Bonjour à tous,

Encore (et toujours) un grand merci à ceux qui laisse des reviews (ça fait vraiment plaisir à chaque fois), et à tous ceux qui suivent cette histoire.

Après ce chapitre les publications vont probablement s'espacer un peu, juste le temps que je termine d'écrire la fin. Malheureusement, malgré le confinement et le chômage technique, je n'ai pas plus de temps pour écrire...chercher l'erreur.

Bon ok, en plus des enfants (et ça prend du temps de jouer aux maîtresses croyez moi), j'avoue que je me suis aussi un peu laissé emporter par la lecture d'un roman que j'ai adoré (et le mot est faible) et que je conseil à tous :

Le prieuré de l'oranger de Samantha Shannon

Il n'est pas impossible que je me mette également à écrire sur cet univers dans quelques temps (mais je termine mon histoire avant tout ;)

Bref, si vous l'avez lu, aller le lire, êtes en train de le lire, n'hésitez pas si vous voulez en parler :o)

Sur ce, je vous laisse lire tranquillement ce nouveau chapitre.

Bonne lecture et à bientôt.


CHAPITRE 13


Le lendemain matin, bien décidée à accepter l'offre d'Anya, Clarke prend de nouveau le chemin de la villa de Lexa. Il faut qu'elle récupère cet appareil photo. Le reflex était un cadeau de Lexa, pour leur troisième anniversaire ensemble. Celle-ci plaisantait souvent sur le fait que Clarke devrait se lancer dans la photo plutôt que de vouloir à tout prix suivre ses cours de droit, dans lesquels, sans être mauvaise, elle n'excellait pas non plus. Mais Clarke avait ses principes, elle tenait à faire quelque chose d'utile dans la vie. La photo, c'était du loisir.

Une fois devant la porte, sa main se lève pour frapper, restant un instant en l'air, hésitante. Juste un instant, avant de finalement venir s'écraser sur le bois.

Elle n'a aucun plan. Pas la moindre idée de comment elle va aborder le sujet avec son ex, elle y a réfléchit une partie de la nuit, sans trouver de solution satisfaisante, avant de décider qu'elle avait assez réfléchit, et qu'il faudrait peut être juste agir. C'est une Lexa plutôt décontenancée qui ouvre la porte, surprise de trouver Clarke ici, aussi tôt.

- Salut...tu voulais me ramener la serviette ? Demande-t-elle.

- Heu...à vrai dire j'ai oublié. Enfin, j'ai oublié la serviette. Désolée. Non, je ne venais pas pour ça.

Voyant qu'elle ne fait pas mine de la faire entrer, Clarke jette un rapide coup d'œil derrière elle, pour vérifier que ce n'est pas la présence de quelqu'un, qui empêche Lexa de l'inviter. Ce geste furtif a pour effet de réveiller la jeune femme, qui se secoue littéralement et s'écarte pour laisser la visiteuse s'avancer.

Une fois la porte refermée, Clarke panique soudain, ne sachant absolument pas quoi dire. Ou plutôt comment le dire. Et puis finalement, prend la décision d'être le plus direct possible.

- Anya m'a fait une proposition hier soir. Tu es au courant ?

Un sourcil levé, Lexa croise les bras sur la défensive, s'attendant au pire.

- Visiblement non... marmonne Clarke entre ses dents, avant de prendre une grande inspiration. Et bien, elle m'a, plus ou moins, offert un job. Pour le studio. Un job de photographe.

- Je vois. Dit simplement Lexa en décroisant les bras, semblant se détendre un peu. Elle descend les quelques marches qui mène vers la cuisine, et se retourne une fois en bas. Tu veux boire quelque chose ?

Un peu prise au dépourvu, Clarke acquiesce et rejoint bientôt Lexa autour de la table de la cuisine, un thé froid entre les mains.

- Donc...tu es ici pour récupérer ton Canon.

Stupéfaite, Clarke ouvre la bouche pour acquiescer, avant de la refermer et simplement hocher la tête l'air un peu piteux. Un regard curieux se pose sur elle.

- Comment tu sais que...Commence Lexa avant de s'interrompre... Anya. Evidemment.

- Oui. Elle m'a dit que tu l'avais toujours. Enfin c'est ce qu'elle pense. Vu qu'a priori, je ne suis pas partie avec...

- Non. Effectivement. Tu l'as laissé en partant. Je crois que c'est la chose à laquelle tu tenais le plus au monde, enfin côté matériel je veux dire. Et tu n'y a même pas jeté un regard en faisant ta valise.

Clarke sent un moment d'hésitation chez Lexa, et elle en profite pour s'engouffrer dans la brèche.

- J'étais comment ?

- Pardon ?

- Avant de partir. Raven m'a dit que tu l'avais appelée peu avant, parce que tu me trouvais...différente ? Alors...j'étais comment ?

Son regard se voile, semblant partir dans le passé, des souvenirs douloureux remontant à la surface.

- Je n'aime pas parler de ça...

- Oh, bien sûr pardon. S'excuse Clarke se sentant tout à coup mal à l'aise. Elle joue nerveusement avec la cuillère qui fait tourner les glaçons dans le verre devant elle.

- Tu étais...distante. Au début. Avec Argo tout d'abord, puis rapidement avec moi aussi. Ça a duré quelques jours. Et puis tu es devenue méchante. Tu t'énervais pour rien, lâchant des commentaires désagréables à tout bout de champs. Et quand tu voyais que ça me blessait, tu tentais de faire passer ça sur le ton de la plaisanterie. Mais je savais que tu ne plaisantais pas. Je connais ton humour. Tu n'as jamais fait rire aux dépends des autres. Tu t'éloignais de plus en plus, et à chaque fois que je tentais de te parler, ça se terminais en fiasco. Au bout d'un certain temps, j'ai arrêté d'essayer. Je me suis dit que j'allais te laisser du temps. On était ensemble depuis presque six ans, parfois, les couples connaissent des phases plus compliquées que d'autres.

Le silence s'installe, Lexa n'a pas tourné les yeux depuis le début, son regard toujours fixé sur un point quelconque vers la porte.

- Ça n'a rien changé n'est-ce pas ? Encourage Clarke gentiment pour qu'elle continue.

- Non. Quelques jours après, il y avait cette soirée chez des amis d'Octavia. Bellamy était là...

- Okay, ne va pas plus loin, je connais la suite par Octavia. L'interrompt Clarke, une expression de dégout sur le visage.

Et pourtant, le regard de Lexa vient finalement se planter résolument dans le sien, continuant froidement le récit.

- Je travaillais tard ce jour-là. Je devais te rejoindre là-bas. En arrivant, j'ai senti un malaise immédiatement dans la pièce. Les gens ne s'attendaient visiblement pas à me voir. Et puis tu es arrivée, le bras de Bellamy sur les épaules, riant grassement à une blague qu'il venait de faire. Tu n'as même pas sourcillé quand je t'ai confrontée. Laissant Bellamy jouer au chevalier servant, qui m'a gentiment demandé de te laisser tranquille, comme on était plus ensemble. Il a eu la décence de se retirer et de se faire petit quand il a compris qu'il n'en était rien. On a fini par se quitter, tu es repassée chercher tes affaires le lendemain, et je ne t'ai plus revue. Jusqu'à...l'autre jour, sur le plateau.

Clarke laisse volontairement un blanc, prenant le temps de respirer régulièrement pour s'empêcher d'aller vomir. Une fois qu'elle est certaine que Lexa a fini, et qu'elle se sent capable d'aligner trois mots, elle parle à son tour.

- Je suis partie à Lyon. Chez Raven. J'ai lâché mes études, enchainé des petits boulots alimentaires, lui ai piqué son mec, me suis enfuit à Paris avec lui, et me suis fait pistonner par ma mère pour être...secrétaire médicale ou quelques chose du genre. Voilà. Maintenant j'ai le résumé complet, enfin dans les grandes lignes, de ce qu'a été ma vie ces cinq dernières années. Pas très glorieux hein ?

La question est rhétorique, ou plutôt ce n'est pas à Lexa qu'elle la pose, mais à elle-même. Celle-ci répond tout de même dans un murmure.

- Non. J'imagine que non.

- Est-ce que tu te souviens d'un événement, quelque chose qui aurait pu causer ce changement de comportement ?

Lexa répond d'un vague geste de la tête. Visiblement, il est temps de changer de sujet.

- Merci Lexa. Tu ne sais pas ce que ça représente pour moi. De savoir. Même s'il y a certaines choses qui sont...difficile à apprendre. Au moins, je peux mieux comprendre les réactions des gens autour de moi, et pourquoi tout le monde m'en veut autant. Toi, Anya, Lincoln, Octavia et Raven...on dirait que j'ai tout fait pour me mettre tout le monde à dos. Tout ceux à qui je tenais le plus, juste avant de disparaitre.

- Ouais. Si tu voulais être sûre que personne ne vienne te chercher, c'était clairement la chose à faire.

Être sûre que personne ne vienne la chercher. Ces mots résonnent étrangement en Clarke, et au fond d'elle, elle se dit que c'est ça. La raison de tout ça.

Brusquement, Lexa repousse sa chaise et se lève. Interrompant le fil des pensées de Clarke.

- Bon. Ton appareil est là-haut. Tu viens ?

C'est aussi simple que ça ? Pense Clarke en s'empressant de suivre Lexa dans les escaliers. Celle-ci trace sa route jusqu'à franchir une porte et Clarke s'immobilise un instant avant d'entrer dans ce qui semble être la chambre principale.

Après tout, c'est elle qui lui a dit de venir. Alors elle pousse un peu plus la porte qui s'est légèrement refermée, et jette un coup d'œil curieux.

Un lit king size, impeccablement fait, est installé devant le mur de droite. En face, une longue commode longe la quasi-totalité du mur, juste au-dessous d'une immense baie vitrée révélant une vue à couper le souffle sur les montagnes et le lac. Et au fond, on aperçoit un petit fauteuil juste devant la penderie qui court le long du quatrième mur. Lexa fouille nonchalamment dans un tiroir, ignorant Clarke qui s'avance, les yeux rivés sur la vue.

- Whaou, c'est magnifique Lexa. Ne peut-elle s'empêcher de dire.

La brune s'interrompt un instant, tourne deux yeux curieux vers Clarke, presque étonnée de la voir ici.

- Mmmmh, oui. L'argent à parfois quelques avantages.

- Quelques avantages ? S'exclame Clarke malgré elle, en revisitant la maison mentalement, et en en faisant l'impressionnant inventaire.

- L'argent ne fait pas le bonheur Clarke. Parfois c'est même une malédiction. Ce n'est heureusement pas le cas pour moi. Ajoute-t-elle en se replongeant dans ses recherches.

Clarke se tourne vers elle, l'observant un bref instant avant de regarder elle aussi dans l'immense tiroir que Lexa a ouvert. Elle jurerait avoir reconnu l'album photo qu'elle avait fabriqué et où se trouve pléthore de ses portraits.

La jeune fille finit par en tirer un objet noir relativement volumineux que Clarke reconnait immédiatement. Elle hésite un instant, et s'en empare avidement lorsqu'on lui tend l'appareil.

- Je ne l'ai pas vidé. Ajoute Lexa pendant que Clarke enlève instinctivement le cache et porte l'appareil à hauteur du visage.

- Pas vidé ? Demande Clarke sans comprendre.

- La pellicule, elle date d'il y a cinq ans.

Le sourire de Clarke disparait tandis qu'elle redescend lentement l'appareil au niveau de la taille.

Lexa fait un discret geste de la tête, sans autre signification qu'une vague tristesse à ce souvenir.

La photographe remet le cache en positon et met l'appareil en bandoulière.

- Tu avais besoin d'autre chose Clarke ?

Clarke sait reconnaitre quand quelqu'un la congédie. Elle ne veut pas partir. Elle veut retirer cet air triste du visage de la femme qu'elle aime. Elle se retient de tendre la main pour venir caresser tendrement sa joue. De toutes ses forces, elle se retient. Mais Lexa a donné beaucoup aujourd'hui. Et semble déjà à bout alors que l'on est que le matin. Elle a probablement une longue journée qui l'attend. Alors Clarke secoue lentement la tête.

- Je ne sais pas comment te remercier.

- Pourquoi ?

- Et bien pour commencer, pour ça. Fait-elle en montrant le Canon qui pend dorénavant à son cou.

- Tu n'as pas à me remercier pour ça. C'est à toi.

- Et pour...m'avoir parlé aussi.

- J'imagine qu'il n'y avait que moi qui pouvais...combler le trou dans ton histoire. J'espère que tu vas...

Elle s'interrompt, que peut-elle bien souhaiter à Clarke ? De guérir ? Mais si c'est le cas, ne va-t-elle pas retrouver ses souvenirs et redevenir...celle qui l'a fait souffrir ?

- Je vais y aller. Encore merci Lexa. Fait-elle en s'approchant pour lui déposer un rapide baiser sur la joue, avant de s'éclipser.

Un peu interdite, Lexa reste figée un moment avant de poser la main sur sa joue, à l'endroit où les lèvres de Clarke laissent encore une marque brulante.

La porte de la salle de bain claque un peu alors qu'elle sort tranquillement, un sourire soulagé sur le visage.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Demande Octavia, encore endormie, en se frottant les yeux comme une enfant. C'est l'idée d'aller bosser pour les Wood qui te fait sourire comme ça ?

- Je ne suis pas enceinte. Lâche tranquillement Clarke.

Les yeux soudains bien ouvert, Octavia semble blanchir à l'affirmation.

- Parce que c'était une éventualité ? Demande-t-elle nerveusement, un peu plus fort qu'elle ne l'aurait voulu.

Un haussement d'épaule lui répond.

- J'en sais rien. Je suppose. Mes souvenirs ne remontent qu'à une dizaine de jours, j'aurais très bien pu d'après ce que je sais. Si ça se trouve, Finn et moi on a...un grimace de dégout vient terminer la phrase aussi bien que si elle l'avait fait elle-même. Cela n'aurait fait que rendre inextricable une situation déjà bien compliqué. Bref, je ne suis pas enceinte.

- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?

- Essentiellement parce que je ne voulais pas y penser...surtout pas. J'aurais jamais eu la force de faire un test ou quoi que ce soit. J'ai prié tout ce que je pouvais pour que ce ne soit pas le cas. Affaire réglée. Enfin, il n'y a même pas d'affaire. Tant mieux.

Octavia semble se détendre, étrangement, la pensée même que ça aurait pu être une éventualité semble la perturber plus que de raison.

- Bien. Tant mieux oui. Tu devrais te préparer. Tu ne voudrais pas être en retard pour ton premier jour de travail.

Deux heures plus tard, Clarke se trouve à l'entrée de Studiopolis. Le tournage se déroule en studio aujourd'hui, et Clarke va enfin en savoir plus sur le genre de film que réalise Lexa. Jusqu'ici elle n'a eu que peu d'information. Il faut avouer qu'elle n'a pas abordé le sujet et elle s'en mord les doigts. Elle était tellement focalisée sur elle-même et tout ce qu'il lui arrivait qu'elle en a « oublié » de poser des questions à la réalisatrice sur son travail actuel.

Il parait qu'elle est douée dans ce qu'elle fait, sans surprise. Lexa a toujours été douée dans tout ce qu'elle entreprenait. Etant plutôt du genre à ne pas tenter quelque chose qu'elle n'est pas sûre de réussir, il n'y a pourtant pas grand-chose qu'elle ait refusé d'essayer.

Clarke fait le pied de grue pendant que Nyko part chercher Anya. Il a beau savoir que la nouvelle recrue connait la famille Wood, il a tout de même préféré jouer la sureté en lui demandant d'attendre à l'entrée.

La productrice arrive quelques minutes plus tard, accompagnée d'une grande blonde aux cheveux longs que Clarke n'a jamais vus. Elle a des yeux verts et un regard bienveillant qu'elle pose tranquillement sur la jeune photographe.

- Bonjour Clarke. Fait Anya d'une voix tout ce qu'il y a de plus professionnelle. Voici Niylah, c'est l'assistante réalisatrice. C'est elle qui va te faire faire le tour aujourd'hui, j'ai un impératif. Je suis désolée.

Un peu prise au dépourvu, Clarke reprend vite contenance pour saluer poliment la nouvelle venue.

- Enchantée. Répond-t-elle sur le même ton employé par la productrice l'instant d'avant.

Un sourire franc et chaleureux lui répond sans attendre. Niylah attrape la main de Clarke pour la serrer énergiquement.

- Bienvenue. On y va ? Celle-ci a beaucoup de chose très ennuyeuses à faire. On ne doit pas lui faire perdre son temps... balance-t-elle railleusement en entrainant Clarke à sa suite, ne lui ayant pas lâché le bras.

L'inquiétude peint légèrement les traits de Clarke qui se tourne vers Anya, tout en se laissant entrainer malgré elle. Elle a juste le temps d'apercevoir la productrice lever les yeux au ciel avant de disparaitre dans un bureau adjacent.

Une fois un peu plus loin, Niylah lâche finalement Clarke, et ralenti un peu l'allure, engageant la conversation.

- Alors, je te fais faire le tour du studio, rencontrer un peu tout le monde, et je te lâche. Pour aujourd'hui, Anya ne veut qu'une série de clichés « behind the scene ».

- OK. Mais avant tu peux me parler du film en lui-même ? Je n'ai aucune idée de quoi ça parle...

- Tu n'es pas amie avec Lexa ?

- Heu...si. Avoue-t-elle un peu honteusement.

Niylah affiche une moue un peu suspicieuse, mais n'insiste pas.

- Donc, c'est l'histoire d'une fille, qui arrive à l'université, et se retrouve en coloc avec une autre fille, qui se trouve être l'héritière d'une grande entreprise. Elles apprennent à se connaitre petit à petit, et tombent amoureuses...

- Alors c'est une histoire d'amour ? La coupe Clarke en levant un sourcil.

- Hum...oui. Mais derrière tout ça, il y a une énigme policière, et d'autres choses. Enfin je ne vais pas te spoiler, tiens, voilà un scénario. Lis-le.

Deux yeux bleus parcourent la couverture du pavé maintenant entre ses mains. S'arrêtant avec curiosité sur le nom tout en bas.

« Ecrit par Lexa Wood »

- Lexa écrit ? Ne peut-elle s'empêcher de demander.

- A ma connaissance, juste ce scénario. Il est librement inspiré d'un roman. Je crois qu'elle connait l'auteur. Je n'ai pas les détails.

Tout en parlant, les deux femmes se rapprochent petit à petit du plateau où les acteurs principaux tournent. Clarke est présentée officiellement aux techniciens, et quelques acteurs secondaires qui trainaient autour du buffet.

Et soudain, une voix lui faire faire volt face, et Lexa apparait, discutant avec une jeune fille brune très jolie. Un sentiment de jalousie lui enserre immédiatement la poitrine. Sentiment qui s'efface aussitôt lorsque Lexa tourne la tête vers elle et la repère. Le sourire timide qui lui est adressé balaye toutes émotions négatives en un instant.

Comme la première fois, Lexa a planté un crayon dans ses cheveux pour les retenir. Elle porte une chemise aux manches retroussées, et à moitié ouverte, qui laisse apparaitre le haut de son débardeur décolleté. Clarke tente péniblement de se reconcentrer sur un point un soupçon plus haut, tandis que la réalisatrice s'approche.

Clarke fait un pas en avant, sa main se lève, prête à venir libérer la chevelure brune de son entrave de bois. Ses doigts s'emmêlent dans les boucles tombant en cascade le long de la nuque. Tout en repoussant l'étoffe légère sur son épaule (qui semble de toute façon de trop, considérant la chaleur sur le plateau) ses lèvres viennent capturer avec empressement la bouche qui s'offre à elle. D'un autre pas, elle l'accule à la table derrière elle, laissant ses mains se promener librement, pendant qu'elle trace de ses lèvres, les contours de sa mâchoire pour terminer sa course sur son cou.

Une brusque bourrade la fait subitement revenir sur terre. Lexa est là, à portée de bras. Mais Clarke n'a pas bougé. Et seule la réactivité de Niylah l'empêche de faire quelque chose d'inapproprié à cet instant. Pour autant, aucun son ne semble capable de franchir ses lèvres.

- Ça y est ? Tu es des nôtres ? Demande gentiment Lexa, ignorant l'air hébété de la photographe en face d'elle.

Un simple hochement de tête est la seule chose que Clarke est capable de faire à l'instant. Puis elle respire profondément, le plus discrètement possible, afin de se redonner une contenance.

- Oui. Merci. Je vais commencer à travailler, maintenant que Niylah m'a fait faire le tour du propriétaire. Elle lâche un sourire crispé et s'enfuit presque, vers un coin du plateau qu'elle n'a encore pas visité. Peu importe, tant qu'elle s'éloigne.

Il n'en fallait pas beaucoup visiblement. Dès que Lexa lui a témoigné un peu d'intérêt, toutes ses pulsions ont refait surfaces. Adossée contre une paroi, elle respire profondément plusieurs fois, attendant que ses mains cessent de trembler.

Une fois calmée, elle se saisit de son appareil pour commencer à mitrailler tout ce qui passe à portée d'objectif. Sa tentative désespérée pour se concentrer sur autre chose, que sur la magnifique réalisatrice qui lui a fait perdre tous ses moyens, fonctionne à merveille. Au bout de cinq minutes, elle est focalisée sur les jeux de lumières, repère les acteurs principaux, et commence le travail pour lequel, elle espère ne décevoir personne.

C'est seulement au bout d'une bonne heure, après avoir enfin réussi à canaliser ses émotions, que Clarke se sent capable de retourner voir le tournage de près. Après tout, pour des photos « behind the scène », les techniciens c'est sympa, mais le public veut voir les acteurs. Elle s'approche donc doucement du plateau d'où venait Lexa un peu plus tôt.

Là, elle repère l'actrice brune qui était avec Lexa un peu plus tôt. Le plateau représente un appartement luxueux, et il semblerait que les protagonistes soient en train de pic niquer au milieu du salon. Lexa discute avec une petite blonde assise par terre, tout en lui donnant des indications sur la scène. Les deux actrices boivent les paroles de la réalisatrice, complétement hypnotisées par elle. Et Clarke ne peut pas les blâmer, elle a tellement de magnétisme, c'est difficile de lui résister.

Profitant du fait que personne ne fasse attention à elle, Clarke réussi à faire une série de cliché qu'elle espère réussi.

Il est tard, mais dans cette pièce, le temps n'a pas d'emprise. L'absence de fenêtre, la lumière rouge, l'odeur des produits chimiques. Tout ça lui rappelle beaucoup de souvenirs. D'un geste assuré, elle sort une autre photo du bac de fixateur. Photo qui rejoint la dizaine d'autres qui sèche encore sur le fil traversant la pièce. Plongée dans l'observation de son œuvre, elle ne remarque pas le froissement, du lourd rideau de velours, qui sert de sas à l'entrée.

- Tu es sensée prendre des photos des acteurs...

Clarke sursaute légèrement et se retourne pour trouver Lexa, qui observe avec curiosité les photos la représentant. Celles-ci sont étalées un peu partout dans le laboratoire. Sans sourciller, elle se remet au travail, sortant une autre photo du bac, qui rejoint inlassablement les autres au séchage.

- Je sais, dit-elle d'une voix assurée, mais en évitant délibérément le regard vert, qui la cherche avec insistance. Je n'ai jamais pu m'en empêcher...tu as toujours ce regard... intense.

Elle termine sa phrase en levant finalement les yeux, qui se retrouvent immédiatement plongés dans ceux de Lexa qui ne la quittent pas. Ils n'y restent qu'une seconde. Irrémédiablement attirés par les lèvres pleines, légèrement plus bas. Se retrouver au milieu de la nuit, dans une pièce sombre, avec la femme qu'elle désire plus que tout au monde, mauvaise idée. Toute pensée cohérente vient officiellement de quitter son esprit. Il faut dire que fantasmer une bonne partie de la soirée sur les photos qui les entoure à présent, n'a rien fait pour arranger les choses.

- Clarke...commence Lexa comme une mise en garde, quand celle-ci fait mine d'avancer d'un pas.

Entendre son nom claquer de la sorte, lui provoque une montée de frissons le long de la nuque. Elle se reprend, une nouvelle fois.

- Les photos sont sur le bureau d'Anya. Je les ai déposées il y a...elle fait une pause pour consulter sa montre. Whaou, déjà bientôt une heure du mat ? Je n'ai pas vu le temps passer.

Lexa acquiesce doucement.

- Aller vient, je te raccompagne. Tu dois aller te reposer.

- Je range et j'arrive. Répond-t-elle en commençant à vider les bacs. Du coin de l'œil, elle repère l'autre femme qui s'affaire de son côté. Elle non plus n'a rien oublié. Et en quelques minutes, le labo est de nouveau comme neuf. Si ce n'est les quelques photos qui pendent encore avec leur pince à linge. Clarke se souvient, que Lexa ne touchait jamais ses photos avant elle. Les habitudes ont la vie dure.

Elle regroupe les clichés dans un tas, rangé par ordre de préférence. La meilleure au-dessus. Toujours. On y voit Lexa, un peu à contre-jour, concentrée pour expliquer un aspect particulièrement difficile à ses actrices. Elle y parait sérieuse, mystérieuse, presque dangereuse. En tout cas, majestueuse. Clarke referme la pochette dans laquelle elle a glissé les photos, et fait signe à Lexa qu'elle est prête.

Le trajet jusqu'au parking se fait dans le silence le plus total entre les deux femmes. Clarke, tentant d'orienter ses pensées vers un terrain moins dangereux, que ce qui pourrait se passer à cette heure, dans ces couloirs vides et sombres. Et Lexa, semblant perdue dans un autre monde, loin, très loin d'ici.