CONFRONTATION
avril 833

La taverne débordait de bruit et d'agitation. La serveuse solitaire peinait à faire son travail ; tous ces jeunes hommes pleins d'énergie et de bons mots lui tournaient la tête. Elle se glissait entre les tables avec souplesse, son plateau surchargé de consommations, soulevé haut au-dessus des têtes. Vivement que ces ouvriers retournent au travail, qu'elle puisse reprendre son souffle.

Elle sentit une énorme main se glisser sous son jupon, et elle se retint de sursauter en poussant un cri. Ce genre d'intrusion n'était pas rare mais elle ne pouvait s'y habituer. Même quand on était une fille honnête, il restait difficile de garder toute sa dignité dans les bas-fonds. Son patron l'avait poussée à accepter les avances des clients afin de gonfler la recette, mais elle ne s'y était jamais abaissée. Elle préférait gagner moins qu'en être réduite à ça. Elle se tortilla afin de se dégager et posa le plateau sur la table à côté. Les jeunes hommes se jetèrent sur les boissons et elle repéra celui qui venait de la toucher ; un garçon aux sourcils bas, au large nez, qui s'évertuait à la fixer avec intensité. Il ne cillait pas. Elle n'aimait pas ce regard-là, il lui faisait vraiment peur...

Il voulut glisser sa main dans son corsage mais elle fit un bond en arrière, en le repoussant.

- "Ca va, ma mignonne, fais pas ta mijaurée..."

- "Egon, fiche-lui la paix."

- "Bah, si on peut même plus rigoler..."

La serveuse s'enfuit en se jurant de ne plus approcher cet inquiétant individu.

- "Putain, Clem, tu fous vraiment tout en l'air !" s'écria Egon.

- "Tu devrais garder tes mains dans tes poches, c'est tout. Tu lui a collé une trouille bleue, j'l'ai vu à ses yeux."

- "Mais non, j'voulais juste un peu d'tendresse. Si t'aimais les gonzesses, tu saurais c'que c'est."

- "J'ai pas d'problème de tendresse, rassure-toi."

Clem jeta ses cartes sur la table et tous les membres du gang se mirent à soupirer en voyant cette main. Il avait tout raflé. Seul Egon ne montrait pas de déplaisir particulier ; la dernière phrase de son ami résonnait encore dans sa tête. Les préférences sexuelles de Clem l'avaient toujours profondément dégoûté sans que cela n'ait pourtant entaché son affection pour lui. Il semblait être le seul du groupe que ça gênait. Peut-être parce qu'il connaissait Clem depuis l'enfance, depuis un âge où on ne pensait pas encore à toutes ces choses-là. Il n'avait jamais envisagé que son ami deviendrait ce qu'il est.

Ils avaient eu presque la même histoire, les mêmes fréquentations, les mêmes intérêts. Pourquoi s'était-il tourné vers les filles et pas Clem ? Il l'ignorait et cela le mettait en colère quand il y pensait. Il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il y avait quelque chose qui clochait chez lui, qui l'empêchait de devenir un homme véritable, un homme qu'on respectait. Cependant... il était respecté malgré tout. Alors il laissait faire. Ils évitaient juste de trop en parler.

Ce n'était pas faute de l'avoir traîné plus d'une fois chez les putains. Il s'était contenté de rester à l'écart, en regardant à peine, pendant qu'Egon faisait ses petites affaires, rien de plus. Cela n'avait rien provoqué chez lui, le corps des femmes le laissait indifférent. Mais Egon aimait Clem ; il avait toujours été là pour lui, quand son connard de père l'avait foutu dehors à coups de pied. Il ne l'avait jamais regretté, cet enfoiré passait son temps à le tabasser, mais après son abandon, il avait cru devenir fou. Clem l'avait trouvé errant dans la rue et avait commencé à le fréquenter. Il lui apportait de la nourriture, des vêtements, tout ce dont il avait besoin. Ils avaient grandi ensemble, mais dans des directions différentes. Clem était naturellement ouvert, et voyait seulement le bon côté des gens. Egon avait toujours pensé que cette faculté l'empêchait de déceler le mal qui rôdait. Egon se méfiait de tout, toujours prêt à fuir ou à se battre s'il le fallait. Pour lui, tout le monde était dangereux et voulait sa peau. Même les gars du gang, il les regardait parfois avec suspicion. Il n'avait confiance qu'en Clem. A part le petit Furlan, lui, il était clean.

Puis, la peste avait décimé une bonne partie des habitants des bas-fonds. Les parents de Clem avaient trouvé la mort et ils avaient dû apprendre à se débrouiller seuls. Ils comptaient totalement l'un sur l'autre, ne se séparaient jamais et faisaient tout ensemble. Ce furent les meilleurs moments de sa vie, quand ils échappaient aux gardes après avoir commis leurs larcins, les perdant dans le lacis des rues délabrées qu'ils connaissaient comme leurs poches.

Egon se souvenait de la première fois où il avait surpris Clem avec un autre garçon. L'oeil collé contre le trou de la porte, il avait regardé sans pouvoir s'en empêcher. Au début, il n'avait pas trouvé ça dégoûtant du tout, et même un peu excitant. Mais au bout d'un moment, une décharge violente lui avait traversé le cerveau, et il avait senti l'envie de vomir lui remonter le long de la gorge. S'il l'avait pu, il les aurait tués tous les deux tellement cela lui faisait mal et horreur.

Il l'avait engueulé après. Comme s'il sentait qu'il avait un droit de regard sur qui il fréquentait. Si cela avait été une fille, il n'aurait pas réagi ainsi ; mais l'idée qu'il pu y avoir un autre garçon dans sa vie... Il ne la supportait pas. Cela le hantait. Clem ne s'était pas rebiffé, il s'était contenté de lui dire qu'il pouvait coucher avec qui il voulait, que cela ne le regardait pas, que cela ne changeait rien au fait qu'il était son meilleur ami. Mais depuis ce jour-là, Egon s'était senti très différent. Il scrutait les conquêtes de Clem avec animosité, si bien que son ami avait cessé par la suite de les amener là où ils créchaient. Il avait continué cette bonne habitude une fois installés dans la planque. Egon pouvait donc faire semblant de ne rien savoir. Mais il savait tout de même.

- "Egon, tu rejoues, ou quoi ?"

La voix de Hagen le tira de ses songes. Il hocha la tête et pris ses cartes. Mais Clem se leva de table, les yeux au loin.

- "Jouez sans moi, les gars, j'ai un truc à faire."

Il s'éloigna et tous le suivirent des yeux en silence. Egon fit de même et bientôt il comprit ce que comptait faire son ami. Clem se dirigea dans un coin de la taverne et rejoignit Livaï, qui était assis à une table à part. Il avait dû rentrer pendant qu'Egon était dans ses pensées car il ne se souvenait pas de l'avoir vu. Il serra les poings. Il pouvait pas sentir ce gars-là. Quand Clem se glissa sur la chaise qui faisait face à Livaï - tranquillement en train de lire un livre -, Egon s'attendit à ce qu'il se fasse rembarrer. Il en aurait été très satisfait. Mais tout au contraire, Clem fit signe à la serveuse et passa commande. Quand elle revint avec deux tasses de thé fumant, c'en fut presque trop pour lui. Il poussait l'affront jusqu'à boire cette saloperie, comme lui ?! Il eut envie de renverser la table et d'aller culbuter sur le champ cette belle poule qui faisait le service, rien que pour se laver les yeux de ce spectacle répugnant ! Quand il vit la main de Clem se rapprocher doucement de celle de Livaï, par-dessus la table, aux yeux de tous, il comprit qu'il ne pourrait en supporter davantage. Il lui fallait de l'air. Il se leva à son tour.

- "Continuez sans moi, les gars, j'sors."

Il fila vers la porte, s'accouda contre le mur et vomit un flot de bile mêlée de bière. L'odeur était horrible. Tandis qu'il restait là, haletant, il entendit un rire derrière lui.

- "Et ben, mon vieux, on tient pas la bibine ?"

Il ne connaissait pas cet homme mais il s'en fichait. Il lui envoya son gros poing directement dans la mâchoire, qui craqua sous l'impact. L'homme alla s'étaler sur le pavé en lançant une plainte, mais Egon se sentit bien mieux après ça. Cependant, il n'était pas contre une autre baffe dans la gueule de ce con.

- "Si tu tiens à la vie, casse-toi", grogna-t-il.

Le type s'enfuit sans demander son reste, le visage en sang.

...

Clem était en train de sculpter un bout de bois quand ses amis rentrèrent , à moitié saouls mais très joyeux. Assis sur le vieux sofa qu'ils avaient déniché dans une décharge, la jambe droite souplement croisée sur sa jambe gauche, il laissait tomber les petits copeaux sur le tablier attaché à sa taille, afin de ne pas salir. Il n'était pas allé avec eux car il voulait être être seul. Le soudain vacarme de leur retour le dérangea à peine.

Furlan rentra le premier, bien plus frais que les autres, et tous se laissèrent tomber là où ils pouvaient. Quelque chose lui disait qu'ils dormiraient comme des masses. Il sourit pour lui-même en extrayant un gros morceau de bois. Il allait attaquer la phase la plus délicate... Ses doigts armés de la lame valsèrent sur la surface de la sculpture en forme de tasse et il parvint à façonner la forme qu'il avait en tête. La anse serait ornée de petits motifs floraux raffinés...

Hagen se posa à côté de lui en faisant attention de ne pas le déranger. Tous savait qu'il ne fallait pas s'y risquer dans ce genre de situation. Clem se mettait rarement en colère mais il détestait rater ce qu'il entreprenait. Il se contenta de scruter l'ouvrage avec des yeux ronds, le visage tendu en avant, la bouche ouverte, toujours stupéfié par la dextérité de son chef. Quand Clem se mit à admirer le résultat de son dernier mouvement, il se risqua à lui demander :

- "C'est pour quelqu'un ?"

- "Qui sait ?" répondit Clem malicieusement.

Egon tendit l'oreille malgré lui à cette réponse et ses vieux démons revinrent bourdonner dans son crâne. Il fit semblant de rien cependant. Fester se proposa pour faire la cuisine.

- "Vous avez faim, les gars ? J'vous fais un frichti ?"

- "Ouais, j'ai les crocs !" s'écria Hagen.

- "J'vais mettre la table", décida Furlan.

- "On est pas chez tes vieux, t'as pas besoin d'"mettre la table", mec !"

Egon, lui, resta debout près de l'entrée, ne sachant trop ce qu'il voulait faire de sa soirée. Il n'avait pas très faim. Il regardait Clem, totalement absorbé par son ouvrage, appliqué à tailler des petites fleurs dans le bois tendre le long de la anse de la tasse en bois. Il ne sculptait pas ce genre de chose d'habitude ; il préférait les animaux. Mais il semblait mettre autant de passion dans cet objet ridicule... Il grinça des dents.

Clem se leva avec son matériel et glissa à Fester qu'il se rendait dans sa chambre ; il reviendrait se servir une assiette tout à l'heure. Le vieux fourneau récupéré chez les parents de Furlan commençait déjà à fumer et le cuisinier sortit les ingrédients de leur petite réserve.

- "Y a plus grand chose, là-dedans ! Faudra retourner aux courses, chef..."

- "J'y penserai", lança Clem avant de refermer la porte. "Mais vous pouvez aussi vous y coller d'temps en temps !"

- "J'irai la prochaine fois", se proposa Furlan.

Après tout, c'était lui qui tenait les comptes de tout le monde ici. Ils avaient tous confiance en son intégrité et il paraissait tout indiqué qu'il se charge également des commissions. Furlan était le plus jeune et le moins costaud de la bande, c'était lui qui ramenait le moins d'argent au foyer. Et il avait toujours à coeur de se rendre utile pour tous. Mais par-dessus tout, il admirait beaucoup son chef.

Quand la porte de la chambre de Clem se referma, Egon décida de s'éclipser à son tour. Il ouvrit la porte pour ressortir quand Gernot l'interpella :

- "Tu vas où ? Tu retournes boire ?"

- "Nan, j'vais m'balader."

- "T'as pas un mauvais coup en tête, hein ?"

- "Mais non, pour qui tu m'prends ?"

- "Rien rien..."

Egon pouvait paraître très intimidant quand on mettait sa parole en doute, aussi Gernot n'insista pas. Quand le grand gaillard fut sorti, il glissa à Furlan :

- "J'ai l'impression qu'il va pas bien..."

- "J'ai remarqué aussi."

- "Tu pourrais l'suivre ? Juste pour savoir où il va ?"

- "Eh ! pourquoi moi ?"

- "Il t'a à la bonne, et comme t'es l'plus faible de nous tous, il osera pas t'cogner s'il te voit !"

- "Qu'est-ce que t'en sais ?!"

- "Allez, juste pour s'assurer qu'il s'attire pas d'ennuis. Fais-le pour Clem."

Furlan se leva de table en soupirant.

- "Ok, mais j'm'éternise pas. Gardez la bouffe au chaud, hein !"

Il ouvrit la porte à son tour, tourna à l'angle de la rue et emboîta le pas à Egon qu'il distinguait encore au loin.

...

Il n'était pas encore sûr de ce qu'il voulait faire. Aussi laissa-t-il le hasard guider ses pas. Les mains dans les poches, le front bas, il espérait presque que quelqu'un tente de l'agresser pour pouvoir passer ses nerfs. Il jetait de fréquents coups d'oeil à l'obscurité des ruelles environnantes, afin d'anticiper une possible attaque. Il entendit un vague bruit derrière lui mais cela devait être un chat. Rien ne vint. Alors Egon rumina de nouveau ses sombres pensées.

Il imagina un moment ce sale rat de Livaï tentant de lui faire les poches, et lui, déchaîné, lui brisant le bras en le tordant avec vigueur et plaisir... Et l'achever à coups de pied, effacer sa belle gueule dans la poussière des bas-fonds, déguster chacun de ses râles d'agonie... Il s'en chopa presque une érection. Mais il ne fallait pas trop compter là-dessus. Il connaissait la force de ce rat, et il savait que le mettre à terre serait loin d'être facile. En tout cas, pas tout seul. Si seulement il pouvait exciter les autres contre lui... Mais Clem ne le permettrait pas.

C'était pour lui qu'il fabriquait cette tasse, il le savait.

En songeant ainsi, il se retrouva dans une rue familière. Il l'avait déjà arpentée en suivant le rat à distance pour savoir où il créchait. Il n'était plus très loin de son trou. Il fallait croire que c'était le destin qui l'avait amené ici. Alors il allongea le pas, bien décidé à en découdre. Cependant, Egon n'était pas assez stupide pour en venir de suite aux mains. Il allait acculer le rat dans son terrier, lui faire peur, le titiller pour voir ce qu'il avait dans le ventre et dans la tête et lui faire comprendre qu'il devait rester loin, très loin de Clem.

Il remonta le chemin jusqu'à la tanière de sa proie. Il ne s'exposa pas tout de suite et glissa un regard furtif de derrière un angle de mur. Le rat était là, sur le pas de sa porte, balayant les quelques détritus que l'air fétide des bas-fonds avaient amenés devant chez lui. Il détailla sa silhouette en tension, faussement décontractée, ses gestes souples et précis, son cou fin qu'il se ferait une joie de serrer... Il secoua la tête et chassa pour l'instant ces pulsions violentes. Il était venu pour parler après tout.

Il s'exposa à la lumière d'un réverbère tordu et fit du bruit exprès pour que Livaï puisse le voir. Comme prévu, il l'aperçut et cessa son ménage. Il attendit patiemment qu'Egon se soit posté au bas des marches devant sa porte et le laissa entamer la conversation. Egon n'était pas habile avec les mots alors il improvisa.

- "Ca roule, mec ?"

Livaï hocha la tête, sans répondre. Il devait le reconnaître pourtant.

- "T'as une minute ? Faut qu'on parle", décida Egon.

- "De quoi ? On a rien à s'dire."

Il était si désagréable... Il s'était remis à balayer en l'ignorant.

- "Faudrait qu't'arrêtes de tourner autour de Clem."

Cette fois, Livaï lui prêta réellement attention.

- "J'tourne autour d'personne. C'est lui qui tourne autour de moi."

- "Dis-lui d'laisser tomber."

- "Et si j'veux pas ?" contra Livaï, avec animosité.

Egon monta deux marches afin de se rapprocher de lui, histoire de lui montrer qu'il était bien plus grand. Son ombre le recouvrit mais le petit rat ne recula pas.

- "Il va t'arriver des bricoles autrement..."

- "De quel genre ?"

Egon se massa les poings. Livaï ne fut guère impressionné.

- "M'oblige pas à t'montrer..."

- "T'es sa mère ou quoi ?" s'énerva le garçon. "Il est assez grand pour savoir c'qu'il a à faire, non ?"

- "Il sait pas c'qu'est bon pour lui..."

- "Toi non plus, tu sais pas c'qu'est bon pour toi, sinon tu serais pas venu m'menacer chez moi."

Les yeux de Livaï s'étaient rétrécis, ses iris formaient deux billes d'acier minuscules qui le transperçaient comme des balles... Il savait, tout au fond de lui, qu'il prenait le risque de perdre en jouant contre lui. Que s'il le voulait, il pouvait l'étaler contre le mur de l'autre côté de la rue. Cela le mettait encore plus en rage et ne lui dictait pas la prudence. Il ouvrit et ferma ses grands doigts calleux.

- "Il va falloir qu'j'te montre alors..."

Il s'apprêtait à balancer son imposant poing dans la figure du garçon qui semblait tout à fait impassible quand il entendit une voix familière derrière lui. Emporté par son élan, il rata Livaï de quelques centimètres et se retourna sur ses pieds. Il découvrit Furlan, le visage défait, les mains crispées, les yeux exorbités. Il aimait bien ce petit gars. Cela le peinait qu'il puisse le voir ainsi.

- "Euh... Egon... les autres voudraient qu'tu rentres, ils m'ont envoyé pour...", balbutia l'adolescent.

Egon savait qu'il mentait ; il l'avait forcément suivi depuis la planque. Mais il ne voulait pas reporter sa colère sur lui. Aussi fit-il mine d'être obligé d'en rester là.

- "Ecoute mon conseil : reste loin d'Clem et du gang", grinça-t-il à l'adresse de Livaï sans le regarder.

- "J'ferais c'que j'veux, tête de noeuds."

Il le provoquait ! Egon se fit une violence inouïe pour ne pas répliquer.

- "J't'aurais prévenu, faudra pas t'plaindre après."

- "Dégage de mon seuil, avant qu'j'm'énerve."

Ce combat de coqs avait trop duré. Furlan attrapa Egon par le bras et le força à s'éloigner avec lui. Il se laissa faire mais ne lâcha pas le rat des yeux avant d'avoir quitté la rue. Une fois seul avec Furlan, il réussit à reprendre contenance. Mais il devait s'assurer d'une chose.

- "Clem a pas besoin d'savoir c'qui s'est passé, pas vrai, gamin ?"

- "N... non, bien sûr...", hocqueta Furlan.

- "Alors pas un mot, ça reste entre toi et moi."

- "D'accord... Je... j'dirais rien..."

- "Brave petit."

Ils rentrèrent ensemble à la planque, prêts à inventer n'importe quel bobard pour cacher aux autres ce qui venait de se passer.