Bonjour bonsoir ! J'espère que vous allez bien ! Inktober a commencé, suivez moi sur instagram ;)

Sinon, ce site est vraiment pas top pour éditer, il accepte pas certains symboles... J'espère que ce chapitre sera lisible, j'ai fait de mon mieux !

Précédemment : Draco a pris l'habitude d'archiver le porn blog de justaguy, un homme mystérieux qui ressemble à Harry. Pour sa santé mentale, il essaye de ne pas confondre justaguy avec Harry, mais il s'inquiète quand même lorsque justaguy ne publie pas pendant plusieurs jours...


TIPHERET ET JUSTAGUY

Chapitre 3 : Cicatrice et Message Privé

''un dieu particulièrement cruel''


4 octobre 2004

Le lendemain, en se rendant sur son blogspot préféré, Draco poussa un petit cri de joie. Il avait bien fait de ne pas envoyer de MP à justaguy pour lui demander des nouvelles. En effet, une publication toute neuve l'attendait sagement sur la page d'accueil.

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justaguy, le 04 octobre 2004

ME REVOILÀ !

Désolé pour mon absence, j'étais en mission top secrète (haha). Une fois n'est pas coutume, je me suis fait un cadeau d'anniversaire très en retard (ou un cadeau de Noël très en avance). Comme vous le constaterez très vite, j'ai investi dans un véritable appareil photo. La différence saute aux yeux, n'est-ce pas ? N'hésitez pas à mettre un petit com' ! Grâce à ce blog, je souffle un coup, la vie d'agent secret n'est pas facile tous les jours...


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La photo qui accompagnait ce texte était effectivement de bien meilleure qualité que les précédentes. Adieu couleurs troubles et contours imprécis, tout ici était propre et net.

Comme d'habitude, la photo montrait uniquement le corps du modèle. Elle avait été prise du dessus et on y voyait justaguy allongé dans son lit, les jambes légèrement écartées, entièrement nu. Sa main droite était enroulée autour de son pénis, l'autre était crispée sur les draps blancs...

[ILLUSTRATION]

Une sueur froide courut alors dans le dos de Draco. Il se mit à trembler, les mains agrippées à sa table à manger, la respiration chaotique, le cerveau en panique. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, il ne comprenait pas ce qui avait déclenché une réaction aussi violente, il ne...

Sa main gauche, regarde sa main gauche, sa main gauche, sa main gauche !

Draco zooma sur la main gauche de justaguy et il lâcha un glapissement terrifié, sursautant comme si sa souris d'ordinateur venait de le mordre.

Sur le dos de la main du mystérieux blogger, il y avait une cicatrice.

Cette cicatrice formait une phrase illisible, mais Draco la devinait sans aucun mal.

La cicatrice disait : Je ne dois pas dire de mensonge.

Trop, c'était trop.

Comme sous Imperium, Draco se leva d'un bond, ouvrit son placard à souvenirs et chercha la fiole du 13 août 1998. Quelques instants plus tard, il quitta le présent pour tomber dans le passé.

xXx

Souvenir du 13 août 1998

C'était l'été. Évidemment que c'était l'été. La majorité des souvenirs que Draco avait de Harry datait de ce fameux été-là, entre la fin de la Guerre et le début de la huitième année.

Les deux adolescents étaient dans le jardin du 12, Square Grimmauld, sous un soleil éclatant. Harry, torse nu, arrosait les plantes, tandis que Draco, allongé dans un banc, lisait le Sorcière Hebdo à voix haute, avec le ton mielleux que Harry détestait tant.

Nul n'ignore que Harry Potter, le Garçon-qui-a-survécu mais aussi l'Homme-qui-a-mis-fin-aux-jours-de-Vous-Savez-Qui, porte de nombreuses blessures psychiques et astrales. Orphelin, maltraité et incompris, il est le sorcier le plus puissant de sa génération mais aussi le plus vulnérable. Toutefois, si ses cicatrices émotionnelles sont invisibles, ce n'est pas le cas de ses cicatrices physiques... Êtes-vous une véritable Potterfan ? Connaissez-vous les trois cicatrices physiques de Harry Potter ? Merlin, Potter, c'est un quiz. Ils ont fait un quiz à propos de tes cicatrices !

Harry haussa les épaules, passant à un autre parterre de fleurs.

– Écoute-moi ça au lieu d'avoir l'air blasé. D'ailleurs, rappelle-moi de te dire que cette expression ne te correspond pas du tout. Bref, où est-ce que j'en étais déjà... Ah oui : Question 1. En quelle année et à quelle occasion Harry Potter a-t-il obtenu la cicatrice sur sa main gauche « je ne dois pas dire de mensonge » ? Réponse a) en 1994, le soir du Bal de Noël. Réponse b) en 1995, lors d'une retenue. Réponse c) en 1996, après une dispute avec Ginny.

– Cet article est ridicule, Malfoy, pourquoi est-ce que tu lis ça ? grogna Harry, en abandonnant son arrosoir au milieu d'une allée pour s'approcher de son ami.

Draco leva la tête vers lui, plissant les yeux. Le soleil était aveuglant. Harry aussi.

– Ça ne t'énerve pas de savoir qu'ils publient des choses pareilles ?

– Pas plus que ça, en fait, soupira Harry, en s'accroupissant sur le sol. Au moins, on dirait qu'ils se sont renseignés cette fois-ci. Il y a quelques temps, je crois qu'ils ont écrit que ma cicatrice disait « je déteste les mensonges ».

Draco ricana malgré lui.

– Il n'empêche que je trouve ça indécent de leur part de faire un quiz sur tes cicatrices, surtout sur celle que tu as à la main, insista-t-il avec une moue désapprobatrice. Ce n'est pas comme si tu avais eu le choix de graver ce... leitmotiv... dans ta peau. Pas comme Markus... Tu te rappelles de Markus Flint, le Capitaine de l'équipe, quand on était en première et en deuxième années ? Il s'est fait tatouer « Seul Merlin peut me juger » sur l'avant-bras. Et Daphné Greengrass arbore fièrement une citation de Nietzsche sans savoir que c'en est une. Quelle ignare.

– Et c'est laquelle ? De citation, je veux dire ?

– « Ce qui ne tue pas rend plus fort », renifla Draco d'un air dédaigneux.

– Tu es une des personnes les plus snobs que je connaisse, hoqueta Harry.

– L'une des personnes– qui d'autre ? s'exclama Draco, effaré, en se redressant d'un seul coup. Qui connais-tu de plus snob que moi ?

– Ce n'était pas un compliment, imbécile, dit Harry en se hissant sur le banc à côté de Draco, l'air de rien.

Draco lui lança un regard choqué.

– Quoi ? demanda Harry, les sourcils froncés.

– Non content de m'insulter, tu pousses le vice jusqu'à me piquer ma place, balbutia le blond. Moi qui me prélassais innocem–

– Oh Merlin... rallonge-toi, lui ordonna Harry en levant les yeux au ciel.

– Sur tes genoux ? s'écria Draco comme si Harry venait de lui proposer de mettre la main dans un nid de Veracrasses.

– Si mes genoux ne sont pas assez bien pour toi, tu peux toujours rester assis, tu sais.

Draco s'allongea aussitôt, le visage tourné vers le jardin.

Au dessus de lui, Harry murmura quelque chose qui ressemblait suspicieusement à « drama queen » puis le silence tomba entre eux. Les oiseaux chantaient, les insectes vrombissaient et les voitures pétaradaient, mais les deux garçons dans le banc de jardin ne disaient rien.

[ILLUSTRATION]

Ils restaient immobiles, respirant sans bruit, comme s'ils vivaient un moment aussi fragile que précieux. Ce moment aurait pu durer une éternité si Draco n'avait pas soudain senti quelque chose dans ses cheveux.

– Je rêve ou tu es en train de me caresser les cheveux, Potter ? demanda-t-il d'un ton moqueur.

Dès qu'il eut prononcé ces mots, il eut envie de les ravaler, mais le mal était fait et le moment, brisé.

– Tes cheveux me chatouillaient le nombril, Malfoy, rétorqua Harry, en retirant précipitamment sa main. Je les décalais, je ne les caressais pas !

– Si tu ne veux pas être incommodé par mes cheveux soyeux, tu n'as qu'à mettre un tee-shirt, ne put s'empêcher de continuer Draco. D'ailleurs, pourquoi fais-tu du jardinage torse nu ? Tu espères attirer l'œil de ta charmante voisine moldue ?

Harry poussa un long soupir exaspéré. Regrettait-il lui aussi que leur petite bulle de calme ait éclaté ?

– Malfoy, cette maison est incartable, je pense te l'avoir déjà dit cinq ou six fois. Personne ne peut nous voir, et sûrement pas la vieille bique qui habite à côté. La question est : pourquoi est-ce que tu ne ressens pas le besoin d'être torse nu ? il fait tellement chaud aujourd'hui !

Draco tourna la tête vers le ventre de Harry, inspira fort, et déclara en fronçant le nez :

– Tu sens la transpiration.

– Si mon odeur t'indispose tant, tu n'es pas obligé de me renifler, dit Harry d'un ton amusé.

– Je ne– Je– bafouilla Draco, en rougissant violemment. N'importe quoi. Cette conversation est terminée. Elle n'a jamais eu lieu, en fait. Passe-moi mon magasine, je veux continuer le quiz.

En se mordant la langue pour ne pas rire, Harry lui tendit le Sorcière Hebdo et Draco reprit sa lecture, la tête toujours posée sur les genoux de Harry.

Question 2. Quelle cicatrice Harry a-t-il avoué être sa préférée ? Réponse a) l'éclair sur son front, car c'est la plus célèbre. Réponse b) la phrase sur sa main, car elle lui rappelle de toujours aller de l'avant. Réponse c) le polygone sur son torse, car c'est une zone érogène. Cette question est absolument horrible et je n'ai aucune idée de la bonne réponse. D'ailleurs, est-ce que tu as vraiment parlé de ta cicatrice préférée en public ? A un journaliste ? Sérieusement, Potter ?

– Je me fais toujours embobiner par leurs questions, se défendit Harry.

– Et la bonne réponse est... ?

– La b).

– La b) ? Ta cicatrice préférée–

– Non, ce n'est pas ma préférée, c'est celle qui me dérange le moins, le corrigea prestement Harry. Je suis sûr que c'est comme ça que j'avais tourné ma réponse.

– Cette phrase ? La phrase d'Ombrage ? grimaça Draco, en levant la tête pour dévisager son ami.

– Quoi ? bredouilla le Gryffondor. Qu'est-ce qu'il y a ?

– Pourquoi ? Je ne peux pas croire qu'elle te rappelle d'aller de l'avant. C'est stupide.

– Le quiz n'a pas tout à fait tort, tu sais... admit Harry, en triturant inconsciemment le dos de sa main gauche, comme si la cicatrice le démangeait. Cette phrase... elle me rappelle que les Ténèbres sont partout. Tom Riddle est mort mais ça ne veut pas dire que la Lumière a gagné. Le Mal a des sources inattendues.

– Harry Potter, espèce de petit gothique, sourit Draco, en levant le bras pour lui pincer la joue. Ton cœur est noir comme mon café.

– Tu mets deux sucres dans ton café, fit remarquer l'autre sorcier.

– Ton cœur est noir comme ta tignasse, alors. Cette comparaison te convient-elle ou tu vas me dire que tu as les cheveux ébène ? le taquina Draco.

– Arrête de râler, Malfoy, et lis la question 3. J'aimerais bien savoir si oui ou non je suis une véritable Potterfan.

Draco rit, puis il se réinstalla confortablement sur les genoux de Harry et recommença à lire à voix haute.

xXx

Draco sortit de la Pensine, songeur. A l'époque, il n'avait pas compris ce que Harry avait dit à propos de la cicatrice sur le dos de sa main, à propos des Ténèbres qui rôdaient toujours autour d'eux. Il avait ri, pensant que le Gryffondor cherchait à se donner un style de héros torturé. Aujourd'hui, il comprenait.

C'était Dolores Ombrage, une employée du Ministère, qui avait obligé Harry à copier des lignes avec son propre sang. C'était aussi des personnes du Ministère qui avaient refusé d'écouter la requête de Narcissa Malfoy, c'était le Ministère qui avait condamné le père de Draco à un sort pire que la mort...

Draco referma son placard à souvenirs, soudain furieux contre lui-même. Ne s'était-il pas juré de ne plus jamais utiliser la clef dorée qui pendait à son cou ? Il n'était pas mieux que Blaise, qui promettait chaque semaine d'arrêter de fumer mais qui sortait toujours un paquet de sa poche en fin de soirée.

Repenser à son passé ne servait à rien, hormis à se faire du mal. Draco avait une nouvelle vie. Il avait laissé le monde magique derrière lui et il avançait.

Son regard tomba sur l'écran éteint de son ordinateur. S'il bougeait la souris, l'écran sortirait du mode veille et la photo de justaguy, la photo de Harry, avec la cicatrice sur le dos de sa main, réapparaîtrait... Justaguy était Harry, Harry Potter et justaguy étaient la même personne...

Draco appuya fermement sur le bouton power de la tour pour éteindre son pc. Il ne pourrait pas fuir éternellement cette nouvelle information, mais il n'était pas du tout prêt à l'affronter.

Il jeta un coup d'œil à sa montre et décida que dix-huit heures trente était un horaire parfait pour prendre une douche.

Toutefois, alors qu'il se shampouinait, il repensa fatalement à ce qu'il venait de découvrir. Justaguy était Harry Potter. Harry Potter tenait un blog où il postait des photos pornographiques.

Ou bien... Était-ce possible que justaguy ne soit pas Harry mais une personne polynectarisée en lui ?

En sortant de la salle de bain, Draco hésita à se rhabiller pour courir au Hibou Postal et envoyer une lettre à Blaise et Pansy, mais il finit par enfiler son pyjama. La perspective de leur expliquer sa situation ne l'enchantait guère. A vrai dire, elle lui donnait plutôt envie de se terrer dans un coin de son studio et d'attendre la mort.

Pansy et Blaise étaient au courant pour Harry, du moins, ils savaient que Draco avait passé une bonne partie de l'été 1998 au 12, Square Grimmauld. Ce qu'ils étaient censé ignorer – car Draco ne leur avait jamais avoué de vive voix – c'était que, durant ce même été, Draco avait développé envers Potter des sentiments qui dépassaient l'amitié.

Draco espérait qu'ils n'aient jamais à en parler ensemble.

De toute manière, quand bien même il passerait outre sa honte, il ne voyait pas quels mots ils pourraient utiliser pour dire à Blaise et Pansy que le Héros national – ou que quelqu'un qui empruntait son apparence – postait des photos de nu sur Internet.

Pourquoi Harry ferait-il ça, d'ailleurs ? Ça n'avait aucun sens... ça ne lui correspondait pas du tout... sauf que Draco ne savait plus ce qui correspondait à Harry, car il ne l'avait pas vu depuis des années.

Que faisait Harry dans la vie désormais ? Qu'était-il devenu ?

Ces questions avaient beau tourner et tourner dans l'esprit de Draco, aucune espèce de réponse ne daignait se former. Draco ne connaissait plus Harry. Il n'avait jamais cherché à avoir de ses nouvelles.

Harry faisait partie de son passé. Il était un souvenir de son ancienne vie. Il était une collection de fioles dans un placard. A force, Draco avait presque réussi à se convaincre qu'il était mort.

Il venait cependant d'avoir la preuve du contraire. Harry n'avait pas cessé d'exister lorsque Draco était parti. Il avait continué à vivre et, aujourd'hui encore, il était quelque part sur la Terre, dans la même réalité que Draco.

Harry – si c'était bien lui – avait une connexion internet. Harry tenait un blog. Et depuis deux semaines, sans le savoir, Draco archivait toutes ses publications.

C'était totalement absurde. C'était même injuste, c'était une coïncidence tordue que seul un dieu particulièrement cruel pourrait orchestrer.

Draco avait travaillé si dur pour se construire une vie chez les Moldus... Et il suffisait d'une photo, d'une misérable photo, pour que tous ses efforts soient réduits à néant.

Car il n'était pas assez stupide pour croire qu'il pourrait reprendre le cours normal de sa vie après un tel événement. A l'instant où il avait découvert l'identité de justaguy, il avait su que sa routine bien établie venait de toucher à sa fin.

Faire comme si de rien n'était ? Faire comme s'il ne savait pas, comme si justaguy était simplement un sosie de Harry Potter ? Impossible. Il fallait qu'il en ait le cœur net.

Alors, dans un état second, Draco appuya de nouveau sur le bouton power de son pc. Il retourna sur le blog de justaguy et cliqua sur l'onglet « contact », en haut à droite de la page d'accueil.


Tipheret : Bonjour justaguy. Je m'excuse si ce message peut paraître soudain, voire déplacé, mais tu dis apprécier les retours, alors voilà le mien. A mes yeux, tu as bien fait d'investir dans un appareil photo. Je consulte ton blog depuis quelques temps et je déplorais intérieurement la mauvaise qualité de tes photos. Leur faible résolution ne te faisait pas justice...

Tant que j'y suis, j'en profite pour te donner un conseil : essaye de soigner la composition de tes photos. Même si ce n'est qu'un passe-temps pour toi, il serait plus agréable pour nous autres de voir de belles images. Ne te méprends pas, ton corps EST beau en lui-même, je trouve simplement dommage de ne pas le mettre plus en valeur en jouant avec la lumière, l'angle, etc.

Tu t'en es peut-être rendu compte par toi-même, car ta dernière photo me paraît plus réfléchie que les autres. C'est un avis personnel, bien entendu, mais j'aime beaucoup le fait que tu l'aies prise d'en haut. Dans tous les cas, continue comme ça. Bien à toi, Tipheret.


Draco appuya sur « envoyer » sans se relire. C'était la première fois depuis qu'il avait quitté le monde magique qu'il se laissait guider par une impulsion, qu'il laissait volontairement le hasard entrer dans son quotidien. Il avait peur, il regrettait un peu. En fait, il se sentait carrément dépassé, mais il était aussi impatient.

Oui, en dépit de sa peur, il avait de l'espoir, et ce n'était pas un sentiment aussi angoissant et douloureux que dans son souvenir.

xXxxXxxXx

5 octobre 2004

– Tu peux partir en pause, Draco ! hurla le patron du Spleen depuis les cuisines.

– D'accord, à tout à l'heure, chef ! répondit le blond en sortant du café à toute vitesse, comme s'il était poursuivi par un Feudeymon.

Il courait dans la rue, les yeux rivés sur un néon représentant un arobase clignotant, quand il entendit quelqu'un crier son nom. C'était Racha, la serveuse du Folks and Forks.

– Draco ? Tu ne me dis pas bonjour ? demanda-t-elle, les mains sur les hanches.

– Désolé Racha, je passerai demain, promis ! dit-il en continuant sa route.

Derrière lui, Racha cria quelque chose qui ressemblait à « y'a intérêt ! », mais il ne se retourna pas et s'engouffra dans le cybercafé.

Installé au premier poste disponible, il ouvrit sa messagerie électronique, le cœur palpitant comme un lapin pris au piège, et... bingo, il avait reçu un mail l'informant d'une réponse à son MP !

Draco cliqua sur le lien dans le mail, son cœur menaçant désormais d'exploser.


justaguy : Salut ! J'avoue que ton MP m'a un peu déconcerté, c'est rare qu'on m'écrive autre chose que « tu veux voir ma bite ? » :) Mais ça change et pourquoi pas ? En tout cas, content que mon nouvel appareil photo te plaise.

Mon blog est un passe-temps. Je n'ai pas forcément le temps et la motivation pour faire de belles photos, mais je prends note de tes conseils, ô Tipheret, grand connaisseur du 8e art... D'ailleurs, si je t'ai bien cerné, je suis sûr que tu vas me reprendre et me dire que le 8e art comprend aussi la télévision et la radio ! Mais vois-tu, je ne suis pas ignorant et je le savais déjà.

Bref, merci pour les conseils, les compliments et le message. En vrai, ton MP était inattendu mais bienvenu. Il m'a fait rire.

P.S : comme ton pseudo m'intriguait, j'ai fait une petite recherche google... Tipheret est associé à la beauté, au soleil, à la lumière et à l'or ? Rien que ça ?


Un grand sourire s'épanouit sur les lèvres de Draco. Oh Merlin, chaque phrase de ce message criait « Harry, c'est Harry qui m'a écrite, Harry, Harry, Harry ! ». Justaguy n'était pas un imposteur, non, justaguy était réellement Harry Potter.

Et Harry attendait une réponse ! En tout cas, c'était ce que son P.S suggérait...


Tipheret : Cher justaguy, comment vas-tu aujourd'hui ? As-tu déjà pris ta photo du jour ? Si oui, as-tu tenu compte de mes conseils ? Je l'espère, même si je dois admettre que n'importe quelle photo de toi me satisfait au plus haut point... car comme le soleil, Tipheret est généreux et indulgent avec les humains, il ne leur demande pas plus qu'ils ne peuvent offrir ;)

Plus sérieusement, je suis étonné, peut-être même un peu vexé, que tu m'aies cerné si facilement. Quand j'ai lu que tu parlais du 8e art pour faire référence à la photographie, je me voyais déjà te répondre quelque chose de brillant et de sarcastique, qui mettrait en exergue l'ignorance caractéristique des jeunes d'aujourd'hui... je me sens stupide, maintenant.

P.S : ah, je suis content que tu rebondisses sur mon pseudo. En vérité, je ne pense pas qu'il m'aille. Je suis une personne tout à fait ordinaire, en tout cas, je m'efforce de l'être. Et toi, si je peux me permettre, pourquoi « justaguy » ?


Après avoir appuyé sur « envoyer », Draco retourna sur sa boîte wanadoo et commença à trier ses mails. Il avait loué le poste pour une heure, autant en profiter pour faire quelque chose d'utile.

Dix minutes plus tard, un mail de la plate-forme de blog apparut dans sa boîte de réception : « vous avez reçu un MP de justaguy ». Doux Merlin, Harry avait déjà répondu !


justaguy : On dirait qu'on est connectés en même temps ! J'étais justement en train de prendre ma photo du jour quand j'ai reçu ton MP... Si tu me donnes ton adresse mail, je te l'envoie pour que tu me donnes ton avis ? J'attends ta réponse ASAP


Draco était si nerveux qu'il dut s'y reprendre plusieurs fois avant de réussir à taper son adresse mail correctement.


Tipheret : coco-spleen yahoo com


Il hésita un instant avant d'envoyer un autre MP :


Tipheret : Ne t'avise pas de te moquer de ma très respectable adresse mail. Pour ta gouverne, c'est un collègue de boulot qui l'a créée et comment te dire qu'il ne m'a pas vraiment demandé mon avis ?


Une ou deux minutes plus tard, il reçut un mail de justaguy-blogger hotmail com.


from : justaguy-blogger hotmail com

to : coco-spleen yahoo com

Object : (sans objet)

pj : Photo20040504_14_39_

Comme promis, la photo du jour en pièce jointe. Alors, qu'en penses-tu ?

(mon pseudo : c'est un peu compliqué à expliquer... disons qu'il me rappelle qu'on est tous humains et égaux)


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Après avoir vérifié que personne ne faisait attention à lui, Draco cliqua sur la pièce jointe. C'était une photo du torse nu de justaguy – de Harry, doux Merlin –, éclairé par un store à moitié ouvert. Sur sa peau, alternaient des bandes d'ombre bleue et de lumière chaude, et ces rayures épousaient parfaitement le relief de son corps, comme une impalpable marinière.

[ILLUSTRATION]

Bien que le cybercafé soit climatisé, Draco eut soudain très chaud.

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from : coco-spleen yahoo com

to : justaguy-blogger hotmail com

Object : RE:

Si je n'étais pas actuellement dans un espace public, j'aurais déjà la main dans mon pantalon. Tu as ta réponse, je suppose...

(ah, tu m'avais bien l'air d'être une personne pleine de considération pour les autres êtres humains)

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from : justaguy-blogger hotmail com

to : coco-spleen yahoo com

Object : RE:RE:

Merci ;) Tu as regardé ma photo dans un lieu public ?

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from : coco-spleen yahoo com

to : justaguy-blogger hotmail com

Object : RE:RE:RE:

Je suis en pause. J'habite trop loin pour rentrer chez moi, donc je...|


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Draco s'arrêta un instant pour penser. Il n'avait pas besoin de raconter sa vie à justaguy. Ce serait même étrange, non ? Pour Harry, Tipheret n'était qu'un inconnu qui suivait son blog. Draco effaça le contenu de son mail et écrivit simplement :

Ça te dérange ?

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from : justaguy-blogger hotmail com

to : coco-spleen yahoo com

Object : RE:RE:RE:RE:

Pas vraiment, c'est plutôt kinky de ta part ! Je sais que tu follow mon blog, et donc que tu n'es pas le plus innocent des agneaux, mais je t'imaginais plus pudique, va savoir pourquoi. Je ne suis pas sûr que chaste soit le bon mot... Est-ce que je me trompe ou tu vas te faire un malin plaisir de trouver le terme juste ?

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from : coco-spleen yahoo com

to : justaguy-blogger hotmail com

Object : RE:RE:RE:RE:RE:

Si tu cherchais un mot pour me définir, je pense que tu voulais dire « merveilleux ».

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from : justaguy-blogger hotmail com

to : coco-spleen yahoo com

Object : RE:RE:RE:RE:RE:RE:

Ça doit être ça, oui. Le merveilleux, non, le fabuleux, l'incroyable, l'époustouflant Tipheret ! C'est ainsi que je vais parler de toi, désormais. Savez-vous avec qui j'échange des mails ? Mais si, je vous le jure, avec l'extraordinaire Tipheret ! Ou plutôt avec coco-spleen clin d'œil clin d'œil

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from : coco-spleen yahoo com

to : justaguy-blogger hotmail com

Object : RE:RE:RE:RE:RE:RE:RE:

Pourquoi est-ce que je perçois comme une pointe d'ironie dans ton dernier mail ?

Enfin, aussi plaisant est-ce que de discuter avec toi, le très banal et très médiocre justaguy, je dois me déconnecter. A plus tard. Tipheret


xXx

Durant tout son service de l'après-midi, Draco eut la tête ailleurs. Il était si loin de la réalité qu'il mélangea des commandes, faillit renverser son plateau à plusieurs reprises et s'embrouilla en rendant la monnaie aux clients. Pour la première fois depuis des années, son patron le prit à part et lui remonta les bretelles.

C'est à ce moment-là, alors qu'il présentait ses plus plates excuses au chef, que Draco réalisa pleinement que jamais plus rien ne serait comme avant. Harry Potter avait refait irruption dans sa vie et il avait fait ça avec la délicatesse d'un bulldozer, bouleversant tout sur son passage.

J'avais raison quand je disais que tu n'avais pas fait le deuil de ton passé, n'est-ce pas ? claironna la petite clef dorée. La vie normale, la vie banale, dont tu étais si fier n'était qu'un paravent, et le voilà renversé... Qu'y trouve-t-on derrière ?

La clef laissa la question en suspens, mais Draco en connaissait déjà la réponse. Derrière le paravent, il y avait une peine de cœur dont il ne s'était jamais remis. La blessure venait de se rouvrir, vive et suintante comme au premier jour, l'éclaboussant de sentiments qu'il avait eu la bêtise de croire disparus.


A Suivre...


Prochain chapitre en ligne le 14 octobre : gros flashback sur l'histoire de Draco et Harry !

Allez voir les 3 illus du chapitre sur Archive of Our Own ;) (maiathoustra)