Chapitre 13.
Après le départ du capitaine la veille, Megumi avait installé Asagi dans sa chambre. Et à la demande d'Asagi, elle s'était posée à côté d'elle pour dormir. Une sage décision car dans la nuit Asagi s'était réveillée en sursaut et Megumi avait pu intervenir directement pour la rassurer. L'annonce d'une série de nuits compliquées, sa plaquette de somnifères étant terminée.
Au petit matin, Megumi remarqua les traits tirés de son amie. Elle comprit qu'elle ne s'était pas rendormie après son cauchemar.
Elles prirent toutes les deux un petit-déjeuner puis Megumi lui annonça qu'elle ne pouvait pas rester aujourd'hui, les cours ayant repris.
- Bon Asagi, je vais à l'académie mais n'hésite pas à m'appeler ou à venir si tu as besoin de quelque chose. Je repasserai ce soir.
Au moment où elle se dirigeait vers la porte, quelqu'un sonna. Elles échangèrent un regard. Le cœur d'Asagi s'emballa.
Megumi alla ouvrir. Et la porte laissa apparaître trois jeunes shinigamis.
- Chiyo-san ? s'étonna Asagi.
- Komorebi-sensei ! s'exclama la plus jeune du groupe. Désolée de vous déranger, on venait voir comment vous alliez.
Asagi aperçut deux autres shinigamis derrière. Elle reconnut tout de suite le petit groupe.
- Entrez les filles, dit-elle.
Megumi observa l'échange entre son amie et ses anciennes élèves. Une chose ne lui avait pas échappée, c'est la petite déception qu'elle avait vue sur le visage d'Asagi en voyant qui étaient les visiteurs, ou du moins qui ce n'était pas. Ça y est, elle est accro... se dit-elle.
- J'y vais Asagi, lança-t-elle. À ce soir !
- À ce soir Megumi. Passe le bonjour à l'équipe.
- Alors, comment vous allez vous trois ? Ça me fait bizarre de vous voir en uniforme… leur dit-elle en les installant dans son salon.
- Ça se passe bien, on n'a pas le temps de s'ennuyer ! Entre les entrainements et les corvées de la division, on n'a plus une minute à nous, se plaignit Saya, la plus grande des trois.
- Oui j'ai entendu dire que les emplois du temps à la 6e division étaient bien chargés… lui répondit Asagi.
- Personnellement je ne m'en plains pas, continua Mariko, la troisième du groupe. Après 7 ans passés le cul sur les bancs de l'Académie, ça fait du bien de voir du concret.
- Mariko-san ! Excusez-la Komorebi-sensei, intervint Chiyo.
Asagi sourit à la remarque. Dire que je pensais exactement pareil à la sortie de l'académie et qu'aujourd'hui c'est moi qui raconte tout ce blabla dont elles parlent.
- Vous pouvez m'appeler Asagi maintenant, vous savez. Et me tutoyer, leur dit simplement l'enseignante. En tout cas je suis contente que tout se passe bien pour vous à la 6e. Il faudra que j'y aille à l'occasion pour remercier votre capitaine, pour son intervention hier… dit Asagi en baissant la tête.
- Elle n'avait pas à faire ça vous savez, dit Mariko. Ce qu'elle vous a dit, c'était vraiment déplacé. On en a beaucoup parlé entre nous après, avec ceux de notre promo. Vous avez fini sur un lit à la 4e faudrait pas l'oublier. J'ai en mémoire certains profs qui n'en auraient pas fait autant ! finit Mariko en croisant les bras sur sa poitrine.
Asagi eut un petit sourire triste. Pensaient-elles au même prof ? Quelque part elle se sentait triste que leurs étudiants ne puissent avoir la même confiance envers tous ses collègues. Elle profita du silence qui s'était installé pour leur servir du thé. Elle chercha ensuite un nouveau sujet de conversation à lancer quand une des étudiantes le fit pour elle :
- Chiyo a un faible pour le capitaine !
- Saya-san ! hurla la deuxième. Ce n'est pas vrai Komorebi-sensei ! se défendit-elle en piquant un fard.
Et il n'en fallu pas plus à Asagi pour exploser de rire.
Après le départ des filles, Asagi se sentit plus légère. Elle se mit à faire un peu de ménage dans son appartement mais rapidement elle se retrouva sans rien à faire. Elle s'installa ensuite à son bureau pour préparer et relire ses cours. Rapidement son esprit divagua sur ses élèves et surtout sur ceux qu'elle ne reverrait plus. Alors elle plia ses affaires et se posa sur son canapé avec un livre et une tasse de thé. Cela eut le mérite de bloquer ses pensées à propos de l'école mais d'autres prirent la place. La visite de Tetsuya à l'hôpital la troublait. Après 30 années de silence il refaisait surface, et pas à n'importe quel moment. Cela l'inquiétait énormément. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Ça n'a aucun sens… Elle se remémora la dernière fois où ils s'étaient vus. Elle frissonna. Il avait été très clair sur ses menaces. Et depuis elle avait tout fait pour rester en dessous des radars et se faire oublier. Peut-être cherche-t-il à me faire revenir… La tête lui tourna. Non, jamais elle ne reviendrait ! Rien que de savoir qu'elle avait été sa complice pendant si longtemps la rendait malade. Sa respiration s'accéléra et son reiatsu s'anima. La crise de panique devint si forte qu'elle se mit à suffoquer.
Ses oreilles commencèrent à bourdonner et sa vision se troubla. En son monde intérieur, Shirotaka s'efforçait de lui parler pour la calmer mais elle ne l'entendait pas. La crise était tellement puissante qu'elle avait bloqué tout ce qu'il se passait autour d'elle.
Elle ne pouvait pas non plus entendre la voix qui l'appelait depuis l'extérieur de son appartement. Ni le fracas qui suivit quand la personne enfonça la porte.
- Asagi ! appela son collègue. Asagi c'est moi, tout va bien, tu es en sécurité.
Isamu Nobu la prit dans ses bras pour la faire revenir à la réalité. Il n'était pas familier avec ce genre de crise, mais il se doutait bien qu'elle ne pouvait pas l'entendre. Alors il se contenta de la tenir dans ses bras et de lui parler en attendant qu'elle revienne à elle. Cela dura quelques minutes, qui lui parurent des heures, puis il sentit son reiatsu se calmer et sa respiration devenir plus profonde.
Il sut qu'elle était revenue à elle quand il la sentit s'agripper à lui et qu'il l'entendit pleurer. À nouveau, il la tint dans ses bras, lui caressa la tête, lui donna des paroles réconfortantes. Silencieusement, il se mit lui-aussi à pleurer…
Une fois qu'Asagi se retrouva vidée de toutes ses larmes, elle se redressa. Isamu desserra son étreinte. Il continua toutefois à lui caresser le dos.
- Merci, lui dit-elle.
- Je t'en prie.
Elle le regarda droit dans les yeux, puis vint poser sa tête sur son épaule.
- Je suis là si tu veux en parler tu sais, lui souffla Isamu.
Il la sentit se crisper. Elle ne dit rien, ce qui eut le mérite d'alarmer son collègue. Il ne creusa pas plus le sujet, se disant que ça n'arrangerait pas la situation. Il lui demanda :
- Tu as faim ?
Elle lui répondit par un haussement d'épaules et misérablement, elle lui dit :
- Tu n'as pas à faire ça tu sais…
Isamu ne lui dit pas que la demande venait de Megumi. Après tout, il n'avait pas hésité à venir prendre soin d'elle. Lui avait sa femme, Asagi avait ses collègues. Alors il se dirigea vers la cuisine et se mit en quête de leur préparer quelque chose à manger.
Après avoir mangé, il demanda à Asagi d'aller se reposer.
- Je ne suis pas sûre de vouloir dormir…
- Je serai à côté ne t'en fais pas.
Quand Asagi fût installée dans sa chambre, Isamu alla passer un coup de fil à sa collègue.
- Isamu ? Tout va bien ? s'alarma Megumi.
- Pas vraiment… Quand je suis arrivé, elle était en pleine crise de panique.
- Merde, souffla-t-elle. Elle a dit quelque chose ensuite ?
- Non. Megumi, j'ai l'impression que la crise n'était pas vraiment liée au hollow. Je veux dire, j'étais là, alors elle m'en aurait parlé tu ne crois pas ? Surtout qu'on en avait déjà discuté à la 4e division. Mais là, quand j'ai voulu lui poser la question, elle s'est tout de suite fermée. Je ne sais pas quoi faire…
Megumi resta silencieuse un moment. Elle avait l'intuition que la crise était liée à ce Tetsuya. Mais impossible pour elle d'en parler à Isamu. C'était à Asagi de décider qui pouvait être au courant de leur histoire. Elle se souvint alors que le capitaine de la 9e l'avait déjà croisé. Peut-être que… Elle va me tuer.
- Megumi ? Tu es toujours là ?
- Oui Isamu. Est-ce que tu peux rester avec elle jusqu'à ce que je rentre ?
- Oui, sans problème.
- Ok je te rejoins après mon service alors.
À l'académie.
Après avoir raccroché avec Isamu, Megumi se dit qu'il fallait impliquer quelqu'un d'autre dans le rétablissement d'Asagi. Parce que même avec Isamu, elle savait qu'ils ne pourraient pas l'aider sur le problème Tetsuya, qui semblait revenir sur le tableau.
C'est pourquoi en se dirigeant vers le bureau du directeur de l'académie, elle avait quelqu'un de particulier en tête.
- Kairyuu-senpai, vous êtes là ? dit-elle en toquant à la porte.
- Oui Sanori-san, entrez.
Une fois dans le bureau, elle ne perdit pas de temps pour mettre son plan en route.
- Kairyuu-senpai, j'aurai besoin d'un service.
- Je vous écoute…
- C'est à propos d'Asagi, commença-t-elle.
- Qui y-a-t-il ? s'alarma-t-il.
Comme à chaque fois en ce qui concernait Asagi, le directeur devenait souvent très inquiet. Je me demande s'il est au courant de quelque chose à propos du passé d'Asagi… Mais elle ne s'attarda pas à lui demander.
- Je crois que toute cette histoire l'a beaucoup plus touchée que ce que je pensais. Et j'aimerai faire plus…
- Je ne comprends pas. Vous et Isamu Nobu prenez bien soin d'elle d'après ce que j'ai compris… Que voulez-vous faire de plus ?
- Et bien je crois que parler avec quelqu'un qui était avec elle ce jour-là pourrait plus l'aider.
- Mais Isamu Nobu était là je vous rappelle, et il est allé parler avec elle à la 4e division. D'ailleurs il est même avec elle en ce moment si je ne m'abuse…
Comment peut-il être au courant…
- Oui je sais bien mais, apparemment ça n'a pas suffi. Elle fait toujours des cauchemars et des crises d'angoisse…
- Mais que voulez-vous à la fin Sanori-san ? Allez droit au but parce que je ne comprends pas ce que vous voulez me demander.
- J'aimerais que le capitaine Muguruma aille la voir.
Le directeur, l'air suspicieux, ne répondit pas tout de suite.
- Vous savez qu'on ne dérange pas un capitaine sur un coup de tête.
- Oui je sais mais…
- Sanori-san, est-ce vraiment nécessaire ?
Megumi fût surprise de sa réaction. Elle ne trouva rien à répondre devant son agacement clairement affiché. Elle le vit soupirer.
- Sanori-san, que nous soyons bien d'accord, il s'agit d'aider Komorebi-san sur ce qu'il s'est passé la semaine dernière. Et rien d'autre n'est-ce pas ? insista-t-il en la regardant.
Megumi le dévisagea. Il est au courant pour le passé d'Asagi. Mais était-ce si surprenant ? Après tout, pouvait-on vraiment cacher des choses au directeur de l'Académie des shinigamis ? D'ailleurs, il avait percé à jour les intentions de Megumi dès le début
- Sanori-san, reprit-il plus tranquillement. Je comprends que vous vous inquiétez pour votre amie, mais il y a certaines choses dont nous ne pouvons pas nous occuper. Ni vous, ni moi, lui dit-il en la regardant droit dans les yeux.
Et à ce moment-là, Megumi comprit que le problème Tetsuya était bien plus important qu'elle ne l'avait imaginé. Asagi lui avait fait comprendre que cette histoire était liée à son ancien poste dans la 1ère division. Mais elle ne s'était jamais confiée entièrement, se rendit-elle compte. Pourtant elle voulait absolument faire quelque chose pour son amie.
- Le capitaine Muguruma, lui pourrait, souffla-t-elle.
Le directeur s'enfonça dans son siège. Une main sur le menton, il semblait réfléchir. Megumi sentit qu'elle avait marqué un point. Elle en profita.
- Ne pensez-vous pas que cette histoire a assez duré ? Et puis, reprit-elle après un bref silence, si Asagi ne souhaite pas le mêler à cette histoire, elle ne lui dira rien. Ce sera son choix.
- À ses mots, le directeur se redressa. Il avait visiblement pris sa décision.
- Que l'on soit d'accord, vous irez uniquement le voir sur le motif que votre collègue a besoin d'aide pour soigner son traumatisme. Personne ne doit être au courant de notre discussion. Je dis bien, personne. Pas même Asagi. Si elle a des soupçons, vous devrez la convaincre que vous n'avez pas fait appel au capitaine Muguruma à propos de son passé, mais bien par rapport à l'incident de la semaine dernière. Il faut à tout prix éviter que cette histoire remonte à la surface.
- Bien, Kairyuu-senpai, dit-elle avant de partir.
Au pire j'ai une excuse toute prêtre pour Asagi si elle a des doutes, pensa-t-elle. La convaincre que je voulais lui arranger un rencard ne sera pas trop difficile à lui faire croire…
Trouver la 9e division ne lui posa pas de souci particulier. Idem pour trouver le bureau de son capitaine. Il lui avait suffi de tomber sur une âme charitable. Le shinigami qu'elle avait rencontré plus tôt s'était fait un plaisir de l'accompagner. Une fois devant le bureau elle le remercia d'un sourire et d'un battement cil. Puis elle toqua à la porte.
- Entrez, fit une voix grave.
Elle ne se le fit pas dire deux fois.
Quand Kensei releva la tête pour voir de qui il s'agissait, il fut tout d'abord surpris. Il avait reconnu la collègue d'Asagi mais ensuite il se dit que sa visite n'était peut-être pas bon signe, du tout.
Megumi le vit se lever d'un bond avec de l'inquiétude plein les yeux.
- Est-ce que… commença-t-il.
Comprenant immédiatement ce à quoi il pensait, elle le coupa :
- Non, non, tout va bien, lui dit-elle en levant les mains. Enfin…
Maintenant qu'elle était devant le capitaine, elle allait devoir la jouer fine. Elle fit un bref scan de son bureau avant de se mettre à parler, et vit qu'ils n'étaient pas seuls. À sa gauche, assis derrière son bureau, un jeune shinigami brun la regardait elle et son capitaine tour à tour. À sa droite elle pouvait voir une tête avec des cheveux verts dépassée d'un canapé.
Mais rapidement, Megumi reporta son attention sur le capitaine. Elle voulut lui expliquer la raison de sa présence mais se ravisa en pensant que la conversation risquait d'impliquer un certain Tetsuya.
Kensei perçut son hésitation.
- Hisagi, Mashiro, vous voulez bien nous laisser une minute.
Megumi vit le jeune brun, qui portait un badge de lieutenant, sortir sans poser de questions. Pour la dénommée Mashiro, ce fût plus compliqué.
- Kensei ! On peut savoir qui c'est d'abord ?!
Mais ses plaintes furent stoppées net par un regard noir venant de son capitaine. Megumi vit la jeune shinigami s'étonnée de la réaction de son supérieur.
- Pff, t'es pas drôle quand tu t'y mets… dit-elle en sortant.
Une fois seuls, Kensei indiqua à Megumi de s'asseoir sur le canapé que sa lieutenant venait de quitter. Il prit place sur celui d'en face.
- Je vous écoute, dit-il.
- Je… Asagi ne va pas bien.
Elle marqua une pause, puis ajouta :
- Pour être honnête ça m'inquiète beaucoup. Je ne l'ai jamais vue dans cet état. Et je ne sais pas quoi faire.
Kensei ne répondit pas tout de suite. Faisait-elle allusion à l'ancien collègue d'Asagi en disant cela ? Ou seulement à la perte de ses étudiants ? Kensei la vit se mordre la lèvre, signe qu'elle se retenait de lui dire quelque chose. Qu'est-ce qu'elle cherche à me dire ?
Il décida de creuser un peu plus.
- Pourquoi être venue me voir ? Ne le prenez pas mal, mais je ne vois pas en quoi je pourrais aider votre collègue. Si c'est pour l'aider dans son traumatisme, vous auriez mieux fait d'aller voir la 4ème division.
La réponse sembla la désarçonner. Megumi pensait qu'il serait assez facile de le convaincre. Elle s'était trompée. Mais elle ne pouvait pas risquer de tout lui dire.
- C'est-à-dire que… Comme vous étiez ensemble à ce moment là j'ai pensé que vous seriez celui avec qui elle pourrait le mieux en discuter, improvisa-t-elle.
- Pourtant elle était avec son collègue aussi.
Okay il ne va pas me faciliter la tâche… pensa-t-elle.
- En fait, le collègue en question et Asagi ne gèrent pas la chose de la même manière. Je crois que Nobu-sensei a déjà accepté le fait qu'il n'aurait rien pu faire de plus. Pour Asagi c'est une autre histoire. Elle se sent vraiment coupable… C'est comme si elle les avait elle-même envoyer se faire tuer lors d'une mission.
L'allusion a son rôle de capitaine était très bien trouvée. Kensei comprit à la même occasion qu'il n'aurait pas d'informations de la part de cette femme. Une amie loyale.
- Et vous pensiez qu'ayant moi-même vécu la même chose je serais plus en mesure de l'aider ?
Megumi sauta sur l'occasion.
- Oui.
Il soupira.
- J'irai lui parler. Mais je ne vous promets rien.
Megumi approuva d'un hochement de tête.
- Merci, vraiment.
Ils se levèrent et Megumi se dirigea vers la sortie.
- Au fait, comment vous vous appelez ?
Megumi se retourna, surprise.
- C'est vrai qu'on ne s'est même pas présenté… Megumi Sanori, lui dit-elle.
- Asagi a de la chance de vous avoir comme amie, lui répondit-il.
Elle sourit à la remarque puis sorti du bureau.
Note de l'auteur :
Je sais, ça fait longtemps... J'ai eu pas mal de choses à faire dernièrement mais je n'ai pas oublié ma petite story. Soyez juste patients ;)
Oh et bonne année !
