Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !

Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?

Lancel à Dunkerque - Renaissance

Chapitre 7 : Réapprendre à vivre

La vie avait pris une espèce de routine assez étrange pour Marina, qui n'arrivait toujours pas à croire que Lancel Lannister était devenu son colocataire. Néanmoins, elle appréciait cette situation. Elle apprenait à connaître l'homme sous les mots, l'homme sous les traits de l'acteur, l'homme né de l'imagination d'un auteur. Et plus elle le connaissait, plus elle l'aimait. Cela était un bonheur pour elle que de l'avoir à ses côtés et elle profitait de chaque instant. Cela se voyait sur son visage et beaucoup de ses collègues le remarquèrent, bien qu'elle était toujours enjouée.

Alors qu'elle fermait le tourniquet central, elle pensa alors à la petite vie quotidienne qui s'était installée entre eux.

Marina se levait vers sept heures trente, déjeunait, s'habillait et profitait un peu d'internet avant de partir travailler vers huit heures et quart. Quand elle partait, Lancel dormait encore. Malgré sa sortie de l'hôpital, il avait encore énormément de médicaments à prendre et certains étaient très puissants. De plus, ses diverses blessures étaient encore en voie de guérison. Elle lui laissait toujours un petit mot et en évidence, le pain et les divers tartinables pour qu'il puisse se restaurer une fois levé. Elle lui avait d'ailleurs offert un double des clés de l'appartement, au cas où. Elle rentrait à midi, où Lancel l'accueillait, généralement assis, en train de lire ou de regarder la télé, essayant de comprendre un peu mieux son nouvel environnement. Le déjeuner était généralement rapide, on mangeait sur le pouce car vers treize heures quinze, Marina repartait travailler et elle ne rentrait qu'à cinq heures trente. S'il y avait quelques courses à faire, elle les faisait de suite, sinon ils passaient le reste de la journée ensemble. Lancel et elle se couchaient en même temps. Finissant la semaine le vendredi soir, ils passaient donc les samedis et les dimanches complets ensemble. En général, même si elle se couchait plus tard que lui ces jours-là, elle se levait toujours avant Lancel, ou en même temps en de rares cas. Ils prenaient le petit-déjeuner ensemble. Marina avait vite remarqué l'attirance de son compagnon pour les agrumes, notamment pour l'orange, qu'il semblait adorer en confiture. Elle avait fait un petit stock depuis. Lancel parlait peu, ce qui l'avait un peu étonnée et elle se forçait à ne pas trop l'envahir, car elle aimait parler et elle avait tendance à parler beaucoup, voire trop. Elle se disait qu'il ne lui faisait peut-être pas encore tout à fait confiance. Il n'avait pas eu le choix, elle était la seule qui lui offrait mieux que la rue. Elle ne le prenait pas mal et elle patientait. Il n'y avait eu qu'une seule fois où sa curiosité l'avait emporté sur son jugement et elle lui avait demandé comment il occupait ses journées. Et voyant son air, elle avait cru avoir gaffé.

- Non, ce n'est rien, c'est juste que... On ne se souciait jamais vraiment de ce que je faisais avant. S'était-il justifié, gêné, quand elle lui avait demandé pardon.

Il s'avérait que Lancel avait développé, malgré lui, une routine quotidienne. En semaine, il se levait en général aux alentours de neuf heures et demi. Il déjeunait seul en écoutant le chant des oiseaux ou le vrombissement des moteurs. Il s'habillait ensuite et essayait de se rendre utile un minimum, ne serait-ce qu'en ouvrant les fenêtres pour aérer, en faisant son lit ou en débarrassant la table. Marina avait d'ailleurs été très surprise les premiers temps en découvrant, midi comme soir, une vaisselle propre et égouttée. Il passait le plus clair de son temps à lire les livres de la bibliothèque, du dictionnaire aux romans d'Amélie Nothomb, qu'il semblait aimer. Il essayait de marcher toujours un peu plus et plus longtemps, pour entraîner ses jambes, qui le faisait toujours autant souffrir. Le simple fait de descendre les escaliers pour aller jeter un sac d'ordures dans les poubelles de tri en dehors de la résidence puis de remonter était une torture pour lui. La première fois, il avait cru qu'elles allaient se briser sous son poids. Il s'était assis puis allongé, les larmes perlant dans le coin des yeux tant cela tirait et brûlait. Puis, vers midi et quart, il déjeunait avec sa bienfaitrice puis, une fois qu'elle était repartie, il repartait dans sa quête de connaissance, essayant de se renseigner via l'ordinateur, qu'il maîtrisait à peu près jusqu'à ce qu'elle rentre. Marina avait d'ailleurs remarqué que peu d'objets bougeaient en son absence. Elle eut un pincement au cœur. Lancel ne se sentait pas assez chez lui ou à son aise pour agir à sa guise chez elle. C'était à peine s'il osait prendre un verre d'eau, malgré ses indications très claires que sa maison était la sienne. Une infirmière passait deux fois par semaine pour s'assurer que tout allait bien et il devait se rendre à l'hôpital une fois dans la semaine pour un suivi de routine. En général, cela avait lieu le mercredi après le travail de Marina. Les médecins étaient stupéfaits par une telle guérison. Cela était rapide et ils mirent cela sur le compte de l'état d'esprit de Lancel, un combattant persévérant. Il avait envie de rire en les entendant.

Lui, fort ?

C'était la blague du siècle...

Marina était forte.

Elle supportait tout, et avec le sourire, sans un mot de reproche. Il avait débarqué dans sa vie comme une bombe à retardement, il avait sali sa maison, ruiné une de ses tenues, avait gravé en sa mémoire des souvenirs affreux, il devait peser lourd dans son humble budget, elle devait le materner, lui qui était littéralement un nouveau-né dans ce monde étrange qui était le sien. Et pourtant, elle le faisait sans un reproche, osant même dire qu'elle était heureuse de l'avoir auprès d'elle. Pourtant, il voyait bien ses moments de faiblesse. Quand ses yeux ne pouvaient s'empêcher de fixer l'endroit où il avait atterri. Quand elle sortait des vêtements de son armoire et qu'elle tombait sur ce qu'elle portait ce soir-là. Les tâches de sang étaient quasiment parties, pourtant elle ne mettait plus cet ensemble, et il voyait que cela la blessait presque que de les prendre. Quand elle l'avait aidé avec une chemise et qu'elle avait vu ses diverses cicatrices, celle laissée par la flèche que Cersei avait enfoncé un peu plus en le frappant, celle liée à l'attaque de l'enfant espion... Il avait vu, dans son regard vert grisé, un bref éclat de tristesse et de douleur, car cela lui évoquait trop de choses pénibles. Il était réaliste, il lui apportait bien plus de misères que de joies. S'il voulait se remettre, c'était avant tout pour la soulager. Elle méritait tellement mieux que de jouer les nounous avec un homme brisé et handicapant ! Ces pensées, il les avait à chaque fois qu'il sortait de la clinique. Marina l'observait, ne disait rien, le pensant fatigué. Puis ils rentraient et elle essayait de le faire sourire un peu. Ces soirs-là, suivant la visite au CHD, Lancel se couchait avec la même rengaine qui hantait son esprit, une phrase qu'il ne prononçait pas car cela déclencherait l'ire de sa protectrice, mais une phrase qui restait, en laquelle il croyait :

Ce soir-là, quand elle l'avait retrouvé, il aurait mieux fait de mourir.

Et s'il ne se tuait pas, c'était uniquement par respect pour Marina, pour que ses efforts ne fussent pas vains. Si elle n'avait pas été là, il y avait longtemps qu'il aurait mis fin à sa pathétique existence. Vivre lui paraissait impossible, difficile, le simple fait de se savoir en vie alors qu'il ne le méritait pas, que d'autres avaient été tellement mieux que lui, était une plaisanterie amère et dans les pics de sa douleur mentale, même respirer lui paraissait insurmontable. Et ce qui le faisait se sentir encore plus mal, c'était d'imaginer la déception de Marina si elle savait ce qu'il y avait dans son crâne. Dans ces moments-là, il avait envie de pleurer mais il ravalait ses larmes. Marina dormait, elle travaillait, elle. Il ne fallait pas la réveiller.

Elle ignorait que son petit mot du jeudi matin le soulageait presque autant qu'il amplifiait sa honte, mais pourtant, il lui donnait la force d'aller jusqu'au mercredi suivant. Encore une fois, elle lui offrait tout, elle lui offrait trop lui qui ne méritait rien.

Seuls les quatre murs de la cuisine étaient les témoins de ses larmes silencieuses.

XXXXX

C'était vendredi soir et Marina soupira de contentement alors qu'elle ôta ses chaussures. La période des fêtes allait commencer sous peu et avec le flux des gens qui allait se ralentir, l'association où elle travaillait lui avait proposé de finir plus tôt le temps des vacances, ce qu'elle accepta de bonne grâce. Trente minutes, c'était court mais cela changeait tout. Elle retrouva Lancel assis, un livre en main.

- Bonsoir ! Lança-t-elle gaiement

Il la salua et elle s'installa à ses côtés.

- Cela te dérange si je joue pendant que tu lis?

Il marqua sa page et posa son ouvrage, expliquant qu'il voulait regarder. Il n'y connaissait pas grand chose mais pour le peu qu'il l'avait vue jouer, cela lui avait paru amusant. Elle lança alors sa partie de Resident Evil III sur Gamecube, elle en était arrivée à la partie de l'hôpital avec Carlos. Elle arriva vite à la cutscene de l'explosion mais après celle-ci, elle mit assez vite son jeu en pause. Elle avait vu, du coin de l'oeil, Lancel se raidir. Elle tourna la tête. Il était blanc, les yeux fixant quelque chose dans le vague, il tremblait. Elle se mordit la langue, honteuse de son pauvre jugement. Elle venait de lui faire revivre l'explosion du feu grégeois. Elle avait oublié qu'il était victime du syndrome post-traumatique.

- Idiote ! Se fustigea-t-elle mentalement

Sa respiration avait également changé, il était vraiment en état de peur. Elle posa doucement sa main sur sa joue et appela son nom calmement. Le fait de sentir une présence chaude sur son corps sembla le sortir de sa plongée dans ses souvenirs. Il tourna légèrement la tête pour la voir.

- Tout va bien, Lancel. Tu es à Dunkerque, avec moi, tu ne crains rien ici. Tu es en sécurité. Ce que tu as entendu est une fiction.

Peu à peu, il sembla reprendre ses esprits et il s'excusa.

- Non, c'est moi qui m'excuse. C'est moi qui ait causé ça.

Elle sauvegarda vite et changea de jeu. Lancel sembla se détendre face au monde coloré et mignon de Rayman sur Playstation.

XXXXX

Cette nuit-là, Lancel se réveilla en sursaut, comme lors de nombreuses nuits. Ce rêve, toujours le même, où il se voyait être incinéré vif par le feu grégois, ses organes explosés par la pression, le septuaire détruit et la dernière chose qu'il voyait toujours était le visage de son père. Son cri de douleur résonnait encore dans son esprit. Il s'assit et ramena ses genoux vers sa tête, les entourant de ses bras. Arriverait-il un jour à vivre à nouveau normalement ?

- Lancel ?

Marina était debout et elle l'avait entendu.

- Merde... Pensa-t-il

Elle entra, demandant si tout allait bien.

- Juste un mauvais rêve, tu peux aller dormir.

- Cela t'arrive encore souvent ?

- Juste cette nuit.

Il la regarda, elle ne semblait pas convaincue. Il avoua alors qu'il en faisait presque toutes les nuits. Elle s'installa à ses côtés et l'observa. Ses cheveux avaient bien poussé, sa blondeur était revenue avec la longueur. Il avait une coupe semblable à celle de Jerome Clarke, joué par Eugene Simon, celui qui l'incarnait à l'écran. L'étoile des Sept, gravée sur son front, était presque complètement effacée. Elle replaça avec délicatesse une de ses mèches qui allait tomber sur ses yeux.

- Tu veux m'en parler ? Demanda-t-elle

Elle pouvait voir que cela était difficile pour lui.

- Dans mes rêves... Je les tue toutes les nuits...

Elle n'eut pas besoin d'un mot de plus pour comprendre et elle l'attira à elle. Il se nicha instinctivement contre elle, sa tête contre son épaule, près de sa nuque. Il ferma les yeux et s'autorisa à laisser quelques larmes couler. Elle ne prononça pas une seule parole, se contentant de le serrer contre elle et de lui frotter gentiment l'épaule. Quelques minutes plus tard, il se redressa.

- Tu veux quelque chose ?

- Marina...

Elle le regarda. Il avait l'air clairement embarrassé.

- Est-ce que... Est-ce que tu peux rester avec moi ?

Elle eut un petit sourire et prit place à ses côtés alors qu'il se décala pour la laisser entrer. Elle pouvait sentir sa gêne, il essayait de la laisser entrer dans son monde, dans sa tête, de faire tomber ses murs et cela était éprouvant. Elle était fière et touchée d'être celle pour qui il essayait de s'ouvrir.

Le lendemain matin, quand elle se réveilla, la première chose qu'elle vit fut le visage paisible et endormi de Lancel, dans ses bras, bercé par un sommeil serein.

A Suivre