Merci beaucoup à DI5M, Fleur d'Ange et MinnieMey pour vos reviews :)

Merci également à ma bêta pour sa relecture de ce chapitre ! Bonne lecture !

XVIII. Say It Ain't So

« Il va falloir travailler sérieusement pour vous préparer aux examens. Vos ASPICs ne vous seront pas offerts à dos d'hippogriffe. » lança le professeur Black d'une voix sévère. « Très sincèrement, je suis déçu de la qualité de certains de vos devoirs. »

Il balaya la salle de classe de son regard sombre puis traversa les rangées afin de rendre les copies des élèves.

« Goyle, Désolant. » commenta-t-il, en grimaçant. « Miss Greengrass, un très bon travail dans l'ensemble, Effort Exceptionnel. »

Il passa ensuite devant Millicent Bulstrode et posa sa copie sur le bureau. Hermione leva la tête avec curiosité pour voir la note de Bulstrode. Un T avait été inscrit en rouge et souligné avec deux lignes.

« Sans commentaire, Miss Bulstrode. » dit-il en secouant la tête, l'air dépassé, avant de s'éloigner. « Miss Weasley, votre composition est un peu légère, mais vous avez la moyenne pour cette fois. Acceptable. »

Ginny haussa les épaules, visiblement satisfaite de sa performance.

« Miss Granger, rien à dire, c'est quasiment parfait. » dit-il en lui tendant sa copie. « Vous auriez pu aller plus loin dans votre ouverture, à la conclusion, cependant. » commenta-t-il en posant le rouleau de parchemin devant Hermione.

Hermione pinça les lèvres, piquée au vif. Sa copie était deux fois plus longue que celles des autres. Même si elle était ravie d'avoir obtenu un nouvel Optimal bien mérité, le commentaire de Sirius sur sa conclusion la frustra légèrement.

« Qu'est-ce qui n'allait pas avec ma conclusion ? » fut la première chose que demanda Hermione lorsqu'elle pénétra dans ses appartements, plus tard dans la soirée.

« Il fallait bien que je trouve quelque chose à redire. Si je passe mon temps à te faire des compliments, on va commencer à se poser des questions, Hermione. » lança Sirius d'un ton amusé.

Il replaça l'une de ses mèches de cheveux derrière son oreille et elle en oublia immédiatement sa contrariété.

« Pour être honnête, ton devoir était parfait. » admit-il. « Parfait, comme le reste. »

Il avait tracé une ligne invisible le long de sa mâchoire en prononçant ses paroles et Hermione fut parcourue d'un frisson agréable. Sirius se dirigea ensuite vers l'une des nombreuses étagères du bureau, et s'attela à mettre de l'ordre aux divers appareils et récipients qu'il utilisait pour ses cours. Certains d'entre eux étaient dangereux et leur usage était réglementé par le Ministère. Sirius avait pourtant des autorisations spéciales au vu de son ancien statut d'Auror. Hermione s'installa sur la chaise face au bureau tandis qu'il manœuvrait prudemment un fléau d'armes ensorcelé qui tentait de l'attaquer violemment. Elle adorait l'observer lorsqu'il était ainsi concentré, visiblement dans son élément.

« J'ai entendu dire que le jury de l'élection allait bientôt organiser une autre épreuve. » déclara-t-elle.

A Poudlard, les rumeurs se répandaient toujours comme une traînée de poudre. Sirius acquiesça.

« Le jury va demander aux participantes un plan d'action pour collecter des fonds au profit d'une association caritative. Le jury veut savoir comment les candidates se comportent sous la pression et la créativité dont elles peuvent faire preuve. » expliqua-t-il.

Un sourire mutin s'étira au coin de ses lèvres.

« Mais vous n'êtes pas supposées le savoir. » ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Hermione écarquilla les yeux avec excitation. Sirius venait de lui donner un indice important sur la prochaine épreuve, et cela lui donnerait un avantage certain par rapport aux autres. Une voix dans son esprit se demanda vaguement s'il s'agissait de triche mais elle l'ignora. Après tout, elle devrait quand même trouver les idées par elle-même et rien ne garantissait que ces dernières plairaient au jury.

« Que dirait McGonagall si elle savait que tu m'as donné cette information ? » interrogea Hermione avec amusement.

Il haussa les épaules, visiblement peu affecté par cette éventualité.

« Tu mérites de gagner. » dit-il avec sincérité. « Et je sais que tu feras quelque chose de bien dans ce rôle. Je ne suis pas convaincu que ce soit le cas pour Miss Greengrass et les autres candidates. »

« Merci. » dit Hermione, avec excitation. « Et tu as raison. »

Contrairement aux autres, Hermione n'était pas en quête de popularité. Elle souhaitait réellement contribuer à l'amélioration de l'école.

« Je te l'ai dit, Hermione. Tu es spéciale, et les autres finiront par s'en rendre compte. » assura Sirius.

Ce soutien sans faille qu'il affichait pour elle la ravissait. Pour lui, elle n'était pas simplement une Miss Je-Sais-Tout, ou encore une Sang-de-Bourbe, comme certains des élèves l'appelaient pour l'humilier. Il la trouvait unique, spéciale, attirante. C'était la première fois de son existence qu'elle se sentait aussi désirée. Elle savait aussi que la vitesse à laquelle son cœur battait lorsqu'elle était en sa présence ne pouvait signifier qu'une seule chose.

Hermione Granger était amoureuse de Sirius Black.

Et lorsqu'il se pencha sur elle, plongeant son regard dans le sien, elle fut persuadée que ses sentiments étaient partagés.

Elle passa la nuit en sa compagnie dans ses appartements. Lorsqu'elle se réveilla soudainement, après un rêve étrange impliquant une arme ensorcelée qui tentait de l'attaquer lors de son couronnement à Miss Fondatrice. Elle jeta un regard à l'horloge accrochée au-dessus de la porte. Six heures trente du matin, affichait-elle. Il fallait absolument qu'elle retourne dans son dortoir avant qu'on ne remarque son escapade. Elle s'extirpa de l'étreinte de Sirius à contrecœur.

L'idée de quitter ses bras était déchirante. Il devenait de plus en plus compliqué de garder ce secret pour elle. Feindre une relation totalement platonique était difficile. Hermione Granger était amoureuse et elle ressentait l'envie pressante de le crier sur les toits.

Elle jeta un regard à la silhouette immobile de Sirius. Il était toujours profondément endormi, allongé sur le ventre. Ses cheveux couvraient une partie de son visage séduisant et elle ne put s'empêcher de penser qu'il était adorable lorsqu'il dormait.

Elle quitta le lit, tentant de se rhabiller le plus silencieusement possible. Elle revêtit sa veste de sorcière et ouvrit la porte donnant au bureau. Elle se dirigea vers son sac à dos, resté au sol, et ramassa les parchemins éparpillés un peu partout à la hâte.

Elle ne croisa personne dans les couloirs hormis Miss Teigne, la chatte fidèle du concierge qui l'observait avec des yeux accusateurs. Elle l'ignora et s'empressa de rejoindre la salle commune de Gryffondor. Elle rentra dans son dortoir et se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche.

« Tu as l'air de bonne humeur, aujourd'hui. » lui lança Ginny Weasley, lorsqu'elle rejoignit la table de Gryffondor pour le petit déjeuner.

« C'est une belle journée. » répondit simplement Hermione avec un sourire. « Alors, comment se passe ta lutte contre les Quatre, ces derniers temps ? »

« Je pense que je suis en position de force. » annonça Ginny avec satisfaction, sirotant son jus de citrouille avec un plaisir non dissimulé. « Et puis le journal de Greengrass contient des informations particulièrement croustillantes. »

« Fais attention à toi. » prévint Hermione, l'air grave.

Elle savait trop à quel point ces filles étaient vicieuses. Elle ne comprenait pas ce désir ardent de Ginny de s'opposer à elles.

« Crois-moi, tu ferais la même chose si elles t'avaient fait les mêmes crasses. Tu ne sais vraiment pas de quoi elles sont capables. » assura Ginny, ses yeux s'assombrissant.

Hermione haussa les épaules, peu convaincue.

« Si tu le dis. » déclara-t-elle.

Elle n'avait pas de temps à leur accorder, elle avait des choses bien plus positives dans sa vie, désormais. Ces filles n'avaient plus d'impact sur son existence.

Quelques heures plus tard, elle força Harry à la suivre à la bibliothèque pendant leur créneau libre, entre leurs cours de Sortilèges et de Potions. Elle sortit ses affaires d'un air distrait.

« Où as-tu trouvé ça ? » demanda Harry d'un ton étonné en pointant du doigt son manuel de Défense Contre les Forces du Mal.

Elle lui lança un regard confus tandis qu'il tirait un morceau de parchemin qui dépassait du grimoire. Elle reconnut immédiatement la carte de Sirius. Elle l'avait vu la consulter à plusieurs reprises pendant certaines de leurs escapades secrètes. Avant qu'elle ne quitte son bureau, il s'assurait toujours de vérifier que les environs étaient vides pour qu'elle puisse sortir en toute discrétion.

« C'est la Carte du Maraudeur ! Comment se fait-il que tu l'aies ? » demanda Harry en fronçant les sourcils.

Hermione se tendit. Il fallait qu'elle trouve un mensonge, rapidement. Comment pourrait-elle justifier qu'elle soit en possession d'un objet personnel de Sirius sans attirer les suspicions de son meilleur ami ?

« J'ai dû la prendre par erreur après le club de DFCM sur lequel je l'aide. » dit-elle un peu trop vite.

« Oh, ok. » dit Harry.

Il sembla la croire car il n'insista pas.

« Cette carte est géniale. » dit-il avec excitation. « On peut voir tout ce qu'il se passe à Poudlard en temps réel. Papa, Sirius et leurs amis l'ont créé lorsqu'ils étaient encore ici. »

Hermione écouta Harry raconter les frasques des Maraudeurs et l'ingéniosité dont ils avaient fait preuve avec cette carte magique.

« Papa voulait me la donner à mon entrée à Poudlard mais Maman a refusé catégoriquement. Elle a dit qu'il était hors de question que je devienne aussi un cancre. » ajouta-t-il avec amusement, provoquant le rire d'Hermione. « Heureusement, j'ai quand même pu récupérer la cape d'invisibilité. Et encore, seulement parce qu'elle n'est pas au courant. »

Il déplia la Carte du Maraudeur.

« Sirius a dû l'emmener en venant ici. Je me demande s'il utilise encore. »

Hermione détourna les yeux, mal à l'aise.

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » murmura-t-il, avec un sourire mutin.

Immédiatement, la carte s'anima et un plan de l'école apparut.

« Ron et Parkinson dans un placard à balai. Surprenant. » commenta Harry, l'air goguenard.

« Pas besoin de cette carte pour le savoir. » commenta Hermione en levant les yeux au ciel.

« Les points de Ginny et Malfoy sont ensemble, aussi. » commenta-t-il.

« Arrête de les espionner. Et rends-moi cette carte, je vais la rendre à Sirius tout à l'heure. Il va probablement se demander où elle se trouve. » dit-elle en tendant sa main.

Elle réalisa trop tard qu'elle venait de mentionner Sirius en utilisant son prénom. Harry ne sembla pas réagir. Ou du moins, il ne le montra pas.

« Oh, ça va Hermione. Pourquoi tu gâches toujours mon plaisir ? » dit-il avec déception.

Il effleura la carte d'un coup de baguette et murmura :

« Méfait accompli. »

Il tendit la carte à Hermione qui la rangea soigneusement dans son sac. A la fin des cours, elle retourna dans la salle commune pour commencer à réfléchir à son plan d'action pour l'épreuve. Elle avait l'opportunité de gagner des points par rapport à ses concurrentes et il fallait absolument qu'elle en profite.

Quelques heures plus tard, elle réalisa que la salle commune était quasiment vide. Elle n'avait pas vu le temps passer, trop plongée dans ses recherches. Elle s'étira longuement, observant d'un air satisfait son avancée.

Elle remonta dans le dortoir afin de se préparer à dormir. Tandis qu'elle attachait ses cheveux en deux grosses nattes épaisses, son attention se reporta sur la carte du maraudeur qui dépassait de son sac. Elle hésita pendant quelques secondes. Elle n'aimait pas l'idée d'espionner les autres comme l'avait fait Harry. D'un autre côté, pourquoi pas, décréta-t-elle. Elle ne faisait rien de méchant. Il faut que tu vives un peu, disait souvent Harry pour la taquiner. Elle était trop coincée, trop propre sur elle-même, disait-on.

Que diraient-ils s'ils savaient qu'elle vivait une relation secrète et passionnée avec l'un de ses professeurs ? Un homme qui faisait fantasmer l'école entière et probablement une horde de femmes à l'extérieur. Elles seraient probablement vertes de jalousie en réalisant que c'était sur Hermione que son attention s'était portée.

Sa voisine de dortoir, Éloïse Midgen, entra dans la pièce, lui adressant un vague 'bonsoir'. Elle agissait de manière étrange depuis quelques semaines. Le jour de la fête de Tracey Davis, Éloïse était rentrée dans le dortoir en pleurs. Hermione, qui venait de rentrer dans le dortoir après avoir passé la soirée avec Sirius, avait passé deux heures à tenter de la consoler. Éloïse n'avait pas voulu expliquer à Hermione les raisons de son état mais elle avait balbutié quelques paroles à propos de Greengrass avant de s'endormir.

Hermione tira les rideaux de son lit à baldaquins, puis s'installa confortablement dans ses draps, observant la carte du maraudeur, totalement vierge. Elle posa sa baguette sur le papier et murmura :

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »

Immédiatement, la carte s'anima, et un plan du château s'afficha progressivement sur le papier vieilli. Des points étaient éparpillés partout dans le château, et des noms se déplaçaient sur le parchemin. Elle fut étonnée par le niveau de détail qu'offrait la carte et par la magie complexe qu'avait probablement sollicité sa création. Cela ne l'étonnait pas, Sirius était un homme intelligent et sagace, c'était d'ailleurs l'une des choses qui l'attiraient tant, chez lui. Ça et son visage séduisant ainsi que son corps de dieu grec, pensa-t-elle. Elle sentit ses joues se réchauffer et elle esquissa un sourire, comme à chaque fois qu'elle pensait à lui.

Elle observa la carte avec attention. Il était déjà tard mais plusieurs élèves se trouvaient toujours dans les couloirs du château, bien après le couvre-feu. Elle ne pouvait pas critiquer leur comportement, c'était ce qu'elle faisait désormais régulièrement depuis qu'elle avait commencé à fréquenter Sirius. Elle continua à parcourir les étages lorsque des points dans un endroit isolé du château attirèrent son attention. Ses yeux se froncèrent et, immédiatement, elle fut parcourue par un malaise profond.

/

« Miss Bulstrode, je vous rappelle qu'être attentive à mon cours n'est pas une option facultative. » s'exclama le professeur Filtwick.

Millicent baissa le regard vers son professeur, qui l'observait d'un air consterné. Elle réalisa que tous les regards de la pièce étaient tournés dans sa direction.

« Deux heures de retenue. Et si je dois vous réveiller encore une fois pendant mon cours, vous passerez toutes vos soirées en retenue jusqu'à la fin de l'année. » dit-il avant de se diriger vers le tableau.

Ses paroles ne parvinrent même pas à sortir Millicent de sa torpeur. Elle posa une main sur son ventre. Elle sentait des douleurs cuisantes au niveau de son estomac et une nausée désagréable la parcourut. Sa langue était pâteuse et elle était frigorifiée.

« Tout va bien, Millie ? » murmura Tracey à ses côtés. « Tu as une sale mine. »

Millicent répondit par l'affirmative. Évidemment, il s'agissait d'un gigantesque mensonge de sa part. Elle allait mal. Très mal. Probablement plus mal qu'elle ne l'avait été depuis très longtemps. Elle connaissait pourtant la cause des sensations physiques qui l'agitaient.

Elle était en manque. Et son état allait probablement s'empirer très rapidement si elle ne s'assurait pas de prendre sa dose.

La discussion récente avec sa mère l'avait replongée dans une nouvelle spirale infernale. Encore une fois, elle avait sombré dans les abysses de son addiction. Sa consommation de scarabées avait triplé en quelques jours, malgré ces efforts des dernières semaines pour rester sobre.

C'était le seul moyen de faire face à la douleur cuisante qu'elle ressentait lorsqu'elle pensait aux mots intransigeants de sa mère. « Encore un de tes mensonges pour attirer l'attention sur toi. » l'entendait-elle marteler inlassablement dans son esprit. Elle ne pouvait plus supporter cette peine constante qu'elle ressentait. Se droguer était le seul moyen d'y faire face.

« Je ne vais pas te laisser continuer à détruire cette famille. » retentit la voix de Jackie dans son esprit. Millicent ferma les yeux, sentant les larmes brouiller ses yeux.

Le double cours de Sortilège fut une torture. Elle put sentir son corps passer par des températures différentes à un rythme inhabituel. Elle fut d'abord frigorifiée, puis parcourue par des bouffées de chaleur. Des gouttes de sueur commencèrent à perler sur son front. Puis les tremblements débutèrent et elle commença à s'agiter sur sa chaise.

L'idée qu'on remarque son état l'angoissait terriblement. Il était difficile de montrer un visage heureux et sans problèmes à ses amies alors qu'elle se sentait mourir à petits feux intérieurement.

Comment était-il possible de souffrir autant ?

Lorsque la sonnerie retentit enfin, elle s'empressa de quitter la pièce, bousculant deux élèves au passage. Elle commença à courir dans les couloirs, le souffle court. Elle se rua dans les toilettes les plus proches et jeta un sort de verrouillage derrière elle. Elle jeta son sac de cours au sol et se précipita vers l'un des lavabos, parcourue de réflexes nauséeux. Elle ne parvint qu'à vomir de la bile. Elle n'avait pas mangé depuis deux jours. Elle gémit, les mains tenant fermement l'extrémité du lavabo, grelottante.

Pourquoi continuait-elle à s'infliger cette souffrance perpétuelle ? Parfois, il lui semblait tellement plus simple de partir. En quelques secondes, son calvaire serait finalement terminé et peut-être qu'enfin, elle serait en paix. Plus de douleur, plus de supplice, juste un néant paisible. Un repos éternel, pas simplement ces pauses éphémères de quelques heures que lui accordaient les drogues.

En vérité, elle ne manquerait probablement à personne.

Ses amies semblaient découragées par son comportement. Ces derniers jours, Millicent n'avait pas manqué la lueur de pitié dans les yeux de Tracey ni celle de dégoût dans ceux de Daphné. Millicent savait qu'elles n'étaient pas dupes sur ses habitudes. Elles la jugeaient constamment en silence, même si elles ne disaient rien. Leur regard était parlant.

Sa mère, elle aussi, serait probablement heureuse de la voir partir. Après tout, elle pensait qu'elle était la cause de tous leurs malheurs familiaux. Quant à son père, elle pourrait lui épargner des déceptions supplémentaires. Elle était une fille horrible et il ne méritait pas le souci constant qu'elle lui causait.

Quant à lui. Il l'avait finalement abandonnée comme les autres.

Il était devenu distant du jour au lendemain, lui accordant à peine un regard, et sans lui donner d'explications. Comme les autres, il l'avait laissée tomber, probablement dégouté par l'épave qu'elle était vraiment.

Comment avait-elle pu penser une seconde qu'il pouvait aimer quelqu'un comme elle ? Elle ne valait rien. Elle était une tâche dérisoire dans la vie de ses proches, et ils seraient mieux sans elle, c'était certain.

Elle releva les yeux, croisant son regard dans le miroir. Elle avait une mine horrible. Son visage était blafard, émacié, presque cadavérique. Des cernes interminables creusaient ses yeux.

Elle détourna le regard, ne supportant plus cette vision. Elle se haïssait du plus profond de son âme. Même voir son reflet dans le miroir lui causait un profond dégoût. Elle rêvait de briser la glace, pour ne plus voir cette image écœurante qu'elle reflétait. Puis, parfois, elle fantasmait sur le fait de prendre un morceau de verre brisé et d'entailler son bras. L'idée de voir son corps se vider progressivement de son sang et de rendre son dernier souffle n'avait jamais été aussi attirante.

Mais la vérité était qu'elle était trop faible pour ça. Trop pathétique, trop attachée à ce semblant misérable qu'on appelait existence.

Elle se laissa tomber au sol, puis s'empressa de farfouiller dans son sac, fébrile. Ses gestes étaient nerveux et sa main tremblait, rendant la pose du scarabée sur sa tempe difficile.

Elle y parvint finalement et elle laissa sa tête reposer contre le mur. Immédiatement son anxiété s'apaisa. Elle se sentit plus heureuse, plus calme. Ses sens semblaient en harmonie avec l'environnement qui l'entourait. Ses larmes commencèrent lentement à sécher sur sa peau et un sourire béat décora son visage. Elle ferma les yeux. C'était exactement ce qu'il lui fallait.

Elle ne sut pas combien de temps elle resta ainsi, adossée contre le carrelage glacé des toilettes. Probablement des heures. Même s'il s'agissait d'un mensonge, d'une comédie éphémère, cela lui importait peu. Elle était juste bien.

« Vous savez ce qu'il va se passer si vous continuez ainsi ? » lui avait un jour demandé sa psychomage.

Elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas continuer ainsi éternellement. Infliger ce supplice et ce traumatisme à son corps et à son esprit aurait des conséquences graves et permanentes. Cependant, se projeter dans le futur lui semblait presque impossible.

Pour le moment, seule son addiction lui permettait de faire face. Mais combien de temps encore pourrait-elle tenir ? Ses doses étaient de plus en plus proches. Et elle avait besoin de doses plus importantes pour continuer à sentir les effets. Elle serait bientôt à court d'argent et elle savait que son père soupçonnerait quelque chose si elle lui demandait à nouveau des gallions.

Elle soupira, effaçant ces pensées parasites de son esprit. Lorsque la situation se présenterait, elle réfléchirait à un plan. Pour le moment, une seule chose importait. L'extase remplissant chacune de ses veines, lui faisant croire que tout irait bien.

/

« Tu es sérieuse ? » demanda Justin Flinch-Fletchey d'un ton surexcité.

Daphné Greengrass hocha la tête, et lança un sourire assuré en direction du garçon.

« Absolument. Elle me tuerait si je te le disais, mais c'est la vérité. Astoria te trouve mignon. » prétendit-t-elle d'une voix confiante.

Pendant quelques secondes, Justin parut extatique puis ses sourcils se froncèrent. Il arbora une expression inquiète.

« Mais si elle ne veut pas que je sois au courant… » commença-t-il.

« Pour te dire la vérité, ma sœur … »

Daphné fit une pause, grimaçant intérieurement en s'entendant prononçant ces mots.

« …a un peu le mal du pays depuis qu'elle a intégré Poudlard. Je veux vraiment essayer de lui remonter le moral. Et je suis sûre que tu pourrais l'aider à se sentir mieux, ici. » déclara Daphné. « Ma sœur aime les garçons entreprenants. Tu devrais l'inviter à sortir. »

« Je vais le faire, dans ce cas. Merci, Daphné. C'est vraiment cool de ta part. » dit-il avec enthousiasme avant de s'éloigner.

Daphné esquissa un rictus moqueur. Quel imbécile il faisait.

Une heure plus tard, lorsqu'elle repéra Astoria dans un couloir du deuxième étage, elle traîna Pansy à sa suite.

« Où va-t-on ? La salle de cours est de l'autre côté. » protesta Pansy.

« J'ai besoin de faire quelque chose. » répondit évasivement Daphné en pressant le pas.

Astoria venait d'entrer dans les toilettes des filles.

« Suivons-là. » ordonna Daphné sous le regard perplexe de Pansy.

« Pour quoi faire ? Je croyais que tu faisais tout pour éviter Acné ? » rappela Pansy d'un ton ennuyé.

« J'ai changé d'avis. » répliqua Daphné. « Suis le mouvement, d'accord ? »

Elle ne laissa pas le temps à Pansy de répondre et elle poussa la porte des toilettes, pénétrant à l'intérieur. Elle jeta un regard aux environs. L'un des WC semblait fermé. Sa demi-sœur s'y trouvait probablement. Daphné s'approcha du lavabo et fit mine de remettre de l'ordre dans ses cheveux.

« Je viens de croiser Justin Flinch-Fletchey. Tu sais, ce type de Poufsouffle. » lança Daphné en haussant la voix, lançant un regard appuyé à Pansy.

« Et alors ? Qu'est-ce qu'il y a d'intéressant chez ce blair… aïe ! » s'interrompit Pansy lorsque Daphné lui écrasa le pied avec virulence.

Daphné plissa les yeux, lui jetant un regard insistant et désignant d'un coup de la tête le WC occupé.

« Je le trouve incroyablement mignon. Pas toi ? » insista Daphné d'un ton exagéré.

« Hm…oui, tu as raison. » enchaîna Pansy, incertaine.

« Franchement, si je n'étais pas avec Blaise, je crois que je tenterai ma chance. » poursuivit Daphné d'un ton faussement rêveur. « Il a tellement de charme. »

« Totalement. » s'extasia Pansy, qui avait compris son jeu. « J'ai même entendu qu'il a un gros… »

Le bruit de la chasse qu'on tirait retentit, noyant le reste de la phrase de Pansy. Daphné leva les yeux au ciel, mi- ennuyée mi- amusée. Il fallait toujours que Pansy en fasse des tonnes. La porte du WC occupé s'ouvrit et Astoria apparut, affichant un sourire éclatant.

« Hey sœurette ! » salua Astoria, visiblement de bonne humeur.

Daphné jeta un regard en direction de Pansy, feignant l'embarras. Elle ne prit même pas la peine de répondre et attira Pansy en dehors des toilettes.

« C'était quoi, ça ? Je n'ai pas tout suivi ? » demanda immédiatement Pansy, visiblement confuse.

Daphné esquissa un sourire vicieux.

« S'il y a quelque chose que ma demi-sœur adore, c'est prendre ce qui m'intéresse. » expliqua-t-elle.

Astoria adorait la provoquer. Elle semblait s'être donnée la mission personnelle de courir après tout ce que Daphné désirait, simplement pour la faire enrager.

Sa théorie se révéla véridique. Avant le dîner, Justin Flinch-Fletchey se dirigea vers elle tandis qu'elle marchait en compagnie de Blaise vers la Grande Salle.

« Tu avais raison ! Astoria a accepté mon rendez-vous. » annonça -t-il avec excitation. « Elle m'a même dit qu'elle n'attendait que ça ! »

Daphné réprima un rire moqueur tandis que le Poufsouffle la remerciait profusément pour son aide.

« Je te l'avais dit, n'est-ce pas ? D'ailleurs, peut-être que tu devrais me laisser t'aider lui organiser un rendez-vous digne de ce nom ? Je pourrais te donner des conseils. » proposa Daphné.

« Vraiment ? Tu ferais ça ? » demanda-t-il, en ouvrant de grands yeux.

Daphné hocha la tête.

« Évidemment. Mais bien sûr, ça reste entre nous, pas vrai ? Je ne veux pas qu'elle pense que je me mêle de sa vie privée. »

« Oui, oui. Je ne dirais rien, promis. Tu vas m'aider ? »

« Avec plaisir. » assura Daphné avec un sourire avant de s'éloigner.

Blaise lui lança un regard interrogateur.

« J'en conclue que tu as trouvé un moyen de rendre la monnaie de son gallion à ta demi-sœur ? » dit-il en levant un sourcil.

« Précisément. » répondit-elle en glissant sa main dans la sienne et en s'approchant de lui pour prendre possession de ses lèvres.

« Tu es tellement sexy quand tu t'apprêtes à faire une farce à quelqu'un. » admit Blaise tandis qu'il l'attirait contre lui et approfondissait leur baiser.

« Trouvez-vous une chambre, par Salazar. » commenta soudainement une voix, les faisant sursauter. « Je vous rappelle qu'il y a des enfants dans le coin. »

Pansy les observait, faussement choquée.

« D'ailleurs, j'ai entendu dire que Skeeter préparait un article sur le nombre élevé des grossesses chez les adolescentes britanniques. » dit Pansy d'une voix innocente.

Daphné leva les yeux au ciel mais s'écarta toutefois de Blaise. Même si elle savait que Pansy les charriait, le souvenir de l'article scandale de Rita Skeeter sur l'élection la forçait à se méfier.

« Pendant que vous vous léchiez le visage sans pudeur, tu as manqué une annonce de la vieille McGo au sujet de l'élection. » informa Pansy. « Nous sommes convoquées demain pour plus de détails. »

« A quel sujet ? » interrogea Daphné avec curiosité.

« Aucune idée. »

Le lendemain, à la fin des cours, les dix candidates restantes au titre de Miss Fondatrice se retrouvèrent dans le bureau de la directrice adjointe.

Daphné croisa les bras avec frustration tandis qu'elle observait Mandy Brocklehurst glousser bêtement en discutant avec McGonagall. Elle ne perdait rien pour attendre.

« Profite bien de la première place, Brocklehurst. » susurra Daphné lorsque l'étudiante passa à ses côtés pour rejoindre le reste du groupe. « Tu ne l'auras plus pour longtemps. »

Mandy lui jeta un regard peu assuré, probablement alertée par le ton menaçant de Daphné.

« Notre prochaine étape aura lieu la semaine prochaine, devant le panel de juges » annonça McGonagall. « Il s'agira d'une épreuve qui fera appel à votre capacité à penser rapidement, votre esprit créatif et à votre prise de parole en public. »

« Est-ce que nous devons préparer quelque chose ? » interrogea Sally-Ann Perks.

« Non. Vous n'aurez pas le détail de l'exercice avant le jour même. C'est tout l'intérêt de l'épreuve. Le jury souhaite voir comment vous réagissez sous la pression et avec un temps de préparation limité. » poursuivit McGonagall de son éternel ton sérieux.

Daphné observa ses rivales. La plupart d'entre elles paraissaient anxieuses et excitées à la fois. Ginny Weasley, elle, paraissait profondément ennuyée, comme si on l'avait forcée à assister à un double cours d'Histoire de la Magie avec Binns. Daphné tourna ensuite le regard vers Millicent. Bien qu'elle soit présente physiquement, son attention semblait complètement ailleurs. La lueur vide dans ses yeux était parlante.

Ces derniers temps, Millicent lui rappelait ces créatures étudiées dans les livres de DFCM – les Inféri. Juste un corps de chair se mouvant, sans vie et sans but. Évidemment, Millie respirait rarement la joie et la bonne humeur mais son attitude récente l'alertait. Elle semblait constamment abattue et la lueur miséreuse qu'elle apercevait dans son regard lui prouvait qu'il s'était passé quelque chose.

Elle profita d'un instant de distraction de la part de McGonagall qui répondait à une nouvelle question de Mandy Brocklehurst pour se frayer un chemin en direction de Millicent.

« Hey. » dit-elle à voix basse. « J'ai besoin de te parler. On peut discuter après ? »

Millicent jeta un regard bref dans sa direction.

« J'ai quelque chose de prévu. » déclara Millicent, le regard fuyant.

« Ça attendra, il faut qu'on parle. » répliqua Daphné d'un ton autoritaire qui n'admettait pas de refus.

Millicent n'essaya même pas de protester davantage – elle savait qu'il était probablement peine perdue de refuser quoi que ce soit à Daphné.

« Ok. » répondit-elle finalement en soupirant.

« Rejoins-moi à l'entrée des cachots – près de la gargouille. » indiqua Daphné.

Ce coin reculé des cachots était réputé pour la présence de voix mystérieuses qu'on entendait parfois en pleine nuit. On prétendait qu'il s'agissait des voix des élèves fantômes enfermés dans les cachots pendant des semaines, lorsque la torture était encore autorisée en guise d'action disciplinaire. Personne ne savait si cette rumeur était vraie ou tout simplement sortie de l'imagination grotesque d'un élève. Toutefois, personne n'osait trainer dans les environs. Daphné savait donc qu'elles pourraient discuter en toute tranquille sans que personne ne les surprenne.

Millicent hocha la tête, lui signifiant qu'elle avait compris. Daphné reporta alors son attention sur la directrice adjointe qui avait repris ses explications sur l'épreuve à venir. Lorsqu'elle termina son monologue, Daphné se dirigea vers la sortie. Millicent passa à toute allure devant elle, avant qu'elle n'ait le temps de prononcer la moindre parole. Daphné fronça les sourcils. Elle espérait que Millicent n'essaierait pas d'éviter leur rendez-vous.

« Allez Cece, quand vas-tu nous donner le nom de ton petit-ami secret ? » demanda la voix de Pansy. « Je ne supporte plus ce suspense. »

Elle avait lancé ça d'un ton dramatique, comme si le fait de ne pas connaitre l'information lui provoquait une douleur physique. Daphné leva un sourcil, surprise par les révélations de Pansy au sujet de Tracey.

« De quoi tu parles ? » dit-elle avec confusion.

Elle jeta un regard vers Tracey qui sembla soudainement très mal à l'aise. Pansy esquissa un sourire mutin, se délectant visiblement de la situation.

« Oh tu n'étais pas au courant ? » s'enquit Pansy, feignant l'innocence. « Notre petite Cece m'a posé tout un tas de questions sur les joies de l'amour. »

« Je n'ai pas de petit-ami secret. » répliqua Tracey avec indignation.

Pourtant son regard fuyant prouva à Daphné que la vérité était toute autre. Elle connaissait sa meilleure amie sur le bout des doigts. Tracey était transparente. Elle était incapable de mentir de manière convaincante.

Pourquoi avait-elle l'impression que toutes ces amies vivaient une double vie ? Ces dernières semaines, elle avait senti une distance certaine entre elles. Au fond, les cachoteries de Millicent ne l'avaient pas étonné. Elle avait toujours été la moins fiable du groupe. Mais entendre que Tracey ne l'avait pas approchée, elle, sa meilleure amie, pour se confier la blessa profondément. Comment avait-elle pu préférer Pansy ?

Elle resta silencieuse pendant que Pansy et Tracey se chamaillaient gentiment. Elle pouvait sentir une frustration grandissante monter en elle. Elle détestait cette impression de perdre le contrôle.

« On va dîner, tu ne viens pas ? » demanda Pansy tandis que Daphné se dirigeait vers l'entrée des cachots.

Elles se trouvaient dans le Hall où une masse d'élèves marchaient en direction de la Grande Salle.

« Non. » répondit Daphné d'un ton froid.

Elle croisa le regard de Tracey qui parut mal à l'aise. Daphné détourna les yeux, décidant de ne pas s'en formaliser plus longtemps. Elle avait plus pressant à gérer. Elle emprunta les escaliers menant aux cachots puis s'enfonça dans les couloirs sombres et humides, à la recherche de la gargouille devant laquelle elle avait donné rendez-vous à Millicent. Lorsqu'elle aperçut la gargouille, une créature de pierre particulièrement affreuse qui l'observait d'un air malveillant, elle s'appuya contre le mur, les bras croisés.

Millicent arriva dix minutes plus tard, les yeux rougis et le teint encore plus pâle qu'à l'accoutumée.

« Tu voulais me voir ? » demanda-t-elle d'une voix lente, visiblement désintéressée.

« Je sais qui est ton amoureux secret. » révéla Daphné de but-en blanc.

Elle avait prononcé ces mots avec un sarcasme évident.

« Je ne sais pas de quoi tu parles. » nia Millicent.

« Épargne-moi tes mensonges. Je vous ai surpris l'autre jour, dans un couloir. Je t'ai vu l'embrasser. » répliqua Daphné avec froideur.

Les yeux de Millicent s'écarquillèrent légèrement. C'était la première fois que Daphné la voyait réagir de manière presque humaine ces derniers temps. Elle avait enfin réussi à lui extirper une émotion différente que cette apathie constante qu'elle affichait désormais.

« Je…Je… » commença à murmurer Millicent, comme si elle tentait de se justifier.

Elle ne sembla pas trouver les bons mots car elle garda finalement le silence.

« Lui, Millicent ? Vraiment ? De tous les mecs de cette école, il fallait vraiment que tu le choisisses lui ? A quoi joues-tu ? » demanda Daphné.

« Tu… Tu ne peux pas comprendre. » répondit Millicent en se mordant la lèvre nerveusement.

« Dans ce cas-là, explique-moi. » insista Daphné. « Je suis vraiment curieuse d'entendre tes justifications. »

Daphné entendit un son étouffé et tourna la tête en direction de la gargouille qui semblait avoir changé de position sur son socle, comme elle le faisait probablement régulièrement.

« Tu as entendu, ça ? Il y a quelqu'un. » lança soudainement Millicent.

« C'était juste la gargouille. Ne change pas de sujet. » répliqua Daphné d'un ton sec.

Elle n'avait pas la patience pour les stratégies d'évitement de Millicent, aujourd'hui. Elle voulait en avoir le cœur net.

« Alors ? » insista Daphné. « Depuis combien de temps ça dure ? »

« Deux mois. » dit-elle finalement. « Ça a commencé quelques semaines après la rentrée. » admit Millicent.

« Vous avez couché ensemble ? » interrogea Daphné, sans aucun tact.

« Oui. »

Une expression de dégoût orna le visage de Daphné tandis qu'elle observait son amie. Elle jura.

« Tu ne sais pas ce que c'est… Tu n'as aucune idée de ce que je traverse. C'est le seul qui me comprends et qui m'accepte pour ce que je suis. » murmura Millicent d'une voix tremblante.

« Tu ne peux pas être aussi naïve, Millie. » répliqua Daphné, effarée.

« Vous êtes sans cesse en train de me juger ! » s'écria soudainement Millicent, en haussant soudainement la voix. « Vous n'avez jamais cherché à comprendre ce qui n'allait pas avec moi. Mes soi-disant amies. »

Le ton accusateur et la fureur dans la voix de Millicent surprirent Daphné. Elle ouvrit la bouche, interdite face à cet élan de colère. Elle n'avait jamais vu son amie dans cet état. Elle réalisa que les sentiments de Millicent étaient plus importants qu'elle ne l'aurait cru.

Réalisant que la situation ne ferait que dégénérer si elle restait elle-même sur la défensive, Daphné se détendit. Une expression plus douce apparut sur son visage et elle se rapprocha de Millicent.

« Dans ce cas-là, parle-moi. Dis-moi ce qui ne va pas. » suggéra-t-elle en posant une main rassurante sur le bras de Millicent.

Les lèvres de Millicent tremblèrent, comme si elle voulait lui faire une confession mais que les mots peinaient à sortir de sa gorge. Finalement, elle secoua la tête et retira son bras d'un geste sec.

« Ça n'a plus d'importance, maintenant. Il a décidé de mettre un terme à notre relation. » lança Millicent d'une voix acerbe. « Tu dois être contente de l'apprendre, n'est-ce pas ? »

« Je pense que c'est mieux comme ça. » répondit Daphné d'un ton ferme.

En guise de réponse, Millicent lui adressa un regard blessé. Puis sans un mot, elle fit volte-face et s'éloigna sous l'air surpris de Daphné. Elle observa la silhouette de son amie disparaître dans l'obscurité du cachot. Elle secoua la tête, frustrée. Cette discussion ne s'était pas déroulée comme prévue.

Les jours suivants, Millicent l'ignora superbement et resta silencieuse devant toutes les tentatives de Daphné pour lui adresser la parole. Quant à Tracey, elle sembla étrangement distante et même lorsqu'elles se retrouvaient dans le dortoir qu'elles partageaient, leurs conversations restaient extrêmement superficielles. Le creux qui s'était dressé entre elles devenait de plus en plus pesant. Seule Pansy semblait agir comme si de rien n'était, visiblement dans l'ignorance la plus totale face à la situation. Cela n'avait rien d'étonnant. Pansy avait toujours vécu sur sa petite planète personnelle, remplie de paillettes et d'étincelles, ainsi que de ses problèmes stupides qu'elle qualifiait d'existentiels.

Ce n'était pas la première fois qu'elles étaient toutes en froid. Après tout, elles étaient quatre adolescentes avec des caractères différents et il était fréquent qu'elles se chamaillent. Pourtant, Daphné avait toujours eu le sentiment que ces conflits étaient sans importance et elles faisaient toujours la paix rapidement. Rien n'avait jamais réussi à secouer solide le quatuor qu'elles formaient depuis le début de leur scolarité.

Cette fois, cependant, c'était différent. La distance était subtile mais pesante. Elle n'était pas certaine de savoir ce qui avait causé cet éloignement, mais les conséquences étaient visibles. Et pour la première fois depuis longtemps, Daphné réalisa que les Quatre ne seraient peut-être plus les Quatre pour longtemps.


Destinatrices : ''Ils nous envient tous''


Pansy écrit :

Vous êtes bien silencieuses ces derniers temps, les filles. Que vous arrive-t-il ?

Pansy écrit :

Allez, quoi… Ça fait super longtemps que nous n'avons pas débriefé sur les derniers ragots de Poudlard.

Pansy écrit :

Genre, trois jours.

Pansy écrit :

Ce cours de Botanique est tellement barbant. Je m'ennuie à mourir.

Pansy écrit :

Qu'est-ce que vous faites ?

Pansy écrit :

Pourquoi vous ignorez mes messages ?!

Pansy écrit :

Je vous déteste !

Pansy écrit :

Puisque c'est comme ça, vous n'aurez pas le récit palpitant de ma première nuit d'amour avec Ronald.

Daphné écrit :

Raconte.

Pansy écrit :

Trop tard !


Daphné referma son carnet et le rangea soigneusement dans son sac. Pansy se mettrait probablement à faire la tête, elle aussi, mais elle n'avait pas le temps de s'en soucier pour le moment. Elle avait une mission plus pressante à accomplir. Elle jeta un regard à ses alentours, puis à sa montre avant de laisser échapper un soupir impatient. Quelques minutes plus tard, elle aperçut Justin Flinch-Fletchey qui se dirigeait dans sa direction, un sourire benêt collé sur son visage.

« Pourquoi m'as-tu donné rendez-vous ici ? » demanda-t-il d'un ton curieux, observant les couloirs qui les entouraient.

« Je t'ai dit que j'allais t'aider à organiser un rendez-vous digne de ce nom pour Astoria, n'est-ce pas ? » interrogea Daphné d'une voix suave.

Justin hocha la tête, enthousiaste. Daphné le gratifia d'un regard impérieux avant de se diriger vers la large tapisserie ornant l'un des murs du septième étage. Elle représentait un sorcier qui tentait tant bien que mal d'apprendre la danse classique à une bande de trolls à l'aspect effroyable. L'un des trolls tenta de faire un saut de basque et échoua lamentablement, se cognant contre une vieille armoire, et disparaissant de l'extrémité de la tapisserie.

Daphné, l'air concentré, fit les cents pas devant la broderie sous le regard perplexe de Justin. Quelques secondes plus tard, une porte apparut au milieu de la tapisserie.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il, visiblement surpris.

Daphné ne répondit pas et actionna la poignée, pénétrant dans la pièce, Justin dans son sillage. Ils entrèrent dans ce qui semblait être une vaste prairie, éclairée par un soleil factice. Sur le sol, une herbe fraîchement coupée remplaçait le sol de pierre.

« Comment as-tu fait ça ? » demanda—t-il, émerveillé. « Où sommes-nous ? »

« La Salle Sur Demande. » répondit Daphné d'un ton satisfait. « On l'appelle aussi la Salle-Va-et-Vient. Elle se transforme de manière à imiter ce dont nous avons besoin. »

« Je n'ai jamais entendu parler de ça. C'est génial ! »

« Oui, oui. Nous sommes là pour une raison, j'aimerais qu'on retourne au sujet. » coupa Daphné.

Justin hocha la tête, l'écoutant avec attention.

« Astoria adore les types romantiques. Et quoi de plus romantique qu'un pique-nique en plein été ? » poursuivit Daphné.

Comme si la pièce lisait le contenu de ses pensées, un large drap apparut au milieu de la pièce, sur l'herbe. Des oreillers et une couverture confortable accompagnaient ce décor bucolique.

« La seule chose que cette salle ne peut pas conjurer c'est la nourriture. Mais j'ai demandé aux elfes de préparer tous ses plats préférés. Tout sera prêt quand tu reviendras avec elle. » ajouta Daphné.

« Wow… Merci pour ton aide, je ne sais pas comment te remercier. » déclara Justin.

Daphné esquissa un sourire.

« Tu lui as donné rendez-vous ici, n'est-ce pas ? Comme prévu ? » demanda Daphné d'un air avide.

Justin acquiesça.

« Parfait. » dit Daphné avec satisfaction. « Dans ce cas, tout sera prêt à votre retour. »

Elle le conduisit vers la porte, écoutant d'une oreille distraite ses remerciements et leva les yeux au ciel lorsqu'il quitta la pièce.

« Salazar, comment peut-on être aussi lourd ? » commenta-t-elle.

Quelques instants plus tard, elle entendit un pop sonore et reconnut l'elfe de maison qu'elle avait mandaté quelques heures plus tôt. A ses côtés, un panier lévitait dans l'air, émanant une odeur délicieuse.

« Miss Greengrass ! » salua l'elfe en s'inclinant devant Daphné, l'air enthousiasmé. « Voici les plats que vous m'avez demandé de préparer. »

Après avoir congédié l'elfe, Daphné s'empara du panier rempli de mets en tout genre à l'aspect succulent. La salle fit apparaître un bouquet de fleurs qu'elle utilisa pour décorer le panier.

Elle s'empara d'un parchemin et inscrivit soigneusement le contenu du menu avant de le poser sur le panier et d'y jeter un sort de chaleur pour conserver la température de la nourriture. Elle se redressa, observant le résultat avec satisfaction. Encore une fois, répondant à ses demandes informulées, la pièce fit apparaître une porte à l'autre extrémité de la pièce et elle se dirigea vers cette dernière. Elle pénétra dans une salle décorée par un fauteuil à l'aspect confortable comme seul mobilier. Sur le mur faisant face au sofa, un large miroir donnait vue sur la prairie invoquée par la Salle sur Demande. Elle s'installa confortablement, observant le miroir. Grâce à ce stratagème et aux pouvoirs de la pièce, elle serait en mesure d'observer le rendez-vous de Justin et d'Astoria en toute discrétion. Quant à eux, ils ne se douteraient pas une seule seconde de sa présence.

Une heure plus tard, elle vit l'entrée de la salle sur demande s'ouvrir de nouveau. Elle aperçut sa demi-sœur entrer derrière Justin. Comme à son habitude, Astoria se pâma devant la scène. Daphné réprima un sourire moqueur tandis qu'elle écoutait sa demi-sœur complimenter Justin sur cette idée ''tellement romantique''

Elle remarqua qu'Astoria portait une jupe particulièrement courte. Ce n'était pas étonnant, elle voulait probablement s'assurer que Justin tombe dans ses filets tentateurs. Astoria était si transparente et facile à cerner. Sa personnalité était plate et sans relief. La seule raison pour laquelle elle avait soudainement jeté son dévolu sur Justin Flinch-Fletchey était le potentiel intérêt de Daphné envers le garçon. Astoria était prête à tout pour la faire enrager.

Mais cette fois, Daphné avait une longueur d'avance sur elle.

Le rendez-vous fut un calvaire à observer. Justin observait Astoria d'un air émerveillé tandis qu'elle parlait, acquiesçant à tout ce qu'elle disait. Daphné n'aurait pas été surprise de voir un filet de bave apparaître au coin de sa bouche. Pathétique, pensa-t-elle en levant les yeux au plafond.

Elle fut cependant surprise de constater à quel point Astoria insistait pour parler de Daphné, questionnant Justin sur leurs relations. Trouvait-il Daphné attirante ? Qui était la plus jolie des deux, selon lui ?

Heureusement, Justin ne révéla rien de l'aide apportée par Daphné pour organiser le rendez-vous.

« Tu sais, quelque chose me dit qu'elle t'apprécie plus que tu ne le penses. » assura Justin à Astoria.

Daphné réprima un rire ouvertement moqueur et Astoria, elle, parut peu convaincue.

La scène lui confirma toutefois ce qu'elle avait toujours pensé. Astoria avait une véritable obsession envers elle et tous ses faits et gestes n'avaient pour objectif que de la provoquer. Il était jouissif d'enfin en avoir la preuve.

Finalement, après ce qui lui sembla une éternité, ils portèrent leur attention sur le panier en osier. Astoria gloussa bêtement devant les fleurs et la carte que Daphné avait laissé, signé au nom de Justin.

« Wow, tous mes plats préférés. » dit-elle tandis qu'elle jetait un coup d'œil au menu. « C'est tellement adorable de ta part. C'est toi qui as préparé tout ça ? »

« Oui, tout seul. » mentit Justin, visiblement très fier de lui.

Face au miroir, Daphné ricana. L'imbécile avait signé sa propre déclaration de culpabilité.

« Tu veux un feuilleté à la citrouille ? » proposa-t-il en lui tendant un feuilleté moelleux.

« J'adore ça. » accepta Astoria avant de s'emparer du feuilleté et de mordre dedans.

Daphné se pencha en avant, observant le visage de sa demi-sœur avec avidité. Astoria mastiquait énergiquement son feuilleté, un sourire satisfait sur les lèvres. Puis, au fil des secondes, son visage afficha une mine confuse puis dégoutée. Elle recracha soudainement la bouchée.

« De la viande. » murmura-t-elle en observant le reste du feuilleté dans sa main. « Il y a de viande là-dedans ? »

Dans le feuilleté, on pouvait apercevoir un mélange brunâtre, ressemblant peu à de la citrouille.

« Oh vraiment ? » s'enquit Justin. « Je n'ai pas dû te donner le bon feuilleté. »

« Je suis végétalienne ! Ça fait dix ans que je n'ai pas mangé de viande. » s'exclama Astoria avec horreur.

Immédiatement, Justin commença à balbutier des justifications pitoyables.

« Pourquoi tu as menti ? » s'écria Astoria, devenant soudainement hystérique.

Elle était désormais au bord des larmes. Face à elle, Justin semblait mortifié.

« Mais… Je…Ce n'est pas... » bredouilla-t-il.

« Merlin, je crois que je vais être malade. » annonça soudainement Astoria d'un air dramatique.

Elle se releva soudainement, la main sur sa bouche avant de se ruer sur la porte. Justin, paniqué, la suivit en dehors la pièce, criant son nom à plein poumons.

Daphné, pour sa part, était éprise d'un fou rire interminable. Elle était penchée sur le sofa, se tenant les côtes pour calmer son hilarité. Après quelques minutes, elle effaça les larmes qui étaient apparues au coin de ses yeux. La scène avait été plus divertissante qu'une partie de Quidditch.

Elle avait demandé aux elfes de préparer des feuilletés à partir d'ingrédients particulièrement appétissants : tripes de diablotin, foie de porlock et boyaux de véracrasse.

Astoria ne consommait jamais d'aliments provenant de production animale. Elle savait à quel point ce régime alimentaire était important pour sa demi-sœur et voir son visage confus tandis qu'elle mangeait le feuilleté n'avait pas eu de prix.

Daphné – 1, Affreuse 0, inscrivit-t-elle dans son carnet personnel avant de quitter à son tour la pièce, un rictus satisfait ornant son visage.

Fin du chapitre

J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !

A très vite pour la suite -

Fearless