Bonjour chers lecteurs,

tout d'abord merci d'avoir décidé de lire cette histoire (ça semblait mal parti, donc merci pour elle) !

Ensuite, une bonne lecture à vous, on se retrouve en bas !


Chapitre 2 : Le temps du Soldat

Katharina avait l'air un peu plus vivante, maintenant qu'elle était débarrassée de la crasse et de la faim, nota Bucky. Elle avait passé la matinée à le lorgner du coin de l'œil, comme si elle s'attendait à ce qu'il l'attaque d'un moment à l'autre. Tant de paranoïa chez une seule personne était limite effrayant.

Merci docteur Zola et merci Zemo pour ma réputation de merde, songea amèrement le Soldat de l'Hiver en touillant son goulasch.

Au bout d'un moment, cette drôle de SDF s'était hissée sur son canapé et avait pris la posture du lotus pour… méditer ? Après l'avoir maté pendant deux heures ? Et… est-ce qu'elle venait juste de grimacer ?


Après avoir dévisagé le Soldat (à présent doté d'un genre de chignon lâche qui le rendait un peu moins emo) pendant un certain temps, Kat était maintenant sûre d'elle.

Il est canon ce con. Surtout avec ses petits mèches à l'avant, là…

Après quoi elle avait essayé de localiser le sel de sa vie, celui qui la poursuivait depuis un peu plus d'un an, mais rapidement, une pensée parasite dotée d'une voix rauque émergea de nulle part :

Merci docteur Zola et merci Zemo pour ma réputation de merde…

Tirée de sa concentration, Katharina grimaça et finit par laisser tomber son investigation. Au lieu de ça, elle se concentra sur son hôte trop volontaire pour être honnête. Elle dépassa tout ce qui était relatif au goulasch - elle savait très bien en préparer, merci - et se rendit dans la mémoire. Logiquement, si elle se faisait assez mince, il ne se rendrait compte de rien.

Et là, d'un coup, elle se retrouva au milieu d'une mer de souvenirs plus atroces les uns que les autres. Elle vit un conteneur de cryogénisation comme si elle s'y trouvait, puis ressentit des courants électriques lui parcourir la tête comme un millier d'aiguilles, lui arrachant les quelques souvenirs qui lui restaient, puis vit des meurtres, comme si elle les commettait elle-même, avant de découvrir avec stupeur et dégoût que son bras gauche avait été remplacé par une arme, comme si elle - il - n'était rien d'autre qu'un instrument de mort au service d'une organisation secrète visant le contrôle de la Terre entière. Kat s'attendait un peu à ça, mais pas à ce déchaînement d'horreurs.

Elle tomba du divan et se retrouva avec le nez sur le tapis. Les yeux toujours fermés, elle entendit vaguement la cuillère heurter le bord de la casserole et sentit un bras la soulever par l'épaule pour l'asseoir dans un fauteuil.

- Est-ce que ça va ? fit la voix lointaine de James Buchanan Barnes. Tu fais de l'hypoglycémie ?

- Ouais, un truc comme ça, croassa Kat, la main sur le front.

- Je vais te chercher une prune, bouge pas.

Les bruits de pas s'éloignèrent, et de nouveaux souvenirs lui apparurent avec force, comme si il essayait de faire taire les autres. Elle voyait Captain America lui sourire, elle échangeait des insultes avec Falcon, le vétéran qui traînait toujours avec eux, puis participa à la dernière bataille qui les avait opposés à Thanos. Kat ne voyait pas trop comment cela pouvait être une bonne expérience, mais la voix mentale de son hôte retentit à ses oreilles : Moi aussi, je vais sauver le monde.

L'odeur de prune lui fit ouvrir les paupières. Bucky lui avait ramené tout un panier de fruits et la dévisageait avec inquiétude, avec ses fichus yeux clairs et son adorable bouille. Elle commençait à comprendre pourquoi ce type avait une armée de fans…

Mais comment fait-il pour rester debout après tout ça ?! se demanda-t-elle en attrapant une prune pour l'entamer à coups de dents.

- 'Rci, marmonna-t-elle.

- De rien. Manquerait plus qu'on retrouve une fille morte de faim dans mon appartement, tiens.

- Y a un truc qui brûle, je crois.

Le jeune homme ouvrit de grands yeux paniqués et alla sauver son goulasch à grand renfort de jurons. Katharina se massa les tempes pour sortir de la tête de Bucky, mais elle ne put s'empêcher de capter une certaine pensée avant d'y parvenir.

Les gens qui fouillent dans l'esprit des autres ne devraient pas exister.


- Et voilà le goulasch ! lança Bucky avec emphase en apportant le plat à table.

Il servit deux parts et, tendu, attendit le verdict.

- Mouais, pas trop mal, lâcha prudemment Kat avant d'attaquer le reste de son assiette.

L'ex-Soldat lui fit une grimace et entama sa part.

- Il est très bon mon goulasch !

Devant l'air désabusé de sa colocataire mal fringuée, le jeune homme se rembrunit et chercha un sujet de conversation pas trop pesant.

- Donc… c'est quoi, ta couleur de cheveux, au final ?

Bravo Bucky, plus débile que ça, tu meurs.

- J'suis brune, ça se voit pas ? grogna l'autre en levant un épais sourcil contrarié.

- Ben, c'est dur à dire au milieu de tout ce blond… ce roux… ah, il y a même du bleu, tiens. On dirait que tu sors de la fête d'anniversaire d'une gamine de six ans.

- Est-ce qu'il t'arrive d'être sympa ? rétorqua la brune (?), l'air vexé.

- Quand les gens le méritent, sourit Bucky, goguenard.

- Tss…

Bucky plongea sa cuillère dans le goulasch, mais ne la retira pas, s'attirant une œillade étonnée de Katharina.

- Vas-tu me dire pourquoi ce type te recherche ?

Elle se trémoussa, mal à l'aise.

- Non.

- Pourquoi ? Ne m'invente pas que tu fais ça pour me protéger, je suis tout à fait capable de me défendre ! De toute façon je suis quand même impliqué !

- Détrompe-toi, c'est moi que je protège, répondit sombrement Katharina en considérant son repas d'un regard noir.

- Tu peux au moins me dire de qui il s'agit, que je puisse au moins servir à quelque chose !

La jeune femme prit une grande inspiration, puis se figea, le jaugea et eut l'air d'une fille qui se demande si parler est la meilleure chose à faire. En général, les femmes ne se posaient jamais ce genre de question. Elles parlaient, un point c'est tout.

- C'est un mec puissant. Avec plein de fric. Le genre qui se calfeutre dans son gratte-ciel en attendant que les autres fassent le boulot à sa place.

- He bien il suffit de s'infiltrer dans son building et d'aller lui faire la peau, je ne vois pas le souci. Enfin, il faudra trouver un moyen de nous protéger contre ses pouvoirs. Ils marchent comment en fait ? Est-ce qu'il y a un moyen pour y échapper ? Tu as parlé de distance géographique, ce matin…

Kat se replia contre le dossier de sa chaise et leva les yeux au plafond alors qu'elle réfléchissait à la réponse.

- D'après ce que j'ai compris, il ne peut utiliser ses pouvoirs que quand ses cibles dorment, il utilise leurs rêves pour leur suggérer des choses. Par exemple, là il s'en prend à plein de gens au hasard dans plusieurs parties du monde et les programme pour que quand ils voient ma tête, ils passent à l'attaque. C'est un peu comme de l'hypnose, en plus puissant.

- Donc il suffirait de cacher ton visage, conclut Bucky.

- Si c'était aussi simple…! Il a affiné sa technique, depuis le temps. Dès que ses pantins voient une fille avec une écharpe sur le nez, ou un masque, ou une cagoule, ils la suivent pour voir si c'est moi. Ils agissent comme des flics à la recherche d'une criminelle, en fait. Et dès qu'ils me voient, ils avertissent l'autre connard.

- Et tu as essayé de te cacher ailleurs qu'en ville, pour voir ?

- J'ai essayé la montagne et la forêt, mais c'est dur de se nourrir et de se chauffer sans se faire remarquer, là-bas, ironisa Katharina.

- Hum…

- Bref. Ton goulasch a vraiment un drôle de goût, tu sais ?

- Oh, Madame a des goûts de luxe !

- Madame n'a surtout pas envie de mourir d'une intoxication alimentaire !

- Pffff, je me plie en quatre pour te fournir de la bouffe décente et toi tu ne fais que critiquer. T'auras pas de dessert, tiens, décréta Bucky.

- M'en fiche, ça m'a coupé l'appétit, de toute manière.

- Garce !

- Enfoiré !

- Sale ingrate !

- Empoisonneur !


C'était assez rafraîchissant, d'avoir quelqu'un avec qui s'engueuler, pensa brusquement Kat. Et puis Bucky était plus cool qu'il en avait l'air.

Elle le fixa avec une pointe de compassion et il plissa les yeux en retour, méfiant.

- Tu tires une drôle de tête, t'es au courant ?

- J'envisage très sérieusement de te raser les cheveux et de te les coller au menton, pour voir ce que ça donne, mentit Katharina.

- Si tu veux savoir, je suis irrésistible avec une barbe, se vanta l'ex-Soldat de l'Hiver.

- Et tu es aussi canon que Mère Theresa avec ton chignon.

Automatiquement, les doigts de Bucky allèrent se perdre dans ses cheveux pour en ôter un élastique. Kat éprouva un semblant de regret quand ses longues mèches retombèrent sur ses épaules, mais réussit à le cacher sous un sourire plein de cynisme.

- Ça doit être dur d'avoir la cote quand on est pote avec Captain America, pas vrai ?

- Tu rigoles ? Avant de prendre son sérum, Steve était riquiqui, un vrai moustique. Je devais sauver ses fesses à chaque fois qu'il se faisait tabasser. C'est après moi que les filles couraient à l'époque !

- Et maintenant c'est exactement l'inverse, ricana Kat.

- Ouais, on dirait que je suis devenu invisi…

Bucky s'interrompit et perdit ses couleurs. Il se leva de sa chaise comme si elle venait de le brûler et se précipita sur un carnet qui traînait pour y écrire fiévreusement plusieurs lignes. Le jeune homme soupira, soulagé, puis reposa le cahier.

- Ok, c'était quoi ça ? demanda la SDF, pas très rassurée.

Bucky hésita, puis finit par s'expliquer.

- La princesse Shuri, du Wakanda, m'a conseillé d'écrire ce dont j'arrive à me rappeler de mon passé. Et là, je viens juste de me souvenir d'une soirée dans un bar, juste avant qu'on ne crée les Commandos hurlants avec Steve. Cette Peggy Carter est venue lui donner rendez-vous et elle ne m'a jamais accordé un regard, vu qu'elle matait Steve. C'est là que j'ai réalisé que tant que je restais avec lui, j'étais invisible aux yeux des filles.

- Oh, pauvre toi, soupira Katharina. Après, niveau muscles, tu n'as plus rien à lui envier.

- Mon dieu, serait-ce un compliment ?!

- Ne rêve pas.

Le reste de la journée fut assez détendu. Kat se sentait plus ou moins en sécurité et réussit même à ne plus lever la tête à chaque bruit qu'elle entendait. Entre la vaisselle, la télé et le poker, elle n'avait pas vraiment eu le temps de penser à ses problèmes. Heureusement qu'ils n'avaient pas joué de l'argent, sans quoi elle serait encore plus à sec qu'elle l'était déjà. Bucky l'avait littéralement défoncée au poker, l'enfoiré !

Ses vêtements étaient encore humides après leur passage en machine, aussi s'appliqua-t-elle à les repasser pour faire s'évaporer l'eau. Elle put les enfiler en début de soirée et alla ranger les vêtements prêtés par Bucky, parce qu'il "avait la flemme de relancer une machine juste pour ça". Elle avait écarquillé les yeux en découvrant un Glock dans le tiroir à chaussettes, qu'elle avait ouvert par erreur, mais n'avait pas relevé.

Ils formaient un beau duo de paranoïaques, tous les deux.

Le soir venu, ils s'étaient battus pour la télécommande et bien entendu, le grand musclé avait gagné. Kat passa donc la soirée à soupirer devant un film d'action puéril avec beaucoup trop d'explosions et une fin neuneu. Elle se vengea donc en imitant les exclamations stupides de l'héroïne à forte poitrine et se prit un coup de télécommande sur la tête.

- Je n'arrive pas à croire qu'un Avenger regarde cette merde. Je veux dire, tu sais très bien que ce n'est pas réaliste !

- Le scénario était pas mal…

- Tu parles, tout ce que tu regardais, c'est la blondasse inutile qui n'arrête pas de minauder !

- Oh, tu es jalouse ?

- Dans tes rêves !

- Gamine. Bon, tu peux prendre le lit, je dormirai dans le canapé.

- Pas moyen, je suis trop bien installée dans ce canapé !

- Tu vas te péter le dos…

- Tu as essayé de dormir sur un banc, récemment ? Je te garantis que ça, ça te nique le dos. Va donc dormir dans ton petit lit, espèce de vieil ours mal léché.

Bucky soupira et prit une pose dramatique.

- Allez donc faire preuve de galanterie. On vous rembarre et vous insulte !

- C'est ça, grommela Kat, déjà enroulée dans un plaid. Tu as besoin que je te borde ?

- Ahaha, va chier.

Bucky éteignit la lumière et s'apprêta à quitter la pièce lorsqu'une petite voix s'éleva dans le noir :

- Merci Bucky.

- Pardon ?

- J'ai rien dit, va te coucher, Jeanne d'Arc !

Bucky sortit donc en soufflant par le nez et Kat s'enfonça sous sa couverture. Comme elle le pensait, il ne méritait pas d'être impliqué dans toute cette merde, surtout pas dans une histoire où les gens triturent régulièrement le cerveau des autres.

Elle ficherait donc le camp dès le lever du soleil.


Bucky se réveilla à cause d'un bruit. Le soleil se levait et il lui semblait que quelqu'un venait de trébucher dans le salon. Il suivit Kat à l'oreille et sentit son humeur s'assombrir quand la porte de l'appartement se ferma derrière elle.

Qui voudrait de l'aide d'un assassin, de toute façon ?

Il se leva une heure plus tard après avoir somnolé un peu, puis se prépara un petit-déjeuner léger, qu'il accompagna d'une prune.

Bucky mangea dans le silence pesant de son appartement. Ses engueulades avec Katharina lui manquaient déjà. Même si elle était énervante, elle mettait au moins un peu d'animation dans sa vie morne et bourrée de remords, et ça lui pesait de ne plus pouvoir lui répondre par une vacherie.

Il se demanda où se trouvait la jeune femme, puis se leva pour aller remplir son carnet avec ses dernières aventures et dessina même une caricature de la SDF dans le coin de la page, histoire de rigoler un peu la prochaine fois qu'il l'ouvrirait.

Il aurait dû la retenir, la persuader qu'il pouvait lui venir en aide et l'accompagner jusqu'à ce connard de télépathe pour lui casser lui-même les dents. Peut-être que les médias auraient relayé la chose, peut-être que sa réputation de tueur sans cœur aurait pu disparaître au profit de celle, plus reluisante, du héros qui a sauvé l'humanité d'un tyran ?

Maintenant qu'elle était partie, il ne le saurait jamais.

Résigné à vivre encore une fois dans l'ennui et l'indifférence la plus profonde, Bucky sortit deux carottes et commença à les peler et à les couper en rondelles. Il les ferait mijoter avec des pommes de terre et un rôti.

- Et je cuisine très bien, d'abord, lâcha-t-il à voix haute.

Une épluchure tomba de l'évier et le Soldat de l'Hiver se pencha pour la ramasser. Il était encore dans cette position quand un genre de hurlement assourdissant explosa dans sa tête, lui faisant lâcher son couteau de cuisine :

- AU SECOURS !

Hagard, le jeune homme leva la tête et chercha partout la source du cri. Par la fenêtre, il vit des passants qui regardaient autour d'eux, aussi perdus que lui. Quelle que soit l'origine de ce hurlement, tout le quartier l'avait entendu.

- AIDEZ-MOI ! insista la voix, toujours aussi tonitruante.

Bucky comprit alors deux choses.

Il s'agissait non pas d'une voix mais d'un message transmis par la pensée, car il était humainement impossible de crier aussi fort, et il avait eu l'impression que les mots apparaissaient directement dans son cerveau.

Ensuite, c'était la voix de Katharina.


À suivre…

Pfiouuuu…

Une ch'tite review pour tata Lilisu ? J'accepte tout : les théories capilotractées, les suggestions et les compliments ! :D