Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !

Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?

Lancel à Dunkerque - Renaissance

Chapitre 4 : Une âme blessée

La première chose que Marina vit en entrant dans son appartement fut la grosse tâche de sang à côté de sa table basse. Il semblait sec et commençait à devenir brun. Presque vingt-quatre heures plus tôt, le corps de Lancel avait atterri chez elle elle ne savait comment, causant cette salissure. Son regard se fixa dessus et elle se sentit étonnamment vide. Tout semblait encore irréel. La seule chose qu'elle sentit fut son estomac se nouer. Elle pouvait le revoir gisant dans cette flaque, elle à ses côtés, essayant d'arrêter l'hémorragie. Elle ferma les yeux et respira un grand coup. Lancel était vivant. Il était à l'hôpital, des professionnels de santé à ses côtés. Elle alla vers sa chambre afin de se changer en premier lieu. Elle ne voulait plus avoir son sang sur elle, cela lui faisait trop mal. Se faisant, elle passa à côté de la seconde chambre de sa demeure. Elle avait eu une colocataire qui était partie quelques semaines avant pour retrouver son petit-ami sur Marseille. Quelque chose attira son attention. La porte était ouverte. Elle l'avait fermée la veille après avoir aéré la pièce. Elle entra. Depuis le départ de la colocataire, il n'y avait eu que le mobilier. Elle découvrit avec stupeur une penderie, des armoires et des tiroirs pleins de vêtements masculins. Sur le lit, une lourde valise noire qu'elle ouvrit. Elle y trouva des papiers administratifs, des diplômes, un passeport et même une carte d'identité ! Tout au nom de Lancel Kevan Tywin Lannister, né en janvier 1993, fils de Kevan Lannister et de Dorna Swyft, un métis franco-américain. Il était né et avait grandi à Houston mais était venu étudier en France, dans l'université que Marina avait fréquenté. D'ailleurs, elle trouva un carnet de chèque et sur le bordereau, elle trouva une entrée disant que Lancel lui avait fait un chèque et en mention, il avait été noté « Livres d'occasion fac ». Elle retrouva même des photos indiquant des rencontres entre eux à diverses occasions. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Lancel et elle ne s'étaient rencontrés que la veille ! Elle porta son attention sur un autre objet dans la pièce :

Un fauteuil roulant.

Elle remarqua immédiatement la taille des roues arrières. C'était un fauteuil pour les paraplégiques.

- C'est vrai... Il a été poignardé dans la colonne, au niveau de sa moelle... Il se peut qu'il ne puisse plus marcher...

Elle eut un pincement au cœur. Pourquoi fallait-il que le sort s'acharne sur lui ? Elle sortit et alla se doucher. Malgré ses produits, elle avait toujours l'impression de sentir le sang de Lancel sur sa peau et son odeur sous ses narines. Elle mit immédiatement ses vêtements à laver. Puis, elle tenta de nettoyer au mieux les dégâts. Puis, elle se dirigea vers la chambre. Là, elle prit une valise et la remplit de vêtements, d'un nécessaire de toilette, quelques livres... Tout était apparu fourni et pensé pour lui.

- Dans un sens... Son univers et le mien ont clashé... Il y aurait eu une faille ? Il n'aurait jamais dû arriver ici... De ce fait, parce qu'il est d'un autre univers, est-ce que le mien s'adapte pour qu'il puisse s'intégrer ? Pensa-t-elle

Elle referma la valise et reprit la route.

Lancel l'attendait.

XXXXX

La majeure partie du temps, Lancel dormait, épuisé par les médicaments et ses blessures. Marina lui rendait visite le soir, car elle avait repris le travail une fois que son état fut annoncé comme faible mais stable. Elle venait tous les jours après son travail, arrivant vers dix huit heures et ne partant qu'une fois l'heure des visites terminée. Quand le samedi et le dimanche arrivaient, elle passait la journée avec lui. Au début, elle n'osait pas trop lui parler, car elle le savait en difficulté pour répondre avec le masque qu'il portait. Cela n'avait pas trop changé quand ils avaient changé le modèle. Cela était désormais comme une pince nasale qui allait sous ses narines. Le changement avait eu lieu quand il pouvait s'asseoir sans souffrir. Au début, il se demandait pourquoi un tel mutisme, car elle parlait avec aisance aux divers mestres et assistantes. Puis, avec la réflexion, il se rendit compte qu'elle ne savait peut-être pas quoi lui dire. Elle avait peut-être peur de dire des choses qui lui rappelleraient des mauvais souvenirs, ou qu'il ne la trouve bête à lui parler de la pluie et du beau temps. D'ailleurs, elle évitait avec lui toute mention de marche. Ses jambes... Quand il ne les avait plus senties et qu'il n'arrivait plus à les bouger dans ce souterrain, il avait pensé que c'était temporaire. Mais malgré les soins de cette terre et le temps qui passait, il ne sentait toujours pas ses jambes, il n'arrivait toujours pas à les bouger. Il ne sentait ni chaleur, ni froid, ni douleur, même si sous ses doigts elles étaient encore chaudes. Il était paralysé et il le savait. Pourquoi les Sept le punissaient-ils ainsi ? Qu'avait-il fait pour déclencher leur colère ? N'avait-il pas, au contraire, agi selon leurs doctrines ?

Marina avait pu rester dormir à ses côtés les premiers temps, quand son état était encore délicat et les médecins avaient sans doute accepté pour la rassurer les premiers jours de son hospitalisation, et s'il avait honte de l'avouer, sa présence l'avait rassuré.

Dormir lui faisait peur.

Les premiers temps, il dormait d'un sommeil sans rêve, abattu par son état, mais avec l'amélioration de sa condition, il commençait à nouveau à rêver et ses songes étaient remplis de ces souterrains, du feu grégeois, de son échec, il voyait les visages horrifiés des personnes dans le septuaire, il entendait leurs cris d'agonie, il voyait le Grand Moineau et son père être consumés par les flammes vertes. C'était au point que les soigneurs devaient lui donner des remèdes pour ne plus rêver. Ce qui marchait plutôt bien. Il était reconnaissant de pouvoir dormir à son aise et des visites de Marina, des soins des mestres, même des assistantes qui devaient, pour sa plus grande honte, se charger de sa toilette, même intime, ainsi, ces moments-là, il n'avait pas à ressasser sans cesse les milliers de questions qui valsaient dans sa tête, la principale étant :

Pourquoi ?

XXXXX

- Bonjour Lancel !

Marina et son éternel sourire, Marina et son éternel regard de gentille. Il la salua d'un petit sourire et ferma le livre qu'elle lui avait prêté. Un roman d'aventure léger et drôle. Elle veillait sur lui jusque dans ses lectures.

Marina observait Lancel. Même si ses joues commençaient à retrouver un peu de couleur, elle le trouva anormalement fatigué. Elle pensait reconnaître son mal, le même mal qui l'avait rongé après la bataille de la Néra :

Son esprit était en train de l'assassiner à petit feu.

Les médecins ne lui avaient pas caché les problèmes de cauchemars de Lancel. D'ailleurs, ils s'étonnaient qu'il parlait si peu. Il n'était pas malpoli envers les personnes travaillant ici, il disait bonjour, il remerciait, mais autrement, il était dans un mutisme total, qui ne se brisait que quand elle venait et qu'ils parlaient, de tout et de rien, à la demande même du patient. Ils pensaient qu'il souffrait de syndrome post-traumatique, voire même de dépression. Ce qui ne l'étonna pas. Dans les livres, Lancel en avait souffert.

- Comment te sens-tu ? Demanda-t-elle

- Ni mieux ni pire.

- Mes collègues me demandent de tes nouvelles, tu sais. Ils espèrent que tu iras vite mieux.

Il acquiesça. Un silence s'abattit alors dans la pièce. Marina tenta alors de le rompre en lui demandant ce qu'il avait pensé des livres qu'elle lui avait prêtés. Il répondit, avec sincérité, qu'il les avait appréciés, que cela lui changeait un peu les idées. Elle lui promit de lui en rapporter d'autres.

- Quel genre préfères-tu ?

- Marina ?

- Oui ?

Il tourna la tête vers elle, elle put voir alors dans ses yeux une certaine tristesse, mais aussi de la colère. Une tempête couvait. Et il n'y avait qu'avec elle que cela pouvait sortir. Et il fallait que cela sorte. Sinon, il allait se torturer.

- Pourquoi fais-tu tout ça ?

- Je ne comprends pas...

- Je ne suis qu'un inconnu. Ou un presque inconnu, vu que je suis ici un être fictif fait d'encre et de papiers et incarné par un comédien.

Marina rougit un peu et avoua que dans les livres, ainsi que dans l'adaptation, il était son personnage préféré. Cela l'intrigua encore plus. Il était arrivé dans un monde loin des dangers de Cersei, dans la demeure de quelqu'un qui l'admirait ? Etait-ce une simple coïncidence ?

- Comment peux-tu m'aimer, si je ne suis qu'un amas de lettres ?

- On ne choisit pas qui on aime, Lancel. Le cœur a ses raisons que la raison ignore.

Un autre silence.

- Pourquoi... Pourquoi suis-je ici ?

Un autre silence.

- Pourquoi suis-je en vie?

Le voir en proie à ses démons brisa le cœur de la jeune femme.

- Peut-être est-ce la volonté des Sept ? Ils t'ont envoyé ici pour te sauver.

Le vert des yeux de Lancel s'agita alors et Marina ne put s'empêcher de le comparer au feu grégeois. La tempête allait éclater.

- Les Sept ?! La bonne blague !

Il avait presque crié, la faisant sursauter. Elle n'aurait pas crû qu'il blasphémerait.

- Pourquoi les Sept me sauveraient-ils ?! Moi ! Moi par-dessus le marché !

Sa voix tremblait, elle trahissait, au-delà de la colère, toute sa peine et sa dévastation. Lancel s'en voulait. Il s'en voulait de ne pas avoir réussi à sauver la Foi, à ne pas avoir réussi à sauver toutes les personnes présentes au procès. Elle voyait à nouveau Lancel, celui qui pensait ne pas valoir la peine, le jeune homme perdu des premières saisons, sauf qu'ici, celle qui était censée l'aimer, après l'avoir brisé, lui avait tout arraché. Elle le laissa continuer. Cela ne servait à rien d'argumenter de toute façon.

- Il y avait parmi mes frères moineaux des gens bien plus pieux ! Bien plus courageux ! Bien plus méritants ! Ils méritaient tous de vivre bien plus que moi ! Ils n'avaient pas tué de roi ! Ils n'avaient pas couché avec leur cousine ! Ils n'avaient pas été la pire des ordures pour plaire à un gamin cruel ! De toutes les personnes à sauver, j'étais bien la dernière méritant de vivre ! Ils méritaient tous de vivre ! Pas de mourir comme ça ! Le Grand Moineau, Ser Loras, la reine Margaery, mon père...

Il tremblait de tout son long, un tremblement qui s'était accentué au fur et à mesure de sa tirade. D'ailleurs, vers la fin, il avait commencé à perdre son souffle. A l'évocation de Kevan, sa voix s'était complètement brisée, il baissa la tête et elle le vit avec quelques soubresauts. Puis elle entendit quelques sons familiers.

Lancel était en train de pleurer.

Que faire ?

Que faire ?

Que faire face à cette détresse profonde ?

Marina cessa de penser et laissa son instinct la guider. Elle s'assit sur le bord du lit et elle passa ses bras autour de son corps, prenant garde à ne rien débrancher, et elle l'attira doucement à elle. Tant pis s'il la repoussait. Pour son plus grand étonnement, il chercha son contact, sa main agrippant son avant-bras, et alors qu'elle lui frottait gentiment l'épaule, il ne chercha plus à retenir ses larmes, ni ses sanglots. Il n'était alors plus qu'un jeune homme rongé par la culpabilité d'une chose sur laquelle il n'avait eu pourtant aucun contrôle, un fils, un ami endeuillé. Une infirmière voulut entrer, elle les laissa quand elle vit son patient dans les bras de la visiteuse. Il exprimait là, avec elle, bien plus que ce qu'ils n'avaient pu obtenir de lui. Quand l'heure des visites fut passée, on retrouva Lancel toujours niché contre elle, les yeux pâles, mais les larmes ne coulaient plus. Marina demanda si elle pouvait passer la nuit à ses côtés, une requête qu'on lui accorda.

Cette nuit-là, sans aucune médication, Lancel eut un sommeil sans rêve.

A Suivre