Bonjour à tous !
Merci pour vos commentaires et d'être toujours au rendez-vous. Je sais, je suis en retard (encore...) j'ai du mal avec les horaires fixes :)
En tout cas voilà la suite, bonne lecture et à bientôt.
CHAPITRE 12
Clarke ouvre les yeux brusquement, réveillée par la lumière du soleil. La soirée de la veille lui revient avec force. Ses yeux se referment, et laisse pour la énième fois les images défiler devant ses yeux. Passant au ralenti la dernière danse, elle pourrait jurer sentir encore l'odeur de Lexa.
Ses rêves ne lui ont laissé aucun répit, changeant systématiquement de direction lorsque les choses devenaient intéressantes. C'est donc avec une intense frustration qui n'est pas prête de s'atténuer qu'elle pose le coussin sur sa tête et grogne allégrement pour extérioriser ce sentiment d'impuissance.
Trois coups sur la porte la ramènent à la réalité. Elle se redresse sur le matelas usé, regardant curieusement son portable pour vérifier l'heure. Elle remarque la petite lumière qui clignote pour indiquer qu'elle a des messages. Tout en se levant, elle fait glisser ses doigts sur l'écran, révélant deux messages de Finn et un d'Octavia. Elle passe les messages de Finn, après avoir passé une heure au téléphone avec lui en début de semaine, ils en sont venus à la conclusion qu'il valait mieux s'envoyer les informations par écrit, pour éviter de se prendre le bec à tout bout de champ. Elle lira plus tard, et va pour ouvrir l'autre message. Les coups reprennent de plus belles, interrompant sa lecture.
Se dressant sur la pointe des pieds, elle regarde par le judas, surprise de voir Lincoln en uniforme, qui commence à s'impatienter.
Sans hésitation, elle tire le verrou, et ouvre à moitié la porte. Son pyjama est tout à fait décent, mais ça n'en reste pas moins un pyjama. Elle n'a pas envie que tous les clients de l'hôtel l'aperçoivent dans son t-shirt Harry Potter sur lequel elle a craqué deux jours auparavant.
- Hey, salut. Dit-elle doucement pour saluer Lincoln, de sa voix encore ensommeillée.
Le policier la regarde de la tête au pied, partagé entre l'envie de sourire, et de soupirer d'exaspération.
- Clarke, il est dix heure et demi...
La jeune femme hausse les épaules, après tout il n'y a aucun endroit où elle devrait être, et elle s'est endormi très tard la veille, son esprit refusant catégoriquement de la laisser en paix.
- Ce n'est pas comme si j'avais quelque chose à faire, ou des gens à voir. Marmonne-t-elle amèrement, en s'écartant pour le laisser entrer dans la chambre.
Lincoln lève un sourcil, d'un air perplexe. Puis un sourire vient étirer ses lèvres. Il secoue la tête.
- Fait tes bagages, les chambres doivent être libérées pour onze heures. A moins que tu ne veuille payer une nuit de plus pour rien?
Un vent de panique s'empare de Clarke. Est-ce que Lexa a finalement pris sa décision et décidée de se débarrasser d'elle, envoyant son ami pour faire le sale boulot ? Mais si c'est le cas, elle n'a aucun droit de la mettre à la rue, on vit dans un pays libre !
- Tu n'as pas lu tes messages ? Ajoute Lincoln en pointant du menton le téléphone dans la main de la blonde.
Celle-ci reste immobile, la bouche à demi ouverte, comme prête à rétorquer quelque chose.
- Tu viens à la maison. Octavia ne veut pas que tu te ruine et te retrouve à la rue dans un mois.
Baissant rapidement les yeux vers l'appareil qu'elle serre toujours au creux de sa main, un soulagement immense l'envahit. Décidemment, elle ne mérite pas d'avoir des amis comme ça.
- Tu veux un coup de main pour tes bagages ? Demande gentiment le policier.
D'un seul coup, Clarke s'anime de nouveau, réalisant qu'elle a une demi-heure pour plier bagage. Elle balaye rapidement la pièce du regard avant de répondre.
- Non. Je te rejoins en bas dans vingt minutes.
- Ok, comme tu veux. Je t'attends.
Il fait mine de partir, mais avant qu'il n'ait pu faire un pas, une main chaude se pose sur son avant-bras, et le retient gentiment.
- Merci Link. Dit Clarke, tentant de faire passer toute la reconnaissance qu'elle ressent dans ce simple mot.
- Pas de quoi. Lâche-t-il d'un ton bourru. Avant de se dégager et disparaitre dans l'escalier de secours.
Dix-neuf minutes plus tard, elle apparait derrière les portes de l'ascenseur, son sac à l'épaule, et sa robe de soirée à bout de bras, enveloppée dans une housse en plastique transparente. Lincoln s'approche rapidement et la soulage du poids du sac avant qu'elle n'ait l'occasion de protester. D'un signe de tête, il désigne la robe dans son emballage.
- Tu me feras le plaisir de ranger ça dans un placard et de ne pas la ressortir de sitôt. C'était un coup bas...comment veux-tu qu'elle résiste ?
Clarke rougit devant le compliment et le reproche de son ami. Elle ne peut qu'admettre qu'il a raison. La soirée d'hier était beaucoup trop...intense. Et étrange. Elle n'aurait jamais cru que Lexa craquerais aussi vite. Et ce n'est pas spécialement pour plaire à Clarke. Evidemment, cela confirme qu'elle a encore des sentiments pour elle, mais aussi qu'elle est terriblement brisée, elle ne sait plus où elle en est. Ni avec Clarke, ni avec Costia. Peut-être même pas avec elle-même.
Clarke chasse toutes ces sombres pensées en s'installant dans la voiture blanche marqué « POLICE ». Le coéquipier de Lincoln étant le chauffeur, elle n'a pas d'autre choix que de s'installer à l'arrière, derrière la grille de séparation. L'homme parait gigantesque dans l'habitacle. D'une quarantaine d'année environ, il porte des cicatrices à peine caché par sa barbe fournie. Ses cheveux bruns, coupés court lui donne un air sévère de militaire. Dans le rétroviseur, le regard qu'il lui lance lui provoque un frisson désagréable.
Une fois le sac balancé à l'intérieur, Lincoln claque le coffre et vient s'assoir à l'avant du véhicule. Jetant à son tour un regard suspicieux au conducteur, il lâche d'un ton neutre.
- Roule Ryder.
L'homme se concentre sur la route, et démarre le véhicule. La jeune femme s'adosse à la banquette, et laisse de nouveau son esprit s'égarer le temps du trajet.
D'un coup de pied, elle envoi valser son sac à présent vide sous le lit de la chambre d'ami. Sa chambre, pense-t-elle avec soulagement. Elle embrasse la pièce du regard. Ce n'est ni grand, ni luxueux. Mais la petite pièce du rez de chaussé contient tout ce dont elle a besoin actuellement. Un lit confortable, sur lesquelles repose deux oreillers et une couette aux motifs japonais qu'elle apprécie particulièrement. Un placard dans lequel est stocké le linge de maison d'Octavia et Lincoln, où ils lui ont libéré deux étagères pour ses maigres possessions. Et une salle d'eau, avec un lavabo et une douche à l'italienne, accueillant également la machine à laver et le sèche-linge de ses amis. La porte de la pièce donne sur un petit couloir venant de la salle à manger, qui dessert également le garage et la terrasse.
Lincoln l'a déposé en vitesse avant de repartir travailler, et elle est maintenant seule dans la maison. Et Clarke se rend compte qu'elle n'aime pas être seule. Elle aime entendre les gens autour d'elle, même quand elle ne prend pas part à l'action, elle aime juste...ne pas être seule. Octavia rentrera bientôt du magasin, dans son fameux texto du matin, elle précisait qu'elle laisserait sa vendeuse fermer à sa place pour pouvoir être tôt à la maison.
La jeune femme a ouvert sa propre boutique de vêtement, en partenariat avec une couturière. Elle dessine aujourd'hui elle-même une partie de la collection. Le côté atypique du magasin a vite attiré énormément de monde, et elle rencontre aujourd'hui beaucoup de succès, autant auprès d'une population de locaux que des touristes se pressant à toutes les saisons dans la ville.
Après quelques longueurs dans la piscine, Clarke se détend en observant les montagnes qu'on aperçoit à peine au loin. Lincoln et Octavia vivant dans une zone résidentielle, la vue n'est pas aussi spectaculaire que l'était celle depuis le sous-sol de chez Lexa. Ses yeux se ferment, quand un assortiment de souvenirs en tout genre l'assaille. Allant des moments passés seule avec Lexa, la plupart du temps dans le jacuzzi, aux soirées piscine, les matchs de water-polo, les révisions du bac sur les bains de soleil avec la bande.
Au final, Clarke ne voit pas le temps passer, et au moment où elle sort de l'eau, elle se dit qu'il serait peut-être temps qu'elle fasse quelque chose d'utile. Elle a repéré en venant un petit supermarché à cinq minutes à pieds, et après un rapide inventaire de ce que contient le frigo, se prépare pour aller acheter le nécessaire pour préparer des lasagnes à ses hôtes.
Après tout, ils lui offrent un toit pour dormir, la moindre des choses est de les remercier correctement.
Deux jours plus tard, Clarke a pris ses marques, et la vie à trois s'organise tranquillement dans la petite maison. Lincoln et Octavia travaillant tous les deux, Lincoln parfois à des heures décalés, c'est Clarke qui s'occupe du ménage, des courses et de la cuisine. Et cela semble parfaitement convenir à tout le monde, si on en croit les compliments que Lincoln peut avoir sur les bons petits plats qu'il déguste tous les jours. Octavia n'ayant jamais été une experte dans ce domaine, c'est lui qui cuisine habituellement, des plats relativement simples.
C'est donc derrière les fourneaux, affairée à couper des tomates, qu'elle se tient lorsqu'Octavia ouvre la porte avec fracas en hurlant son nom ce soir-là.
- CLARKE !
Par un miracle quelconque, Clarke réussit à ne pas se couper, malgré le saut qu'elle a fait sous la surprise. Elle pose le couteau et se tourne vers son amie, tentant de calmer son cœur qui s'est emballé.
- Quoi ? Lance-t-elle un peu en colère qu'elle lui ait fais une telle frayeur.
- J'ai une surprise ! Annonce la brune tout sourire.
Et Clarke lui pardonne immédiatement devant l'air réjouit qu'Octavia affiche. Secouant la tête en souriant doucement, elle se lave rapidement les mains, et rejoins son amie qui sautille sur la terrasse l'air très contente d'elle.
- Alors ? Tu vas cracher le morceau ou tu comptes me faire mariner toute la soirée ? Demande la blonde de façon sarcastique en s'appuyant sur le chambranle de la porte.
Terminant d'envoyer un message à un destinataire inconnu, Octavia balance ensuite son téléphone vers Clarke, qui le rattrape de justesse, les yeux écarquillés.
- Ça va pas ? Tu vis dangereusement !
- Lit. Dit Octavia sans se départir de son sourire et de son assurance.
Clarke, sur le point d'ajouter quelque chose, se tait et regarde l'écran du smartphone qu'elle tient. Son cœur s'emballe de nouveau en lisant le bref échange entre Octavia et Lexa.
Lexa : [Salut, est ce que vous êtes libre samedi ? Barbecue à la maison ?]
Octavia : [J'aimerais te dire oui mais Clarke vit chez nous pour le moment...désolée]
Lexa : [Ne le soit pas. En fait je pensais l'inviter. Tu pourras la prévenir ?]
Octavia : [On ramène la bière, comme d'hab. A demain ;) ]
Octavia à bien fait de le lui faire lire, si elle le lui avait dit, elle ne l'aurait pas cru. Clarke est officiellement invitée à une soirée chez Lexa, demain soir. Elle n'en revient pas. Après le fiasco de mardi soir, elle n'aurait pas cru que Lexa la recontacte, encore moins qu'elle l'invite chez elle. Clarke a dû se faire violence ces derniers jours, pour ne pas craquer et ne pas lui envoyer de message, pour ne pas l'attendre sur le plateau, pour lui laisser de l'air tout simplement. Et ça commençait à la rendre dingue de rester aussi passive. Un mélange de soulagement et d'appréhension l'envahit. Demain soir, elle va découvrir où vit Lexa.
Lincoln gare la voiture sur le parking de la résidence. Après avoir longé le lac pendant vingt bonnes minutes, il a fallu monter une route sinueuse encore quelques minutes pour finalement arriver ici.
La vue en vaut la peine, à peine sortie de la voiture, Clarke jette un œil par-dessus la courte haie qui borde le parking. En contrebas d'un escalier qui descend directement du parking, il y a une terrasse, un jardin, et une piscine à débordement avec la vue sur le lac, et bien évidemment les montagnes autour. Une grande baie vitrée donne sur la terrasse, et Clarke repère déjà de l'agitation à l'intérieur derrière les voilages transparent.
Tout à coup, les portes s'ouvrent, et laissent sortir Anya, portant un sac de charbon et une grande pince noircie, et Lexa une dizaine de coupe de champagne à la main, qu'elle s'applique à disposer sur la table basse qui compose le salon de jardin. Il y a quelque chose de tranquille chez elle. Quelque chose qu'elle n'avait pas vu depuis qu'elle l'a retrouvé. Se maudissant d'être la cause du trouble qu'elle fait systématiquement apparaitre chez la jeune femme, Clarke serre les dents.
Elle tourne la tête quelques secondes quand Lincoln, qui a déjà ouvert la porte et s'apprête à rentrer, l'interpelle. Quand son regard se pose à nouveau dans le jardin en bas, Anya a disparu, et Lexa a levé les yeux sur elle. Un sourire discret sur son visage, c'est la première fois qu'elle pose un regard aussi serein sur Clarke depuis son retour. La jeune blonde rougit timidement, se sentant soudain comme sous les feux des projecteurs.
Finalement, le sifflement d'Octavia la fait bouger. Rompant le contact, elle se dirige vers l'entrée, s'efforçant d'effacer de sa tête l'image de Lexa, lui souriant depuis son jardin dans sa chemise blanche vaporeuse, laissant deviner son maillot de bain jaune sur sa peau bronzé.
Un instant plus tard, Clarke se retrouve au milieu de la cuisine, sans avoir la moindre idée de comment elle est arrivée ici. Il lui semble bien avoir descendu quelques marches, mais l'image de Lexa en maillot de bain vient de nouveau embrouiller ses pensées.
L'arrivée de Costia à l'effet d'une douche froide sur Clarke, et elle revient finalement complétement à la scène devant elle. Lincoln a déjà ouvert le frigo pour mettre les bières qu'il n'a pas encore ouvertes au frais. Octavia trinque avec Anya en versant un paquet de chips dans un bol et Costia précède Lexa de quelques pas, une pile d'assiette à la main.
Evitant toute situation gênante, Clarke lance un « salut » vague, pouvant s'adresser à tout le monde, en guise de bonsoir. Elle ne se voit pas se lancer dans l'exercice difficile du « comment on se dit bonjour », et cela vaut pour Lexa, Costia ET Anya. Avec un peu de chance, à la fin de cette soirée, elle saura un peu plus où elle en est. Où elles en sont.
- Salut Clarke. Répond Costia avec un sourire avenant, sans aucun malaise apparent. Tu m'aides ? demande-t-elle en montrant le tiroir remplit de couverts.
- Bien sûr. Dit Clarke avec un sourire forcé.
Elle est bien consciente que tout le monde la regarde, soit franchement, soit du coin de l'œil, mais elle tente de faire comme si de rien n'était. Après tout, elle a été invitée cette fois, elle peut se détendre et agir aussi normalement que possible.
Une fois les couverts en main, elle fait signe à Costia de lui montrer le chemin, qui s'avère être une succession d'escalier, franchissant plusieurs demi-niveau pour arriver à la terrasse. Clarke commence à saisir l'architecture de la maison. La construction à flan de falaise, est en demi-niveau. L'entrée se faisant par l'étage le plus élevé, il faut descendre pour se retrouver dans le jardin avec piscine. Mais en passant dans le salon, qui donne directement sur la terrasse par sa large baie vitrée, elle s'arrête soudainement, et se dirige vers la fenêtre situé de l'autre côté. Une autre partie du jardin, non visible depuis le parking, et longeant tout le côté de la maison lui apparait. Et sous le saule planté là, une niche, de taille moyenne. D'où elle est, elle ne voit pas bien, mais elle jurerait voir dépasser une patte blanche.
Accélérant le pas, elle sort finalement, et dépose tout ce qu'elle tient en vrac sur la table, sous l'œil surpris de Costia qui était déjà en train de disposer les assiettes. Elle contourne le petit salon, et remonte le jardin en direction du saule, le cœur battant tout à coup beaucoup plus fort. Ralentissant en s'approchant de sa destination, elle finit par s'arrêter complétement à quelques mètres. La niche est bien habitée. Clarke siffle doucement, un sifflement qu'elle n'a sans doute pas utilisé depuis cinq ans. Alors que pour elle s'était hier.
Au son produit, la bête se lève et passe la tête par l'ouverture, regardant d'une drôle de façon la jeune femme. Un sourire se dessine sur les lèvres fines de la blonde, et une unique larme roule sur sa joue sans même qu'elle ait pu faire le moindre effort pour la retenir.
- Argo...dit-elle d'une voix serré par l'émotion.
Comme un signal attendu, le chien s'élance et en un bond puissant, il est sur Clarke, la renversant au passage dans l'herbe sèche, et entreprenant de lui lécher le moindre recoin du visage, en passant par le cou et l'intérieur des oreilles.
- ASSIS ! Lance une voix forte et ferme derrière Clarke.
L'animal obéit instantanément à sa maitresse, mais sa queue frappe toujours le sol, trahissant avec son regard, son excitation et son envie de retourner jouer. Clarke s'assied à son tour à ses côtés et entreprend de le caresser copieusement pour compenser. Argo semble apprécier le traitement car il ne lui faut pas longtemps pour s'allonger, s'offrant complétement aux attentions de Clarke.
Lexa les a rejoint maintenant, et s'accroupie également, en tentant de ne laisser paraitre aucune émotions. Et elle s'en sort très bien à ce niveau. Clarke est bouleversée par les retrouvailles avec son chien, mais elle est bien incapable de déceler la moindre humeur chez Lexa. Elle garde ce demi-sourire tranquille, qui, bien mieux que cet air fermé qu'elle peut arborer en certaine circonstance, ne laisse rien deviner de ses pensées.
- Doucement Argo. Gronde-t-elle gentiment quand celui-ci tente de la mordiller pour jouer.
- Tu l'as gardé ? S'étonne Clarke, incapable de ne pas aborder le sujet.
C'était tellement évident pour elle que ce ne serait pas le cas, qu'elle ne s'était même pas posé la question avant de voir cette niche. Argo était un cadeau d'Abby, et honnêtement, c'était plutôt Clarke qui aimait les animaux. Même si Lexa n'avait rien contre, elle ne préférait pas avoir à s'en occuper. Trop de responsabilités, disait-elle. Même si l'ironie faisait doucement rire Clarke quand elle imaginait Lexa reprendre l'entreprise de son père, avec toutes les responsabilités qui lui incomberai. Mais Lexa était catégorique à ce sujet. La responsabilité d'une entreprise et celle d'un être vivant ne pouvait en aucun cas être comparé. Elle lui répétait souvent : « ton chien, ta responsabilité ! » tout en s'en occupant parfois plus que Clarke elle-même.
Lexa hausse les épaules comme si c'était une évidence.
- Il t'avait déjà perdu. Je ne suis pas si cruelle. Et puis je me suis habituée à cette boule de poil. Même si on s'entend beaucoup mieux depuis que j'ai un jardin digne de ce nom. Explique-t-elle en grimaçant.
Des centaines de questions se bousculent soudain dans la tête de Clarke. Elle veut savoir comment elle se comportait, juste avant de partir. L'abandon de son chien, qu'elle aimait à la folie, n'est qu'un élément supplémentaire à l'incompréhension de son attitude. Et la seule personne qui peut lui apporter des réponses, est là, devant elle. Mais est-elle déjà prête à avoir cette conversation ? Clarke en doute, et préfère dévier ses questions vers quelque chose d'autre qui lui tient à cœur.
- Comment vont tes parents ?
Alie Wood était l'une des femmes les plus gentilles que Clarke connaissait, elle l'avait accepté dans la famille immédiatement, la traitant comme ses propres filles. Chose qu'Abby n'avait jamais réussi à faire, ayant toujours eu un ressentiment envers Lexa. Quant au père de Lexa, même si elle ne l'avait vu que très rarement, de par son travail qui l'emmenait toujours au quatre coin du globe, elle aimait beaucoup la façon qu'il avait d'interagir avec ses filles. Malgré l'éducation stricte qu'il leur inculquait, il avait toujours cette tendresse dans les yeux, et quelque part, un peu de malice.
La question prend Lexa au dépourvu, surprise de retrouver un peu de spontanéité et de simplicité dans cette relation. Cela n'est pas pour lui déplaire.
S'installant plus confortablement pour discuter, elle s'éclaircie la gorge avant de répondre.
- Papa nous a quitté il y a deux ans...c'est à cette époque qu'Anya a repris une partie de la direction avec le bras droit de notre père. Il se partage les tâches, c'était trop pour une seule personne. Moi j'ai préféré passer mon tour, j'avais d'autres projets. Je reste juste au conseil d'administration car je suis l'une des actionnaires majoritaire.
Les yeux au bord des larmes, Clarke imagine l'épreuve terrible qu'avait dû traverser Lexa, et se maudit de n'avoir pas été là pour elle. Pour sa famille. Lexa détourne les yeux, laissant son regard se perdre du côté du coucher de soleil pendant un instant. Les yeux un peu trop brillant pour que Clarke ne remarque pas l'émotion chez la jeune femme. Un moment, elle hésite à avancer sa main, pour rejoindre celle appuyée dans l'herbe à quelques centimètres. Mais l'instant d'après, Lexa se concentre à nouveau sur elle, terminant de répondre à la question.
- Maman a vendu la maison après ça. C'était trop grand, juste pour elle. Même si elle y vivait seule la plupart du temps. Je pense surtout que ça lui rappelait trop mon père. Elle vit au centre-ville, dans un grand appartement, avec Anya. Elle travaille toujours à la boutique.
Clarke hoche la tête, sans savoir quoi ajouter. Elle espère que d'une façon ou d'une autre, Alie lui pardonnera son attitude envers sa fille, ainsi que son absence ces cinq dernières années.
Le silence s'étire, flottant autour d'elle comme un vague brouillard. Ni particulièrement gênant, ni vraiment confortable. Leurs pensées à toute deux sont tournées vers d'autres sujets.
Caressant toujours distraitement le chien, Clarke finit par tourner la tête et le regard vers Lexa, et rencontre deux yeux verts curieux posé sur elle.
Les boucles brunes, entourant le visage fin de la réalisatrice, se soulèvent délicatement à chaque souffle de vent. Une légère brise qui vient du lac en contrebas, et qui rafraîchit cette fin de journée d'été.
Clarke ne fait pas cas du regard posé sur elle. Elle l'ignore, et balade le sien sur la jeune femme en face d'elle. Elle semble plus mature. Sa coiffure est différente. Certains traits de son visage son plus marqués également. Elle a sans doute perdu du poids. Mais la pensée qui domine Clarke à cet instant, c'est qu'elle n'a jamais semblé aussi belle que dans cette lumière de soleil couchant.
Et puis, au bout d'un moment, elle réalise que Lexa ne l'a pas lâché du regard au cours de son observation, et arbore à présent un léger rictus moqueur devant l'expression émerveillé de la jeune femme en face d'elle.
- On devrait peut-être...commence-t-elle subitement un peu mal à l'aise.
- ...rejoindre les autres. Termine Lexa en hochant la tête et en se levant d'un mouvement fluide et gracieux.
Clarke ne serait pas étonné qu'elle soit encore aujourd'hui, très sportive. S'égarant une fois de plus sur le corps sculpté qui lui cache maintenant la vue, elle sursaute presque quand Lexa l'interpelle.
- Clarke... Dit-elle d'une voix ferme, prononçant son nom avec application, comme autrefois.
En deux secondes, elle est sur ses pieds, certaine à deux cents pour cents que son action était beaucoup moins gracieuse que celle de Lexa il y a un instant.
Rejoignant leurs amis pour commencer la soirée, Clarke s'installe aux côtés d'Octavia en pleine joute verbale avec Anya. Lexa, elle, rejoint Costia et Lincoln prêt du barbecue.
La soirée se déroule dans une ambiance amicale, Clarke n'arrivant pas, malgré tout, à détacher complétement son attention de Lexa. Une sensation désagréable lui serrant les entrailles à chaque fois que son ex petite amie échange un mot ou un geste tendre, avec Costia.
Quelques heures plus tard, les pieds dans la piscine, Clarke contemple les étoiles aux dessus d'elle, et les lumières de la ville en dessous. Tout le monde est maintenant rentré, la température ayant considérablement chutée, préférant les confortables canapés du salon, aux meubles en rotin de l'extérieur.
Cette soirée est éprouvante mentalement, car elle n'est pas à sa place habituelle. Combien de fois s'est-elle tournée machinalement vers Lexa en l'entendant rire, se souvenant brusquement de la situation. Non, ce n'est plus sa petite amie.
Perdu dans ses pensées, les yeux tournées vers les étoiles, elle tressaille en réalisant que quelqu'un se tient juste derrière elle. Un bref instant, elle s'attend à voir Lexa apparaitre à ses côtés. Mais sans doute ne s'agit-il que d'un désir de son subconscient. Ou de son conscient tout court.
Toujours est-il que c'est Anya qui s'installe nonchalamment à ses côtés. Mais Clarke n'est pas dupe, la sœur n'est pas là par hasard, et certainement pas de son plein gré.
N'ayant pas dit un mot à l'arrivée de la nouvelle venue, Clarke trouve le silence de plus en plus pesant. Heureusement, Anya finit par prendre la parole. Comme à son habitude, elle ne passe pas par quatre chemins.
- Je ne sais pas ce qu'elle attend de toi. Commence-t-elle d'un ton neutre. Mais je sais que si tu es la aujourd'hui, c'est qu'elle t'a invité. Je ne peux pas dire que je la comprends, mais je respecte son choix.
Ne sachant que répondre à ça, Clarke acquiesce doucement, ses pieds remuant dans l'eau fraiche.
- Tu sais que si tu la fais souffrir...commence Anya d'une voix qu'elle veut sérieuse avant d'être coupé par Clarke qui lève la main pour l'arrêter dans sa tirade.
- Oui ! Oui. Je sais Anya.
Celle-ci jette un regard suspicieux à la blonde à ses côtés, avant de décider qu'il n'est pas nécessaire d'en remettre une couche.
- Ok. Et maintenant, tu comptes faire quoi ?
- A propos de Lexa ? demande Clarke, ne sachant pas trop où elle veut en venir.
- Et bien, à propos de toi pour commencer ? Tu fais quoi dans la vie ? Tu as terminé tes études de droit ?
C'est la première fois qu'Anya parle aussi naturellement, et Clarke la sent enfin se détendre. Quelque part, sans avoir aucune idée de comment elle a réussi à faire ça, elle sait qu'elle a franchi un autre cap.
- Rien. Enfin, plus rien. A priori je travaillais dans l'hôpital de ma mère. Je n'ai pas fini mes études non. Honnêtement je n'ai aucune idée de ce que je vais faire. Rompre avec ma vie proprement, m'installer ici. Et recommencer...
Tout en terminant sa phrase, les yeux bleus de la jeune fille se tournent machinalement vers les baies vitrés qui les séparent du reste de leurs amis. Elle croise un bref instant le regard de Lexa qui se détourne. Depuis combien de temps la fixait-elle ? Ou venait-elle tout juste de tourner la tête dans sa direction par hasard au même instant ? C'est la voix de la femme à ses côtés qui la ramène sur terre.
- A ce sujet, tu fais toujours de la photo ? Questionne Anya après un court moment de réflexion.
Il faut un petit moment à Clarke pour intégrer complétement la question. Toujours ? La question semble étrange quand la notion du temps est aussi perturbée. Du point de vue d'Anya, elle suppose qu'elle parle des cinq dernières années écoulées.
- La réponse la plus juste est, je n'en sais rien...je n'ai pas trouvé mon appareil chez Finn. Il doit être bien planqué, donc peu utilisé.
C'est l'une des choses dont elle doit parler sérieusement avec lui, il n'y a pas grand-chose auquel elle tient, enfin, pas grand-chose de matériel en tout cas. Mais son appareil...
- En fait...il n'y est pas.
- Quoi ? Comment tu peux le savoir ? S'étonne Clarke en fronçant les sourcils.
- Parce qu'il est ici.
- Pardon ?
- Quand tu es parti, c'est moi qui suis venu emballer toutes tes affaires. Tu n'avais pas pris grand-chose à part quelques fringues et ton ordinateur. J'ai tout emmené, Lexa me l'avais demandé. Tout, sauf l'appareil. Elle l'a gardé. Fait-t-elle en désignant d'un mouvement de menton la silhouette de Lexa qui se dessine à travers la fenêtre du salon, là où, une personne que Clarke n'arrive pas à identifier, la fait rire.
Détournant le regard devant cette image, son cœur se serrant une fois de plus. ELLE, devrait être celle qui faire rire Lexa.
- Elle l'a sans doute vendu, ou donné, depuis le temps. Remarque-t-elle d'un ton un peu plus amère qu'elle ne l'aurait voulu.
Anya a la décence de ne pas relever son changement d'humeur flagrant. Et continue la conversation comme si de rien n'était.
- Non. Je suis certaine qu'il est là. Et qu'elle sait exactement où il est.
Soudain, Clarke n'a plus qu'une idée en tête, récupérer son appareil. Elle ne peut pas récupérer Lexa, elle ne peut pas récupérer Argo, mais ça, elle peut. C'est SON appareil, et elle en a le droit. Mais ce n'est peut-être pas le moment d'aborder le sujet. Il faut qu'elle y réfléchisse un minimum.
- Donc, là où je voulais en venir, c'est que si tu t'en sens capable, on cherche un photographe sur le plateau. Séance de shooting pour la promo, photos du tournage, ce genre de truc.
Absorbé par ses pensées sur la façon de récupérer son bien, Clarke ne réalise pas tout de suite ce dont Anya est en train de parler. Elle cligne des yeux deux fois avant de se focaliser de nouveau sur la personne en face d'elle.
- Pour la promo je ne promets rien, mais si tu fais tes preuves pour le reste, je veux bien te laisser ta chance. Le salaire de base n'est pas extraordinaire et ce n'est que pour trois mois pour l'instant. Mais si tu me fais des supers photos de promo, ça paye bien. Et j'ai d'autres projets à venir. Bien sûr ça voudrait dire que tu travailleras pour moi, et aussi pour Lexa, indirectement. Qu'est-ce que tu en pense ?
Complétement abasourdie, il lui faut quelques secondes pour réaliser qu'Anya vient de lui offrir un job, et pas seulement un job, un job qu'elle n'aurait que pu rêver d'obtenir « avant ».
- T'es sérieuse ?
Le sourcil levé est tout ce qu'elle obtient comme réponse. Evidemment, Anya n'est pas du genre à faire des blagues. Surtout pas de ce genre-là. Le boulot, c'est le boulot.
Clarke n'a jamais aimé se faire pistonner. Elle a toujours tenue à mériter de par son travail et ses efforts la moindre chose dans la vie. Alors un bref instant, son premier reflex est de décliner l'offre poliment. Mais en faisant un rapide inventaire de ses autres options, et en étant tout à fait honnête avec elle-même, elle ne peut pas vraiment se le permettre. Etrangement, le fait que l'offre vienne d'Anya la conforte, parce qu'elle sait qu'elle ne l'aurait pas fait uniquement par pitié. Si elle lui propose quelque chose, c'est qu'elle peut en tirer profit d'une façon ou d'une autre. Se pourrait-il qu'Anya Wood pense réellement que Clarke Griffin ai du talent en photographie ?
- J'en pense que jamais je n'arriverais à te cerner. Tu m'offre le boulot de mes rêves au moment où j'en ai le plus besoin. Evidemment, comment pourrais-je refuser. Mais ça veut dire dans un premier temps...
Les deux têtes se tournent en même temps vers le reste de la fête qui commence tranquillement à se calmer.
- Tu dois récupérer ton appareil, oui. Anya pousse un grand soupir en donnant une claque sur la cuisse de Clarke. Bon courage. Lâche-t-elle en se levant et en l'abandonnant à ses pensées.
Trop de choses se bousculent dans sa tête. L'invitation de Lexa ce soir. Les retrouvailles avec Argo. La proposition d'Anya. Son appareil photo. Trop de choses à penser, et Clarke n'a vraiment plus l'esprit clair. Alors pour s'évader, et laisser toutes ses pensées s'envoler, ne serait-ce que pour un court moment, elle se laisse glisser lentement dans l'eau limpide de la piscine.
La nuit est bien avancée maintenant, l'eau est devenue plus chaude que l'air. Et une fois immergés entièrement, les lumières automatique s'allument de part et d'autre de la piscine, diffusant leur douce lueur autour de Clarke. Elle remonte, et se laisse flotter à la surface un moment.
Une voix attire soudain son attention, et elle se tourne vers elle en se remettant debout.
- Clarke ? Répète Lexa, un soupçon d'inquiétude dans le ton.
Les habits trempés de la blonde collent à son corps alors qu'elle sort de la piscine. Elle est bien consciente de l'étrangeté de la situation, dans une minute Lexa va probablement lui demander pourquoi elle n'a pas tout simplement retiré ses habits, vu qu'elle porte son maillot de bain dessous.
- Heum...commence-t-elle, ne sachant pas trop quoi dire pour expliquer la situation.
- Octavia et Lincoln voudrait rentrer. La coupe Lexa avant que la phrase n'aille plus loin, ce qui l'arrange bien.
- Okay. Je vais les rejoindre. Répond-t-elle en se dirigeant vers le salon, tout en se frottant les bras dans un effort inutile pour se réchauffer.
Une main la retient doucement
- Attend. Dit Lexa tout en s'éloignant légèrement vers les bains de soleil. Elle en revient aussitôt avec une serviette qu'elle passe sur les épaules de Clarke qui cesse de frissonner immédiatement.
La chaleur résiduelle du soleil, qui a tapé toute la journée, imprègne encore le doux tissu. Entre ça, et l'odeur de la lessive de Lexa, une sensation de bien-être l'envahit immédiatement. Un soupir d'aise lui échappe sans qu'elle s'en rende compte.
- Merci Lexa.
Celle-ci hoche la tête.
- De rien. Tu me la rendras la prochaine fois.
Un sourire qu'elle n'arrive pas à retenir s'installe sur son visage et elle se dépêche d'enfiler ses chaussures pour rejoindre les autres. Quelques minutes plus tard, après de rapides aux revoirs, Clarke prend le volant pour ramener ses amis chez eux. Avec soulagement, elle constate que Costia part à leur suite, et d'un coup d'œil dans le rétroviseur, n'assiste à aucunes embrassades entre les deux femmes lorsqu'elles se quittent.
