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167 – Bella
Jacksonville… mercredi 24 novembre 2010 à 9 : 35
J'étouffe un bâillement alors qu'Edward m'aide à descendre de l'avion, une main dans le bas de mon dos. Il faisait très froid à Seattle la nuit d'avant et nous n'avons pu décoller que juste avant minuit à cause du gel. Nous avions un peu dormi mais ce n'était certainement pas la nuit la plus agréable que j'aie passée. Edward semblait beaucoup plus frais que moi et ça me rendait grognon.
"C'est juste parce que je suis habitué à dormir… dans n'importe quelles conditions, amour," m'expliqua-t-il, de l'humour dans son ton, alors qu'il essayait d'arranger mes cheveux. Je les avais attachés en queue de cheval puis les avait détachés dans l'avion mais sans miroir c'était devenu n'importe quoi.
"Oui au moins il n'y a que ma mère et Phil. Ils s'en fichent !" Je haussai les épaules en lui souriant tandis qu'il prenait le chariot à bagages avec son autre main. "Nerveux ?"
Je m'arrêtai brusquement le tirant sur le côté pour laisser les autres passer. "Sergent, j'aime que tu prennes ma défense mais je te promets que ce n'est pas nécessaire – spécialement maintenant - avec ma mère. Elle est comme elle est. Rien de ce qu'elle dit ou fait n'est destiné à blesser. La plupart du temps elle ne réalise pas que ce qu'elle dit ou fait - ou ne dit pas et ne fait pas – énerve ou bouleverse et quand elle le fait elle est prompte à s'excuser et essayer d'arranger les choses. Elle est ainsi et elle a toujours été comme ça."
"Je n'aime pas que tu aies à t'excuser pour elle," dit-il, le stress dans sa voix et ses épaules me montraient combien ce qu'il disait était ce qu'il pensait.
Je me mis sur la pointe des pieds et l'embrassai rapidement. "Crois-moi," dis-je en le tirant pour continuer à avancer dans l'aéroport. "Si je vois qu'elle dit ou fait quelque chose qui me perturbe, je te le dirai et tu pourras venir à mon secours d'accord ?"
Ce fut son sourire qui me répondit et il hocha la tête pour me donner son accord.
Tout comme lorsque les filles et moi avions retrouvé les gars à SeaTac, nous retrouvâmes ma mère et Phil à la récupération des bagages. Je les cherchai du regard quand j'entendis des cris.
"Bella ! Phil elle est là ! Viens !"
Je levai les yeux et souris alors que ma mère se précipitait vers moi pour m'enlacer.
"Je suis tellement heureuse que vous soyez ici !" dit-elle très vibrante d'excitation, dans mon oreille. Elle se recula, un sourire s'étirant d'une oreille à l'autre en regardant Edward. "Et vous devez être Edward. C'est si bon de te rencontrer ! J'ai tellement entendu parler de toi par Bella et Charlie, c'est comme si je te connaissais déjà !"
Je ris à l'expression stupéfaite d'Edward quand Renée l'embrassa aussi farouchement qu'elle m'avait embrassée. En regardant Phil qui se tenait quelques mètres derrière, un sourire amusé sur son beau visage, je ne pus m'empêcher de rire.
"Salut Phil," dis-je en retenant mon rire quand il s'approcha et me serra assez maladroitement. Nous n'étions pas vraiment proches mais c'était un bon gars et nous nous entendions bien. Il traitait ma mère comme il faut et acceptait toutes ses bizarreries et excentricités donc je l'avais toujours apprécié.
"Alors Bella. Comment était le vol ?"
"Long mais ça va. Viens par là que te te présente Edward. Je me retournai et rigolai à nouveau, on aurait dit qu'il avait été emporté par l'ouragan Renée alors que ma mère le bombardait de questions sur le temps qu'il avait passé dans l'armée et comment c'était de vivre à Seattle.
Je fis les présentations et regardai Phil et Edward se serrer la main, échangeant des salutations simples, comme les hommes savent le faire.
"Allez viens Bella, marche avec moi. Les hommes vont s'occuper des sacs," déclara Renée en passant son bras sous le mien.
Je souris à Edward, prenant mon bagage à roulette et il me fit un signe de tête pour me dire qu'il prenait le reste.
Une fois que nous nous fûmes suffisamment éloignées pour que les hommes ne puissent pas nous entendre, Renée commença à bavarder avec enthousiasme. "Bella il est si beau ! Les photos que tu m'as envoyées de lui ne lui rendent pas justice. Et ma chérie tu as l'air si heureuse !"
Pendant tout le trajet pour rejoindre la voiture ce ne fut qu'exclamations et questions et elle ne me laissa pas en placer une.
"J'ai aimé les photos que tu m'as envoyées de ton séjour repeint. Ce ne sont pas ces couleurs que j'aurais choisies mais ça te ressemble tellement, Bella !"
"Est-il aussi bon au lit que beau ?"
"T'a-t-il déjà fait sa demande ?"
Au moment où Phil nous rattrapa pour ouvrir la voiture je savais que mon visage était aussi rouge que la betterave. Ma mère n'avait même pas fait une pause pour que je lui donne des réponses, ce qui était bien car j'étais sûre de ne pas vouloir répondre à la moitié d'entre elles. J'étais aussi reconnaissante qu'Edward n'ait pas entendu. J'étais déjà assez gênée…
"Meilleur, " murmura-t-il à mon oreille et en souriant. "Et pas encore, Isabella ?"
Mon visage rougit à nouveau. "Ne fais pas attention," lui dis-je en riant. "Elle n'a aucun filtre."
Il haussa les épaules semblant légèrement perdu. "Elle est… différente." Il rigola. "Je dois l'admettre, elle n'est pas du tout comme je m'y attendais. Tu vas bien ?"
En hochant la tête je souris pour lui montrer que j'allais bien. "C'est Renée, elle a toujours été comme ça."
"Je commence à comprendre ce que tes amies voulaient dire…" En souriant il haussa les épaules. "Nous allons survivre à cette visite après tout."
"Allez venez tous les deux !" nous appela ma mère par sa vitre à moitié descendue.
Edward prit mon bagage et ouvrit la portière. "Après toi,"' dit-il avec un sourire en grimpant à ma suite.
ooo
Le trajet fut occupé par des bavardages. Renée posait un tas de questions à Edward et il répondait au fur et à mesure.
"Alors quels sont tes projets Edward ?"
"Je vais commencer les cours à l'université de Seattle en janvier," dit-il.
"Tu y es déjà allé avant ?" Ma mère était à moitié tournée sur son siège, s'étranglant presque avec la ceinture de sécurité pour pouvoir le regarder.
Il hocha la tête négativement. "Non madame. Je…"
Elle agita sa main. "Appelle-moi Renée ou maman. Pas de madame."
Il hocha la tête avec un léger sourire puis il continua. "Je suis allé à l'armée en sortant de l'école secondaire après que mes parents soient tous les deux décédés."
"Oh c'est vrai…" Elle fronça les sourcils. "Bella m'a parlé de ta mère. Quelque chose avec le foie, non ?"
Edward hocha lentement la tête. "Les reins. Elle est décédée quand j'avais dix-huit ans avant que j'aie mon diplôme."
"Oh," murmura Renée. "Voilà qui est bien triste. Et ton père ?"
Edward sembla mal à l'aise alors je lui serrai la main et dit : "Il est mort quelque temps plus tard."
Elle dut comprendre à mon expression qu'il fallait qu'elle laisse tomber. Avec un sourire triste elle dit : "Je suis sûre que ça été difficile pour toi de les perdre tous les deux de façon si rapprochée, tu étais tellement jeune." Elle réfléchit un moment pour se souvenir d'où elle en était puis elle reprit, "Alors que vas-tu étudier ?"
La conversation continua à couler, Edward expliquant qu'il voulait devenir professeur de musique et elle s'écria que ce serait drôlement bien pour nous d'enseigner dans la même école. Je lui dis que Jasper reprenait les études aussi et lui donnait des nouvelles des autres maintenant que les garçons étaient de retour à la maison pour de bon.
"Je te l'ai dit," dit Renée comme nous la suivions dans la maison. "Je ne sais pas comment Alice et Rosalie ont fait pour rester tranquilles alors que leurs maris étaient de l'autre côté du monde. Je ne pense pas que j'aurais pu. Elles doivent être incroyablement fortes pour survivre à cela, tu ne crois pas Bella ?"
"C'était difficile pour elles, oui," répondis-je doucement en regardant vers Edward et en ajoutant, "mais ça valait le coup, tu sais."
Je pus immédiatement dire qu'Edward savait que je parlais de nous et pas uniquement de mes amies. Il sourit et me fit un clin d'œil avant que je me retourne pour l'accompagner à l'étage.
"Viens," lui dis-je en riant alors que j'entendis ma mère nous appeler depuis le séjour.
"Pas d'inquiétude. Charlie est un vieux papa mais ici tu peux rester dormir avec Bella, Edward."
"Merci maman," criai-je dans l'escalier et ensuite je dis juste assez fort pour qu'il n'y ait qu'Edward qui entende. "Viens Sergent. Je vais t'emmener dans mon havre de paix, loin de cette folie."
ooo
Après avoir passé quelques minutes là-haut, principalement pour nous isoler un peu et pour montrer ma chambre à Edward – ça faisait un moment que je ne vivais plus ici mais ma mère n'y avait rien changé, même les photos que j'avais laissées sur le tableau d'affichage et les posters sur le murs – nous redescendîmes.
"Oh génial, vous êtes là !" dit Renée en souriant. "Viens Edward. Je veux te montrer quelques photos. Je suis sûre que Charlie ne t'a pas montré celles de Bella lorsqu'elle était petite."
Je grognai mais laissai Edward m'emmener sur le canapé en rigolant, il s'affala à côté de ma mère.
"J'ai vu quelques photos à Forks mais pas trop," dit-il d'un ton impatient. "Je serai ravi d'en voir d'autres."
Elle le ramena à mon enfance expliquant chaque détail aussi bien qu'elle put, des photos du premier bain à la première bouchée de nourriture solide que j'avais d'ailleurs recrachée immédiatement, la varicelle quand j'avais six ans – je ne comprenais absolument pas pourquoi elle avait voulu me photographier complètement nue sous toutes les coutures – même si elle avait voulu montrer à Charlie – ainsi que la première fois que j'étais tombée du vélo et m'étais cassée les dents de devant.
"Au moins ce n'était que les dents de lait," dis-je en riant à ce souvenir.
"Tu avais l'air malheureuse," taquina Edward en montrant mon front, mon nez et mon menton égratignés.
"Oh et ici c'est son premier rendez-vous !" souligna Renée en montrant une photo sur laquelle j'avais douze ans.
Je n'avais pas grandi, j'étais encore une petite fille, pas de seins, les jambes comme des bâtons et mes cheveux étaient ondulés - ma mère m'avait amenée chez le coiffeur. En plus de ça, je portais des bagues d'orthodontie et c'était déjà merveilleux que j'ai un rendez-vous.
"Bagues hein ?" murmura Edward. "C'est sûrement pour ça que tu as ce merveilleux sourire maintenant, ma douce.
Je roulai des yeux mais souris.
Les photos s'achevèrent avec la dernière, celle quand je partais pour aller vivre chez Charlie. C'était moi, valise à la main faisant au revoir à l'appareil photo, à l'aéroport avant d'aller vers la sécurité.
"J'en ai d'autres," dit Renée en réfléchissant. "Je sais que Charlie m'en a envoyé plein et toi aussi. Je ne sais simplement pas… où elles sont."
"Elles sont dans une boite dans la chambre d'amis," déclara Phil parlant pour la première fois depuis que nous nous étions assis. "Rappelle-toi Née ? Tu as dit que tu les rangerais plus tard dans un album mais tu ne l'as jamais fait."
"Oh c'est vrai, c'est ce que je dois faire !" s'exclama-t-elle en hochant la tête.
Je me penchai vers Edward pour lui expliquer ce qu'il se passait, elle fermait les yeux et commençait à se dire quelque chose, écrivant en l'air comme sur un tableau invisible. "C'est ainsi qu'elle fait pour se souvenir de certaines choses," lui dis-je tranquillement en roulant des yeux. "Elle dit que c'est mieux que de faire une liste parce que la liste peut se perdre…"
Les yeux d'Edward s'écarquillèrent, il était amusé et il hocha la tête. "Pigé !"
ooo
Le reste de la journée se passa dans un tourbillon d'activités. Renée voulut nous montrer où elle passait le plus clair de son temps, avec une troupe d'acteurs, elle nous emmena visiter l'auditorium - elle insista pour monter sur scène et jouer un passage de son dernier rôle, celui de Linda Loman dans Mort d'un commis voyageur.
"Je ne dis pas que c'est un homme merveilleux," récita-t-elle en secouant la tête, en regardant de côté comme si elle parlait à son fils. "Willy Loman n'a jamais eu beaucoup d'argent. Son nom n'a jamais été dans les journaux. Il n'est pas le plus bel homme qui ait vécu." Sa voix diminua légèrement. "Mais c'est un être humain et cette chose terrible lui est arrivée. Donc il faut faire attention. On ne doit pas l'enterrer comme un vieux chien. On doit faire attention et à chaque personne."
Elle finit et nous applaudîmes en riant quand elle salua.
"C'est génial Renée, " dit Edward en souriant. "On dirait que ça vous plaît beaucoup."
"Oui ça me plaît," dit-elle avec enthousiasme. "Nous sommes allés jouer aux alentours de Jacksonville et voyagé un peu plus loin aussi." Puis son front se plissa. "Je pense que ce sera la dernière fois pourtant. Je veux laisser leur chance à d'autres de faire de la scène - mon amie Susannah va donner des cours de vannerie et j'aime beaucoup ça, alors peut-être que je la rejoindrai quand j'en aurai fini ici..."
La vannerie… je ris en silence. Ce mot résumait bien ma mère.
"Quoi qu'il en soit," poursuivit-elle, en souriant, "Nous allons rentrer à la maison. J'ai des films que je veux montrer à Edward."
Je gémis, les faisant rire tous les deux et Edward enlaça ma tailla et me guida hors de l'auditorium.
