Bonjour bonsoir ! Plus qu'un mois avant notre retour en France...

Si vous trouvez les updates trop lentes, alors qu'elles sont toujours trop rapides pour moi, j'aimerais que vous preniez en considération le fait que je vive dans une VOITURE cette année, sans prise électrique pour mon pc :')

Merci à Makaria et Guest pour leurs reviews !

Précédemment : Après avoir passé un mois à discuter presque tous les soirs sur msn et pas sms, Draco et justaguy/Harry se disputent le jour de Halloween. Draco retourne à sa vie ordinaire...


TIPHERET ET JUSTAGUY

Chapitre 6 : Soirée et Océan

''la chaleur des mains de Harry et l'alcool qui circulait dans ses veines''


10 novembre 2004

Cela faisait dix jours que justaguy avait disparu de sa vie et Draco commençait doucement à s'habituer à un quotidien sans lui – et sans internet.

Les deux premiers soirs qui avaient suivi leur dispute, il était resté des heures connecté à msn, espérant voir le statut de justaguy passer de hors ligne à en ligne. En vain. Depuis, Draco n'avait pas allumé son pc une seule fois. Il ne voulait pas se rendre plus pathétique qu'il ne l'était déjà.

Il passait la majorité de ses soirées allongé dans son lit ou assis à sa table, le regard dans le vague, à se demander pourquoi l'aiguille de sa montre avait arrêté de tourner à une vitesse normale.

Que faisait-il de tout son temps libre, avant ? En fait, que faisait-il de sa vie ?

Il se levait, il allait travailler et il rentrait pour se mettre au lit. Il y avait quand même des variantes. Le lundi, il allait aux courses, le mercredi soir, il voyait Blaise et Pansy, le vendredi, il s'offrait une pâtisserie, le dimanche, il s'occupait de sa lessive.

Il triait sa boîte mail une fois par semaine. Il dînait chez Mrs Roy deux fois par mois. De temps en temps, il buvait un coup avec ses collègues après le service.

Mais ces petits changements n'empêchaient pas ses journées de se ressembler cruellement...

Comment Draco avait-il pu penser pendant six ans qu'il menait une vie parfaite ?

– Draco, mon ange, fais un effort, veux-tu ? Un peu plus et tu t'affales sur la table.

– Pardon, Pansy, s'excusa Draco d'un ton poli, en se redressant et en réintégrant la conversation comme si de rien n'était. A chaque fois que tu nous parles du bouffon qui te sert de rédacteur en chef, je me demande comment tu fais pour le supporter au quotidien.

– Oh, je me pose cette question tous les jours, rétorqua aussitôt Pansy, le nez froncé. D'ailleurs, pourquoi est-ce un homme qui dirige le magasine ? Sorcière Hebdo s'adresse aux femmes, il devrait être tenu par une femme ! Enfin... Ce débat ne t'intéresse visiblement pas. Il y a autant d'enthousiasme dans ton regard que dans celui de ce bon vieux Professeur Binns.

– Tu te trompes, tes histoires m'ont toujours passionné. J'ai simplement le malheur d'être un peu distrait ce soir.

– Distrait ? Voilà une façon élégante de décrire ton état, répondit Pansy en faisant la moue. J'avais fini, de toute manière. Blaise... ?

– Rien de nouveau depuis la semaine dernière, sourit Blaise, en haussant des épaules. Et toi, Draco ?

– Que pourrait-il arriver à un serveur de café ? ricana faiblement Draco, en évitant le regard de ses deux meilleurs – pour ne pas dire uniques – amis.

Comme tous les mercredis, les trois anciens Serpentards s'étaient retrouvés pour se raconter leurs vies autour d'un verre. Ce soir-là, ils étaient au Stags and Does, un bar moldu dont l'ambiance feutrée et intimiste poussait aux confidences. Draco se demandait d'ailleurs si ce n'était pas justement pour cela que Pansy avait insisté pour qu'ils s'y rendent.

– Oh, je ne sais pas ce qui pourrait arriver à un serveur de café et c'est justement ce qui me chiffonne, dit Pansy en remuant son cocktail d'un air songeur. Pour tout t'avouer, j'ai très envie de te jeter un sortilège de Délie-Langue, quitte à violer le Code du Secret Magique...

– Je n'ai rien à cacher, mentit Draco d'une voix égale, mais comme tu es une personne très têtue et que tu ne vas pas me lâcher de la soirée...

Pansy acquiesça vivement.

– … je vais te dire ce qui me préoccupe.

– Je t'en prie, mon chat. Blaise et moi mourrons d'envie de savoir ce qu'il se passe dans ton merveilleux esprit.

Était-elle ironique ? Draco avait beau la connaître depuis toujours, il n'en était pas tout à fait sûr.

– J'aimerais avoir des nouvelles de... notre monde, dit-il dans un souffle, les yeux fixés sur sa boisson. Si vous voulez bien m'en donner.

Bien qu'il ne les regardait pas, il ne pouvait pas ignorer l'air ahuri de ses deux amis. La mâchoire de Pansy s'était décrochée. Quant aux sourcils de Blaise, ils étaient haussés si haut sur son front qu'ils se confondaient avec ses cheveux.

– Draco, mon petit chou, dans quelle réalité refuserais-je de colporter six années de ragots ? finit par caqueter bravement Pansy, après une minute de silence.

Draco leva les yeux vers elle et il fut heureux de constater qu'elle arborait son expression habituelle. Elle avait aussi remis sa mâchoire en place.

– Je peux commencer par lâcher une bombe à propos de ma vie personnelle, si ça te va, lança Blaise, en sirotant le fond de son cocktail. Je sors avec Ginny Weasley.

– Tu mens, le contredit aussitôt Draco.

– Absolument pas, sourit Blaise. Nous sommes officiellement ensemble depuis la semaine dernière.

Draco fut tenté de nier de nouveau cette affirmation, puis il se souvint des absences répétées de Blaise à leurs rendez-vous hebdomadaires, de ses excuses qui sonnaient mal...

En jetant un regard de détresse à Pansy, Draco s'aperçut qu'elle ne paraissait pas étonnée.

– Tu étais au courant ? demanda-t-il.

– Évidemment, ils se tournent autour depuis la fin de la huitième année. Il était grand temps qu'il se passe quelque chose entre eux. Et remballe-moi cet air trahi, dois-je te rappeler que tu ne voulais rien entendre de ton ancienne vie jusqu'à aujourd'hui ?

Draco se mordit la lèvre.

– C'est vrai, admit-il en essayant d'avoir l'air digne, alors qu'il ne s'était jamais senti aussi minable. Même si je n'ai pas suivi toutes les péripéties, je suis content pour toi, Blaise.

– Merci, dit simplement Blaise.

– Qu'en est-il de... Potter ? Que devient-il ? demanda Draco, après un court silence.

Blaise et Pansy échangèrent un regard éloquent.

– Potter est devenu Auror, annonça Blaise. Pendant quelques années, on n'a plus trop entendu parler de lui. Les journaux sortaient de temps en temps un article à son sujet mais il ne faisait plus jamais la Une.

– Mais il est revenu en force ces derniers mois. Il s'est impliqué dans une noble cause, expliqua Pansy. Vois-tu, il défend les droits des personnes comme toi, Draco.

– Comme moi ? répéta Draco, un peu confus.

– Des homosexuels et des minorités sexuelles en général, clarifia Blaise. J'ignore si c'est une stratégie de communication ou si c'est la vérité, mais il a déclaré être gay lors d'une conférence de presse, il y a deux semaines.

– Son nom est de nouveau sur toutes les langues, ricana Pansy. Il est aussi populaire qu'il ne l'était juste après la Guerre. Je n'en peux plus de voir sa photo dans le magasine.

– Certains parlent même de légaliser le mariage entre personnes du même sexe... glissa Blaise.

– Oh, ça n'arrivera pas avant vingt ans, Thomas et Finnigan sont beaucoup trop optimistes, objecta aussitôt Pansy. Ils devraient pourtant avoir des réserves, avec ce qui leur est arrivé il y a six ans... Ils étaient restés à Sainte Mangouste pendant des semaines !

– Crois-le ou non, mais Ginny m'a confié qu'ils avaient déjà acheté les bagues.

Draco tenta de respirer profondément pour se calmer, mais c'était comme si on lui avait tranché la gorge et que l'air ne parvenait pas à ses poumons. Potter avait fait son coming-out ? Et ça avait fait grimper sa côte de popularité ?

Blaise et Ginny Weasley se tournaient autour depuis la huitième année ? Pansy était au courant et elle approuvait leur relation ?

Et Thomas et Finnigan étaient T. et F., les deux jeunes gays qui avaient été tabassés juste avant Noël, l'année où Draco était parti ? Et malgré ça, ils pensaient pouvoir un jour se marier ?

Le Monde Magique avait tellement changé depuis que Draco l'avait quitté, six ans auparavant... mais le plus choquant était que Draco n'en aurait jamais rien su s'il n'avait pas demandé. Toute sa vie, il aurait pensé que les sorciers étaient homophobes, il aurait pensé que Serpentards et Gryffondors ne se mêleraient jamais...

Draco eut soudain envie d'avoir la Gazette du Sorcier dans les mains et de voir une photo bouger. Puis il se rappela le Quidditch, l'euphorie qui lui tordait toujours le ventre quand il coursait le Vif d'Or, le vent qui fouettait son visage et décoiffait ses cheveux, et il eut plutôt envie de monter sur un balai.

Il pensa ensuite aux terres sans fin du Wiltshire et aux jardins du Manoir où sa mère et lui aimaient tant se promener, les après-midi d'été.

Il entendait le hululement des hiboux, le battement de leurs ailes, il sentait le poids d'Aquila, son hibou Grand-Duc, sur son épaule, son bec qui mordillait affectueusement son oreille et ses plumes qui chatouillaient son visage...

Des bras se refermèrent autour de son cou et Draco reconnut le parfum de Pansy. Son étreinte et son odeur l'apaisèrent aussitôt.

– Chaton, murmura-t-elle dans son oreille. J'organise une fête samedi 20, dans deux semaines. Si tu souhaites refaire un pas dans le monde magique, tu es le bienvenu. Rien ne t'oblige à venir mais je serais heureuse de t'y voir.

– J'y réfléchirai, promit Draco. Je te donne ma réponse mercredi prochain.

– Parfait, dit-elle.

Elle le serra encore quelques secondes dans ses bras avant de retourner s'asseoir à côté de Blaise.

xXxxXxxXx

16 novembre 2004

Six jours plus tard, Draco n'avait toujours pas pris de décision. Il était à bout de nerfs et la clef d'or n'arrangeait pas les choses. Elle le taraudait et le narguait nuit et jour, tant et si bien que Draco finit par craquer et l'enfoncer dans la serrure du placard à souvenirs.

Peut-être avait-elle raison. Peut-être trouverait-il une réponse dans le souvenir du 31 octobre 1998...

xXx

souvenir du 31 octobre 1998

Après le silence et l'immobilité de son appartement, Draco faillit perdre l'équilibre quand il atterrit dans le vacarme du souvenir. Il mit plusieurs secondes à s'habituer au brouhaha ambiant, mélange de musique et de conversations, de rires et de paroles de chanson criées à tue-tête.

Tout autour de lui, des adolescents étaient réunis en petits groupes, affalés par terre ou dans des canapés, des cartes à jouer et des verres à les mains. Il y avait des bouteilles pleines sur toutes les tables et des bouteilles vides partout par terre.

Le 31 octobre 1998, les huitièmes années avaient fêté Halloween tous ensemble dans la salle commune.

Draco et Harry, eux, avaient passé la soirée à discuter et à boire des bières dans un coin de la pièce.

En regardant autour de lui, Draco fut, comme d'habitude, frappé par la jeunesse des personnes qui l'entouraient. Blaise et Pansy, Londubat et Abbot, Daphné et sa petite sœur, Astoria... tout le monde avait l'air de sortir tout juste de l'enfance. Draco refuserait probablement de leur servir à boire s'ils entraient au Spleen.

Draco agita la tête pour se remettre les idées en place. Il commençait à penser comme un vieux croûton.

Il marcha entre les fêtards, se dirigeant vers l'alcôve où il savait que Harry et le Draco du passé étaient pelotonnés. Les deux garçons étaient assis face à face dans le renfoncement de la fenêtre. Il y avait si peu de place que leurs genoux se touchaient et que leurs jambes étaient entremêlées.

– Potter, si tu étais un pays, tu... serais quel pays ? demanda le jeune Draco, entre deux gorgées de bière.

– Le Chili, répondit Harry, en se tapotant la lèvre d'un air songeur.

– Tu dis ça parce que tu aimes le... mélange d'épices, Potter, ricana Draco, dédaigneux. Tu ne connais rien du pays en lui-même !

– Très bien, alors tu serais quel pays, toi qui tu es si cultivé ?

– La Nouvelle-Zélande, répondit Draco en levant le menton.

– Et pourquoi ?

– Parce que je serai trèèèès loin de toi, rit Draco. Oh, si tu voyais ta tête !

Il riait si fort que son menton percuta le goulot de sa bouteille. Harry se mit à rire à son tour, son regard empli d'une émotion entre affection et outrage.

– Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas passé du temps ensemble comme ça, dit-il un peu plus tard. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour mais je suis content d'être là avec toi, Malfoy.

Il avait posé sa bouteille sur le sol et sa tête sur ses genoux. Il regardait maintenant Draco avec de grands yeux candides.

– Tu es mièvre comme une carte de vœux avec des chatons, fit remarquer Draco, sa bouteille vide serrée dans ses mains. Et tu as trop bu.

– Pas tant que ça... juste assez pour être honnête, sourit Harry, avant de tirer le rideau, isolant leur alcôve du reste de la salle commune.

L'épaisse tenture de velours étouffa instantanément les bruits de la fête et leur alcôve semblait soudain être un lieu hors du monde, dont ils étaient les seuls habitants.

– J'en avais marre de les voir et de les entendre, se justifia Harry, lorsque Draco lui jeta un regard interrogateur.

– Avoue que tu voulais être seul avec moi, plaisanta Draco, en donnant un petit coup de sa chaussure à Harry.

– J'avoue, rit Harry, en levant les mains en l'air comme pour plaider coupable.

– Le but d'une fête n'est pas de rester avec une seule personne, fit remarquer Draco, en fronçant les sourcils.

Il posa sa bière à côté de celle de Harry.

– Tu peux aller rejoindre les autres si tu veux, je ne te retiens pas.

– Tu ne me retiendrais pas ? s'effaroucha Draco. Oh, dans ce cas, je vais m'en al–

– Merlin, tu dis que je suis insupportable, mais tu n'es pas mieux, grogna Harry. Reste, s'il-te-plaît ?

Il prit les mains de Draco dans les siennes, en imitant l'expression d'un chiot abandonné.

– Très bien, va pour cette fois, Potter, mais que ça ne devienne pas une habitude, dit Draco avec une impressionnante démonstration de mauvaise foi.

En réalité, son estomac bouillonnait comme un nid de fées en effervescence, et il n'aurait voulu lâcher les mains de Harry pour rien au monde. Il posa lui aussi la tête sur ses genoux, son visage à quelques centimètres seulement de celui de l'autre garçon.

[ILLUSTRATION]

Ils restèrent ainsi pendant plusieurs secondes, les doigts entrelacés, les mentons sur les genoux, partageant le même air tiède et alcoolisé. Draco était conscient de chaque parcelle de son corps qui était en contact avec celui de Harry, et il y en avait beaucoup. Il ferma les yeux, bercé par la musique en arrière-plan, la chaleur des mains de Harry et l'alcool qui circulait dans ses veines.

Il était en paix. Il était là où il devait être.

Il sentit Harry remuer mais il n'ouvrit pas les yeux. Il garda encore les yeux fermés quand les lèvres de Harry se posèrent sur les siennes.

Draco n'avait jamais imaginé qu'embrasser Harry Potter serait aussi simple. Il avait pensé qu'embrasser le Survivant serait comme boire des flammes liquides ou plonger dans une tornade, une expérience dont il ne sortirait pas indemne.

Pourtant, ce baiser était doux et facile, presque évident, car il ne signifiait rien d'autre que ce que Harry avait déjà dit un peu plus tôt : je suis content d'être là avec toi.

Draco sourit et continua à embrasser Harry. Lui aussi était content d'être là.

xXx

Dès qu'il fut de retour à la réalité, Draco rangea le souvenir et la Pensine dans le placard. Il claqua violemment les portes du meuble et faillit tordre la clef dans la serrure, tant il était énervé. Sa fureur était si grande qu'elle aurait pu générer un cyclone s'il avait eu sa baguette magique à la main.

Ce souvenir était son préféré. Il l'avait vu et revu des dizaines de fois au fil des années. Il le connaissait par cœur, comme un enfant connaît par cœur toutes les répliques de son film fétiche.

Il ne ressentait jamais exactement les mêmes émotions à chaque visionnage, mais c'était la première fois que ce souvenir lui faisait ça.

Au lieu de le remplir de tendresse, de nostalgie et de manque, au lieu de lui donner envie de pleurer à chaudes larmes ou au contraire de sourire comme un imbécile heureux, le souvenir l'avait laissé presque indifférent.

Draco espérait y trouver des réponses, mais il n'y avait rien appris de nouveau. Dans ce souvenir, Harry et Draco se contentaient de répéter toujours les mêmes paroles et de faire toujours les mêmes gestes.

Draco aurait voulu demander conseil au Draco du passé ou même avoir l'avis de Harry lui-même, mais, comme toujours, les deux adolescents évoluaient dans leur propre monde de vapeur, sans faire attention à lui.

Après cinq ans de plongée régulière dans la Pensine, Draco avait l'habitude d'être invisible et impalpable quand il était à l'intérieur de la bassine de pierre.

Cependant, il n'avait jamais entièrement réalisé que ce n'était pas lui qui était irréel. Il n'était pas le fantôme. Ceux qui étaient réellement impalpables et transparents, c'était les êtres qui peuplaient ses souvenirs.

Les deux adolescents qui obsédaient Draco n'existaient pas. Ils auraient tout aussi bien pu être des personnages de fiction.

Le Harry des souvenirs sortait tout juste de la Guerre. Il n'était pas sûr de vouloir devenir Auror. Il n'était pas non plus sûr de son orientation sexuelle. Il n'utilisait pas le pseudonyme justaguy et il ne tenait sûrement pas un blog pornographique. Il n'était pas Harry Potter, comme Draco l'avait toujours cru. Il était une ancienne version de lui et il n'était plus d'actualité.

Plus les années passaient, plus Draco vieillissait, mais le Harry Potter de ses souvenirs resterait toujours le même. Draco continuerait-il à regarder son Passé lorsqu'il aurait trente, quarante, cinquante ans ? Continuerait-il à être amoureux d'un garçon de dix-huit ans qui ne vivait que dans sa mémoire ?

Mais non, bien sûr que non... depuis quelques temps déjà, Harry avait un concurrent. Certes, ce dernier était virtuel et Draco ne l'avait jamais rencontré en chair et en os mais il avait le mérite d'exister. Et Draco pouvait communiquer avec lui... du moins, c'était le cas deux semaines auparavant.

Tu pleures, Draco ? De frustration ? De rage ? Ou simplement parce que tu es faible ? demanda la clef.

Lâche-moi... gronda Draco.

Mais tu as pris ta décision, n'est-ce pas ? N'avais-je pas raison de t'envoyer dans le passé, mmh ?

Draco grinça des dents. Sur ce point, la clef n'avait pas tort. Sa décision était prise.

Il avait cruellement besoin d'être parmi les vivants. Il irait à la fête.

xXxxXxxXx

20 novembre 2004

Quand Pansy ouvrit la porte d'entrée, le regard de Draco fut aussitôt attiré par une touffe de cheveux noirs, dans le fond du salon. Harry était présent et Draco devait s'en aller.

– Je dois m'en aller, dit Draco, en hochant la tête pour lui-même.

Il ne pouvait pas rester. C'était logique. Évident. Harry était là. Draco devait donc partir.

– Qu'est-ce que tu racontes, mon chou ? répondit Pansy d'un ton impatient, en l'attrapant par le bras. Tu viens d'arriv–

– Je ne peux pas–

– Entre, s'il-te-plaît, et discutons au calme.

Draco lui lança un regard suppliant mais Pansy le tira par le bras et l'emmena dans une pièce qu'elle ferma à clef, de manière aussi dramatique que ridicule.

– Assied-toi sur le lit, ordonna-t-elle.

Draco se laissa tomber sur le lit et Pansy se planta devant lui, les mains sur les hanches.

– Pansy, je ne peux pas rester, dit-il à toute vitesse.

– Et pourquoi donc ?

– Harry, il y a Harry, balbutia Draco, en faisant de grands gestes des mains, comme si cela rendait son discours plus explicite. Harry est là et je dois partir !

Même à ses propres oreilles, il ne semblait pas sain d'esprit.

– Explique-moi pourquoi est-ce que la présence de Harry Potter t'empêche de participer à ma fête ?

Draco fronça les sourcils, désespéré et irrité. Pansy savait très bien pourquoi...

– Tu as oublié que nous étions... comme qui dirait... amis ?

– Non, tout le monde en parlait à l'époque, mais je ne vois toujours pas ce–

– J'avais des sentiments pour lui.

– Draco, mon chat, l'interrompit Pansy, en posant ses mains sur ses épaules. Regarde-moi dans les yeux.

Draco leva les yeux vers elle comme un enfant perdu.

– Ton histoire avec Harry Potter, quelle qu'elle soit, n'a rien d'exceptionnel.

Draco ouvrit la bouche, prêt à protester, mais Pansy ne le laissa pas parler.

– Ce que je veux dire par là, c'est que tout le monde, et j'insiste bien sur le fait que cela concerne tout le monde, a eu une histoire qui s'est mal finie. Moi, Blaise, tous les invités de cette fête, nous avons tous eu le cœur brisé, nous avons tous fait de mauvais choix, nous avons tous une longue liste de regrets.

– Ce n'est pas pareil. Harry et moi–

– Et tout le monde pense cela, sourit Pansy. Évidemment que pour toi ton histoire est exceptionnelle. Évidemment que ton drame est unique. Après tout, c'est le cas de toutes les histoires et de tous les drames.

Draco ne comprenait pas ce qu'elle pensait avoir démontré. Peut-être qu'elle cherchait juste à l'embrouiller.

– Alors tu voudrais que je fasse comme si de rien n'était ? demanda-t-il.

Il aurait voulu avoir dit ça d'un ton sarcastique mais il semblait plutôt abattu, comme s'il venait de reconnaître sa défaite.

– Non. J'aimerais simplement que tu trinques avec moi, que tu dises bonjour à Blaise et à Ginny et que tu restes un quart d'heure. Si après ce quart d'heure, tu as toujours autant envie de t'enfuir, je ne t'en empêcherais pas. Mais de toi à moi, je suis sûre que tu avais envisagé la possibilité que Harry soit aussi invité. Tu es quand même venu. Ça veut bien dire quelque chose, Draco... Donne-toi une chance.

Draco réfléchit quelques instants avant d'accepter.

Pansy avait raison.

Draco avait beaucoup de défauts mais il n'était pas stupide. Comme l'avait deviné Pansy, il savait qu'il y avait de grandes chances que Harry soit présent à la fête. Malgré cela, il avait décidé de venir.

Certes, tu es venu mais auras-tu le courage de rester ? demanda la clef d'or d'un ton plus curieux que méchant.

Draco la serra dans son poing, ne cherchant pas, pour une fois, à l'étrangler mais à en tirer du courage.

xXx

Finalement, Draco resta.

Quand il était entré dans le salon en compagnie de Pansy, il avait aussitôt cherché Harry des yeux, se préparant à affronter la fin du monde. Contre toute attente, Harry l'avait royalement ignoré, continuant à discuter avec ses amis comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Draco avait suivi Pansy à travers la pièce en gardant les yeux rivés sur le dos de Harry, le surveillant comme on surveille une créature dangereuse, mais ce dernier n'avait pas tourné une seule fois la tête dans sa direction.

Alors qu'il trinquait avec Pansy, Blaise et Ginny, Draco avait eu l'impression que ce n'était plus du sang qui coulait dans ses veines, mais un mélange de frustration et de soulagement.

Harry ne l'avait pas accueilli avec un Impardonnable !

En fait, Harry ne l'avait pas accueilli du tout.

Draco ignorait si cela lui plaisait ou pas.

Après avoir descendu trois verres en l'espace d'un quart d'heure, Draco commença à se détendre et à observer les autres convives.

Il se rendit compte qu'il les connaissait quasiment tous et qu'il se rappelait d'une multitude de détails à leurs propos, ce qui était tout à fait étonnant, car il avait à peine pensé à eux au cours des six dernières années. En fait, pas plus tard que la veille, il aurait pu jurer qu'il serait incapable de reconnaître la grande majorité d'entre eux s'ils se croisaient dans la rue.

Mais leurs visages avaient mûri sans réellement changer, et leurs voix éveillaient en lui de vieux souvenirs et, soudain, Draco pouvait donner leurs groupes sanguins, leurs dates d'anniversaire et leurs friandises préférées.

– Draco ! s'exclama Millicent Bulstrode, avant de le prendre dans ses bras. Pansy m'avait prévenue que tu serais peut-être de la partie mais je n'y croyais pas ! Elle raconte toujours des choses improbables sur toi !

– Bonsoir Millie, sourit-il, en mimant une courbette. Toujours aussi charmante.

– Et toi, toujours aussi flatteur, répondit-elle avec un sourire facétieux. Viens t'asseoir avec nous, Théo sera tellement content de te revoir ! Il fait affaire avec les Gobelins...

Draco la suivit, saluant de la tête les personnes devant lesquelles il passait et tout le monde lui répondit avec cordialité, sans se retourner à deux fois.

Quand il passa près de Dean Thomas et de Seamus Finnigan, Draco ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à leurs mains, où brillaient leurs alliances.

Leur passage à tabac avait poussé Draco à fuir le monde magique mais eux, les victimes, étaient restés. Et ils voulaient même se marier.

Draco leur fit un sourire timide. Il ne savait pas s'il les admirait ou s'il les trouvait fou. Sûrement un mélange des deux.

xXx

– Vraiment ? s'étonna-t-il, quand Théo lui présenta son projet d'une banque gérée par des sorciers, en parallèle de Gringotts. Et les Gobelins ont accepté ?

– C'est en cours de négociation mais ce n'est qu'une question de temps. Notre monde a bien changé depuis que tu es parti, répondit Théo. Il suffit de jeter un coup d'œil à cette pièce pour s'en rendre compte.

Draco balaya le salon de Pansy du regard.

La foule était en effet si diversifiée qu'on aurait dit une publicité pour United Colors of Benetton. Il semblait y avoir des élèves de toutes les Maisons, de toutes les couleurs de peau et de toutes les sexualités.

– Quelle harmonie dans cette cacophonie ! dit-il d'un ton légèrement moqueur. Mais êtes-vous aussi bienveillants et ouverts d'esprit que vous le prétendez ? Je ne vois ce soir ni Trolls ni Centaures, et sûrement pas de Gobelins.

– Nous attendions ton retour pour frapper encore plus fort, rit Millicent en tapant des mains d'un air réjoui, comme si échanger ce genre de plaisanteries avec Draco lui avait manqué. Nous avions peur que tu ne reconnaisses plus rien. Oh, que dirait l'illustre Salazar ?

– Sûrement quelque chose comme ça : Comment, les élèves de ma noble Maison fréquentent ces écervelés de Gryffondors ? Ils festoient à leur côté et vont même jusqu'à partager leurs couches ?

Et ils arborent des couleurs de cheveux aussi peu naturelles de leurs mœurs progressistes ! continua Millicent, en désignant la mèche turquoise de Draco.

– Touché, sourit Draco.

Il passa la soirée à discuter avec les anciens Serpentards et, malgré la présence de Harry, il s'aperçut qu'il ne s'était pas senti aussi bien, aussi lui-même, depuis longtemps. Il suffirait de quelques rassemblements de ce genre pour qu'il retrouve ses marques, comme s'il n'était jamais parti... cette idée était aussi effrayante que séduisante.

Lorsque les premiers invités se mirent à faire leurs au revoir, Draco réalisa que la perspective de rentrer dans son petit studio de célibataire ne l'enchantait guère. Même si, ces dernières années, il avait vécu retiré de la foule, avec pour seule compagnie une clef de placard, il était de nature sociable. Il aimait être entouré.

La soirée avait été si courte... juste assez longue pour lui donner envie de rester.

Avec un soupir, Draco s'avachit dans le canapé entre Ginny et Blaise.

– Tu déranges, Malfoy, ronchonna l'Attrapeuse des Harpies. Tu n'as pas vu qu'on était en plein câlin ?

– Théo et Millie sont partis, expliqua le blond en haussant des épaules.

– Et ?

– Et je ne voulais pas être tout seul.

– Moh, c'est vrai qu'il est mignon, dit Ginny par dessus la tête de Draco, en s'adressant à Blaise.

– Blaise, tu répands d'atroces rumeurs sur mon compte, grogna Draco.

Il passa ses bras autour de leurs épaules.

– Désolé, mon cœur, s'excusa Blaise à l'intention de Ginny. Il est un peu collant quand il a bu.

– Oh, ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude. Tous mes amis sont collants quand ils ont bu.

Draco hocha vivement la tête de haut en bas, en pensant à Harry.

– Tu es d'accord avec moi, Malfoy ? s'étonna Ginny.

– Tout à fait d'accord... en tout cas, en ce qui concerne Harry... marmonna-t-il sans vraiment réfléchir.

Quand il prononça ces mots, son regard chercha automatiquement Harry, qui était de l'autre côté de la pièce.

Tout comme les anciens camarades de Draco, Harry avait changé mais il était resté foncièrement le même. Ses cheveux étaient plus courts, ses épaules plus larges, sa mâchoire plus carrée et désormais couverte de barbe, mais il portait toujours ses légendaires lunettes rondes, sa cicatrice en forme d'éclair était toujours recouverte par ses mèches noires et il se déplaçait toujours avec une sorte de gaucherie gênée, comme s'il ne savait pas trop où se mettre.

Comme d'habitude, sa tenue était très simple, un tee-shirt noir banal et un jean sombre tout aussi banal. Malgré lui, Draco plissa les yeux en se demandant ce qui se cachait en dessous.

Puis les brumes de l'alcool se dissipèrent et il réalisa qu'il le savait parfaitement. Sur son pc, il avait des dizaines de photos érotiques de Harry Potter. Il l'avait aussi vu se masturber à la webcam une demi-douzaine de fois.

Draco avait vu ses fesses écartées, son pénis en érection, sa bouche dégoulinant de salive. Il l'avait entendu gémir et jouir, il avait même reçu des sms obscènes de sa part.

Avec plusieurs heures de retard, Draco fit la connexion : l'homme aux cheveux en bataille qui parlait avec Hermione Granger n'était pas simplement Harry Potter. C'était aussi justaguy.

Draco le dévora des yeux avec une faim nouvelle. Harry, là-bas, n'était pas juste son premier amour devenu adulte. Il était aussi l'inconnu avec qui Draco avait conversé quotidiennement un mois durant. Il était le modèle sans visage dont les photos ne manquaient jamais de faire bander Draco. Draco eut soudain envie de se lever et de hurler « Tu voulais savoir qui j'étais ? Tu voulais que je te rejoigne ? Et bien je suis là maintenant, c'est moi, Tipheret ! ». Évidemment, il ne le fit pas. Il resta assis entre Blaise et Ginny, les yeux fixés sur le dos de Harry comme s'il était une oasis en plein désert.

– Draco, arrête de le dévisager, chuchota Blaise à son oreille.

Draco s'apprêtait à lui répondre quelque chose d'acerbe lorsque son regard croisa celui de Harry et y resta bloqué. Ils étaient de part-et-d'autre du salon, séparés par le dance floor, une table basse et six années d'absence.

Il y avait un océan entre eux et le seul moyen de le traverser était de se jeter à l'eau, sans bouée. Il n'y avait même pas de ponton pour prendre son élan. Il y avait juste la plage, puis les profondeurs de la mer.

Draco frémit, scotché à son canapé comme s'il avait croisé le regard du Basilisk. Imaginait-il le léger sourire qui planait sur les lèvres de Harry ? Et là, était-ce seulement son imagination, ou Harry se dirigeait-il vers le canapé ?

Draco se recula au fond du sofa, pris d'une panique incontrôlable. Harry avançait vers lui comme une gigantesque vague venant de la ligne de l'horizon et qui, en progressant vers la rive, ralliait à elle toutes les vagues qui la précédaient.

Harry approchait et il n'était pas une onde molle à la surface de la mer, il était une vague creuse dont la crête s'élevait à plusieurs mètres au dessus de l'eau, crachant de l'écume dans les airs, il était un mur d'eau qui emplissait tout le champ de vision de Draco.

Dans quelques secondes, il allait s'écraser sur le rivage et engloutir Draco.

[ILLUSTRATION]

A un instant de la mort, Draco retrouva sa liberté de mouvement et courut vers la porte. Dans sa hâte, il bouscula Ginny et trébucha sur un cendrier posé par terre, mais il ne se retourna pas une seule fois. Il poussa la porte d'entrée, la claqua derrière lui comme si c'était la boîte de Pandore et, presque inconsciemment, sans réellement y penser, il transplana chez lui.

Le cœur battant, il vérifia qu'il ne s'était pas désartibulé mais il était sain et sauf, du moins, physiquement. Il avait beau avoir bu et ne pas avoir pratiqué la magie pendant six ans, transplaner lui était revenu comme une seconde nature. Il n'avait même pas eu besoin de sa baguette. Il ne savait pas quoi faire de cette information.

Il regarda autour de lui et, à la vue de son vieux lit une place, de son pc et de son placard secret, les battements de son cœur se calmèrent.

Il était à l'abri. Il était de retour dans son petit terrier confortable, dans son minuscule univers d'illusions et de souvenirs. Peu importait s'il était le seul être vivant de ce royaume, car il en était le souverain. Il avait retrouvé le contrôle.


A Suivre...


Prochain chapitre le 19 novembre : En fait, Draco déteste sa vie et son appartement.

Pas trop de haine envers la personne qui a écrit la fin de ce chapitre SVP :'(