Disclaimer : Game of Thrones n'est pas ma propriété, sinon Lancel ne serait pas mort dans la saison 6. Il ne serait même jamais mort d'ailleurs. Cersei, rend-moi mon Lancel !

Résumé : Il aurait dû mourir dans cette explosion... Ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'étaient pas du même monde... Pourquoi lui et pas un autre ?

Note de l'auteur : Ce petit chapitre est un bonus, une réponse au défi n°21 de la page Facebook « Bibliothèque de fictions ». Les conditions imposées étaient : Cent mots minimum, raconter une romance du point de vue d'un objet, insérer les mots et groupes de mots « tulipe », « chapeau » et « tout compte fait ».

Lancel à Dunkerque – Renaissance

Bonus : Pensées d'une robe de bure

- Lancel, qu'est-ce que je fais de ta robe de bure ?

La main de Marina était encore sur moi, alors que j'étais dépliée sur une table, pour vérifier si je n'étais pas abîmée. Grâce à ses soins, les mites s'étaient tenues éloignées de moi. Marina m'avait de suite fait penser à une tulipe et les jours qui avaient suivi m'avaient confirmé ce sentiment. Une petite chose ronde, jaune car les cheveux blonds et teints, à la fraîcheur et la douceur printanières.

Ce n'était pas la première fois que la femme de mon propriétaire me touchait.

La première fois, j'étais pleine du sang de Lancel, blessé et mourant et elle n'avait pas eu peur de se salir, me touchant, se couvrant de sang, en tentant de comprimer sa plaie. Puis, elle m'avait lavée, séchée et j'avais été rangée dans une armoire, à l'abri de tout. Elle ne m'avait pas touchée depuis, considérant que je ne lui appartenais pas. Et dans un sens, j'étais à l'époque l'une des dernières choses que Lancel avait de Westeros. Elle ne voulait pas qu'il se sente violé dans son intimité. Il était dans un monde nouveau dont il ignorait tout et j'étais là, une béquille rassurante, mais aussi un souvenir assez cruel que ce qu'il avait vécu n'était pas un rêve. Elle lui laissait le choix, ce qu'on lui avait rarement laissé auparavant.

- Si tu pouvais la rafraîchir... Je ne veux pas m'en séparer. Répondit-il

Il était en train de bercer leur fille, les joues rougies car malade. Elle semblait se calmer et se plaire dans les bras paternels. Lancel ne demandait pas mieux, dans le fond. Il avait aimé cet enfant dès qu'il avait su qu'elle était nichée en son épouse.

Quelque part, cela me soulageait qu'il ne voulait pas me jeter.

- C'est idiot, je sais... Ajouta-t-il

Marina sourit avant de l'embrasser chastement.

- Ca n'a rien d'idiot. C'est un peu une part de toi, de ton ancienne vie. Et ce n'est pas parce que tu ne la portes plus que tu n'es plus un moineau, tu en es toujours un, à ta manière.

Il finit par lui sourire. Marina avait le don de le faire sourire.

De le faire se questionner aussi.

Car comme il avait changé à son contact !

Et sans qu'elle n'y travaille, car elle n'avait pas voulu le changer, elle l'acceptait tel qu'il était et c'était cela qui l'avait le plus secoué au début de leur cohabitation. Elle le connaissait mieux que personne à cause de livres, d'une série. Il ne la connaissait pas. Et pourtant, c'était chez elle que les Sept Dieux l'avait envoyé alors que le feu grégeois allait l'incinérer, c'était elle qui l'avait veillé à l'hôpital, c'était elle qui l'avait accueilli chez elle, c'était elle qui l'avait aidé à se reconstruire. Elle avait aidé avec tous les soins, elle avait écouté tous les doutes, séché toutes les larmes, fait fuir tous les cauchemars. Oh, bien sûr, Lancel avait fait le plus gros du boulot. Mais se sentir épaulé, se sentir aimé, aimé vraiment, sans aucune idée derrière la tête, cela avait été d'une aide inestimable.

C'était au point qu'il avait fini par l'aimer.

Qu'il avait fini par ne plus avoir peur d'aimer à nouveau après ce qu'il s'était passé avec Cersei.

Qu'il avait fini par l'épouser.

Qu'il avait fini père d'une petite Kenna, née le jour de l'anniversaire de son défunt père, alors que les Dieux lui avaient accordé la joie que sa mère et sa sœur puissent vivre avec eux, loin de cette terre enflammée et belliqueuse qu'était sa terre natale.

Un véritable tour de force.

Marina était une artiste qui méritait là tous les levers de chapeaux.

Quand on y pensait, tout compte fait, c'était de ça dont Lancel avait eu besoin dès le début. De quelqu'un, étranger aux liens du sang, qui se souciait sincèrement de lui et qui ne voulait pas d'autre cadeau que son amitié. Marina avait quand même envisagé le scénario où Lancel m'aurait remise sur lui, parce qu'il pouvait rentrer chez lui. L'amour qu'elle avait pour lui était plus fort que sa peine, elle l'aurait laissé partir. J'étais là quand elle avait fondu en larmes dans la salle de bains, parce qu'elle m'avait sortie pour essayer de me réparer, à l'endroit où cet enfant avait percé mon tissu pour s'enfoncer dans la chair de Lancel. C'était le jour où elle avait réalisé qu'au-delà d'aimer l'homme joué par un acteur, l'homme né des amas d'encre et de lettres, elle était tombée amoureuse de l'homme tout court. D'ailleurs, son « je suis dans la merde » résonnait encore dans mon esprit. Parce qu'elle savait qu'elle devrait peut-être faire face un jour à son départ, car après tout, il n'était pas vraiment chez lui, et même si elle le faisait passer avant elle, elle allait souffrir. En gros, elle s'en voulait de l'aimer. Tout comme Lancel se jugeait indigne de l'aimer, à cause de tout ce qu'il avait fait. Franchement, ils s'étaient bien trouvés. Les Sept leur avaient permis de vivre leur amour, loin de la guerre, loin de Cersei.

Kenna bailla, fermant ses yeux et ses petit poings, commençant à s'endormir. Une fois au pays des songes, Lancel la mit dans son berceau, non sans lui embrasser le front et lui répéter, comme il le faisait toujours, que son papa l'aimait, Marina l'observant, attendrie. Elle me prit et m'installa pour mon futur bain, en compagnie de nombreux autres habits. Face à son petit rire, Lancel fut perplexe.

- Je viens d'imaginer Kenna dans une robe de bure, avec toi dans la tienne. Ca ferait une photo adorable. Un moineau et son oisillon.

Il sourit à son tour, s'accordant le plaisir de l'enlacer.

- Ou si Kenna veut faire du cosplay un jour. Même si cosplayer son propre père, c'est tout un concept. Plaisanta-t-il

Avant même sa naissance, ils avaient discutés ensemble s'ils devaient dire la vérité à Kenna sur les origines de Lancel ou si ils devaient juste la laisser dans l'ignorance pour qu'elle se fonde dans la masse. Puis, ils s'étaient dit qu'ils verraient cela en temps voulu. Ils avaient la chance de s'aimer, d'avoir un enfant, Lancel d'avoir sa mère et sa sœur tout près de lui alors qu'il avait fait le deuil de les revoir un jour. Et surtout, il n'était pas seul, il ne serait plus jamais seul.

Alors que l'eau commençait à imprégner mes tissus, je pensai à ce que Lancel avait dit un jour, lors d'une de ses prières aux Sept, alors que Marina dormait, Kenna non loin, revenues toutes les deux de la maternité :

Plus que de la miséricorde ou du pardon, c'était là une renaissance qu'ils lui avaient accordé.

FIN