Bonjour à vous, ami-e-s terriens et extra/intra-terrestres. Il y avait longtemps, non, depuis le dernier chapitre ? Eh bien, nous y voici. J'ai décidé de faire une fusion de Little Garden et Drum d'où le gros morceau que vous avez aujourd'hui. Et je veux faire une remarque importante qui sera d'actualité pour le futur.

J'ai essayé et essaye encore de donner un potentiel de départ plus important au reste de l'équipage pour que ce ne soient pas la situaiton avec un Luffy ultra OP et des hommes à la traîne. Pour Chopper, c'est plus subtil. Et c'est passé par une suppression. Le Brain Point. Pourquoi ? Parce que j'ai décidé que la force de Chopper serait son cerveau, son instinct, son intelligence. Donc, là où Oda faisait usage du Brain Point, Chopper n'en aura pas besoin et trouvera plus vite la solution. Rappelons aussi qu'après le time-skip, cette "transformation" n'est plus là. C'est tout ce que je voulais dire.

Sur ce, merci à ceux et celles qui lisent l'histoire, notamment à TheSepticPuppet pour son commentaire (Tu vas le trouver beaucoup moins mignon dans ce chapitre, mais je t'en prie, c'est toujours une joie.) et à bientôt !

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- Tu as fini ? demanda Sanji quand Luffy sortit de la cuisine où était le denden.

- Oui, désolé d'avoir tardé. On t'a fait le topo ?

- On doit escorter la ravissante Vivi-chan jusqu'à chez elle pour sauver son pays.

Luffy hocha la tête et sauta sur le pont pour rejoindre son siège sur la tête de proue à proximité de laquelle Zoro roupillait.

- Les nouvelles sont bonnes ? demanda le kenshi sans ouvrir les yeux.

- Pour Vivi ? Possiblement mauvaise. Pour mes sœurs ? Possiblement bonne et mauvaise.

Le sabreur n'en demanda pas plus, laissant Luffy soupirer et regarder le large. Si le Shichibukai avait vraiment découvert l'existence du Ponéglyphe, il chercherait à mettre la main sur Robin. Sa sœur était forte, il n'en doutait pas un instant, mais il avait peur qu'on s'en prenne à elle. Et comme si c'était un fait exprès, Nami vint le voir en retirant le log pose de son poignet.

- Depuis que j'ai vu le bracelet, ça me turlupine, mais… les symboles dessus, ils ont un sens ?

- Tu demanderas à ma sœur aînée, c'est elle qui les a gravés, répondit Luffy. Je vais faire une sieste, à tout à l'heure.

Il sauta de son perchoir et alla rejoindre le dortoir des garçons, King sur les talons.

- Ah, et Vivi ?

Vivi releva la tête de là où elle était assise pour regarder Luffy qui leva un pouce avec un grand sourire.

- Ravi de voir que tu as laissé tomber ton faux accent, il était juste horrible.

La bleue eut un maigre sourire et le regarda aller se coucher. Cela avait été une nuit blanche pour une partie de l'équipage, après tout.

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Vivi s'était changée avec des vêtements un peu plus conservateurs et pratiques que sa tenue de Miss Wednesday. Vue qu'elle ne pouvait que flotter dans les vêtements que Luffy avait pris pour sa sœur aînée (certainement plus grande et plus développée), la bleue avait cherché loin dans les affaires de Nami pour trouver son bonheur, soit un jean et une chemise.

Tout le monde était attablé à présent sur le pont à prendre un petit-déjeuner.

- Ne, Vivi… tu crois qu'on trouvera de la neige ? demanda Luffy en regardant le beau soleil estival qui les éclairait.

- T'es fou, il va pas neiger par ce temps, lui dit Zoro de là où il était affalé contre la rambarde à côté du capitaine.

- Tu dormais la seule fois où il a neigé, alors, je te zut gentiment Zoro, lui répliqua le D. en lui tirant la langue.

Zoro attrapa la langue au vol, la tira sur plusieurs centimètres avant de la relâcher. Si Luffy n'avait pas été assis par terre, contre la rambarde, le retour de son organe élastique l'aurait envoyé à l'eau.

- C'est rare, mais ça arrive parfois qu'il neige, accorda Vivi. L'entrée de la Grand Line est particulière à cause des champs magnétiques des sept routes qui s'y rejoignent, d'où le temps chaotique qu'on y rencontre. Cependant, même si ça s'apaise une fois engager sur l'une des routes, les risques de tempêtes sont plus élevés que sur une mer normale, il faut donc rester en permanence sur ses gardes.

Sauf que voilà, les garçons avaient fini leur petit-déjeuner et se prélassaient paisiblement sur le pont en profitant du soleil. Luffy avait même sorti une bande-dessinée qu'il lisait avec Usopp (et Karoo qui se tenait derrière eux pour lire par-dessus leur tête) pendant que Zoro roupillait avec un King tout aussi assoupi en mode coussin. Sanji débarqua à cet instant avec un plateau contenant des cocktails.

- Oi ! Les barbares ! Qui veut goûter à ma nouvelle recette de cocktail !

Tous les garçons levèrent la main. Karoo devait être tenté aussi puisqu'il leva une aile. King dressa queue et oreilles quand Zoro se contenta de soulever une jambe alors qu'il conservait les mains sous la nuque.

Cela eu le don d'énerver Vivi qui les trouvait bien trop relax. Nami lui sourit et lui donna un verre pendant qu'elle sirotait déjà le sien.

- Du calme, lui dit la rousse. Ils sont peut-être détendus maintenant, mais tu l'as vu, en cas de tempête, ils savent se remuer. Aucun d'eux n'a envie de mourir.

- Tu as sûrement raison, mais je ne suis pas très rassurée, soupira la princesse en prenant la boisson.

Elle regarda les garçons discutant de tout et de rien pendant qu'ils buvaient leur propre verre. Nami eut un rire rayonnant avec sa paille ente les dents.

- C'est comme ça à bord ! T'en fais pas, tu finiras par te sentir comme chez toi ici, tu verras !

Vivi la regarda en silence, puis tourna son attention sur les garçons sur le pont qui riaient. Il y avait tant d'insouciance dans l'air qu'elle sentait l'énorme poids sur ses épaules s'alléger quelque peu. Oui, elle pourrait se sentir bien ici.

- Oi, venez voir ! On a la visite d'un dauphin ! appela Sanji en posant ses fesses sur une rambarde.

En effet, l'animal en question jaillit de l'eau, sa peau humide luisant dans le soleil, faisant que les gouttelettes qui tombaient luirent comme des diamants.

C'était magnifique.

Sauf que le problème venait du fait que la créature était gigantesque et qu'elle plongeait droit sur eux. Si elle ne les touchait pas, ils allaient chavirer. Ni une, ni deux, tout le monde se mit au boulot pour prendre plus de vent et se tirer du coin avant de finir sous les flots.

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Luffy avait décidé d'utiliser une partie du voyage pour aider tout le monde à prendre en force. Dans le cas présent, c'était Nami qui s'entraînait avec son capitaine. Elle avait confié le log pose à Usopp pendant que Sanji trafiquait quelque chose dans la cuisine. La rousse devait donc combattre Luffy avec un bandeau sur les yeux. Pour rendre le combat plus équitable, ils avaient fait l'échange temporaire de leur bâton de combat. Celui de Luffy était sensiblement plus lourd que celui auquel Nami était habituée, à cause du kairoseki installé à intervalle régulier sur la longueur, mais il était aussi plus long, ce qui lui offrait une meilleure portée contre son capitaine. Après, elle avait dû mal à le trouver. Zoro l'aidait à ne pas tomber à la flotte en la repoussant vers le pont quand elle s'approchait trop du bord ou des escaliers. Luffy, lui, il n'avait peut-être aucun mal à la trouver, mais il restait très raisonnable dans ses attaques, que ce soit dans la puissance ou dans leur vitesse, ce qui permettait à Nami de pouvoir les sentir venir pour riposter ou esquiver.

Elle poussa un cri de joie quand elle parvint enfin à toucher son capitaine.

Sanji décida de sortir à cet instant de la cuisine et lui présenta ses compliments pour avoir réussi un exploit pareil, disant que cela était dû à son intelligence et à sa beauté, avant de se tourner vers Luffy et lui adressa un regard noir.

- Quoi ? demanda le D. en retirant son bandeau.

Il félicita Nami et lui rendit son arme pour récupérer la sienne qu'il défit et rangea.

- On amoche pas Nami-san.

- J'ai fait attention, mais il faut qu'elle apprenne à se renforcer aussi, lui dit Luffy en roulant des yeux. Ce sera tout ?

- J'ai vu que nos provisions ont pris du volume. Tu m'expliques ?

- Vu qu'il y a désormais plus de cadavre à Whiskey Peak que de vivants, grâce à Zoro, ils n'ont plus besoin d'autant de bouffe. Ils ont assez pour durer deux mois et j'ai pris le reste pour nos propres réserves, expliqua Luffy en haussant des épaules.

- T'es certain ?

- Yup. Sans compter que j'ai vu plusieurs Eternel Poses dans leurs affaires qui indiquent des directions différentes, donc, ils peuvent toujours rejoindre la civilisation pour se trouver de la nourriture.

- Dernière chose…

Sanji retira sa cigarette de sa bouche et se pencha d'un air menaçant vers Luffy.

- Tu m'as pas menti j'espère au sujet de ta sublime sœur qui doit se joindre à nous ! Parce que j'en ai pas encore vu la couleur !

- Avec de la chance, on la récupèrera en arrivant à Alabasta.

- J'espère pour toi, ahou gomu.

Et Sanji s'en alla retourner à la cuisine où il s'enferma.

- Ta sœur sait qu'on va à Alabasta ? s'étonna Nami qui défaisait sa propre arme.

- Nop. Mais il est fort probable qu'elle s'y rende.

- Il y a une raison particulière à ça ?

- Hm.

Nami attendit que son capitaine développe, mais celui-ci secoua la tête, montrant qu'il ne dirait rien sur le sujet.

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L'île de Little Garden s'était présentée inquiétante dans un premier temps, sauf pour l'Adrénaline Junkie qui vibrait carrément d'anticipation alors qu'ils avaient tout juste vu un tigre énorme s'effondrer dans son sang et un King pas rassuré pour un sous qui avait malgré tout accepter de suivre Luffy dans ses aventures. Vivi l'avait suivi avec Karoo. Et avec eux, des paniers et des sacs pour ramasser des provisions. De toute façon Sanji et Zoro partirent eux aussi en chasse.

Le pourquoi de ce nom pour l'ile leur devint évident en réalisant que ce bout de terre était habité par des dinosaures et deux géants avec qui l'équipage fit connaissance. Dorry et Brogy, deux géants qui se battaient éternellement au sujet d'une dispute dont ils avaient oublié l'origine. Deux puissants guerriers du royaume d'Elbaf qui utilisaient cette île comme arène pour régler leur affaire… et ce, depuis cent ans.

Cela avait inspiré Usopp et Luffy à deux cents pour cent. Une rencontre face à des guerriers de cette classe et de cette envergure, c'était exceptionnelle. Usopp surtout avait été réceptif à ce qu'il s'était passé. Il rêvait de devenir un guerrier aussi courageux et honorable que ces individus. Un homme prêt à tout mettre en jeu par honneur. Y compris sa vie.

Et c'est grâce à eux qu'ils avaient appris qu'il ne fallait ni plus, ni moins qu'une année entière pour que le log pose se recharge.

Problème plus important, il s'était avéré qu'ils n'étaient pas les seuls sur cette île.

Ils avaient donc fait connaissance avec Mister 3 et sa partenaire Miss Goldenweek. Ils avaient piégé un tonneau d'alcool de leur navire en profitant du fait qu'il n'y ait personne pour les surveiller, interférant avec un combat séculaire et l'honneur de deux guerriers. Par la suite, ils avaient essayé de s'en prendre aux Mugiwaras pour se faire rabattre le clapet proprement (on passera sur l'idée stupide de Zoro de vouloir se couper les pieds pour continuer son combat contre ces idiots).

C'était aussi la première fois qu'ils affrontaient des adversaires qui préféraient la ruse à l'affrontement direct.

Luffy avait tout bonnement perdu le contrôle à cause de ça.

Sur son passage, il ne restait que des corps brisés, à peine vivants, que ce soit Mister 3 et sa partenaire, ou les animaux. Ceux qui avaient été épargnés, ils avaient fini par s'effondrer devant le Haki sauvage et hors de contrôle de l'adolescent.

C'était Zoro qui avait réussi à le calmer, en dépit de ses membres encore engourdis par la cire et de l'état lamentable de ses chevilles. Il s'était contenté de s'asseoir devant Luffy qui montrait les dents et de patienter. Lentement, marchant à quatre pattes comme s'il était un animal, le D. s'était rapproché. Là, Zoro avait bondit et avait refermé ses jambes autour des bras de son capitaine et lui avait plaqué ses mains sur le visage pour l'étouffer. Ils s'étaient débattus un long moment, avant que l'oxygène ne soit plus suffisant dans les poumons du capitaine et qu'il perde connaissance. Zoro s'était alors relevé et l'avait jeté sur son épaule comme un sac de patate.

- L'affaire est réglée, ramenons le fauve au bercail.

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Smoker réfléchissait à autre chose de son côté. Il avait intercepté la conversation entre un inconnu et Mr 0, et quelques mots en étaient ressortis. Princesse Vivi Mugiwara Mister 0 Consignes et Invitée.

Il savait aussi que la princesse était portée disparu et que le royaume d'Alabasta dont elle était originaire était en plein trouble. Cela lui rappelait la conversation qu'il avait interceptée entre Mugiwara et ce « nii-chan » révolutionnaire. Il sentait qu'il devait se rendre en Alabasta pour avoir des réponses. C'est pour cela qu'il ordonna à Tashigi de demander au QG un Eternel Log.

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Luffy revint à lui en toussant et se prit la tête dans une main, le crâne lui donnant l'impression de se fendre en deux.

- Tu vas bien ?

Luffy ouvrit les yeux pour voir Nami avec la peau couverte de suie et légèrement rougie, juste en haut de bikini. La rousse s'était accroupie devant sa tête pour lui demander comment il se sentait.

- J'ai un mal de tête de la taille d'East Blue, bougonna le capitaine en s'asseyant.

- Si c'est que East Blue, ça va encore, commenta laconiquement Zoro de là où il était assis sur un arbre coupé.

Le D. eut un maigre rire en réponse et un petit sourire quand King prit sur lui de lui lécher le visage.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda le capitaine.

- Tu as perdu le contrôle, se contenta de lui dire Zoro.

- Y'a longtemps qu'on a pas vu quelqu'un avec un Haki pareil ! Tu caches bien ton jeu, petit homme ! Le Haoshoku pour un garçon si maigrelet, c'est surprenant ! sourit Brogy.

Luffy perdit immédiatement son sourire, se crispant comme si on l'avait frappé. Lentement, il attrapa la capuche de sa veste et la ramena sur son crâne par-dessus son chapeau de paille.

- Vous faîtes erreur, je l'ai pas.

- Pourtant…

- Je n'ai pas le Haoshoku.

Les deux géants froncèrent les sourcils mais Nami et Zoro secouèrent la tête pour leur dire de ne pas insister.

- On s'est trompé, admit Dorry.

Et heureusement pour eux, Sanji débarqua à cet instant pour prendre de leurs nouvelles, avant de s'arrêter, sous le charme de la tenue minimaliste de Nami.

- Tu étais où ? demanda Nami.

- Eh bien, je reviens d'une sympathique discussion avec Mister O ! annonça le cuisinier en retirant sa veste pour que Nami puisse se couvrir. Il m'a pris pour Mister 3 alors j'ai joué le jeu. Je lui ai dit que nous étions morts et il m'a demandé de revenir rapidement parce que le moment était bientôt venu et qu'il voulait de l'aide pour rendre plus docile son invité. J'espère pour lui qu'il ne s'agit pas d'une Lady ou ça va barder.

Sanji remarqua alors Luffy étrangement silencieux qui caressait d'un geste machinal King.

- Ben alors, tu nous fais quoi ? Tu boudes ?

- Un léger incident, tu te souviens, comme quand l'autre idiot a affronté Mihawk, rappela Nami avec un air entendu.

Sanji hocha lentement la tête, avant d'afficher un sourire moqueur et de se pencher vers son ami assis par terre.

- On dirait un gosse qui a fait pipi au lit. Monkey D. Luffy aurait-il des fuites urinaires ?

La comparaison eut le don de faire rire tout le monde, sauf Luffy qui resta silencieux à continuer de caresser King.

- Tu sais Sanji, le log met un an à se recharger ici, donc, je vais avoir largement le temps de t'entraîner. Et je n'ai aucune raison de te faire de cadeaux, annonça froidement le D.

Le sourire du blondinet fondit comme neige au soleil.

- Je vais creuser ta tombe, lui dit Usopp en essayant de retenir son rire.

C'est là que le cuisinier frappa dans son poing comme s'il se rappelait quelque chose.

- Je suis sauvé, j'ai trouvé un Eternel Log Pose pour Alabasta.

Quelle belle revanche de couper le sifflet à tout l'équipage. De joie, Vivi lui sauta au cou en remerciement.

Oui, c'était une excellente journée.

Il était temps de reprendre le large.

Inutile de s'attarder sur la bataille entre Zoro et Sanji pour savoir qui avait fait la plus grosse prise. Les bêtes et les fruits avaient été rangés dans le navire, avant que tout le monde ne monte à bord. Les géants étaient venus leur faire leurs adieux, les sauvant d'un monstre marin ressemblant à une carpe-koï géante. Un sympathique spécimen assez gros pour porter le doux nom de Dévoreur d'Île (Usopp eut d'ailleurs l'impression que c'était quelque chose d'étrangement familier, mais il n'arrivait pas à savoir d'où).

Cette aventure les marqua suffisamment pour qu'ils veuillent à leur tour visiter Elbaf.

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Luffy n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais il sentait que quelque chose n'allait pas sur son navire. Est-ce que c'était le contre-coup de sa perte de contrôle ?

Non, ça venait d'autre chose.

Son regard tomba sur Nami qui s'était laissée glisser le long du mât en soupirant.

- Je n'en peux plus, toutes ces péripéties m'ont exténuée... Tiens Vivi, tu peux surveiller le cap ?

La navigatrice donna en souriant l'Eternel Log à Vivi qui l'accepta en silence.

- Tu es contente ? Tu vas pouvoir bientôt rentrer chez toi. Enfin, il nous reste du chemin, alors, espérons que tout se passera sans accroc.

- Oui, je dois absolument rentrer chez moi maintenant que je sais comment sauver mon pays, sourit la demoiselle.

Son air s'assombrit en songeant à Igaram.

- Je retournerai à Alabasta en vie, je l'ai promis.

Sanji arriva à cet instant avec de la nourriture pour les filles pour les aider à se relaxer. Sauf que voilà, il apprécia très peu la visite de King qui s'approchait d'un pas déterminé vers eux.

- Oi ! Luffy ! Y'a de la bouffe pour la peluche dans la cuisine.

Avec un soupir, Luffy descendit de sa rambarde. Ce devait être son imagination ou la fatigue mentale. Il avait besoin de repos. Il appela son partenaire à quatre pattes en allant vers la cuisine, mais le félin l'ignora. Il s'approcha de Nami avec un miaulement inquiet.

- Tu te fais du souci pour moi, la peluche ? sourit la rousse. C'est la meilleure tactique pour avoir de la nourriture de la part de Sanji, ne ?

Elle prit un petit four dans l'assiette que lui avait apporté le cuisinier et voulu le donner à la panthère, mais elle s'effondra sur un côté en gémissant doucement.

Immédiatement, Luffy fut à ses côtés et lui prit la température.

- Merde ! Elle a une forte fièvre !

Il n'en fallut pas plus pour qu'on la mette au lit sous la couverture avec une serviette humide sur le front. Mais impossible de savoir d'où venait le mal. Peut-être une fièvre à cause du climat ? Après tout, la météo changeante était connue pour rendre malade la majorité des marins qui entrait sur la Grand Line.

- Qui est le médecin de votre équipage ? demanda Vivi à Usopp et Luffy alors qu'ils étaient au chevet de Nami pendant que Sanji pleurait toutes les larmes de son corps.

- Nami est celle qui a le plus de connaissances médicales en général. Je maîtrise à peine les premiers secours… murmura Luffy. J'ai voulu essayer d'apprendre, mais j'ai jamais réussi à retenir et aucune de mes sœurs n'avaient des connaissances très élaborées dans le domaine.

- Quoi ?! Vous avez pris le large sans médecin ! s'étrangla Vivi. Mais vous êtes venus les mains dans les poches en pensant que c'était une promenade de santé !

- J'aurais pris le temps de chercher un médecin si des salopards n'avaient pas tout bonnement décidé que je devais finir à Impel Down avant même d'avoir atteint ma majorité ! s'emporta Luffy. Tu crois que ça m'amuse !?

Luffy tourna les talons et quitta la pièce en claquant la porte. Il récupéra le log qui avait été confié à Zoro qui continuait ses exercices avec des altères pour renforcer ses muscles, et alla se mettre à la barre.

- Luffy, reviens, il y a un problème, appela Usopp en passant le nez dehors.

Avec un claquement de langue, le D. quitta la barre et rejoignit l'intérieur. Nami était de nouveau consciente et elle s'était assise sur le lit. Vivi avait un journal entre les mains qu'elle étala sur le bureau de la rousse.

- S'passe quoi ?

- Trente mille soldats de l'armée d'Alabasta sont passés à l'ennemi, lui résuma Sanji.

- La situation se corse à Alabasta, haleta Nami. Ce journal date d'il y a trois jours… je suis désolée de ne pas te l'avoir montré avant… mais il nous reste tellement de chemin à faire et je ne voulais pas t'inquiéter…

Et elle se tira de dessous la couverture pour sortir du lit. Pendant un instant, ce n'était plus une jeune femme rousse que Luffy avait devant les yeux, mais une fille d'à peine douze ans en haillon mais tout aussi malade, avec des yeux gris fiévreux et larmoyants sous des cheveux noirs.

- Tu comprends Luffy ? demanda Nami en coupant son capitaine de ses pensées.

- Il nous faudrait combien de temps pour atteindre Alabasta ? demanda Luffy à Vivi.

- Une semaine au bas mot, souffla la bleue qui lisait le journal avec inquiétude.

- Tu tiendras pas une semaine, Nami, pointa le brun.

- Dis pas de bêtise.

- Toi, dis pas de bêtise ! Pas dans ton état !

Doucement, Nami se leva du lit et chancela vers le pont en récupérant le log de la main de Luffy.

- Le thermomètre est cassé, ce ne doit être rien de plus qu'une vilaine insolation. Merci de vous en faire pour moi.

Quand la porte se referma, Vivi tomba à genoux.

- Si je ne me dépêche pas d'enrayer le processus, c'est la fin d'Alabasta, gémit-elle. Le pays entier passera entre les mains de Crocodile !

Elle cacha son visage dans le journal en sanglotant.

- Rentrer en vie ne suffit plus ! C'est une course contre la montre ! Si je ne rentre pas à temps, mes sujets vont s'entre-tuer ! Un million de personnes vont se faire la guerre !

Dehors, Nami était en train de s'engueuler avec Zoro parce qu'il avait décidé de se fier aux nuages pour maintenir le cap et non pas au log pose. Sauf que la fièvre était réelle et en dépit de son mal de tête, elle s'obstinait à vouloir faire la navigation. On ne pouvait pas confier décemment la direction d'un navire à Zoro.

Elle releva le nez en sentant un changement dans l'air.

- Va chercher les autres.

Le vert soupira, cessa ses exercices et alla chercher le reste de la bande pour les ramener sur le pont.

- Oi ! Ramenez-vous ! appela Zoro. Faut mettre la barre plein sud !

Tous les pirates sortirent de la cabine, et regardèrent le vert.

- Bizarrement, j'ai pas envie d'obéir quand c'est toi qui donnes les ordres, lui dit Sanji en avançant à reculons, les mains dans les poches pour fixer le marimo.

- Ferme-là et remue-toi, lui dit Luffy.

- On doit hisser les voiles pour prendre le vent de bâbord. Ordre de la sorcière.

- Pourquoi toi ce remue-ménage, Nami-san ? s'enquit le blond alors que Luffy maniait les voiles.

- Un vent violent approche, je le sens.

Et King sentait que la navigatrice n'était pas dans son état normal parce qu'il la tirait par un bout de sa veste pour la ramener vers la cabine. Inquiet, Luffy sauta de l'espar sur lequel il était et se rapprocha pour poser sa main sur le front de Nami.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda la rousse.

Luffy retira sa main rougie par la chaleur.

- Je suis désensibilisé à la chaleur et pourtant, je peux sentir que tu as de la fièvre. Va te coucher !

- Arrête de dire des conneries, je vais très bien, c'est ma température normale !

- Normale ?! C'est celle d'Ace et je te parle d'une putain de logia !

- Retourne t'occuper de la voile !

Sanji intervint à son tour essayant de lui dire d'être raisonnable même si c'était pour Vivi, puis Usopp en rajouta une couche, mais elle ne voulait rien savoir. Puisque lutter contre son entêtement ne revenait à rien, les hommes retournèrent à la manœuvre du navire, laissant la rousse haletante contre le bastingage, observant le large.

Ce n'était pas une tempête qui couvait, mais elle savait que c'était dangereux.

C'est là que Vivi sortit sur le pont pour dominer le pont et se faire voir de tout le monde.

- J'ai une requête à formuler, dit-elle. Je sais que je suis mal placée pour la faire, alors que vous m'avez déjà généreusement permise de monter à votre bord, mais la situation en Alabasta l'exige. Et il me faut absolument y retourner le plus vite possible. Le temps m'est compté pour sauver mon royaume.

Tous les pirates la regardèrent en silence attendant qu'elle dise ce qu'elle avait derrière le crâne.

- C'est pourquoi je me permets de vous demander de pousser votre navire à sa puissance maximale en direction d'Alabasta.

Nami lui offrit un sourire embrassé dans le silence des hommes sur le pont.

- Ne t'en fait pas, nous te l'avons promis.

- Parfait. Alors, dirigeons-nous tout de suite vers une île où on puisse trouver un médecin. Nous devons absolument nous assurer que Nami guérisse, puis ainsi faire voile immédiatement vers Alabasta. Il n'y a qu'ainsi que ce navire atteindra sa vitesse maximale.

Et elle sourit à ces pirates qu'elle commençait à voir comme des amis.

- Exact, c'est la route la plus courte pour te permettre de rentrer chez toi ! approuva Luffy en souriant.

- C'est vraiment raisonnable, ça ? demanda Usopp avec perplexité. Tu devrais pas te soucier de ton peuple à la place ?

- C'est ce que je fais, c'est pour ça que j'ai fait cette demande.

- Bien dit, Vivi-chan ! approuva Sanji. Les filles comme toi sont les plus craquantes !

- J'admets que tu as du cran, lui dit Zoro en hochant légèrement la tête.

- Je suis navrée de vous impliquer dans les problèmes de mon pays, s'excusa Vivi.

- Tu sais, parfois, ça a du bon d'être un peu égoïste, lui pointa Luffy avant d'avoir une mine pensive.

Pourquoi est-ce qu'il ne rencontrait que des filles qui refusaient de songer à elles quand c'était important ?

Nami admit enfin qu'elle se sentait mal et s'effondra. Pile au moment où elle allait enfin voir ce qu'elle avait senti.

Un cyclone. Un énorme cyclone venait de se former juste à l'endroit où ils auraient été si Nami ne leur avait pas fait changer de cap. C'était incroyable. En dépit de son état de santé, la rousse avait réussi à prédire l'arrivée du cyclone sans l'aide d'aucun instrument alors que ces créations de la Grand Line étaient les plus imprévisibles de toute.

Nami était une navigatrice de talent, c'était tout juste si la mer ne lui parlait pas pour la mettre en garde.

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Vivi entra dans la cabine avec une assiette de soupe pour voir Nami allongée dans le lit, King affalé sur elle pour lui tenir chaud et la garder au pieu.

- Tiens, voilà de quoi manger.

- Merci, sourit faiblement la rousse. Pousse le sac de Luffy et installe-toi.

- Tu veux de l'aide pour manger ?

La navigatrice lui sourit pour toute réponse et se redressa faiblement. Immédiatement, King passa dans son dos pour lui tenir lieu de dossier alors que Vivi déposait le plateau sur les jambes de la malade avait de retirer le sac de la chaise du bureau et de le poser sur le lit qu'elle occupait.

- Luffy aime bien faire des mystères sur sa famille, dit la princesse pour lancer la conversation.

- Tu sais, le simple fait qu'il t'ait donné son nom complet est une énorme preuve de confiance. Tu serais surprise du nombre de personnes qui l'ont reconnu à cause de ça.

- Il a des ennuis ?

- Très gros, mais ce n'est pas à moi de t'en parler.

Lentement, Nami attrapa sa cuillère et commença à manger sa soupe. Vivi s'assit au bureau et regarda le bazar dessus. Un sachet de tissu ouvert, contenant des biscuits secs, trainait au milieu de bandes dessinés. Curieuse, Vivi prit un des biscuits et croqua dedans en parcourant les titres sous ses yeux.

- Qu'est-ce que c'est ?

- De la lecture made in Luffy et Usopp. Ils avaient peur que je m'ennuie, mais je passe mon temps à dormir, alors, j'y ai pas touché, dit faiblement Nami en prenant une autre cuillère de son repas.

- Hmm… c'est gentil de leur part.

Elle remarqua que l'un d'eux avait un marque-page fait d'une photo et l'ouvrit à cet endroit pour se retrouver nez à nez avec l'image d'un jeune homme souriant d'une vingtaine d'années, au visage fin et bien fait, des yeux d'un bleu lumineux qui fixait l'objectif d'un air amusé. Ses cheveux bouclés blonds, mi-long, ne cachaient pas la trace de brûlure qui lui marquait une bonne parcelle de la gauche de son visage pour descendre dans son cou et sa chemise blanche, sobre et élégante au col très légèrement ouvert. Malgré la posture relaxée qu'il avait, après tout il était accoudé à une table pour lire et reposer son visage dessus, le blond se tenait droit avec une certaine élégance et il avait croisé ses jambes dans une posture quasiment parfaite. Ce genre de chose, elle ne l'avait vu qu'auprès de la noblesse.

- Qui est-ce, tu le sais ?

Nami détourna la tête de sa soupe pour voir la photo. Il plissa un peu les yeux avant de hausser des épaules.

- Son frère, je suppose.

- Ils ne se ressemblent pas.

- Adoptif.

Vivi garda le silence. Oui, l'adoption existait, exact.

- Vivi-chan, dis-moi… le biscuit que tu manges, c'est celui du paquet sur les bandes dessinées ?

- Oui pourquoi ? J'aurais pas dû ? s'enquit la bleue en reposant sa photo.

- Finis-le et range le paquet dans son sac avant que Luffy ne le réalise. S'il apprend que tu as mangé ce biscuit, il ne te laissera jamais quitter l'équipage.

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La neige tombait dru dehors. La température chutait de plus en plus bas alors que celle de Nami continuait de monter.

Luffy en était à plus de vingt-quatre heure sans avoir fermé l'œil de la nuit et il tournait en rond sur le pont comme un animal en cage.

C'était à croire que la Grand Line avait décidé de lui rappeler de mauvais souvenirs. Parce que neige et maladie combinées lui rappelaient toujours la fois où il avait bien cru perdre sa sœur devant la maladie quand ils étaient gosses.

C'est Zoro qui le coupa de ses pensées macabres.

- Ano…

Usopp et Luffy, les deux seuls sur le pont, levèrent le nez vers le nid de pie où était le sabreur.

- Vous me croirez si je vous dis que je vois un type qui se tient debout à la surface de l'eau ?

- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu délires ou quoi Zoro ? demanda Usopp.

- Alors expliquez-moi ce qu'il y a devant nous.

Les deux bruns en bas se regardèrent puis se tournèrent vers le large pour voir que dans la direction qu'ils empruntaient, un homme se tenait bel et bien immobile à la surface de l'eau. Il était habillé chaudement de laine et il restait là, immobile, comme s'il attendait quelque chose. Quand le Merry fut à sa portée de voix, il lança la conversation :

- Il fait plutôt frisquet aujourd'hui, non ?

- C'est vrai qu'il fait pas chaud, admit Usopp. Il fait même un froid de canard.

- Ah bon ? répondit l'étrange homme.

Zoro jeta un œil à Luffy en le voyant se préparer à sortir de sa ceinture son arme. Mais ils n'eurent pas le temps de faire quoi que ce soit qu'une sorte de pastèque géante de métal jaillit des profondeurs, largement plus grand et grosse que leur brave Merry. La coquille de métal s'ouvrit, dévoilant à l'intérieur un navire avec un hippo en tête de proue. Hippopotame avec une couronne, je vous prie. Le pavillon noir affichait la même couronne.

Quand Sanji débarqua sur le pont, il nota qu'ils étaient déjà envahis par des hommes armés. Alors, sans faire le moindre geste brusque, il se craqua une allumette et alluma sa cigarette.

- Bon, on m'explique ? demanda Sanji.

- Eh bien, on s'est fait envahir par d'étranges pirates, lui répondit tout aussi calmement Luffy.

- C'est bien ce que l'accueil, que je viens de recevoir, me disait.

Après tout, il avait littéralement des fusils pointés sur son visage.

- Le problème est qu'on est pressé, soupira le D. depuis la rambarde où il était assis.

Le capitaine de cette armée de pirates, qui portaient tous des manteaux chauds, était un homme du nom de Walpol, un gros bonhomme à l'air stupide qui portait une cape faite dans la fourrure d'un hippo. Si les hippos laineux existaient quelque part sur la Grand Line. Après, ils avaient laissé une île préhistorique derrière eux, donc tout était possible.

- En voilà un quatrième, dit l'homme en mangeant un gigot sur son couteau. Vous avez pas l'air d'être bien débrouillards, mais ça ne coûte rien d'essayer.

Et il avala le couteau avec et le croqua, faisant grimacer de douleur les jeunes pirates d'East Blue.

- Nous souhaitons nous rendre au royaume de Drum, vous n'auriez pas un Eternel Log ou un simple Log Pose pour ça ?

- Du tout et on n'a jamais entendu parler de Drum avant, répondit Sanji.

- Merci de votre visite et à jamais, leur dit Luffy.

- Si vous n'avez rien de tout ça, on va se consoler avec vos trésors et votre navire.

- Le capitaine est pas d'humeur, foutez le camp, avertit Zoro depuis la vigie.

- Je compte jusqu'à trois… commença Luffy.

- Tu te prends pour qui, stupide gamin, pour oser menacer le Roi Walpol ! s'indigna un pirate.

- Uuun… deeeux…

Walpol se pencha vers la rambarde et ouvrit une bouche monstrueuse comme s'il voulait la mordre et l'avaler tout rond.

- TROIS !

Même pas le temps de déguster le navire que Luffy avait déjà foncé sur le balourd plus vite que les fusils ne pouvaient le suivre et lui administra un bon coup de pied qui le fit décoller de la rambarde avant d'étirer ses bras au maximum derrière lui et de les ramener à toute vitesse vers Walpol pour l'envoyer briller au loin.

- La Team Rocket s'envole vers d'autre cieux… marmonna Usopp avec une main en visière pour observer le vol de leur assaillant. (Bêta : LOL)

Une étoile brilla au loin, dernière trace de ce qu'était devenu l'homme. Panique à bord et toute sa flotte retourna dans son navire et ils voguèrent rapidement pour retrouver leur chef en perdition, avec des promesses de vengeance qui passèrent à mille lieux des pirates.

- Tu as coupé tout le possible fun, bougonna Zoro.

- On a surtout pas le temps pour ça, lui rappela Luffy.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Vivi en sortant la tête dehors.

- Un idiot du nom de Walpol est venu nous aborder à la recherche d'un log pour Drum, répondit Usopp. Luffy a expédié l'affaire.

- Il avait surtout l'intention de bouffer le navire si on le laissait faire, pointa Sanji.

- Eurk !

Usopp tira la langue de dégoût.

Vivi retourna dans la cabine avec une mine pensive. Pourquoi le nom de Walpol lui était-il donc familier ?

C'était une journée de plus à retirer à l'horloge morbide qui dictait la santé de Nami et sans elle, il ne valait mieux pas naviguer de nuit.

Luffy se désigna pour la garde, enroulé dans une couverture et une tasse de chocolat chaud entre les mains pendant qu'il regardait l'horizon. Il ne pouvait pas laisser Nami mourir. Foi de D., il ne quitterait pas la prochaine île sans un médecin.

Il eut un soupir agacé en réalisant qu'il avait cassé la hanse de sa tasse sous la frustration.

La seule chose de positif était que les températures glaciales s'étaient stabilisées, signifiant qu'ils se rapprochaient d'une île hivernale.

.


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Et le lendemain leur donna raison.

- Terre en vue ! appela Sanji depuis la vigie.

Luffy s'interrompit dans sa lecture à Nami et se retourna sur sa chaise pour regarder vers la porte.

- Je laisse Zoro raconter la suite, on va te sortir de là ! promit le D. avec un sourire qu'il voulait chaleureux.

- Je n'en doute pas un instant, assura vaguement Nami avec un pauvre sourire.

Zoro récupéra le livre en soupirant et s'assit sur la chaise de Luffy venait de libérer pour reprendre la lecture. Le capitaine sortit dehors et se rapprocha de la proue où se tenait déjà Usopp. Il se hissa sur son siège favori sur la tête de proue et plissa les yeux pour mieux voir. Oui, un relief blanc à l'horizon semblait être une île.

- T'as vu King ! On va voir la neige ! s'exclama joyeusement Luffy à son compagnon à quatre pattes qui vint s'appuyer à la rambarde pour mieux voir.

Vu la façon dont le félin agita la queue, lui aussi avait hâte.

- On doit trouver un médecin, donc, tu ne pars pas à l'aventure, avertit Sanji.

- Oui Sanji ! assura Luffy comme un gentil petit garçon.

La santé de Nami prenait le pas sur toutes ses envies.

Ils finirent par trouver un fleuve qu'ils remontèrent pour entrer un peu plus dans les terres, se rapprochant des étranges montagnes glacées qui ressemblaient à des tours artificielles tant elles étaient parfaitement taillées.

Il faisait moins dix, une température à laquelle, même les ours se préparent à hiberner. Et King courait partout sur le navire, tout content de trouver une île aussi froide et empli de neige, là où les humains se gelaient les roubignoles.

Ils jetèrent l'ancre à proximité d'une cascade provenant de la fonte des glaces et se consultèrent pour savoir qui irait à la recherche d'un village et donc d'un médecin.

Brusquement, Luffy se figea et leva lentement ses mains revêtues de moufles.

- Zoro. Pose tes sabres par terre, s'il te plaît, demanda le capitaine.

Il suffisait de regarder autour d'eux pour comprendre pourquoi Luffy avait fait cette demande.

Des hommes armés, très certainement des villageois, venaient de jaillir sur les barges glacées, les menaçant de leurs fusils.

- Vous n'irez pas plus loin pirates ! Faîtes demi-tour immédiatement et sans faire d'histoire ! ordonna celui qui devait être le chef.

King se mit à grogner d'un air menaçant avant de se faire rappeler à l'ordre par Luffy. Lentement, le D. leva ses mains pour les mettre derrière la tête.

- Zoro, s'il te plaît, pose lentement tes sabres par terre, redemanda clairement Luffy. Et tout le monde va mettre ses mains derrière sa tête sans faire de geste brusque.

Vivi ne posa aucune question et obtempéra. Zoro eut un peu plus de mal, mais décrocha ses armes de sa ceinture et les déposa lentement au sol, avant de mettre lui aussi ses mains derrière sa nuque. Usopp et Sanji se regardèrent, avant de suivre le mouvement.

- Nous sommes venus en paix, assura Luffy. Nous cherchons simplement un médecin, rien de plus. Nous avons un malade à bord.

- Nous ne sommes pas dupes ! cria quelqu'un. Nous ne laisserons aucun pirate accoster ces terres ! Foutez le camp ou nous coulerons votre rafiot et vous avec !

Lentement, Luffy se mit à genoux, continuant de fixer du regard le chef de ce qui semblait être la milice locale et essaya de rester calme.

- Je vous le répète, nous sommes ici en paix et nous souhaitons simplement rencontrer un médecin. Vous ne voulez pas qu'on s'aventure chez vous, très bien, alors envoyez-nous quelqu'un pour sauver notre amie. On n'a pas des milles et des cents, mais je paierai autant qu'il le faudra pour la consultation.

Il retira lentement son chapeau de paille et le posa sur le pont à côté de lui, chaque fusil traquant ses moindres mouvements.

- Qu'est-ce qui nous dit que ce n'est pas un piège ? demanda le chef.

- Rien.

Le capitaine se prosterna lentement sans faire de geste brusque.

- Notre amie a plus de quarante de fièvre, on ne demande qu'une rencontre avec un médecin, s'il vous plaît. Elle ne survivra pas au voyage jusqu'à une autre île, demanda Luffy en essayant de ne pas paraître frustré.

Le chef regarda les miliciens et désigna quelqu'un pour aller vérifier.

- Vivi, montre-lui Nami, demanda Luffy depuis sa place au sol.

Vivi hocha la tête et attendit que le milicien la rejoigne pour le mener jusqu'à la cabine où Nami haletait. Même un aveugle aurait vu qu'elle n'était pas en bonne santé. Ils laissèrent donc la malade en paix et revinrent sur le pont.

- Ils ont bel et bien une femme malade, confirma le milicien.

Le chef regarda le capitaine toujours à terre.

- Très bien, mais on vous garde à l'œil.

- Vous avez notre éternelle reconnaissance, répondit Luffy.

- J'peux reprendre mes sabres ? demanda Zoro. J'ai l'intention de rester à bord.

Les miliciens rangèrent leurs fusils et ce fut un signe bien assez explicite pour dire qu'il pouvait se le permettre. Luffy se releva et tout le monde se détendit.

- Tu as bien géré, félicita Vivi à l'adresse du D. qui se remettait son chapeau sur le crâne.

- Si ça pouvait sauver Nami, je pactiserai même avec le diable, alors…

- Vous pouvez venir jusqu'au village, mais je vous préviens, tout ce qu'on a comme médecin se résume à une vieille sorcière un peu spéciale.

- Une sorcière ? Parfait ! sourit Luffy.

On habilla chaudement Nami pour une aventure dans les contrées glacées de ce pays qui n'avait apparemment pas de nom. Sanji se désigna pour porter Nami et Usopp vint se joindre à l'expédition à laquelle Vivi et Luffy avaient apposé leur nom. Alors qu'ils suivaient le chef, Dalton (un bon gars, bien baraqué et une bonne gueule), ils croisèrent une ours géant bipède qui avançait en utilisant un poiler pour canne.

- Un ours randonneur, une espèce locale aussi inoffensive que votre panthère. Il faut juste le saluer comme le veut la coutume des randonneurs.

Et enfin, ils dépassèrent l'ours qui les salua de la tête, salut qui lui fut rendu par les humains (sauf Usopp qui faisait le mort), avant que chacun de reprenne sa route.

- Vous êtes familiers avec l'espèce de King ? s'enquit Luffy alors que sa panthère courait en tous sens dans la neige, autour d'eux, se roulant dans les flocons et sautant dans les pas des hommes au point de manquer parfois de les faire tomber. Plus d'une fois, Luffy dut l'arrêter pour lui remettre autour du cou son foulard qui signalait que l'animal était avec eux. Il devrait peut-être songer à y rajouter son emblème.

- Oui. Leur caractère inoffensif a failli causer leur perte, mais on a réussi à préserver une dizaine de membres du braconnage organisée par le dirigeant précédent. Celui-ci vient d'où ?

- J'ai trouvé tout seul dans une île perdue d'East Blue. On est ensemble depuis pas mal de temps, c'est mon meilleur pote. Tope-la, King !

Luffy tendit une main à son camarade sur pattes qui fila à toute vitesse sur lui pour lui donner un coup de patte, avant de reprendre sa course dans la neige.

- C'est une grosse peluche affectueuse, c'est horrible de se dire que les siens sont chassés alors qu'ils ne sont pas menaçants en général. King a son caractère et n'hésite pas à mordre, mais c'est seulement parce que je lui ai appris à se défendre.

- A vivre avec des pirates, il doit bien avoir besoin de ses compétences.

- Sa spécialité, c'est arracher les fonds de pantalons.

Dalton esquissa un sourire alors qu'ils arrivaient enfin dans ce qu'on leur présenta comme le village de Big Horn. Et leur guide était clairement un homme populaire puisque tout le monde venait le voir en souriant, juste pour savoir si tout allait bien ou pour lui parler des élections à venir. Même si l'homme ne voulait pas diriger parce qu'il avait commis trop de crimes, on espérait qu'il se présente. Il les conduisit chez lui, permettant ainsi d'allonger Nami dans son lit pendant qu'il allumait le feu.

- Je peux vous poser une question ? demanda-t-il à Vivi. On ne se serait pas déjà vu quelque part ?

- Non non ! assura un peu trop vite Vivi. Vous devez faire erreur ! Et si vous nous parliez de cette sorcière ?!

Dalton n'insista pas et donna un thermomètre à Vivi qui prit la température de Nami.

Quarante-deux, ça avait encore grimpé.

- Cela fait trois jours que la fièvre ne cesse de monter, informa Sanji.

- Oui, je comprends votre désespoir, à ce stade, elle va finir par y rester.

- Le problème est que nous ne savons pas de quoi elle souffre, et donc, comment la soigner, soupira tristement Vivi. C'est pour cela que nous avons besoin d'un médecin.

- Où est cette fameuse sorcière ? demanda Luffy en se détournant de Usopp qui faisait la statue d'un monstre avec de la neige dehors.

- Regardez par la fenêtre et vous verrez une chaîne de montagnes.

Sanji se rapprocha de la fenêtre avec Luffy pour mieux voir les montagnes.

- Voyez celle du milieu, à présent, la plus grande. Il y a un château à son sommet.

- Exact, je le vois, confirma Sanji.

- C'est un château qui n'a plus de roi à présent. Et c'est là qu'habite le seul médecin de l'île. Celle que nous appelons « La Sorcière » est le Docteur Kureha.

Sanji se pencha pour mieux voir le château.

- Quelle idée d'habiter là-haut. Appelez-la tout de suite et dîtes-lui que c'est une urgence.

- Nous n'avons aucun moyen de communication avec elle.

De mieux en mieux.

- Le seul médecin de cette île joue les ermites ? se fit confirmer Luffy comme s'il avait mal entendu.

- C'est un médecin hors-pair, c'est indéniable. Mais c'est une grand-mère un peu spéciale qui va sur ses cent quarante ans et elle raffole de l'alcool de prunes.

Mais c'était quoi ce truc ?

Elle descendait de temps à autre quand ça lui chantait pour faire la tournée des malades et se servait à sa guise dans la maison de ses patients comme paiement, avant de repartir. Une sorcière loin d'être commode. Le pire, c'est qu'elle se prenait en plus de ça pour le Père Noël, car elle descendait toujours en traîneau volant depuis le sommet de la montagne et elle était accompagnée par un renne. Mais au lieu de Mère Noël, on l'appelait plutôt la Sorcière.

- Un seul médecin pour tout un pays, c'est louche cette histoire, pointa Sanji.

Mais avant même que le blond ne puisse pousser ses questions, Luffy avait déjà décidé de réveiller Nami. Difficilement, la malade ouvrit les yeux pour montrer qu'elle était attentive. Parlant le plus clairement possible, il lui exposa la situation :

- On va partir faire une petite randonnée pour aller chercher le médecin, d'accord ? Tu vas tenir le coup ? Tu me fais confiance ?

- C'est de la folie ! Elle n'est pas en état ! s'indigna Sanji.

- Sortir par ce temps est de la folie ! renchérit Vivi.

- A moins que vous ayez une meilleure solution que d'attendre que le docteur descende, je la porterai sur mon dos jusqu'au sommet, leur dit sèchement le D.

- Mais tu as vu la tête de cette montagne !? Elle est haute et escarpée !

- Les entraînements de mon Jiji étaient plus flippants.

- Mais il s'agit de Nami ! Elle ne peut pas passer une épreuve pareille tête de pioche ! Elle a une fièvre de cheval !

- Tu peux faire apparaître un médecin en claquant des doigts, Sanji ? Moi pas !

Une expiration de Nami mit fin à la dispute. Difficilement, elle sortit de dessous la couverture une de ses mains.

- Je compte sur toi, Mugiwara-senshô, sourit-elle faiblement.

Luffy vint la serrer.

- Repose-toi, je me charge du reste.

Finalement, Luffy n'était pas le seul cinglé de la bande. On habilla donc chaudement la navigatrice avant de l'accrocher au dos de son capitaine qui s'assura qu'elle ne risquait pas de tomber par erreur. Sanji se désigna comme escorte puisque le moindre combat pourrait faire empirer l'état de Nami.

- King, tu restes avec eux, je reviens, ordonna Luffy en sortant dans la neige avec Sanji.

Dalton leur donna quelques conseils au sujet de lapins carnivores géants, mais rien pour faire peur aux intrépides pirates. Les deux hommes partirent donc au pas de course vers la montagne, laissant les deux autres attendant leur retour. Malgré que la neige et le froid s'intensifient, ils ne bougèrent pas, attendant leur retour dans la neige avec King. Dalton s'assit donc à même la poudreuse et leur raconta la triste histoire de son pays.

Quelques mois avant, leur pays avait été dévasté par des pirates. Entier. Un maigre équipage de cinq hommes menait par un homme du nom de Kurohige. Ils avaient assisté avec impuissance au massacre causé par leurs pouvoirs incommensurables.

Mais certains disaient que cette attaque était une chance. Tout simplement parce que la monarchie en place à cet instant était un supplice pour les gens. A cette époque-là, le pays portait encore le nom de Drum et son roi était Walpol.

En entendant ça, Vivi et Usopp échangèrent un regard, avant de se tourner vers Dalton.

- On l'a rencontré. Il a essayé de bouffer notre navire, mais Mugiwara ne l'a pas laissé faire, informa Usopp. Il cherchait un log pour venir ici. On l'a vu hier.

- Je me rappelle maintenant, je l'ai déjà vu quand j'étais petite, à la Rêverie, se rappela Vivi.

- Qui êtes-vous pour avoir assister à une Rêverie ? C'est le conseil des Rois, pointa Dalton.

- Euuuh, rien d'important ! Le fait est que cet homme n'est pas très loin !

- C'est tout de même pas logique ! pointa Usopp. Votre pays se fait ravager par des pirates et votre Roi décide brusquement qu'embrasser le drapeau noir est une bonne idée !

- Walpol n'est pas plus pirate que Roi, ce n'est qu'un camouflage pendant qu'il erre dans les mers environnantes en espérant revenir ici.

- Et donc, ces hommes qui nous ont abordé, ce sont ces gardes qui n'ont pas réussi à repousser les pirates ?

- C'est leur donner trop d'honneurs, leur dit Dalton avec amertume. Ils n'ont même pas essayé de les affronter !

Les yeux de Vivi s'arrondirent d'effroi.

La colère et le regret se disputaient le visage de Dalton.

- Dès qu'il a appris que nos adversaires étaient aussi puissants, Walpol a abandonné le pays sans la moindre hésitation ! Ce souverain de pacotille a pris la fuite la queue entre les jambes ! Cette désertion a plongé le pays dans la panique la plus totale.

La rage de Vivi surprit Usopp. La calme jeune fille ne pouvait pas admettre qu'un roi ose ainsi abandonner son peuple quand il avait le plus besoin de lui ! C'était inadmissible, impensable ! La seule chose de bien dans tout ça c'est que ça avait permis de mettre fin à la tyrannie du roi. Le pays se reconstruisait sous l'effort collectif de ses habitants. Ils faisaient tout ce qu'il fallait pour le rebâtir sur de nouvelles bases plus saines.

- C'est pour ça que nous craignons le retour de Walpol et le retour de sa monarchie tyrannique. Nous sommes encore trop fragiles, alors que nous voulons seulement un pays paisible et prospère sur cette île.

Quelques instants plus tard, une femme vint à leur rencontre pour leur dire que la Sorcière était descendue dans le village voisin.

C'est dans ces moments-là qu'on se dit que le destin se fiche réellement de nous.

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.

Luffy n'aurait pas vraiment pu dire quand les choses avaient dérapé. Peut-être quand il avait refusé le conseil de Dalton au sujet des foutus lapins. Un petit lapin n'avait pas arrêté de les faire chier sur le chemin alors qu'ils avançaient vers la montagne, et Sanji avait fini par lui shooter dedans pour qu'il leur fiche la paix.

Sauf que le petit était allé prévenir ses parents, et papa était venu à leur rencontre avec quelques amis. Et eux, ils étaient tout sauf petits ou amicaux.

Vu qu'il portait Nami, Luffy ne pouvait pas se permettre de se battre, c'était donc Sanji qui avait fait tout le boulot. Et même s'il commençait l'entraînement avec Luffy, il n'était pas encore au niveau. Ils en avaient été réduits à devoir esquiver et courir, le D. n'osant même pas utiliser ses Rankyaku de peur de trop secouer la malade sur son dos.

Et comme ils avaient réalisé qu'ils ne pouvaient pas les avoir, ils avaient donc décider de déclencher une sympathique avalanche sur leur tête.

Le D. regarda l'étendue neigeuse devant lui, sur le rocher où il se tenait avec Nami. Délicatement, il s'assit par terre et usa de ses membres élastiques pour détacher la malade de son dos et l'allonger par terre. Il posa son manteau sur la rouquine, tu lui confias son chapeau.

- J'en ai pas pour longtemps, je vais chercher Sanji.

Ignorant le froid qui lui mordait la peau, Luffy sauta dans la couche de neige lisse à la recherche de son nakama, cherchant des traces de vie avec son Haki. Grattant aussi vite qu'il le pouvait la neige, il parvint à trouver un bras de son ami et tira, l'extirpant enfin de la neige. Il était inconscient, mais il respirait et n'avait pas l'air d'avoir de blessure à la tête ou de plaie ouvert quelconque, outre de vilaines coupures pas très dangereuses.

- T'as une peau sacrément solide, mon gars, complimenta Luffy. Allez, on y retourne.

Il hissa Sanji sur son épaule et remonta la montagne au Soru pour rejoindre Nami. Il la rattacha à son dos et reprit l'ascension de la montagne. Il était tenté de rattraper le temps perdu en passant de nouveau au soru mais ça serait peut-être trop dangereux pour Nami.

Alors, lentement, péniblement, il reprit son ascension.

Des pleurs attirèrent son attention.

Un peu plus haut sur la pente, le bébé lapin dans lequel Sanji avait eu le malheur de shooter essayait désespérément de déterrer son père qui avait été pris par erreur dans l'avalanche. Avec un soupir, Luffy orienta ses pas dans cette direction et parvint à leur niveau. Le bébé lui montra les dents mais Luffy l'ignora. Il se saisit du bout de patte qui dépassait de la neige et extirpa l'adulte de son piège.

- Maintenant, apprenez à ne plus faire des conneries de ce genre, maugréa l'adolescent.

Et sans un regard en arrière, il reprit sa route.

Il avait besoin d'atteindre le sommet.

Il ignora les cris dans son dos lui ordonnant de s'arrêter, et quand une drôle de bestiole laineuse se mit sur sa route, il la contourna tout bonnement.

Quand la voix, qu'il finit par reconnaître comme celle de Walpol annonça qu'il allait tuer Sanji et Nami en premier, le sang de Luffy se figea dans ses veines. Il ne pouvait pas se battre.

Alors, il courut esquivant toutes les attaques de son mieux et reçut de l'aide inattendu de la part des lapins qui tout à l'heure encore essayaient de les tuer.

Ce n'était à ne plus rien comprendre.

Mais il n'avait pas le temps de réfléchir.

Il avait continué à courir dans la neige, le regard braqué vers la montagne gelée, en dépit du blizzard et de la température.

C'est avec un soulagement indéniable qu'il arriva enfin au pied du pic rocheux.

D'en bas, ça avait l'air infranchissable.

Luffy souffla un bon coup. Il devait le faire. L'échec n'était pas une option. Il était le capitaine, il était responsable de la vie de ses nakamas.

Il se déchaussa, attrapa le manteau de Sanji entre ses dents et resserra le tissu qui maintenait Nami à lui. C'était parti pour l'escalade.

Deux heures plus tard, il était encore en train d'escalader le pic glacé. Au début, il avait songé à protéger ses doigts avec son Haki, mais il était une merde en Armement, donc ça l'épuisait plus que nécessaire, alors, il avait renoncé. Résultat, ses doigts étaient en lambeaux. Son sang ruisselait tout autant sur ses bras engourdis par l'effort que sur la falaise, et ne parlons pas de ses orteils.

Mais il n'était pas question de renoncer.

Plutôt mourir qu'échouer.

Il avait des crampes partout, même à la mâchoire qu'il devait crisper pour ne pas perdre Sanji. Vu comment il serrait les dents, il était certain qu'il avait dû y faire un trou.

Et enfin, il parvint à atteindre le bord, se retrouvant devant un splendide château sortit d'un conte de fées. La fatigue eut raison de lui alors qu'il avait reposé Sanji dans la neige.

- Un docteur…

Et il s'évanouit sur son nakama inconscient.

Problème, c'est qu'il n'était pas sur la montagne, mais une congère qui en dépassait. Pour le coup, la neige se brisa et allait entraîner le trio dans sa chute de la montagne.

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King ressortit la tête de la neige et l'ébroua, faisant tomber un peu de poudreuse qu'il restait encore sur son crâne. Il s'extirpa de la couche de neige qui avait failli l'engloutir et regarda autour de lui. Repérant Vivi à moitié enfoui dans la neige un peu plus loin, il fila vers elle et la réveilla en lui léchant énergiquement le visage. La princesse gémit et ouvrit les yeux avant de pousser un petit cri de terreur en tombant face à face avec les crocs blancs du félin neigeux, avant de réaliser de qui il s'agissait.

- Tout va bien, King ?

Le félin hocha la tête et l'attrapa par le manteau pour l'extraire de sa prison gelée.

- Merci. Où est Usopp-kun ?

King chercha partout autour d'eux et remarqua un petit bout de chair qui dépassait de la neige un peu plus loin et se mit à gratter la neige pour le dégager, bientôt aidé par Vivi. Le réveiller, c'était une toute autre paire de manche. C'est pour ça que King lui mordit carrément les fesses.

Au moins, c'était efficace.

Ils devaient à présent trouver où ils étaient, parce qu'avec l'avalanche, ils n'avaient plus aucun repère. Vivi tapota alors l'épaule de Usopp et lui montra King qui reniflait la neige un peu plus loin devant eux.

- Tu crois qu'il a trouvé quelque chose d'utile ? demanda la princesse.

- Allons voir.

Ils se rapprochèrent pour voir la panthère commencer à creuser la neige. Tout juste rattrapés, ils firent un bond en arrière d'effroi devant le rugissement effrayant qui jaillit sous la neige avec une silhouette inquiétante.

Le cul dans la poudreuse, Vivi et Usopp se regardèrent, puis regardèrent de nouveau devant eux pour voir la trouvaille de King : Zoro.

Le sabreur était torse nu dans la neige, grelottant de froid, alors qu'à la base, il avait dit qu'il comptait rester sur le navire.

- Quelle poisse ! Fais froid ! grelota Zoro en frottant frénétiquement ses membres nus. Et cette avalanche qui me tombe sur le coin de la figure ! Tu m'diras, c'est pas différent d'un bain d'eau glacée…

- Zoro ? questionna Usopp.

Le sabreur les reconnut.

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? Toi viens par-là, t'as l'air bien chaud !

Le vert attrapa King et le hissa dans ses bras pour se réchauffer un minimum avec la fourrure épaisse du léopard qui avait perdu son foulard.

- C'est plutôt à nous de te poser la question ! rouspéta Usopp.

Vivi secoua la tête avec exaspération et ils se mirent en marche, une grosse peluche ronronnant joyeusement dans les bras de Zoro.

- Eh ben, j'ai pris un bain d'eau glacée pour m'entraîner.

- D'EAU GLACEE ! s'étrangla Usopp.

- Ouais et y'avait même des poissons. Je les ai suivis en pensant qu'ils me mèneraient au village, mais j'ai perdu de vu la berge et ils m'ont abandonné dans cette forêt.

Il arrangea King dans ses bras pour avoir un peu plus de chaleur.

- Mais quel abruti ! grommela Usopp en se prenant le visage dans une main.

- Ta gueule et passe-moi ton manteau, King est pas assez chaud.

- Pas question !

Vivi soupira silencieusement. D'après elle, ce qui avait eu raison de Nami, c'était la fatigue psychologique à cause de cette bande d'idiots.

- Prête-moi tes pompes ! Allez, juste une !

- T'as que ce que tu mérites !

- Regardez ! Là-bas ! Un attroupement ! pointa Vivi.

Un peu plus loin devant eux, entre des maisons enneigées étrangement familières, l'équivalent d'un village entier était réuni dehors autour d'un gros monticule de neige. C'était Big Horn, ils étaient revenus sur leurs pas. Certaines personnes avaient leur fusil à la main, d'autres des pelles et la colère grondait. Sur le monticule et tout autour, comme montant la garde, les mêmes gars qui les avaient attaqués en mer gardaient les locaux à distance.

- Y'a un problème ici ? grelota Zoro en se rapprochant d'un péon.

- C'est toi qu'à un problème mon gars ! T'as vu ta tenue ! lui répliqua le gars en admirant le peu de fringue que le sabreur avait sur lui.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Vivi en arrivant à son tour avec Usopp.

- Dalton a été pris dans l'avalanche, il est sous la neige ! Nous voulons le sortir de là, mais les soldats de Walpol nous en empêchent !

- Quoi ?! Dalton est sous la neige ! s'étrangla Usopp.

En effet, en dépit qu'ils avaient été il fut un temps sous les ordres de Dalton, les soldats n'avaient pas l'intention de permettre à qui que ce soit de sauver le zoan. Les ordres de leur souverain était clair. Les ennemis devaient mourir, alors, Dalton mourrait sous la neige.

- Ne, Usopp… on a déjà vu ces uniformes, non ? Ce sont pas eux qui ont essayé de nous attaquer en pleine mer ?

- Ah… exact, nota le tireur.

- Ce sont nos ennemis alors ? commença à grogner le vert en laissant tomber King dans la neige.

- Bah, ce sont des ennemis, mais je vois pas pourquoi tu t'énerves.

- Réponds-moi ! Ce sont nos ennemis ou nos alliés !?

- Nos ennemis, mais…

- Pousse-toi, la peluche.

King s'écarta de la route de Zoro en projetant de la neige partout. L'instant suivant, Zoro se téléportait littéralement sur l'un des soldats et il lui administra une mandale qui lui défonça à moitié le crâne.

Panique à bord, Zoro venait de se faire l'ennemi de toute une armée.

- Aaaah ! Il est bien chaud ! se régala Zoro en terminant d'enfiler le manteau qu'il avait récupéré sur le cadavre du soldat.

- TUEZ-LE !

- Regarde, Zoro ! ils sont furieux maintenant !

- Dis-moi, King, ça te dit un peu d'exercice ? proposa le sabreur avec un sourire sanglant.

Le même sourire apparut sur les babines de la panthère. L'animal fila en premier, son corps rasant la neige alors qu'il slalomait entre les balles. D'un saut, il se retrouva à la gorge d'un soldat et serra les mâchoires obtenant un gargouillis indescriptible alors que du sang tâchait sa belle fourrure laineuse. Il lâcha sa proie et se retourna vers les autres.

- C'est la première fois que je vois King tuer quelqu'un, souffla Usopp avec incrédulité.

- Les panthères des neiges n'attaquent pas les hommes ! s'étonna un villageois.

- King a été recueilli bébé par Mugiwara-san. S'il a toujours eu des ennuis, c'est normal qu'il apprenne à son camarade comment se défendre, raisonna Vivi.

Et il savait parfaitement si prendre.

Finalement, King restait une peluche, mais une peluche mortelle si caressée dans le mauvais sens du poil.

.

.

Ploc

Ploc

Nami s'agita doucement. Elle avait comme l'impression d'être dans un lit.

Bloug

Bloug

On avait posé quelque chose de froid sur son front. Une poche de glace.

Tap

Tap

Tap

Des petits bruits de pas passèrent à proximité de sa tête et s'éloignèrent, avant de monter sur du bois et de manipuler des objets. C'était des sons calmes, apaisants, réconfortants dans un sens. Lentement, elle ouvrit les yeux et la première chose qu'elle vit, ce fut un plafond de pierres et une décoration… bizarre. Il y avait des armes en pagailles, des trophées de chasses, des crânes d'animaux et des objets tribaux.

Où diable était-elle ?

Le petit bruit de pas revint vers elle et elle se redressa d'un bond.

- Où suis-je ?

- EEEEP !

Une étrange créature à quelque pas du lit sauta en arrière de peur, se plaquant à une chaise dans son dos. Cela ressemblait vaguement à l'idée qu'on pouvait se faire d'un tanuki, mais les bois qui sortaient de chaque côté du chapeau rose disaient plutôt que c'était un renne. Un renne bipède qui ressemblait à une peluche. Il avait même un petit pantalon.

L'étrange créature fila se cacher derrière l'encadrement d'une porte… mais du mauvais côté.

- Dans l'autre sens, non ? suggéra Nami.

Le petit animal sursauta violemment et changea de côté, gardant un tout petit coin de son visage de visible. C'était adorable comme réaction.

- C'est un peu tard pour ça, et tu restes visible, lui dit la rouquine. Sinon, qui es-tu ?

- LA… LA FERME, SALE HUMAINE ! agressa l'animal avec une voix assez jeune avec de rajouter tout bas et avec hésitation : sinon comment va ta fièvre ?

- TU PARLES !? s'exclama Nami.

La créature poussa un glapissement aigu et tomba en arrière, renversant des objets divers et variés sur son passage.

- MOINS DE BRUIT CHOPPER ! rouspéta une voix de femme âgée.

Quelqu'un entra dans la pièce par la porte d'où était partit l'étrange animal.

Une femme grande, longiligne, déjà bien âgée et s'habillant avec des vêtements qu'on n'attendait pas de la part de quelqu'un de son âge. Elle tenait à la main une bouteille d'alcool de prune qu'elle buvait au goulot.

- He he he…Happy ka ? demanda-t-elle avec un rire grinçant de sorcière.

- Qu… Qui êtes-vous ? s'enquit Nami.

La vieille femme appuya un doigt entre les deux yeux de la navigatrice tout en continuant de boire.

- Trente-huit deux. C'est pas encore ça.

Elle remonta ses lunettes de soleil, toujours avec son sourire de sorcière sur les lèvres.

- Je suis le Docteur Kureha, mais tu peux m'appeler Doctorine.

Cela fit réagir Nami. Si c'était elle le médecin, c'est qu'elle était dans le château en haut de la montagne. Pour se le confirmer, elle regarda autour d'elle.

- Le secret de ma jeunesse ? devina la vieille femme.

- Non, je n'ai rien demandé.

- En tout cas, tu as deviné juste, tu es bien dans le château en haut de la montagne.

- Il y avait deux garçons avec moi, où sont-ils ?

- Ils dorment dans la pièce voisine, comme des loirs. De sacrés gaillards ces deux-là.

La rousse poussa un soupir de soulagement. Tout le monde allait bien.

La vieille femme vint s'asseoir sur le bord du lit et remonta le pyjama qu'elle avait fait enfiler à Nami. Sur le ventre, des tâches mauves inquiétantes lui faisaient de l'œil.

- Regarde, c'est ce qui t'a rendu malade. Tu t'es fait piquer par un kestia, une tique tropicale. Sa piqûre injecte dans le corps de sa victime des bactéries, qui, après incubation, déclenchent des douleurs. En cinq jours, elles font monter la température au-dessus des quarante degrés, conduisant à de sérieuses infections, avec une inflammation du myocarde et des artères pour déboucher sur une encéphalite. Vu l'état de la marque, tu as dû te faire piquer il y a trois jours. Tu as déjà dû sérieusement douiller jusque-là, mais généralement, tout finit par s'arranger définitivement au bout de cinq jours…

La navigatrice n'aimait décidément pas du tout le rire de la vieille femme quand elle lui dit cela.

- Et tu sais pourquoi ? demanda la femme avec une sorte de plaisir sadique dans la voix. Parce qu'encore deux jours sans soins, et tu étais morte.

Les yeux ronds d'horreur, son cœur rata un battement. Elle était passée si près de la mort ?! Elle qui pensait que c'était la fatigue psychologique qui avait fait ça !

La vieille médecin se leva du lit et s'éloigna un peu dans la pièce.

- C'est pour ça qu'on appelle cette infection la maladie des cinq jours. Je croyais pourtant que la maladie avait disparu il y a presque un siècle, tu as de la chance qu'il m'ait resté un peu d'antibiotique dans mes affaires. Je me demande bien où tu as choppé ça. Tu ne t'es tout de même pas balader le ventre à l'air sur une île préhistorique, non ?

Si elle lui disait oui, elle risquait quoi ?

La vieille femme revint vers sa patiente et la repoussa dans les coussins.

- Repose-toi, tu n'es pas totalement remise.

- Merci de m'avoir soignée. Est-ce que ça guérira tout seul une fois la fièvre tombée ?

La vieille femme eut un rire grinçant.

- Tu es naïve, gamine. Ne sous-estime pas la maladie, normalement, il faut dix jours pour un rétablissement correct après le début du traitement. Si tu tiens à retrouver la souffrance et mourir, je peux te faciliter les choses. Mes médicaments sont efficaces, mais je ne fais pas de miracle, tu devras rester au lit au minimum trois jours.

Nami se redressa d'un bond.

- Trois jours ! C'est impossible, nous sommes pressés !

Sans qu'elle ne comprenne le pourquoi du comment, elle se retrouva repousser dans le lit, un bras puissant mais maigre la maintenant contre le lit. Doctorine s'appuyait sur elle pour la maintenir couchée, la réduisant au silence avec un bistouri juste devant les yeux.

A cet instant, son surnom de « sorcière » avait une explication toute autre que sa face ridée.

- Je ne libère un patient que dans deux cas. Le premier, c'est quand il est totalement rétabli, le second, c'est quand il est mort.

Le retour de Chopper avec Sanji accroché à lui malgré ses bandages coupa la discussion entre les deux femmes. Le cuisinier était bien décidé à passer l'animal à la casserole, et apparemment, ce n'était pas du goût de celui-ci vu comment il prenait la fuite en hurlant au secours.

- Quelle est cette étrange créature ? demanda Nami en les regardant passer.

Elle n'avouerait jamais qu'elle était soulagée de voir le blond. C'est dingue qu'en l'espace de tout juste un mois, elle s'était attachée à chaque membre de cette équipe de tarés.

- Je pensais pas qu'il serait debout aussi vite, commenta Doctorine.

Au loin, on entendait Chopper hurler des « lâche-moi sale humain » et « je vous hais tous ». Joyeux.

- J'ai pas tout à fait compris ce qu'il se passe…

Luffy venait d'entrer à son tour dans la pièce en se frottant le crâne, son chapeau dans sa main.

- Ah. T'es réveillé, chibi-Monkey, constata la vieille femme.

Luffy se figea avec un pied encore levé.

- J'ai eu le déplaisir de rencontrer ton grand-père y'a quelques années, explicita la vieille femme. Je me fiche de ton donneur de sperme, gamin.

- C'est toujours un déplaisir de rencontrer le jiji, commenta l'adolescent.

Il contourna la sorcière et s'assit à côté de Nami.

- Comment tu te sens ?

- Mieux. Merci de m'avoir amenée ici.

- On est pote, c'est normal.

Nami eut un maigre sourire et tourna de nouveau la tête vers Doctorine.

- Alors, c'est quoi cette créature ? redemanda la rousse.

- C'est Chopper, un simple renne au nez bleu, répondit tranquillement la vieille femme en écoutant la poursuite un peu plus loin.

- Mais un renne, ça ne parle pas !

- Tout juste. S'il le peut, c'est parce qu'il a mangé un akuma no mi qui lui a transmis l'humanité.

- JE NE SUIS PAS COMESTIBLE ! rugit Chopper.

BAM !

- Je vais aller chercher ce qu'il reste de Sanji, annonça tranquillement Luffy. Sacré phénomène en tout cas.

- Je lui ai transmis tout ce que je sais dans le domaine médical.

- Oooh…

Nami avait déjà vu cette même lueur dans le regard de son capitaine. Elle l'avait vue quand ils avaient rencontré Usopp et Sanji. Elle espérait qu'il reste assez de cookies pour qu'il ne réalise pas que Vivi en avait mangé un par erreur, parce que le petit Chopper était bien parti pour avoir le sien.

.


.

Assis à la table de la pièce où Nami était allongée, Sanji finissait de fermer sa chemise.

- Merci en tout cas d'avoir sauvé mes nakamas. Entre Nami qui était déjà malade et l'avalanche que Sanji s'est ramassé, j'étais pas certain d'arriver à temps pour sauver tout le monde, remercia Luffy.

Il fronça les sourcils en voyant un grand verre d'une étrange mixture verte apparaitre devant son nez par la main de la sorcière.

- Bois-ça, lui dit Doctorine.

- Je suis pas malade, s'étonna Luffy en regardant le verre en question.

- C'est un smoothie végétal, lui expliqua Sanji. Tu sais, ce truc magique que tu fuis et qui s'appelle nourriture. Et il n'y a pas de poison dedans, que des trucs bons pour toi.

- Si la nourriture solide a du mal à passer, faut essayer la forme liquide. Ce genre de chose fera aussi du bien à la miss pour aider à lutter contre les résidus de l'infection. Pour monsieur, ça l'aidera à se réalimenter correctement et progressivement, expliqua la vieille femme.

- C'est vrai que tu bois trois fois plus que tout le monde. J'aurais dû penser à ça pour te nourrir, marmonna Sanji. Merci pour l'idée.

Luffy observa le liquide avec méfiance, avant de le prendre à deux mains et de le goûter. Ses papilles ne se rebellèrent pas, alors, il but plus franchement le smoothie.

- Vous avez fait comment pour passer l'hostilité de Dalton ? Après tout, avec l'attaque de pirates qu'on a eue récemment, tout le monde est à cran et ils n'ont pas dû prendre correctement votre visite, s'informa Doctorine.

- Il sait se montrer convainquant quand il veut, répondit Nami depuis le lit. Il a réussi à me convaincre de me joindre à lui alors que je détestais les pirates.

Sanji tourna brusquement la tête et repéra le pauvre Chopper qui était encore une fois mal caché dans l'encadrement de la porte.

- Ne bouge pas Nami-swan ! Je vais te concocter un petit festin à base de viande de renne ! lança le cuisinier en partant à la poursuite du renne.

- JE TE BOUFFERAI AVANT ! rugit Kureha en partant à sa poursuite.

- AH ! LA VIEILLE !

Nami se mit à humer doucement le thème de Benny Hill depuis son lit pendant que la poursuite se répandait dans le château glacé. Luffy secoua la tête et se leva pour revenir s'asseoir à côté de la malade en emportant avec lui le smoothie. La rousse se rassit dans le lit et repoussa un peu plus ses couvertures.

- C'est bon ? s'enquit-elle.

- Ça vaut pas la cuisine de Sanji, lui répondit Luffy. Tu veux goûter ?

- C'est pas moi qui me balade avec la peau sur les os.

Luffy reprit une gorgée du liquide et regarda le verre à moitié vide.

- Dire qu'à une époque, il me fallait un crocodile entier à la broche pour que je puisse me sentir calé.

- Comment tu as perdu cet estomac ?

Luffy haussa des épaules.

- La malchance et la force des choses. On essayait surtout de rester sur des îles désertes, et malheureusement, la plupart était tellement déserte que les poissons et les racines étaient les seules choses de comestible. Et avec nos appétits monstrueux, on finissait bien vite par consommer toutes les ressources disponibles avant qu'elles ne puissent se renouveler. Robin s'y adaptait plus facilement que nous. Elle était plus vieille et elle connaissait déjà la difficulté.

- C'est la première fois que je t'entends prononcer le nom d'une de tes sœurs.

Luffy ne répondit rien, se contentant de faire tourner dans son verre le liquide nourricier. Il avait déjà parlé d'Ace, elle avait certainement zappé, et c'était tant mieux.

- Tu sais que tu as laissé une photo de ton frère dans une de tes bande-dessinées ? Vivi l'a trouvée en venant me voir l'autre soir.

- Scarface lui va bien comme surnom, non ? sourit malicieusement le D.

- Il reste bel homme. Ça lui fait quel âge ?

- Vingt ! Vingt et un le vingt mars prochain ! Je lui dirais que tu le trouves mignon !

- Contrairement à toi, il a l'air d'être quelqu'un de tranquille, au moins, tu peux pas imaginer à quel point c'est reposant.

- Contrairement aux apparences, Nii-chan n'est pas un ange. Il a fait des tours glorieux quand on était encore à Goa, et de ce qu'il m'a raconté de certaines de ses missions pour la Révolution, c'est un phénomène lui aussi.

- Tu peux fermer la porte, s'il te plaît ? Il y a de la neige qui rentre.

Luffy tourna la tête vers la porte laissée ouverte par le trio. Un léger courant d'air pénétrait dans la pièce avec quelques flocons de neige.

- Reste au lit.

Luffy allait se lever quand Chopper apparut par l'autre porte, méfiant, regardant autour de lui pour être certain que Sanji n'était pas à sa poursuite.

- Comment va ta fièvre ? demanda le renne en se dirigeant sur la pointe des pieds vers la porte.

- Elle est tombée, répondit Nami en portant une main à son front.

Luffy appliqua sa main sur le front de sa nakama.

- Tu ressembles plus à l'Allumette, c'est déjà bien, sourit le brun.

- C'est parce que le traitement de Doctorine est très efficace que la fièvre est tombée très rapidement. Mais les bactéries du kestia sont toujours en toi, dit le petit renne.

Il referma la porte avec précaution.

- Tu dois recevoir une nouvelle injection d'antibiotique et continuer de te reposer.

- Merci, sourit Nami.

- C'est toi qui as veillé sur elle ? demanda Luffy. Je t'en suis reconnaissant.

Chopper leur adressa un regard méfiant, inquiet, voir même effrayé et en même temps interloqué.

- Fermez-la !

Les deux pirates clignèrent des yeux de perplexité.

- Vous pouvez garder vos remerciements, j'en ai rien à faire, sales humains~ !

Le petit zoan faisait carrément une danse de la joie en disant ça.

- C'est moi ou il a l'air content quand même ? demanda Luffy en penchant la tête sur le côté.

- Il a l'air content.

Puis, tout doucement, presque comme s'il craignait qu'on les morde, il se rapprocha d'eux.

- A…alors comme ça, vous êtes des pirates ? demanda le petit renne en touchant une main de Nami du bout du sabot avant de le ramener à lui.

- Oui.

- Des vrais de vrais ?

- Yup, confirma Luffy.

- Cet idiot est le capitaine, informa Nami en toquant gentiment sur le crâne de son ami qui terminait de boire son smoothie.

- Vous avez un drapeau avec une tête de mort ?

- Au mât de notre navire, confirma la rousse. Tu t'intéresses aux pirates ?

Chopper fit un bond si brusque en arrière qu'il en percuta une bibliothèque.

- PAS DU TOUT ! CA VA PAS LA TÊTE ! BAKA !

- D'accord, je dis rien, lui dit la rousse.

- Tu sais, si ça t'intéresse, tu peux venir avec nous, on a besoin d'un médecin à bord, donc ça tombe bien, proposa Luffy.

Nami eut un rire. Elle avait bien vu que Luffy avait flashé sur lui.

Chopper s'enfonça un peu plus dans les étagères sous le choc de la proposition.

- Prends la mer avec nous ! insista Nami. Avoue-le que l'idée te tente. Et ta présence serait d'un grand secours.

- NE RACONTEZ PAS N'IMPORTE QUOI ! rugit Chopper. REGARDEZ-MOI BIEN ! JE SUIS UN RENNE ! JE N'AI RIEN A FAIRE AVEC DES HUMAINS !

Il se calma et se laissa glisser jusqu'au sol sur les fesses avec une petite voix :

- Et puis de toute façon, je vous fais peur, avouez-le… je suis un renne qui parle et marche debout ?

La navigatrice se contenta de rire alors que Luffy haussait les épaules.

- C'est cool je trouve, lui pointa Luffy.

- Et j'ai la truffe bleue.

- Et on cohabite avec une panthère des neiges morfale et faignante. Honnêtement, je vois pas ce qui pose problème.

Nami allait continuer sur leur lancée lorsque Sanji débarqua en hurlant et courant qu'il allait passer Chopper à la casserole, et le petit renne reprit la fuite en réponse, ouvrant en grand la porte qu'il avait fermée peu auparavant. Légèrement haletante, Kureha arriva en suivant pour s'appuyer à la tête de lit de la malade.

- Ah ! Pour quelqu'un qui a été pris dans une avalanche, il bouge vite ce bougre, soupira la vieille femme.

Et elle alla se laisser tomber dans la chaise qu'elle avait occupée auparavant.

- Je me souviens pas de vous avoir donné l'autorisation de faire du charme à mon petit Chopper, dit-elle avec son éternel sourire.

- On est des pirates, on a tendance à se passer d'autorisation, rappela Nami avec un sourire.

La vieille femme ricana.

- Qu'il parte avec vous, si vous le voulez tant dans votre équipage. Mais je préviens que ça ne sera pas facile. Le cœur de Chopper souffre d'une grande meurtrissure, un mal qu'aucun médecin ne peut guérir. Il s'est fait rejeter par tout le monde tout au long de sa vie. Petit, par son troupeau, d'abord à cause de sa truffe bleue, puis à cause de l'akuma no mi. Et malheureusement, comme il ne ressemble pas assez aux humains, il n'a pas pu s'intégrer à eux. Il s'est fait traiter de monstre par tout le monde, rejeté de toute part. Il a grandi seul et isolé. Vous croyez que vous pourrez guérir ses plaies ?

- On y mettra tout notre cœur, assura Nami.

- Faudra que je fasse bien comprendre à King de ne pas essayer de le bouffer, cet idiot serait capable de le prendre pour une proie, marmonna Luffy dans ses pensées.

- Ouais, ben si la peluche ne se tient pas à carreaux, elle aura affaire à moi. Il ne s'est jamais ouvert à quiconque par le passé ? Pas même à vous ?

- Je n'ai fait que reprendre la tâche de la seule personne qui l'ait considéré en ami, mais je ne peux pas réparer cette blessure-là. Le Dr Hiluluk était un charlatan, mais il s'est occupé de Chopper comme si c'était son fils, il lui a même donné son prénom, expliqua Doctorine.

Chopper revint à cet instant en galopant sur ses quatre pattes en arborant une mine sérieuse.

- Doctorine ! C'est Walpol ! Il est revenu !

- J'ai un invité indésirable qui m'attend, je reviens.

Elle attrapa un blouson sur le dossier de sa chaise et sortit dehors avec Chopper, refermant la porte derrière elle.

- Je commence à bien te connaître, tu sais. Dès que tu as commencé à le regarder, j'ai compris que tu voudrais qu'il se joigne à nous, pointa Nami avec un sourire.

- Il me laisse une bonne impression, lui dit Luffy en rendant le sourire. Tu restes au chaud et tu te reposes ? Je vais voir ce qu'il se passe dehors et où est Sanji.

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Walpol était mécontent, très mécontent. Parce qu'en arrivant devant son palais, il réalisa que le drapeau de son royaume avait été remplacé par un étendard de pirate. Une simple tête de mort avec des pétales de cerisiers dessus. Ce n'était plus un palais royal, mais un mausolée en l'hommage du Dr Hiluluk le Charlatan, qui avait sacrifié ses derniers instants pour sauver ce royaume et ses habitants, avant de réaliser qu'il était tombé dans un piège et de se faire sauter, après leur avoir appris qu'un homme mourrait quand il tombait dans l'oubli.

Et aujourd'hui, ce royaume n'était plus celui de Drum. Il appartenait à son peuple et non plus à un despote stupide et égoïste.

Cependant, comme souvent avec Luffy dans les environs, les choses dérapèrent.

En mettant le nez dehors il reconnut l'homme qui lui avait fait perdre un temps précieux et mis en danger ses nakamas. Alors, dire que Walpol avait rendez-vous avec le poing de Luffy, c'est assez logique.

Si le roi déchu ne tomba pas de la montagne, c'est grâce à ses deux hommes de mains dévoués. Luffy expira par le nez comme un taureau en colère et regarda son poing sanglant.

- Putain que j'en avais envie.

- Oi, Luffy, c'est pas le gars de l'autre fois ? demanda Sanji en sortant à son tour avec un manteau sur le dos.

- Tout à fait, sans parler que pendant que tu étais dans les vaps à cause de l'avalanche, ils ont essayé de nous attaquer.

Le cuisinier expira de la fumée de sa cigarette et vint se ranger à côté de son capitaine.

- Bon ! On commence ? demanda le D. en faisant craquer sa nuque.

- Jeune impertinent ! Comment oses-tu lever la main sur l'auguste personne de sa majesté le Roi de Drum !?

- Misérable avorton, qui es-tu pour envoyer au tapis notre vénérable monarque !? Lui qui exerce sa suprême tyrannie sur tout ce pays !

Luffy étira bien ses joues pour leur tirer la langue.

- Rien à foutre que ce soit un roi ou un mendiant ! Vous l'avez cherché ! Buuuuuh !

Doctorine, les mains dans les poches, leur demanda s'ils les connaissaient.

- Ouais, ils nous ont attaqués en mer, répondit Sanji. Enfin, attaqué est un grand mot, Mugiwara était en colère, donc, il a pas eu le temps de faire grand-chose après son abordage qu'il était déjà en train de voler au loin.

- C'est une nouvelle mode maintenant d'être pirate et Roi ? se renseigna le D. en penchant la tête sur le côté.

- Dis-donc, t'es pas un peu léger comme ça ?

Luffy regarda le blond sans comprendre qui lui pointa la hoodie légère sans manche qu'il avait sur lui et son bermuda et ses claquettes.

- C'est vrai que ça caille, réalisa le jeune capitaine.

Son camarade laissa s'échapper un profond soupir d'exaspération.

- Il était temps que tu le réalises, lui pointa le cuisinier.

- On est dans les négatifs au thermomètre, pointa la vieille femme en se retenant de rire pendant que Luffy filait dans le château à la recherche d'un manteau.

Walpol se releva en suivant, hurlant sa haine et sa douleur à qui voulait l'entendre.

- Tant pis pour toi ! Tu m'as mis en colère ! je vais t'avaler tout cru !

- Patientez quelques minutes, il est parti se chercher un manteau, leur dit Sanji avec un flegme monumental. Et pour être celui qui le nourrit, je peux vous dire qu'il sera pas très appétissant, il a que la peau sur les os après tout.

Chopper, lui, il était face à une question toute autre. Luffy était resté près d'eux, pourtant, il avait réussi à frapper Walpol qui était à un peu moins d'une dizaine de mètre de distance. Comment avait-il réussi à faire ça ? Il avait vu le corps de ce garçon, ce Mugiwara, s'allonger, mais il avait dû imaginer les choses, non ?

- Ano…

- T'as une question ? demanda Sanji en regardant Chopper.

Le petit zoan hésita, puis finit par exprimer ce qui le tracassait :

- Son corps… il… il s'est bien allongé, j'ai pas rêvé ?

- T'as pas rêvé, c'est sa spécialité. C'est un élastique sur patte.

- Mais c'est impossible.

- Du tout, c'est juste un monstre, lui aussi.

Sanji avait dit ça avec un sourire et un brin notable de fierté qui interloqua Chopper.

Les deux sous-fifres de Walpol s'avancèrent, l'un avec un arc, l'autre avec d'étranges gants de boxe noir et velu, comme son afro.

- Vous manquez pas de culot de vous être installée dans ce château, Dr Kureha ! ragea l'archer. A quoi jouez-vous !?

La vieille femme se contenta de rire.

- J'en ai rien à faire de ce château gelé plein de courant d'air, mais c'est lui qui voulait ériger ici la sépulture de Hiluluk.

En disant « lui », elle montra d'un geste de la tête Chopper qui se mit à grossir et à se déformer à vue d'œil pour prendre une forme imposante le faisant ressembler à un énorme gorille difforme.

- Majesté regardez !

- C'est le monstre qui était avec Hiluluk !

Chopper serra les dents à la mention de monstre, mais garda son calme.

- Le Docteur voulait absolument venir en aide aux habitants de ce pays, c'était sa raison de vivre ! C'est pour ça que je ne vous laisserai pas passer ! gronda le zoan. MON RÔLE EST DE PERPETUER SA VOLONTE COÛTE QUE COÛTE !

En réponse, un vent soudain fit claquer le drapeau au sommet du château, le déployant un peu plus.

- MWAHAHAHAHA ! Parfait, tous les enquiquineurs sont là ! Je vais vous tuer tous jusqu'au dernier !

- Ce gars est un taré. Il nous cherche des poux alors qu'on lui a rien demandé à la base, marmonna Sanji en continuant de fumer les mains dans les poches. Tu vas te battre aussi, baa-san ?

Le surnom lui valut de se faire presque arracher l'oreille par une femme qui n'appréciait pas qu'on la vieillisse plus qu'elle ne l'était (elle n'avait que cent trente-neuf ans après tout) qui se fit aussi un plaisir de signaler qu'elle interviendrait s'ils ne s'en sortaient pas.

Le gars à l'afro balança une boule d'afro vers Kureha et la jambe de Sanji l'intercepta juste à temps et ça resta accroché à son pantalon.

- Dis donc, Afroman, on t'a jamais dit que c'était pas poli de balancer des boules de poils sur les lady ?

- Hihihihi ! Bien dit, gamin ! approuva la femme.

Mais à cet instant, Sanji réalisa que l'afro était plein d'électricité statique et rien ne pouvait la faire partir.

.


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- Brrrr ! On se gèle ! gémit Luffy en entrant dans la chambre où Nami se reposait.

Il referma la porte derrière lui et se mit à fouiller dans les environs.

- Qu'est-ce qu'il se passe dehors ? demanda Nami. Je n'y vois rien de la fenêtre.

- Il se passe qu'on se les caille sérieux… y'a pas une veste qui traîne ?

- Fais pas l'imbécile et dis-moi ce qu'il en est pour que j'entende Sanji jurer d'ici.

- Oh, ça, un con qui n'a pas réaliser qu'il mord plus qu'il ne peut avaler. Une bagarre de rien du tout.

- Encore ? Rien de grave j'espère.

- Trois fois rien, rassura Luffy en agitant une main pendant qu'il retournait tous les tiroirs. Tu peux te rendormir.

- Prends ma veste si tu trouves pas la tienne.

Luffy se redressa et adressa un regard noir à Nami.

- Je vais pas prendre ta veste, elle est trop naze.

- Elle est bien mieux que la tienne que tu ne trouves pas de toute façon. L'essentiel est qu'elle te tienne chaud.

Luffy partit en quête des affaires de Nami et trouva le blouson en question. Il revint sur ses pas en l'enfilant.

- Bon, le gros con avec ses caprices d'enfant gâté va déguster. Walpol, me voilà.

La rousse cligna des yeux et soupira avant de se rallonger confortablement dans le lit et de remonter la couverture.

- Si c'est que lui, je peux dormir tranquille. Va dépenser ton énergie.

.


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Ils avaient échappé de justesse aux flèches de feu. Chopper fonça à l'assaut, paré à frapper l'archer (Chess), quand Walpol s'interposa avec la gueule grande ouverte pour avaler le zoan en mode bourrin. Sanji tourna la tête vers le château en entendant des pas précipités et vit Luffy revenir vers eux. Un léger sifflement du blond attira l'attention du capitaine qui le regarda pour savoir ce qu'il voulait. Le cuisinier se contenta de lever une jambe et le paramecia eut un immense sourire. Il jeta ses bras vers l'avant, s'accrocha à la jambe du cuisinier et celui-ci l'éjecta vers l'avant en triplant la vitesse et la force de Luffy transformé en projectile.

- Youhou ! Je vole ! s'exclama Luffy en pleine vrille.

- Arrête de faire le con, ahou gomu, grommela Sanji.

Sboing !

Impact avec l'estomac de Walpol qui recracha Chopper. Le roi percuta l'hippo au passage qui n'avait rien demandé à personne, et les deux furent éjectés plus loin.

- Vous êtes des brutes… souffla Chopper avec un semblant d'admiration en regardant les deux pirates. Mais… merci.

- De rien ! sourit Luffy qui avait les mains en visière pour garder trace de l'envol de leurs adversaires.

Sanji avait d'autres priorités. Il avait reconnu la veste de Nami sur le dos de Luffy et ça ne passait pour lui.

- L'hippo est parti en orbite, conclut Luffy. Zut, on y est pas allé assez fort, on aurait pu envoyer les deux dans l'espace.

- Retire immédiatement la veste de Nami-san !

Très difficilement, Walpol se releva en crachant du sang. Il tituba un instant, reposa un genou à terre un moment, avant de pouvoir enfin se remettre définitivement debout. Il se tourna vers Chess et lui demanda la liste de ce qu'il avait mangé depuis le matin. Et si on en croyait le menu il avait un certain faible pour les canons. Comme le pointa Sanji, c'est bel et bien ce qu'on appelle être omnivore. L'homme se mit à vibrer et se transforma en maison.

Sanji pencha la tête sur la droite, Luffy sur la gauche. Entre, on pouvait presque voir une banderole avec écrit en gros 'Da Fuck ?'. La perplexité devint horreur quand il goba ses propres gardes du corps. Les cheminées qui remplaçaient ses bras et qui avaient poussé sur le sommet de son crâne sifflèrent dans un panache de fumée.

- Contemplez le miracle de ma fusion miraculeuse ! rugit Walpol.

La porte sur sa poitrine s'ouvrit et deux yeux brillèrent dans l'obscurité. Un pied apparut sur le seuil, puis une main repoussa un peu plus la porte tendit qu'une autre s'accrochait au chambranle.

- Admirez le plus grand guerrier du royaume de Drum ! lança l'apparition avant de sortir totalement. CHESSMARIMO !

Techniquement parlant, ça ressemblait plus à l'un qui était monté sur les épaules de l'autres, qu'à une fusion.

- Méfiez-vous, s'ils étaient si faibles, nous n'aurions pas eu tous ces problèmes avec la fuite des médecins, leur dit le Dr Kureha de là où elle s'était adossée à un mur pour boire son alcool de prune.

Les deux pirates hochèrent la tête.

- Ce pays a une constitution très simple qui se résume à son premier article, leur dit Walpol. « Tout ceux qui contrarient le roi doivent mourir ». Ce château m'appartient ! Ce pays est à moi !

Et il leva son bras/canon/cheminé vers le toit et tira, dégommant le drapeau de son poste. Chopper resta figé d'horreur en voyant ça. Ses yeux fixèrent la lente chute de l'étendard alors qu'une colère sourde montait en lui.

Il sauta sur Walpol en hurlant au sacrilège.

C'était le drapeau de Hiluluk. L'homme qui avait voulu, plus que tout le monde, sauver ce pays.

En criant sa rage, il frappa de toutes ses forces le visage de l'homme qui avait causé tant de malheur mais malheureusement, un coup de canon l'envoya voler dans la neige à proximité de Sanji. Il se releva immédiatement, la fourrure légèrement calcinée.

- Oi ! Connard ! Regarde par ici !

L'appel était venu d'en haut.

Tout le monde leva la tête pour voir que Luffy était monté sur le toit. Il avait arraché une manche du manteau de Nami pour rattacher le drapeau à son socle.

- Je pensais que t'étais un de ses souverains-pirates qu'on trouve de temps à autres, mais en fait, t'es qu'un gosse qui n'a rien compris ! gronda Luffy. Ce drapeau représente tout pour les pirates qui naviguent au péril de leur vie ! On ne lui manque pas de respect comme ça ! Même le dernier des marines le sait ! Si tu ignores ce que représente un drapeau noir, tu n'y touches pas !

Walpol commit la grossière erreur de rire.

- Signification ?! Comme si ce vulgaire bout de chiffon voulait dire quelque chose !

Chopper se figea en sentant quelque chose de lourd et menaçant dans l'air.

- Fuite urinaire, Luffy, attention, rappela à l'ordre Sanji en reconnaissant les symptômes.

Le brun ferma les yeux et respira profondément pour se calmer. Ce qui avait mis Chopper en alerte recula, se diluant dans l'air comme si ça n'avait jamais existé. Le contrôle retrouvé, Luffy rouvrit les yeux.

- T'es qu'une sombre vermine. Tu n'as ni le droit, ni le panache pour te permettre de toucher à ce drapeau.

- Il suffit, insolent ! Je suis le roi et j'ai tous les droits ! rétorqua Walpol. Si j'ai décidé d'abattre se drapeau, je le ferai, et ce, autant de fois que nécessaire ! Ce pays et ce château m'appartiennent ! Je ne veux pas de cette grotesque tête de mort au-dessus de chez moi !

Et il tira un nouveau boulet de canon.

- Attention ! cria Chopper.

- LE JOLLY ROGER NE TOMBERA PAS DEVANT TOI ! hurla Luffy sans bouger. TU N'AS PAS LA VOLONTE ET LES CONVICTION POUR !

Quelque chose explosa dans l'air, et avec, le boulet de canon.

Sanji leva un sourcil. Est-ce que c'était une fuite avortée ou un autre tour dans les manches de Luffy ?

Le fait est que quand la fumée se dissipa, Luffy tenait toujours le drapeau intact en main. Le mât fumait légèrement, mais il n'y avait aucun dégât. Le drapeau était parfaitement intact alors que le pirate était recouvert de suie.

- Tu vois ? se moqua Luffy. Le Jolly Roger est invulnérable. J'ignore à qui il appartient, mais ce que je sais, par contre, c'est que quelqu'un a juré de risquer sa vie en le brandissant ! S'il flotte, c'est pour une bonne raison ! JE VAIS PAS RESTER SANS RIEN FAIRE QUAND TU T'AMUSES A VOULOIR LE DEGOMER EN RIANT BÊTEMENT !

Cette fois, l'explosion dans l'air fut plus notable au point qu'elle renversa Walpol et Chessmarimo.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? souffla Chopper qui avait la chair de poule.

- Le vilain secret du capitaine, répondit Sanji. Ça reste entre nous, il s'est rien passé, d'acc ?

Sanji cligna son seul œil visible pour le renne qui hocha la tête avec hésitation, avant de relever la tête vers Luffy toujours tremblant de rage.

C'était donc ça un vrai pirate ?

- Oi ! Chopper c'est ça ?

Le petit renne sursauta en entendant Luffy s'adresser à lui.

- Je vais me faire ces cons. Et toi ?

- Moi… ?

- Je reste pour le pop-corn, annonça Sanji en s'asseyant par terre.

- Sage décision, gamin. Si tu avais continué à courir comme ça, ton dos aurait lâché, lui dit Doctorine.

Walpol voulut profiter de l'inattention générale pour attaquer encore une fois Luffy, mais Chopper intervint pour l'en empêcher et lui administrer une nouvelle rouste, mais c'était sans compter sur Chessmarimo qui s'interposa pour protéger le roi. Le renne sauta en arrière et reprit sa forme classique.

- T'es un drôle de monstre, tu dois êtes le Yéti qui affolait tout le monde, il fut un temps ! Misérable créature ! Pourquoi te battre pour ce pays où personne ne veut de toi !? C'est le comble de la stupidité !

- FERMEZ-LA ! rugit Chopper. JE ME BATTRAIS, MÊME SI JE N'AI PAS D'AMI, ET CE TANT QUE LE DRAPEAU DU DR HILULUK FLOTTERA !

- Qui a dit que tu étais seul, je suis avec toi, moi !

Le temps de cligner des yeux et Luffy s'était presque téléporté à côté de Chopper en faisant voler de la neige partout.

- Tu n'es pas blessé ? demanda Chopper.

- Je suis désensibilisé à la chaleur et mon corps est en caoutchouc. C'est clairement pas un boulet de canon qui me terrassera. Tu penses être capable de te débarrasser des guignols ?

- Sans difficulté.

- Très bien. Le Roi est pour moi !

- Sale vaurien ! rugit Walpol. Je siège à la Rêverie ! Drum fait partie du Sekai Seifu ! Tu me touches, tu attaques le monde entier ! Tu n'es qu'un moucheron, et je suis roi !

La main de Luffy jaillit et lui saisit le visage.

- Roi ? Dieu ? Qu'est-ce que j'en ai à foutre ! Je suis un pirate ! Depuis que je suis gamin le Sekai Seifu me poursuit ! Tu crois que tu vas changer quelque chose ?

Lentement, le D. ramena son adversaire jusqu'à lui sans lâcher sa prise sur le crâne entre ses doigts.

- Ton autorité et ton pouvoir, je pisse dessus.

A côté, Chopper avait engagé le combat avec Chessmarimo.

Vu qu'il avait quatre bras, la fusion des gardes du corps de Walpol pouvait se permettre de doubler les armes. Soit, deux arcs pour deux flèches de flammes. Le petit médecin avala une étrange bille jaune et croqua dedans, avant de prendre son apparence la plus animale qui fila à toutes pattes vers sa cible, laissant les projectiles lui passer au loin au-dessus du crâne, avant de prendre sa forme la plus humaine et de continuer de courir. Les arcs devinrent quatre masses bien solides alors que Chessmarimo riait.

Les zoan n'avaient que trois transformations physiologiques, le petit renne avait donc grillé toutes ses cartes.

Sauf qu'au moment où ils allaient abattre leurs marteaux sur lui, Chopper disparut. Il venait de montrer une quatrième forme, assez humaine, tout en finesse et souplesse avec des jambes longues et puissante qui lui avaient permis de sauter haut dans le ciel.

Il retomba sur les gardes fusionnés en prenant une nouvelle forme qui cette fois le fit ressembler à une boule de poil géante avec juste un visage au milieu. Un marteau percuta l'enveloppe de fourrure et sous cette nouvelle forme, Chopper rebondit au loin et retomba sur ses pattes sans bobo. Il changea encore une fois d'apparence pour une forme encore hybride bipède avec des biceps presque difforme tellement ils étaient gros. Un simple coup de sabot détruisit l'un des marteaux.

Puisque ça ne servait à rien, Chessmarimo passa aux haches d'acier, mais il eut le malheur de perdre de vu Chopper qui avait repris son Jumping Point afin de reprendre de la hauteur. Le soldat fusionné se pencha vers l'arrière pour le chercher, comme il ne pouvait pas lever la tête, et le regretta quand il se prit un coup de sabot dans la mâchoire. Le coup était précis et puissant. L'os se fractura et le sang qui coula de la bouche disait que la langue avait été coupée, sans compter que l'immense personnage tomba des hauteurs de la montagne de Drum.

- Tout juste deux minutes, Chopper, annonça Kureha. Tu peux mieux faire, je compte sur toi.

Il lui restait une minute pour sa Rumble Ball, il pouvait peut-être aider Luffy.

Chopper se tourna vers le brun pour voir que Walpol n'était plus là. Le pirate fixait l'horizon avec ses mains en visières sous le bord de son chapeau de paille.

- Aaaah ! J'y étais presque ! bougonna l'adolescent en laissant s'affaisser ses épaules de déception.

- Peut-être si tu l'avais expédié à peine un peu plus à la verticale, tu aurais réussi à mettre ce lourdaud sur en orbite. Tu testeras avec le prochain ennemi qu'on rencontrera, lui dit Sanji en continuant de fumer.

Luffy s'avança dans la neige et ramassa un vieux trousseau de clef.

- LUFFY ! Qu'as-tu fait à ma veste !

Tout le monde se tourna vers l'entrée du château pour voir Nami s'y tenir avec une gosse veste sur les épaules. Elle s'avança et attrapa le bras nu de son capitaine qui déglutit.

- Tu sais combien elle m'a coûté ?! siffla la rousse en enfonçant son doigt dans la poitrine de son capitaine mort de trouille. Vingt-huit mille huit cents berrys ! Et encore, j'ai dû marchander pour l'avoir à ce prix-là !

- Je suis désolé Nami ! Mais ce gars, il a sorti les canons…

La justification du capitaine fut coupée court par le soupir de la jeune femme.

- Bon, c'est pas grave, je m'en doutais de toute façon qu'en te la prêtant, elle finirait dans cet état.

Elle se détourna avec un sourire froid.

- En guise de dédommagements, tu me la rembourseras donc au triple… soit cent millions, prix d'amis !

- Pourquoi j'ai l'impression que tu avais prévu ça depuis le début, bougonna le D. en pleine déprime.

- Parce que c'est le cas~ ! caqueta la navigatrice.

- Je peux payer en plusieurs fois ?

- Vous négocierez les modalités du remboursement à l'intérieur ! intervint Kureha en faisant sursauter le duo qui l'avait totalement zappé. Je n'ai pas encore dit à mes patients qu'ils pouvaient partir !

Avant que Nami ne puisse dire un mot, elle se fit attraper par la femme qui la tira par le col de sa veste pour l'a ramené vers l'entrée du château et elle pointa l'étage du doigt. Luffy alla rejoindre Sanji et lui tendit une main pour l'aider à se relever, ce que le blond accepta avec une grimace. Les deux hommes escortèrent donc la rouquine boudeuse jusqu'à son lit pour qu'elle reste au chaud et que Sanji lui-même puisse se reposer avec son dos.

Cela laissa Kureha sur le seuil à regarder Chopper seul et immobile dans la neige.

- Doctorine, vous l'avez entendu, n'est-ce pas, vous aussi ? demanda doucement le petit zoan.

La vieille femme se contenta de sourire avec un certain attendrissement pour son élève.

- Il… il a dit…

Chopper attrapa le bord de son chapeau entre ses sabots et le tira sur son visage pour cacher son expression.

- Il… il a dit qu'il… qu'il était avec moi… que j'étais pas seul…

La femme secoua la tête et regarda le drapeau noir qui flottait au-dessus du château. Cet étendard avait eu raison du totalitarisme de Walpol.

Le bruit d'une télécabine arrivant au niveau du château les alerta. Zoro en sortit, poussé par Usopp.

- Hey !

Luffy venait d'ouvrir une fenêtre à l'étage et sauta directement dehors, faisant bondir en arrière Usopp. King se jeta immédiatement sur son ami en miaulant et lui lécha copieusement le visage.

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? Surtout toi, Usopp, je croyais que tu n'aimais pas les montagnes.

- C'est mal me connaître ! lui dit Usopp en bombant le torse. Dès que je vois une montagne, je ne peux m'empêcher de la gravir ! Et je reconnais que cette falaise était ardue.

Les yeux du D. allèrent vers la sortie de la télécabine, puis retourna à ses hommes. Ses lèvres tiquèrent, mais il ne fit aucun commentaire. C'était Usopp après tout.

- Comment vont Nami et Sanji ? s'enquit Vivi.

- Sanji a besoin de repos parce qu'il s'est fait mal au dos à cause de la fichue avalanche et Nami va beaucoup mieux.

- C'est une bonne nouvelle, sourit la demoiselle.

- T'aurais pas vu l'idiot que t'a éjecté l'autre jour ? demanda Zoro en croisant les bras pendant que Dalton sortait du téléphérique.

- Vous l'avez loupé de quoi… cinq minutes, leur dit Kureha. Ce gosse l'a quasiment envoyé en orbite.

- Donc c'est lui qu'on a vu traverser le ciel comme une fusée ?! s'étrangla l'homme blessé.

- Yup, confirma Luffy en hochant la tête.

- Et ses sbires.

- Le renne… Chopper, c'est ça ?

Il regarda Kureha qui confirma d'un sec hochement de tête.

- Donc, Chopper leur a fait leur fête. Deux minutes chronos, c'était du rapide, efficace et droit au but, comme s'il savait d'instinct où était leur point faible. Oh, d'ailleurs, on a un nouveau nakama.

Usopp cessa de chanter ses exploits d'escalade pour regarder son capitaine. Zoro se contenta de lever un sourcil, avant que Luffy ne se tourne en partie vers le petit bois dans les environs. Chopper se cachait contre un arbre, dans le mauvais sens encore une fois.

Les yeux de Dalton s'écarquillèrent. Il le reconnaissait.

Alors, il se mit à genoux pour lui faire face à lui et Luffy pour les remercier de ce qu'ils avaient fait à ce pays.

Sauf que tout le monde prit le petit renne pour un monstre, le faisant fuir.

King partit immédiatement à sa poursuite alors que Luffy se frappait le visage.

- Oi ! C'est mon médecin de bord que vous venez de faire fuir, bande d'idiots ! rouspéta le D. avant de partir à la poursuite des deux animaux.

Vivi et Usopp échangèrent un regard dubitatif avant de se tourner vers Zoro qui se contenta de hausser les épaules.

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Nami était de retour sous la couverture à bouder. Dalton avait été allongé dans un lit à proximité, pendant que Sanji se faisait remettre de nouveau le dos en place. Pour son mérite, on ne l'entendit pas pousser le moindre cri. Vivi lissa la couverture de son amie en souriant. C'était agréable de la voir en bonne santé après la peur qu'elle leur avait infligée.

Doctorine entra dans la pièce où la pirate se reposait avec Dalton. Elle but une bonne gorgée de son alcool de prune et s'essuya la bouche.

- Oi ! Gamin ! Tu saurais pas où sont les clefs de la salle d'armes ?

- Pourquoi faire ? s'étonna l'ancien soldat.

- Ce sont mes affaires, ça !

- Eh bien, c'est Walpol qui les avait toujours sur lui, donc, c'est parti avec lui.

La vieille femme fronça les sourcils.

- Me semble que le gosse au chapeau de paille avait ramassé des clefs par terre. Je verrai avec lui, au cas où ce seraient celles de la salle et Walpol les aurait fait tomber.

Sous la couverture, Nami porta une main à la poche de son pantalon. Elle avait volé des clefs à Luffy, il s'agissait peut-être de ça. Elle se leva et repoussa légèrement la couverture pour adresser un grand sourire à la vieille sorcière

- Doctorine-san, que diriez-vous de nous dispenser d'honoraires et de nous laisser partir dès maintenant ?

La femme se tourna vers elle, les mains sur les hanches.

- Ma réponse ne changera pas ! Tu restes au lit et mes honoraires, c'est tout ce qu'il y a sur votre navire !

- Elle a raison, Nami, tu as besoin de repos, insista Vivi en essayant de faire se rallonger son amie.

- Mais non, je me sens très bien !

- Cela ne veut rien dire, surtout venant de toi !

Nami ignora totalement son amie pour sortir les clefs de sa couverture et les faire tourner autour d'un de ses doigts.

- Et si je vous disais que j'ai des clefs qui pourraient être celles de vous chercher ?

Dalton et Kureha la regardèrent avec étonnement.

- C'était pas ton capitaine qui les avait ramassées ?

- Je les lui ai fauchées !

Nami leur tira la langue avec fierté. Luffy n'avait rien calculé quand elle lui avait pris les clefs. Certainement parce qu'elle lui faisait peur au même moment en lui hurlant dessus au sujet de son manteau. Doctorine marcha à grand pas vers elle et attrapa la clef.

- Tu ne manques pas de toupet pour me proposer un tel marché. T'es du genre petite maligne, toi, non ?

La voleuse se contenta de rire.

La vieille femme se détourna en emportant les clefs avec elle et attrapa son manteau pour commencer à l'enfiler en s'éloignant.

- Très bien, je vous dispense de mes honoraires, mais c'est tout ! Je ne peux pas accepter l'autre condition, ma déontologie me l'interdit !

- Eh ! Minute ! Dans ce cas, rendez-moi les clefs ! réclama Nami.

D'un geste vif, le médecin se retourna et pointa un doigt sévère sur la pirate.

- Ecoute-moi bien petite ! Je dois m'absenter de cette pièce pendant quelques dizaines de minutes ! Je ne demande à personne de monter la garde et l'armoire où se trouve les manteaux se trouve dans la pièce du fond ! Ton ami avec la colonne vertébrale bousillée a été remis sur pied ! Gare à vous si vous essayez de vous sauver !

Elle ordonna aux villageois qui trainaient dans la pièce de la suivre et tout ce beau monde s'en alla en claquant la porte. Nami soupira et repoussa sa couverture.

- Traduction, on prend les manteaux et on file en embarquant Sanji-kun, dit la rousse.

- C'est ce qu'il m'a semblé aussi.

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Chopper arrêta de courir et se laissa tomber en haletant contre un mur du château. Il leva les yeux vers le ciel empli de neige et tomba sur la lune ronde et lumineuse.

Il sursauta en entendant Luffy l'appeler de l'autre côté du château, lui demandant de venir avec son équipage et lui en mer. Ce n'est pas qu'il n'avait pas envie de les suivre, c'est qu'il ne pouvait tout simplement pas.

- J't'ai trouvé !

Chopper poussa un petit cri quand quelque chose lui sauta dessus, l'étalant de tout son long dans la neige. Ce devait être un animal vu qu'il sentait des pattes sur son dos. Son assaillant sauta devant lui et se retourna pour lui lécher le visage. Le petit renne releva la tête pour rencontrer la bouille amicale d'un once qui agitait joyeusement sa longue queue.

- Tu comptes me chasser ? si c'est le cas, tu vas le regretter ! avertit Chopper.

Le félin pencha la tête sur le côté avec perplexité.

- Ben non, j'ai pas de raison de te chasser.

Il enroula sa grande queue autour de ses pattes alors qu'il s'asseyait sur son train arrière.

- T'es doué pour te fondre dans l'environnement, même avec son Haki, Luffy arrive pas à te trouver. Je t'ai déniché grâce à ton odeur.

- Luffy… tu veux dire, le pirate avec le chapeau de paille ?

La panthère hocha la tête.

- Moi, c'est King ! J'étais tout petit quand il m'a trouvé, alors, c'est lui qui m'a donné ce nom, et franchement, j'aime bien !

La joie était visible dans la voix du félin et un bout de queue s'agitait avec excitation.

- Pourquoi tu réponds pas à son appel ? Il s'égosillerait pas si t'avais pas envie de venir avec lui.

- Je… c'est pas que j'ai pas envie… répondit Chopper en jouant nerveusement de ses sabots avec la neige.

- Pourquoi ?

- Je suis pas comme eux ! Je suis pas humain et je ne suis même plus un renne !

King lui adressa un regard dubitatif et se remit debout. Il attrapa entre ses crocs le semblant de pantalon que portait Chopper et le tira vers lui pour le mettre debout.

- Mais qu'est-ce que tu fais !

- VIENS !

- Mais… !

Sourd aux protestations du renne, il le tira avec lui entre les arbres pour rejoindre le devant du château où Luffy s'égosillait pendant que Usopp faisait un bonhomme de neige et que Zoro buvait une bouteille d'alcool qu'il avait trouvé on ne sait où, le cul assis dans la neige.

- King ! Cool ! Tu l'as trouvé ! T'es le meilleur ! sourit joyeusement Luffy en voyant les deux animaux débarquer. On va pouvoir y aller, t'es prêt à décoller, Chopper ?!

La panthère relâcha le short du renne et trottina jusqu'à Luffy.

- Je ne peux pas… dit doucement Chopper en masquant ses yeux avec son chapeau.

- Allons bon et pourquoi ? s'étonna le capitaine avec une moue.

- Je… je suis venu vous remercier sincèrement… pour tout.

Nami et Vivi sortirent du château à cet instant, soutenant un Sanji au pas légèrement incertain.

- Mais je peux pas venir ! Je suis un renne ! J'ai des bois sur la tête et des sabots à la place des mains ! Vous voyez bien ! Même si je veux devenir pirate, je ne peux pas ! Je ne suis pas comme vous ! Je suis un monstre ! Je ne peux pas faire partie de votre équipage !

Tout le monde resta silencieux devant l'agitation de Chopper qui finit par baisser de nouveau la voix en soupirant :

- Votre invitation m'a profondément touché, mais je dois rester ici. Peut-être qu'un jour, si vous refaite escale sur cette île…

- Oi !

Luffy le coupa sec.

- On embarque. Fissa. Tu es un des nôtres.

Cela fit sourire tous les pirates, bien que Zoro bougonna sur la démarche cavalière de recrutement dans laquelle Luffy était passé expert.

Les larmes qui roulèrent sur les joues pleines de fourrure étaient des larmes de joie.

- Bienvenu chez les pirates ! Je suis Monkey D. Luffy, mais devant les inconnus, je préfère le nom de Mugiwara. Allez, va faire tes adieux, et on s'en va. L'océan nous appelle.

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Doctorine était une femme au grand cœur sous une écorce sèche et glacée. Comme beaucoup, elle était maladroite dans l'expression de ses sentiments, mais aussi quelqu'un pas très emballé par les épanchements sentimentaux. Aussi, quand Chopper vint lui faire ses adieux en disant qu'il allait prendre le large, en guise d'adieux, elle lui hurla dessus en lui jetant des armes, le faisant fuir pour sa vie au travers les couloirs du château.

Aussi, les pirates furent surpris de voir Chopper débarquer devant le château sous sa forme animale en tirant à toute vitesse un traîneau dans lequel il les pressa de monter. Il suffit de voir la tête de la sorcière avec ses couteaux et ses haches pour comprendre pourquoi il valait mieux monter vite. Tout le monde sauta dans le traineau et Chopper s'engagea sur la corde du téléphérique, la descendant à toute vitesse. Assis à l'arrière, la tête de King entre ses genoux, Luffy regarda Kureha qui s'était arrêtée au bord de la falaise pour les regarder partir. L'adolescent leva son chapeau pour lui faire un signe avant de regarder vers l'avant, sans voir le sourire triste de la vieille femme. Bientôt, Dalton vint la rejoindre après avoir fermé correctement son manteau.

- Vous en êtes satisfaite, de ces adieux ? demanda-t-il.

- C'est toujours difficile de se séparer d'un petit compagnon à poil qu'on a élevé avec amour ! rit tristement la femme. Mais je ne supporte pas les adieux dans les larmes.

Dalton remarqua les yeux humides sur le visage ridée de la médecin et ne fit aucun commentaire.

- Allons-y, il faut leur faire un adieu digne de ce nom !

Et cet adieu, ils purent l'admirer dans toute sa splendeur alors qu'ils avaient regagné la pleine.

Du château, on tira au canon et la lumière apparut en suivant.

La neige avait pris une teinte rose. Et de loin, la montagne ressemblait à présent à un cerisier géant. Cela laissa les pirates sans voix devant la beauté du spectacle.

- Allez, va mon fils… sourit tristement Kureha en regardant la neige rose qui tombait sur le château.

En bas dans la plaine, Chopper ne put s'empêcher de pleurer. C'était l'aboutissement des recherches de l'homme qu'il avait considéré comme son père. Le Dr Hiluluk avait réussi. Il avait trouvé le moyen de faire pousser des cerisiers sous la neige.

Dalton et Kureha s'assirent devant le château pour regarder la neige tomber.

Chopper et son nouvel équipage devait être au large à présent.

Le passage de ces jeunes avait changé beaucoup de choses. Ils avaient aidé le pays à couper les ponts avec son passé pour partir sur de nouvelles bases, mais aussi changé un petit renne pleurnichard en marin, en homme.

- Dalton-san ! C'est terrible, je viens de me souvenir d'une chose !

Dalton et Kureha se retournèrent pour voir un villageois venir vers eux avec un papier dans sa main. Papier qui s'avéra être la prime souriante de Mugiwara, avec le magnifique doigt d'honneur.

- Il a une seconde prime ? s'étonna Kureha. Ce garçon est un sacré gredin, vulgaire par-dessus le marché !

Et elle ricana sans répondre aux questions au sujet de son commentaire sur la « seconde prime ».

- D'où est-ce que vous le sortez ? demanda Dalton au glandu qui venait de la leur donner.

- Justement, on a oublié de vous en parler. Il y a environ trois jours, un étranger est descendu à Robelle. Un voyageur qui a réussi à arriver un jour où il ne neigeait pas. Personne ne sait où ni comment il a accosté. Apparemment, il était à la recherche du pirate qui avait attaqué notre île. Quand on lui a dit que Kuorhige n'était plus là depuis longtemps, il a juré et nous a posé des questions pour savoir si on avait vu le pirate de cette prime. Il nous a demandé de lui transmettre un message, comme quoi il l'attendrait à Alabasta pour deux semaines et pas un jour de plus. Quand on lui a demandé son nom, il nous a juste dit « je suis l'Allumette, Mugiwara comprendra ». Et il est parti sans payer son addition de la taverne.

- Je vois, sourit Dalton. Je pense cependant qu'il est inutile de s'inquiéter pour ce message. Je doute de me tromper en disant qu'Alabasta est leur destination.

L'ancien chef de la garde sourit au souvenir de Vivi. Il avait reconnu la princesse courageuse et humaine qui malgré son jeune âge, avait saisi ce qui était le mieux à faire devant l'agression de Walpol, afin de préserver son pays. Il fut tiré de ses pensées par le rire de Kureha.

- Pourquoi vous riez ?

- Je viens de comprendre pourquoi il fait un doigt d'honneur sur cette photo, expliqua la vieille femme. Il l'adresse à son père et à son grand-père. A tout ceux qui oseront s'arrêter sur ce que ses ancêtres ont fait au lieu de le juger pour lui-même.

- Vous parlez de quoi ? demanda Dalton.

- Disons que mon petit Chopper a embarqué avec un homme très dangereux. La volonté du D. est encore loin de s'éteindre.

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Chopper était assis à la rambarde à l'arrière du navire pour regarder son pays natal s'éloigner. Zoro s'était pris un bon coup sur le crâne pour avoir donné un mauvais exemple à Karoo en allant se baigner dans l'eau froide. Chopper étant un animal de base, il comprenait donc le langage des autres animaux. Son zoan lui permettant de communiquer avec les humains, il pouvait ainsi faire l'interprète. Il avait eu un instant de panique en réalisant qu'il avait oublié ses affaires dans sa précipitation, jusqu'à ce que Nami lui montre un petit sac bleu qu'elle avait trouvé à bord du traîneau. Vu qu'aucun des pirates ne savait à la base ce que c'était et que Chopper pensait l'avoir oublié, ce ne pouvait donc être qu'un coup de Doctorine.

Usopp, du haut de la rambarde devant la cuisine, un verre à la main, siffla tout le monde.

- Votre attention à tous ! Moi, Usopp, tireur d'élite de cet équipage, j'aimerai porter un toast à notre nouveau compagnon ! Levez vos verres pour Tony Tony Chopper, notre médecin de bord ! Hip hip hip !

- HOURRA ! répondirent les pirates en levant leur verre à leur tour.

Chopper rit doucement, intimidé par autant d'attention.

- Tiens Luffy, tu les avais laissés dans notre cabine. L'un des biscuits s'est cassé en mille morceaux par contre, donc, j'ai dû le jeter vu qu'il ne restait que des miettes, fit Nami en donnant à Luffy son sac et le sachet contenant les cookies.

- Pas grave. Nee-chan en fera d'autres si on en manque pour de nouvelles additions, répondit le capitaine.

Il ouvrit le sachet sans voir le clin d'œil que Nami adressa à Vivi et en sortit un cookie qu'il présenta à Chopper en se mettant à genou à son niveau sur le pont encore un peu enneigé du Merry.

- Ceci est le cookie de bienvenu dans l'équipage. Et il est à toi !

Chopper le prit entre ses sabots et le regarda.

- Merci.

Il croqua dedans avec un grand sourire.