Disclaimer : The 100 et ses personnages appartiennent à leurs créateurs, je n'ai pour propriété que le bazar que j'en fais.

Rating : M

Warning : Cette fan-fiction contient des sujets sensibles comme la dépression, le viol, la drogue, la pédophilie, le suicide, ainsi que plusieurs relations LGBT+. Si cela peut d'aucune manière atteindre à votre intégrité mentale, vous êtes libre de ne pas vous imposer ce récit.

Note de l'auteur : Les musiques sont toujours disponibles sous la playlist [SKAIKRU] Murphy. L'acte deux est sur le point de se finir, et il temps d'enfin comprendre ce qui a brisé Skaikru et leurs membres.

– Votre chieuse attentionnée


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I'm not in love – Kelsey LU

« I'm not in love so don't forget it.

It's just a silly phase I'm going through.

And just because I call you up,

Don't get me wrong, don't think you've got it made.

I'm not in love. »

Ça fait un an qu'ils ont créé Em Pleni. Un site, tout con, et ils y publient les injustices et scandales qu'ils rencontrent au fur et à mesure de leur carrière resplendissante. Un an, à enquêter silencieusement, à publier des informations confidentielles dans l'espoir qu'elles seront un jour découvertes et qu'ils obtiendront gain de cause. C'est Blake qui a eu l'idée, le lendemain de la découverte de son ami, comme solution pour la vengeance à laquelle Murphy aspire.

On est en 2007, et le compteur de vue a explosé depuis quelques mois ; l'affaire Jaha a fait la une des journaux. Un directeur artistique de la boîte « Grounders », évincé du banc de décision après son coming-out forcé. Né femme, il a transitionné jeune et dans un monde d'homme blanc puissant, la vérité fait danser les langues et changer les avis. La décision abrupt sous des motifs mensongers a été exposée sur leur site avec la certitude qu'encore une fois, l'information passerait entre les mailles du filet. Ça n'avait pas été le cas. Un partage, puis dix, puis mille. La presse s'est emparée de l'affaire, Jaha a obtenu justice et assez d'argent pour lancer son propre label avec le soutien de l'opinion générale. Em Pleni est devenu un phénomène, le début branlant de leur recherche de justice. Dans l'ombre, sans que personne ne sache qui gère ce début de révolution, ils continuent à déterrer les affaires sordides.

Dans le club de nuit, les lumières s'emmêlent et la musiques assourdit les secrets. Dans les fauteuils du carré VIP, entre deux corps pressants, dans les coins épargnés par les néons, des milliers d'histoires qui se déroulent dans le silence. C'est là où ils viennent, chaque soir, pêcher de nouveaux scandales, démasquer les pourritures qui viennent assouvir les désirs et les péchés sans en récolter les conséquences. Ils observent, apprennent, entre deux danses et deux verres.

Blake est célèbre ; il connaît les gares abandonnées et les bouches de métro condamnées qui se hantent le temps d'une nuit d'âmes puissantes qui viennent succomber à leur pires envies parmi une foule oublieuse. Il y emmène Murphy, soir après soir, sous le pas du commun des mortels, se saouler et danser. Ils y découvrent les péchés et les chantages, les rumeurs y coulent plus rapidement que l'alcool, les langues se délient sous l'éthanol. La chaleur les étouffe, ils se fondent dans la foule et perde pied. Sous les lumières saccadés, entre les dizaines de corps qui se déhanchent, sur le sol poisseux et tanguant, les pensées s'échappent, ils s'échappent.

C'est l'enfer, et ils ne s'y aventurent jamais sans l' monde obscur et pourri, effrayant et flottant, hors de portée de la réalité, loin des soucis et de la loi. C'est une dimension obscure où tous deviennent leur nature la plus sale et la plus profonde, une dimension de noirceur et de liberté où enfin Blake embrasse Murphy et Murphy goûte à sa peau bronze et sel. Ils sont descendus dans les limbes à deux, ils sont deux à se condamner et le goût de l'interdit et de la laideur emplit leur bouche et leur âme. Pas de retour en arrière, l'enfer à jamais, l'obscurité et les flammes, ils s'en moquent. L'un contre l'autre, c'est eux à jamais, qu'importe où. Qu'importe que le monde brûle et que les hommes blessent, qu'importe les lumières glauques et les rumeurs nauséeuses, l'odeur de charogne et de mensonge. L'enfer, ils s'y sont engouffrés sans un instant d'hésitation, juste le regard de l'autre et la certitude qu'ils se suivraient jusqu'au dernier sous-sol du monde.

Sous terre, quand la musique s'emballe et les secrets s'amoncellent, il n'y a personne pour remarquer deux âmes qui s'embrassent sous le sons des basses, sur la piste de danse bondée. Personne pour relever que Blake Bellamy, célébrité parmi tant d'autres, sors des toilettes avec un autre homme et le dévore des yeux sous les lumières flashs. Dans la fumée, le monde entier se fout que contre lui, c'est Murphy qui ondule. Il y a quelque chose d'euphorique dans l'opportunité d'aimer Bellamy devant des centaines de personnes, quelque chose qui bouleverse ses tripes d'emmêler ses lèvres au siennes au beau milieu d'une pièce quand il passe leurs journées à se cacher derrière les murs rien que pour un baiser. Dans l'enfer, les péchés arrachent leur naïveté et une part de leur humanité qu'ils cèdent sans un regret pour quelques secondes de plus contre l'autre et l'ivresse de la liberté qui leur fait tourner la tête. Ils sortent chaque matin, alors que le soleil se lève, pour une nouvelle journée de travail, et chaque jour ils se sentent un peu plus vide, un peu moins seul. Ils bruleront pour ce qu'ils ont vus, ce qui s'est gravé sur leurs rétines sans qu'ils empêchent l'action. Ils bruleront pour leurs nuits dans l'alcool et la drogue, pour les joints qu'ils ont partagés, pour leur âme flottant dans la débauche même. Ils bruleront, ensemble. Ils brulent déjà, contre la paume de l'autre, sous le regard de l'un. Ils brulent déjà, d'une passion qui les dévore et les aspire, d'un amour qui ne se dit pas mais se vit à mille à l'heure. Qu'importe les flammes, qu'importe que l'enfer les avale et les recrache, nuit après nuit, leur esprit hanté des baisers fiévreux qu'ils ont échangé. Ils se suivront jusqu'au coeur le plus brulant de la terre et se réduiront en cendre. Mais pas tout de suite. Tout de suite, ils vivent et meurent au rythme de la musique qui perfore leur tympans et noie leurs pensées. Tout de suite, ils prennent revanche sur des hommes qui pourrissent le monde du spectacle et de l'art, qu'ils admiraient de loin mais haïssent de près.

L'enfer, ils s'y sont suivis, s'enfoncent toujours un peu plus quand l'un fait un pas de plus dans les abysses. Ils n'en ressortiront jamais, damnés, à jamais. Ça n'a aucune importance. La cocaïne, la vodka, le corps de Bellamy, si c'est cela l'enfer, il veut bien mourir demain. La musique du jour, le monde flou la nuit. L'obscurité pour se cacher, les néons pour se contempler. Les horreurs qu'ils y verront, la nausée qui leur restera, le glauque et le moche, qui s'efface sous les baisers. L'enfer. Et Bellamy pour l'aimer.

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Sucker – JONAS BROTHERS

Par égard pour Monty qui n'aime toujours pas la foule tant que ça, ils ont décidé de ne pas aller en boîte tout de suite et de commencer par un karaoké bien arrosé. On les a installé dans un petit salon avec la discrétion de rigueur et ils y ont commandé trop de bouteilles pour espérer s'en sortir intact. S'il est honnête, Murphy apprécie la compagnie des trois êtres qui ont peuplé les vingt premières années de sa vie. Tout n'est pas parfait, mais ils retrouvent par bribes leur équilibre d'antan à quelques points près. De temps à autres, l'ambiance redevient inconfortable et ils peinent à reprendre leur traits d'enfants enthousiastes et innocents qui parlaient de tout et de rien avec légèreté. De temps à autres, Murphy oublie l'hypocrisie de Blake et l'ironie que c'est le voir rire avec Monty et se laisse à se joindre au fou rire. Mais le froid est là, en sous-texte. Monty et Jasper s'évite aussi, plus ou moins, au grès des heures, parfois copains comme cochon, parfois comme chien et chat, incapable même de se regarder dans les yeux. Le bassiste parle un peu moins, rit un peu moins, et tous se sentent insidieusement sale et stupide en sa présence maintenant qu'ils l'ont embarqué dans cette histoire et que l'asiatique semble décidé à faire comme si de rien n'était. Personne n'ose poser la question, tous se demande s'il souffre une nouvelle fois en silence mais n'ont pas le courage de demander. Avec le temps, la culpabilité s'efface, mais jamais elle ne disparaît. Dix ans après, ils continuent à la sentir grignoter leur entrailles et ronger leur coeur. Murphy trouve surréaliste de les voir assis ensemble dans ce minuscule salon, à boire et chanter ensemble comme ils le faisaient plus jeunes. Confortable dans le passé, et quand il vient à se rappeler qu'ils sont dans le présent, quelque chose de sournois vient pincer ses poumons et rend son souffle amer.

Face à face, Jasper et Monty se dispute sur un sujet très flou, l'alcool aidant à délier les langues et les tensions. Le son de leur argumentation bancale et incompréhensible a un goût d'antan qui réchauffent leur poitrine malgré eux. L'éthanol les libère du poids qui pèse sur leurs discussions, très vite leur tête tourne, un peu, assez pour cessez les hostilités et la gêne. Ils redeviennent des gamins, s'époumonent sur des airs dépassés, sans aucune pitié pour leur cordes vocales ; le prochain concert est dans deux semaines, ils ont le luxe de se casser la voix si ça leur chante.

Quand une énième chanson s'affiche sur la télé, c'est Blake qui s'empare du micro avec entrain, et tous comprennent quand il se lève avec enthousiasme que le show va commencer pour de bon. Étrangement, quand il est hors de scène, Blake est du genre sobre, que ce soit sur la piste de danse ou en répétition. Mais quand l'adrénaline des projecteurs et les cris de la foule rentrent en jeu, plus rien ne l'arrête. Pourtant, quelque fois, un micro à la main et l'alcool dans le sang, ils ont pu remarquer que l'australien se lâche enfin et devient la bête de scène qu'il est malgré le manque de public. Le compte à rebours se lance, il prend le tempo.

We go together
Better than birds of a feather, you and me

We change the weather, yeah

I'm feelin' heat in December when you're 'round me

Première note, il la touche avec justesse malgré le whisky et la vodka, la basse se lance et Monty fait mine de jouer en même temps, tandis que Blake recule au mur pour secouer ses épaules en rythme en même temps qu'il continue à chanter sans même regarder l'écran. Il la connait par coeur le salop. Jasper se lance dans un beatbox improvisé quelques peu branlant, dû aux verres de trop. Les trois comparses échangent un sourire entendu, Murphy espère qu'ils iront se faire écraser sur la première route à portée. Si Blake voulait être moins discret, il lui aurait roulé un patin. Le brun a tendance à virer sentimental quand il boit [trop]. Ridicule.

I've been dancin' on top of cars and stumblin' out of bars

I follow you through the dark, can't get enough

You're the medicine and the pain, the tattoo inside my brain
And, baby, you know it's obvious

Il grimace, Blake se propulse du mur pour onduler sur la mélodie, enchaine le pré-refrain sans difficulté, comme une évidence. Il tournoie sans pour autant perdre sa justesse et se laisse tomber à genoux devant lui quand le refrain se lance tandis que Jasper frappe sur une batterie imaginaire. Monty est passé au piano, il appuie dans le vide en battant des pieds dans le vide, il considère l'espace d'un instant de se perdre dans le regard brulant de son amant qui se trémousse à ses pieds.

I'm a sucker for you

You say the word and I'll go anywhere blindly

I'm a sucker for you, yeah

Any road you take, you know that you'll find me

I'm a sucker for all the subliminal things

No one knows about you, about you

And you're makin' the typical me break my typical rules
It's true, I'm a sucker for you, yeah

L'hésitation ne dure qu'un instant, le compositeur tend le pied pour pousser Blake loin de lui et le chanteur se laisse tomber à terre pour se cambrer et se lever avec drame. Il lui envoie un clin d'oeil, il lui répond avec un doigt bien particulier. Pourtant, loin de se décourager, il continue à se déhancher, sans montrer des signes d'essoufflement, et continue à danser, jusqu'à monter sur la table pour sauter à terre et tournoyer à nouveau.

Don't complicate it

'Cause I know you and you know everything about me

I can't remember all of the nights

I don't remember when you're 'round me

Blake a toujours eu quelque chose dans sa façon de se mouver pendant les concerts. Il adorait le voir voltiger et s'animer, la voix portante et le corps gracieux, divinement juste dans chacun de ces gestes, adorait la manière qu'il avait de ne vivre plus que pour la musique, de ne faire qu'un avec la mélodie qu'il avait composé pour lui. Dans ses pas rythmés, le micro qu'il penchait soudainement, puis décrochait pour bondir au son de la batterie qui s'emballait, il y avait une passion irrésistible. Parmi la foule, Murphy savait que le clin d'oeil qu'il lançait lui était adressé à lui, et lui seul. Parmi les fans et les groupies, cet être qui se faisait vague et écume voguait sur des airs qu'il lui avait composé à la note près. Ses mouvements hypnotisant emportait des milliers de spectateurs dans un univers de couleur et de musique. Il était doué.

Il l'est toujours, et à s'emparer l'espace comme un roi conquière un empire, il trouve difficile de ne pas sourire à ses mouvements presque parodiques, proche du dramatique, et le sourire déstabilisant qu'il arbore comme si de rien n'était. Ce soir, c'est de nouveau pour lui que les mots glissent dans sa gorge et s'élèvent dans l'air, pour lui que Blake sors le grand jeu, c'est dans son regard qu'il ancre le sien alors qu'il secoue sa tête et que Jasper continue à frapper l'air comme si sa vie en dépendait.

Il voudrait se vanter de ne rien ressentir face à l'australien qui lui rappelle ce qui faisait courir son coeur et briller son âme quand ils n'avaient que dix-huit ans et que le monde était fait de paillettes et de gloire. Il voudrait se vanter de ne rien ressentir face à son corps qui se mue comme possédé et sa voix qui reprend ses droits dans l'espace exigüe, mais rien n'a changé. Blake est toujours désarmant, il enchaîne toujours les aigus et les graves avec une facilité divine et n'a jamais cessé de faire couler son coeur quand il se donne corps et âme à la chanson qu'il interprète.

Alors il se laisse aller à frapper des mains en rythme et sourire discrètement à la performance effrénée, encouragé par un sourire extatique de Jasper qui s'arrête le temps d'enfiler un nouveau verre. Quelques projecteurs, des lumières pour balancer des couleurs sur son visages, une sono de qualité, et il peut voir l'homme qui fait bouger un public d'un seul élan et illumine un endroit par sa simple présence. Blake n'a jamais changé. Il est toujours l'enfant de douze ans, rayonnant, pleins de rêves et d'énergie à revendre, prêt à renverser le monde et le plier à sa volonté. Charmeur, et Murphy est charmé.

Quand les dernières notes s'égrènent, il se va à applaudir furtivement et le regard qu'ils échangent perce ses poumons, l'empêchant l'espace d'un moment de respirer à nouveau. Il ne devrait pas, il ne devrait pas se laisser avoir par les chansons et les sourires, par les quelques moments d'ivresse de Blake qui le rendent à nouveau jeune et sentimental. Il ne devrait pas se laisser aller à la fantaisie d'une relation qu'il n'auront jamais ; ce qu'ils ont est devenu tranchant et vicieux, il n'y a pas de retour en arrière. Le temps d'une chanson, les vestiges de la tendresse douce qu'ils s'accordaient.

La tête de Blake sur ses genoux alors qu'il s'allonge sur le canapé, épuisé de cette dépenses d'énergie, il observe Jasper et Monty qui se lancent dans une chanson entre deux rires et se demandent s'il n'y a rien qui puissent être réparé.

Quand la chanson se termine et que Jasper se laisse tomber sur eux, ignorant les protestations douloureuses, Monty vient pousser les corps pour se nicher contre eux à son tour et le silence envahit l'endroit, peuplé de chants lointains, entrainants mais sournoisement faux. Confortable, au milieu des trois personnes avec qui il a grandit, Murphy peut retrouver la chaleur qu'il ressentait toutes les après-midis quand tous se laissaient tomber les uns sur les autres entre deux répétitions et se moquaient de Cage et ses manières ou d'un camarade qu'ils exécraient. Peut-être que rien n'a jamais rien changé malgré le temps et les horreurs. Peut-être qu'ils peuvent retrouver le bonheur qu'ils avaient avant. Peut-être qu'il peut aimer Blake, peut-être que Blake peut l'aimer.

Il a trop bu.

Il a envie de vomir.

Il reste, il a chaud, et froid à l'intérieur. Il écoute les respirations qui se répondent, profite de ce moment de quiétude qui ne durera pas vraiment. Solennel, personne n'ose briser la paix éphémère. Elle est fugace, elle est précieuse. Ils ont trop bu. Parfois boire éloigne les démons et rapproche les âmes.

Il a trop bu.

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New York, I love you but you're bringing me down – LCD SOUNDSYSTEM

« New York, I love you but you're bringing me down,

Like a death of the heart,

Jesus, where do I start ?

But you're ill the one pool where I'd happily drown»

« Ça va être compliqué. »

Il grimace. Non, ce n'est pas compliqué. C'est très simple. On lui imprime chaque année des centaines de pages et de mots alambiqués pour s'assurer qu'il ne parlera pas. Des papiers dont ils n'ont pas besoin ; Murphy ne parlera pas, il ne ferait rien qui mette mal la carrière de ses amis. Il est prêt à tout pour réussir, mais il lui reste des valeurs. Pour trois personnes dans ce monde, il a du respect et de l'affection, et si Murphy écrase le monde entier pour arriver à ses fins, il écrasera le monde entier pour protéger ceux qu'il aime. Mais ça, les Dante ne le savent pas. Pas vraiment. Il a prouvé à multiples reprises qu'il n'a pas beaucoup de scrupules, il n'est pas vraiment vu comme quelqu'un d'honneur. Alors il signe, encore et encore, des pages que personnes n'est censé voir, et qui ne sont pas censé exister pour tenir sa langue en échange de plus d'argent qu'il n'en aura besoin pour le reste de sa vie. Mais quand il s'agit de lui faire un contrat officiel, tout devient soudainement « compliqué ». Compliqué, c'est un mot valise. Un mot pour dire qu'on a pas envie, que ça demande des efforts qu'on est pas prêt à faire, c'est un mot pour dire non sans explication. Mais au bout de la douzième fois, ça ne prend plus. Ce n'est pas compliqué, ils n'ont juste pas envie de changer l'ordre des choses.

Murphy ne demande pas d'être crédité sur les dizaines et dizaines de chansons qu'il a déjà donné à Skaikru. Il les laisse dans le mensonge, il se fiche de récupérer ses droits dessus, il les laisse au nom de ses ami, ça ne le dérange pas. Mais les nouvelles, celle qu'il continue à composer, ces notes qu'il cherche des nuits durant, il les veut sous son nom. L'argent ne lui apporte plus rien, la gloire par procuration se fait fade. Il veut être reconnu pour son travail, il veut un futur, une carrière. Une carrière plus loin que compositeur fantôme pour le même groupe toute sa vie. Oui, il adore écrire pour Skaikru, rien n'a le même goût exaltant, rien ne l'amuse plus. Mais il a envie de neuf, de nouveau challenge, il a envie d'apprendre et de mordre la poussière. De se diversifier. Et pour ça, il lui faut un nom, il lui faut un début de reconnaissance. Il ne se satisfait plus de l'équilibre qu'il a aveuglément accepté toutes ces années.

On refuse. Les Dante n'y gagne rien, ils aiment l'image de groupe auto-suffisant, l'idée que ces ados créent eux-même leur chansons, ils tiennent à leur histoire. Compliqué, ça ne l'est pas, c'est même très simple ; ils ne donneront pas à Murphy sa reconnaissance au prix d'une partie de leur marketing.

Ce qui change de tous les autres refus, c'est la dispute avec Bellamy. Bellamy qui comprend les adultes et prend à demi-voix leur défense.

« Bien sûr que je veux que tu sois reconnu, c'est juste que c'est compliqué de revenir sur cette histoire de composition aussi tard.»

Ils ne s'engueulent pas beaucoup, ils règlent la plupart de leur désaccord de manière calme, ils acceptent plus qu'ils ne se mettent d'accord. Ils essayent d'apprendre à communiquer mais peinent à parler franchement, essayant avec peine de surpasser la fierté silencieuse de Bellamy et l'instinct à se renfermer de Murphy. Ils y travaillent, en trébuchant, mais bien souvent les efforts ne suffisent pas. Blake ne comprend pas, il a envie de le cogner pour ses phrases qui ne vont pas dans le bon sens. Il ne prend aucun partie, il dit qu'ils ont tous les deux raison dans leur raisonnement. Murphy ne veut pas d'un raisonnement logique, il veut être défendu. Il veut que raison ou tort, le brun se dresse à ses côtés et ne le laisse jamais seul face à la défaite. Et parce qu'il veut prouver à ce stupide australien qu'il a raison et qu'il gagne toujours, il n'est pas d'humeur à se laisser remballer comme à chaque fois qu'il demande à être crédité.

« Très bien, il déclare, et ses yeux grondent d'une tempête qui ne promet rien de bon. Publiez le nouvel album sans mon nom, et il fera la une des journaux le lendemain. Je balance tout à la presse. »

Il bluffe. Il ne ferait jamais ça. Bien sûr, il pourrait demander leur accord à ses trois compères, et il lui donnerait sûrement ; Jasper et Monty musellerait leur camarade s'il faisait mine de désapprouver. Mais John Murphy s'est trouvé une faiblesse, et elle l'empêche de tout foutre en l'air. Mais cela, les Dante ne le savent pas, pas tellement. Ils se doutent, mais prendre le risque semble fou quand on connaît le tempérament du compositeur. Il peut voir à l'expression de Cage que celui-ci considère fortement l'étrangler. A la place, il prononce d'une voix plus froide qu'il ne l'a jamais entendu :

« Tu es sous contrat. On te paye une fortune pour ton silence, il y a assez pour te traîner au tribunal.

– Vous y expliquerez que vous avez fait signer un gamin de quinze ans un contrat illicite pour mentir à des millions de gens. Vous perdrez plus d'argent que moi. »

Il peut voir au regard du trentenaire qu'il a touché juste. Cage frappe la table avec colère, il s'apprête à hausser la voix mais un mouvement de la main de Wallace le réduit au silence, sévère. Il s'assoit à ses côtés, doucement. Il cherche sa confiance ; il est vieux mais vicieux. Il sait profiter de son aura sage pour faire passer les pires nouvelles. Murphy a appris à se méfier de sa peau ridée qui se plisse pour des sourires sincères qui ne le sont qu'à moitié. Il a apprit à mesurer exactement son honnêteté, à déceler la vérité qu'il atténue pour mieux contrôler. C'est un homme intelligent, rempli de bonnes intentions et de mauvaises manières de les exercer.

« Je comprends ton ressenti, il articule avec grand soin. Mais tu peux comprendre qu'il est impossible pour nous de se permettre le luxe d'un tel risque. »

Silence. Il jauge sans un mot, en l'attente d'une entourloupe. Il cherche à le piéger, à l'amadouer. Il connaît les ruses.

« On peut trouver un moyen de s'arranger mutuellement, tu ne penses pas ? »

Nouveau silence. Ne pas baisser sa garde.

« Je ne peux pas te créditer pour ce que tu fais pour Skaikru, continue Wallace. Mais je peux te faire écrire pour d'autre artistes, officiellement. Tu pourrais te faire un nom à travers d'autres célébrités, une vraie carrière, une vraie reconnaissance. Skaikru reste un secret, le reste sera entièrement à ton compte. Qu'en dis-tu ? »

Il en pense qu'il ne demanderait pas mieux. Mais ça, il ne peut pas le dire de suite. Il veut qu'on lui offre tout ce qu'ils ont, alors il fait ce qu'il a toujours fait de mieux ; un tapis.

« Non. Je veux mon nom sur l'album de Skaikru. »

Il bluffe comme il n'a jamais bluffé, et il sait que Wallace essaie juste de comprendre à quel point. Il quitte la pièce sans un autre mot, il les laisse cogiter tranquillement à la meilleure offre qu'ils puissent le faire. Ils trouveront, il leur fait confiance.

Le lendemain, c'est un contrat flambant neuf qui l'attend, rempli de noms plus scintillants que la plus brillante des étoiles. Entre deux lettres, des chiffres indécents. Une promesse de soutien du label, d'une publicité internationale de son travail. Plus de choses qu'il ne lui serait venu à l'idée de demander. Il signe, en réprimant un sourire victorieux. Pour battre un requin, il faut sortir les crocs, et Murphy n'a jamais été du genre à rentrer les griffes facilement.

En quelques années, son nom est sur toutes les lèvres et on se dispute son service. Les offres s'accumulent, la distance entre son nom et Skaikru le sauve d'être entraîné dans le gouffre du scandale. Il brille, s'élève. Tout ce qu'il a voulu au creux de la main, au prix d'une partie de poker qu'il a gagné avec de mauvaises cartes et contre un joueur aguerrit. La partie de poker d'une vie.

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Brocken Crown – MUMFORD & SONS

« So crawl on my belly 'till the sun goes down,

I'll never wear your brocken crown.

I'll take the rope, and I'll fuck it all the way.

And in this twilight, how dare you speak in grace ? »

Ils ont rejoint le club alors que le soleil ne tardera pas à se lever. Qu'importe, ils veulent danser. Mais ils ne se déchaine pas longtemps sur la piste, déjà Blake l'attire derrière lui hors de la foule désinhibée.

Il a l'habitude. Ils faisaient ça souvent, tituber jusqu'au toilettes, clopin-cloppant, tournant le verrou avec fièvre et leurs lèvres qui se rejoignaient avec impatience. Ils baisaient sous les néons glauques et contre les murs sales, le souffle ébréché, les mains brulantes, le son des basses, distantes, à travers les minces cloisons. Ils échangeaient le goût de l'alcool avec délice, s'abreuvant des gémissements qu'il fallait garder bas pour ne pas se faire choper. Dans l'obscurité et l'ivresse, personne ne remarquait jamais le ménage des deux garçons, on oubliait vite avec l'éthanol à flot dans les veines et la musique à fond dans les oreilles.

Il se laisse guider, l'endroit a beau avoir changé, il sait exactement ou le brun le mène. Il le tire par la manche, jamais leurs doigts ne s'entremêlent; c'est tabou. Il y a tant de gestes qu'ils ne se permettent plus. D'autre qu'ils ne se sont jamais permis, par une drôle de pudeur, la passion mais pas l'amour. L'amour en silence. Maintenant qu'il y pense, il n'a jamais embrassé sa tempe, n'a jamais posé son oreille sur sa poitrine. Ils se sont rarement admis la moindre tendresse ou faiblesse, et aucune depuis leur retrouvailles. Ce soir, il veut croire qu'il s'en fout. Il lui semble qu'il a toujours prétendu son indifférence, toujours nié la moindre étreinte pour ne pas perdre de sa superbe. Quand le brun le serrait entre ses bras, il fermait les yeux à s'en fendre les paupières pour oublier que sa poitrine exploserait. Oublier que son âme aurait creusé son foyer, entre les côtes et les cubitus s'elle avait pu. Dans le confort entre la chaire, il se refusait obstinément le luxe de rêver d'y rester une vie toute entière. Fou. Il aurait été fou de croire que jamais Blake ne se lasserait. Il irait se délasser contre d'autres peaux, et lui resterait près de la sienne pour ne pas prendre froid. Il l'aurait suivi, n'importe où, même sans baisers pour se réchauffer.

Sous la lumière torve du cabinet étroit, Blake s'auréole d'une couronne glorieuse. Son roi. Son suzerain, fière et proxénète. Sur lui, il semble que les rayons dorés du soleil et les nuances âcres des ampoules ont toujours coulés avec superbe. Une silhouette coulée dans l'or et le plomb, immuable et splendide. Comme l'orage, il comprend avec stupeur alors que les lèvres s'entrelacent et les souffles s'emmêlent ; dès son plus jeune âge, il s'est fait son plus fidèle serviteur. Toujours dans l'ombre et le silence, avec ses mains guidant les siennes sur la guitare, avant l'exposition de son talent sur une scène euphorique, ou dans les baisers affamés derrière un mur du studio. Éblouissant, il a laissé la lumière l'attirer tel les joyaux de la couronne. Le voilà, dans ses bras, vingts ans de servitude, les oeillères bien en place pour s'accorder le droit de s'aveugler. Sous les paumes de Blake, il est faible.

Son roi.

Il peut avoir le monde entier, embraser la terre sous leur pied, embrasser les hommes sous sa semelle. Murphy n'est qu'un menu fretin. Une proie facile, et il se donne, à bras ouverts, pathétiquement. Encagé par la sensation superbe de l'attention de Blake.

Sous ses doigts, la peau se tend et se fond, il les enfoncent et l'incruste sous ses ongles. Il passe une main sous le T-shirt, il veut le marquer, le dévorer. Le couvrir de cicatrices en son nom. La surface froide du mur carrelé traverse son T-shirt et lui arrache un frisson, compressé entre le corps de feu et le pan de glace.

Quelque chose cloche. Blake n'est pas aussi conciliant, pas aussi patient. Il devrait déjà être penché sur la chasse d'eau, les bras faibles et des mains sur les hanches, le poussant toujours plus à la folie. Il brise le contact - à regret, plaqué au mur, les deux bras de son amant encadrant son visage, à quelques centimètres du sien. Un silence flotte, où chacun tente de lire en l'autre ce qu'il se passe. Il n'y a aucune animosité dans l'expression indéchiffrable du brun. C'est lui qui hait, l'autre joue. L'aînée semble réfléchir. Il le dévisage, silencieusement, et dans son regard obscur, la lumière s'accroche pour dessiner un éclat qu'il dirait peiné s'il ne connaissait pas son propriétaire. Propriétaire qui entrouvre ses lèvres et laisse ses iris manger les siennes.

« Tu me déteste. »

C'est plus une affirmation qu'une question. Blake le lit comme un livre ouvert, la hargne et la paresseuse haine qu'il a accumulé en lui pour compenser la peine. Peine d'être trahi, d'être abandonné, peine de se perdre dans son regard sans jamais pouvoir l'embrasser en public. De la rancoeur, amassée entre son coeur et ses tripes, à ces endroit tendre et fragile où jonchent tous les ressentiments qu'on ancre à jamais. A quelques centimètres de ses lèvres, il peut le faire taire d'un baiser, l'empêcher d'approfondir la réflexion. Bien sûr qu'il le déteste, et Blake sait depuis la nuit des temps qu'il embrasse un cops haineux. C'est cela, la dynamique de leur relation. Mais Murphy a bu, Murphy est fatigué d'expulser sa colère violente entre deux coups de hanches, entre deux gémissements. Il y a des mots qu'il n'a pas pu dire, des mots que le brun a fuit pour ne jamais avoir les entendre et il meurt envie d'enfin les cracher. Il se rebute à confirmer les propos, à la place il souffle contre son visage trop proche :

« Tu m'as abandonné. »

Le visage de Blake disparaît dans sa nuque et les lèvres enflamment sa clavicule.

« Si j'étais resté, tu aurais voulu de moi ? il l'entend murmurer contre sa peau.

– Tu aurais du m'en parler, il halète, alors qu'une main conquérante vient se poser dans le creux de sa hanche. C'était notre truc. Ce n'était pas juste, pour moi, pour Monty, pour personne. C'é-… C'était la pire façon de gérer la situation. »

La langue de Blake sillonne derrière son oreille et vient à nouveau se perdre dans sa nuque tandis que sa paume se fait insistante sur son entrejambe. Il se sent couler, il n'y a rien de plus déloyal que de noyer ses mots ainsi. Il devrait choisir, la chair ou les mots, mais il se sent incapable d'échapper au contact du brun.

« Tu n'as pas répondu, lâche le brun avant de mordiller la lobe de son oreille. Tu aurais voulu de moi ? »

Cela fait des millénaires que Blake n'a pas fait ça. Leur donner du temps, parcourir le corps pâle, goûter l'épiderme. Ils agissent dans la rapidité et la violence. Ce soir - matin ? les caresses le perdent dans le désir et l'incompréhension. Le bras toujours en appui à sa gauche, Blake continue à sucer et lécher la peau qui s'offre et Murphy est incapable de réfléchir. Il réussit à assembler ses pensées pour grogner :

« De nous deux, c'est toi qui ne voulais pas de moi. »

La réponse ne se fait même pas attendre, l'australien glisse une jambe entre les siennes et s'attelle à déboutonner son pantalon avec difficulté, à l'aveuglette, le visage se nichant un peu plus dans le creux de son cou, en même temps qu'il halète, souffle brulant contre lui :

« Je passais mon temps libre à te baiser dans les moindres recoins de l'internat; Internat que j'ai intégré alors que j'avais une maison confortable à cinq minutes je te ferais remarquer. Je croyais que c'était plutôt clair que je te voulais. »

Le compositeur sent sa tête tourner, il fait trop chaud. Il secoue sa tête, furtivement, accroche ses doigts au mur lisse, à la recherche désespéré d'un repère. Il abandonne sa fierté et laisse une main se perdre dans la chevelure bouclée et prie le ciel de le sortir de cette situation étriquée. Il peine à retrouver ses mots alors que la main de Blake se referme avec satisfaction sur ce qu'il cherchait et laisse un gémissement rauque s'échapper. Un sourire se dessine contre sa peau, orgueilleux. Jamais depuis son retour Blake ne l'a touché ainsi, pas même dans ses songes nocturnes. C'est au delà des règles et des non dits. Brisant un pacte qu'ils ont écrit implicitement avec solennité.

« En… secret, il crachote, agacé. Tu… Tu voulais pas d-… de moi en put- ! … public. »

À l'injure, il le sent dans son cou le brun souffler du nez et il le sait narquois. Les mouvements se font plus irréguliers, il cherche à le frustrer. Ce connard s'amuse follement. Pourtant, quand il quitte sa position pour pouvoir plonger son regard dans le sien, il est affreusement sérieux.

« Tu avait une carrière brillante devant toi, il chuchote. Tu aurais voulu la gâcher avec ton nom affilié au mien dans les tabloïds?

– Te fous pas … de moi Blake, il le contredit. C'est… c'est toi que ça aurait tu-… tué de t'afficher avec… moi.

– Je m'affichais parfois avec des mecs Murphy.

– Tu … les baisais.

– Je te baisais aussi. »

Il accélère et Murphy se voit obliger d'agripper son bras, toujours solidement ancré au mur, pour ne pas flancher. Blake ment, au monde, à lui-même, il sait pertinemment là où il veut en venir. L'australien l'embrasse, il se laisse faire quelques secondes avant de difficilement répliquer :

« Je te… putain, je peux plus –… Blake, rien n-… n'a changé.»

Son nez repose contre le sien, il a fermé ses yeux pour ne plus voir ses yeux l'avaler, pour perdre pied en paix. Il a parlé si bas que les mots ont sûrement été happés par leurs baisers. Il sent des lèvres picorer les siennes, tracer leur contour, il se sent aspiré par la jouissance, oublie où il est. Jure, beaucoup, pour garder bonne figure.

La respiration haletante, il reste obstinément dans les ténèbres. Pantelant, la respiration embrasé de Blake contre sa joue, il refuse de faire face à son sourire victorieux. Sa chaleur s'éloigne, doucement, un bruit de papier toilette arraché se fait entendre, suivit d'une chasse d'eau. Il reboutonne son pantalon et se laisse glisser au sol, glacé malgré les ébats. Là, il laisse ses paupières lever le voile et la lumière entrer. Il y a des jambes devant lui, des baskets. Il expire, il lui faudrait un verre ou une cigarette, quelque chose pour intoxiquer ses poumons tremblotants et ses pensées débraillées. Le visage de Blake apparaît soudainement, accroupi, et il se penche vers lui. Les boucles en désordre, l'air sérieux, la peau rougi, le chanteur est rarement aussi exposé. Il l'embrasse, plus doucement, laisse son front contre le sien et reprend sa respiration avec un sourire discret.

« Tout a changé Murph', il chuchote, les yeux comme des puits pour l'engloutir et ne jamais le relâcher. Viens en tournée. Avec moi. »

Il s'apprête à rétorquer, l'idée est stupide, mais le brun l'empêche de parler en le devançant :

« Rien ne t'attend là-bas, il argumente, pas de contrats excitants, pas d'amis. Tes amis seront sur la route, ta meilleure source d'inspiration aussi. L'excitation des concerts, les afters, tu as toujours adoré ça. Comme au bon vieux temps. »

À bien y réfléchir, il n'y a jamais eu de bon vieux temps. Tout a toujours été tordu et brumeux, douloureux et assourdi par les basses. Il n'a aucune raison de le faire, aucune raison de laisser Blake l'emporter encore une fois dans ses valses étourdissantes et ses entreprises folles. Il n'y a aucune raison de se laisser empoisonner et envahir par le brun, aucuns arguments qui ne devraient être suffisant pour contrecarrer le plus important de tous; il hait Blake et Blake le conduira à sa perte.

« Okay, il lâche dans un souffle. Okay. »

C'est la pire des réponses, la pire des décisions. Leur toute dernière interaction, datant de moins de deux minutes, est à elle seule la preuve que jamais rien ne les réparera. Qu'aucune de leur conversation n'est jamais correct. Un coin de la bouche de l'australien se relève avec contentement et il se relève pour quitter les toilettes sans rien dire d'autres. Sûrement qu'il l'attendra sur la piste de danse, ondulant comme si rien n'était arrivé, le corps décharné et les passions ravivées. Ils ont ce qu'ont peut décrire la pire relation que le monde n'ai jamais vu évoluer. Il le suivra en tournée. Parce qu'il est stupide. Stupide et dépendant.

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Demon Host – TIMBER TIMBRE

«It was real, and I repent,

All those messagers you've sent,

Clear as day, but in the night,

Oh I couldn't get it right. »

Le tambourinement sur sa porte le réveille bien plus tôt qu'il ne l'aurait voulu. Son réveil affiche neuf heures tapantes, il maudit le con qui est venu déranger sa grasse mat'. Il réfléchit à la meilleure manière de l'étriper quand il ouvre la porte avec lassitude et fait face à Jasper, les cheveux désordonnés, le visage déformé. Une sonnerie de téléphone l'accompagne, mais son ami ne semble pas décidé à décrocher.

« Putain Jasper, qu'est-ce que tu fous à – »

Le brun ne le laisse pas finir sa phrase, il s'engouffre dans sa maison, sors son téléphone - qui s'époumone toujours - et raccroche, de toute évidence les nerfs en pelote.

« T'as pas vu ? », il demande, le nez sur son écran alors qu'il pianote, raccrochant les appels qui lui parviennent toutes les secondes. Il lui tend l'appareil, et Murphy remarque qu'il tremble. Il se charge lui-même de virer le nouvel appel entrant pour pouvoir regarder ce que Jasper veut lui montrer. Il n'a le temps de voir que la bannière d'un site avant que le téléphone affiche à nouveau un numéro. «Em Pleni». Il sent son coeur s'accélérer ; personne n'a pu découvrir, si ? Ils ont toujours été si discret, comment aurait-on pu remonter le fil jusqu'eux ? Jasper lâche un soupire hystérique ;

« Putain mais on peut pas bloquer les numéros du monde entier ? »

Murphy rejette l'appel et se charge lui-même de passer l'appareil en mode avion pour leur accorder un instant de paix. Il repose son attention sur la fameuse page que lui a ouvert son ami. En gros titre, se suivent des lettres qui enterrent son coeur six pieds sous terre.

« Skaikru : Le bassiste Monty, abusé dès ses 14 ans par Cage Wallace, manager »

Il parcourt avec difficulté les quelques lignes qui suivent, essaie de ne pas perdre pied.

La première chose qu'il parvient à penser, c'est que si ce n'est pas lui qui a publié cette information, c'est que Bellamy l'a fait sans son accord. Il ne comprend pas. Rien ne fait sens.

La deuxième chose qui parvient enfin à s'imposer à lui, gelant son sang, glaçant sa trachée, c'est que c'est vrai. Quelque chose en lui sait. Sait qu'il n'y a aucune diffamation, aucun mensonge, et que la vérité crue et nauséeuse vient de percuter les dalles de son foyer pour ne plus jamais le quitter. Il réussit à balbutier avec difficulté :

« Monty ?

– Il n'était pas chez lui et il ne répond pas au téléphone, répond Jasper, mais sa voix fait des embardées. Pareil pour Bellamy.

– Ses parents ? il tente, mais il imagine mal l'asiatique se réfugier là-bas.

– J'ai vérifié. »

Il sent son coeur tambouriner à ses oreilles, le monde tourne, il se laisse tomber sur le canapé. Il pense à son propre téléphone, sur sa commode, qui doit être assailli de milliers de notifications et d'appels manqués.

« Depuis quand ?

– Une heure. »

Il secoue la tête, essaye de trouver dans les millions d'heures derrière lui la trace de l'horreur qui se déroulait.

« Est-ce que c'est vrai ? il réussit à trouver le courage de demander.

– Je sais pas, Jasper répond, dans un gémissement, ça peut pas être possible. »

Il a envie de se couler au sol, de laisser la tempête passer; en sécurité dans la terre. Il ne peut pas. Il faut être là.

« Tu as eu Dante ?

– Il m'a dit de nous taire jusqu'à nouvel ordre et de rester cloitré.

– T'es chez moi, il fait remarquer.

– Tu répondais pas, grimace le batteur. Et les journalistes ne viendront pas ici. J'ai laissé un message à Bellamy et Monty pour leur dire de nous rejoindre ici. »

Murphy opine, abasourdi, il est impressionné avec quelle intelligence Jasper a pensé l'affaire. Lui n'est pas capable de réfléchir. Il lâche un putain, trop perdu pour trouver d'autres mots. Un deuxième, pour le bordel dans lequel ils sont. Un troisième, pour la peine qu'il l'assaille. Un quatrième, pour la colère qui pointe son nez à l'idée qu'on ai pu faire vivre ça à son ami. Un cinquième, pour la rage que le monde entier l'apprenne en même temps que lui. Un sixième, parce qu'une part de lui ne veut pas y croire. Un septième, parce qu'une part de lui sait que c'est vrai. Un huitième, parce que Bellamy a trahi leur pacte de ne jamais rien faire sans lui. Un neuvième, parce qu'il vient de tout foutre en l'air sans aucune raison. Un dixième, onzième, et un défilé d'autres, toujours plus fort, les yeux mi-clos et l'envie de foutre un pain dans la vie. Il rouvre les yeux, contemple son ami d'enfance, toujours debout, immobile, le regard hagard, les jambes tremblotantes.

« Je te fais un café ? »

Doucement, la tignasse brune acquiesce. Il s'oblige à se lever, ignore l'envie de vomir qui serre ses entrailles et passe une main dans le dos de Jasper pour l'inciter à avancer vers la cuisine avec lui. Il y a des centaines de questions qui lui viennent à l'esprit, des centaines de mot qu'il a envie de prononcer. Des « pourquoi », des « quand », des « comment on a pu ne pas le voir ». Il épluche chaque journée, mentalement, cherche les moments où Cage aurait pu atteindre Monty sans qu'ils le remarquent. Il cherche des paroles, des signes, une preuve que cela se déroulait.

Il pense à toute les fois où ils ont balancé des informations sensibles sur le site, toutes les interrogations qu'il se posait avant, la précaution avec laquelle il dévoilait l'infamie. Il se demande pourquoi Bellamy ne lui a pas demandé son avis, pourquoi il a imposé la honte à Monty, pourquoi il l'a acculé de la sorte. Il a toujours su qu'un jour l'australien perdrait patience et passerait à l'étape au-dessus, ils se disputaient de plus en plus sur le sujet ces derniers mois. Il ne pensait que cela commencerait par ses proches. Il ne pensait pas qu'il était devenu assez obsédé par leur quête chevaleresque pour ainsi livrer sa presque-famille en pâture à l'opinion publique.

Quand il est sûr que Jasper n'est plus sur le point de s'effondrer, il part s'emparer de son téléphone, ignorant les milliers de messages et d'appels manqués, principalement des Wallace, de Jasper et de son agent le priant de ne rien dire, malgré son amitié connu avec le groupe et l'appartenance au même label. Il fait défiler les notifications du blog qui s'accumulent, entre les commentaires et les partages. Il ne comprend pas, ne comprend pas que Bellamy ait balancé en pâture à une masse d'inconnue une telle affaire. Il ne comprend pas qu'avant de lui en parler à lui, il l'a dévoilé au monde entier. Il ne comprend pas un tel acte de trahison et d'irrespect, envers lui, mais encore plus envers Monty. Entre la peine et la confusion, une boule amer de colère et de chagrin se forme.

Il fait défiler, toujours plus, pour trouver la toute première pierre de l'édifice, la première chute de l'avalanche. Huit heure dix ; premier appel de Dante. Huit heure cinq, un appel de la presse. Huit heure, premiers partages et commentaires sur son site.

Là.

Sept heure cinquante-neuf ; un message de Bellamy ; « Désolé. ».

Sept balles dans le coeur, homme à terre. Les larmes qu'il a enfoncées loin dans sa trachée pour ne pas céder devant son ami remontent dans sa gorge, brulante et s'y coincent douloureusement. Il appuie, entre deux secousses, sur le correspondant pour l'appeler. Messagerie automatique.

Il préférerait mourir que d'entendre la voix mécanique de Bellamy, il raccroche, appuyant à l'aveuglette sur l'écran qu'il ne distingue plus, la vision trouble des mers salés qui se déversent jusqu'à sa nuque. Monty ne répond pas non plus, il n'est pas surpris.

Ensemble, même dans l'enfer, ils avaient promis. Promis de ne jamais s'abandonner, de se soutenir dans les pires des horreurs. Promis de se venger, ensemble, de grandir, à deux, de mourir, pour l'autre. Il savait que rien ne durerait à jamais, il n'a jamais cessé de ressentir cette menace grondante dans ses entrailles qu'un jour tout s'écroulerait. Pessimiste, on dit. Pragmatique, il réplique. Le bonheur a une date d'expiration.

Il n'avait pas prévu que Bellamy serait celui qui provoquerait sa fin, il n'avait pas prévu d'y faire face seul. « Désolé. ». C'est si peu. Si peu, pour tant de peine et de questions.