Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !
Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?
Lancel à Dunkerque - Renaissance
Chapitre 11 : Jalons
Quand Lancel était arrivé chez Marina après six mois d'hospitalisation, l'hiver battait son plein. Puis la neige avait cédé sa place aux fleurs, puis les fleurs à la chaleur ardente, pour se transformer en feuilles rougeoyantes puis redevenir neige dans un cycle parfait et immuable. Cela faisait désormais un an et demi qu'il avait fait une entrée fracassante dans la vie de celle qui l'avait recueilli. Il y avait eu des dates, des petites pierres pour parsemer le calendrier de moments, de joie ou de peine.
L'anniversaire de Lancel.
Il avait été assez surpris que la conversion du calendrier de Westeros vers celui de la France avait été parfaite. Bien sûr, il avait ses papiers administratifs, ceux qui étaient mystérieusement apparus quand il avait été emmené d'urgence au CHD de la ville, indiquant sa naissance en janvier 1993. Mais en faisant les calculs, il s'était rendu compte que la date sur cette carte en plastique était l'équivalent de celle qui l'avait vue naître à Port Lannis des années plus tôt. Ce qui l'avait encore plus surpris, c'était que Marina s'en était souvenu. Qu'elle avait voulu le fêter. Il n'était pas encore en très grande forme, pour autant, elle avait rapporté un gâteau au citron après le travail, qu'elle avait commandé exprès des jours à l'avance, sachant que c'était son préféré. Elle s'était gardée de mettre une bougie dessus. Le matin, sur le petit mot qu'elle lui laissait toujours, elle lui avait écrit « Joyeux anniversaire ! » et il avait senti toute son énergie et sa joie. Le soir, elle avait essayé de refaire un plat de Westeros qu'il aimait. Le résultat avait été mitigé. Elle n'était pas une grande cuisinière, même si ce qu'elle faisait était correct, et ce de son propre aveu, et il n'avait qu'une vague idée de ce qu'il y avait comme ingrédient ou de la manière de l'accommoder. Pour autant, l'attention avait rendu l'expérience délicieuse à ses yeux. Parce qu'elle s'en souciait et qu'elle avait essayé de tout son cœur. Elle avait même tenu à lui offrir un cadeau : les fameux portraits de son père, des moineaux, de toutes les personnes ayant compté dans sa vie. Même celui de sa mère était là, vue par un artiste. Il avait été heureux, sincèrement heureux, mais revoir les revoir, alors que presque tous étaient morts, que d'autres le croyaient morts et le pleuraient peut-être, alors que lui était au chaud, avec une part de gâteau devant lui, ajoutait un peu d'amertume à cette joie. Marina avait eu un cadeau parfait, c'était lui qui était défectueux. Comme toujours. Il était réellement heureux de pouvoir les voir à nouveau, qu'ils soient de nouveau avec lui d'une nouvelle façon, pour autant, il s'était instinctivement mordu la langue pour essayer de se retenir de pleurer. Et encore une fois, Marina avait semblé comprendre, car elle avait gentiment serré son épaule avec sa main dans un geste amical. Sa gène était d'autant plus grande qu'il avait privé Marina de la célébration de ses vingt-quatre ans.
C'était le jour de ses vingt-quatre ans, la veille de Noël, qu'il était revenu de la clinique et elle avait annoncé à ses proches qu'elle ne voulait pas le laisser seul la veille de cette fête si importante dans ce monde ou dans les jours qui suivaient. Ils avaient compris et avaient loué son bon cœur et étaient passés dans la journée pour l'embrasser et lui offrir ses présents. Les autres membres de sa famille l'avaient vue de la même manière dans le courant de la semaine. Lancel savait ce qu'était Noël. Grâce à la télévision à l'hôpital, il en savait assez pour en connaître la place qu'il prenait dans la société, combien le réveillon de cette fête était presque sacré pour eux. Et pourtant, pour lui, elle avait sacrifié ce moment en famille, cette célébration, en plus de celle du jour de sa venue au monde. Elle avait déclaré qu'elle n'était pas seule, ce qui n'était pas faux, il était avec elle. Pourtant, il ne le méritait pas. Il la privait des siens et elle restait encore avec lui, soucieuse de son sort. Il aurait pu s'en sortir seul pour une soirée. Il n'était pas bien vivace de toute façon, il aurait pris les médicaments qu'on lui avait donné et il se serait couché bien vite. Il n'aurait peut-être pas dormi, cependant il n'aurait été un dérangement pour personne. Mais non. Elle était restée avec lui, parce qu'elle ne voulait pas qu'il soit seul en cette nuit spéciale, lui, l'étranger qui avait ruiné son salon et sans doute sa vie. Et le pire, c'était qu'elle semblait apprécier ce premier réveillon de Noël et ce premier anniversaire avec lui. Elle avait même osé dire que son plus beau cadeau, c'était qu'il soit en vie, à ses côtés. La soirée avait été douce, elle avait essayé de lui montrer plus de choses de son monde à travers les films, les séries ou autres. Il était resté éveillé jusque minuit mais, éreinté, il était parti se coucher peu après les douze coups marquant la naissance d'un jour nouveau.
Puis il y eut des fêtes qu'il ne connaissait pas mas qu'il découvrit, grâce à Marina et aussi grâce à sa famille, qui l'invitait à les fêter avec eux, comme Pâques.
Il y eut le fameux 26 juin, le jour où tout avait basculé.
Cela faisait un an que Lancel était arrivé de manière toute aussi mystérieuse que catastrophique dans l'appartement de celle qui veillait sur lui.
Cela faisait un an que Cersei avait lancé sa vengeance.
Cela faisait un an que Kevan, que le Grand Moineau, que les amis de Lancel, avaient été assassinés et qu'il avait manqué de mourir.
Marina avait intérieurement appréhendé cette date. Au-delà de la pierre de la première année de vie commune que cette date posait, elle craignait comment Lancel allait le vivre. Il avait essayé tant bien que mal de mettre cet épisode de sa vie de côté, pour tout simplement survivre et tenter de guérir. Elle savait qu'il avait la mémoire des dates. Il avait étrangement paru égal à lui-même toute la journée. Mûe par une intuition, elle alla vérifier discrètement comment il allait avant d'aller se coucher, tentant elle-même de ne pas penser à l'anniversaire de la nuit d'horreur qu'elle avait vécu, là où son cœur avait été en proie à tant de d'émotions aussi contraires qu'intenses. Lancel était en vie et c'était tout ce qui importait. Elle observa sa chambre à travers l'interstice de la porte. Il regardait les portraits de ceux qu'il avait perdu et un faible son confirma ce qu'elle avait pensé. Elle entra sans un bruit et l'enlaça doucement par derrière, sa tête se posant sur son épaule. La main du jeune homme se posa sur la sienne et il continua à évacuer sa douleur. Ce soir-là, ce fut ensemble, lui niché dans les bras de sa protectrice, que Morphée les trouva et enlaça les amoureux platoniques.
Leur amour...
En était au même point qu'avant.
L'un et l'autre s'étaient bien gardés de s'ouvrir à propos de leurs sentiments et de la nature de ceux-ci. Marina les avait mis de côté pour privilégier l'amitié et la confiance qu'ils avaient forgés avec le temps et contrairement à ce que l'on pouvait penser, elle en tirait des réconforts et du plaisir. Cela lui suffisait. Ce n'était pas comme si Lancel pouvait l'aimer en retour, selon elle. Lancel, quant à lui, ne voyait pas l'intérêt de les lui avouer. Il fallait d'abord qu'il accepte l'idée folle qu'il était tombé amoureux, une nouvelle fois. De ne pas avoir peur d'aimer. De toute façon, cet amour, il ne pouvait pas le tuer, alors il essaya de faire ce que le prêtre lui avait conseillé : un travail sur soi.
Apprendre à se pardonner.
C'était là le plus dur. Car même s'il essayait de se marteler les phrases de Marina en tête, de se convaincre lui-même que tout ce qu'elle lui avait dit était vrai, le problème de fond était plus qu'il se détestait, pétri des mots qu'on avait pu lui rabâcher quand il était écuyer puis chevalier. Il essayait de prendre tous les mots de Marina et de les laisser infuser dans sa tête, dans son cerveau, puis dans son cœur, pour qu'ils se répandent en lui. Cela marchait un tout petit peu sur le plan de la culpabilité. Elle était devenue plus une gène, ce qui était une amélioration, ou tout du moins, il l'espérait.
Le dix-sept décembre 2017, Marina était excitée comme une puce. Tous les ans, pour la période des fêtes, une fête foraine s'installait le long du canal exutoire de sa ville. Pour elle, cela ne sentait vraiment Noël que quand les étals de réglisses américains envahissaient la route et la place Jean Bart. Elle avait pour habitude de s'en acheter mais aussi de faire au moins un tour de son manège préféré : la pieuvre. Lancel trouva que cela lui allait bien, elle qui appréciait le personnage de Theon Greyjoy. Il était quatorze heures et la foire avait enfin débuté, la musique résonnait au loin.
- Tu veux venir ? Lui demanda-t-elle
Il enfila ses chaussures et ensemble, ils prirent la direction de la foire. Il n'y avait pas encore trop de monde, aussi circuler était facile. Lancel observait les différents manèges, les stands, les jeux. Beaucoup de manèges à sensations. Il savait que Marina ne monterait pas dedans, étant de nature assez sensible au niveau de l'oreille interne. C'était bruyant et vivant, comme la capitale. Mais il ne s'attendait pas aux bruits des machines : des bruits de fausses explosions, des lumières fortes, notamment des lumières vertes. En une seule seconde, ce n'était plus Dunkerque et le canal menant vers la caserne de pompiers qu'il voyait, c'était le souterrain sous le septuaire. Les barils. Le feu grégeois. Il n'entendait même plus les musiques, les gens qui passaient. Tout ce qu'il voyait, c'était ce vert phosphorescent, cette bougie presque morte, tout ce qu'il entendait, c'était sa respiration, ses gémissements d'efforts et de douleur, les battements apeurés de son cœur. Il ne sut pas comment il le fit mais il se stoppa net et attrapa la main de Marina d'un coup sec. C'était tout ce que son esprit arrivait à lui intimer. Marina. Marina. Marina. Elle se retourna, surprise par sa poigne. Elle le découvrit blanc, le regard perdu, son esprit bien ailleurs, son être respirant l'angoisse.
- Mais quelle conne ! Se blâma-t-elle
Lancel allait mieux mais elle aurait dû penser à tout ce qu'il y avait là, mais non ! Elle n'avait pensé qu'à elle et c'était lui qui payait les pots cassés. Elle se rapprocha de lui et passa un bras autour de ses épaules. La chaleur de sa présence et le fait de la sentir près de lui le sortirent de sa transe. Elle revit alors le Lancel qu'elle avait connu au tout début : celui qui l'avait vue depuis son lit, après avoir été sauvé une première fois de la mort. Elle le guida doucement vers une sortie, passant par l'arrière des stands. Arrivés face à la caserne des pompiers, elle tourna vers la droite et commença à remonter vers le centre-ville. Là, elle le fit s'asseoir sur un banc un peu reculé avant de prendre place à ses côtés. Elle lui tendit un sac plastique où se trouvaient des réglisses américains, pour qu'il en pioche un. Le fait de manger semblait l'aider un peu, il avait l'air de retrouver ses esprits.
- Je suis désolée, Lancel... S'excusa-t-elle
Il tenta de lui sourire pour la réconforter.
- Lancel, dis-moi... Tu crois toujours en les Sept ?
Il l'observa un peu tristement.
- Je croirai toujours en eux. C'est en moi, je ne peux pas faire autrement. J'ai été élevé par un père qui, sans être pratiquant, a toujours dit que la religion avait sa place et une mère pieuse qui prie sept fois par jour... C'est juste que... Je ne sais plus ce qu'ils attendent de moi... La seule chose qui fait sens dans tout ce merdier, c'est toi... Tu es la Mère incarnée...
- Je ne suis pas la jeune fille ?
- Un mélange, peut-être... Je ne sais plus...
- Je ne voulais pas que tu te sentes mal là-bas...
Un silence douloureux s'installa.
- Il y a toujours le marché de Noël pas très loin... Tenta-t-il, ne voulant pas gâcher leur sortie par une fin sombre
Elle acquiesça et une fois Lancel remis, ils se dirigèrent vers la place Jean Bart, à cinq minutes de là. Le marché de Noël de Dunkerque était surtout composé de cabanes en bois où on vendait des objets artisanaux, du fait main, des douceurs. Dans le fond, il y avait des attrape-peluches. Si elles émettaient des lumières et faisaient du bruit, cela était des lumières plus douces et ce que l'on entendait était des petites musiques d'accompagnement. L'un des autres péchés mignons de Marina en période de fêtes était de regarder les prix dans les attrape-peluches et de tenter d'en gagner une. Elle adorait les peluches et craquait toujours, en éternelle enfant. Elle repéra un petit lionceau et décida d'essayer de l'avoir. Pour plusieurs raisons. Elle la trouvait mignonne mais c'était aussi l'un des surnoms qu'elle avait pour Lancel sur internet, sur la page Facebook qu'elle tenait. Elle se souvenait encore de la tête de celui-ci quand il l'avait découverte, de ses yeux quand il avait lu les débats qu'elle avait fait dans lesquels elle le défendait corps et âme. Sans pardonner ses erreurs, sans les omettre, elle était encore et toujours son alliée indéfectible. Elle se concentra sur sa pince mais malgré ses efforts, elle ne parvint pas à l'avoir. La géométrie dans l'espace et elle, cela faisait deux, elle avait un problème ophtalmologique qui lui rendait difficile l'évaluation des distances.
- Je peux ? Proposa Lancel
Il se mit à sa place et se concentra sur sa cible. Impressionnant les gens autour de lui, il parvint à attraper le lionceau du premier coup. Il le ramassa dans la trappe et le tendit à Marina. Elle eut un sourire magnifique en le remerciant. Il bénit le ciel pour le vent, cela donnait une explication pour ses joues rouges et personne ne pouvait entendre son cœur battre la chamade. La regardant observer la peluche, il se dit qu'il devait se montrer meilleur pour elle. Elle avait fait tellement pour lui ! Il essayerait de s'améliorer, de changer, de guérir un peu plus, quitte à se faire aider.
Pour lui, pour mieux vivre.
Mais avant tout pour elle.
A Suivre
