Bonjour bonsoir ! De retour en Nouvelle-Zélande après un mois au Canada et un mois au Japon (je vis la dream life cette année déso pas déso ;) ). Et CONSÉCRATION, une charmante personne m'a envoyé un MP pour me proposer de traduire ma fanfic Animus, Anima en Portugais. Voilà, je suis joie, amour et paillettes.

Précédemment : La nuit, Draco se remémore son histoire avec Harry. Le jour, il discute avec justaguy par MP et par mail.


TIPHERET ET JUSTAGUY

Chapitre 5 : MSN et SMS

''un fantôme à l'étreinte tiède''


15 octobre 2004

justaguy (en ligne) : Salut ! Comment s'est passée ta journée ? :)

Tipheret (en ligne) : Bonjour just. Pas trop mal et la tienne ? En tant qu'agent secret, elle a dû être palpitante, n'est-ce pas ?

justaguy (en ligne) : Oh, si tu savais ! x) Sérieusement, mon boss m'a juste engueulé devant tous mes collègues, j'avais hâte de rentrer ! Qu'est-ce que tu vas manger ce soir ?

Tipheret (en ligne) : J'ai ramené des restes du travail, des légumes de saison au four. Et toi ?

justaguy (en ligne) : Arf, je ne sais pas encore, sûrement des pâtes ou des toasts... on n'a pas tous la chance d'avoir un chef qui nous prépare des choses saines.

justaguy (en ligne) : Et finis ton assiette, les légumes sont bons pour la santé ;)

Tipheret (en ligne) : Je suis en très bonne santé, merci.

justaguy (en ligne) : Je suis sûr que tu es pâlichon. Je ne sais pas pourquoi mais j'en suis sûr !

Tipheret (en ligne) : Tu as deviné juste, hélas, mais c'est la faute à la génétique et à l'absence d'astre solaire dans le ciel de Londres, pas à mon alimentation. On ne peut pas tous avoir un corps comme toi.

justaguy (en ligne) : J'ai seulement parlé de ton teint, pas de ta silhouette qui doit être exquise, Pheret ;)

justaguy (en ligne) : Ne me dis pas que je t'ai vexé, Pheret ? OUPS Tipheret je voulais dire :D

Tipheret (en ligne) : Mon amour-propre me suggère de ne plus converser avec un être aussi vulgaire.

justaguy (en ligne) : Désoléééé :'o Je ferai attention à ne plus faire de blague à propos de ton speudo

justaguy (en ligne) : *pseudo

justaguy (en ligne) : je me corrige avant que tu ne me reprennes

justaguy (en ligne) : je commence à bien te connaître

justaguy (en ligne) : réponds

justaguy (en ligne) : ALLEZ

justaguy (en ligne) : … :'( T_T

Tipheret (en ligne) : Oui ?

justaguy (en ligne) : J'arrive TELLEMENT à imaginer le ton hautain que tu aurais pris si tu avais dit ça à voix haute

Tipheret (en ligne) : Tu sembles avoir beaucoup réfléchi à mon apparence et à mon comportement... Tipheret ? Oh, c'est un type avec qui je parle sur msn. Il a le teint blafard, une silhouette exquise et il prononce le mot « oui » avec un ton des plus hautains.

justaguy (en ligne) : Tu te ferais toi aussi des films si tu étais dans ma situation... je ne sais absolument rien de ton apparence... contrairement à toi... c'est injuste en fait...

Tipheret (en ligne) : N'essaye même pas de me faire culpabiliser avec tes points de suspension, ça ne prend pas. De toute manière, ton argument n'est pas valide, tu n'es pas le seul à être dans l'ignorance. Après tout, tes photos ne montrent pas ton visage. Et le visage est, au cas où tu l'ignorais, un élément de taille pour identifier quelqu'un. Je suis autant dans le flou que toi.

justaguy (en ligne) : Oh, si ce n'est que ça... je te montre mon visage si tu me montres le tien ;)

Draco se jeta en arrière dans sa chaise, les bras croisés derrière la tête, un rire sur les lèvres. Comment réagirait Harry si Tipheret lui envoyait une photo de Draco Malfoy ?

Tipheret (en ligne) : Bien essayé, mais tu sais combien je chéris mon anonymat ;)

justaguy (en ligne) : Qui ne tente rien n'a rien \o/

justaguy (en ligne) : HE HO

justaguy (en ligne) : Tu réchauffes ton plat ?

Tipheret (en ligne) : Oui, justaguy, je réchauffais mon plat. Deux minutes sans moi et ton monde s'écroule, je suis presque flatté. Et toi, que prépares-tu d'extraordinaire ?

justaguy (en ligne) : Je fais griller du pain... que je vais tremper dans de la sauce tomate...

Tipheret (en ligne) : Et dire que tu me sermonnais tantôt sur mon équilibre alimentaire. Contrairement au tien, mon repas de ce soir comporte tous les nutriments nécessaires. Je fais tellement plus attention à ce que je mange que toi. Au vu de mon expertise en la matière, je suis certain que je pourrais animer une émission télévisée. Ça s'appellerait « 5 conseils pour une cuisine rapide et saine ! »

justaguy (en ligne) : Dixit celui qui mange des nouilles instantanées deux fois par semaine ;)

Tipheret (en ligne) : C'était bas, just. Dans ma grande clémence, je te souhaite tout de même bon appétit.

justaguy (en ligne) : Je t'attends pour commencer, dis-moi quand c'est prêt ?

Tipheret (en ligne) : Tu es vraiment trop... argh, d'accord

Tipheret (en ligne) : C'est prêt

Tipheret (en ligne) : Bon appétit à toi.

justaguy (en ligne) : Merci, toi aussi pheret ;)

Draco dîna en continuant à tchatcher avec justaguy. Assis au bord de sa chaise, penché en avant, il pouvait presque imaginer Harry de l'autre côté de l'écran, en train de tremper ses tartines dans une boîte de sauce tomate à l'italienne.

xXxxXxxXx

17 octobre 2004

justaguy (en ligne) : Hey ! Comment ça va ?

Tipheret (en ligne) : Mal.

justaguy (en ligne) : Houla, qu'est-ce qui s'est passé ?

Tipheret (en ligne) : J'ai simplement passé la pire des journées qui puisse exister.

justaguy (en ligne) : Dis-m'en plus ?

Tipheret (en ligne) : J'ai dormi trois heures, il y avait autant de monde dans le café que si nous étions une grande enseigne le premier jour des soldes, je devais former un stagiaire mais, comme tu as dû le deviner, je suis absolument incapable de communiquer avec les adolescents, ma pause a duré quelque chose entre 30 et 60 secondes et j'avais terriblement envie de fumer, même si je ne fume pas.

Tipheret (en ligne) : Et je n'ai pas besoin d'entendre que ce ne sont que des broutilles, merci.

Tipheret (en ligne) : JE SUIS ÉNERVÉ

justaguy (en ligne) : J'avais compris.

justaguy (en ligne) : Si je te dis que pendant ma réunion, cette après-midi, je n'arrivais pas à me concentrer parce que je me demandais ce que tu étais en train de faire à ce moment-là précis, tu me trouves stupide ou bizarre ?

justaguy (en ligne) : Je me disais « Tipheret doit être en train de préparer un mochaccino taille L au lait d'amande et au sirop de noisette, poudre de spéculoos... ou peut-être qu'il a fini en avance et qu'il est sous la douche » ;)

justaguy (en ligne) : En fait tu étais en train de montrer où se trouvait le produit pour les WC à un ado blasé

justaguy (en ligne) : mes rêves s'écroulent :'(

Tipheret (en ligne) : pff, tu es ridicule

Tipheret (en ligne) : mais tu as le mérite de me faire rire.

Tipheret (en ligne) : J'espère que ton boss ne t'a pas réprimandé à cause de ton regard vitreux. Oh, ou bien j'espère que oui, tout compte fait.

Tipheret (en ligne) : Bref, merci de m'avoir laissé passer mes nerfs sur toi.

Tipheret (en ligne) : C'était un « merci » sincère, pour une fois.

justaguy (en ligne) : Toujours là pour te rendre service ^^

xXxxXxxXx

22 octobre 2004

Tipheret (en ligne) : JUST JUST JUST, regarde-moi ce festin ! Alors, jaloux, just ?

Tipheret a envoyé une photo

[ILLUSTRATION]

[Photo : une assiette de curry, des samosas et des naans, devant le clavier du PC]

justaguy (en ligne) : Pour être honnête, un peu oui... on voit un morceau de ta main !

Draco s'aperçut que c'était vrai. Dans sa hâte de narguer justaguy, il avait mal cadré sa photo et on apercevait le bout de ses doigts à côté de l'assiette.

Tipheret (en ligne) : Et alors ?

justaguy (en ligne) : Rien, je suis simplement étonné que la personne qui aime tant faire des sermons sur la « prise parfaite, que dis-je, la lumière automnale reflétant la lueur de la vie dans les yeux, miroirs de l'âme (etc) » prenne d'aussi mauvaises photos ;)

justaguy (en ligne) : Mais je ne me plains pas, je complète petit à petit le puzzle de ta personne...

Tipheret (en ligne) : Tu te rends compte que ce que tu viens de dire est terrifiant ? Morbide ? Absolument creepy ?

justaguy (en ligne) : Je n'y peux rien si tu es une petite nature :) Oh, en fait, j'ai moi aussi une photo pour toi... Jaloux, Pheret ?

justaguy a envoyé une photo

[ILLUSTRATION]

Quand la photo apparut, Draco laissa échapper un gémissement d'envie. C'était une photo vulgaire et provocante et Draco l'aurait sûrement jugée grossière si elle n'avait pas eu Harry pour sujet. Mais puisque c'était une photo de Harry, Draco la dévorait des yeux.

Sur la photo, justaguy était de face, à quatre pattes sur le lit, avec pour seul vêtement un caleçon vert bouteille. Chose nouvelle, il avait le torse rasé et, surtout, on voyait le bas de son visage. Il avait la bouche entrouverte, la langue légèrement en dehors et de la salive coulait sur son menton. On aurait dit qu'il s'apprêtait à sucer une queue ou, au contraire, qu'il venait tout juste de le faire...

Draco plaqua une main sur son pénis pour le calmer, puis il reprit le clavier.

Tipheret (en ligne) : moins jaloux qu'étonné, cette photo est très différente des autres. Tu vas la poster sur ton blog ?

Après un temps qui lui parut interminable, la réponse de justaguy s'afficha finalement :

justaguy (en ligne) : Non, c'est une photo perso celle-là. Je voulais juste te la montrer.

Tipheret (en ligne) : J'aime mieux ça.

Dès qu'il eut appuyé sur envoyer, Draco regretta aussitôt d'avoir tapé cette phrase. Pour quel genre de personne passait-il ? Justaguy avait créé son blog afin de partager ses photos au reste du monde. Il aimait s'exhiber et Draco n'avait aucun droit de l'en empêcher... mais parfois, comme à cet instant-là, il aurait voulu que justaguy ne soit qu'à lui. Il aurait voulu que justaguy arrête de se montrer aux autres.

Car même si Draco continuait à suivre et à archiver son blog, même s'il jouissait de son contenu, il reprochait intérieurement à justaguy de l'alimenter. Quelle ironie ! Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de penser que les acteurs de films pornos et les modèles de photos érotiques se livraient à des activités dégradantes, voire déshumanisantes.

Comme il aurait préféré que le blog de justaguy ne soit visible que de lui...

Et sa jalousie allait même beaucoup plus loin que ça : Draco était jaloux de Tipheret. Pourquoi Harry envoyait-il de telles photos à un inconnu rencontré sur internet ? Pourquoi Harry était-il aussi affectueux avec quelqu'un qu'il ne connaissait que depuis une dizaine de jours ?

justaguy (en ligne) : Je pourrais presque croire que tu es jaloux de mes autres followers, pheret (cœur)

justaguy (en ligne) : Bref. En parlant de la photo du jour, la voilà... Je ne sais pas ce qu'elle vaut, je ne sais même pas ce qu'il m'a pris de faire ça. J'aimerais vraiment avoir ton avis, stp, ô grand connoisseur de l'art photographique

justaguy a envoyé une photo

[ILLUSTRATION]

Draco rougit violemment, tout dilemme intérieur quittant momentanément son esprit.

Sur la photo, justaguy était debout devant un miroir et il portait une petite culotte en dentelles. Son pénis au repos formait une boule dans le tissu noir orné d'un nœud. La vision était aussi troublante qu'adorable.

Tipheret (en ligne) : Elle est parfaite. Ta culotte te va à merveille.

justaguy (en ligne) : Tu es ironique...

Tipheret (en ligne) : Non, je suis sincère, même si je n'étais pas préparé à ça. J'aime tout de cette photo, le miroir, ta pose, la lingerie noire, évidemment... tu as tellement bien fait d'investir dans un appareil photo. Tu es mignon

Draco tapa ce dernier mot à l'aveugle et envoya son message avant de changer d'avis. A la vue de cette photo, son ressentiment envers justaguy s'était miraculeusement évaporé et son seul désir était désormais de le rassurer. Harry, c'était Harry de l'autre côté, et Harry n'était pas aussi sûr de lui qu'il le semblait sur ses photos. Harry n'était pas un modèle professionnel. Il n'était que Harry. Et Harry avait besoin de Tipheret, d'un ami à qui il pouvait parler de tout et surtout, d'un ami qui ne le jugerait jamais.

S'il ne pouvait pas l'être dans la vie réelle, Draco voulait de tout son cœur être cette personne-là sur internet.

justaguy (en ligne) : haha, pour être honnête, je suis gêné (je crois même que je rougis...)

Tipheret (en ligne) : on est deux, j'ai la désagréable impression d'avoir douze ans de nouveau.

justaguy (en ligne) : Parce que quand tu avais douze ans tu allais dire à tes camarades de classe qu'ils étaient mignons ?

Draco rit tout seul. Il était incapable de s'imaginer, en deuxième année, déclarer à Harry Potter qu'il le trouvait mignon.

Tipheret (en ligne) : Non, probablement pas. J'étais un sale gosse à l'époque. Je crois malheureusement que j'étais très fermé d'esprit. Je n'en tire aucune fierté... J'ai mis longtemps à accepter mon attirance pour les hommes.

Draco se mordilla la lèvre avant d'oser écrire :

Tipheret (en ligne) : Et toi ?

justaguy (en ligne) : Je suis dans une situation compliquée, mais elle devrait se décoincer rapidement. J'œuvre dans ce sens en tous cas.

justaguy (en ligne) : Désolé pour ce message cryptique.

Tipheret (en ligne) : Ne t'excuse pas, chacun a son jardin secret. Dieu sait combien le mien est grand.

justaguy (en ligne) : Je ne te questionnerai pas au sujet de ton immense jardin, Pheret ;) Oh, en fait ! Je voulais parler d'un truc avec toi et c'est plus ou moins lié à ce qu'on disait un peu plus tôt.

Tipheret (en ligne) : ?

justaguy (en ligne) : Peut-on se dire gay si on n'a jamais couché avec un homme ? Ou fait quoique ce soit avec un homme ?

Draco ouvrit de grands yeux. Harry n'avait jamais... ? Mais ses photos...

Ses photos ne révélaient rien de son expérience sexuelle avec un partenaire.

Tipheret (en ligne) : Je ne peux pas parler pour tous les homos de la Terre, mais en ce qui me concerne, je ne vois pas de contradiction. Etre gay, c'est aimer coucher avec des personnes du même sexe, mais c'est aussi désirer des personnes du même sexe, ou simplement avoir des sentiments pour une personne de son propre sexe.

Tipheret (en ligne) : Après, comme je l'ai dit, ce n'est que mon avis.

justaguy (en ligne) : Comment est-ce que tu t'es rendu compte que tu étais gay ?

Draco faillit répondre « je suis tombé amoureux de toi » puis « je suis tombé amoureux d'un homme ». Il opta finalement pour :

Tipheret (en ligne) : Ça a toujours été une évidence, j'ai simplement mis beaucoup de temps à l'accepter.

justaguy (en ligne) : Je peux te poser une autre question indiscrète ?

Tipheret (en ligne) : J'imagine que tu peux, oui ?

justaguy (en ligne) : Est-ce que tu as déjà été passif ?

Tipheret (en ligne) : Oui, même si ce terme a une connotation péjorative qui me déplaît fortement...

justaguy (en ligne) : Il m'embête aussi mais je n'en connais pas d'autre.

Draco sourit en tapant sa réponse, s'imaginant la réaction de Harry quand il lirait son message.

Tipheret (en ligne) : Tu aurais pu demander « est-ce que tu as déjà eu un pénis entre les fesses ? ».

justaguy (en ligne) : O_O

justaguy (en ligne) : Je n'aurais pas osé, tu me connais, je n'aime pas parler de manière explicite.

Tipheret (en ligne) : Comme tu dirais : LOL

Tipheret (en ligne) : D'autres questions ?

justaguy (en ligne) : Oui, en fait. Est-ce que ton pénis a déjà été entre les fesses de quelqu'un ?

Tipheret (en ligne) : Dire que quelques lignes plus tôt, tu prétendais être prude... mais pour répondre à ta question, oui, j'ai déjà fait cela.

justaguy (en ligne) : Qu'est-ce que tu préfères entre les deux ?

Tipheret (en ligne) : Tout dépend de mon partenaire et de notre relation.

Tipheret (en ligne) : J'accepte une dernière question sur mon intimité et ensuite on passe à autre chose.

justaguy (en ligne) : Question numéro 3 : si on couchait un jour ensemble, tu crois que ça se passerait comment ?

Draco relut plusieurs fois cette dernière question, choqué. Avec sa candeur mêlée d'audace, Harry le prenait toujours au dépourvu.

Tipheret (en ligne) : Rien ne sert d'imaginer quelque chose qui n'arrivera jamais, just.

justaguy (en ligne) : Ouch, ça fait mal, mais on peut passer à un autre sujet.

Draco hésita puis écrivit :

Tipheret (en ligne) : Ne fais pas cette tête, just, le futur n'est pas gravé dans le marbre. En fait, tu ne m'as pas dit ce que tu avais prévu de manger, ce soir ? Ça va être quoi cette fois ? Des pâtes ? Non, des toasts ? Ou bien des pâtes ?

xXxxXxxXx

27 octobre 2004

Draco poussait son caddie en riant tout seul, sous le regard curieux des autres clients. Il avait son portable à la main et il discutait par texto avec Harry. Il n'avait jamais autant aimé faire les courses qu'à cet instant-là.

A chaque fois qu'il recevait un nouveau sms, il souriait un peu plus, car le nom qui s'affichait sur son écran n'était pas justaguy mais Harry. Draco s'était accordé ce plaisir illicite.

Harry : N'oublie pas d'acheter des nouilles instantanées, je crois qu'il ne te reste plus que six paquets chez toi !

Draco : La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe

Harry : Colombe de mes fesses

Draco : O_O

Harry : Félicitations, tu sais faire des smileys maintenant

Draco : tss, que fais-tu d'inintéressant ?

Harry : Je me balade. On pourrait peut-être se croiser, qui sait ?

Draco : Pardonne-moi de réduire tes rêves en poussière, mais on ne s'en apercevrait même pas. On passerait l'un à côté de l'autre sans même échanger un regard. Voilà notre destin.

Harry : Je pense être capable de reconnaître ton aura, ô solaire pheret ;)

Draco : Tu payes 20 cents par sms. Insuffles-y de la substance !

Harry : Est-ce que tu sais ce qu'est un sexto ?

Draco fronça des sourcils, hésitant entre une boîte de pois chiches et une boîte de haricots rouges. Mais avant qu'il ait eu le temps de répondre, il reçut un nouveau message.

Harry : Je suis dans les toilettes d'un bar et je pense à toi

Harry : Je rêve que tu ouvres la porte et que tu me plaques contre le mur

Harry : Je me caresse par dessus mon jean, j'imagine que c'est ta main et ça me fait bander

Harry : Fuck, j'ai jamais eu une érection comme ça, quand je ferme les yeux, je vois ta main autour de ma bite

Harry : c'est super dur de taper d'une main mais tant pis ça m'excite de savoir que tu es en train de faire tes courses alors que je me branle en pensant à toi

Harry : Tipheret rejoins-moi et je ferais tout ce que tu veux

Draco : A QUOI TU JOUES ?

Draco avait jeté plusieurs boîtes de conserves au hasard dans son chariot et il attendait maintenant à la caisse en maudissant les clients devant lui. Il espérait que personne n'avait remarqué l'érection qui déformait son jean et qu'il tentait désespérément de cacher derrière un paquet de céréales.

Merlin, pourquoi Harry lui envoyait-il ce genre de messages, alors qu'il savait que Draco était dehors, dans un foutu supermarché, entouré de dizaines d'autres personnes ?

Harry : Ça t'a plu ? ;)

Draco : Je suis à la caisse, espèce de patate !

– Bonjour, grommela-t-il en fourrant son portable dans sa poche. Désolé, je n'ai pas la carte de fidélité...

Une fois sorti du magasin, il se rua dans une ruelle avec ses sacs de courses et ressortit son téléphone.

Harry : Je t'ai simplement obéi, j'ai utilisé mon crédit de téléphone à bon escient. J'y ai insufflé de la substance ;)

Draco : Tu es fou, just. Ce que tu viens de faire n'était PAS DU TOUT ce que j'attendais.

Draco se releva, les yeux rivés sur son téléphone qui demeurait silencieux. Avait-il été trop sec ? Harry lui en voulait-il ?

Sa surprise passée, Draco se rendit compte qu'il n'avait pas trouvé les sextos de Harry aussi dérangeants qu'il ne venait de le prétendre. En fait, son érection n'était-elle pas une preuve incontestable qu'il avait apprécié l'expérience ?

Mais était-il assez courageux pour l'avouer à Harry ?

Draco : Ce n'était pas désagréable pour autant.

Harry : Victoire, un compliment de ta part ! Et sache que tout ce que j'ai dit était vrai (cœur)

Draco gémit, son cœur manquant de lâcher. Harry allait finir par le tuer.

xXxxXxxXx

29 octobre 2004

Tipheret (en ligne) : Est-ce que tu fais des cams à d'autres gens ?

justaguy (en ligne) : Non, pourquoi ? Tu es jaloux ? ;)

Tipheret (en ligne) : Peut-être bien que oui.

Tipheret (en ligne) : Je plaisante, bien entendu. Je me demandais simplement si d'autres personnes avaient vu comment tu te tenais sur ta chaise.

A l'écran, justaguy se redressa aussitôt sur sa chaise.

justaguy (en ligne) : Tu es une horrible personne. D'ailleurs, pourquoi suis-je le seul à avoir mis la cam ?

Tipheret (en ligne) : Tu as déjà oublié, just ? J'ai eu beau te prévenir que je n'allumerais jamais ma webcam, tu as quand même décidé d'allumer la tienne. De toute façon, on ne voit que ton ventre. Seigneur, à quoi bon ?

justaguy (en ligne) : Je voulais essayer un truc

justaguy (en ligne) : Un très gros truc hmmmmm

Tipheret (en ligne) : Tu es grossier, mon dieu comme tu es grossier O_O Je n'en reviens pas.

justaguy (en ligne) : arrête de râler en utilisant des émoticônes inappropriés et regarde

Justaguy baissa la webcam vers son bas-ventre et son caleçon. Draco se mordit la lèvre. Parfois Harry était si cheap... et Draco tombait toujours dans son piège.

Justaguy commença à se caresser par dessus son caleçon, sa main flattant son pénis encore mou avec un rythme lent, presque paresseux. Il passait occasionnellement son pouce sur son gland, comme s'il avait tout le temps du monde devant lui.

Plus les secondes passaient, plus le tissu était tendu sous ma main et, bientôt, une tache humide se forma à l'endroit où se trouvait le bout de son pénis.

Quand son sexe fut entièrement en érection, justaguy l'empoigna, toujours au travers de son boxer en coton, et se mit à faire des mouvements de va-et-vient beaucoup plus francs. La qualité de la webcam laissant à désirer, l'image à l'écran était brouillée et saccadée, mais Draco avait suffisamment d'imagination pour reconstituer la scène.

A un moment donné, justaguy baissa son caleçon avec des mains fébriles, comme s'il était sur le point de se pisser dessus. Il dévoila un pénis incroyablement raide, des testicules contractés, et Merlin, comme il était beau.

Il tirait maintenant frénétiquement sur sa bite, la webcam capturant sans aucune pitié ses halètements et ses soupirs, le grincement de son fauteuil et le claquement obscène de sa peau...

Même si son appartement avait été en feu, Draco aurait été incapable de détacher ses yeux de la vidéo.

Sans même s'en rendre compte, il avait glissé sa main dans son pantalon et il se masturbait en calquant son rythme sur celui de justaguy. Il leva sa main gauche, caressant l'écran de son pc du bout des doigts, avec l'impression folle que Harry était juste de l'autre côté de la fine paroi de verre.

Oui, ils étaient de part et d'autre d'une vitre sans tain et si Draco fermait les yeux, la vitre disparaissait et Harry était devant lui, contre lui, tout autour de lui...

Il pouvait sentir son souffle chaud et erratique dans sa nuque, sa main calleuse qui glissait sur son ventre avant de saisir son pénis, ses cheveux épais qui lui chatouillaient les oreilles...

– Tipheret...

Draco grogna de surprise et d'excitation, ses yeux s'ouvrant d'un coup. Avait-il bien entendu ? Justaguy venait-il de murmurer son nom d'emprunt ?

– Harry... tenta-t-il, sa main gauche glissant sur l'écran de l'ordinateur, tentant vainement d'agripper l'image de justaguy. Harry...

Même si la webcam de Draco était éteinte, prononcer le nom de Harry à voix haute alors que l'autre garçon était à l'écran, juste devant lui, avait quelque chose d'extraordinairement illicite. C'était à la fois libérateur et exaltant, et ça toucha Draco à l'intérieur de lui, comme si ses intestins étaient un paquet de nœuds que quelqu'un venait de démêler.

Justaguy se courba soudain en arrière, sa main agrippée douloureusement à son pénis, et il éjacula. La webcam transforma ce qui devait être un moment grandiose en une pathétique bouillie de pixels, mais Draco n'en avait que faire, car il venait d'être foudroyé par son propre orgasme.

Il mit un certain temps à réaliser que la fenêtre vidéo s'était fermée. Justaguy avait coupé la webcam.

justaguy (en ligne) : toujours là ?

Tipheret (en ligne) : Où voudrais-tu que je sois ?

justaguy (en ligne) : plus près de moi :)

Draco sourit, une sorte d'onde de chaleur et de tendresse se répandant dans sa poitrine. Il avait l'impression de flotter dans son corps.

Tipheret (en ligne) : Si c'était possible, je serais là, crois-moi.

justaguy (en ligne) : :D

justaguy (en ligne) : toi aussi tu t'es touché ? tu as jouis ?

Tipheret (en ligne) : Est-il réellement nécessaire de faire un débrief ?

justaguy (en ligne) : oui

justaguy (en ligne) : Je viens de me branler tout seul devant ma cam et je n'ai jamais fait ça, crois-moi. J'aimerais au moins savoir si ça a été le moment le plus pitoyable de mon existence... ou le plus incroyable.

Tipheret (en ligne) : Tu es à mille lieux d'être pitoyable, just.

Tipheret (en ligne) : Et pour répondre à tes questions : oui et oui

Tipheret (en ligne) : J'aurais aimé être physiquement avec toi pendant qu'on faisait ça. Je me répète mais si je le pouvais, je serais avec toi en ce moment même.

justaguy (en ligne) : Je ne pensais pas que tu pouvais être aussi honnête ! Mon estomac s'est changé en marshmallow x) Tu vas me tuer un jour.

Draco sourit, la sensation de bien-être dans laquelle il baignait lui ôtant toute envie d'être sarcastique.

Tipheret (en ligne) : C'est toi qui vas finir par me tuer et quand le jour viendra, je me laisserai faire avec plaisir.

justaguy (en ligne) : Tu es si dramatique

justaguy (en ligne) : Et j'aime quand tu es dramatique (cœur)

Draco se jeta en arrière dans sa chaise. Il lança un vieux CD qui le rendait toujours un peu nostalgique et passa le reste de sa soirée sur son pc, à discuter avec son seul contact msn.

xXxxXxxXx

29 octobre 2004

Draco : Good morning sunshine ;) Bon courage pour le travail (sache que contrairement à toi, j'ai commencé ma journée à six heures du matin !)

Harry : Bonjour ! Je terminerai le boulot bien après toi donc arrête d'essayer de me faire culpabiliser. Je crois que je vais penser à toi à chaque fois que je passerai devant un café.

Draco : C'est cela oui.

Harry : Je te jure ! Et même que je vais scruter l'horizon en espérant te croiser :)

Draco : Ne parle pas aux inconnus même s'ils me ressemblent, c'est à dire même s'ils sont très beaux

Harry : tu sais que je n'ai d'yeux que pour mon mystérieux pheret (cœur)

Draco : C'est malin, je vais passer la journée à sursauter dès que quelqu'un va commander un mocha taille L au lait d'amande, sirop de noisette et poudre de spéculoos.

Harry : Tu ne risques pas de sursauter souvent haha. Allez, bonne journée Tiph.

Draco : Je déteste vraiment devoir écrire ça, mais si tu dois absolument me donner un diminutif, je préfère encore Pheret.

Harry : Bonne journée Tipheret (et n'aies crainte, je serai sage et je ne parlerai pas aux inconnus).

Draco : Bonne journée à toi aussi. A ce soir sur msn ?

Harry : Je plaisantais pas quand je disais que j'allais rentrer très tard, désolé. Je serai aussi occupé demain, mais après-demain, si ça te va ?

Draco : Parfait. A dans deux jours. J'ai hâte :)

Harry : Et moi donc !

xXx

Tout le long du mois d'octobre 2004, Draco ne se sentit jamais seul. Où qu'il soit et quelle que soit l'heure, il emportait justaguy avec lui. Il n'avait pas l'impression que justaguy était un être humain, comme Blaise et Pansy, qui avaient leurs propres corps et leurs propres vies. Il avait plutôt l'impression que justaguy le hantait.

Oui, justaguy était un fantôme, mais un fantôme différent de ceux de Poudlard. Il était un fantôme à l'étreinte tiède, qui le suivait et le soutenait, et qui teintait le monde de couleurs plus douces. Justaguy était comme une sphère de chaleur dans son ventre ou un soleil intérieur qui, plutôt que de le plomber, le rendait aussi léger que l'air.

Justaguy était comme un morceau de Magie.

Comme on était vendredi, Draco fit un crochet par la pâtisserie de son quartier en rentrant du travail. Alors qu'il examinait la vitrine, en se demandant ce que Harry choisirait à sa place, il entendit la clef d'or ricaner.

Cela faisait quelques temps qu'elle ne lui avait pas parlé et Draco avait fini par penser qu'il n'était plus capable de l'entendre. Cette perspective l'avait étrangement attristé. Bien que la clef soit toxique, profondément mauvaise, Draco n'y pouvait rien, il tenait quand même à elle.

Qu'est-ce que tu fais, Draco, tu ne vas pas acheter ta pâtisserie préférée mais celle que tu penses que Harry choisirait ? demanda la clef d'un ton moqueur. Es-tu devenu un Poufsouffle ?

Peut-être que ce n'est pas si mal d'être un Poufsouffle, répondit doucement Draco. Forêt noire ou tartelette citron ?

Draco, reviens à la réalité ! s'écria la clef. Tu nages dans ta bulle de bonheur en pensant être toujours accompagné de ton âme-sœur ou je ne sais quelle autre infecte niaiserie... mais ton ange gardien continue à poster des photos et maintenant des vidéos de lui sur internet. Tu sembles aussi oublier que ce n'est pas à toi, Draco, qu'il croit parler, mais à un simple fan. Tu n'es rien à ses yeux. Tu n'es pas spécial.

Comment pourrais-je oublier ? songea Draco, en se demandant pourquoi les Moldus ne faisaient pas de tartes à la mélasse.

Tu devrais plutôt te demander ce que ton cher Harry pensera lorsqu'il découvrira ton identité... sauf si tu comptes continuer à lui mentir jusqu'à la fin des temps ? Tu en serais bien capable, en fait... Tu n'as jamais été très courageux. Tu aimes tellement faire semblant de ne pas savoir, de ne pas voir, que tu devrais t'acheter des œillères, comme les chevaux !

Je ne peux pas lui dire qui je suis, répondit Draco en attrapant la clef à son cou. S'il savait qui j'étais, il ne...

Que penserait Harry ? Se sentirait-il trahi ? Mené en bateau ? Ou serait-il simplement surpris de savoir que Draco Malfoy existait encore quelque part dans le monde ?

Draco Malfoy n'était sûrement plus qu'un lointain souvenir pour Harry...

Même si c'est paradoxal, Tipheret me permet d'être honnête, pensa Draco. Sans mon alter ego, je ne pourrais jamais avoir une telle relation avec Harry.

Ah, mon petit chéri, tu crois être le premier à découvrir les joies de l'anonymat ? soupira la clef, en se frottant contre la main de Draco. Tipheret n'a ni identité ni histoire, il est si libre ! Il peut apparaître et disparaître à sa guise, il peut dire tout ce qu'il veut, rien n'a de conséquence. Mais n'oublie pas que c'est la même chose pour justaguy, il n'est lui aussi qu'un pseudonyme, qu'une série de messages... Il peut s'évanouir dans les airs à tout moment.

Dis-moi quelque chose que je ne sais pas, grogna Draco avec impatience, car la clef le distrayait de sa mission, qui était de choisir une fichue pâtisserie et de rentrer chez lui.

On peut peut-être parler du fait que tu continues à archiver son blog à son insu, comme un pervers ou un stalker ? Ou préfères-tu que je te rappelle que Harry est la seule personne dans ta vie moldue à connaître ton passé, à savoir d'où tu viens et ce que tu es... mais qu'il n'en a même pas conscience ! Quel comble, n'est-ce pas ?

Je devrais te jeter dans un caniveau, dit Draco, en contemplant très sérieusement l'idée.

Toutefois, après s'être décidé pour une Forêt Noire, il rentra chez lui sans balancer sa clef aux égouts. Ses menaces à l'encontre de la clef étaient aussi virtuelles que sa relation avec justaguy.

Draco aimerait avoir la force de s'en débarrasser un jour mais il n'était pas sûr qu'il en serait jamais capable. Sa collection de souvenirs était à la fois ce qu'il avait de plus précieux et ce dont il avait le plus honte. Quand il ouvrait le placard, il se sentait comme un alcoolique qui boit un verre en cachette, tard dans la nuit...

Mais c'était son seul trésor, et il était éternel, alors que ses conversations avec justaguy n'étaient qu'une délicieuse mascarade dont le temps était compté.

xXxxXxxXx

31 octobre 2004

Le jour de Halloween, Draco travailla sans s'arrêter. La seule chose qui le faisait tenir était la promesse d'une discussion avec Harry sur msn, ce soir-là.

Deux jours sans nouvelles de justaguy et une raideur s'était installée dans sa nuque et ses pas se faisaient plus lourds. Autour de lui, le monde semblait avoir perdu de ses couleurs, comme s'il avait été peint avec de la peinture à l'eau et que la pluie automnale lui avait rendu sa véritable teinte.

Sur le chemin du retour, Draco reçut un sms de Harry.

Harry : Salut Pheret, tu peux te connecter stp ?

Draco : Je sors tout juste du travail. Je t'envoie un sms quand je suis chez moi.

Harry : OK

Draco : Je suis rentré.

xXx

Tipheret s'est connecté.

justaguy (en ligne) : Désolé si tu t'es pressé pour rentrer... Comment ça va ?

Tipheret (en ligne) : C'était une longue journée au café, mais je vais bien, merci. Et toi ? Qu'y avait-il de si urgent pour que ça ne puisse pas attendre ce soir ? Mon exquise prose te manquait-elle tant que ça ?

justaguy (en ligne) : Non je

justaguy (en ligne) : c'est compliqué

justaguy (en ligne) : laisse tomber

justaguy (en ligne) : en fait non

justaguy (en ligne) : bref si, laisse tomber

Tipheret (en ligne) : Je déteste quand tu envoies des messages à la suite comme ça. Crache le morceau.

Tipheret (en ligne) : Je n'ai personne à qui répéter tes secrets, de toute manière.

Tipheret (en ligne) : Rien ne sert de faire le mort, j'attendrai le temps qu'il faudra.

justaguy (en ligne) : Okay. Pour faire court c'est un mauvais jour pour moi et

justaguy (en ligne) : j'avais besoin de te voir

justaguy (en ligne) : j'ai besoin de te voir

Ce dernier message glaça le sang de Draco comme une menace de mort. Pourquoi Harry voudrait-il voir Tipheret ? Pourquoi son discours était-il si décousu ? Que se passait-il ?

Draco avait stupidement espéré que justaguy et lui passeraient la soirée à discuter de tout et de rien, comme d'habitude, et pourquoi pas regarder un film d'horreur en simultané...

Mais Harry n'était apparemment pas d'humeur à regarder Alien. Il semblait être plus enclin à prendre la tête à Draco. Il savait pourtant que Tipheret voulait rester anonyme.

Draco réfléchit un instant avant de répondre :

Tipheret (en ligne) : Je ne suis pas sûr de comprendre.

justaguy (en ligne) : C'est pas difficile à comprendre pourtant. Aujourd'hui, comme tu le sais peut-être, c'est Halloween, c'est une date importante chez moi, tout le monde fait la fête, mais c'est aussi l'anniversaire de la mort de mes parents et je suis allé sur leur tombe et j'ai croisé des personnes qui m'ont emmerdé et maintenant je suis dans un cyber café miteux à Londres et j'ai vraiment besoin d'un ami

justaguy (en ligne) : qui ne s'apitoierait pas sur mon sort

justaguy (en ligne) : j'ai besoin de toi Tipheret

Draco se pinça l'arête du nez. La syntaxe de justaguy lui donnait mal à la tête.

Il avait passé ces deux derniers jours à attendre ce stupide rendez-vous sur msn, et voilà que Harry gâchait tout. Pourquoi se mettait-il dans cet état pour des personnes qui étaient mortes plus de vingt ans plus tôt ? Pourquoi ne pouvait-il pas rester le correspondant sympa et sexy qu'il avait été jusque-là ?

Tipheret (en ligne) : si j'ai bien compris, tu me demandes de te rejoindre ?

justaguy (en ligne) : OUI

justaguy (en ligne) : merde, je pensais avoir été assez clair je crois

justaguy (en ligne) : mais au vu de tes messages stupides, tu ne le feras pas, n'est-ce pas ? Tipheret, celui qui voulait tellement garder son identité secrète qu'il a demandé dans son testament à ne pas avoir son nom écrit sur sa tombe !

justaguy (en ligne) : je ne sais même pas pourquoi je t'ai demandé ça en fait, c'est con

justaguy (en ligne) : En fait non, ce n'était pas con du tout, j'avais espoir que tu

justaguy (en ligne) : bref

Draco n'était plus fatigué. Il n'y avait plus de place en lui pour la fatigue, seulement pour la colère.

Tipheret (en ligne) : Ne cherche même pas à me faire culpabiliser. Je veux rester anonyme et alors ? Tu n'as pas le droit de me le reprocher, encore moins en faisant un CAPRICE comme un enfant pourri gâté.

Tipheret (en ligne) : Je me suis dépêché de rentrer rien que pour te parler, espèce d'ingrat, et tu me tombes dessus comme si j'avais tué tes parents !

Après avoir tapé ces lignes à toute vitesse, Draco se calma un peu. De toute évidence, Harry passait un mauvais moment, il était fragile psychologiquement. Draco ne devait pas prendre ses paroles à cœur. Il n'était plus un sale gosse, il était adulte et il essayait d'être bienveillant comme un Poufsouffle.

Tipheret (en ligne) : Si tu pouvais m'expliquer calmement ce qui t'arrive, je t'en serai reconnaissant.

justaguy (en ligne) : Je te l'ai déjà dit ! Je me sens mal, seul et misérable et je voulais te voir parce que tu es une des choses les plus géniales qui me soient arrivées depuis longtemps et je ne sais pas quoi faire de ces sentiments

Une lame transperça Draco en plein cœur. Harry était cruel et le pire était qu'il ne s'en rendait pas compte. Il disait avoir des sentiments pour Tipheret, mais Tipheret n'était qu'un pseudonyme derrière lequel il n'y avait rien.

L'envie de révéler son identité à Harry n'avait jamais été aussi forte mais, bien évidemment, Draco ne le fit pas. Ce n'était vraiment pas le moment.

Bien que la clef resta silencieuse, Draco savait qu'elle pensait quelque chose comme « ce ne sera jamais le moment ». Elle avait peut-être raison.

Premièrement, c'était beaucoup plus confortable de faire comme si ce n'était pas lui, Draco Malfoy, qui suivait un blog pornographique comme un obsédé sexuel, mais un inconnu nommé Tipheret.

Deuxièmement, Draco ne voulait pas laisser entrer Harry Potter, un élément du monde magique, plus avant dans sa vie moldue. Harry la détruirait.

Et dernièrement, il voulait à tout prix éviter de raviver sa vieille passion pour Harry. Ça ne lui apporterait rien de bon.

Tipheret (en ligne) : crois-moi quand je te dis que je suis désolé de ne pas pouvoir venir.

justaguy (en ligne) : On peut se parler à la cam ?

justaguy (en ligne) : Ou simplement au téléphone ?

Une autre lame s'enfonça dans la poitrine de Draco et, cette fois-ci, elle était crantée. Son cœur n'était plus qu'une masse sanguinolente, dont pendaient des lambeaux gluants et violacés.

Tipheret (en ligne) : Je ne peux vraiment pas.

justaguy (en ligne) : c'est incroyable comme tu me rends pathétique

justaguy (en ligne) : je suis là à te supplier pour te parler

justaguy (en ligne) : dans ce putain de cyber café de merde

justaguy (en ligne) : et je regarde la porte avec l'espoir crétin que tu entres

justaguy (en ligne) : personne n'a autant de pouvoir sur moi normalement

justaguy (en ligne) : je pourrais appeler qui je veux mais bien sûr celui que je veux ne veut pas me voir

Dans un autre contexte, cette dernière phrase aurait fait sourire Draco. Mis-à-part lui, qui refuserait de voir le célèbre Harry Potter ?

Tipheret (en ligne) : je tiens à toi, justaguy. Tu serais surpris de savoir à quel point. Peut-être même effrayé.

Tipheret (en ligne) : mais je ne PEUX pas te voir.

justaguy (en ligne) : ouais c'est ça

justaguy (en ligne) : t'essouffle pas, j'ai saisi le concept

justaguy (en ligne) : on va en rester là

Tipheret (en ligne) : qu'est-ce que tu veux dire ?

justaguy (en ligne) : utilise ton cerveau et tu comprendras. Je vais rentrer chez moi. Bonne nuit, Tipheret. On se recroise sur le blog

justaguy (en ligne) : Ou pas ;)

justaguy s'est déconnecté.

Draco regarda la conversation msn pendant quelques secondes, hébété. Harry venait de quitter le tchat sans lui laisser le temps de répondre.

Harry n'avait pas le droit... le monde ne tournait pas autour de lui et de ses sautes d'humeur...

Mais le monde de Draco tournait autour de Harry et Harry venait de le déserter.

Harry était parti.

Pourquoi es-tu si triste ? Tu savais pourtant que ta relation avec justaguy était éphémère, chuchota la clef d'un ton faussement concerné. Oh, ne pleure pas, mon chéri, tu ne connaîtras jamais la solitude car nous serons toujours là pour toi... mes fioles et moi...

Draco grinça des dents en feulant. Il avait déjà le cœur en charpie mais on continuait d'y donner des coups de poignard.


A Suivre...


Prochain chapitre en ligne le 10 novembre : Pansy et Blaise ! Le souvenir préféré de Draco ! Une soirée avec les anciens de Poudlard !

Vos reviews me motivent à trouver un endroit pour brancher mon pc et continuer à écrire. Merci.

N'oubliez pas les ILLUSTRATIONS SUR AO3 (maiathoustra) !