elle câlinait avec affection.
Gabriel avança de quelques pas et prit l'ours dans ses bras. Il refit le tour du lit et s'assit de son côté. Il posa l'animal rempli de mousse sur sa propre table de chevet. Il enleva ses lunettes et les posa délicatement. Il souleva les draps, mit les oreillers en place et s'allongea. Après avoir rabattu la couverture, il éteignit la lumière. Les yeux grands ouverts. Le sommeil ne viendrait pas, il le savait. Alors dans un énième soupir il tâtonna jusqu'à ce que sa main rencontre le duvet soyeux. Il prit l'ours et se repositionna dans le lit : la peluche serrée contre son cœur. C'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour s'apaiser et réussir à grappiller quelques heures de sommeil : dormir avec un doudou, ou plutôt avec SON doudou.
FIN
