Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !
Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?
Lancel à Dunkerque - Renaissance
Chapitre 5: Ce que le cœur désire
Assis sur son lit d'hôpital, Lancel referma le cinquième tome de la saga A Song of Ice and Fire. Le fait qu'il fusse en anglais ne le dérangeait pas, c'était la langue de Westeros. En revanche, il ne comprit pas comment il arriver à comprendre le français, la langue de Marina, malgré son accent. Etait-ce parce que l'acteur qui l'avait joué avait été traduit ? Parce que les livres l'avaient été ? Peu importait, au moins, ils se comprenaient. Bien que parfois, les mots étaient inutiles. Quand elle lui avait pris la main alors qu'il découvrait ce nouvel univers, quand elle avait essayé de comprimer sa plaie, ruinant au passage des habits, ses sourires et quand elle avait séché ses larmes. Il en avait honte d'ailleurs. Il ruinait sa vie et c'était encore lui qui pleurait dans ses bras. Soupirant, il observa la couverture. Il avait eu la un destin bien différent. Sauf son père, assassiné par des enfants semblables à celui qui l'avait mutilé, juste parce qu'il faisait trop bien son travail. Son père, qui l'avait marié, qui essayé de comprendre, qui essayait de lui donner une jolie vie et malgré leur dispute, leur dernier moment ensemble, qui continuait à penser à lui et à comment essayer de l'aider tout en lui donnant une belle position en ce monde. Un père qui continuait à le mettre numéro un dans sa liste de priorités. Son père... Dont il entendait les cris de douleur, brûlé par le feu grégeois, toutes les nuits. Avait-il eu peur ? Avait-il pensé que lui, son fils, avait été sauvé du désastre car absent du lieu ?
- Oh Père...
Il sentait les larmes revenir dans ses yeux, il pencha la tête en arrière et tenta de les arrêter. Il avait entendu les mestres parler de le mettre sous antidépresseurs. Et d'après ce qu'il avait pu comprendre, cela était puissant et pouvait épuiser quelqu'un. Il jugeait avoir suffisamment dormi. Aussi, il voulait cacher son mal et essayer de le tuer dans l'oeuf, ou de vivre avec. Il était déjà handicapé, il ne voulait pas être une statue assise assoupie.
- Mais d'après leurs mots, cela ressemble à ce que j'ai eu après la bataille de la Néra, cette... Dépression. Tyrion avait raison. Je ne suis qu'un fou. Un imbécile, fou, et un faible.
Il repensa aux divers travaux de Marina. Il avait pu lire les livres, voir son espace sur cet internet, lire tous ses écrits sur lui, ses débats... Elle l'aimait vraiment et elle le comprenait au point que cela lui faisait peur. Il n'avait aucun secret pour elle. Le fait d'être aimé ainsi, de manière inconditionnelle, sans que cela soit un lien parent-enfant, sans arrière-pensée, sans autre bonheur que d'avoir cet amour, lui faisait peur. C'était trop. Beaucoup trop. Il n'en était pas digne. Quand il avait vu que son premier tableau, c'était lui son modèle, qu'elle avait brodé des dizaines de petites versions de lui, de l'écuyer au moineau confirmé, qu'elle le griffonnait quand elle s'ennuyait, qu'il alimentait son imaginaire... Comme elle devait être déçue du véritable lui ! Comme tous les autres, du septuaire, dans l'au-delà... Après tout, il n'avait pas réussi à les sauver. C'était comme si il les avait tués. Il eut envie de pleurer à nouveau. Il n'arrivait pas à comprendre la volonté divine.
Pourquoi le sauver lui ?
- Bonjour, Lancel.
La voix de Marina n'était pas enjouée, comme à son habitude. Elle avait vu à travers tous les masques qu'il avait essayé de mettre. Elle s'approcha et tenta un petit sourire.
- Les médecins disent que tu es suffisamment remis pour qu'on puisse t'emmener dans le petit jardin qui est dehors. Cela te dit ?
Dehors... C'était vrai qu'il avait passé presque deux mois déjà dans cette chambre sans la quitter. Et après un temps exécrable, le soleil était revenu. L'extérieur lui manquait. Sentir le soleil et le vent sur sa peau, sentir tous les parfums... Ici, il ne sentait que les produits pour assainir et cela lui piquait toujours autant le nez. Sortir... Il voulait bien, même pour quelques minutes, mais comment faire ? Il ne pouvait plus tenir sur ses jambes. Marina le savait pourtant ? Y avait-il un moyen ? Le voyant hésiter, elle crut qu'il se sentait fatigué et qu'il n'osait pas dire non pour ne pas la froisser. Il était vrai qu'il n'était plus sous assistance respiratoire depuis peu, et se réhabituer à un fonctionnement pulmonaire normal était éreintant.
- Si tu ne te sens pas d'attaque...
- Non, je... Je voudrais bien...
Elle sourit et alla prévenir une infirmière qui entra avec une chaise roulante. Elle l'aida à s'installer et demanda à Marina si elle savait s'en servir. Elle étonna tout le monde en expliquant comment même le plier, ce qu'elle justifia par le fait qu'une amie très proche était elle-même malade et devait utiliser un fauteuil de promenade pour sortir. Elle l'avait accompagnée bien des fois et avait appris. Elle entama alors sa sortie et Lancel en profita pour observer. Tout se ressemblait tant dans ce bâtiment ! Quelques minutes après, ils se retrouvèrent dans un tout petit jardin derrière l'hôpital. Le soleil tapant, ils s'installèrent sous un arbre. Lancel ferma les yeux, profitant enfin du chant des oiseaux, des rayons de l'astre solaire caressant sa peau, du vent faisant danser ses cheveux courts. Comme c'était bon ! Le voyant si détendu, la tête légèrement penché en arrière, tendant le cou pour avoir un peu plus de cette communion avec la Nature, avec une expression de pur bonheur sur le visage, Marina ne put s'empêcher d'avoir un sourire tendre. Il était encore plus attachant et adorable en vrai. Comme elle aurait aimé avoir un talent de dessin plus poussé ! Elle aurait dessiné ce profil sur un carnet pour en capturer la beauté.
- Si tu aimes la Nature, je connais plein de parcs superbes, et nous avons même une plage ici. De chez moi, on peut parfois sentir l'iode et le sable qui se mélangent.
Lancel répondit que c'était pareil à Port-Lannis, la ville où il avait grandi, là où s'étaient établis ses parents. De sa chambre d'enfant, il voyait la mer.
- Et de la tienne, tu la reverras. Même si la mer du Nord a peut-être moins de charmes que la mer chez toi.
Il reprit une position normale, ouvrit les yeux et la regarda, confus.
- Les médecins disent que tu vas de mieux en mieux. Bien sûr, tu devras toujours être suivi par un docteur et tu auras encore des médicaments à prendre pendant un moment, mais ils pensent que tu pourrais bientôt quitter la clinique.
Il acquiesça.
- On ne sait toujours pas pourquoi ou comment tu es arrivé...
C'était en effet encore une question sans réponse. Lancel n'essayait pas de se souvenir de ce qu'il s'était passé, cela le hantait bien trop, et pour le peu qu'il avait essayé, il finissait avec une migraine atroce. Tout restait flou à partir du moment où le feu avançait vers lui, puis sa chute. Mais il était certain d'avoir vu une lumière bleuté avant de tomber.
- J'avais pensé... Si tu le veux bien sûr... Tu n'as pas vraiment d'endroit où aller... Si tu en as envie, je t'accueillerai avec plaisir chez moi, le temps de ton périple.
Elle put voir son regard s'écarquiller de surprise, de confusion aussi.
- Lancel ?
Cette fille... Cette fille lui offrait tout, une amitié, une confidente, un toit, alors qu'il n'avait été qu'une source de problème. Il devait peser lourd dans ses finances, les mestres devaient bien être payés... Que devaient dire ses voisins ? Il avait ruiné ses habits, très certainement son sol, il n'avait aucun moyen de payer sa dette ou de se rendre vraiment utile et pourtant, par pure gentillesse et par affection, par amour, elle lui offrait une nouvelle sécurité. Sans jamais rien exiger en retour. Elle lui offrait tout, absolument tout, alors qu'il n'avait rien fait pour le mériter, alors qu'il était un poids, alors qu'il n'était rien... Elle sembla comprendre ses tourments, car son expression s'adoucit et elle lui prit à nouveau la main.
- Je serai très heureuse de t'avoir à mes côtés.
Il eut un sourire triste.
- Si tu n'as pas peur de vivre chez une folle. Ajouta-t-elle en riant, pour tenter de le dérider
- Si tu savais... De toutes les personnes que j'ai pu rencontrer, c'est toi qui fait le plus de sens à mes yeux... Pensa-t-il
Il se mordit la langue pour éviter de pleurer. Il ne savait pas pourquoi, mais depuis son arrivée, il était d'une sensibilité qui lui faisait honte. Il n'était plus un enfant. Pourtant, cette fois-ci, il n'y parvint pas, et une seule larme coula le long de sa joue. Et tout ce qu'il put prononcer, ce fut ce mot :
- Pardon...
Marina serra un peu plus sa main, se mit bien face à lui et posa son autre main sur la sienne. Elle voulait qu'il exprime ce qu'il avait dans la tête. Il n'y avait qu'avec elle que cela sortait, et il fallait que cela sorte. Si cela sortait, s'il mettait des mots dessus, cela aiderait déjà son esprit.
- Je ne comprends toujours pas... Pourquoi... Pourquoi tu tiens tant à moi... Pourquoi tu te soucies autant de moi... Pourquoi tu fais tout ça pour moi...
Elle se retint de dire qu'il le méritait. Dans son état, c'était un mot à bannir.
- Parce que c'est ce que mon cœur désire, Lancel. Je tiens à toi parce que mon cœur l'a choisi. Je me soucie de toi parce que mon cœur l'a choisi. Je fais tout ça pour toi, parce que c'est mon désir le plus cher de te savoir en vie, en sécurité, quelque part où tu peux être toi-même, où tu peux être épanoui.
- Je ne t'ai causé que des ennuis depuis mon arrivée ici...
Il repensa à cette journée où il avait failli mourir deux fois, où elle avait fait une nuit blanche, sale, moralement détruite, sans manger, sans autre pensée que des pensées morbides. Il pensa à toutes ces heures qu'elle avait perdu. Tout ce temps qu'elle aurait pu consacrer à des choses plus joyeuses que lui, une loque humaine. S'il avait succombé, il l'aurait libérée de tout cela.
- Je suis désolé...
Elle l'écouta.
- Ce jour-là, j'aurais dû...
Il sentit sa poigne se serrer d'un coup. C'était presque douloureux tant cela avait été spontané. Il osa soutenir son regard, ses yeux étaient agités comme un champ battu par un vent violent.
- N'ose jamais dire que tu aurais mieux faire de mourir ce jour-là !
Son ton sec le secoua.
- Ne le dis plus jamais ! Si tu étais mort ce jour-là, je...
Sa voix se cassa, elle ferma les yeux un bref instant, soupira et tenta de se calmer.
- Si tu étais mort ce jour-là, je ne me le serais jamais pardonnée. Parce que tu serais mort sans savoir que tu n'étais pas seul, dans un pays étranger, loin de tout. J'aurais eu l'impression d'avoir ton sang sur mes mains pour l'éternité. Tu ne peux imaginer à quel point je bénis les Sept que de t'avoir épargné. Tout ce que je fais, je le fais parce que j'ai envie de le faire. J'ai envie de te voir, de te parler, d'être à tes côtés, de t'héberger. Je rencontre et je côtoie un personnage que j'aime de tout mon cœur, au point même que j'ose avouer en être amoureuse. Et plus j'apprends à connaître le vrai, toi, plus je l'admire. Je suis fière que mon cœur t'ait choisi. Si tu savais tout le bonheur que tu as pu m'apporter et que tu m'apportes ici !
Lancel sentit ses joues le chauffer. Il rougissait. Il rougissait comme une jeune femme que l'on avait complimenté. Il eut autant honte que les mots de Marina lui réchauffaient le cœur.
- Je... Je ne veux pas peser... Je ne sais rien faire ici...
- Tu veux m'aider ?
Il acquiesça.
- Accepte, guéris et sois heureux. Ton sourire sera le seul loyer qui me conviendra. Et si tu as envie de pleurer, de crier, d'exprimer autre chose, cela me convient. Je te prends en entier.
Il esquissa un léger sourire. Oui, partager sa vie, ça pouvait être agréable... Il tenta de l'imaginer, cela était rassurant et étrangement familier. Au-delà de son manque d'option, il avait vraiment envie d'essayer, il voulait être avec elle. Il n'y avait qu'avec elle, avec son ouverture, avec son amitié, qu'il arrivait à évacuer, qu'il arrivait à être lui, qu'il arrivait à oublier. Au loin, un docteur les rejoint.
- Monsieur Lannister, j'ai une grande nouvelle ! Votre moelle épinière semble se remettre beaucoup mieux que prévu. Il y a de bons pourcentages de chance que vous puissiez récupérer l'usage de vos jambes.
Lancel fut figé sur place alors que Marina eut un cri de joie. Il ne sentit que sa main la serrer.
Il allait peut-être pouvoir marcher à nouveau.
A Suivre
