Chapitre 15.

Elle entendait le parquet grincer devant elle. Tête baissée, elle encaissait tant bien que mal la colère de Tetsuya. Lui qui d'habitude était si calme et maitre de ses émotions il fulminait. Sa paisible agitation ne trompait pas Asagi, elle avait trouvé une faille dans son plan et il réfléchissait à comment le lui faire payer. Le fait qu'elle parte à l'Académie signifiait qu'il perdait le contrôle sur elle. Il allait donc devoir trouver une alternative, un moyen de la faire taire à distance mais sans la tuer, du moins pour le moment. Il ne pouvait risquer d'attirer l'attention du Gotei 13 sur lui étant donné ses activités.

Il était étonné qu'elle prenne le risque de s'éloigner de lui. Elle connaissait ses secrets, elle savait de quoi il était capable, des moyens qu'il avait à sa disposition. Elle savait qu'avec un mot de sa part elle disparaitrait de la surface de la Soul Society. Après tout, il avait ce pouvoir sur n'importe qui, même sur les plus gradés du Gotei 13. Le Cercle avait à sa disposition des membres très talentueux en ce qui concerne l'assassinat… Il les avait vus à l'œuvre quelque fois. Cela dissuadait n'importe quel partenaire du Cercle de trahir l'organisation. Le Cercle maintenait une pression sur les associés en menaçant leur famille au besoin.

En repensant à cela, Tetsuya eut une idée. Il perdait peut-être son influence sur Asagi, mais il pouvait quand même la garder sous contrôle en faisant pression sur son entourage… Il savait qu'elle s'entendait bien avec le reste de l'équipe à son service.

Il s'arrêta. Asagi déglutit et attendit.

- J'imagine que je ne peux rien y faire. Il semblerait que tu aies trouvé le moyen de m'échapper, dit-il d'un ton faussement contrarié. Quel dommage que tes collègues ne puissent pas en faire autant…

La phrase laissée en suspens figea Asagi. Elle comprit tout de suite où il voulait en venir et le regarda droit dans les yeux.

- Tu n'oseraies pas, souffla-t-elle.

Il se contenta de la regarder de haut.

- Je crois que tu aurais dû mesurer les conséquences de ton départ avant. Me forcer à te laisser partir était une très mauvaise décision. Une décision que je ferai payer cher à tes chers collègues s'il le faut…

- Non ! Je ne te laisserai pas faire !

- Ma pauvre Asagi, si tu crois que tu as ton mot à dire. T'éloigner d'eux ne les sauvera pas. Tu aurais dû réfléchir avant ! Et saches que rien ni personne ne te sauvera de moi si tu tentes quoique ce soit.

Il avait prononcé la dernière phrase en se rapprochant d'elle, mais elle ne recula pas. Pas même quand il leva la main pour lui caresser le visage du dos de la main :

- Quel dommage que notre histoire se termine comme ça. Tes collègues et moi, on va tellement t'en vouloir de partir et de nous laisser tomber. Après tout, tu pars sur un coup de tête. Tu étais la femme de ma vie, tu viens de me briser le cœur.

Il rigola.

- Tes collègues ne seront pas difficiles à convaincre.

Il rapprocha sa main du cou d'Asagi.

- Ils ne seront pas difficiles à tuer non plus si tu parles, dit-il en lui saisissant doucement le cou.

Asagi était hypnotisée par Tetsuya. La retenue qu'il mettait dans ses mots alors qu'il menaçait de tuer ses collègues la figeait. Sans compter la main froide qui l'immobilisait.

- Non, arrête, supplia-t-elle.

- Rien ni personne ne te protégera de moi Asagi.

Une larme roula sur sa joue.


- Komorebi-sensei, réveillez-vous !

La voix de Tachikaze résonnait dans la pénombre. S'étant rapproché d'elle il lui parlait depuis plusieurs minutes à présent. Ses appels étant inefficaces, le zanpakuto commençait à perdre patience. Il était temps d'essayer une autre méthode quitte à bousculer la petite protégée de Kensei.

Tachikaze prit alors la décision de la « bousculer » avec un peu de reiatsu. Il espérait qu'une présence étrangère suffisamment forte dans son espace intérieur la ferait sortir de son état de transe. Concentrant un peu de son énergie dans sa main, il saisit l'épaule d'Asagi.

La réaction fût immédiate. Asagi eut un violent sursaut. Sa respiration se fit plus vivante et peu à peu, Tachikaze vit le voile qu'elle avait devant les yeux s'effacer. Il allait lui dire quelque chose lorsqu'il fût violemment projeté hors de la pièce et du monde intérieur d'Asagi.


Elle eut un deuxième sursaut en se réveillant. Sursaut qui fut stoppé par les bras d'Isamu.

- Tout va bien Asagi c'est nous, dit Isamu en lui caressant les cheveux.

Dans son champ de vision elle pouvait voir le capitaine de la 9ème à côté d'elle. Encore un peu hagarde, elle mit un moment à se rappeler où elle était et pourquoi il y avait deux hommes dans sa chambre. Elle repoussa doucement Isamu. Elle se rappela qu'elle avait fait un cauchemar et qu'Isamu l'avait réveillée. Mais pas cette fois apparemment…

- Ça va mieux ? demanda Kensei.

Elle hocha la tête sans le regarder.

- Asagi, que s'est-il passé ? lui demanda doucement Isamu. On n'arrivait pas à te réveiller, ajouta-t-il dans un murmure.

Asagi se mordit la lèvre pour ne rien dire.

- Je, je n'ai pas envie d'en parler, dit-elle en tournant la tête.

Et pourtant elle s'en mord les lèvres, pensa Kensei à qui la réaction n'avait pas échappée. Mais il n'insista pas. Il regarda Isamu pour voir si l'enseignant avait quelque chose à rajouter. N'ayant rien de plus à faire dans l'immédiat, il quitta la chambre.

- Je serai à côté si vous avez besoin de moi.

Il espérait qu'elle se confierait plus à son collègue pendant que Tachikaze lui raconterait ce qu'il s'était passé.


- Vous êtes sûr ? Ça m'embête un peu quand même…

Appuyé contre l'îlot de la cuisine, Kensei discutait avec Isamu. Ils regardaient tous les deux Asagi qui était dans un des fauteuils de son salon. Une tasse de thé entre les mains elle était complètement léthargique. Le regard dans le vide, elle avait un pied sous les fesses et un plaid sur les genoux. Elle semblait plus humer la vapeur qui s'échappait de son thé plutôt que de le boire. La vision attrista Kensei. L'image était tellement loin de la jeune shinigami souriante qu'il avait rencontrée à l'Académie.

La discussion qu'il avait eue avec son zanpakuto tout à l'heure ne l'avait pas beaucoup rassuré. Il comprenait que les cauchemars n'iraient pas en diminuant, c'est pour cela qu'il proposait à Isamu de prendre le relai pour garder un œil sur Asagi. Le pauvre homme semblait complètement épuisé et à bout de nerfs. Mais il le comprenait. Il avait un peu de mal à l'imaginer mais si Mashiro se retrouvait dans cette situation, il aurait lui aussi bien du mal à gérer. Bon après, d'ici que Mashiro se mette dans un état pareil c'était loin d'arriver, elle était trop émotive et sans filtre pour en arriver là. Par contre Shuuhei…

Kensei fût sorti de ses pensées quand il vit Isamu aller parler à Asagi.

- Asagi, je te laisse avec le capitaine.

Il eut un petit sourire quand il vit la réaction de la principale intéressée. Elle avait commencé à protester mais Isamu ne lui laissa pas l'occasion de dire quoique ce soit. Elle avait ensuite tourné la tête vers lui. Kensei la vit rougir légèrement. Intérieurement, il soupira de frustration. Si seulement la situation était plus simple

Isamu continua de lui parler un moment puis il se releva. Il serra la main à Kensei en lui disant qu'il passerait demain.

Une fois fait, le départ d'Isamu laissa un silence pesant dans l'appartement. Ce fût Asagi qui le brisa.

- C'est ridicule, vous n'avez pas à rester avec moi… dit-elle en posant sa tasse de thé sur la table basse.

Kensei pouvait sentir la gêne de la jeune femme en face de lui.

- Je sais. Mais je sais aussi qu'Isamu-sensei et Megumi-san dormiront mieux en sachant que vous n'êtes pas toute seule.

Sa réparti coupa court à toute réponse de la part d'Asagi. Elle comprit qu'elle venait de gagner un baby-sitter en plus de ses deux collègues. Elle soupira. Intérieurement elle était mortifiée qu'un capitaine du Gotei 13 en vienne à la surveiller à la demande de ses collègues.

Le soupir n'avait pas échappé à Kensei.

- Vous ne pouvez pas leur en vouloir de s'inquiéter pour vous, dit-il en venant s'installer dans le canapé en face du fauteuil.

Asagi le vit remplir sa tasse de thé mais ne le regarda pas. Il remplit ensuite une deuxième tasse, signe qu'il n'était réellement pas prêt de partir. Asagi se demanda ce que ses collègues avaient bien pu raconter pour qu'il reste avec elle. Elle se demanda aussi ce qu'ils pensaient d'elle en ce moment. Elle se demanda tant d'autres choses.

Le silence s'installa entre eux. Kensei pouvait voir l'esprit d'Asagi travailler d'après sa posture. Il soupira intérieurement en se disant que les choses seraient plus simples si elle se confiait à lui. Il ne souhaitait qu'arranger les choses mais sans savoir de quoi il s'agissait c'était difficile d'agir.

- Sans compter que la situation a l'air beaucoup plus compliquée qu'elle n'y parait, ajouta Tachikaze.

- J'aimerais tellement savoir ce qu'il se passe. J'espère que Shinji aura trouver quelque chose… Au fait, comment t'as fait pour la réveiller ?

Tachikaze ne répondit pas tout de suite. Puis il sentit l'agacement de Kensei monter.

- Il se peut que je l'aie un peu secouée…

- Qu'est-ce que tu entends par là ?

- J'ai dû utiliser un peu de mon reiatsu.

- Comment ça ?

- Ça va, ce n'est pas comme si je lui avais fait mal intentionnellement.

- Non mais qu'est-ce qui t'a pris ?

- Kensei, regarde-la. Elle va bien, enfin physiquement. Et puis même mentalement, elle est plus forte qu'elle ne le montre. Je ne sais pas ce qu'elle traverse mais elle encaisse. Et que tu le veuilles ou non elle connait ses limites plus que toi. De toute façon, t'as pas d'autre choix que de lui faire confiance. Laisse-la gérer. Si elle a besoin de ton aide elle te le dira. En insistant tu n'obtiendras rien.

Kensei se sentit frustré. Il détestait être impuissant face à une situation, cela avait toujours tendance à augmenter sa culpabilité. Se disant qu'il ne pouvait rien faire ou dire de plus, il pensa à autre chose, à ce qu'il devrait faire à la division demain, à quand il pourrait passer voir Shinji, à l'entrainement de Shuuhei, à…


- Kensei ?

La voix de son zanpakuto le réveilla. Il se rendit compte à ce moment-là qu'il s'était assoupit. Par réflexe, il se fit craquer la nuque puis son regard tomba sur Asagi. Recroquevillée sur son fauteuil, elle était endormie. Il remercia Tachikaze silencieusement d'avoir veillé à sa place.

S'approchant d'elle doucement, il passa ses bras sous ses genoux et dans son dos puis la souleva délicatement. La tête d'Asagi vint directement se caler contre son épaule. Il l'emmena dans sa chambre et la posa sur son lit. Elle se mit automatiquement sur le côté. Il s'agenouilla à sa hauteur et tira la couverture sur elle. Le geste amena sa main jusqu'à la hauteur de son visage et se posa sur son épaule. Elle semblait enfin paisible. Il espéra qu'elle pourrait trouver un peu de repos cette fois. Il en profita pour admirer son visage, son nez fin, ses pommettes hautes, ses lèvres fines. Il se rappela la première fois qu'il l'avait vue à l'Académie et qu'il avait vu ses yeux. Il replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Plus tard, se dit-il, quand toute cette histoire sera réglée.

Il venait de se relever quand une main saisit le bord de son haori.

- Reste, entendit-il.

Dans l'obscurité il pouvait distinguer qu'Asagi le regardait.

- J'arrive, lui dit-il en lui posant à nouveau la main sur l'épaule.

Il alla éteindre les lumières restées allumées dans le salon et la cuisine puis revint dans la chambre. Il laissa la porte ouverte, d'où rentrait un peu de lumière artificielle venant de la rue. Puis il enleva son haori, le plia et le posa sur le dossier de la chaise contre le mur. Il fit attention à laisser suffisamment de couverture à disponibilité d'Asagi puis s'assit sur le lit. Il défit ses sandales et les enleva. Ensuite, il plaça le coussin contre la tête de lit pour pouvoir se caler le dos dessus. Il se tourna une dernière fois vers Asagi. Encore une fois, comme s'il ne pouvait s'en empêcher, il lui posa la main sur l'épaule et lui dit :

- Je suis là si tu as besoin.

Il la vit hocher la tête et crut entendre un « merci ». Satisfait, il se recula contre la tête de lit et veilla sur elle.

Note de l'auteur :

Et voilà un nouveau chapitre. Doucement mais sûrement comme on dit. Merci à ceux qui suivent et mettent en favoris cette fic malgré sa progression si lente…