Merci encore à Fleur d'Ange, MinnieMey et DI5M pour vos reviews !
Je vous poste ce treizième chapitre en ce vendredi 13. J'espère qu'il vous plaira !
XIII. Wasted Youth
« Oh, et j'ai failli oublier, Millicent met des extensions depuis qu'une teinture lui a abimé les cheveux, il y a deux ans. » prétendit Pansy Parkinson d'un ton guilleret.
Elle était assise sur l'une des tables d'une salle de classe vide et balançait ses jambes joyeusement dans l'air. Elle paraissait en pleine réflexion, comme si elle assistait à une interrogation orale de Métamorphose, particulièrement compliquée.
« D'ailleurs, j'ai toujours douté qu'elle soit naturellement blonde. Mais ça ne doit pas être difficile à prouver. Il suffit de demander à l'un des types qu'elle s'est tapée. Elle a bien dû coucher avec la moitié de notre promotion. » renchérit Pansy sur le ton de la confidence.
Ginny leva un sourcil, ahurie. Elle posa sa plume sur son parchemin, observant Pansy avec consternation.
« Ça ne te dérange pas de raconter tous les petits secrets de tes copines ? » interrogea-t-elle.
Lorsqu'elle avait fait ce chantage à Pansy, elle ne s'était pas attendue à ce que cette dernière lui expose tous les détails de la vie privée de ses soi-disantes meilleures copines. Mais Pansy Parkinson adorait fanfaronner et il semblait parfois impossible de la faire taire.
« Tu es culottée, Weaslette. Je te rappelle que je fais exactement ce que tu m'as demandé de faire. » persifla Pansy en croisant les bras.
Elle jeta un regard bref à son reflet dans l'une des armures accrochées aux murs et ajusta ses cheveux.
« Et pour répondre à ta question, non ça ne me gêne pas. Après tout, je n'ai pas le choix. Et si elles étaient dans la même situation que moi, elles feraient la même chose. Enfin, je crois. » ajouta Pansy, haussant les épaules.
Ginny acquiesça. Parkinson n'avait pas tort sur ce point.
« Tu as tout ce qu'il te faut ? Il faut que j'aille me préparer pour la soirée de Cece. » lança Pansy avec excitation.
Ginny hocha la tête, plissant le parchemin sur lequel elle avait soigneusement noté les détails recueillis au sujet des Quatre. Pansy sauta de la table et attrapa son sac en bandoulière.
« T'attaquer à Daphné est une très mauvaise idée, Weaslette. Tu vas probablement le regretter. » la prévint Pansy d'une voix grave, qui ne lui ressemblait guère.
« Ah oui ? » demanda Ginny d'un ton détaché.
« Il faut que tu comprennes deux choses importantes sur Daphné. Premièrement, c'est une femme blessée. Deuxièmement, elle a des ressources illimitées. On ne fait pas plus létal comme combinaison. » assura Pansy.
« Je prends le risque. » répondit Ginny, une lueur de défi dans les yeux.
« Il faudra assumer les conséquences, dans ce cas. Je t'aurais prévenue. » lança Pansy en haussant les épaules.
Alors qu'elle se dirigeait vers la porte pour quitter la pièce, elle s'arrêta, comme si elle avait oublié quelque chose.
« Je vais à la fête de Tracey avec ton frère, au fait. » annonça-t-elle avec satisfaction.
Ginny fronça les sourcils.
« Tu n'étais pas au courant ? » continua Pansy avec un petit sourire goguenard. « J'imagine que je vais devoir être sympa avec toi. Après tout, on sera bientôt belles-sœurs. »
Ginny ouvrit la bouche, puis la referma, médusée. Elle fut incapable de trouver une répartie appropriée et Pansy sembla s'en réjouir. Le pire dans la situation était qu'elle ne savait pas si Parkinson plaisantait ou non. Parkinson lui souffla un baiser avant de quitter la pièce.
Ginny prit à son tour la direction de sa propre salle commune. Arrivée dans son dortoir, elle farfouilla dans ses affaires à la recherche d'une tenue appropriée pour la fête de Tracey Davis.
Hermione et Harry lui avaient lancé des regards éberlués lorsqu'elle avait révélé son intention de prendre part aux festivités en l'honneur de Davis. Ron, lui, avait levé les yeux au ciel, habitué aux élucubrations de sa sœur jumelle.
Lorsqu'elle avait une idée en tête, Ron ne cherchait plus à l'en dissuader – il savait d'avance que c'était peine perdue. Ginny savait que son obsession à l'encontre des Quatre n'était pas saine, surtout compte tenu des évènements récents. Pourtant, elle n'était pas prête à s'avouer vaincue.
Elle avait donc décidé de changer de stratégie. Si Ginny voulait les atteindre, elle devait les prendre à leur propre jeu. Il était nécessaire qu'elle agisse exactement comme elles afin de mieux les battre. C'était pour cette raison que son chantage avec Parkinson avait fonctionné à merveille. Elle ne devait pas leur montrer la moindre empathie ni éprouver de scrupules. Elle devait frapper là où ça faisait mal, et peu importait les méthodes.
Ginny s'était montrée trop vocale au sujet des Quatre, prétendant à qui voulait l'entendre qu'elle pouvait leur tenir tête. Cet affront public avait mis Daphné sur la défensive. Elle était passée à l'attaque pour affaiblir Ginny, afin de maintenir son emprise sur l'école.
Cette fois, Ginny agirait de manière subtile et fourbe. Ce vieux chapeau dégoûtant n'a pas menti, pensa-t-elle, désabusée. Elle aurait probablement sa place à Serpentard.
Elle extirpa une robe noire cloutée de sa malle. La tenue lui avait été offerte par sa belle-sœur Fleur, obsédée par le shopping. Elle se désolait régulièrement du manque de coquetterie de Ginny.
La robe était plus courte qu'elle ne l'aurait préférée mais elle en fit abstraction. Elle enfila une paire de collants opaques, sa paire de bottes militaires puis sa veste en cuir favorite et quitta le dortoir. Elle retrouva Draco Malfoy au bas des escaliers du Hall principal de l'école. Il portait une chemise d'un gris sombre et elle se surprit à penser qu'elle lui allait particulièrement bien.
« Ginevra. » héla-t-il lorsqu'elle arriva à sa hauteur. « Tu es en retard. »
« Je devais finir un devoir. » mentit-elle.
Elle n'allait pas lui avouer qu'elle avait passé plus de temps qu'à l'accoutumée à choisir sa tenue. Elle ne voulait pas lui laisser croire qu'elle avait soigné son apparence pour lui. Sa tête ne dégonflerait pas.
Après la fin ratée de leur premier rencard, Draco lui avait proposé une autre sortie. Comme Ginny avait prévu d'aller à la fête des Quatre, ils avaient décidé de s'y rendre ensemble.
« Tu es certaine de vouloir entrer dans la gueule du dragon ? » interrogea Draco avec amusement.
« A partir de maintenant, c'est moi le dragon. » annonça Ginny, d'humeur aventureuse.
Draco lui jeta un regard curieux.
« Tu avais raison de me conseiller de commencer par Parkinson. Cette fille est un moulin à paroles. Elle m'a raconté la vie de toutes ses copines. » expliqua Ginny, euphorique. « Et maintenant que j'ai toutes ces informations, je sais où je dois viser. »
« J'adore les femmes d'action. » admit-il, déridé.
Ginny était heureuse d'avoir laissé ses longs cheveux cascader sur ses épaules. Ses oreilles avaient probablement pris une teinte écarlate.
« Tu ne lâches jamais l'affaire, Malfoy. » dit Ginny.
« Tu as accepté ce second rendez-vous sans rien en échange, cette fois. Je trouve ça plutôt encourageant. » affirma Draco, avec son sourire satisfait. « Je t'aurais à l'usure. »
Ginny ne répondit pas. Alors qu'il l'avait prodigieusement agacée lors de leur première rencontre (et c'était parfois toujours le cas) elle s'était surprise à apprécier sa présence. Draco était très direct sur ses vues sur elle, ce qui était rafraîchissant, parfois. Sa façon singulière de flirter avec elle la rendait confuse et curieuse à la fois. Il n'hésitait pas à la vanner sans vergogne et leurs discussions étaient toujours stimulantes.
En intégrant Poudlard, Ginny s'était jurée de laisser les garçons de côté. Mais elle sentait que ses résolutions commençaient progressivement à se réduire lorsqu'il s'agissait de Draco.
« J'ai beaucoup aimé notre premier rendez-vous. Surtout Le Parcours de la Mort. Tu étais silencieux pendant la moitié du temps, c'était génial. » ajouta—t-elle d'une voix taquine.
Draco lui adressa un regard blasé.
Alors qu'ils passaient les portes principales menant à la sortie du château, ils croisèrent Ron qui jeta un regard entendu à Ginny. Cette dernière lui tira la langue en guise de réponse.
« J'avais oublié que tu avais cinq autres frères. » lança Draco, mal à l'aise.
« Et alors ? » interrogea-t-elle, ne comprenant pas où il voulait en venir.
« J'imagine que l'un d'eux n'hésitera pas à me refaire le portrait si je ne me comporte pas convenablement avec toi. » devina-t-il, soudainement soucieux.
Ginny ouvrit de grands yeux effarés. Puis, elle s'arrêta en plein milieu du chemin et elle éclata d'un grand rire sonore. Non loin d'eux, un groupe d'élèves lui jeta des regards pantois. Ginny se pencha en avant, secouée d'un fou rire, incapable de se contenir. Draco l'observa, l'air médusé.
« Qu'est-ce qui te fait tant rire ? » demanda-t-il avec confusion.
Finalement, Ginny parvint à retrouver sa contenance et elle essuya les larmes apparues au coin de ses yeux.
« Le fait que tu penses que j'ai besoin de mes frères pour te refaire le portrait. » répondit-elle d'un ton dédaigneux.
Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de Draco.
« Tu es une fille à part, Ginevra. » dit-il avec amusement.
Ils atteignirent finalement Pré-au-Lard. La place principale du village semblait encore plus animée qu'à son habitude. On entendait de la musique et des voix bruyantes provenir des nombreux pubs et restaurants du village. Une enseigne en particulier, semblait attirer la majorité des visiteurs. C'était la première fois que Ginny se rendait à Pré-au-Lard en soirée.
Elle extirpa de sa poche l'enveloppe contenant l'invitation et parcourut rapidement des yeux les mots inscrits sur la carte.
« C'est ici ? » demanda-t-elle à voix haute.
« Oui. C'est le District. » répondit Draco d'une voix traînante.
« C'est étrange, je n'ai jamais vu cet endroit depuis que je suis arrivée. » commenta-t-elle en fronçant les sourcils.
Elle aurait juré être passée à plusieurs reprises dans les environs. Elle n'avait cependant jamais remarqué l'enseigne clinquante.
« Pendant la journée c'est un magasin d'antiquités. Le District n'apparaît que le soir. » expliqua Draco en s'approchant d'une longue file de personnes qui patientaient pour entrer dans l'établissement.
Ginny entendit une jeune femme expliquer avec animation qu'il y avait deux files. La première était réservée aux visiteurs normaux de l'établissement. La seconde file était réservée aux invités d'une fête privée.
« Elle a l'air démente. J'adorerai être invitée, j'ai entendu dire que ça allait être la folie. » dit-elle d'un ton rêveur.
Draco et Ginny s'avancèrent vers la seconde file, où un demi-géant à l'aspect intimidant vérifiait les invitations.
Devant elle, Ginny reconnut deux étudiantes de Poudlard. Dès qu'elles dépassèrent le vigile et qu'elles tentèrent d'entrer à l'intérieur de l'établissement, elles furent projetées violemment sur le pavé, en pleine rue. Le videur ricana en les observant.
« Interdit aux mineurs. » dit-il avec un sourire goguenard.
« Vous auriez pu nous prévenir ! » s'exclama l'une des étudiantes.
« Oui, mais ça n'aurait pas été aussi drôle. » l'entendit-elle maugréer d'un ton railleur.
Il trouvait visiblement la scène particulièrement drôle.
« Un sortilège de restriction d'âge. » commenta Draco pendant qu'ils passaient à leur tour l'entrée, mais cette fois sans aucun dégât. « Ils ont dû l'installer récemment. Il y avait toujours des personnes qui parvenaient à entrer ici alors qu'ils n'avaient pas l'âge requis. Moi y compris. »
A leur entrée, le chemin les mena à un long couloir éclairé par une lumière violette et Ginny pouvait entendre des sons étouffés provenant de la porte à l'autre extrémité.
Ils pénétrèrent ensuite dans une large salle d'où provenait une musique assourdissante. Des jets de lumières aveuglants clignotaient dans tous les sens au rythme de la musique. La pièce était gigantesque, probablement la taille de la Grande Salle et Ginny ouvrit de grands yeux ahuris.
Au plafond, des bannières flottaient dans l'air, affichant des photos de Tracey Davis. Elle souriait timidement à l'objectif. A leur entrée, l'une des images de Tracey leur fit un signe de la main puis un clin d'œil. La pièce était déjà bondée et même si Ginny reconnaissait des visages familiers déjà vus à Poudlard, elle eut l'impression d'être entourée par une horde d'inconnus.
« Par les testicules de Merlin. » jura Ginny, sidérée. « Une vraie fille à papa. »
Elle avait l'impression de se retrouver dans une fête de célébrité, ou du moins la vision qu'elle s'en faisait.
« Tous mes anniversaires réunis sont une plaisanterie à côté de ça. » poursuivit-elle en observant un danseur qui crachait des flammes violettes sur le bar, allumant une traînée de shooters, devant les cris excités des invités.
L'anniversaire le plus excitant qu'on avait organisé pour elle et Ron avait impliqué une virée au musée de l'histoire du Quidditch, suivi d'un buffet de fruits de mer. Elle se rappelait encore de ce jour infâme car les jumeaux avaient ensorcelé deux crabes pour attaquer Ron, qui avait une phobie des pinces qui claquaient. Surtout lorsqu'elles étaient attachées à deux crabes morts.
Ginny leva les yeux et aperçut une mezzanine surplombant la pièce. Appuyée contre la rambarde, Daphné Greengrass observait la foule devant elle avec hauteur et satisfaction, comme une souveraine devant son peuple fidèle.
« Tu veux boire quelque chose ? » lui proposa Draco.
Ginny acquiesça distraitement, scannant la pièce des yeux, à la recherche des autres membres du clan de Daphné. Elle vit Pansy Parkinson près du bar, en compagnie de son frère. Elle repéra Millicent entrer dans les toilettes. Tracey, elle, ne semblait nulle part en vue. Ginny fourra la main dans la poche de sa veste et y extirpa une petite fiole. Un liquide brillant s'y trouvait.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Draco avec curiosité.
« Tu n'as pas envie de savoir. » répondit Ginny, évasivement. « Je vais aux toilettes, je te rejoins au bar. »
« Qu'est-ce que tu veux boire ? » lui lança de nouveau Draco tandis qu'elle s'enfonçait dans la foule dense.
Ginny ne répondit pas, trop occupée à se frayer un chemin parmi la foule surexcitée qui se déhanchait sur une musique au tempo rapide. Elle poussa la porte ballante des toilettes, dans lesquelles une demi-douzaine de filles gloussaient bruyamment, affairées devant les miroirs. Elle fit mine de se laver les mains, jetant un regard à l'une des cabines fermées, à travers le reflet. La cabine WC s'ouvrit finalement et Ginny aperçut Millicent Bulstrode. Cette dernière ne sembla même pas remarquer sa présence. Elle paraissait dans un autre monde.
Millicent tenait un verre à demi-rempli dans sa main et elle le posa sur le rebord du lavabo. D'un geste discret, Ginny agita sa baguette dans sa direction et murmura une incantation. Le petit sac en perles de Millicent se déchira et tomba au sol. Millicent laissa échapper un juron et se baissa pour s'empresser de ramasser le contenu. Ginny jeta un coup d'œil rapide aux autres occupantes des toilettes. Lorsqu'elle fut certaine qu'aucune d'elle ne regardait dans sa direction, Ginny s'empressa de vider le contenu de la potion dans le verre de Millicent.
Elle n'attendit pas que Millicent se relève et elle se dirigea vers la sortie d'un pas rapide. Elle retrouva Draco au bar. Ce dernier lui tendit une bièraubeurre.
« Merci. » dit-elle avec un sourire éclatant, d'humeur particulièrement allègre. « On va danser ? »
/
Pansy Parkinson avait déjà bu un verre de trop. Non, plusieurs, pensa-t-elle en gloussant. Ses pas se faisaient à chaque minute un peu plus maladroits. Évidemment, elle avait insisté pour porter sa paire de talons hauts préférées. Accessoirement, la plus inconfortable, avec ses quatorze centimètres de hauteur. Peu importe, décréta Pansy, galvanisée. Aujourd'hui, elle avait enfin l'occasion de s'amuser et bénéficiait d'un instant de répit après les mois éreintants passés à mener une double vie.
Elle n'avait plus besoin de travailler grâce à la bourse de Dumbledore. Pour fêter cela, elle avait pioché dans les économies amassées grâce à ses longues heures de travail au Flamant Rose et elle s'était octroyée une séance shopping l'après-midi même. Elle avait acheté la robe bandage d'un doré brillant qu'elle portait actuellement. Un coup de cœur immédiat, même si le prix affiché sur l'étiquette l'avait rebutée. Pansy avait rapidement chassé ces pensées néfastes de son esprit. Elle méritait de se faire plaisir, après tout. Et Merlin, l'odeur des nouveaux vêtements la faisait littéralement trembler de plaisir.
« Cette fête est du tonnerre. » commenta Pansy avec excitation. « Joyeux anniversaire Cece. »
Elle attrapa une bouteille de vodka pure-glace sur la table et jeta un regard à l'étiquette. Il s'agissait d'une bouteille premium de Pologne. On pouvait compter sur Daphné pour ne choisir que le meilleur. Pansy attrapa deux verres, et versa une portion bien dosée dans chacun d'entre eux. Elle poussa l'un des verres devant Tracey. Cette dernière observa son verre avec méfiance.
« Tu sais que les shots me rendent malade Pansy. » rappela Tracey avec une grimace. En plus, ce verre n'a pas l'air propre. »
« Allez, Cece ! Tu as dix-huit ans maintenant, il est temps de te décoincer. » lança Pansy, d'un air dramatique.
Tracey leva les yeux au ciel.
« Bon, très bien. » répondit Tracey en posant le cocktail qu'elle buvait afin de l'échanger contre le shooter.
« A ma vierge effarouchée préférée. » congratula Pansy, joyeuse. « Qu'elle puisse enfin s'envoyer en l'air ! Ce soir, de préférence. »
Ignorant le regard indigné de Tracey, elle vida son verre d'une traite. Le liquide lui brûla l'intérieur de la poitrine. Tracey fit de même et elle toussa bruyamment. Pansy laissa échapper une exclamation énergisée, s'attirant les regards des personnes qui les entouraient.
Daphné avait fait privatiser une partie entière du District. A sa demande, on avait même réservé une section VIP comprenant un open bar pour un groupe restreint de Serpentard. A l'étage inférieur, la fête battait son plein et le DJ engagé pour l'occasion était excellent.
Pansy repéra Daphné près de la rampe qui discutait avec Blaise. Millicent n'était nulle part en vue, comme d'habitude. Elle se releva.
« Je vais voir mon rencard, on se revoit plus tard. » annonça-t-elle avec enthousiasme à l'attention de Tracey.
Cette dernière hocha la tête et reprit sa conversation avec les jumelles Carrow. Pansy descendit les escaliers et rejoignit la salle principale. Elle n'eut pas de difficultés à repérer Ron, non loin du bar. Il dépassait la plupart des invités d'une tête. Arrivée à sa hauteur, elle posa une main sur son bras pour attirer son attention.
« Hey, taches de rousseur. J'espère que tu m'attendais avec impatience. » dit-elle avec un sourire en coin.
« Tu… Tu es très jolie. » la complimenta-t-il, visiblement appréciateur.
Il sembla embarrassé et elle ne put s'empêcher de le trouver adorable. Elle ne regrettait pas d'avoir passé autant de gallions dans cette robe lorsqu'elle voyait la manière dont il l'observait.
« Je sais. » répondit Pansy avec satisfaction. « Tu m'offres un verre ? Un Triton Citronné. Double dose. »
« Un s'il-te-plaît ne serait pas de refus. » ironisa Ron, avec un sourire au coin des lèvres.
« S'il-te-plaît ? » minauda Pansy en battant des cils de manière exagérée.
Cela sembla l'amuser et il attira l'attention du barman pour commander sa boisson.
Pansy tourna la tête et aperçut Lavande Brown et Parvati Patil qui chuchotaient à voix basse en jetant des regards appuyés dans leur direction.
« Qu'est-ce que tu regardes, Brown ? » demanda Pansy d'un ton pugnace, élevant la voix pour s'assurer d'être entendue.
Brown parut gênée et détourna la tête, faisant mine d'ignorer la question de Pansy.
« Je peux te poser une question ? » demanda Ron, en fronçant les sourcils, devenant sérieux.
« Évidemment, chaton. » l'encouragea Pansy.
Les oreilles de Ron prirent une teinte écarlate à l'entente du surnom.
« Pourquoi tu es aussi désagréable avec tout le monde ? » demanda Ron.
« Moi ? Désagréable ? » répéta Pansy, posant une main sur sa poitrine, faisant mine d'être choquée.
« Arrête de faire l'innocente. Et je sais que tu n'es pas vraiment comme ça, en tout cas pas avec moi. J'ai l'impression que tu t'efforces d'être méchante avec ces filles. Pourquoi ? » insista-t-il.
« Tu es tellement innocent, chaton, c'est adorable. » répondit Pansy en soupirant.
Elle sirota tranquillement une gorgée de son Triton Citronné. Elle retira ensuite la paille en forme de trident et la posa sur le bar.
« Serpentard est comme une jungle. Et dans la jungle, c'est la loi du plus fort qui importe. Seules les apparences comptent. Tu dois te faire des alliés pour t'en sortir, chez nous. » expliqua-t-elle.
« Ça parait horrible. » commenta Ron.
« On s'habitue. Si tu es trop gentille, tu meurs. Et je préfère attaquer les gens en premier plutôt que d'attendre qu'ils le fassent. Personne n'ose s'en prendre à moi et je vis tranquillement. » acheva-t-elle avec satisfaction, prenant une nouvelle gorgée de sa boisson.
« Je suis content d'avoir choisi Gryffondor. » déclara Ron d'un air distrait, son regard rivé sur quelque chose sur la piste.
Elle suivit son regard et vit Draco Malfoy et Ginny Weasley danser sur la piste. Ils semblaient dangereusement proches. Pansy fronça les sourcils, un peu contrariée. Elle voulait être la seule réceptrice de son attention. Après tout, elle n'avait pas acheté une robe aussi courte pour être ignorée.
Elle commençait à sentir les premiers effets de l'ivresse, ce qui rendait sa patience encore moins importante qu'à l'accoutumée.
« On va prendre l'air ? » proposa Pansy.
Ron acquiesça et Pansy avala le reste de son cocktail cul-sec, sous le regard médusé du jeune homme.
« Pas certain que ce soit une bonne idée. » fit remarquer Ron, estomaqué.
« J'ai une bonne descente. » répliqua-t-elle, l'air taquin.
Elle attrapa la main de Ron pour l'attirer en direction de l'arrière-cour du District. Seuls deux élèves s'y trouvaient et ils rentrèrent à l'intérieur dès l'arrivée de Pansy, probablement découragés par le froid.
Cela doit être un signe, pensa Pansy avec satisfaction. Un canapé d'extérieur s'y trouvait et Pansy se dirigea vers le sofa, Ron sur ses talons.
« Merci pour ton aide avec Dumbledore et tout le reste. » dit-elle en s'asseyant confortablement.
Elle croisa les jambes et réprima un petit sourire victorieux lorsque les yeux de Ron s'attardèrent sur son geste.
« Pas de quoi. » déclara Ron, reportant son attention sur le visage de Pansy. « Tu as déjà démissionné ? »
Pansy acquiesça.
« Tant mieux, cet endroit était vraiment glauque. » sermonna-t-il d'un ton hargneux.
« Comment tu le sais, tu y es déjà allé ? » interrogea-t-elle, espiègle.
Les yeux de Ron s'écarquillèrent et il commença à balbutier des justifications incompréhensibles.
« Je…Non…Jamais… » bredouilla Ron, embarrassé.
« Je plaisante, détends-toi, chaton. » lança Pansy, hilare.
Ron sembla se détendre. Pansy, frissonnante, enroula ses bras autour d'elle.
« Je suis gelée. » se plaignit-elle. « Tu veux bien me prendre dans tes bras ? »
Encore une fois, il sembla désarçonné par sa demande. Il posa cependant son bras autour des épaules de Pansy et elle se sentit attirée contre son torse. Elle ferma les yeux, soupirant de plaisir.
« Tu sais, tu aurais pu utiliser un sort de chaleur. » fit-il remarquer, après réflexion.
« Je sais, c'était juste un prétexte. » répondit Pansy sur le ton de l'évidence.
Quelques minutes passèrent, pendant lesquelles aucunes paroles ne furent prononcées. Ron caressa lentement son bras, comme pour la réchauffer.
« Tu es vraiment directe. » dit-il finalement, rompant le silence.
« Et c'est une mauvaise chose ? » s'enquit-elle.
« Non, pas du tout. C'est juste…déstabilisant. » admit-il. « Mais… »
« Mais quoi ? »
« Mais j'aime bien. »
Contre son torse, Pansy esquissa un sourire. Elle n'avait pas ressenti cette attirance pour un garçon depuis sa rupture avec Théodore Nott. Il était tellement différent des types qu'elle avait fréquenté par le passé. Ron était simple, attentionné et il cherchait à savoir qui elle était vraiment, derrière le masque et les artifices. Le fait qu'il soit incroyablement mignon était aussi un point positif. Ainsi collée à son torse, elle lui devinait une belle musculature, probablement acquise grâce à sa pratique intensive de Quidditch.
« Tes amies n'ont rien contre le fait que tu me parles ? » demanda Ron, intrigué.
« Je suis une grande fille, je fais ce que je veux. » assura Pansy.
« Je veux dire, après tout ce qu'il s'est passé avec Ginny… » commença-t-il.
« Qu'en pense-t-elle ? » demanda Pansy.
Il grimaça.
« Elle n'est pas contente, c'est certain. Elle m'a fait un scandale lorsqu'elle nous a vus discuter. Mais étrangement, je n'ai plus eu de remarques à ce sujet depuis. » ajouta-t-il, pensif.
Ron ignorait tout du marché que Pansy avait conclu avec sa sœur. Si elle comptait bien garder un secret pour une fois dans son existence, c'était bien celui-là.
« Qu'est-ce qu'elle dira quand elle saura que je suis ta petite-amie ? » interrogea Pansy.
« Depuis quand tu es ma petite-amie ? » s'enquit Ron avec stupéfaction.
Pansy se redressa, et leva le visage dans sa direction, croisant la lueur déstabilisée dans les yeux du jeune homme. Elle s'avança vers lui et posa fermement ses lèvres contre les siennes. Lorsqu'elle s'écarta, il arborait un air choqué et ses joues avaient pris une teinte corail.
« C'est maintenant officiel. » déclara Pansy avec satisfaction. « On rentre à l'intérieur ? »
/
Tracey Davis observa la salle, l'air préoccupé. La fête battait son plein. Elle était supposée s'amuser. Après tout, sa meilleure amie avait organisé l'évènement de l'année pour célébrer son anniversaire. Mais parmi cette foule d'adolescents supposés être présents pour elle, Tracey se sentait plus seule que jamais.
Elle s'était toujours sentie quelque peu déconnectée de ses amies. Elle était différente, cela ne faisait aucun doute. Pourtant, ces dernières semaines, elle avait senti cette distance se creuser davantage.
Après des années à s'être prélassée dans l'ombre de ses amies, en particulier celle de Daphné, elle aspirait à autre chose.
Cette fête, ces lumières, tout ce bruit, c'était tout ce qu'elle détestait cordialement. Elle n'avait jamais apprécié se retrouver sous le feu des projecteurs. Après six ans d'amitié avec Daphné, elle s'était attendue à ce que cette dernière le comprenne.
Mais non, les désirs de Tracey n'avaient jamais d'importance face aux envies de grandeur de sa meilleure amie. Cette soirée était une énième tentative de Daphné d'attirer l'attention sur elle-même. Elle voulait marquer des points supplémentaires vis-à-vis des étudiants pour cette élection stupide.
Même si Tracey adorait sa meilleure-amie, elle ne put s'empêcher de ressentir de la rancœur à son encontre. Elle leva les yeux et observa Daphné tandis qu'elle dansait avec Blaise Zabini, son petit-ami, le sourire aux lèvres, probablement aux anges.
Pourquoi était-elle de si mauvaise humeur, aujourd'hui ? Et pourquoi ressentait cette nouvelle amertume vis-à-vis de ses meilleures amies ?
Elle eut sa réponse tout au long de la soirée. Daphné et Blaise étaient étroitement enlacés sur l'un des sofas, Pansy dansait en compagnie du frère de Weaslette et Millicent flirtait outrageusement avec son troisième garçon de la soirée. Elles avaient toutes le choix. Elles étaient libres de choisir de qui elles pouvaient tomber amoureuses.
Tracey, elle, ne possédait pas cette liberté. Son père insistait pour qu'elle épouse un garçon qu'il aurait choisi. Encore une fois, cela prouvait à quel point Tracey vivait en fonction de ce que son entourage lui dictait.
Elle se releva d'un bond, ne supportant pas de rester inactive à broyer du noir sur ce canapé en cuir, à sa propre fête d'anniversaire. Elle descendit les escaliers, quittant le coin privé réservé par Daphné pour une poignée d'invités. Elle réprima une grimace en arrivant sur la piste principale. Elle détestait les endroits bondés. A son passage, on ne cessa de la toucher ou de l'appeler pour attirer son attention.
« Joyeux anniversaire, Tracey ! »
« Géniale ta soirée ! »
« Allez, Cece, tu viens prendre un verre avec nous ? »
Elle ignora leurs paroles et tenta tant bien que mal de se frayer un chemin dans la foule. Son anxiété était exacerbée avec la proximité de ces corps en sueur. Elle ne pouvait même pas imaginer le nombre de germes présents dans l'endroit.
Elle remarqua une flèche indiquant la direction de l'arrière-cour et elle s'empressa de la suivre. Elle expira profondément une fois dehors, soulagée à l'idée d'avoir pu échapper à tout ce monde.
Elle jeta un sort de nettoyage à l'un des bancs installés à l'extérieur et s'y installa. Elle lança un regard bref à deux garçons, occupés à faire un concours d'acrobaties. Ils étaient manifestement ivres et l'un d'eux tomba sur le grillage. Son ami ricana bruyamment, pointant un doigt moqueur sur lui.
« Tracey ? » demanda une voix fluette, la forçant à détacher ses yeux de la scène pathétique qui s'offrait à elle.
Tracey détourna la tête et vit Luna Lovegood se tenir à ses côtés, arborant son éternel air rêveur.
« Joyeux anniversaire. » souhaita cette dernière d'une voix chantante.
Luna tendit à Tracey un paquet soigneusement emballé avec un papier jaune criard.
Les yeux de Tracey s'écarquillèrent, surprise par l'attention de Luna. Après tout, elles n'étaient pas amies et Tracey s'était même montrée quelque peu désagréable à son encontre depuis qu'elles travaillaient ensemble sur ce travail de Runes.
« Merci. » répondit Tracey, déroutée. « Je ne savais pas que tu allais venir. »
Pour dire la vérité, elle ne savait pas qui allait assister à son propre anniversaire. Les invitations avaient été gérées par Daphné. Elle avait invité tous les élèves de leur année ainsi que des personnes extérieures à Poudlard que Tracey connaissait à peine.
« Merci à toi. » se réjouit Luna avec reconnaissance. « C'est la première fois qu'on m'invite à une fête d'anniversaire. »
Tracey lui jeta un regard empli de pitié. Lovegood avait cette facilité à lancer des affirmations extrêmement déprimantes d'un ton léger. Elle semblait avoir une vision positive sur la vie à toute épreuve, ce que Tracey trouvait admirable.
Elle déchira le papier cadeau, ouvrit le carton et en extirpa ce qui ressemblait vaguement à un balai miniature. A la place des poils à l'extrémité du manche, s'y trouvait des sortes de tentacules qui commencèrent à s'agiter dans tous les sens.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle, intriguée, observant l'objet dans tous les sens.
« Un aimant à poussière. Il fonctionne tout seul et aspire toute la poussière qui se trouve à proximité. » expliqua Luna. « J'ai pensé que ça te plairait. »
« Wow… Je…J'adore. Merci Lovegood ! » répondit Tracey, prise de court.
« Appelle-moi Luna. » suggéra-t-elle en souriant.
Tracey examina longuement l'aimant.
« J'adore la couleur. » s'enthousiasma Tracey.
« J'ai choisi ta couleur préférée. » annonça fièrement Luna.
« Comment tu connais ma couleur préférée ? » demanda Tracey, scotchée.
« J'ai remarqué que toutes tes affaires sont en violet – c'était une déduction. » déclara Luna.
Tracey se tourna vers elle, le regard plein d'émotions, prise au dépourvue. Elle ne savait pas pourquoi le geste de Luna la touchait autant. Luna était la seule personne qui avait fait l'effort de lui offrir un cadeau qui lui plairait et qui lui ressemblait.
Elle ne pouvait pas en dire autant de ses amies. Elle réprima une grimace de dégoût en songeant au nouvel exemplaire du Va Va Vroom, un vibromasseur haut de gamme, qui avait orné sa table de chevet, le matin même. L'objet lui avait été offert par Pansy et Millicent. Tracey s'était empressée de le cacher dans sa malle. Elles avaient gloussé bêtement pendant une heure entière en voyant l'expression affiché par Tracey à la vue de l'appareil.
Elle sentit ses lèvres trembler légèrement sous l'effet de l'émotion.
« Merci Luna, c'est vraiment adorable de ta part. » articula-t-elle finalement.
« Tu n'as pas l'air très heureuse, ce soir. Tout va bien ? » s'enquit Luna, les sourcils froncés.
« Je n'ai pas de quoi me plaindre. » répondit Tracey en désignant d'un geste de la tête la porte, d'où provenait le bruit assourdissant des basses du DJ. « Tout le monde tuerait pour avoir une fête de ce genre. Enfin, j'imagine. »
« Mais ce n'est pas ton cas. » déduisit Luna d'une voix douce. « Ce n'est pas de ton genre. »
« Tu…Tu ne connais pas mon genre. » répliqua Tracey, sur la défensive.
« Je sais que nous ne sommes pas très proches toi et moi, mais j'ai appris à te connaître. Tu n'es pas comme tes amies, c'est évident. Malgré tout, tu t'es montrée agréable avec moi. » poursuivit Luna.
Tracey haussa les épaules puis lâcha un rire nerveux. Sa tête commençait légèrement à tourner. Maudite soient Pansy et ses fichus shooters, pensa-t-elle. Elle était toujours malade lorsqu'elle en buvait. Elle soupira, observant l'aimant que lui avait offert la jeune fille.
« Je vais te dire quelque chose que personne ne sait. » confia-t-elle soudainement. « Le Choixpeau voulait m'envoyer à Poufsouffle. J'ai préféré aller Serpentard car c'est la maison qu'avait choisi Daphné. Je voulais juste être acceptée. »
Admettre la vérité de manière verbale était étrangement libérateur. Pendant toutes ces années, elle avait eu l'impression de jouer un rôle dans l'unique but d'appartenir à un groupe.
Et cela avait fonctionné – elle était dans la bande des filles populaires, à qui tout le monde voulait ressembler et qu'on adorait détester. Pourtant, Tracey ne s'était jamais sentie épanouie. Se faire petite et discrète pour ne pas faire de l'ombre à sa meilleure amie devenait étouffant. Elle ne supportait plus de se mentir. Elle ressentait le besoin vital de sortir de sa coquille, montrer qui elle était vraiment.
« Je ne sais même pas pourquoi je te dis ça. Tu dois me trouver stupide. » lâcha-t-elle finalement avec un rire auto dénigrant.
« Pas du tout. Crois-moi, je sais ce que c'est de ne pas être acceptée par les autres. Ça a toujours été ma réalité. » déclara Luna d'une voix douce.
« Comment tu fais pour vivre avec ? » demanda Tracey, perplexe.
« Je me console en me disant que je préfère vivre heureuse en étant ce que je suis vraiment plutôt que de faire semblant d'être quelqu'un d'autre et passer ma vie malheureuse. Tout le monde ne va pas m'apprécier et c'est normal. L'important, c'est que je sois en paix avec moi-même. Il n'y a que ça qui importe vraiment. » déclara Luna d'un ton ferme.
Tracey écouta ses paroles avec attention, impressionnée par la sagesse qu'elle dégageait. Elle avait toujours pensé que Luna Lovegood était une fille excentrique et bizarre. Maintenant qu'elle faisait l'effort de regarder au-delà des apparences et des on-dit, elle était en admiration face à cette fille.
« Je suis désolée d'avoir été si peste avec toi. Tu ne mérites pas ça. Tu es une fille bien, Luna. » admit-elle. « Merci, ça m'a fait du bien de discuter. »
« Moi aussi. » répondit Luna avec enthousiasme. « Tu viens toujours à la prochaine sortie de Pré-au-Lard avec moi ? »
Tracey lui adressa un sourire franc.
« Absolument. Et peut-être que je vais même participer aux recherches pour notre travail scolaire. » assura Tracey.
« Génial. À plus tard dans ce cas. » déclara Luna avec plaisir avant d'entrer à l'intérieur du bâtiment.
Tracey appliqua un sort de réduction à l'aimant et le rangea soigneusement dans son petit sac à bretelles. Elle inspira profondément. Un poids énorme semblait lui avoir été retiré des épaules. Elle retourna dans la pièce où la fête battait toujours son plein.
« Où étais-tu, Tracey ? » demanda Daphné dès qu'elle l'aperçût. « Je te cherchais partout. »
Elle était visiblement pompette car sa démarche était maladroite. Elle enlaça brièvement Tracey, posant une bise sonore sur sa joue.
« Tu vas bien ? Tu faisais une tête d'enterrement tout à l'heure. Ta fête te plaît, j'espère ? Je sais que tu ne voulais pas un truc aussi grand. » poursuivit Daphné, sans lui laisser l'occasion de répondre. « Je voulais simplement te faire penser à autre chose. »
Tracey hocha la tête, lui assurant que tout allait bien. Sa conversation avec Lovegood l'avait rendue de bien meilleure humeur.
« Parfait. Viens, j'ai quelque chose à faire avant qu'on souffle tes bougies. » dit Daphné en jetant un regard à sa montre. « Il est temps. »
« Temps pour quoi ? » demanda Tracey, sans comprendre.
Daphné ne répondit pas mais lui attrapa la main et lui fit traverser la foule, en direction d'un couloir.
« Où est-ce que tu m'emmènes ? » insista Tracey.
Arrivée devant une porte où était inscrit le mot ''Loge Artiste'', Daphné farfouilla dans sa pochette de soirée en peau de dragon. Elle agita sa baguette à l'intérieur et murmura un sortilège d'attraction. Elle en extirpa un appareil photo semblable à celui que paradait Colin Creevey partout dans le château.
« Ce truc a intérêt à fonctionner, il m'a couté la peau des fesses. » grogna-t-elle en observant l'appareil avec insistance.
Elle fit un test, prenant une photo de Tracey sans la prévenir.
« Hey ! » protesta cette dernière.
Une image sortit de l'appareil. Daphné la secoua quelques secondes et la brandit avec satisfaction.
« Parfait. » dit-elle. « Tu es adorable là-dessus, ma sirène. »
Elle rangea la photo soigneusement dans son sac.
« Bon, voici le plan. Tu ouvres la porte, et je m'occupe du reste. » indiqua Daphné d'un ton autoritaire.
Tracey jeta un regard peu assuré à la porte. Elle entendait des sons douteux provenir de l'autre côté et elle n'était pas certaine de vouloir savoir ce qu'il s'y passait.
« Qu'est-ce qu'il y a, à l'intérieur ? » interrogea Tracey.
« Rien de très approprié. » assura Daphné avec un rictus mystérieux. « Allons-y. Trois, deux, un… »
Tracey agita sa baguette en direction de la porte et cette dernière s'ouvrit à la volée. Daphné bondit à l'intérieur, son appareil rivé dans les mains, Tracey sur ses talons. Les cliquetis répétés de l'appareil photo résonnèrent dans les oreilles de Tracey. Cette dernière ouvrit la bouche, estomaquée, lorsqu'elle vit la scène qui se déroulait devant elle.
Elles se trouvaient dans une pièce ressemblant vaguement à une loge avec des miroirs, un comptoir, et des sièges en velours. Tracey lâcha un hoquet en apercevant deux adolescents, à moitié nus. Une fille était agenouillée devant un garçon, s'attelant à des activités trop répréhensibles pour Tracey. Elle se retourna, cachant ses yeux avec sa main, pour ne pas continuer à assister à ce spectacle écœurant.
Elle entendit la fille lâcher une exclamation de stupeur, puis le bruit d'une chaise qui tombait et enfin le frottement de vêtements revêtus à la hâte. Après quelques secondes, l'agitation dans la pièce cessa mais Tracey refusa de regarder la scène.
« Urquhart, laisse-nous. » ordonna soudainement la voix de Daphné, sèchement.
Lorsqu'elle entendit le claquement de la porte, Tracey ouvrit les yeux, abaissant la main. Face à elles se trouvait une élève de Gryffondor, en sous-vêtements, qui les fixait, l'air apeuré. Tracey ne manqua pas la lueur d'humiliation dans ses yeux. Elle la reconnut immédiatement. Il s'agissait d'Éloïse Midgen, une Gryffondor de leur année. Elle était régulièrement moquée par Pansy pour son acné extrême et son physique peu avantageux.
« Finis de te rhabiller, Midgen. » suggéra Daphné d'une voix doucereuse, l'observant avec moquerie.
Daphné s'installa sur l'une des chaises, croisant les jambes, l'air superbement ennuyé. Sous les ordres de Daphné, Midgen enfila à la hâte le reste de ses vêtements, n'osant pas regarder dans leur direction.
« Les jeunes filles de notre époque, vraiment. Décidément, les vieilles valeurs ont été rangées au placard. » susurra Daphné d'une voix dramatique, secouant la tête.
Elle secoua énergiquement le cliché généré par l'appareil photo, dont l'image se clarifiait progressivement. La tête penchée sur le côté, elle sembla observer le cliché sous toutes les coutures, tel un artiste observant une œuvre dont il était particulièrement fier.
« Quelle photogénie. » commenta Daphné avec sarcasme.
« S'il te plaît… » commença à plaider Midgen.
« Je suis en train de parler, Midgen. » coupa Daphné, d'un ton glacial.
Midgen se tut et observa Daphné les bras ballants, comme une petite fille se faisant disputer par sa mère. Tracey ressentit un élan de pitié.
« Je ne sais pas comment je devrais appeler ce cliché. » déclara Daphné, faisant mine de réfléchir. « Porno chic ? Tu en penses quoi, Cece ? »
Elle se tourna vers Tracey, comme si elle attendait une réponse de sa part. Tracey ne répondit pas.
« Humm non, tu as raison. Et puis, entre nous, c'est vrai qu'il n'y a rien de chic là-dedans. » ajouta Daphné avec mépris. « Midgen, que dirais-tu de Gorge Profonde ? Peut-être que je devrais retourner dans l'autre salle et demander à tousnos invités ce qu'ils en pensent. On pourrait lancer un sondage pour trouver un meilleur nom. »
Immédiatement, Midgen fondit en larmes.
« Non…S'il-te-plaît… » articula-t-elle entre ses pleurs.
Daphné leva les yeux au ciel.
« Arrête de pleurnicher, pour l'amour de Salazar. Je ne t'ai pas encore donné de raisons de le faire. » dit-elle d'un ton dédaigneux.
Daphné s'installa plus confortablement sur le siège et plissa la mini-jupe en cuir qu'elle portait. Elle paraissait se délecter de la situation.
« Voilà ce qu'il va se passer, Migden. Pour commencer, tu vas retourner dans ton dortoir, te mettre dans ton lit, et réfléchir calmement aux mauvaises décisions que tu as prises. Demain matin, tu iras trouver McGonagall dans son bureau et lui dire que tu déclares forfait pour l'élection Miss Fondatrice. » dit Daphné avec satisfaction.
Midgen parut sur le point de protester mais Daphné ne lui en laissa pas l'occasion.
« Si tu ne fais pas ce que je te demande, j'irai lui montrer cette photo moi-même. Ensuite, je la montrerai au reste des professeurs et à toute l'école. »
Devant les menaces de Daphné, Midgen parut horrifiée.
« Mais je ne vais pas m'arrêter là, non. Je l'enverrai ensuite à tes parents, à tes futurs employeurs et au futur père de tes rejetons. Crois-moi, même les camarades de dortoir de tes petits-enfants la verront. » acheva Daphné avec satisfaction.
Elle se releva, jetant un dernier regard impérieux en direction de Midgen.
« Je te laisse le choix, évidemment. » dit-elle avant de se diriger vers la porte.
Tracey jeta un regard tiraillé à Éloïse qui pleurait toujours, recroquevillée dans un coin de la pièce. Elle hésita pendant quelques secondes à l'approcher mais elle se ravisa et se dirigea vers la porte.
Dans le couloir, elle trouva Daphné et Archie Urquhart en pleine discussion.
« On est quittes maintenant, n'est-ce pas ? » demanda-t-il en direction de Daphné.
« Non, Urquhart. Contente-toi de faire ce que je t'ai demandé au sujet de Weasley et on sera quittes. » répliqua Daphné d'un ton sec avant de s'éloigner.
Tracey la suivit dans le corridor menant à la salle de fête.
« Daphné, tu ne crois pas que tu es allée trop loin ? » demanda soudainement Tracey.
Daphné se tourna vers elle, interdite. Il était rare que Tracey questionne les agissements de sa meilleure amie. Daphné resta silencieuse un court instant, comme si elle jaugeait son amie du regard. Finalement, son visage s'adoucit.
« Voyons Tracey, je plaisantais. Je voulais juste lui faire peur. Elle va quitter la compétition, et c'est tout ce que je voulais. » ajouta-t-elle d'une voix suave.
« Tu vas me faire ce genre de chantage, si j'essaie de gagner ? Ou à Pansy et Millie ? » insista Tracey d'une voix amère.
« Je ne ferai jamais ça, Cece. Et tu sais pourquoi ? Parce tu n'essaierais jamais de te mettre en travers de mon chemin. Après tout, je suis ta meilleure amie. Et on a vécu trop de choses ensemble pour se fritter à propos d'une histoire aussi frivole. » lança Daphné.
Elle s'approcha de Tracey, esquissant un geste pour remettre les mèches de cheveux qui tentaient de s'échapper de son chignon. Puis, Daphné prit les mains de Tracey dans les siennes, l'observant avec affection.
« Je sais pourquoi tu veux gagner. Tu as besoin de cet argent pour échapper à ton père et être indépendante. Et tu sais quoi ? La première chose que je ferai quand je gagnerai cette élection sera de te donner ces 5000 gallions. » assura Daphné. « Je n'ai pas besoin de cet argent. »
Elle lui adressa un regard éclatant.
« Mais assez parlez de tout ça. Aujourd'hui, c'est toi la vedette. Et tes bougies ne vont pas se souffler toutes seules. » ajouta avec un rire cristallin.
Au fond d'elle, Tracey savait qu'elle devait se rebeller face aux manipulations de sa meilleure amie. Et plus le temps passait, plus elle voyait clair dans son jeu. Daphné savait toujours sur quels boutons appuyer pour s'assurer que Tracey lui obéirait au doigt et à l'œil. Pourtant, encore une fois, Tracey fit ce qu'elle faisait toujours : rien.
Peut-être par peur, peut-être par facilité, elle n'en était pas certaine.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé - je ne mords pas (la plupart du temps)
A très vite,
Fearless
