Merci infiniment à Fleur d'Ange, MinnieMey et DI5M pour vos reviews :)

XII. Fake News


Sorcière Hebdo

''La source d'informations numéro un pour les sorcières en mouvement''


La formule C.O.C.U

Certains noms mentionnés dans cet article ont été modifiés pour des raisons de confidentialité.

Il fait un froid de Porlock lorsque que je pénètre dans les vieux murs délabrés de Poudlard. Cela fait des années que je n'y ai pas mis les pieds. Pour être précise, depuis une conférence de presse organisée par mon ami proche et confident Gilderoy Lockhart, ancien professeur de Défense Contre les Forces du Mal.

Le château n'a pas changé depuis ma dernière visite - probablement depuis sa création, d'ailleurs. Je m'interroge régulièrement sur ce que fait Dumbledore des milliers de gallions offerts chaque année par des parents fortunés afin de renforcer la réputation de cet établissement – jadis – de renommée.

Cependant, ma présence n'est pas requise pour parler de décoration intérieure ni du leadership douteux d'Albus Dumbledore. Aujourd'hui, je couvre un sujet qui me tient particulièrement à cœur – l'élection de Miss Fondatrice.

Commençons par un peu d'Histoire. Instauré il y a quarante-sept ans par Trevor Alderton, directeur adjoint sous l'administration d'Armando Dippet, ce concours élève chaque année une étudiante triée sur le volet, au rang prestigieux de Miss Fondatrice.

Elle est reconnue par ses camarades et le corps professoral pour son intellect évident, sa classe remarquable ainsi que sa beauté supérieure à la moyenne. Si Trevor Alderton n'a pas fait long feu dans ses fonctions de professeur, discrètement écarté par la Direction suite à de vives accusations de harcèlement par ses collègues féminines, l'élection, elle, est restée un élément phare de la vie culturelle de Poudlard.

Plusieurs dizaines d'étudiantes ont été élues Reine du Bal à travers les décennies. Parmi elles, des noms connus du grand public. Inditya Pindira, l'ancienne gardienne et capitaine du Club de Flaquemare, désormais à la tête du Département des Sports Magiques, a été élue Miss Fondatrice lors de la première élection, en 1950. Cressida Warrington, célèbre philanthrope britannique, a décroché la couronne en 1954. Moi-même, reporter de renommée internationale et lauréate de plusieurs récompenses journalistiques pour la qualité de ma plume et la justesse de mes articles, ait été élue en 1963, à l'unanimité par le panel de juges.

C'est par nostalgie que j'accorde une faveur à mon ancien établissement et accepte de me libérer de mon emploi du temps extrêmement chargé. Je consens même à annuler une interview exclusive avec le ministre de la magie croate afin de rédiger un article sur l'élection actuelle de Poudlard, trente-cinq ans après mon propre couronnement.

Mes fans me connaissent – je ne suis pas du genre à mâcher mes mots et les faits relatés dans cet article sont une vision réelle des faits constatés sur place.

Lorsque je pense à Miss Fondatrice, certains mots me viennent à l'esprit – charisme, originalité, courage et unicité. Le fameux mélange C.O.C.U, rendu célèbre par les précédentes couronnées. Quelle déception de constater que ces termes ont été enterrés dans la Cabane Hurlante et qu'on a jeté la clef de la serrure au fond du lac.

Crétine, offensante, clichée, usurpatrice. C'est ce que se doit être la Miss Fondatrice moderne. Prétention démesurée, charme de surface, superficialité exacerbée sont les nouveaux mots de cette compétition devenue une farce financée par les gallions des contribuables.

Mais je suis réputée pour garder mon professionnalisme et les nerfs solides en toutes circonstances. C'est donc avec l'esprit ouvert que je m'engage dans cette jungle inconnue – celle du monde des filles de notre époque, en espérant y garder ma santé mentale.

Mes interviews confirment mes pires craintes. La sélection de cette année est difficile à supporter. Une certaine Delphina, princesse pourrie gâtée ne connaissant pas la signification du mot 'Non' me sort un charabia (visiblement répété) sur son combat perpétuel pour les droits des créatures magiques. Une fois l'attention des caméras détournée, elle revêt son manteau en fourrure de boursouflet, oubliant ses bonnes résolutions.

Pas le temps de m'insurger. Une autre candidate prénommée Patricia, se décrit comme une fille que tout le monde adore détester. Elle me parle avec enthousiasme de ses initiatives prévues pour l'école (zumba quotidienne, manucures obligatoires et thé amincissant pour tous) avec autant de sérieux que la faim dans le monde. Décidément, la jeunesse dorée tête à claques a bon dos. Je peine à rester éveillée lorsque Hermandina, une pseudo-savante, me récite presque par cœur le contenu de son grimoire de Sortilèges.

La pause m'offre peu de répit. Pendant que la directrice adjointe vante les nouvelles responsabilités qui seront octroyées à la nouvelle Miss Fondatrice, l'une des candidates, Melinda, sniffe une poudre douteuse dans les toilettes. Dans la cabine d'à côté, une autre se fait vomir après avoir ingurgité trois sandwichs avant sa séance photo individuelle. Je reconnais Lavinia, dont la campagne est supposée lutter contre les diktats irréalistes de la beauté dans notre société.

Comme si ce n'était pas suffisant, elles se chamaillent pendant l'après-midi pour des sujets ridicules. Le sujet à controverse principal ? Probablement les garçons, comme nous révèle Mindy, l'une des favorites de l'élection. Elle me confie d'ailleurs que c'est la seule raison pour laquelle elle se présente au concours, avant de me demander en gloussant si je peux ôter cette remarque de son interview.

Dans un style totalement différent, Giovanna, une féministe du dimanche, soutient vouloir mettre fin à une tradition superficielle instaurée il y a probablement ''trois mille ans par une bande de vieux grands-pères caucasiens, privilégiés, cisgenres et hétérosexuels '' avant de s'insurger lorsque je lui rappelle qu'elle est n'est pas forcée de concourir. Je la retrouve quelques instants plus tard au stand des rafraîchissements, occupée à se disputer impétueusement avec Delphina au sujet d'un étudiant prénommé Drake, un garçon privilégié, caucasien, cisgenre et hétérosexuel, selon mes sources.

J'arrive à ma limite lorsqu'une dénommée Lola insiste pour m'offrir une couronne fabriquée par ses soins à partir de ''matériaux organiques, riches en azote et en phosphore et bons pour l'environnement''. Lorsque je lui demande pourquoi le bijou personnalisé dégage cette odeur nauséabonde, elle me répond calmement qu'il s'agit de fiente d'hippogriffe et qu'elle est très utile pour créer du compost. Sa réponse met une dénommée Trina dans un état d'angoisse extrême et il faut faire appel à l'infirmière pour l'empêcher d'hyperventiler. Je décide de remballer plus tôt que prévu.

Le bilan n'est pas fameux et je peux déclarer avec assurance qu'il s'agit de l'une des pires journées de ma carrière. Je préfèrerais même être enfermée dans un placard à balais, forcée d'écouter un disque de Celestina Moldubec. Pour ceux et celles qui ont lu ma critique au sujet de son dernier album – vous savez à quel point cela me coûterait.

Rita Skeeter


« Wow. » commenta Millicent avec indignation alors qu'elle déposait son exemplaire de Sorcière-Hebdo sur la table. « Cette goule de Rita Skeeter nous a dé-glin-guées. »

« Que vont dire mes parents s'ils lisent ça ? » se plaignit Tracey.

« Comment a-t-elle pu trouver autant d'informations ? » demanda Millicent avec une grimace. « Elle savait même ce qui se passait dans les toilettes. »

« C'est évident. Elle a un informateur. » répondit Daphné d'un ton sombre.

L'article choc de Rita Skeeter agita les émotions parmi les étudiants de Poudlard. Millicent dut faire profil bas et réduire sa consommation de drogues. Depuis la parution de l'article, McGonagall menait un combat féroce pour démanteler le réseau de substances illégales qui avait lieu dans l'école. Elle mandata Rusard, le concierge, pour fouiller les élèves à chaque entrée dans le périmètre de l'école.

Millicent réalisa toute l'ampleur du problème lorsque Theodore Nott lui avoua qu'il avait dû jeter son stock dans les toilettes lorsque Rusard fit une descente dans la salle commune de Serpentard. Par chance, il prenait une douche lorsque Rusard avait débarqué dans le dortoir des septièmes années. Théodore avait eu le temps d'écouler sa marchandise dans la cuvette pendant que le concierge tambourinait inlassablement à la porte. Il retira aussi les bannières de son association scolaire Légalisons les Substances Décontractantes.

« Trois cent gallions fichus à la poubelle. » lui dit-il avec hargne.

Les clients habituels de Théodore durent faire preuve de créativité pour remplir leurs besoins. Terrence Higgs révéla à Millicent sa technique originale.

Sybille Trelawney, leur professeur de Divination, utilisait de l'encens à l'effet particulièrement relaxant. Du jour au lendemain, le club de Divination, gagna une dizaine de nouveaux membres. Lavande Brown et Parvati Patil semblèrent voir du mauvais d'œil l'arrivée de cette nouvelle population dans leur club fermé.

« Vous pouvez allumer un peu plus d'encens, professeur ? Je crois que ça libère ma spiritualité. » demanda Terrence sous les ricanements du reste du groupe. « Je commence à voir des formes dans ma tasse de thé. »

« Elle va me voler tous mes clients. » lança Theodore Nott à l'oreille de Millicent.

« Trelawney nous a donné de l'encens – je lui ai dit que nous voulions faire des heures sup de Divination. » apprit Terrence en ricanant, après la fin de la session du club. « On va libérer notre esprit dans la Tour d'Astronomie, ce soir. Tu viens avec nous ? »

Millicent secoua la tête.

« Non, j'ai d'autres projets ce soir. » dit-elle d'un ton distrait.

Elle trouva ses amies dans la salle commune, occupées à pinailler sur l'organisation de l'anniversaire de Tracey. Pour une raison obscure, Daphné avait invité la majorité des élèves les plus vieux de l'école. Elle souhaitait probablement gagner des points supplémentaires sur le classement en s'attirant les faveurs des élèves de l'école.

« Tu as même invité Weaslette ? » commenta Millicent avec incrédulité. « Quelle bonté de cœur. »

« Avec un peu de chance, elle ramènera son frère. » commenta Tracey avec un rire en jetant un regard appuyé à Pansy. « Tu fréquentes l'ennemi. »

« C'est de la stratégie, Cece. Weaslette va enrager si je sors avec son frère. » se justifia Pansy, qui semblait piquée au vif.

« Le fait qu'il soit mignon n'y change absolument rien, hein ? » demanda Millicent.

« Regarde qui donc me parle. » lança Pansy d'un ton vicieux. « Est-ce que je parle de ton petit-ami secret, moi ? »

Millicent écarquilla les yeux.

« De quoi tu parles ? »

« Menteuse. Je te vois sourire bêtement toute la journée. Et tu parles dans ton sommeil. » fit remarquer Pansy avec dédain.

Pansy ferma soudainement les yeux, puis s'avachit sur le sofa de manière théâtrale. Elle fit mine de pousser des gémissements dramatiques, s'agitant dans tous les sens comme si elle convulsait.

Millicent attrapa l'un des coussins du sofa et le jeta sur Pansy. Cette dernière parvint à l'éviter in-extremis. Elle mit un terme à sa prestation, observant Millicent avec un air goguenard.

« Pansy, il y a des enfants ici. » s'exclama Tracey en désignant leurs alentours, offusquée.

Autour d'elles, des élèves leurs jetaient des regards confus, visiblement médusés par l'imitation de Pansy. Celle-ci haussa les épaules, sans gêne.

« Lâche-moi la citrouille, je suis en train de leur offrir un cours gratuit d'éducation sexuelle. » argumenta-t-elle.

« Vous déviez du sujet, les filles. On parle de choses importantes, ici. C'est vraiment le bruit que fait Millie quand elle prend son pied ? » demanda Daphné d'une voix moqueuse.

« Absolument pas. » protesta Millie, indignée.

« Je te rappelle que je suis ta voisine de dortoir depuis six ans et que les murs de la salle de bain sont fins. D'ailleurs, j'espère que tu n'utilises pas le jet de la douche pour tes séances solos. Après tout on ne peut pas être deux à le faire. » ajouta Pansy.

Daphné éclata de rire et Tracey grimaça de dégoût. Millicent, elle, ne put s'empêcher de rougir. Jusqu'ici, elle avait été persuadée que son petit ami secret était exactement cela – un secret. Entendre que Pansy se doutait de quelque chose était problématique. Et si elle avait prononcé son prénom dans un rêve, sans pouvoir l'empêcher ? Comment réagiraient ses amies lorsqu'elles sauraient de qui il s'agissait ? Millicent allait devoir se montrer plus discrète. Elle esquissa alors un sourire innocent à Pansy.

« Non, tu peux garder le jet. Je préfère largement mon oreiller. » clama-t-elle en lui tirant la langue.

/

Pour la dixième fois depuis le début de l'heure, Hermione Granger pesa le pour et le contre de son prochain choix. Son cours suivant serait la Défense Contre les Forces du Mal, ce qui signifiait qu'elle devrait faire face à son professeur.

Professeur sur lequel elle s'était jetée pour un baiser passionné dans le living-room de son meilleur-ami. Complètement ivre. Merlin, relaté ainsi, cela semblait encore pire.

Elle n'oserait plus jamais le regarder dans les yeux. Comment avait-elle pu agir ainsi ?

Elle hésita longuement à feindre une migraine pour aller à l'infirmerie et éviter son prochain cours. Cette technique réglerait seulement son problème de manière temporaire. Elle ne pourrait pas feindre une quelconque maladie à chacun de ses cours jusqu'à la fin de l'année.

Elle opta ensuite pour demander à Harry de lui jeter un sort d'oubliettes afin d'effacer le contenu de cette fameuse soirée de son esprit. Cela impliquait toutefois de lui révéler la vérité et elle ne pouvait pas s'y résoudre. Comment réagirait son ami en apprenant ce qu'elle avait fait ?

A cinq minutes de la sonnerie, elle hésita à quitter l'école définitivement, sans passer ses ASPICs.

Puis, l'angoisse de se retrouver coincée jusqu'à la retraite dans un emploi de premier échelon la força à prendre ses responsabilités et affronter la réalité. Elle suivit Harry à contrecœur jusqu'à la salle de cours de DCFM. Elle tenta de se convaincre qu'elle serait contente de son choix lorsqu'elle deviendrait Ministre de la Magie. Sa nervosité actuelle lui semblerait même dérisoire, dans vingt-ans. Elle en rirait probablement avec son directeur de cabinet. Elle réalisa ensuite que la presse parviendrait sûrement à déterrer cet évènement de son passé lorsqu'elle ferait campagne, et elle ne serait pas élue Ministre à cause d'un scandale intervenu pendant sa scolarité.

Elle n'eut pas l'occasion de réfléchir davantage sur la suite des évènements car ils arrivèrent finalement devant la salle de cours. Lorsqu'ils pénétrèrent dans la pièce – elle le vit immédiatement. Près du tableau, il était dos à sa classe, occupé à rédiger des instructions sur le tableau noir. Elle profita de son inattention pour se diriger vers le fond de la classe.

« Où vas-tu ? » interrogea Harry avec étonnement.

Il était habitué à la voir au premier rang pendant les cours, sans exception.

« Je vais m'asseoir au fond. » dit-elle en s'éloignant rapidement, sans écouter le reste de sa phrase.

Il haussa les épaules, l'air confus, avant de se diriger vers le premier rang. Hermione s'empressa de sortir ses affaires, prenant le soin de ne pas lever la tête. La présence des élèves assis sur les rangs devant elle lui permettait de ne pas avoir un champ visuel direct sur son Sirius.

Elle garda les yeux rivés sur ses notes de cours lorsqu'il commença à parler, résolue à ne pas croiser son regard. Elle craignait de mourir d'embarras.

Malheureusement pour elle, sa voix séduisante ne fit que lui rappeler le baiser fervent qu'ils avaient partagé quelques jours plus tôt. Elle se demanda s'il avait apprécié autant qu'elle. Bien qu'il ait paru surpris les premières secondes, Sirius lui avait rendu son baiser avec autant d'ardeur. Elle pouvait presque encore sentir sa main dans le creux de sa taille, ses lèvres chaudes caressant les siennes, les notes boisées de son after-shave, la manière dont il prononçait Hermione.

Merlin, ressaisis-toi, pensa-t-elle avec panique. Elle était en train de fantasmer sur son professeur pendant les heures de cours. La situation était devenue trop problématique. Elle perdait complètement le contrôle de ses émotions lorsqu'il s'agissait de Sirius.

Le cours lui parut étrangement silencieux. Et pour cause, elle était toujours celle qui répondait aux questions, habituellement.

« Qu'en pensez-vous Miss Granger ? J'imagine que vous avez la réponse à ma question ? »

Hermione se tendit immédiatement. Elle fit mine de ne pas l'avoir entendu. Elle baissa la tête, tentant de dissimuler son visage derrière ses longues boucles volumineuses.

« Miss Granger ? Au fond de la classe ? » insista-t-il.

« Je ne sais pas. » mentit-elle, rougissant face à tous les regards, désormais rivés dans sa direction.

Heureusement pour elle, il n'insista pas davantage et continua son cours. Lorsque la sonnerie retentit, elle réprima un soupir de soulagement et s'empressa de ranger ses affaires pêle-mêle dans son sac, impatiente de quitter la pièce.

« Miss Granger, une seconde ? » entendit-elle alors qu'elle s'apprêtait à passer la porte.

Elle s'arrêta net, s'empêchant de jurer. Pendant une fraction de secondes, elle contempla l'idée de feindre à nouveau l'ignorance. Une partie d'elle espérait secrètement éviter toute interaction individuelle avec lui jusqu'à la fin de l'année. Elle était consciente que cette idée était utopique. Elle se retourna lentement, et lorsque les derniers élèves quittèrent la pièce, elle se dirigea vers le bureau, les yeux rivés sur ses chaussures.

« Vous ne comptez pas m'ignorer jusqu'à la fin de l'année, Hermione ? » demanda-t-il.

Hermione haussa les épaules, la gêne apparaissant sur son visage. Le ton présent dans la voix de Sirius lui parût blessé. Elle se sentit envahie par une culpabilité étrange.

« Je… Je suis vraiment désolée… Je ne sais pas ce qui m'est passée par la tête. Je n'ai pas l'habitude de boire de l'alcool. » admit-elle avec embarras.

« Regardez-moi, Hermione. » ordonna-t-il.

Son ton était agréable mais ferme et elle se sentit obligée de relever les yeux. Elle croisa son regard et immédiatement, elle se sentit rassurée. Il ne paraissait ni déçu ni accusateur.

« Vous n'avez pas besoin de vous excuser. Nous étions, deux après tout. » admit-il d'un ton grave. « Nous n'avons pas besoin d'en parler davantage, entendu ? Je peux agir comme s'il ne s'était rien passé si cela permet de faciliter les choses, pour vous. »

Elle haussa les épaules, peu convaincue. Elle ne pourrait pas agir comme s'il ne s'était rien passé.

« Vous êtes ma meilleure élève, je ne veux pas qu'il y ait de problèmes entre nous. » acheva-t-il.

Le compliment procura un sentiment de satisfaction et de plaisir chez la jeune fille.

« Nous avons toujours rendez-vous demain pour l'organisation du club de DCFM, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.

Comment avait-elle pu oublier ces séances ? Elle hésita avant de répondre. Il allait lui falloir du temps pour pouvoir agir comme si tout était normal entre eux. Toutefois, l'opportunité de travailler avec lui directement était trop importante pour qu'elle passe à côté. En toute honnêteté, elle appréciait grandement ces sessions.

« Oui, j'y serai. » indiqua-t-elle finalement, d'une voix plus assurée.

Il lui adressa un sourire chaleureux et encore une fois, elle se demanda comment elle pourrait lui refuser quoi que ce soit. Elle lui rendit son sourire avant de quitter la pièce.

Elle retrouva Harry dans la Grande Salle pour le déjeuner. Il discutait avec animation avec Ron et Ginny. En s'asseyant aux côtés de son meilleur ami, elle lui adressa un sourire peu naturel.

Depuis le baiser échangé avec Sirius, elle éprouvait une culpabilité gigantesque envers lui.

« Je n'arrive pas à croire qu'elles nous aient invités. » disait Harry, médusé.

« De quoi parlez-vous ? » interrogea Hermione avec curiosité, ravie de penser à autre chose.

« Les Quatre organisent une fête pour l'anniversaire de Tracey Davis. Elles ont invité tous les élèves de septième année. » lui apprit Harry.

« C'est louche. » commenta Ginny. « Elles ont probablement une idée derrière la tête. »

« Peu importe si c'est vrai ou non, vous ne m'y croiserez pas. » assura Hermione.

La dernière fois qu'elle avait assisté à l'une de leurs fameuses soirées, la situation avait tourné au désastre.

« J'imagine que toi non plus. » dit-elle à l'attention de Ginny.

Cette dernière avait récolté les foudres de Greengrass et de son clan en défendant Hermione et Luna.

« Tu plaisantes ? » lança Ginny avec un sourire désabusé. « Évidemment, que je vais y aller. J'ai bien l'intention de les saboter. »

Hermione se demandait parfois si Ginny n'avait pas un instinct sadomasochiste. Elle détestait les Quatre mais elle semblait éprouver un plaisir inexplicable à les confronter. Ron leva les yeux au ciel, partageant probablement l'avis d'Hermione sur la question.

Le lendemain, ce fut avec appréhension qu'Hermione prit la direction du bureau du professeur Black. L'idée de se retrouver à nouveau seule en sa compagnie la rendait nerveuse. Toutefois, elle n'était pas prête à abandonner cette opportunité. Ce projet spécial aurait un impact positif sur ses ASPICs, ce qui était bien trop important. Elle finirait par surpasser son embarras, surtout s'il était prêt à faire abstraction de l'écart d'Hermione comme il l'avait prétendu la veille.

Elle tapa à la porte, et, à sa grande surprise, celle-ci s'ouvrit presque immédiatement.

« Bonsoir Miss Granger. Je suis content que soyez venue. » lança-t-il avec un sourire avenant.

Elle acquiesça avant de se diriger vers le canapé, et de sortir ses affaires de son sac.

Elle se détendit lorsque leur conversation se tourna sur les nouvelles initiatives pour le club de DFCM. Sirius plaisanta à plusieurs reprises et cela fut suffisant pour qu'elle se sente plus à l'aise. Apparemment, McGonagall ne mettait pas uniquement une pression considérable sur les élèves depuis l'article scandaleux de Rita Skeeter au sujet de l'élection. Les Professeurs, eux aussi, étaient sujets à ses nouvelles inspections.

« Elle m'a demandé de lui partager des méthodes d'interrogations utilisés par les Aurors pour obtenir des informations parmi les élèves. » indiqua-t-il d'un ton amusé.

Hermione approuvait les méthodes de McGonagall. Certains élèves avaient des comportements inappropriés et il était normal de remettre un peu d'ordre.

« Bientôt, ce seront les professeurs qui seront accusés de fournir des stupéfiants aux élèves. » ajouta-t-il avec un rire. « Enfin, ce ne serait pas la première fois que j'enfreindrais la relation professeur-étudiant. »

Hermione se figea en entendant ces mots.

« Je…Je croyais que nous n'allions plus parler de ça. » bredouilla-t-elle, sentant son visage s'enflammer.

« Je sais, et je suis désolé d'aborder le sujet. » admit-il en secouant la tête.

Il plongea son regard dans le sien, l'observant avec cette lueur intense qui faisait totalement perdre à Hermione ses moyens.

« La vérité, c'est que je ne peux pas m'empêcher d'y penser. » déclara-t-il, sans la quitter du regard. « Et peut-être que je devrais le regretter car je suis votre professeur mais ce n'est pas le cas. »

Hermione resta pétrifiée sur place, ne sachant pas comment agir face à la situation.

« Je suis certain que vous l'avez ressentie… Cette…connexion entre nous. C'est pour ça que vous m'avez embrassé, ce soir-là. » dit-il.

Perdue dans son regard intense, Hermione sentit à nouveau ses battements de cœur s'accélérer. Elle réalisa qu'il s'était rapproché d'elle en prononçant ces paroles. Les secondes suivantes furent semblables à un rêve éveillé. Il pressa ses lèvres contre les siennes et elle sentit toutes ses dernières barrières s'envoler.

Elle ne protesta pas lorsqu'il approfondit le baiser, sa main enfouie dans ses cheveux. Rien ne semblait exister autour d'eux à part les lèvres chaudes et sensuelles de Sirius. Lorsqu'il brisa leur étreinte, les laissant haletants, et qu'elle croisa de nouveau son regard, elle sut qu'elle était perdue.

L'embarras, l'appréhension, la peur du jugement - tous ces sentiments avaient disparu – faisant place à son désir timide. Il l'entraîna dans un nouveau baiser passionné et cette fois, elle n'hésita pas une seule seconde.

/

Daphné Greengrass savait que les apparences étaient tout dans ce monde. Personne ne se souciait réellement du fort intérieur des gens. Ce qui importait, c'était l'image qu'on projetait devant ses pairs et la réputation que cette image engendrait. Après la parution de ce torchon rédigé par Rita Skeeter, l'image de Daphné avait pris un sérieux coup de massue. Il était indispensable qu'elle y remédie. Après tout, elle avait toujours été la favorite de l'élection Miss Fondatrice. Elle ne comptait pas laisser cette impostrice de Skeeter gâcher ses chances après tout le travail fourni.

Elle s'était donc assurée d'inclure tous les élèves les plus âgés de l'école dans les invitations pour la fête organisée à l'honneur de Tracy. Elle avait également mandaté l'organisatrice d'évènements personnelle de son père afin de l'aider à préparer les festivités. Elle allait s'assurer que cette fête serait l'événement de l'année. Après cela, tous les étudiants de Poudlard lui mangeraient de nouveau dans la main.

Pour sa nouvelle campagne de communication, Daphné engagea Colin Creevey, le rédacteur en chef du journal de Poudlard, afin d'accorder une nouvelle interview exclusive. Elle offrit cent gallions à la trésorerie du journal pour s'assurer qu'on ne parlerait d'aucune autre candidate avant la fin de l'élection.

« Montre-moi les photos. » ordonna-t-elle à l'attention de Colin après une heure passée dans l'enclos d'Hagrid, leur professeur de Soins aux Créatures Magiques.

Hagrid avait paru particulièrement heureux qu'on s'intéresse à ses créatures magiques au point de leur consacrer un article dans le journal de l'école. Il s'était même lancé dans une tirade interminable sur les acromentules. Daphné s'était forcée à l'écouter pour qu'il accepte de l'aider à contrôler les créatures de l'enclos pendant la séance photos.

Lorsque Colin lui tendit les premiers clichés, elle les observa avec attention.

« Elles seront plus nettes lorsque j'aurais appliqué un sort de développement. » déclara—t-il d'une voix surexcitée.

Elle observa les images d'un œil critique, à la recherche du moindre défaut. Elle fit une sélection des meilleures photos.

« Je veux qu'on garde celle-ci. » ordonna-t-elle. « J'aime bien celle-ci aussi mais il y a des plis sur ma robe, et l'angle est bizarre, on dirait que j'ai un double menton. »

« Je peux la retoucher, on n'y verra que du feu ! » répondit Colin avec enthousiasme.

Elle leva un sourcil blasé.

« Pas que tu aies besoin de retouches bien sûr… » ajouta-t-il avec un petit rire nerveux, réalisant qu'il s'aventurait sur un terrain glissant.

« Fais-ce que tu as à faire. » répondit Daphné. « Je veux voir le résultat avant la publication de la prochaine édition. »

Elle sortit une bourse de gallions de sa poche et lui tendit. Le pot de vin n'était pas donné mais il s'agissait d'un investissement nécessaire. Et même si elle avait pioché dans le fonds fiduciaire mis à disposition pour elle par son père, elle savait qu'il saluerait son sens des affaires.

Daphné jeta un coup d'œil rapide à sa montre et se dirigea vers le parc. Le stade de Quidditch était vide, ce qui signifiait que l'entraînement des Serpentard était terminé. Elle rejoignit la première rangée de gradins et s'y installa pour attendre l'arrivée de Blaise.


Destinatrices : ''Les quatre doigts de la main''


Millicent écrit :

McGonagall vient encore de me coller une retenue – quelle vieille harpie.

Pansy écrit :

''Les quatre doigts de la main'' Millie ? Vraiment ? Comment as-tu fait pour arriver en septième année ?

Millicent écrit :

Bonne question !

Tracey écrit :

Son père a offert un ''don'' à l'école pour élargir la bibliothèque.

Millicent écrit :

Mauvaises langues – vous êtes jalouses parce que l'une des ailes de l'école va porter mon nom de famille.

Daphné écrit :

Il faut un niveau minimum pour faire partie de notre bande, Millie. Notre quatuor peut devenir un Trio rapidement, tu sais.

Pansy écrit :

Wow – vous réalisez la quantité de nouveaux surnoms qui s'offriraient à nous si c'était le cas ? Le Trio Argenté, Triple Alliance, Le Triplet d'Enfer, La Triade Iconique. Mes quatre doigts en tremblent encore.

Millicent écrit :

Ha ha ha. Tu es tellement peste, Pansy.

Tracey écrit :

On fait un vote ?


Daphné esquissa un sourire amusé tandis qu'elle refermait son journal, amusée par les frasques de ses amies. Elle vit que les joueurs commençaient à sortir des vestiaires du stade, afin de prendre la direction du château. Lorsqu'elle aperçut Blaise, au loin, elle leva le bras et lui fit un signe. Il se sépara du reste de l'équipe et s'avança dans sa direction. Arrivé à sa hauteur, il s'installa à ses côtés sur les gradins. Il posa un bras autour des épaules de Daphné, l'attirant à lui dans une demie étreinte, puis posa un baiser rapide sur ses lèvres.

« Alors, cette séance ? » demanda-t-il.

« Épouvantable – j'ai dû écouter cet abruti d'Hagrid pendant une heure. Mais je suis satisfaite du résultat. » ajouta-t-elle. « Comment était l'entraînement ? »

« Fatiguant. Mais je crois qu'on a une chance cette année de prendre le titre. » assura-t-il.

Les cinq dernières années, la Coupe de Quidditch avait été remportée par l'équipe de Poufsouffle.

« Tu ne m'as toujours pas dit ce que ton père a pensé de moi. » lança Blaise avec amusement.

« Il a dit énormément de bonnes choses sur toi. » répondit Daphné, qui avait toujours du mal à y croire.

Son père était tellement difficile qu'elle avait appris à s'attendre à des réactions négatives de sa part. L'entendre parler positivement de Blaise était pour le moins inattendu. Pourtant, elle avait eu du mal à savourer cette victoire avec l'annonce de l'arrivée imminente de sa demi-sœur.

« Quand est-ce que ta demi-sœur arrive ? » interrogea Blaise, semblant lire dans ses pensées.

« Dimanche prochain. » répondit Daphné, ses yeux lançant des éclairs. « Je n'arrive pas à croire que Papa ne m'en ait pas parlé avant. Je n'ai même pas eu mon mot à dire. »

« Pourquoi tu la détestes tant ? » demanda Blaise avec curiosité.

« Je ne te l'ai jamais dit, mais ma mère est partie après ma naissance. Quelques mois plus tard, Papa a épousé son assistante et ils ont eu ma demi-sœur. » avoua Daphné.

Elle n'aimait pas parler de cet aspect intime de sa vie, mais elle se sentait assez en confiance avec Blaise pour lui avouer la vérité. Pendant des années, elle s'était posée des questions existentielles. Pourquoi sa mère était-elle partie sans donner d'explications ? Comment avait-elle pu abandonner sa propre fille ?

Sa rancœur s'était accrue davantage en voyant sa demi-sœur grandir, entourée de ses deux parents, traitée comme la prunelle de leurs yeux. Astoria attirait toute l'attention de son père malgré les efforts de Daphné pour gagner son appréciation.

Son père était toujours resté vague sur le départ de sa mère, ce qui l'avait forcée à spéculer pendant des années. Pourtant, malgré ses tentatives de trouver une raison valable à son départ, les faits étaient bien là : sa mère l'avait abandonnée et n'avait jamais cherché à reprendre contact avec Daphné pendant toutes ses années. Pas une seule visite, pas une seule carte, pas un seul signe.

Juste un néant.

Elle sentit Blaise l'attirer contre sa poitrine et il posa un baiser sur le haut de sa tête. Elle se laissa contre lui, trouvant du réconfort dans ses bras. Elle était heureuse qu'il soit dans sa vie.

Peu importait le passé, aujourd'hui, Daphné avait une vie parfaite. Du moins, c'est ce qu'elle se plaisait à croire.

Fin du Chapitre


Notes de l'Auteure :

1. La formule C.O.C.U (en dépit du mauvais jeu de mot) est un clin d'œil à mon émission favorite RuPaul's Drag Race et son concept de C.U.N.T (Charisma, uniqueness, nerve & talent)

2. Rita Skeeter n'a pas mis les noms des candidates pour éviter de se faire trainer en justice pour diffamation – mais je prends le risque.

Delphina – Daphné GreengrassPatricia – Pansy Parkinson

Hermandina – Hermione Granger

Melinda – Millicent Bulstrode

Lavinia – Lavande Brown

Mindy – Mandy Brocklehurst

Giovanna – Ginny Weasley

Drake – Draco Malfoy

Lola – Luna Lovegood

Trina – Tracey Davis