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31 – Bella

Seattle… vendredi 14 mai 2010, 5 h 33

Je venais juste de sortir du four une tournée de cookies quand mon téléphone sonna me faisant tellement peur que je renversai presque la plaque et me brûlai le doigt.

"Oh merde," sifflai-je, en attrapant le téléphone et en décrochant.

"Bella ? Il y a un problème ?" dit Edward, sans doute alarmé par mon juron.

Mes lèvres firent un sourire pendant que je mis mon doigt dans ma bouche pour soulager la brûlure. "Salut," dis-je en haletant sans penser à répondre à sa question.

"Salut chérie," dit-il en riant. "Pourquoi tu me réponds comme ça ? Je suis désolé de t'avoir réveillée."

"Si tu m'avais dérangé je n'aurais pas répondu tu sais," lui dis-je, en secouant la tête en allant à l'évier. Mon doigt n'était pas vraiment rouge mais il piquait encore un peu. J'ouvris l'eau froide et le maintins dessous pendant que nous parlions. "Je n'arrivais pas à dormir alors je me suis levée pour faire des biscuits pour Forks. Le téléphone m'a fait sursauter et j'ai presque laissé échapper la plaque. Mais c'est bon. Aucun cookie n'a été blessé," le taquinai-je.

"Tout va bien ? Tu ne t'es pas brûlée ?" Qu'il s'en préoccupe me fit sourire une fois de plus.

"Non ce n'est rien. J'allais éteindre le four et les laisser juste refroidir, on peut parler." Je fis ce que je venais de dire avant d'aller dans le séjour. "Tout va bien ? Je ne m'attendais pas à t'entendre aussitôt."

Il éclata de rire et je réalisai que ce que je venais de dire n'était pas ce que je voulais dire.

"Oh Seigneur !" grognai-je, en secouant la tête. "Ce n'est pas ce que je voulais dire," ris-je. "Je suis vraiment contente de t'entendre. Je pensais que tu serais occupé et que je devrais au moins attendre la fin de la semaine pour t'entendre."

Il arrêta de rire et resta silencieux un moment. "Tu semblais tellement secouée dans ton mail, mon cœur. Ça m'a fait très mal, je n'ai pas pu attendre pour entendre ta voix. Je suis tellement désolé pour le petit gars."

Je soupirai en m'installant confortablement dans le canapé. "Merci Edward. Je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir un peu tu sais ?" Il fit un petit bruit comme s'il allait protester et je me dépêchai d'expliquer pourquoi. "Je sais que ce n'est pas moi qui lui ai fait du mal mais je savais depuis des semaines que quelque chose n'allait pas et j'aurai dû faire confiance à mon instinct. Si je l'avais fait… si j'avais parlé au principal il y a quelques semaines, il n'aurait pas eu tous ces bleus en plus et…"

J'avais la nausée, je fermai mes yeux et respirai par le nez espérant que cette sensation cesse.

Je dus rester silencieuse un peu trop longtemps parce qu'Edward m'incita à continuer, "… et quoi ma belle ?"

Sans ouvrir les yeux, je marmonnai, "Des brûlures de cigarettes. Deux récentes et plusieurs anciennes sur son dos, près de son épaule."

Je me remis à pleurer, sachant que si je l'avais dit plus tôt j'aurais pu empêcher que Christopher soit davantage maltraité, j'aurais dû aller voir le principal dès que j'avais eu des soupçons. Edward murmura des mots doux pour me calmer, sa voix s'enroula autour de moi, un peu comme le câlin qu'il ne pouvait pas me faire pour le moment et me laissa pleurer.

"C'est ma faute s'il n'a pas été retiré plus tôt." Mes sanglots entrecoupaient mes mots et j'avais l'impression que j'allais m'évanouir.

Edward jura dans un souffle à peine assez fort pour que je puisse l'entendre. "Sors-toi cette idée de la tête, tu n'es pas responsable. Tu lui as amené à manger combien de fois pour t'assurer qu'il avait bien quelque chose à manger ? Combien de fois lui as-tu parlé ? Peut-être que ça ne parait pas être grand-chose mais crois-moi quand je te dis que ça l'aidé plus que tu ne le crois. Tu m'as dit qu'il te voulait auprès de lui quand il racontait son histoire."

Finalement les mots d'Edward arrivèrent jusqu'à moi et me calmèrent, je reniflai mais ne pleurai plus.

"Parle-moi," demandai-je, j'avais besoin d'entendre sa voix. "Dis-moi… n'importe quoi."

Il fredonna et ce son me fit quelque chose. Mon cœur se gonfla et un petit sourire apparut sur mon visage.

"Tu sais, ce n'est pas le seul pari qu'Emmett ait perdu. Et Jasper n'est pas un putain de saint non plus," il rigola. "Quand nous sommes arrivés ici au début, il y avait une équipe qui était très bonne au golf. Ils avaient installé un petit parcours et tout. Humm… Emmett ne peut pas jouer au golf… mais il pensait qu'il pouvait. Il pensait que puisque c'était un sport il pouvait au moins essayer."

Je roulai des yeux bien conscience qu'Emmett surestimait ses capacités sportives.

"Ils avaient pour habitude de se lancer des défis, ils se donnaient des objectifs et s'ils réussissaient ils pouvaient continuer. Les perdants devaient faire des gages idiots comme voler la jeep du commandant ou prendre quelque chose dans le bureau du général.

Nous étions nouveaux… je lui ai dit de ne pas relever de défi parce qu'il tenait le club de golf comme une batte de baseball et ce sont deux choses tout à fait différentes. Il a lamentablement perdu. Même Jasper l'a battu et Jazz déteste le golf.

"Ils lui ont fait manger un scorpion… Et un des gros. Abruti a été malade pendant plusieurs jours…" finit-il, en ricanant d'amusement.

"Oh non, c'est pas vrai !" ris-je, en secouant la tête. "Ça doit être la fois où il a dit à Rose qu'il avait la grippe. Pourquoi lui cache-t-il tout ça … je ne le saurais jamais. Ce n'est pas comme si elle pensait qu'il était un parfait petit ange…"

Il rit ensuite et demanda. "Alors tu faisais des cookies hein ? Pour les prendre à Forks ?"

"Ouaip," fis-je doucement en accentuant le p.

"Humm," grogna-t-il doucement. "Si tu pouvais en mettre quelques-uns de côté pour moi, je pourrais faire en sorte que ça vaille le coup pour toi."

Je faillis fondre sur mon canapé en entendant ses ronronnements mais à la place je décidai de le taquiner. "Sergent Masen je pense que tu ne m'aimes que pour mes biscuits…"

"Ma belle," sa voix était rauque et sexy. "Les cookies sont le bonus. Ils montrent seulement que le cœur d'un homme est dans son estomac, tu sais…"

Je ris bêtement comme une fille et dis, "en fait j'en ai quelques-uns tous prêts. Je suppose que je pourrai te les envoyer."

"Gentille fille," répondit-il, en me faisant rire de nouveau.

Avec un soupir je regardai l'heure. "Bien que je ne le veuille pas, chéri, il faut que j'y aille. Il faut que je finisse une autre tournée de biscuits et que je les emballe pour le voyage. Nous partons directement de l'école."

"Faites attention sur la route les filles. Envoie-moi un mail quand vous êtes arrivées !" Il y avait un peu d'inquiétude dans sa voix, ce qui était vraiment touchant – même si c'était inutile.

"Je le ferai," promis-je.

"Bien. Je ne manquerai pas de vérifier avant de partir pour notre garde."

Je souris à cette idée, qu'il se lèverait et irait voir son mail en premier. "Hey Edward ?" Je ne pouvais le laisser partir sans lui dire une dernière chose…

"Oui chérie ?"

"Merci," dis-je et ma voix se brisa en me souvenant pourquoi il m'avait appelé. "Cela signifie beaucoup pour moi que tu m'aies appelée et que tu m'aies laissée pleurer. Je me sens beaucoup mieux qu'il y a une heure."

"Quand tu veux ma belle," soupira-t-il.

Je ne voulais pas lui dire au revoir, alors je lui dis simplement : "On se parle bientôt," puis je raccrochai et ma tête retomba sur le canapé, mes yeux remplis de nouvelles larmes.