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18 – Edward
Afghanistan… Samedi 24 avril 2010 à 22 h 58
Je posai mon sac de sport sur mon lit et me laissai tomber durement avec un soupir. J'avais tout fait pour garder mon esprit le plus occupé possible pour que le temps passe plus vite. Rien n'avait vraiment fonctionné. Je m'étais levé avant l'aube, j'étais allé courir puis à une réunion avec mon commandant en chef, j'avais nettoyé mes armes et lavé tous mes vêtements. Maintenant ils étaient secs et pliés dans mon sac.
Je regardai l'heure sur le mur, soupirai, gémis et tirai sur mes cheveux – ils auraient bien besoin de passer à la tondeuse - mes coudes sur mes genoux. Le temps me tuait. Soit il passait trop vite, me rapprochant de la rencontre sur skyPe, soit avançait à la vitesse de l'escargot.
Le problème était que je n'avais aucune putain d'idée de ce que je voulais.
D'un côté je voulais désespérément que Bella soit en ligne ce soir. Si elle y était, ça voudrait dire que nous étions vraiment en train de faire cela, que ses merveilleux e-mails allaient continuer et que quelqu'un là-bas - quelqu'un de beau et de merveilleux – m'accordait son attention.
En peu de temps Bella était devenue quelqu'un de très important. Pas parce qu'elle m'envoyait les plus merveilleux colis ou qu'elle faisait les meilleurs biscuits de cette satanée planète mais parce qu'elle avait une façon bien à elle de m'apaiser, de s'inquiéter pour moi, parce qu'elle était généreuse et qu'elle insistait pour me dire que je n'étais plus seul. Elle arrivait à tout régler avec douceur, nos sens de l'humour se mélangeaient bien, comme avec personne d'autre et combien tout était facile entre nous.
Et maintenant je ne me sentais plus seul. Pour la première fois depuis très longtemps j'avais vraiment quelqu'un qui s'intéressait à ce qu'il m'arrivait. Tanya – ma foutue petite-amie – ne s'était jamais préoccupée d'où j'étais ou de ce que je faisais ici… et avait oublié de m'envoyer quelque chose. Ça ne lui avait même jamais traversé l'esprit.
De l'autre côté - et c'était cette dernière pensée qui m'inquiétait le plus et la raison pour laquelle j'avais laissé une option à Bella de laisser tomber - je ne voulais pas qu'elle perde son temps avec quelqu'un qui pouvait ne pas survivre. Elle était jeune et belle et brillante. Elle avait tout pour elle et je ne pouvais rien lui donner en retour. J'étais presque certain que c'était ce qui avait fait fuir mon ex, ce sentiment que la vie continuait sans elle et pour quoi? Pour quelqu'un qui, peut-être ne rentrerait jamais à la maison?
Je me levai et laissai mon polochon là où il était, j'ouvris ma cantine et saisis mon ordinateur portable. Le baraquement était presque désert, la plupart des hommes étaient sous la tente du mess. C'était la soirée cinéma. Les autres patrouillaient. Je me dirigeai vers le bureau du commandant et installai mon ordinateur.
Comme d'habitude je vérifiais mes mails en premier, mon cœur tapa plus fort quand je constatais qu'il n'y avait rien de nouveau. Je secouai la tête en m'apercevant que j'avais besoin des mots de Bella et de son calme mais c'est son humour qui me permettait de garder la tête hors de l'eau. Enfer, je ne savais pas combien j'avais besoin de tout cela avant que sa première lettre n'arrive.
Je me loggai sur Skype et laissai la fenêtre ouverte et me mis à chercher quelque chose qu'elle m'avait demandé. De la musique. Pas n'importe quoi… quelque chose que j'avais joué.
Incapable de me retenir, j'ouvris une photo de Bella – celle quand elle s'apprêtait à sortir avec les filles. Elle était belle en bleu, ses cheveux châtains éparpillés devant son visage. Je souris, en roulant des yeux. Si j'étais assez chanceux pour pouvoir partir d'ici et rencontrer ce Mike j'allais sérieusement contrôler ses facultés mentales. Il avait dû tomber sur la tête. Et plusieurs fois. Sinon c'était qu'il y avait chez lui quelque chose qui n'allait pas.
Ça me fit peur de voir à quelle vitesse les choses avaient progressé entre nous. Deux mois? Et nous ne nous étions même pas rencontrés. Je fermai la photo et réalisai que ce n'était pas seulement son apparence. Une partie de moi se demandait si nous nous étions rencontrés dans la rue ou dans un bar… aurions-nous été connectés aussi vite? Est-ce que cette situation était aussi bizarre parce que nous nous étions rencontré d'une manière peu orthodoxe?
Parce que deux mois quand on est avec quelqu'un c'est complètement différent. Et je garantis qu'on n'aurait pas été si ouverts et si honnêtes.
Je cliquai sur ma musique faisant de mon mieux pour ne pas regarder l'heure. Je venais juste de trouver les chansons que je voulais qu'elle ait quand mon ordinateur m'alerta. Appel entrant. Une boule dans la gorge et le cœur battant je cliquai pour ouvrir la fenêtre.
