Chapitre 2 : une soirée perturbante mais distrayante

La soirée venait de commencer. Une ambiance on ne peut plus particulière semblait se dégager. En apparence, une soirée festive était en train de se jouer : tout le monde semblait avoir pris la peine de vêtir des habits de fête. Mais leur comportement, tout en retenue, n'était pas conforme à cela. Des buffets de nourriture avait été soigneusement préparé avec goût et une estrade avait été dressée. Sans doute certaines personnes procèderaient à des discours au cours de cette soirée.

Malgré la suggestion faite dans l'article publié dans Gazette du sorcier, peu de personnes ayant pris part à la guerre sans avoir été membres de l'Ordre du Phénix ou fait parte de la résistance étaient venues y prendre part. Sans doute ne s'étaient-elles pas senties suffisamment en confiance. Dans ce cas, Drago Malefoy, même si rien ne le laissait paraître, se sentait exactement comme un poisson hors de l'eau. Il sentait qu'il ne serait jamais le bienvenu dans ce genre de soirée. Mais l'intérêt était peut-être là.

Se servant un verre de bierraubeurre, il commençait à se faire des remarques :
« Ma présence semble les faire irradier de bonheur, c'est assez saisissant. Mais c'était si prévisible. Cette soirée risque d'être intéressante. »

Personne ne semblait prêter véritablement attention à lui, à moins qu'ils refusent tout simplement de le regarder, malgré le fait que nombre de ses anciens camarades de Poudlard étaient présents aujourd'hui.
Il entendait d'ailleurs certaines réflexions que certaines personnes se sentaient autorisées de faire, pensant sans doute qu'il ne les entendait pas. Et il fallait dire qu'il aimait ça. Cela lui avait même manqué. Sa présence était remarquée, l'attention se posait sur lui même si aucune des personnes présentes ici ne voudrait sans doute l'admettre.

« Evidemment, dans une soirée comme celle-ci, il aurait été impossible que ces trois-là ne soit pas de la partie. Les superhéros sont de sortie ! »

En effet, le désormais célèbre trio composé de Harry Potter, Hermione Granger et Ronald Weasley se dressait devant le public. Mais ils ne semblaient pas avoir remarqué la présence de leur ex-camarade de classe dans l'assistance. Tous ne semblaient pas donner l'impression d'être très à l'aise, ils auraient sans doute aimé être ailleurs que scrutés par tous avec autant d'attention.

Le premier à prendre la parole étaient bien évidemment celui qu'on appelait le Survivant. Les années avaient passé mais ses cheveux, eux, étaient restés les mêmes. Cette coiffure, ou absence de coiffure c'était selon, le caractérisait toujours autant. Et Drago ne pouvait s'empêcher de faire une réflexion à son sujet.

« Toujours autant fâché avec son coiffeur, comme s'il n'avait pas encore compris que son adolescence n'était qu'un lointain souvenir. »

Un rire avait éclaté derrière lui. Une personne l'avait soutenu dans sa moquerie puérile. Même s'il se moquait de l'identité de ce voisin, il appréciait la sensation d'avoir un public. Mais il ne put pousser ses réflexions alors que Harry Potter prenait la parole :

« Merci à vous tous pour être venu participer à cette soirée avec nous … Nous devons rendre hommage au courage des personnes qui ont combattu pour protéger notre liberté contre la prise de pouvoir des forces du mal. Elles ont résisté, toutes à leur manière … , et parfois au risque de leur propre vie. Leur courage nous permet de désormais dans un monde plus sûr. … Et nous devons leur en être reconnaissant. C'est pourquoi je voudrais que nous levions leur verre à eux, tout autant ceux qui nous ont quitté que ceux qui ont survécu ! »

Il ne semblait guère à l'aise avec cette exercice et semblait avoir espéré pouvoir se dérober tout en essayant de l'accomplir de la meilleure manière possible.
Mais Drago ne pouvait s'empêcher de se faire une remarque :
« Potter, malgré les années et les soirées mondaines, ne sait toujours pas être présentable en public. Aucune allure. Quelqu'un devrait pourtant lui dire que le temps de l'adolescence et de ses errements sont révolus depuis bien longtemps maintenant ! »

Les arguments de ce type étaient facile et peu recherché mais faire des réflexions sur l'apparence de Harry Potter avait un côté revivifiant dont il devait reconnaître les vertus :
« Les années passent et la prestance ne fait toujours pas partie de son vocabulaire »

Mais il devait néanmoins reconnaître que les actes de la résistance à l'égard des actes de Voldemort étaient impressionnants. Même s'il n'avait pas vécu ça de l'intérieur, pour voir leur action et leur motivation, il trouvait cela extraordinaire. Ils avaient eu la force de leur conviction.

« Mais Saint Potter comme tous les Saints, possède une vision si caricaturale du courage. Certes, il est plein de bons sentiments mais totalement hors du monde réel. Et il devra bien s'y confronter un jour. »

Alors que tous étaient en train de lever leur verres, Harry Potter en profitait pour reculer et ainsi se mettre en retrait tout en restant sur l'estrade. Et, comme pour céder le flambeau, il s'exclama :
« Mais rien de tout cela n'aurait été possible sans l'aide de mes amis qui n'ont jamais reculé devant le danger … et pourtant il y en a eu du danger ! »

Quelques rires retentirent dans la salle. Drago devait reconnaître que la pirouette était très bien exécutée, il avait vu clair dans son jeu : il tentait de détourner l'attention. Et visiblement cela avait plutôt bien fonctionné.

En effet, Ronald Weasley lança une exclamation, faisant rire l'assemblée :
« Oui, ça peut être très dangereux d'être ami avec toi : les problèmes ont très légèrement tendance à constamment graviter autour de nous sans interruption ! »

Il pris à la suite de cela la parole de manière plus sérieuse :
« On a eu la vie dure à cause de toi pendant toutes ces années, totalement au cœur de tous les problèmes possibles et imaginables. Tu nous as collé une sacrée pression sur les épaules ! Mais fort heureusement tu nous en as toujours sorti sinon on ne serait pas là aujourd'hui. Résultat, tu avais à ton actif un sacré CV spécialisé en « combat contre les forces du mal » en atteignant ta majorité. Tu nous as tous sauvé … même quand on n'était pas les personnes les plus méritantes… »

Drago fut assez frappé par ces quelques mots de Ronald Weasley :
« On atteint en vérité le stade de la vénération de Potter. Weasley doit avoir un sérieux souci dans sa vision de lui-même pour avoir un tel sentiment d'adoration de son pote »

Après un temps d'hésitation, le rouquin reprit la parole :
« Enfin, je dis ça mais sans Hermione pour nous sauver les fesses, on n'aurait même pas survécu à la première année ! »

A la lumière de ces mots, tous les regards se tournèrent vers Hermione qui était jusque là restée en retrait. Et elle rougit légèrement. Drago put alors constater à quel point cette dernière avait changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Mais sans doute était surtout son regard sur le monde qui avait évolué : les préjugés ancestraux de sa famille étaient progressivement remis en question même si les habitudes ont souvent la vie dure. Il la détestait toujours autant mais plus pour les mêmes raisons.

Et la prise de parole de la jeune femme lui permit de vérifier son rapport à la personne qu'elle était devenue :
« Tout le monde a amené sa pierre à l'édifice. Tu ne dois pas te sous-estimer Ron … Même si c'est vrai qu'on n'a pas toujours été très correct à l'égard de Harry. On a été uni dans l'épreuve et on en a triomphé ensemble, c'est la seule chose qui compte. On a su prendre La bonne décision. Il existe tant de formes différentes de courage après tout. Et je crois que, au nom de tout ça, on devrait tous lever nos verres à toutes les personnes qui sont mortes et nous devons aussi honorer leur sacrifice pour profiter de ce monde sorcier désormais en paix. Même si cela est difficile, nous devons recommencer à vivre sans se demander sans cesser pourquoi nous avons, contrairement à eux, réussi à survivre à cette terrible guerre. »

Drago ne put s'empêcher de partager ce moment de communion. Il devait reconnaître qu'elle avait bien changé depuis la guerre. Elle s'était affirmée et en imposait désormais. C'est une femme intelligente et pourvue d'une prestance et d'une élocution dont ses deux acolytes semblaient totalement dépourvus. Et il devait admettre que c'était plaisant. Mais une phrase l'avait énormément dérangé. En insistant sur le fait que les résistants avaient fait le bon choix, elle avait sans le savoir appuyé sur un point douloureux pour le jeune homme.

Et c'est ainsi qu'il commençait à cogiter à moins que l'on puisse considérer qu'il ruminait :
« Comme si tout le monde avait eu le choix concernant leur prise de position au sein de cette guerre. Je préfère ne pas imaginer ce qu'il serait advenu si je n'avais suivi gentiment les positions paternelles ! Je pense que mon père m'aurait délicatement ramené dans ce qu'il considérait comme le droit chemin avec toute la délicatesse dont il était capable. »

Durant cette soirée, les gens se croisaient, allaient et venaient. Mais ils profitaient aussi du buffet. Peu de personnes souhaitaient néanmoins échanger avec Drago Malefoy. Cependant cela ne le dérangeait guère, il pouvait ainsi rester dans ses pensées. Et en se resservant un verre, il fit une réflexion à voix haute sans faire attention :
« Personne n'a le monopole de la souffrance. Eux et leur mémoire sélective… »

Alors qu'il ne s'y était pas attendu, une personne attentivement prêté attention à ce qu'il venait de dire. Intriguée par cette réflexion, la personne en question ressentit le besoin d'en savoir plus. Elle semblait en effet étonnée que l'on puisse tenir ce genre de propos dans un moment comme celui-ci. Et elle décida ainsi d'engager la conversation :
« Les moldus appellent cela les conflits de mémoire mon cher Malefoy. »