Bonjour !

Un jour de retard, c'est pas si pire et j'ai dû encore travailler hier soir alors j'espère que c'est un excuse valable;)

En tout cas voilà la suite, c'est l'un de mes chapitres préférés.

Bonne lecture et à très vite.


CHAPITRE 11


La porte s'ouvre sur le tapis rouge. Tout ça est tellement cliché. A peine Lexa a-t-elle posé un pied dessus que les flashs explosent devant ses yeux, l'aveuglant à moitié. Elle déteste ça, et fait habituellement tout pour se tenir à l'écart de ce genre de soirée mondaine. Malheureusement ça fait aussi partie de son travail, en tant que réalisatrice et en tant qu'associé de Studiopolis. Surtout depuis que son père n'est plus là pour représenter l'entreprise.

Une main lui saisit le bras avec douceur pour l'aider à sortir. Elle lève les yeux sur Lincoln qui vient de faire le tour de la voiture et se tient maintenant entre elle et les paparazzis. Elle lui sourit, reconnaissante, comme toujours. Il est magnifique dans son costume noir avec son nœud papillon. Evidemment, elle à l'interdiction stricte de faire la moindre réflexion à ce sujet, sinon il ne l'accompagnera plus. Et elle a trop besoin de lui.

Octavia fait son apparition un instant plus tard, et rejoins Lincoln. Il fait le fier entre les deux séduisantes jeunes femmes qui l'entoure. Et même s'il a lâché le bras de Lexa pour prendre la main de sa femme, c'est ensemble qu'ils remontent le tapis jusqu'à l'entrée du palace où se tiens la réception.

Une fois à l'intérieur, les trois amis se séparent. Lincoln et O' s'approchant du buffet, comme à leur habitude. Lexa reste seule un instant, balayant la foule en repérant les gens à qui elle va devoir aller parler, et tentant de définir dans quel ordre cela sera moins ennuyeux.

Là-bas, en train de discuter avec l'adjoint du maire, un vieil homme bedonnant qui ne fait que radoter d'ancienne querelle de village, elle repère Anya. Celle-ci lève les yeux vers elle en suppliant silencieusement de venir la sauver.

Anya à un don. Dans ces soirées, elle sait toujours en un instant que Lexa vient d'arriver. La réalisatrice ne comprend pas comment elle fait. Mais elle ne peut pas remarquer le changement d'ambiance qui se produit à chaque fois qu'elle entre dans une pièce. Cette soudaine rumeur qui se propage à vive allure à chaque fois que l'héritière Wood fait son apparition. Il faut dire qu'elle ne passe pas inaperçu dans sa robe de soirée noire qui laisse apparaitre une large partie de son dos, et la quasi-totalité de son tatouage, souvenir d'un temps passé. Elle est un mystère pour tous ces étrangers. Solitaire, toujours parfaitement dans le contrôle de ses émotions, elle ne laisse rien paraitre de sa vulnérabilité. Au fil des ans, elle s'est forgée une réputation forçant le respect.

Avec aplomb, elle s'avance vers le couple qui discute, et en un rien de temps, elle soustrait poliment sa sœur, au discours inintéressant de l'homme politique.

- Merci petite sœur, la remercie Anya en l'embrassant sur la joue, tandis qu'elles s'éloignent en direction de Lincoln et Octavia, qui ont déjà la bouche et les mains bien remplies.

- Merci à toi, je n'aurais pas à aller lui parler ce soir. Un de moins. Grimace Lexa en pensant à tous ces gens à qui elle va être obligé de parler. Tu as vu Costia ? On devait se retrouver ici...

- Hum...oui, je l'ai vu passer tout à l'heure, elle ne doit pas être loin.

Anya semble hésiter légèrement, mais finalement prend la décision de rester fidèle à elle-même, et mets les pieds dans le plat.

- Il parait que Clarke est dans le coin ?

Un léger grognement de frustration lui parvient, mais elle n'obtient autre réponse. C'est rare que Lexa ait ce genre de réaction spontanée. Encore moins en publique. Mais elle se reprend rapidement, recomposant le masque impénétrable qu'elle affiche lors de ces soirées.

Anya suit sa sœur qui fend la foule. Elles finissent par rejoindre Lincoln et Octavia, qui leur apportent à boire. Cette dernière met une coupe de champagne dans les mains d'Anya avant de s'immobiliser, le regard happé par quelque chose, en haut des escaliers.

Finalement, devant le regard insistant d'Anya, Lexa soupire d'exaspération.

- C'est vrai. Mais je préférerais ne pas en parler ce soir si ça ne te dérange pas, dit Lexa, pensant clore le sujet pour la soirée.

Le regard de Lincoln est maintenant également tourné vers le somptueux escalier qui longe le mur jusqu'à l'étage. Typiques dans ce genre d'établissement, les gigantesques marches en marbres, accompagnés d'une rambarde en fer forgé n'en sont pas moins impressionnantes. Machinalement, la réalisatrice tourne la tête dans la même direction, cherchant sans grand intérêt ce qui retient l'attention de ses amis.

- J'ai assez de choses à gérer comme ça, et ce n'est ni le lieu ni le...moment.

Le dernier mot était à peine chuchoté. C'est ce qu'on appelle avoir le souffle coupé. La vision de Clarke, appuyé contre la rambarde, habillée d'une splendide robe de soirée vaporeuse, mélangeant savamment différents bleus qui, elle le sait, font ressortir la couleur de ses iris.

- Qu'est-ce qu'elle fait là ? S'exclame Anya avec colère, quand elle repère à son tour ce que tout le monde regarde.

Elle jette un regard vers Octavia qui semble soudain se faire minuscule, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Lincoln, suivant les déductions d'Anya concernant la responsabilité de sa femme dans cette affaire, fronce les sourcils pour exprimer sa désapprobation. Octavia colle la dernière flute de champagne entre les mains de Lexa qui n'a toujours pas bougé d'un pouce, et s'enfuit vers le buffet en marmonnant de vagues excuses peu convaincantes.

Lincoln regarde Lexa d'un air inquiet, puis tourne de nouveau son attention vers Clarke. Elle est vraiment magnifique ce soir. Même lui as du mal à la quitter des yeux, et il n'a jamais été attiré par elle. Son regard doit rester un peu trop longtemps fixé sur l'objet de son attention, car quand il revient se poser sur Lexa et Anya, cette dernière lui lance un regard assassin. Il semblerait qu'il soit temps pour lui aussi de disparaitre.

Lexa, ayant finalement réussi à détourner son attention pour le reporter sur son ami, le regarde d'un air curieux. Celui-ci lui retourne un regard plein d'empathie en prenant une grande inspiration.

- T'es dans la merde...lâche-t-il avant de partir.

Et voilà, la seule personne au monde capable de faire perdre pied à Lexa en quelques minutes, en quelques secondes, se trouve au seul endroit où elle a besoin de ne montrer aucunes faiblesses. Non pas qu'elle s'inquiète de ce que peuvent penser les gens, mais elle ne s'est jamais sentit en confiance dans ce monde. Son père, bien que souvent absent, lui a tout de même enseigné les bases pour naviguer parmi les requins du cinéma, et les hypocrites de la politique. La première leçon, « ne jamais les laisser voir tes émotions ».

La jeune blonde, qui n'a pas conscience d'être le centre de l'attention du petit groupe d'amis, est en pleine discussion avec un homme. Qui apparemment, ne la met pas spécialement à l'aise si on en croit son langage corporel.

Une fois l'effet de surprise estompé, Lexa sent l'irritation s'installer, pas contre Clarke, mais elle reconnait l'homme qui lui parle. C'est un producteur peu scrupuleux, qui est connu pour draguer en usant allégrement de fausses promesses. Ce genre de personne l'écœure au plus haut point, et rien que le fait qu'il ose parler à Clarke, ça la rend folle de rage. Elle fait deux pas décidés dans la direction des escaliers, quand une main la retient fermement.

- Où tu crois aller là ? Chuchote Anya en essayant de garder le plus de discrétion possible.

- Je ne vais pas laisser ce...

- Non ! La coupe sa sœur en parlant à voix basse, mais avec ardeur. Non. Elle est assez grande pour se débrouiller toute seule. Et qui sais, c'est peut-être même exactement ce qu'elle recherche.

Cette insinuation semble tellement ridicule aux yeux de Lexa qu'elle la balaye d'un haussement d'épaule. Mais Anya à raison sur un point, Clarke est assez grande pour se débrouiller toute seule. Et elle le prouve l'instant d'après, en envoyant une répartie cinglante qui laisse l'homme bouche bée, tandis qu'elle descend gracieusement les escaliers pour rejoindre la foule.
Lexa ne l'a pas quittée du regard pendant toute la scène, et c'est seulement quelques marches avant la fin que leurs yeux se croisent.

De plus près, elle est encore plus belle. Ses cheveux sont remontés en un chignon travaillé, dont aucune mèche ne s'échappe. Lexa n'a aucune conscience de l'image qu'elle-même renvoi, et ne se doute pas un seul instant que l'effet qu'elle produit sur la blonde est sensiblement le même.

Un sourire timide vient illuminer le visage de Clarke, juste une seconde, juste le temps qu'elle remarque la main sur le bras de Lexa, qui la retient, et qu'elle suive ce bras jusqu'à reconnaitre la personne à qui il appartient. Anya lui a toujours fait un peu peur. Alors elle fait un vague signe de la main pour saluer Lexa, et son sourire s'efface devant l'expression d'Anya. Si un regard pouvait tuer...

Sans s'arrêter, elle continue son chemin à travers la foule, même si elle n'a pas vraiment d'endroit où se rendre en particulier. Elle bifurque vers le bar, en jetant un coup d'œil derrière elle. Juste pour vérifier que l'abject individu qui vient de lui faire perdre cinq minutes de sa vie ne la suit pas. Et avec un peu d'espoir, de voir Lexa apparaitre.

Malheureusement, elle se retrouve seule, avec son verre de champagne, et sans savoir vraiment quoi faire. Octavia semblait penser que c'était une idée géniale quand elle lui a parlé de cette soirée. Elle l'a même aidé à choisir la robe qu'elle porte ce soir. Clarke s'est laissé convaincre, mais elle n'est pas à l'aise ici. Ce milieu, c'est son travail. Avec la présence d'Anya en prime, elle ne voit pas vraiment comment elle pourrait arriver à l'aborder, d'une quelconque façon. Pour couronner le tout, elle voit passer Costia qui se dirige vers l'endroit où elle vient de voir Lexa. Un peu déprimée, elle vide son verre cul sec et décide de rentrer.

Sur le chemin de la sortie, un arrêt aux toilettes s'impose. Elle pousse la porte un peu brusquement, manquant de peu d'assommer la personne qui était sur le point de sortir.

- Oups, désol...mais elle s'interrompt au milieu de sa phrase, en reconnaissant Lexa.

La porte se referme lentement derrière elle, laissant Clarke figé au milieu de la pièce, sans pouvoir détacher son regard de la femme en face d'elle. Celle-ci semble avoir retrouvé ses esprits. Le trouble décelé dans son regard quelques instants auparavant a disparu, et elle semble de nouveau totalement en contrôle de ses émotions.

Clarke déteste ça. Ce n'est pas SA Lexa. La jeune fille était tellement vivante, toujours joyeuse. La femme qui se tient devant elle, a toujours un voile sur son regard, qui cache la douleur qu'elle ressent au fond d'elle sans rien en laisser paraitre.

Le silence s'étire et même si cela ne dure qu'un instant, il semble se passer une éternité.

- Désolée. Sort finalement Clarke.

La surprise se lit sur le visage de Lexa, perdue dans ses pensées, elle se demande de quoi exactement Clarke est désolée.

- Ce n'était pas une tentative d'assassinat, ajoute la blonde en montrant du doigt la porte qu'elle vient de franchir un peu brusquement.

Lexa acquiesce doucement, et fait un pas en avant pour sortir. C'était sans compter sur l'espace restreint du lieu, qui la fait subitement se trouver beaucoup plus proche que ce qu'elle avait anticipé. Elle relève la tête pour constater que Clarke n'a pas bougé d'un pouce, et ne semble pas décidé à laisser le champ libre. Pendant un instant, elle laisse son regard s'égarer dans les yeux bleus de son ex petite amie, pour finalement venir se poser sur ses lèvres.

Prenant doucement conscience de la chaleur qui émane du corps près d'elle, elle oublie petit à petit tout le reste. La musique au loin est remplacée par le bruit de sa respiration. L'odeur de son parfum envahit le minuscule espace entre elles. Sans s'en rendre compte, irrémédiablement, elle s'approche. Comme un papillon attiré par la lumière, qui risque de se bruler les ailes. Mais son cerveau n'est, à cet instant, pas capable de résister.

Clarke doit lutter de toutes ses forces pour ne pas fermer l'espace qui les sépare encore. Pour ne pas franchir les quelques centimètres manquants à leurs lèvres pour se rejoindre. Malgré les protestations de son corps et de son cœur, qui unissent leurs forces pour qu'elle fasse un pas en avant, Clarke recule. D'un pas, un minuscule pas, qui est suffisant pour qu'elle se cogne l'arrière de la tête contre une petite étagère qui se trouvait là.

- Aïe ! S'exclame-t-elle en portant la main à son crâne, la douleur mettant fin à la bataille acharnée qui faisait rage dans sa tête et dans son corps.

Lexa semble revenir sur terre elle aussi. Clignant des yeux par deux fois pour reprendre ses esprits. Elle remet de la distance entre elles du mieux qu'elle peut.

- Ça va ? Demande-t-elle poliment, un soupçon d'inquiétude paraissant toute de même.

- Oui, rien de méchant. Confirme Clarke en arrêtant de se masser la tête.

Un silence gênant s'installe.

-Tu passes une bonne soirée ? S'enquiert Lexa qui, pour une raison ou pour une autre, ne semble plus avoir pour priorité de s'enfuir le plus rapidement possible des toilettes.

Clarke hésite un instant, et puis se dit que la vérité lui a toujours réussie.

- En fait, pas vraiment. J'allais partir.

Si on le lui avait demandé il y a cinq minutes, Lexa aurait dit que le départ de Clarke était la seule chose qui pourrait améliorer sa soirée. Pourtant, le malaise qu'elle a ressenti, en la découvrant sur les escaliers un peu plus tôt, n'est rien comparé à celui qui s'empare d'elle au moment où elle l'imagine partir comme ça. Elle sait qu'elle est en partie responsable de cette décision, elle, et Anya probablement.

- Tu devrais rester. Ils vont bientôt mettre de la musique. Je sais que tu aimes danser. Dit-elle d'une voix qu'elle garde aussi neutre que possible.

Elle a parlé sans vraiment réfléchir, et un bref instant, elle se fustige mentalement. Tout serait plus simple si Clarke partait. Mais son cœur n'est pas d'accord, et elle décide, pour une fois, de lui laisser un peu plus de liberté.

La proposition de Lexa sonne comme une invitation aux oreilles de la blonde, et elle se sent immédiatement beaucoup plus à l'aise d'être ici.

- C'est gentil. Mais je n'ai personne avec qui danser. Réplique-t-elle un peu moins tendu qu'auparavant.

Elle jurerait avoir vu les joues de Lexa rosir imperceptiblement. Cet effet d'optique disparait aussi vite qu'il est apparu.

- Je suis sûre que tu n'auras aucun mal à te trouver un cavalier. Lâche Lexa un peu amère en repensant au sale type de tout à l'heure. Juste, fait attention à toi... Lincoln et Octavia sont au buffet si tu veux les retrouver.

Sans attendre de réponse, Lexa tend la main pour ouvrir la porte, les obligeant toutes deux à bouger pour éviter de se retrouver dans la même situation gênante. Elle tire sur le battant et sors à moitié, mais s'arrête en chemin et tourne une dernière fois la tête vers Clarke.

- Reste. Murmure-t-elle avec plus de chaleur qu'auparavant.

Sur ce simple mot, elle retourne à ses occupations, laissant la porte claquer bruyamment derrière elle. Clarke ferme les yeux, et expire bruyamment en s'appuyant contre le lavabo, relâchant un peu de cette tension incessante qui se crée à chaque fois qu'elle approche Lexa. Après quelques secondes, un sourire se fraie un chemin sur ses lèvres et s'étend de plus en plus. Elle lui a demandé de rester. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir.

Le buffet est garni de tout ce qu'on pourrait rêver de trouver sur un buffet. Des petits fours, des fruits, des verrines, tout ce qui, visiblement, fait la joie de ses amis quand elle les retrouve collés à la table la plus remplie. Celle où se trouve également le seau à champagne. Elle ne sait pas encore comment Lincoln va l'accueillir, mais si elle a la bénédiction de Lexa, ça devrait aller mieux.

- Salut. Lâche-t-elle nonchalamment en attrapant une mini pizza.

Elle n'a absolument pas faim, mais ça lui donne quelque chose à faire pour engager la conversation, et reprendre une coupe de champagne ne semble définitivement pas une bonne idée. Celle qu'elle a avalée un peu plus tôt lui tourne déjà la tête. D'ailleurs, elle se demande quel rôle a joué l'alcool dans ce qui s'est passé dans les toilettes avec Lexa. Sans être très portée sur la boisson, la brune avait bien un verre à la main quand elle l'a aperçue tout à l'heure.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne crois pas que tu en as déjà assez fait ? Lexa ne veut pas te voir ici. Attaque directement Lincoln.

- Je suis désolée Link, tu as raison, ce n'était pas une bonne idée, c'est ma faute. Déclare Clarke, protégeant ainsi Octavia d'une dispute conjugale. J'allais partir, mais c'est elle qui m'a demandé de rester.

Septique, Lincoln scanne la foule à la recherche des deux sœurs, qui se sont séparées, se répartissant le travail pour en finir le plus vite possible. Il reporte son attention sur la blonde en face de lui.

- Je ne suis pas une menteuse. Affirme-t-elle avec force en tentant de le regarder droit dans les yeux.

- Ça...commence Lincoln avant de recevoir dans les côtes, un coup de coude violent, de la part d'Octavia.

- Je t'ai expliqué chéri. Raven et moi, on est d'accord pour laisser une nouvelle chance à Clarke. On a choisi de la croire. Pourquoi tu refuses d'en faire autant ?

- Je ne veux pas qu'elle fasse du mal à Lexa. Réplique Lincoln d'un ton ferme.

Clarke pose sa main avec douceur sur le bras musclé de son ami pour attirer son attention, et capte enfin son regard. Clarke prend conscience que c'est la première fois qu'ils se regardent vraiment, depuis qu'ils se sont retrouvés.

- Crois-moi, je n'en ai pas l'intention. Dit Clarke sincèrement.

- Rien que ta présence ici la fait souffrir. Il suffit de la regarder ! S'exclame encore Lincoln, pourtant beaucoup moins véhément qu'il y a quelques instants.

Octavia s'en mêle à nouveau, prenant la défense de son amie. De ses amies.

- Il suffit de l'avoir connue avant pour se rendre compte que c'est de son absence qu'elle souffre le plus. Si elle à la moindre chance de rattraper le coup, tu ne crois pas que ça mérite que tu lui lâches un peu la grappe ?

Lincoln évalue la situation, laissant son regard passer de l'une à l'autre, indécis. Il a envie de la croire. Il a envie de retrouver son amie. Mais si Raven et Octavia ont été si promptes à se ranger du côté de Clarke, il faut bien que quelqu'un prenne la défense de Lexa. C'est elle qui a souffert des agissements de son ex petite amie. Elle, et par extension, sa famille et ses amis.

- Amnésique hein ? C'est pratique... Dit-il de façon bougonne.

- Est-ce que tu peux au moins imaginer deux secondes que je te dise la vérité ? Si tu te réveillais demain matin, dans un endroit que tu ne connais pas, en ayant perdu Octavia, Lexa, Anya, et tous tes repères. Tu le vivrais comment toi ? Tu n'aimerais pas qu'on te laisse une chance ?

Le regard de l'homme se voile, cette fois il s'imagine vraiment ce que Clarke a pu ressentir, pour la première fois depuis qu'il l'a revue. Et même s'il a encore du mal à y croire...après tout, Octavia la crois. Raven aussi, et elle à l'esprit le plus scientifique qu'il connaisse. Après tout... tout le monde devrait avoir droit à une seconde chance.

- Clarke si tu joues un jeu, ce n'est pas que le cœur de Lexa que tu vas briser de nouveau.

- Je ne joue pas. Je te le promets.

- Okay...okay. Soupire-t-il en levant les mains en signe de reddition.

C'est le deuxième soulagement de la soirée. Lincoln la croit. Enfin ! Finalement, Octavia avait peut-être raison, c'était une bonne idée de venir. La conversation à un peu de mal à changer de sujet, mais une fois lancés, les trois amis commencent à bien s'amuser. Et au bout d'un moment, c'est la musique qui les attire sur la piste de danse. Clarke a réussi à vraiment se détendre, et elle en est maintenant à son troisième verre de champagne.

Les premières notes de jazz envahissent la salle tandis que la voix de Norah Jones mêlée à celle de Ray Charles crée une ambiance particulière. Lincoln, qui dansait avec Octavia jusque-là, entraine Clarke pour danser un peu plus loin.

Au bout de quelques instants, il jette un œil derrière elle et fait signe à quelqu'un.

- Tu sais Clarke...tu m'as manqué. Dit-il simplement en l'embrassant sur la joue et en la faisant tourner, échangeant de partenaire, il repart dans sa danse avec une inconnue.

Le temps de se remettre de ce retournement, et elle se retrouve dans les bras de Lexa. Un regard lui suffit pour réaliser, que celle-ci est aussi surprise de cette situation.

Cachant rapidement son étonnement, sa main vient se poser sur la hanche de Clarke avec légèreté. Et la danse reprend, comme si de rien n'était. Leurs doigts entremêlés instinctivement balancent en rythme sur la voix grave qui les berce. Clarke vient timidement placer sa main libre sur l'épaule de Lexa, et se rapproche pour être plus à l'aise pour danser. Elle tente de garder sa respiration régulière, en ignorant les sensations qui se propagent dans tout son corps à cette soudaine proximité.

- Tu es restée. Remarque Lexa, la voix légèrement rauque.

Clarke connait ce timbre de voix. Elle la connait par cœur, et sais pertinemment ce que Lexa éprouve à cet instant. Quelque chose de sensiblement identique à ce qu'elle ressent également. Quelque chose qui lui donne envie de retourner aux toilettes et lui arracher tous ses vêtements. Au lieu de ça, elle reprend d'une voix plus maitrisée.

- Hum...oui. Même si j'ai eu un peu de mal à me trouver un partenaire de danse. Répond Clarke en faisant allusion au changement d'attitude de Lincoln.

Lexa lui jette un regard interrogateur, mais ne dit rien. Le rythme lent et sensuel de la chanson ne lui permet pas de rester concentrée. Et pourtant, elle tente tant bien que mal de ne pas laisser paraitre sa confusion, autant auprès de Clarke, qu'auprès de son « public » dont elle est bien consciente qu'il observe tous ses faits et gestes.

Malgré ça, elle ne peut pas s'en empêcher et sa main glisse lentement de la hanche au bas du dos de sa partenaire de danse, la rapprochant un peu plus, tandis que les paroles s'insinuent en elle. « here we go again, she's back in town again…"

Bientôt, les deux jeunes femmes dansent, aussi proches que possible, et de nouveau, Lexa se retrouve déconnectée de la réalité. Elle a oublié les gens autour d'elle. Oublié Anya et ses avertissements. Oublié même Clarke et ses cinq années qu'elle prétend ne pas avoir vécues. A cet instant, il n'y a qu'elle, et la femme qu'elle aime. Qu'elle a toujours aimée.

"Here we go again, she'll break my heart again"

Inconsciemment, ses doigts commencent à vagabonder au creux des reins de sa partenaire de danse. Mais soudain, Clarke s'éloigne, laissant Lexa interdite tandis qu'elle redescend brutalement sur terre. La chanson est finie et la blonde la regarde d'un air effaré.

- Merci pour la danse. Mais il faut vraiment que j'y aille. Dit rapidement Clarke en rappelant discrètement Lincoln afin qu'il reprenne sa place, pour ne pas laisser Lexa en plan devant tout le monde.

Celle-ci hoche la tête, sans comprendre ce qu'il se passe, et se laisse entrainer par Lincoln sur le rythme d'une nouvelle musique tout en suivant des yeux la fuite de Clarke.

Elle ne prend pas le temps de saluer qui que ce soit. Il faut qu'elle sorte de là. Et vite. Elle récupère son sac au vestiaire, et fonce en direction du parking où est garée sa voiture. Elle note mentalement l'absence des photographes qui campaient là au début de la soirée, et remercie un quelconque dieu qu'ils ne soient plus aux aguets.

Un peu plus calme une fois devant sa voiture, elle cherche les clés au fond de son sac, quand on l'interpelle.

- Clarke ! Attend !

Elle se retourne, et attend, comme on vient de lui demander. Incapable de pleinement réaliser ce que la Lexa est en train de faire. Elle lui court après, littéralement, comme dans un de ces films à l'eau de rose que Clarke adore et que Lexa a en horreur tellement il y a de clichés. Et pourtant, un cliché est un cliché pour une raison. Il faut croire que ça arrive, pense Clarke en souriant bêtement pendant que Lexa la rejoins.

Elle frissonne. Malgré la saison, l'heure tardive ne leur permet pas de rester dehors en petite robe de soirée. Le temps d'aller se réfugier dans la voiture, oui. Mais pas plus.

Une fois arrivée à quelques pas, sa poursuivante s'arrête, semblant lutter intérieurement. A-t-elle seulement réfléchis avant de planter là son cavalier et de s'élancer à la poursuite de la femme de ses rêves ?

Elle termine plus doucement les derniers pas qui les séparent, un peu essoufflée, cherchant du regard les yeux de Clarke.

- Pourquoi tu t'enfuis ? Demande-t-elle sans stopper son approche, se retrouvant bientôt presque aussi proche qu'il y a une minute sur la piste de danse.

- Je suis désolée, c'est trop tôt...pour...

Mais Clarke ne termine pas sa phrase, interrompue par une main fraiche, venue remettre une mèche rebelle en place derrière son oreille. Ses yeux se ferment brièvement tandis qu'un frisson qui n'a plus rien à voir avec la fraicheur de la nuit lui parcours la nuque.

La main s'attarde tendrement sur la joue de la blonde, et Lexa les yeux rivés sur la bouche entrouverte de Clarke, s'avance inexorablement.

Délicatement, avec une infinie tendresse, Clarke stoppe le baiser en posant ses doigts sur les lèvres douces à quelques centimètres des siennes. Elle les laisse un instant, profitant du contact, soutenant l'incertitude qu'elle lit dans le regard en face d'elle.

Luttant contre le même instinct qu'elle a réussi à contenir tout à l'heure. Celui qui lui intime impérieusement d'enlever ses doigts de la bouche pulpeuse, et d'y poser ses lèvres. De plaquer Lexa contre la voiture la plus proche et de laisser libre court à ses pulsions.

Pourtant, elle n'en fait rien. Parce qu'elle sait que c'est plus important que ça. Elle veut que Lexa soit sûre. Pas qu'elle se réveille demain en regrettant quoi que ce soit. Elle ne veut pas être « un souvenir », elle veut être son avenir. Et il est beaucoup trop tôt pour que Lexa ait complétement accepté son retour dans sa vie. Trop tôt pour qu'elle lui ait pardonné. Elles ont besoin de temps. De plus de temps. Et Lexa a aussi besoin de mettre un terme à sa relation avec Costia, qu'est-ce qu'elle soit. Elle ne sera pas l'amante de la femme de sa vie.

Au bout d'un moment, Lexa finit par reculer, rompant tout contact. Les sourcils froncés.

- ..trop tôt pour ça. Finit par dire Clarke, terminant sa phrase.

Une légère brise se lève, accentuant par sa fraicheur, l'espace qu'elles viennent de mettre entre elles. Clarke frotte ses mains sur ses bras nus pour tenter de les réchauffer, sans succès.

- Je croyais que c'était ce que tu voulais. Lâche Lexa d'une voix étrangement froide, après un examen détaillé de la jeune femme en face d'elle.

Clarke secoue la tête de gauche à droite.

- Non...je...je veux dire, déjà il y a Costia.

Un ombre passe dans le regard de Lexa, et Clarke sent la colère qui ressurgit dans son attitude tout à coup fermée. Sans doute un peu blessée dans son amour propre, et sans aucun doute frustrée, la réplique ne se fait pas attendre.

- Ça ne te dérangeait pas lorsque les rôles étaient échangés.

Ça fait mal, mais Clarke sait qu'elle doit en passer par là. Lexa doit sortir sa colère, sa rancœur, si elles veulent repartir sur de bonnes bases. Là où ça fait mal, c'est de devoir assumer alors qu'elle n'y est absolument pour rien.

- Justement...ce n'était pas moi. Répond-t-elle en mettant l'emphase sur le « moi ». Si tu es avec Costia, ...

- Je ne le suis pas. Elle et moi, on n'est pas ensemble.

Sa voix à perdu toute chaleur. Clarke à l'impression de revenir en arrière, de la perdre à nouveau. Est-ce qu'elle était vraiment sur le point de l'embrasser il y a une minute de ça ? Elle se secoue, un peu perturbée par les événements de la soirée.

- Non. C'est ce qu'il parait. Vous êtes juste amies ?

- C'est ça.

- Mais vous couchez ensemble.

Ce n'était pas une question, et ce n'est un secret pour personne. Une légère hésitation précède la réponse.

- Ça arrive. Ça ne change rien.

- Tu sais, j'ai du mal à imaginer que ce soit ton genre, de...coucher sans sentiments. Déclare Clarke d'une voix douce. Tu n'es pas assez naïve pour ne pas avoir remarqué qu'elle est amoureuse de toi, et tu n'es pas de celles qui font souffrir les autres sans remords. Enfin tu ne l'étais pas. Je ne te demanderais pas ce qu'il t'est arrivé pour en arriver là...je me doute que la réponse est évidente. Finit-elle dans un murmure coupable.

Le regard de Lexa n'a pas bronché devant l'accusation de Clarke, elle la dévisage toujours avec cet air glaciale. Néanmoins elle est toujours là. Elle ne s'est pas enfuit. Pourtant elle ne réplique pas.

Finalement, devant l'impassibilité qui lui fait face, Clarke s'approche à son tour, et dépose chastement un baiser appuyé sur sa joue, tout en laissant glisser sa main sur sa nuque.

- Bonne nuit Lexa. Ajoute-t-elle avant de partir sans se retourner.

Lexa reste plantée là un instant. Tentant de maitriser toutes les émotions qui menacent de la submerger. La colère de se sentir jugée par la dernière personne qui en a le droit, la honte car elle sait qu'elle a raison. L'agacement de s'être laissée entrainer, de l'avoir presque embrassée, d'en avoir eu envie, plus que tout au monde. La déception de n'avoir pas su, pour la première fois depuis aussi loin qu'elle s'en souvienne, se maitriser entièrement dans cette salle de réception. Elle sait pourtant qu'elle doit faire attention, mais Clarke a vraiment le don pour la mettre dans tous ses états.

Et puis les mots de Clarke, qui se répètent encore et encore dans son esprit. « Ce n'était pas moi ». Tout ce qu'elle a vu de Clarke ces derniers jours lui rappelle sa jeunesse. Lui rappelle l'adolescente dont elle est tombée amoureuse, et qui n'avais plus rien à voir avec celle qui l'a trahit aussi odieusement avant de l'abandonner lâchement.

Elle finit par s'en retourner vers la salle, et juste devant l'entrée, se tiennent Anya et Lincoln, qui la regardent d'un air inquiet.

- Qu'est-ce que tu crois faire à lui courir après comme ça ? Attaque directement Anya.

Il est tard, Lexa est trop fatiguée, physiquement, mais surtout mentalement, pour entamer une joute verbale avec sa sœur. Surtout qu'elle n'a aucune idée de comment répondre à cette question. C'est vrai ça, qu'est ce qui lui a pris de lui courir après comme ça ? On dirait une gamine désespérée...

- Je vais rentrer. Soupire Lexa, esquivant sa réponse. Link ?

- Je vais chercher la voiture. S'empresse-t-il de dire en dévalant les marches en direction du parking.

- Lexa ? Demande Anya plus doucement, alarmée par les larmes qu'elle voit monter dans les yeux émeraude de sa petite sœur.

- Je ne sais pas quoi faire...lâche Lexa la voix tremblante, ne se permettant cet excès de faiblesse que parce que le seul témoin est sa sœur.

La dernière fois qu'Anya a vu Lexa l'air aussi perdue, c'était cette fameuse soirée, le jour où Clarke est partie. N'ayant pas de réponse à lui apporter, comme elle n'en avait pas eu ce jour-là, elle se contente de la prendre dans ses bras, et de l'embrasser sur la tempe.

Le bruit des pneus crissant sur le gravier interrompt leur étreinte.

- Va y, je dirais à Costia que tu es partie. Et je raccompagnerai Octavia.

A la mention de Costia, Lexa se reprend, ravalant ses larmes.

- Je devrais peut être...commence-t-elle en regardant la porte de la salle dans laquelle l'attend probablement la jeune fille.

- Non. Tu n'es pas en état de parler à Costia, crois-moi. Lui assure sa sœur.

Lexa s'éloigne d'un pas, et accroche le regard noisette en face d'elle.

- Dis-moi la vérité. Toi aussi tu penses que je fais n'importe quoi avec Costia ?

Sous le coup de la surprise, Anya ouvre de grands yeux coupables, avant de détourner le regard pour tenter de cacher la vérité. Elle n'a pas besoin d'ajouter quoi que ce soit pour comprendre le message. Sa sœur n'admettra jamais que Clarke a raison, encore moins maintenant, mais elle n'en pense pas moins.

Finalement, Lexa rejoins Lincoln dans la limousine, et s'installe confortablement, laissant la chaleur et l'odeur réconfortante du cuir s'insinuer lentement en elle. Elle ne s'est même pas rendue compte qu'elle était gelée.