Merci encore pour vos commentaires, ça me fait tellement plaisir d'en recevoir ! :) Même si je ne réponds pas individuellement à vos messages, sachez que je prends le temps de vous lire, et que ça me donne vraiment envie de continuer !

Bref, place à l'histoire, qui avance progressivement vers sa résolution finale...


Les aiguilles filaient à toute allure sur son réveil, mais Marinette restait plantée devant son armoire, incapable de se décider. Jean ou jupe ? Rose ou noir ? Et si elle optait pour une robe, finalement ? Non, clairement, ça serait trop flagrant… Rah ! Tout était beaucoup plus simple le mois dernier. Pourquoi les choses étaient-elles devenues si compliquées ? C'était la faute d'Alya, aussi. Elle voulait absolument la convaincre qu'Adrien en pinçait pour elle. Elle lui répétait sans cesse que sa tenue aux couleurs de Chat Noir lui avait tapé dans l'œil, et qu'il n'arrêtait pas de la regarder. Et si ce n'était que son imagination ?

Marinette avait bien remarqué qu'Adrien avait changé d'attitude, mais elle peinait à y croire. Il avait rougi quand elle avait arboré son débardeur noir, d'accord… Seulement il s'était vite retourné et ne lui avait plus adressé la parole de la matinée. Le lendemain, elle avait pris son courage à deux mains pour l'inviter à déjeuner. Elle s'était penchée sur son bureau, avait tapoté son épaule pour qu'il se retourne. Étrangement, il avait rougi et avait répondu sans oser la regarder dans les yeux… Et Marinette s'était demandée ce qu'elle avait pu lui faire ou lui dire pour le mettre mal à l'aise. Ce n'était pas sa tenue, cette fois, car elle avait mis un t-shirt blanc des plus simples…

— Justement, Marinette ! Un t-shirt blanc ! avait répété Alya, incrédule. Mais tu ne te rends même pas compte de la vision que tu lui as offerte quand tu t'es penchée vers lui ? Tu as des formes, tu sais ?

Adrien Agreste pouvait-il, sincèrement, avoir remarqué Marinette Dupain-Cheng ? Elle avait voulu en être certaine, alors elle avait… Joué au chat, si on peut dire. Elle avait frôlé son bras. Elle s'était penchée sur son bureau en chuchotant dans sa nuque pour qu'il lui passe un stylo. Elle avait proposé qu'ils déjeunent ensemble, pendant qu'Alya et Nino étaient occupés à préparer le pique-nique de la classe… Et chaque fois, Marinette avait mélangé ses mots, avait trébuché, bref, s'était rendue tellement ridicule qu'il n'avait forcément eu que de la pitié pour elle.

— Je suis une cause perdue, soupira-t-elle en jetant un regard désespéré à son reflet.

Tikki flotta jusqu'à sa joue pour lui apporter une caresse réconfortante et secoua la tête.

— Pas du tout, Marinette ! Alya a raison. Tu plais à Adrien, c'est évident, et tu es la seule à ne pas le voir !

— J'aimerais bien avoir autant confiance en moi que vous deux, soupira la jeune fille, mais je ne sais pas comment agir devant lui, je perds tous mes moyens…

— Comment Ladybug réagirait-elle ? demanda Tikki. Quand tu endosses le rôle de super-héroïne, tu débordes de confiance en toi !

— Mais, sous le masque, c'est différent ! Je ne suis plus Marinette, je suis la super-héroïne de Paris !

Tikki fit la moue, dépitée par les réticences de sa porteuse. Puis une autre idée lui vint, alors elle esquissa un sourire et proposa :

— Et avec Chat Noir ?

— Quoi, avec Chat Noir ?

— Eh bien, tu ne portais pas de masque, la dernière fois qu'il est venu, et pourtant tu ne manquais pas de confiance en toi ! Tu n'as qu'à t'imaginer qu'Adrien est Chat Noir, et agir en conséquence…

Marinette fronça les sourcils, sans pour autant répliquer, et Tikki espéra que son idée allait porter ses fruits. C'était un coup digne de Plagg, et c'était presque trahir le secret de l'identité de Chat Noir, mais… Elle ne parvenait pas à s'en vouloir. C'était mauvais signe. Cela voulait dire que l'attitude de Plagg commençait à déteindre sur elle. Ou alors, c'était juste qu'elle avait vraiment hâte que ces deux-là tombent dans les bras l'un de l'autre. En tout cas, elle ne pouvait être plus heureuse quand Marinette se décida enfin sur sa tenue.

Tikki approuva d'un signe de tête et Marinette s'habilla, le cœur battant. Elle était déjà en retard, bien sûr. Elle attrapa son téléphone d'une main pour prévenir Alya. La réponse de son amie ne se fit pas tarder :

Heureusement que j'avais prévu le coup ! -) Le RDV est dans 15 minutes pour les autres !

Marinette soupira, un sourire accroché aux lèvres, et remercia Alya d'un message inondé de coeurs. Puisqu'elle avait un peu de temps devant elle, elle décida de changer un peu son look. Plutôt que ses couettes habituelles, elle attacha ses cheveux en un chignon improvisé sur son crâne, qu'elle noua avec un ruban vert. Après un instant d'hésitation, et repensant aux paroles de Tikki, Marinette fouilla dans son tiroir, à la recherche de son grelot, et l'ajouta au ruban dans ses cheveux.

— Comme si c'était Chat Noir, hein ? répéta-t-elle.

Elle fixa son reflet, fronça les sourcils, et se tira la langue. Parfait ! C'était beaucoup plus facile d'imaginer son partenaire et ses pitreries. Elle fit un dernier tour par la salle de bain, passa un peu de gloss sur ses lèvres, avant de quitter sa chambre.

De son côté, Alya regrettait déjà son message. Elle n'aurait jamais dû la prévenir qu'elle avait décalé l'heure du rendez-vous juste pour elle car, malgré son délai, Marinette était encore la dernière. Tous les autres étaient arrivés, et ils s'étaient déjà installés autour du skatepark. Alya regardait l'heure sur son téléphone en désespérant de voir arriver son amie. Enfin, ce qui la rassurait, c'est qu'un autre agissait de même. Adrien prenait un air détaché, mais il ne s'était toujours pas assis dans les gradins. Il restait debout à guetter l'entrée, se balançant sur ses pieds.

Alya s'empara de son téléphone et adressa un message à Marinette :

Dépêche, ma vieille ! Il y en a un qui s'impatiente… -)

Puis elle se retourna pour jeter un œil à Adrien, juste quand il pivotait, l'air de rien. Mon Dieu, c'était trop drôle à voir ! Comment Marinette pouvait-elle encore en douter ? Alya avait pourtant juré à son amie qu'Adrien rougissait chaque fois qu'elle s'adressait à lui. Le pauvre garçon avait même frémi, FRÉMI ! quand Marinette avait chuchoté dans sa nuque, pour lui demander un stylo. Et que dire de ce déjeuner qu'ils avaient pris ensemble dans la cour ? Le blondinet l'avait clairement dévorée du regard pendant toute l'heure, sans savoir qu'Alya les observait depuis la fenêtre d'un étage.

Il arbora la même expression quand Marinette arriva enfin au rendez-vous, et Alya n'en rata pas une miette. Il avait un sourire caché au coin de ses lèvres, et une lueur intense dans son regard. La manière dont il la dévorait des yeux, avec une telle avidité… Bon sang, si seulement Nino pouvait la regarder avec des yeux pareils ! Quoique, ça ne devrait pas être autorisé en public, ces regards-là ! Peut-être faudrait-il qu'elle ait une conversation sérieuse avec Adrien. Alya doutait que Gabriel Agreste prenne le temps d'évoquer la notion de consentement à son fils…

— Désolée pour le retard ! s'exclama Marinette, essoufflée. Vous ne m'avez pas attendue exprès, si ?

Alya s'apprêtait à répondre en râlant, mais la voix d'Adrien fut plus rapide.

— Ça valait le coup d'attendre, souffla-t-il.

Ses mots avaient dû dépasser sa pensée, car Alya remarqua qu'il rougissait et passait une main dans sa nuque, gêné par sa propre audace.

— Il y a beaucoup de monde, déjà, mais vous devriez pouvoir vous faufiler vers les gradins du fond, suggéra Alya.

— Et toi, alors ? demanda Marinette.

La jeune fille fit un geste de la main pour dissiper son inquiétude.

— Nino m'a gardé une place, t'inquiète !

Elle se détourna, et ajouta d'une voix audible d'elle seule :

— Et puis, je ne voudrais pas perturber vos préliminaires…

Sa dernière réplique n'était pas faite pour être entendue, bien sûr, mais c'était sans compter l'audition fine d'Adrien, qu'il avait hérité de son rôle de héros de Paris. Il sentit ses joues se réchauffer, jeta un regard vers Marinette. Heureusement, elle n'avait pas entendu. Malheureusement, elle se penchait vers lui, offrant une vue imprenable sur son cou et… Et il releva les yeux vers son visage, c'était plus prudent. Avec un sourire timide, Marinette posa la main sur le son bras.

— Bon… Eh bien, on y va, Adrien ?

Il avala difficilement, d'autant qu'il ressentait une vague électrique se répercuter dans tout son corps au contact de sa main. Et cette tenue, bon sang ! Elle avait un chemisier cintré, dont la teinte claire laissait apercevoir par transparence les bretelles roses de son soutien-gorge sur ses épaules, et un short qui lui allait à ravir et laissait voir la peau veloutée de ses jambes.

Marinette baissa les yeux sur sa tenue, mal à l'aise. Est-ce qu'elle avait une tâche quelque part ? Est-ce qu'elle était ridicule ? Est-ce qu'elle avait mal choisi ? Elle sentit la main de Tikki se poser sur sa cuisse à travers son sac et se ressaisit. Non. Fini les doutes. Faire comme avec Chat Noir. Elle releva les yeux, affronta le regard d'Adrien en espérant se convaincre qu'il s'agissait d'un autre.

— Il faut que je t'emmène, alors ?

Elle devait être rouge comme une tomate, mais elle tint bon. Elle s'empara de la main du garçon et, puisque c'était plus facile quand elle ne l'avait pas sous les yeux, elle avança en le tirant derrière elle. Il se laissa faire, à la fois décontenancé par son attitude, et ravi par ses doigts qui s'emmêlaient aux siens. Et puis, de dos, il pouvait la contempler à loisir…

Non, non ! Adrien, ressaisis-toi ! Pense à Ladybug !

Mais non, vraiment, rien à faire. Comment penser à Ladybug quand il avait sous les yeux une créature aussi divine que Marinette Dupain-Cheng ? Quand il avait la nuque de Marinette Dupain-Cheng offerte à son regard ? Cette peau rose qui sentait bon les effluves de vanille, sur laquelle il aurait été si facile de poser les lèvres… Elle avait remonté ses cheveux en un chignon qui lui donnait un air différent, plus espiègle, et… Oh, non.

Elle avait mis le grelot.

Le cerveau d'Adrien se déconnecta pendant une bonne minute après cette découverte, car il était assailli de visions dans lesquelles il glissait sa main dans ses cheveux pour faire teinter le grelot. Dans lesquelles il dénouait le chignon pour faire tomber le grelot. Dans lesquelles il glissait sa main sur sa peau pour récupérer le grelot…

— Adrien ? Ça va, tu n'es pas trop serré ?

Oh si, il commençait à se sentir à l'étroit dans son jean.

— Oh, non, non ! Ça va ! finit-il enfin par répondre.

Il détacha son regard de Marinette pour reporter son attention sur le skatepark. En vain. Comment pourrait-il se concentrer ne serait-ce qu'une minute sur ce qui se passait sur le terrain, alors qu'elle était si près qu'il sentait son parfum et la chaleur de sa peau ? Marinette leur avait trouvé des places en haut des gradins, mais c'était si étroit qu'elle devait se coller à lui pour ne pas tomber du bord.

— Bon, alors, je n'aurais pas besoin de m'asseoir sur tes genoux ! remarqua-t-elle.

Il écarquilla les yeux et pivota brusquement, pour constater son sourire amusé. Mon Dieu, se rendait-elle seulement compte des images qu'elle faisait naître dans sa tête ? Il ne résista pas et se pencha vers elle pour répliquer :

— En même temps, vu ta petite taille, il va bien falloir que je te porte si tu veux voir quelque chose…

Chat Noir. Chat Noir. Chat Noir ! Marinette se répétait son nom en boucle comme un mantra pour ne pas céder à l'explosion de panique qui la gagnait. C'était déjà un miracle en soi qu'elle ait pu monter les escaliers sans que ses jambes cèdent à la pression. Elle sentait encore des picotements dans sa main, là où la peau d'Adrien avait touché la sienne. Sans parler de leurs épaules collées l'une à l'autre, et du parfum qui se dégageait de lui…

— Tu serais étonné de savoir ce que les gens de ma taille sont capables de faire, répliqua-t-elle en ajoutant un coup d'épaule.

— Je vois surtout que vous aimez provoquer. Méfie-toi, ou je pourrais me laisser tenter…

Elle secoua la tête amusée, et s'apprêtait à répondre quand les hauts-parleurs se mirent à crier la voix du présentateur, qui annonçait le début de la compétition. Alors, Marinette se contenta de lui tirer la langue, et reporta son attention sur le skatepark. Alix était la première à entrer en piste, et Marinette se concentra sur ses gestes, et la musique rock qui accompagnait ses figures. Penser à autre chose, pour calmer cette vague de chaleur qui montait en elle, et cet espoir fou qui gonflait dans son cœur. Se calmer. Ne pas se ridiculiser. Penser à Chat Noir. Chat Noir !

De son côté, Adrien était incapable de détacher ses yeux du profil de la jeune fille. Ses yeux d'azur. Son sourire. Ses lèvres qui luisaient de rose. Son cou où étincelait une fine couche de sueur. Quel goût pouvait-elle avoir ? Il aurait bien aimé le savoir. Alors, quand une mèche rebelle se détacha de son chignon pour flotter sur son cou, juste sous ses yeux, il ne put pas s'en empêcher. Il leva la main vers elle et la remonta sur l'oreille de Marinette, caressant sa peau du bout des doigts au passage. Elle tourna vers lui des yeux écarquillés, et il se figea, la main encore si près de son cou… Il avait le cœur qui battait la chamade, et il sentait ses joues se réchauffer. Alors, pour cacher cette émotion qui s'emparait de lui, il se para d'un air taquin et lui lança :

— Ça chat-touille ?

Surprise, elle ouvrit la bouche puis la referma, sans trouver une réponse. Finalement, elle leva les yeux au ciel, tandis qu'un sourire s'étirait sur ses lèvres.

— Tu es dans la lune, aujourd'hui ? demanda-t-elle.

Il fronça le regard, étonné.

— Non, pourquoi ?

Elle se tourna vers lui, le regard malicieux, et se pencha vers son oreille pour répondre :

— Parce que ton humour, c'est un des astres.

Il fallut un instant à Adrien pour se remettre de la sensation (son souffle sur son oreille !), et pour saisir le jeu de mot. Alors, il se fendit d'un sourire.

— Si tu t'y mets aussi, c'est vraiment qu'on est félin pour l'autre !

Il vit le rouge monter à ses joues, tandis qu'elle tournait la tête, incapable de le regarder dans les yeux.

— Un vrai pitre, souffla-t-elle.

Il saisit l'opportunité pour continuer, malicieux :

— Oui, je pourrais même en écrire des chats pitres !

Elle se retint de rire, mais il devinait qu'elle n'était pas loin de céder. Alors il embraya, ravi de son expression :

— Tu sais pourquoi tu ressembles à un félin ?

Elle tourna la tête vers lui, intriguée par la question.

— Tu donnes ta langue au chat ?

Elle pinça les lèvres et haussa les épaules, déclarant forfait.

— C'est parce que tout ce qui est à toi est au siamois ! déclara-t-il.

Un instant, elle le fixa sans réagir. Puis il décela une étincelle dans ses yeux, et son sourire qui s'étirait. Elle souffla en secouant la tête, sans cacher son amusement, puis leva la main vers lui. C'était un geste machinal, et elle ne se rendit compte de ce qu'elle faisait qu'une fois qu'il était trop tard. Elle appuya sur son nez, et soupira :

— Dans tes rêves, mon chaton.

Ce fut quand il écarquilla les yeux de stupeur qu'elle réalisa ce qu'elle venait de dire, ce qu'elle venait de faire, et elle écarquilla les yeux à son tour avant de se détourner, rouge de honte. C'était un cauchemar, forcément, et elle allait se réveiller. Elle n'avait pas pu appeler Adrien par ce nom. Elle n'aurait pas osé. Mais voilà, à force de se répéter le nom de Chat Noir… Elle avait fini par y croire, l'espace d'un instant. Non mais franchement, quelle idiote ! Adrien et Chat Noir, la même personne ? C'était ridicule.

Forcément.