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Retour aux sources

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Shinddha, le visage tourné vers le ciel, semblait paisible.

C'était un moment hors du temps. Plus de vengeance, plus de peur et de haine, rien que la paix et la tranquillité de l'eau douce...
La pluie ruisselait le long de son visage. Il avait ôté son masque et un sourire enfantin l'illuminait. Les gouttes qui rebondissaient sur ses paupières closes, disparaissaient dans ses cheveux ou à la commissure de ses lèvres.

Il gouttait la pluie, s'en désaltérait et une force calme emplissait tout son être.

Pour la toute première fois, Bob comprit ce qu'était un semi élémentaire et ce qu'il voyait le fascinait. Ce n'était pas, comme pour lui, une origine honteuse à la puissance intéressante. Non, c'était tout autre chose.

Shin 'était' l'eau.
Fragment d'une Nature puissante et terrible incarné en un timide archer. Un cataclysme contenu dans une bulle de savon, équilibre fragile mais pourtant parfait...

En cet instant, il acceptait pleinement sa nature et, comme l'eau, il était apaisé.

Les nuages lourds s'amoncelaient, gris clair s'assombrissant jusqu'à l'anthracite. La pluie, toujours plus épaisse cherchait à s'infiltrer dans la terre. Rien ne pouvait les arrêter, c'était leur destinée.
Une lumière jaune filtrait à travers les denses créatures d'eau qui avaient envahi le ciel.
Le vent était tombé. Pas un souffle d'air ne les agitait.

Leurs gouttes où dansaient imperceptiblement une ronde de sable chutaient. Elles fendaient le ciel dans un calme absolu, rebondissant sur les obstacles que le destin avait mis sur leur route. Rien ne pouvaient les atteindre, elles roulaient sur les feuilles, s'infiltraient à travers les mailles des vêtements de nos aventuriers pour enfin disparaître dans le sol.

La fine pluie printanière s'était transformé en véritable orage, forçant Grunlek et ses deux acolytes bougonnant à s'abriter, bien que l'eau avait déjà remportée la victoire, rendant abstraite l'idée même d'avoir un jour été sec.

Les quelques flammes magiques furent immédiatement étouffées.
En ce moment et en ce lieu elles n'avaient pas à exister.

Dans cet univers fait d'eau, Shinddha ne percevait aucune violence, rien qu'une froide confiance.
Le tonnerre et les éclairs au loin ne l'atteignaient pas, il ne faisait plus partie de ce monde là.

La magie qui gelait ses veines s'était adoucie au contact de l'eau douce, il la sentait fondre sous sa peau alors que son esprit perdait tout contact avec la terre si dense.

Il était chaque goutte qui heurtait le sol, il était chaque nuage dans le ciel, chaque larme...
Une multitude mais une seule entité.

La vie. En une minuscule gouttelette de pluie.
La mort aussi.

Shin haïrait toujours sa nature élémentaire. Il lui devait sa survie, il lui devait sa souffrance et sa vie, et jamais il ne pourrait se le pardonner.
Il se remettrait à détester son être, mais pas aujourd'hui.
Pas les jours de pluie.

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