Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !
Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?
Lancel à Dunkerque - Renaissance
Chapitre 6 : L'Art de comprendre
- On y est presque. Lui dit Marina alors qu'ils avançaient vers le salon
Debout dans son appartement, elle soutenait un Lancel chancelant sur ses jambes. De sa main droite, elle tenait sa main droite, le bras gauche l'entourant par l'arrière pour le retenir en cas de chute. Elle pouvait sentir la douleur que cela pouvait lui causer, son instabilité. Elle voyait d'ailleurs ses jambes trembler un peu. Mais elle était fière, si fière de lui ! Trois mois auparavant, il était encore cloué dans une chaise roulante. Elle l'aida à s'asseoir sur le sofa avant d'aller chercher le fauteuil, un nouveau, un fauteuil de promenade. Contrairement aux fauteuils pour les paraplégiques, ces fauteuils étaient plus légers et les roues arrières étaient plus petites. Lancel était arrivé au stade de son amie qui était atteinte du syndrome de Gardner Diamond, il pouvait marcher un peu mais au-delà d'une centaine de mètres, il n'arrivait plus à tenir debout.
- Tu peux t'allonger si cela te soulage. Lui lança-t-elle alors qu'elle s'apprêtait à sortir.
Elle le vit ôter ses chaussures et prendre place, le soulagement presque immédiat. Elle remercia le ciel de lui avoir donné un appartement avec un ascenseur. Elle rentra avec le matériel et alors qu'elle commençait à le replier, tout en gardant un œil sur son protégé, elle se remémora les derniers mois de Lancel à l'hôpital.
Il y avait passé en tout et pour tout six mois, entre son arrivée, les rechutes, les soins et la stabilisation puis le programme pour ses jambes.
Les médecins lui avaient proposé une énième intervention chirurgicale pour essayer de renforcer sa moelle, en lui expliquant ce que cela impliquait. Des douleurs, une rééducation pénible, encore plus de soins, alors qu'il en avait déjà tant reçu. Lancel les avait fixé de ses yeux émeraude, sans sourciller, avec une voix forte, claire et une détermination qu'ils avaient rarement vu, il avait répondu par la positive. Marina savait pourquoi. Il partait du principe qu'il n'avait plus rien à perdre. Il avait déjà tout perdu. Sa famille, ses amis, son monde, le fait de devoir dire adieu à l'espoir de marcher à nouveau n'était qu'un deuil minuscule face aux choses qui lui avaient été arrachées. Cela l'avait peinée. Son accord, c'était un accord sans espoir, car il n'en avait plus. Il avait donné sa bénédiction pour soulager sa conscience en cas d'un échec qu'il considérait comme certain, ou presque. Pourtant, cet éclat d'optimisme, elle l'avait vu briller dans son regard quand le médecin était venu les trouver dans les jardins. Un petit gémissement bref d'inconfort la sortit de sa rêverie. Avec un petit sourire, elle lui apporta quelques coussins, qu'il cala comme cela lui chantait. Puis, elle s'en retourna à son fauteuil et le rangea, laissant son esprit voguer. Les jours après l'intervention avaient été relativement calmes, ce fut quand la rééducation commença que cela devint pénible, presque aussi douloureux pour elle que de le voir avec toutes ses perfusions et son masque. Il faisait de son mieux, sans un mot, sans une plainte, ne ménageant pas ses efforts, mais une fois seul dans sa chambre, il craquait sous la douleur des muscles qui se réveillaient après un si long moment sans activité. Elle le savait car elle l'avait surpris un soir, après une séance alors qu'elle lui rendait visite. Allongé, la tête et le buste tournés sur le côté, le poing fermé porté à sa bouche, les dents à la limite de mordre son doigt, les larmes coulaient librement, sans aucun son, sur ses joues. Elle s'était sentie honteuse, honteuse de l'avoir découvert ainsi, dans un moment de faiblesse qu'il efforçait de dissimuler. Elle se contenta d'entrer, en silence, de s'asseoir sur sa fidèle chaise et de poser une main réconfortante sur son épaule. Il ne se retourna pas pour voir son visage, mais il ne la rejeta pas. Elle attendit un peu, et une fois à peu près calmé, elle lui demanda s'il voulait qu'elle appelle une infirmière pour des anti-douleurs. Il secoua la tête en signe de négation. Elle se demanda pourquoi. Peut-être voulait-il se sentir vivant à travers cela ? Lui qui n'était pas bien mentalement, la douleur physique aidait-elle à le soulager ?
- Je prends déjà trop de remèdes... Lâcha-t-il après quelques instants
C'était devenu un nouveau rituel. Marina quittait son travail vers dix-sept heures trente pour aller réconforter un personnage de Game of Thrones à l'hôpital après une séance de rééducation. Mais cela en valait le coup, car peu à peu, Lancel arrivait à récupérer de la force, il arrivait à se lever sans aide, il marchait quelques pas, en se tenant à un meuble. Marina s'était sentie au bord des larmes quand elle l'avait découvert debout, sur ses jambes, se tenant au mur et regardant le paysage à travers sa fenêtre. Quand il la remarqua, il eut un petit sourire à la fois content mais aussi gêné, toujours aussi incrédule face à l'attention qu'elle lui octroyait. Il l'invita à le rejoindre, ensemble ils observèrent les toits des maisons sous le soleil couchant.
- Ta ville est étrange mais superbe.
A ce moment-là, pour la jeune femme, il n'y avait pas plus belle vue.
- Il n'y a plus de traces...
Marina sursauta un peu, ramenée brusquement à la réalité. Lancel la regardait, la tête posée sur l'accoudoir.
- Ton sol...
Il observa l'endroit où il avait atterri plus tôt. Les yeux de Marina se fixèrent immédiatement dessus. Il était étincelant et sans défaut. Pour autant, elle était parfaitement capable de dessiner de mémoire la forme de la flaque du sang qui avait coulé. Lancel aperçut un bref instant de douleur dans le regard de sa sauveuse. Il se flagella mentalement de lui avoir rappelé la pire soirée de sa vie.
- Rien qu'un peu d'huile de coude n'aurait pu détacher. Finit-elle par plaisanter
- Ta famille...
- J'ai dit à ma famille que j'avais trouvé un nouveau colocataire qui venait de Houston.
- Qu'ont-ils dit ?
- Qu'on a un problème.
Voyant son air inquiet, elle se rappela qu'il ne connaissait pas cette référence, elle lui expliqua alors. Il se contenta d'acquiescer, continuant à penser. Lui avait-il causé beaucoup d'ennuis ? N'était-elle pas ennuyée par sa faute au travail ? Avait-il pesé lourd dans ses finances ?
- Je vais préparer à manger. Qu'est-ce qui te fait envie ?
Il fut encore une fois surpris de son soucis de lui faire plaisir. Il lui répondit qu'il ne savait pas, ignorant si les plats de chez lui étaient habituels chez elle. Elle opta donc pour un plat rapide, des pâtes à la tomate, aux oignons et au thon. Il remarqua son ordinateur, l'un des rares objets qu'il maîtrisait Marina lui ayant appris quand ils étaient dans l'espace wifi de la clinique.
- Fais comme chez toi ! Lança-t-elle depuis la cuisine
Il s'installa comme il le put et alluma la machine. Il trouva ses fichiers où elle rangeait ses écrits. Curieux, il demanda s'il put les lire, elle répondit par l'affirmative. Il aimait bien. Oh certes, pas de la grande littérature, mais c'était agréable. Mais au bout d'un moment, il se figea. Oui, ce texte-là était bien écrit, bien détaillé, avec des explications pour des points sensibles mais... Elle avait écrit ni plus ni moins une histoire avec des passages pornographiques. Entre deux femmes en plus. Comment une jeune femme aussi sensible qu'elle avait pu céder à la tentation de la dépravation ?! Elle qui semblait si pure ! Si innocente ! Elle avait dû s'égarer ! Ce n'était pas de sa faute, elle était loin de la lumière divine des Sept ! Oh, mais si ? Peut-être que les Sept l'avaient envoyé chez elle pour la sauver du péché ? Pour que leur message touche son univers ? Elle l'avait sauvé, il pouvait la sauver des Sept Enfers en retour ! Peut-être... Mais en attendant, il se sentait... Déçu ? Non, déçu non. Trahi. Il ne remettait pas en cause son attachement pour lui, sa sincérité, mais elle qui semblait un parangon de vertu, l'incarnation même de ce que les Sept produisait de meilleur, elle n'était que comme les autres, voire pire.
- C'est prêt !
- Merci.
Le ton un peu froid de Lancel la surprit. Elle observa le fichier Open Office et comprit. Elle s'était préparée à cela. Cela allait clasher tôt ou tard.
- Tu m'en veux, n'est-ce pas ? Non... C'est pire. Je t'ai déçu.
- Comment... Comment quelqu'un comme toi, qui peut si bien comprendre le moineau que je suis, quelqu'un d'intègre, de droit, de... de pure ! Comment quelqu'un comme toi a pu écrire une ignominie pareille ?!
Elle voyait au fond de ses yeux un réel désir de comprendre, au-delà de son choc. Elle se plaça bien face à lui, pour qu'il puisse être à l'aise sur le canapé.
- Parce que j'en avais envie et que c'est une forme d'art. Lancel, ce que je vais te dire, je ne te le dis pas pour te choquer, mais c'est comme cela que cela fonctionne ici. Ce que j'ai fait là est une forme d'expression, et la liberté d'expression est sacrée pour la République, c'est même dans son texte fondateur, c'est limite une religion, les Sept me pardonnent ce blasphème. Mais tu dois aussi savoir autre chose.
Il la fixa.
- Ici, les gays et les lesbiennes ont le droit de se marier, de s'afficher en public.
- Je te demande pardon ?!
- Et il s'avère que je défends leurs droits.
Plus il l'écoutait, plus il n'en croyait pas ses oreilles ! S'était-il trompé à ce point sur elle ?!
- Ce que tu as fais à Loras Tyrell, si tu le fais ici, tu es arrêté et tu es jeté en prison.
- Nous voulions sauver son âme ! Nous voulions l'aider ! Même si c'était violent, ça je te l'accorde.
Marina pouvait sentir toute son honnêteté dans ses mots, il avait vraiment pensé pouvoir aider Loras.
- Je le sais, Lancel. Et quand j'ai vu la scène, même si je n'étais pas d'accord avec le traitement des gays par la Foi, je comprenais ton point de vue. Ce qui fait que je n'ai pas détesté la Foi. Que je ne t'ai pas détesté. La seule personne dont je comprends les motivations mais que je hais du plus profond de mon âme, c'est Cersei. Toi, au moins, Loras, tu n'as jamais voulu le tuer.
Pour la première fois, il vit alors une nouvelle expression sur le visage de son amie : la haine mêlée à la rage.
Marina avait vu la fameuse scène, l'endroit où Lancel aurait dû mourir, les événements, la mort de Loras, de Margaery, de Kevan... Après la douleur de la perte, elle avait ressenti de la colère folle. Toute l'affection qu'elle avait pu porter à Cersei s'était envolée en éclats avec le cadavre du père de Lancel. Et son désir de voir la tête de la nouvelle reine au bout d'une pique était tout aussi brûlant que le feu grégeois qui avait explosé le septuaire de Baelor. Elle la voulait morte, elle la voulait morte plus que tout autre chose.
- Je la veux morte.
Cela le peina plus qu'il n'aurait pu l'imaginer et il s'en voulut alors que d'avoir mentionné cela. Tyrion avait vraiment raison, il était idiot. C'était un monde nouveau, bien sûr que les mœurs étaient différentes !
Le déjeuner se passa dans le plus grand des silences, pour leur tristesse commune.
XXXXX
Quand Lancel se réveilla, il était trois heures de l'après-midi. Sa petite sieste d'un quart d'heure s'était transformée en une de presque deux heures. Marina était assise non loin, une sorte de serre-tête sur les oreilles, deux grosses sphères entourant celles-ci, observant l'écran de son PC, tout en brodant. Il remarqua aussi une couverture sur son corps. Elle avait dû lui mettre. Elle sembla percevoir son mouvement, car elle leva la tête et lui sourit. Elle ôta le serre-tête.
- Bien dormi ?
- Désolé...
- Ce sont les médicaments, Lancel.
Une fois bien réveillé, elle lui annonça qu'elle allait sortir acheter du pain pour le lendemain. Il demanda à venir, afin de voir un peu le quartier. Très vite, ils furent dehors et Lancel put découvrir, assis depuis son fauteuil, l'une des rues préférées de sa colocataire : la rue Poincaré. Il remarqua que Marina avait repéré quelqu'un au loin, un SDF et il l'entendit avoir un petit bruit de contentement. Elle se rapprocha, le mit à l'abri du soleil et non loin d'elle pour aller lui parler, pour la plus grande surprise du promeneur. Elle lui donna une pièce, lui parla, se souvenant de leurs dernières discussions, se réjouissant de ses bonnes nouvelles, elle alla même lui acheter une grande bouteille d'eau. Il pouvait voir tout l'intérêt et toute l'authenticité de celui-ci. Et d'après ce qu'il entendait, cela n'était pas rare venant d'elle. Il s'en voulut de l'avoir jugée pour une histoire d'assemblage de mots pour une fiction. De quel droit avait-il osé ?! Ces écrits n'avaient blessé personne, contrairement à lui, elle aidait son prochain car elle aimait vraiment autrui, elle essayait de voir le bon en lui, de rendre la vie des autres plus douce à son niveau par des petits dons, des attentions, même simplement des mots gentils ! Qu'avait-il fait lui ?! Il avait eu des bonnes intentions. Mais il avait pavé son chemin vers les Sept Enfers. Loras... Il aurait pu tout simplement lui parler, essayer de comprendre. Marina l'aurait fait. Elle s'en serait fait un ami. A la place, alors qu'il voulait propager la parole et l'amour des dieux, il avait peut-être propagé la peur et la haine. Marina était bien plus une fille des Sept, depuis son royaume où leur lumière sacrée ne touchait pas le ciel, que lui, né à Westeros et élevé dans leur doctrine. Turpitude ! Et alors qu'ils reprirent la route, il lui demanda pardon, une demande d'absolution qui venait du plus profond de son être.
Elle n'eut qu'un sourire gentil, comme à son habitude, en lui demandant pourquoi et en ajoutant qu'il n'avait pas à être pardonné parce qu'elle n'était ni fâchée ni blessée. Il se dit alors qu'il ne la méritait décidément pas. Mais il se jura de tout faire pour devenir digne d'elle, de son amitié, de sa confiance, de son affection... Cette fois-ci, il savait qu'il se plierait en quatre pour être méritant auprès d'une personne vraie et qui en valait la peine.
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