Chapitre 14.

Est-ce que les zanpakuto des shinigamis peuvent entrer dans le monde intérieur de leur collègue ? On va dire que oui.

Après la visite de Megumi, Kensei décida de passer voir Asagi dans la soirée, après son travail. Il avait bien compris que ses problèmes étaient liés au retour de son ancien collègue plutôt qu'au désastre dans le monde réel. Ce qui l'embêtait dans l'histoire c'est que ni Asagi, ni sa collègue, ni même Shinji ne lui avaient appris quoi que ce soit sur ce type. Et surtout, ce n'était pas ses affaires. Il n'avait pas pour habitude de se mêler des histoires de quelqu'un d'autre, tant que la personne ne lui en avait pas fait la demande. Pourtant il voyait bien qu'Asagi était en difficulté, mais était-ce vraiment son rôle d'intervenir ?

- Tu te poses trop de questions, résonna la voix de Tachikaze. Va la voir. Demande-lui si elle a besoin de ton aide. Au mieux, elle te dit oui et on va botter le cul de l'autre con, au pire elle t'envoie bouler et au moins on est fixé.

- Ça parait tellement simple résumé comme ça, répondit Kensei avec un petit sourire. Mais je suis d'accord avec toi.


C'est ainsi qu'il se retrouva devant l'appartement d'Asagi quelques heures plus tard. Il allait toquer pour entrer jusqu'au moment où son regard se posa sur la poignée. Il vit que la porte était défoncée. D'instinct, il dégaina son sabre et poussa discrètement la porte de l'épaule. Il décida d'avancer prudemment dans l'appartement en jetant plusieurs coups d'œil au fur et à mesure.

En tournant la tête, il vit Isamu Nobu installé sur le canapé du salon. Il fronça les sourcils.

- Oh ! C'est vous, s'exclama Isamu en s'apercevant de sa présence.

Kensei balaya le reste de l'appartement du regard. Ne sentant aucun danger, il rengaina.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il en montrant la serrure du regard.

Il vit Isamu, baisser les yeux.

- J'ai dû enfoncer la porte en arrivant. Asagi faisait une crise, et comme la porte était verrouillée... Il laissa sa phrase en suspens. J'avoue être un peu dépassé, souffla-t-il.

- Racontez-moi, dit Kensei en s'asseyant en face de lui.

- Je ne sais pas trop quoi vous dire. On a déjà beaucoup discuté à propos de l'attaque de Karakura. Mais tout à l'heure, j'ai eu l'impression qu'elle faisait une crise de panique. Ce que je ne comprends pas, parce que ce hollow est mort non ? C'est bien vous qui l'avez tué ? Alors pourquoi aurait-elle des angoisses ?

- Elle revit peut-être la mort de ses étudiants ? proposa Kensei.

D'où lui vient son assurance sur les cauchemars d'Asagi ?

- Je ne pense pas… On, elle ne les a pas vu mourir, se reprit-il. Personnellement, ce n'est pas le genre de cauchemar que je fais, avoua-t-il doucement.

Ok le mec compare ses cauchemars à ceux d'Asagi. Mais lui n'a pas combattu le hollow alors qu'Asagi a failli y rester… Il posa les coudes sur ses genoux pour réfléchir. À côté, Isamu reprit ses explications.

- Et puis… Quand la crise est passée, elle n'a rien dit. On était là-bas tous les deux, quand on a découvert les corps, quand on a cherché nos étudiants. Elle m'aurait parlé quand même ! Je ne la reconnais plus, finit-il sur un ton misérable.

Il allait rajouter quelque chose quand il se rendit compte qu'un reiatsu proche, et maintenant bien familier, était en train de s'agiter. En face de lui, Isamu s'inquiéta de sa réaction. Il remarqua ensuite ce qui avait alarmé le capitaine.

- Asagi, souffla Isamu.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers la chambre.

Ne voulant pas empiéter son espace personnel pendant qu'elle dormait, Kensei resta sur le seuil de la porte et se contenta de regarder Isamu réveiller sa collègue.

- Asagi, réveille-toi, tu es en sécurité. Il la saisit par les épaules et la secoua un peu. Ce que tu vois n'est pas réel.

Il approuvait les efforts fournis par Isamu pour la réveiller. Jusqu'au moment où il la vit lever les mains à hauteur de la tête en guise de protection. Ce qu'elle dit le figea.

- Non… Arrête !

Kensei serra les poings. Puis il décida d'intervenir car Isamu ne faisait que la paniquer davantage. D'une main sur l'épaule, il lui fit comprendre que ça ne servirait à rien d'essayer de la réveiller tant qu'elle était prise dans son cauchemar. Si aucune intervention extérieure ne pouvait l'aider, il allait devoir rentrer dans son monde intérieur.

Le genou à terre à coté du lit, il lui posa une main sur l'épaule mais en faisant attention à ne pas la saisir. Il ne fallait pas lui donner cette sensation au risque d'empirer son cauchemar.

Il inspira à fond et laissa Tachikaze entrer en action.


Monde intérieur d'Asagi.

- Asagi, si tu m'entends laisse-moi entrer ! cria Shirotaka.

Complètement paniqué, le zanpakuto essayait en vain de secourir sa shinigami. Enfermée à l'intérieur de la maison traditionnelle, Asagi était en proie à ses pires cauchemars. Tout autour, le vent hurlait et soufflait en rafales contre la maison. Le ciel d'habitude si clair et si bleu était d'un gris menaçant. On pouvait même voir des nuages se teinter de vert, comme ceux qui annoncent la grêle.

Conscient des angoisses qui opéraient dans son esprit, Shirotaka avait demandé à Asagi de le rejoindre dans son monde intérieur. Mais l'entrevue n'avait pas tourné comme il l'avait espéré.

Il voulait la convaincre de demander de l'aide face au problème Tetsuya. Mais Asagi était restée campé sur ses positions, ce qui avait fait dégénérer la discussion au point qu'elle s'était réfugiée dans la maison et avait condamné tous les accès. Shirotaka avait continué le débat depuis l'extérieur mais cela n'avait fait qu'empirer la situation. Le ciel s'était alors assombri et le vent s'était levé.

C'est dans ce contexte que Tachikaze apparut sur le seuil de la maison.

Sentant une présence étrangère juste à côté de lui, Shirotaka dégaina et trancha dans le vif. Quand son regard se posa sur la présence qu'il avait détectée, il fût étonné de voir sa lame bloquée sur l'un des poignets de son adversaire. Et en levant les yeux, il comprit qu'il faisait face à un autre zanpakuto.

Plus grand que lui, le zanpakuto étranger avait aussi une carrure plus imposante. Il portait une armure faite de métal. Les protections qu'ils portaient sur les avant-bras avaient permis à l'intru de bloquer son sabre mais il ne portait pas de casque. Shirotaka pouvait donc voir distinctement ses yeux. Ils étaient bruns et perçants et lui rappelaient quelqu'un, sans qu'il ne se rappelle qui.

- Qui êtes-vous ? souffla-t-il encore choqué de trouver un autre zanpakuto dans son domaine.

- Aucune importance, répondit l'inconnu. Elle est à l'intérieur ? demanda-t-il en regardant la porte principale.

Shirotaka hocha la tête. Il ne saurait dire pourquoi mais ce zanpakuto lui inspirait confiance. Il ne percevait aucune animosité venant de sa part. Est-il venu aider Asagi ?

Se plaçant face à la porte, l'inconnu tendit la main. D'un regard en coin, il demanda à Shirotaka de s'éloigner un peu. Ce dernier ne posa pas de question et recula.

Sa paume face à la porte, Tachikaze utilisa son pouvoir pour la détruire. Et sans se poser de question il entra dans la pièce.

Il faisait noir, pas juste sombre mais noir. À peine Tachikaze eut-il franchit la porte que l'obscurité avait tout envahi autour de lui. Un regard par-dessus son épaule lui apprit que la porte avait reculé de plusieurs dizaines de mètres. Elle n'était plus qu'un point de lumière au loin.

Mais ce qui l'intéressait se trouvait devant lui. Étant donné qu'Asagi portait son shikahusho, il eut un peu de mal à la repérer dans le noir. Ce qui l'avait guidé vers elle étaient les petits sanglots qu'elle laissait échapper. Comme une enfant, elle était recroquevillée sur elle-même, ses bras entourant ses genoux.

Tachikaze, ne sachant pas trop à quoi s'attendre, prit quelques précautions avant de s'approcher d'elle. Mais ne voyant strictement rien autour de lui et ne sentant rien d'hostile il s'approcha. Arrivé à la hauteur d'Asagi, il s'accroupit et se pencha vers elle. Ne la voyant pas réagir il se risqua à poser une main sur son épaule, imitant le geste de Kensei quelques instants auparavant.

La réaction fût immédiate, Asagi se dégagea de lui.

- Non ! l'entendit-il hurler.

Elle se retrouva assise, en appuis sur les mains. Son visage à présent dégagé, Tachikaze pouvait voir ses yeux. Ils étaient comme voilés. Elle paraissait fixer un point à l'horizon. Il se douta que ce qu'elle voyait se jouait uniquement dans son esprit et que c'était loin d'être agréable. Toujours accroupi, Tachikaze lui laissa un peu d'espace et se laissa un peu de temps pour réfléchir à la suite des événements. Il faut que je la réveille de ce cauchemar mais sans la paniquer davantage. Il choisit ses mots avec précaution.

- Komorebi-sensei, il faut vous réveiller.

Aucune chance que le Tetsuya l'ait appelée comme ça.

- Je ne sais pas ce que vous voyez, mais ce n'est pas réel. Il n'est pas là.


Pourtant, pour Asagi tout cela était tellement réel. Elle voyait Tetsuya s'énerver devant elle. Mais contrairement à beaucoup de personnes, il n'explosait pas. Il était plutôt le genre de personnes à avoir des colères froides et bien calculées. Elle le voyait faire les cent pas, comme la dernière fois où elle l'avait vu. Il venait d'apprendre son transfert à l'Académie, une décision contre laquelle il ne pouvait rien faire, même lui chef de secteur, bien vu par ses collègues, sa hiérarchie et la Chambre des 46.

C'est donc ce jour là qu'elle revivait. Ce cauchemar, elle l'avait déjà fait, et refait après son transfert. Mais c'était il y a 30 ans. Et là, c'était pire que tout, jamais elle ne l'avait vécu aussi intensément. Il lui avait fallu tout son courage pour faire la demande auprès du directeur. Se faire transférer et faire en sorte que la décision soit irrévocable avait été sa seule solution. Elle avait du coup réussi à s'éloigner de lui tout en protégeant son entourage.

Vue de l'extérieur, la décision ne venait pas d'elle, donc Tetsuya n'avait aucune bonne raison de lui en vouloir sans risquer de se ridiculiser. Il affichait donc un air satisfait devant les autres. Sa petite protégée avait été choisie pour entrer comme enseignante à la prestigieuse Académie des shinigamis, un honneur. Enfin pour lui ça signifiait qu'il perdait sa marionnette, un signe d'échec. Pour Asagi, cela signifiait surtout qu'elle retrouvait sa liberté après des années de soumission à cet homme. Ce qu'elle avait pu être naïve. Elle avait été éblouie par Tetsuya, par ses belles paroles, par son charisme incroyable, par son physique parfait et par son sourire envoutant. Il n'avait pas eu à faire beaucoup d'efforts pour qu'elle tombe sous son charme. En y repensant, il était tellement parfait vu de l'extérieur qu'elle aurait dû se méfier, et voir que quelque chose clochait. Mais ça, elle s'en était rendue compte des années après.

Aux yeux des autres ils formaient le couple parfait. Lui, le chef de secteur irréprochable, et elle son assistante dévouée. Lui, le prince charmant, et elle la jeune collègue qu'il avait choisie parmi toutes les femmes de son entourage. Mais la vie parfaite d'Asagi s'était effritée le jour où elle s'était rendue compte qu'il s'absentait de plus en plus le soir.

Étant chargée de son emploi du temps, elle savait très bien que les excuses qu'il avançait pour le travail étaient fausses. Les jours passant, elle s'était mise à le surveiller d'un peu plus près, son comportement au travail, son comportement avec leurs collègues, son comportement avec elle et surtout son comportement avec les autres femmes. Ses doutes se transformèrent peu à peu en angoisse que sa vie parfaite ne l'était peut-être pas tant que cela. Et pour en avoir le cœur net, elle avait fini par le suivre un soir. Et ce qu'elle avait découvert cette nuit il y a 30 ans avait changé sa vie.

Ce n'était pas une maitresse que Tetsuya était allé rejoindre. À choisir, Asagi aurait préféré tomber sur son prince charmant dans les bras d'une autre… Non, elle était tombée sur son cher et tendre en pleine réunion avec la mafia du Rukongai ! Se retrouvant bloquée devant l'entrée gardée d'une sorte de bar privé, elle avait dû se faufiler à l'intérieur par le toit. Une fois à l'intérieur, elle s'était mise à chercher Tetsuya. Mais c'est lui qui la trouva en premier...

Se retrouvant face à lui, Asagi n'avait opposé aucune résistance, elle voulait surtout des explications. Elle avait commencé à lui poser des questions, sur ce qu'il faisait là, sur qui il rejoignait, pourquoi il lui avait menti. Et il n'avait pas bougé.

- Mais dis quelque chose bordel ! s'était-elle emportée.

En posant un index sur la bouche, il lui avait demandé de se taire. Dans la pénombre du lieu, Asagi ne l'avait jamais vu aussi distant, aussi froid, aussi intimidant.

- Suis-moi, lui avait-il dit.

Et c'est ainsi qu'elle s'était retrouvée dans la même pièce que des membres du Cercle, un groupe mafieux du Rukongai. Les hommes présents à la table avaient été surpris de la présence d'Asagi. Mais Tetsuya l'ayant présentée comme une collaboratrice, ils ne posèrent pas plus de questions. Et au fil des conversations, Asagi découvrit avec horreur ce que Tetsuya faisait pour ces hommes. Plusieurs fois durant toute la réunion, elle avait calculé ses chances de pouvoir s'enfuir. Mais en voyant toutes les sorties gardées par des hommes de main, elle comprit qu'elle avait plutôt intérêt de ne pas se faire remarquer plus que nécessaire. Elle ne portait pas son uniforme de shinigami et visiblement ces hommes ne connaissaient pas son existence avant aujourd'hui. Alors elle se contenta d'écouter en maudissant Tetsuya de lui avoir menti, de l'avoir manipulée, de trahir le Gotei 13 et elle se maudit elle-même de s'être faite prendre aussi facilement. Ce qui la rendait encore plus furieuse c'est qu'il agissait comme si elle n'était pas là, comme si elle ne venait pas de le démasquer. Mais elle dû mettre sa colère de coté pour ne pas se faire remarquer. Alors elle se calma du mieux qu'elle put et écouta attentivement ce que disaient ces hommes. Elle apprit que Tetsuya détournait une partie des fonds qui lui étaient accordés pour entretenir le district. À ce moment de la conversation elle avait dû faire des efforts considérables pour garder une expression neutre. Asagi avait en effet remarqué qu'il se passait des choses étranges dans certains financements de son district. Certains projets avaient été validés mais elle s'était plusieurs fois rendue compte que les travaux n'avaient jamais eu lieu. Quand elle en parlait à Tetsuya, il lui disait alors qu'il s'en occuperait mais les débats n'allaient jamais plus loin. Après tout, c'était son supérieur, elle ne pouvait pas mettre sa parole en doute.

Une fois la réunion terminée, les hommes s'étaient levés et étaient partis au fur et à mesure. Tetsuya, qui s'était levé était venu directement vers elle pour lui bloquer le passage. Sans rien dire il avait attendu que la dernière personne sorte pour enfin lui adresser la parole. Asagi, elle, avait surtout attendu pour lui donner une gifle monumentale. Mais il était plus vif qu'elle. Il lui avait attrapé le poignet avant l'impact.

- Comment peux-tu…

Incapable de finir sa phrase tellement le dégoût la submergeait, elle avait tourné la tête.

- Allons mon amour, ne sois pas si étonnée, lui souffla-t-il. Tu avais déjà compris mon petit manège il y a bien longtemps. Dire qu'il a fallu que je te mette dans mon lit pour te faire baisser ta garde.

Lui tenant toujours le poignet, il avait fait glisser son autre main le long de son cou. Asagi en avait frissonné de frustration. Elle voyait très bien à quoi il faisait allusion. Dès son arrivée dans l'équipe, elle avait remarqué des anomalies dans les comptes. Mais Tetsuya l'avait rassurée et peu après ils sortaient ensemble. Lui faisant confiance, elle n'avait pas poursuivi ses recherches. Si seulement elle avait su…

- Tu me dégoûtes lui lança-t-elle.

Il était alors venu se coller à elle. Elle pouvait à présent sentir son souffle sur son cou.

- Quel dommage que tu m'aies suivi. Enfin, au moins je n'aurais plus à jouer la comédie quand nous serons seulement tous les deux.

Asagi fronça les sourcils. Elle ne comprit pas où il voulait en venir. Pense-t-il vraiment que je ne vais rien tenter en sortant d'ici, que je ne vais pas aller le dénoncer ?

- Qu'est-ce que tu entends par là ? lui demanda-t-elle.

Il se rapprocha de son oreille.

- Asagi, après ce que tu viens d'entendre, jamais je ne te laisserai partir.

Note de l'auteur :

Et voilà, le fil rouge de mes fanfics est lancé. Si je trouve suffisamment de motivation, j'écrirais les autres fictions que j'ai en tête. Toutes auront un lien avec cette organisation que j'ai baptisée le Cercle. Sachez que pour l'instant j'ai relié une intrigue avec trois autres capitaines et trois lieutenants. Je vous laisse deviner qui ;)